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Hauts Grades

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Sagesse - Force et Beauté

19 Avril 2013 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Ce sont les trois qualités initiatiques que le Franc Maçon a le devoir de développer en lui, par son travail et par sa réflexion, il doit en faire le credo de son initiation et le but suprême de ses efforts de ses connaissances et de son élévation.

Je vais essayer de d’expliquer mes idées sur la question.

Les mathématiciens s’accordent pour dire qu’Euclide possédait l’Essentiel.

Mais quel était cet Essentiel.

C’était et c’est encore la science des Mathématiques et de la Géométrie, qui sont toujours associés à la Sagesse et que Bernard de Clairvaux , abbé de Cîteaux, fit étudier par les moines bâtisseurs que ceux-ci nommèrent le « Trait » et adaptèrent à l’architecture religieuse dont les ouvriers du bâtiment tirèrent un enseignement qu’ils transformèrent en science dans l’art de concevoir et bâtir des édifices et qui engendrèrent le Compagnonnage avec ses règles strictes de connaissance et de secret, et dont nous pouvons dire que la Franc Maçonnerie est issue et dans laquelle on vénère, peut-être plus qu’ailleurs, la Sagesse qui est vertu, savoir, prudence, don de l’esprit et science politique.

C’est sur la colonne du nord, où il est installé après son initiation, que le nouvel apprenti prend contact avec la sagesse, celle qui lui a été imposée par l’obligation de silence; ce silence qui lui permet d’écouter, et non d’entendre, et ensuite de réfléchir sur ce qui a été vu et entendu durant la tenue et en tirer, avec sagesse, tous les enseignements nécessaires à son cheminement, car la sagesse est une affaire de pénétration intérieure, elle ne ressemble pas à la science, l’une est profane et l’autre sacrée, elle est dans l’esprit de chacun, jeune ou vieux car il n’y a pas de limite d’âge pour acquérir ou posséder la sagesse et les vieillards n’en possèdent pas plus que les autres, même si on en a fait une croyance populaire.

Car la Sagesse nous inspire des sentiments qui doivent faire de nous des hommes capables d’apprécier, avec discernement, le monde qui nous entoure, sans préjuger de telle ou telle situation sociale, économique ou foncière pour donner ou non son amitié, son respect, son aide ou son amour à autrui. La sagesse doit être le régulateur de nos instincts et de nos élans, elle doit nous maintenir dans une juste appréciation des situations qui se présentent à nous et nous forcer à agir avec justice vis-à-vis de tous et de tout en nous évitant les impulsions préjudiciables à notre bon raisonnement. Si, malgré tout, nous cédons à une mauvaise attitude, la sagesse devra nous faire découvrir nos errements et nous obliger à reprendre le bon chemin ; il faudra, pour cela, faire appel, comme le faisaient les compagnons lors des calculs des constructions qu’ils envisageaient, a la Force, pour eux celle des matériaux utilisés et pour nous celle de notre caractère, celle que nous devons maîtriser, justement par la sagesse car l’une ne peut agir sans l’aide de l’autre ; il est impensable qu’un individu sans sagesse puisse se maîtriser et reconnaître ses erreurs.

Lors de son initiation, le néophyte est instruit d’un mot qui représente la Colonne qui lui est dévolue pour y exécuter son travail, on lui apprend que celle-ci a pour signification : « La force est en lui » ou plus simplement « En Force »

Si on lui donne ce principe en réflexion c’est qu’il doit s’en servir avec toute la sagesse dont il est capable et pour cela maîtriser ses pulsions, prendre conscience qu’il aura beaucoup à faire pour débarrasser son ego des scories qui l’imprègnent et tailler sa pierre, comme il est dit dans le rituel, pour en faire un élément digne de figurer dans le parement du Temple intérieur qu’il a commencé a édifier en demandant à être initié.

La sagesse ne s’apprend pas, elle s’acquiert « On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous »écrit Marcel PROUST et les chinois disent « Le sage s’interroge sur lui-même, le sot interroge les autres »

La sagesse a toujours été un élément majeur de la connaissance, elle suppose un savoir et a pour but la connaissance, elle ne recherche pas le pouvoir elle est sa propre finalité.

Dans EXODE (31-2.3 ) Il est dit : « Vois, j’ai nommé Betsaléel, fils d’Uri, fils de Hur de la tribu de Juda, je l’ai rempli de l’esprit de Dieu, lui donnant la Sagesse (hokhmah) intelligence et savoir pour toutes sortes d’ouvrages. »

Cette sagesse c’est Dieu qui la répartit et c’est l’attribut qu’il met en œuvre pour réaliser la création de l’Univers, dans PROVERBES on retrouve cette sagesse qui se tient, dès l’origine, près du Dieu créateur ; il y est dit : « Quand il disposa les Cieux, j’étais là ; quand il affermit les fondations de la terre, j’étais à côté de lui comme un frère de lait. »

C’est en tant qu’attribut divin que la Sagesse figure dans la triade ‘’SAGESSE, FORCE et BEAUTE ‘’ ces trois piliers qui soutiennent la loge, image de l’Univers, un des trois, la Sagesse est associée à la lumière qui émane du V\M\, il est symétriquement relié à la Force, qui elle aussi émane du V\M\

Anderson nous dit une chose très importante, qui recoupe ce que je disais au début de cette planche : « Cette géométrie selon laquelle il a ordonné le monde, le GADLU l’a inscrite dans le cœur d’Adam, créé à son image » et il ajoute plus avant dans son écrit : « Nous ne faisons que nous efforcer de l’imiter, mais nous ne sommes pas arrivés à sa perfection » et j’ajoute que nous devons nous efforcer d’y arriver, mais, nous maçons, savons au moins que le sacré est en nous et que la sagesse, un de ses attributs, est donc aussi en nous, qu’il nous faudra la développer, mais que la révélation ne s’en fera pas complètement en ce monde.

C’est donc dans ce but qu’il nous faudra user de la Force, force de travail, et force de caractère, car comme la force, symbole du deuxième pilier soutien l’édifice, elle devra soutenir nos efforts pour arriver à tailler correctement et avec passion notre pierre pour en faire un objet admirable et plein de beauté qui pourra provoquer autour de nous l’admiration et le désir de nous ressembler et éventuellement de nous rejoindre pour acquérir les qualités et les vertus qui seront devenues les nôtres, cela par un travail incessant avec en tête la détermination d’atteindre un but que nous avons fixé lors de notre entrée dans le Temple.

Pour reprendre l’exemple des bâtisseurs dont nous sommes peut-être issus ; après avoir, avec sagesse, dressé leurs plans et calculé les poussées des matériaux, ils ont recherché les pierres qui présentaient les meilleures qualités et la force nécessaire pour résister aux forces contraires et à l’usure du temps, ils les ont dressées et mises en place pour qu’elles soient en accord avec ce qu’ils avaient calculé ; tout comme il nous faudra savoir, avant de nous aventurer dans une voie qui ne correspond pas à notre attente et à nos aspirations, si nous serons capables d’aller au terme de notre engagement et si la tâche n’est pas au dessus de nos forces. Car l’aboutissement et le résultat de notre travail ne sera jamais perçu de façon concrète par ceux qui nous entourent et qui nous assistent, il ne sera que l’impression que nous aurons de notre réussite ou de notre échec.

Si nous arrivons à percevoir une amélioration de notre ego, alors, et alors seulement nous pourrons penser que le travail accompli peut être apprécié pour sa force et aussi sa beauté, car le travail réalisé avec amour et conscience, même s’il n’est pas sublime, est toujours beau à regarder, c’est ce que nous cherchons à faire en travaillant sur nous même, pour comme le dit aussi le rituel, porter au dehors ce que nous avons réalisé ou reçu dans le temple et éclairer de nos lumières le monde profane où il est nécessaire de rayonner pour faire connaître et admirer la beauté de notre travail.

Les compagnons lorsqu’ils avaient terminé le gros œuvre de leurs édifices les paraient , extérieurement, de statues et de sculptures symboliques qui les rendaient agréables à regarder et qui donnaient envie de pénétrer dans le sanctuaire pour y prier et, à l’occasion, y recevoir l’instruction d’une connaissance ignorée, c’est ce qui devrait arriver au contact de chacun d’entre nous, et donner au profane qui nous côtoie, qu’il soit un familier ou un étranger le désir de nous ressembler, d’accéder à la beauté de notre rayonnement et de notre connaissance.

A la fermeture des travaux, le V\M\ , à l’extinction de la colonne Sagesse dit : Que la Paix règne sur la terre ; rejoignant ainsi l’essence même de la sagesse, car le sage est toujours en paix, avec lui-même et avec le monde ; car le sage ne sait pas, il comprend, le silence du sage n’est ni sottise ni ignorance mais refus d’éclat, il recherche et veux la paix, pour lui et pour l’univers, pour cette recherche toujours il médite.

Mes Frères, je n’ai pas fait, comme souvent, l’explication et la définition des trois symboles que je vous ai présentés, cela a été fait tant de fois, j’ai voulu donner le sens et le ressenti que j’ai de ces trois piliers qui sont devant moi à chaque tenue et que je contemple en réfléchissant à ce qu’ils peuvent représenter pour moi, Franc Maçon, qui cherche un sens à sa vie en suivant son chemin de lumière.

J’ai dit.

 Source : www.ledifice.net

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La Beauté

18 Avril 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

"On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux..."

Saint Exupéry

Nous avons tout d'abord exploré le célèbre Sagesse - Force - Beauté et pour les SS\ ou les FF\ qui travaillent au Rite Ecossais Ancien Accepté, il y a beaucoup d'évidences mais aussi beaucoup de questions.

Certains pensent qu'ils faut de la Force pour arriver à la connaissance, puis à la Sagesse afin d'apercevoir la Beauté. Mais la beauté ou une beauté ?

Est-elle toujours la même ou est-elle évolutive, suit-elle le parcours des éternels Apprentis que nous sommes ?

Chercher la Beauté n'est-ce pas chercher la Vérité, la perfection? Si oui, un Maçon est éternellement sur le chemin de La Vérité, de la perfection. Ce chemin devrait donc s'embellir avec les progrès réalisés.

Comme tout symbole qui se respecte, ce ternaire nous a permis de faire évoluer le fil de nos réflexions très rapidement vers d'autres horizons.
Ainsi, dans la construction d'une cathédrale ou de tout autre édifice, les trois valeurs sont obligatoirement présentes. La Force pour qu'il tienne debout, La Sagesse pour qu'il soit conforme a son utilisation, et la Beauté pour qu'il ne soit pas nu, mais décoré de sculptures, de mosaïques, de fresques...

Mais pour une construction moderne, par exemple, trouverait-on une façade en aluminium belle?

Et là, nous sentons bien que ce sujet ne peut être enfermé dans un simple symbole à couvert de nos Temples et restreint à un "usage" maçonnique. Non !

Le beau ou la beauté sont des notions qui emplissent la vie de l'homme et que l'on retrouve à chaque instant de sa vie.
Nous avons donc envisagé une nouvelle approche de la beauté en étudiant la subjectivité de ce qui est beau.
Quel est donc cet étrange rapport qui nous lie à quelque chose que nous trouvons beau et que notre plus proche ami trouve détestable au possible ? N'y aurait-il pas, encore une fois, une étrange résonance manichéenne entre la sagesse, la force et ce que nous estimons être un exemple de beauté...

Peut-on "forcer" quelqu'un à trouver beau quelque objet qui le laisse ordinairement, complètement indifférent ? Certainement pas. D'où une analyse plus poussée vers l’ego et ses racines comme l'éducation ou l'expérience.

Apprécier la beauté ne peut qu'être une approche personnelle et impossible à partager. La meilleure preuve, s'il en est, est l'approche d'un concert par des malentendants ou la visite d'un musée par un malvoyant. Pourquoi restreindre la vision de la beauté par un sens unique, la vue ? Et pourtant, alors que nous nous étions évadés de l'universalité des œuvres d'art, nous avons pu noter un commentaire qui nous ramenait indiciblement à notre ternaire d'origine. Je cite : "Cette supériorité de la beauté sur la force et sur la sagesse se retrouve dans toutes les autres œuvres d'art. L'élégance d'un discours et la séduction d'un tableau, le sublime d'une symphonie ou l'attrait d'une affiche, résultent de cette même hiérarchie des trois vertus fondamentales. Certes, ces productions ne seraient pas telles si elles manquaient de force ou si elles avaient été composées sottement. Mais seule, leur beauté les rend dignes de cette distinction...".

La beauté a aussi son époque et une certaine "fugitivité". Telle œuvre ou telle symphonie ou tel dessin, considéré comme l'un des canons de son époque n'a pratiquement plus aucun retentissement quelques années plus tard. La beauté serait-elle touché par le phénomène de mode ?
Et nous avons doucement glissé vers l'approche plus en profondeur de la philosophie de la beauté.

Le paradoxe de la confrontation entre la subjectivité et l'objectivité de la beauté. Préférer la soupe au pistou à la soupe aux choux n'est qu'un jugement de préférence. Préférer Massenet à Bach est un jugement qui juge plutôt le jugeant que le jugé par rapport à la complexité esthétique de l’œuvre musicale. Quelque chose, dans la beauté, semble dépasser la pauvre appréciation que nous nous sentons capable de porter sur elle. Paradoxe de l'écrasement personnel confronté aux exaltations du dépassement.

Il y a aussi le paradoxe de la relativité de la beauté selon les cultures lorsqu'il se confronte à la forme d'universalité que présentent les grandes œuvres, conférant à la beauté quelque chose d'extra-temporel et d'extra-catégoriel. Il en est de même du paradoxe de la perception esthétique par rapport à la perception ordinaire, l'une semble rencontrer des essences et l'autre rencontrer des objets comme si la beauté (ou plutôt le mouvement de l'homme qui la ressent) transmuait les objets en essences, le visible en invisible, le concept en affect.
Il en est de même du paradoxe de la communication comme si le créateur et le récepteur étaient également constitutifs d'une double présence corrélative d'une double absence : le peintre est dans le tableau sans être dans le paysage.
Il en est de même, également, du paradoxe du discours sur la beauté qui oscille toujours entre l'inexprimable et l'indicible, dans le premier cas " le sifflet est coupé ", dans le deuxième cas on parle et on parle encore et inlassablement sans que le flux du discours ne réussisse à déterminer quoi que ce soit.

Pourrait-on pousser la question jusqu'à appliquer à la Beauté une définition classique de la Vérité: "adéquation de la chose avec elle-même?".
De même qu'il est admis maintenant qu'il n'y a pas UNE vérité absolue, mais des vérités, toutes partielles et provisoires, il n'y a pas UNE beauté absolue, mais des perceptions personnelles, contingentes, provisoires, fonctions des individus, et donc de leur niveau de conscience.

De ces hauteurs philosophiques, nos pensées nous ont amené à réfléchir sur la beauté du laid. De fait, quelque chose de très laid peut atteindre les sommets de la beauté par un autre chemin que celui qui, conventionnel, tente à repousser toute chose qui au prime abord nous rebute.

Et nous avons aussi songé à la beauté du geste. La beauté et l'harmonie du geste de l'artisan, quand avec le temps et l'expérience, l'esprit guide la main, quand du geste précis, simple et facile, sort sous nous yeux une belle œuvre, un bel ouvrage. Beauté du mouvement, né du temps et l’expérience, la sagesse, et de la main, la force. Beauté de l’œuvre née de l'esprit. L'esprit guide la main et crée la beauté. L’œuvre, l'objet terminé ne sera encore une fois, qu'une épure. L'artisan enrichit de cette nouvelle expérience reprendra ses outils pour créer une nouvelle œuvre qu'il voudra plus belle encore. Ces objets, il les oubliera les uns après les autres, pour celui qui reste toujours à fabriquer et dans sa recherche du beau geste.

Chose étrange mais naturelle, pourrait-on dire, chez des Maçons sur un chantier, les contributions ont doucement évolué vers un autre concept, difficilement séparable de la beauté, le bonheur.

La beauté, le beau devenait un moyen d'accéder vers un état de plénitude de l'être humain. La beauté devenait un accessit de la sérénité, une porte ouverte vers le bonheur. Peut-être avions-nous trouvé là un futur sujet de THEMA ?

De même, une nouvelle approche se fera vers l'amour. Comme si la beauté ne pouvait être qu'un moyen d'accéder à des états, certes toujours positifs, de l'être humain comme l'amour et le bonheur.

Nous sommes alors revenus à un nouveau concept de la beauté en décortiquant la géométrie et la beauté d'une équation, voir même la relativité d'Einstein. Le beau se cache n'importe où et l'important est de garder tous ses sens - pas seulement la vue - en éveil.

Un aspect a été très brièvement évoqué et aurait sans doute mérité qu'on s'y implique un peu plus : La beauté du diable. Cet facette de la beauté, qu'on pourrait qualifier d'obscure ou de contraire. Inévitablement, on pense à une beauté concernant un être humain, homme ou femme, et qui viendrait servir d'excuse à une faute commise. Une belle piste négligée ?

Comme celle des sentiers fleuris de l'erreur...

En conclusion, je dirai que la beauté est un sujet impossible à cloisonner ou à approcher de façon claire, précise et nette sans mêler dans une curieuse égrégore qui nous ressemble, des concepts humains. J'emprunterai cette citation extraite de l'une de vos contributions en guise de conclusion : "La saisie du beau en tant qu'émotion attachée à l'exécution d'un rituel maçonnique s'effectuera plus facilement, me semble-t-il, lorsque les préjugés anti-intellectualistes auront été mis au rancart et que la subjectivité aura trouvé son complément dialectique : l'objectivité."

QUELQUES TEXTES ET EXTRAITS CHOISIS

Voie lactée, ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses,
Nageurs morts, suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses,

Moi qui sais des lais pour les reines,
La complainte de mes années
Des hymnes d'esclaves aux murènes
La romance du mal-aimé
Et des chansons pour les sirènes.

Guillaume Apollinaire
La chanson du mal-aimé - (in Alcools)

 

Socrate demande à Hippias de définir "le beau" (NB: en grec, "to kalon" est un neutre ayant valeur de générique, le grec est finalement beaucoup plus adapté à l'expression des concepts que le français).
Hippias commence par dire que le beau, c'est une belle jeune fille. Alors Socrate lui demande si par hasard on ne pourrait pas trouver également de la beauté dans une belle jument. Et Hippias en convient. Socrate demande alors si dans une belle terrine, bien décorée, d'agréables proportions, on ne trouve pas aussi "le beau". Hippias en convient, mais trouve qu'il s'agit là d'une forme de beauté atténuée.
S'il faut parler d'objets, dit-il, parlons d'objets précieux. Plus c'est précieux, plus c'est beau. Tout ce qui est couvert d'or est donc beau.
Oui, dit Socrate, certainement, mais la statue d'Athéna de Phidias n'a pas les yeux en or, elle n'a rien en or.
Hippias ne la trouve-t-il donc pas belle? Si fait, dit Hippias, elle est belle.
Mais alors, dit Socrate, que dire de la cuillère qui sert à tourner la soupe: si elle est en or, elle va casser la terrine. Mieux vaut une cuillère en bois de figuier, qui parfume de plus le ragout sans faire prendre de risque à la vaisselle. N'est-elle pas belle? Hippias est perdu.
Socrate, multipliant les exemples, le pousse dans ses retranchements. Il convient finalement qu'il s'agit d'une idée (eidos), ce que nous traduirions par concept.

PLATON La Pléiade Tome 1
Paris les Belles Lettres ("Budé").

 

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
O Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore;
Tu répands des parfums comme un soir orageux;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
O Beauté ! monstre énorme, effrayant ingénu !
Si ton œil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine !
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?

Charles BAUDELAIRE
Hymne à la Beauté

 

Source : www.ledifice.net

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Sagesse, Force, Beauté

16 Avril 2013 , Rédigé par P\ V\ Publié dans #Planches

Ma démarche initiatique, sans cesse perturbée par mes doutes intérieurs et leur assise déstabilisatrice, porte les fruits d’une prise de conscience, parfois douloureuse et difficile, mais tant emprise de Vérité. Ce long éveil, tantôt gênant, tantôt rassurant, qui me façonne et m’enrichit, puise ses sources dans mon vécu : celui des rites de fondation de notre Temple et de propagation de la Lumière.
Mais cet éveil, n’est-il pas aussi un processus de transformation qui, tels les trois Piliers Sagesse, Force et Beauté, s’élève inlassablement vers un idéal ? Vous comprenez alors combien le dégrossissement de ma Pierre brute, guidé par la verticalité du Fil à Plomb, support d’introspection et d’élévation, s’assimile à une graine qui germe et s’enracine peu à peu en s’inscrivant dans une dynamique permanente, vivante et évolutive.
L’ossature, sincère et authentique, qui guide notre chemin, anime notre esprit et embellit notre cœur, ne s’assimile t’elle pas à trois passerelles sans fin, irrationnelles, que nous construisons à chaque Tenue et préservons jalousement des regards profanes ?
Sagesse, Force et Beauté, physiquement représentées par trois Piliers mais conceptuellement insaisissables, sont des vecteurs fondamentaux de mon éveil initiatique.

Au centre de la Loge, un espace délimité par trois piliers placés aux trois angles d’un carré long : le pilier Sagesse, de style ionique au sud-est ; le pilier Force, de style dorique au nord-ouest et le pilier Beauté, de style corinthien au sud-ouest. Ils portent chacun une flamme appelée « Etoile ».
Parmi les trois styles de colonnes grecques, seul l’ordre dorique, le plus ancien et le plus simple, obéit à un système strictement réglementé. Il combine une colonne sans base, au fût fuselé, orné de vingt cannelures, un chapiteau à échine nue, un entablement à frise où alternent métopes et triglyphes. Moins codifié, l’ordre ionique, se caractérise par une colonne cannelée élancée posée sur une base composée de moulures et un chapiteau présentant une double volute, au centre de laquelle apparaît généralement une moulure ornée d’oves. Enfin, empruntant sa base et son fût à la colonne ionique, l’ordre corinthien se caractérise par son chapiteau à corbeille orné de rangées de feuilles d’acanthe et par son entablement richement décoré.
A l’Ordre, entre les Colonnes, les pieds en équerre face à l’Orient, les trois Piliers constituent un repère incontournable pour notre marche vers la lumière. Ils matérialisent, à mon sens, la voie tracée qu’il appartient de suivre pour passer du monde visible au monde intelligible, des ténèbres à la lumière, de la terre au ciel.
A l’intérieur de l’espace délimité par les trois Piliers : le Pavé Mosaïque et le Tableau de Loge sur lequel est tracé les symboles permettant à la Loge de vivre. Les trois Piliers sont l’assise de la Loge, tel un espace sacré support de la construction de mon Temple intérieur. Symbole rassurant et source de création, il m’inspire pérennité dans le plan et croissance dans l’élévation. Au sol, le Un devient deux puis en élévation, le Deux devient Trois. Cette Unité retrouvée constitue, pour moi, la trace d’un pas sur lequel je prends appui pour m’élever, guidé par la verticalité du Fil à Plomb.

La Sagesse, vertu de conscience, me rappelle le Cabinet de Réflexion, épreuve de la Terre. Livré à soi-même, sans recours et sans bruit, seul un flambeau allumé comme éclairage rassure le Candidat. L’animation de l’Etoile Sagesse, en Tenue, symbolise pour moi ce feu précieux qui a guidé l’écriture de mon Testament philosophique, témoigné du dépôt de mes Métaux et illuminé le Sablier. Au cours du 1er voyage de l’Initiation, l’Epreuve de l’Air, le Récipiendaire prend conscience des difficultés de toute vie humaine méprisant toute Sagesse dans ses desseins et toute prudence dans ses élans. Il me semble que l’apprentissage de la Sagesse est un fondamental du travail d’Apprenti. Le Signe d’Ordre et le recours au Silence forgent sa capacité d’écoute. La Sagesse, c’est aussi une forme de connaissance vecteur de l’entendement de soit et du respect d’autrui. Je ne peux m’empêcher de me référer aux trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie : Le Volume de la Loi Sacrée dont seule notre Sagesse nous permet d’entendre le Verbe. L’Equerre, symbole de la Loi morale qui nous inspire la droiture dans nos pensées et nos actions. Le Compas, instrument de mesure et de comparaison permettant d’apprécier la portée et les conséquences de nos actes.

Notre démarche de perfectionnement ne peut être effective que si elle est animée par une Force intérieure qui naît de la dynamique de l’Homme en Devenir. Seule cette Force rend efficiente la Sagesse, sans laquelle elle ne pourrait être utilisée à bon escient. Ainsi, le Ciseau de l’Apprenti serait impropre à sa fonction s’il n’était animé par la Force du Maillet. Ceci me permet d’assimiler le Ciseau à la Sagesse, le Maillet à la Force et la Pierre brute, ou l’œuvre, à la Beauté. Mon Tablier d’Apprenti me rappelle, sans cesse, la tâche ardente à laquelle je me suis engagé pour travailler sans relâche au bonheur commun. L’apprentissage de mes Devoirs et de mes Vertus nécessite une attention permanente, celle de l’auto rectification et de la maîtrise de mécanismes dont seule l’harmonie entre l’entendement et l’univers fera éclater la Vérité. A ce titre, l’animation du Pilier Force symbolise pour moi une mise en garde de la fragilité de mes connaissances maçonniques en faisant échos aux mots « vigilance » et « persévérance » inscrits sur les murs du Cabinet de Réflexion.

La Beauté exprime, à mon sens, le mariage de la Sagesse et de la Force, dans un juste rapport. Animée par la Fraternité et la Tolérance, la Beauté ne peut être que Amour, ciment de la réalisation de chacun dont la fusion des Forces crée une œuvre de perfection. Ainsi, la Loge dont les ouvriers sont à leur poste et à leur office rappelle l’harmonie de l’Univers. De même, le Pavé Mosaïque, entouré des trois Piliers rappelle l’équilibre entre les forces de polarités contraires. La diversité ordonnée concourt à la Beauté du Un, le Tout. Détachée des émotions profanes, esthétiques et subjectives, cette Beauté originelle est d’essence divine et éternelle. Elle est intangible, comme est intangible l’harmonie de l’univers. Il me semble que l’ouverture et la ritualisation des Travaux contribuent à gommer les individualités pour permettre à chacun de se fondre dans l’harmonie de l’Unité.

L’acte fondateur de la Tenue par l’animation rituelle des trois grands Piliers, par le Feu, me révèle un espace subtil d’expansion de la Lumière intérieure. La Lumière, dont l’origine est à l’Orient, se répand progressivement dans le Temple sous forme d’un chemin ordonné et temporisé correspondant à la hiérarchie des fonctions de la Loge.
Allumé à l’Etoile du Vénérable Maître, le flambeau, porté par le Maître des Cérémonies, anime successivement les Piliers Sagesse, Force et Beauté, permettant ainsi l’illumination de l’Orient, de l’Occident et du Midi. Cette perception du temps ritualisé de la Lumière cheminant dans le Temple engendre à mon sens une dynamique de création. Il fait passer, tout en sacralisant le temple, du temps profane au temps de l’initiation : l’éternité. La construction de mon Temple intérieur selon la Sagesse, la Force et la Beauté peut alors suivre la voie ainsi tracée qui conduit vers le centre et rend visible le Tableau d’Apprenti.
Les Piliers, porteurs d’Etoiles les reliant à la Voûte Etoilée, sont tels des passerelles vers l’infini rendant pénétrables les mystères de l’Univers. Lorsqu’un Pilier est érigé, de haut en bas, il incarne à mon sens la dualité entre Terre et Ciel, Ténèbres et Lumière. Seule l’érection du 3ème Pilier permet l’union des deux pôles opposés, rendant l’Œuvre stable et structurée, berceau de la création.
La constitution de la Loge est indissociable des cycles éternels. Tels les cycles de la Lune, laquelle est inlassablement occultée puis dévoilée, la Lumière se retire à minuit plein en retournant à l’Unité originelle de la lumière de l’Orient. Le voilement des Etoiles Sagesse, Force et Beauté conduit à mon sens à l’animation du 4ème pilier, pilier fictif, que constitue chaque Frère. L’Etoile qui le couronne, c’est la Lumière qui brille en lui pour continuer au-dehors l’œuvre entreprise au-dedans. Animée par la Paix, l’Amour et la Joie, cette étoile fait de lui un Homme éveillé, conscient et utile à la société.

La Sagesse, la Force et la Beauté désignent trois vertus dont il appartient à chaque Frère de s’approprier pour participer au dynamisme créateur de la Lumière. Seul le ternaire permet l’accomplissement de l’Œuvre dont les Piliers, surmontés d’Etoiles, éclairent la Voie. En tant qu’Apprenti, l’érection du Pilier Beauté m’évoque une symbolique particulière. Troisième Pilier à être érigé, il me rappelle mon initiation aux trois premiers nombres, pensée ternaire permettant de réunir tout ce qui est éparse et nécessaire à l’accomplissement de l’Œuvre. Au cours de la cérémonie d’Initiation, c’est au plateau du deuxième surveillant qu’a lieu la purification par l’Air. Cet Air qui sépare ce que l’Apprenti doit tenter de réunir en conciliant les contraires. Cette conciliation est seule garante de l’intégration à la Loge.
Chaque Pilier est, à mon sens, synthèse des quatre éléments : Terre, Air, Eau et Feu. La base repose sur la Terre ; le fût s’élance dans l’Air ; la forme évasée des chapiteaux rappelle l’Eau ; les Piliers sont reliés aux Etoiles par le Feu qui les anime. Cet ordre énuméré correspond aussi à une loi de croissance. Inspiré par la Perpendiculaire, le jeune Apprenti est telle la sève terrestre qui puise ses minéraux dans la Terre et aspire à s’élever humblement le long de la base du pilier, pour rejoindre son chapiteau, attiré par le Feu fraternel qui le couronne.

J’ai dit Vénérable Maître

Source : www.ledifice.net

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Sagesse Force et Beauté

15 Avril 2013 , Rédigé par L\ D\ Publié dans #Planches

Quelles doivent être les qualités d’un M\ ?

Le Larousse précise : DOIT, suivi d’un infinitif, indique la NECESSITE, l’OBLIGATION. Cette question est déjà en soi un élément de réponse important, il faut et c’est un DEVOIR d’avoir en SOI ces Trois qualités : SAGESSE, FORCE et BEAUTE, parce que c’est ce qui soutien notre Temple. Dès le départ de notre Travail en Maçonnerie, ces Trois Piliers sont indispensables à la construction de notre être moral. Les lois de la physique nous enseignent qu’il faut au minimum trois points pour établir une base stable de construction ; ces Trois Points définissent la surface de sustentation à l’intérieur de laquelle doit se situer le Centre de Gravité de l’édifice pour lui conférer son équilibre. Il apparaît évident que les Trois Piliers doivent être de dimensions harmonieuses sinon égales pour assurer la solidité de la construction. Il me semble que ces qualités pourraient vite devenir des défauts sans la mesure et l’équilibre dans les proportions réciproques de chacune d’elles.

Au cours des différents degrés de l’Initiation j’ai appris que ces Trois grands Piliers Sagesse, Force et Beauté sont symboliquement représentés par le V\.M\., le 1er S\ et le 2ème S\. Ainsi que, de façon allégorique : la Sagesse conçoit, la Force éxécute et la Beauté l'orne

La Sagesse est un don de Dieu, attribuée à Salomon : Salomon que l’on s’efforce de faire revivre en nous ;

La Force nous est représentée par le Roi de Tyr, c’est lui qui fournit les Bois et matériaux de construction nécessaires à la construction du Temple : Temple que l’on s’efforce de construire en nous ;

La Beauté c’est Hiram par les ornements qu’il destine à embellir ce monument magnifique qu’est le Temple : Beauté de ce Temple qui est la Beauté de notre âme.

Si la Sagesse est un don de Dieu, j’associe la Force au côté masculin et la Beauté au côté féminin qui sont en chacun de nous et c’est pour moi le dépassement de la dualité terrestre par la Divine dimension céleste.

Le M\ que je suis se rend compte qu’après avoir sondé mon Cœur et après avoir été éprouvé par la matière, j’ai pris le chemin qui conduit à la Charge de M\, vers plus d’harmonie, moins de tensions et plus de conscience.

Pour tendre vers plus de Sagesse dans ma conduite non pas tant par les connaissances acquises mais plus par le questionnement et la prise de conscience de l’étendue de mon ignorance. J’essaye de me voir par les autres et d’accorder mes actes à mes paroles ;

Pour sentir la Force de cette Chaîne d’Union avec mes Frères. Je sens bien toute la puissance de ce vieil adage : « l’Union fait la Force » mes Frères me l’on déjà prouvé à maintes reprises et j’ai eu cette sensation d’exister dans un tout ;

Pour donner plus de Beauté à mon caractère ; pour moi, cette qualité de Beauté est la plus difficile à cerner : c’est d’abord montrer, laisser voir et se découvrir pour les autres, dévoiler son caractère et donc aller vers les autres car je me pose la question : la Beauté est-elle dans le « regard » ou dans ce qui est regardé.

Ce Temple en chacun de nous, je le perçois comme un peintre ayant visualisé et ébauché son tableau et qui va ensuite mettre des couleurs pour le rendre visible.

Je comprend ces Qualités comme associées à mes Actes, Paroles et Attitudes :
Mes Actes sont aujourd’hui beaucoup plus conscients et plus Actions que réactions,
Mes Paroles sont plus mesurées, mes propos plus respectueux de l’opinion d’autrui,
Mes Attitudes vers une recherche de l’autre, un rapprochement et un bien-être avec l’autre.
Je le résume en terme de meilleur équilibre.

Toutefois, au travers de ces Qualités de M\ que je m’efforce d’acquérir, le doute reste toujours présent :
I – Mon Ego n’est-il pas le fil directeur de ma démarche ? et n’est-ce pas par égoïsme que je mène cette quête du bien-être ?
II – Ma volonté n’est-elle pas tournée vers un désir croissant de reconnaissance et de valorisation ?
III – Le travail que je m’efforce d’accomplir restera-t-il toujours une contrainte ?

D’un autre côté, on a coutume d’opposer la Folie à la Sagesse et pourtant ne faut-il pas être fou et passionné pour se dépasser, gravir des montagnes et franchir des obstacles qui raisonnablement ne pourraient pas l’ être ?

De même oppose-t-on la Faiblesse à la Force ; mais on connaît tous le proverbe de la main de fer dans le gant de velours. La Force n’est-elle pas un défaut pour s’imposer par rapport aux moins forts ?

Ou encore les extrêmes Laideur / Beauté : que penser de ces qualificatifs à moins qu’ils ne soient pris qu’au sens figuré.

Au piège de la signification des mots, de l’expression de mes idées et de ma limitation à exprimer ce qui reste très conceptuel, je me rends compte que la construction de mon Temple et ma quête de Lumière ont besoin d’encore plus de travail…

Cette réflexion me force à croire que, de ces 3 Qualités, il ne peut en rester qu’ une seule et unique lors de l’achèvement terrestre de toute destinée humaine :
- Qu’il serait donc inutile de se créer un quatrième pilier, une quatrième Qualité qui induirait une cinquième etc …
- Que les 3 Qualités du M\ sont indissociables pour aboutir à cette infinie et complexe simplicité que je cherche ;
- Enfin qu’il serait vain de prétendre être Sage sans la Force de mes Frères et sans la Beauté de l’œuvre qu’ont entrepris de réaliser les F\.M\.

J’ai dit T\.V\.M\.

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Sagesse Force et Beauté

13 Avril 2013 , Rédigé par G\ F\ Publié dans #Planches

Le sujet de ma planche de ce soir traite des trois piliers : Sagesse Force et Beauté, ces trois piliers doivent être en équerre au centre du temple et aux angles du tapis de loge, l’un à l’angle Orient septentrion, L’autre à l’angle occident septentrion et le troisième à l’angle occident midi.
Les Noms de ces trois piliers, soutient mystérieux de nos temples, sont investit d’une valeur symbolique et divine correspondant aux vertus : SAGESSE, FORCE, BEAUTE.
La Sagesse : le Père : la Force : le Fils et la Beauté le Saint Esprit.

Le Vénérable Maître évoque la Sagesse pour accomplir il demeure à l’orient comme le soleil qui annonce le jour : son rôle est d’éclairer les travaux de la loge, Le travail ne commence réellement qu’à midi.
Il invente, prépare le travail, définit les objectifs et les moyens à mettre en œuvre pour les atteindre.

La Force pour porter et diriger, la parole est prise par le premier surveillant, il demeure à l’occident pour observer le coucher du soleil, payer les compagnons puisque c’est la force qui encadre le domaine du travail.

Et la Beauté pour décoré et orner, le deuxième surveillant prend la parole pour invoquer la beauté. Du coucher du soleil à minuit la fin des travaux, le travail s’achève par la chaine d’union autour de ces trois piliers, pour exprimer successivement la joie l’amour et la paix, il précède nos retrouvailles à l’agape ou nous refaisons un pas dans la vie profane.
Ces piliers sont parfois dénommés grands flambeaux ou grands chandeliers, les piliers se disposent selon un tracé spécifique au rite.
Il y eut certainement à l’origine quatre piliers, le quatrième pilier relie directement le visible à l’invisible BINAH, l’intelligence suprême, étant dégagé de toute matière, existe mais n’apparait pas à nos yeux de mortels. D’ailleurs la disposition de ces trois piliers implique l’existence virtuelle du quatrième.

Chacun des trois piliers pourrait aussi représenter l’un des trois principaux ordres d’architecture grecs DORIQUE, IONIQUE et CORINTHIEN.
La colonne Dorique est courte et massive, elle évoque l’idée de force et de grandeur, son chapeau peu élevé présente une section rectangulaire.
Son nom lui viendrait de Dorus fils d’Hellên, roi d’Achaïe et du Péloponnèse.
La colonne Ionique est plus svelte et gracieuse : elle correspond à la sagesse elle présente vingt-quatre cannelures séparées par un filet et non par une arête vive, son chapiteau est caractérisé par un double enroulement en spirale appelé volute. Elle viendrait des ioniens d’Asie et du temple d’Ephèse.

La colonne Corinthienne est la plus belle, elle correspond à la Grace ou beauté son fût est cannelé, son chapiteau est une corbeille de feuille d’acanthe. Elle serait due au sculpteur Callimaque de Corinthe.

La Sagesse
Dans la plupart des rites la sagesse est la vertu dévolue au pilier ou grand chancelier situé vers l’orient et correspond donc comme je l’ai dit plus haut au Vénérable Maître.
En effet comment celui qui veut percer les mystères de l’univers pourrait-il avoir une espérance de succès, s’il ne commençait pas par se connaître lui-même. Les anciens nous ont légués cette pensée essentielle à tout cheminement initiatique : connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux.

Or se connaître véritablement, avoir la vision parfaite de ses forces et ses faiblesses, se souvenir de toutes les erreurs passées, les déplorer et surtout essayer de comprendre ce qui peut l’être encore, savoir appréhender le monde et les hommes avec une humanité profonde et altruiste, vivre désormais en privilégiant l’Etre sur l’avoir, correspond à une attitude qui relève de l’entrée dans la sagesse.
Toutefois si l’avènement définitif dans l’état de Sagesse se discerne aisément, il s’avère autrement redoutable à acquérir car son franchissement ne s’obtient que par la maîtrise ou la victoire totale sur le corps et les sens.
Comment celui qui n’est pas Sage parmi les Sages pourrait’ il avoir une vision, une conception juste du monde et de la vie? Par quelle magie accèderait-il à la réalité absolue de la création. Du créateur ou de la créature ? car celui qui aspire à voir se lever les voiles couvrant les secrets de la vie ne peut pas se mettre face à son miroir et s’interroger sur le mystère de la création et sur celui de l’homme.
Ce cheminement correspond aux étapes se rapportant à l’atteinte des états de Sagesse, Force et Beauté ou fusion substantielle avec le Créateur.

La force
Définition de la force : toute cause capable d’agir, de produire un effet.
La force n’est pas toujours négative. Très tôt la force du vent a été utilisé pour construire, les exemples ne manquent pas : les moulins à vent qui ont permis d’obtenir de la farine.
La force du vent fut également utilisée pour assécher les marais, dans la navigation et depuis peu pour la production d’électricité avec des éoliennes.
La force peut être aussi créatrice : le sculpteur emploi le ciseau et le maillet pour tailler la pierre et la transformer en œuvre d’art.
Il faut aussi penser à la force nécessaire pour extraire la pierre brute de la terre, la tailler puis la transporter afin d’obtenir une création originale et harmonieuse.
Bien entendu, nous pensons aux bâtisseurs de cathédrales, à ces maçons opératifs qui ont donné naissance à la Franc-maçonnerie, dont les membres ont trouvés dans ces diverses transformations la matière première à leurs travaux spéculatifs symboliques.
Le travail sur soi –même et l’amélioration qui doit en découler rejaillit sur toute la loge. Ainsi nous marchons sur la voie de la lumière et de la vérité, ou l’apprenti que nous étions tous pierre brute, apprend progressivement à la parfaire.
Toutefois il faut utiliser sa force et son énergie sans mépriser ses instincts les plus bas. Ces derniers sont sacrés car ils sont le stimulant nécessaire à toute action. Ils ne doivent pas être détruits car ils nous sont propres. Notre volonté doit dompter et utiliser les forces de l’inconscient pour réaliser le meilleur de nous-mêmes.

La beauté
Je pense que la beauté est peut-être tout simplement ce qui se rapproche le plus de ce que fait la nature constamment.
La beauté va de soi mais le concept du beau est presque impossible à définir. Puisqu'il diffère d'un individu à l'autre. Définir quelque chose comme beau ou vilain est profondément humain, ce n'est pas un concept universel, c'est quelque chose de profondément individuel et intime. Le concept du beau est défini par l'individu, ce n'est pas une règle mais un jugement.

Après on peut sans doute définir les grandes lignes de ce qu'est le concept du beau, en partant sur des généralités qui se recoupent chez la plupart des individus, mais de là à trouver une définition qui ferait de ce jugement individuel une règle universelle, ça devient plus difficile, et même peut être impossible.
Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie. La beauté de l'âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.

En conclusion je dirais
Mes frères !
Que la sagesse guide nos pas, dans nos pensées, dans nos propos comme dans nos actions !
Que la recherche continuelle d’une meilleure connaissance de nous même nous soutienne et soit notre force !
Que la joie d’être en harmonie les uns avec les autres, rayonne dans nos cœurs et nous orne !
Contemplons les trois petites lumières qui brillent dans ce temple comme dans notre cœur et ainsi :
Soyons en paix avec nous-mêmes et avec nos frères.

J’ai dit Vénérable Maître
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L'Agape

12 Avril 2013 , Rédigé par G\ G\ Publié dans #Planches

A brûle pourpoint, le commun des mortels pourrait penser que l’Agape est un simple repas entre convives. Alors que pour nous, maçons l’Agape devrait être tout autre chose, et je m’y pencherais plus longuement dans la suite de mon travail.

Dans un premier temps attardons-nous sur le repas au sens le plus commun du terme.

Le repas est composé de divers aliments, il est une nécessité pour l’homme.
Le repas est un acte vital qui permet d’apporter au corps humain le carburant nécessaire à son fonctionnement.
Se nourrir, se reposer et se reproduire sont les trois actes premiers qui rythment
l’existence de tout ce qui est vivant sur notre bonne vieille planète terre.

Au début, les premiers hominidés vivaient en petits groupes et se nourrissaient de plantes, racines et autres animaux qu’ils consommaient crus.

Imaginons un de ces petits groupes affamés pour cause de sécheresse, errant dans la savane à la recherche de sa pitance et tombant sur un feu de broussailles. Son premier réflexe est de fuir cet incendie qu’il sait dangereux et destructeur. Le feu s’éteint et la petite troupe reprend son chemin, l’estomac tenaillé par la faim.

Arpentant la terre roussie, un des hommes un peu plus curieux que les autres découvre la carcasse carbonisée d’une bête. Affamé, il arrache un lambeau de chair brûlant, le goûte, puis le dévore goulûment. Il constate que la viande ainsi cuite est plus tendre et plus goûteuse que la viande crue habituellement consommée.
Il fait part de ses constations au reste du petit groupe qui se jette sur la carcasse pour la dépecer et s’en délecter.

A partir de cet instant, l’homme va s’employer à maîtriser cet élément et parvenir enfin à domestiquer ce feu qui devient au fil du temps, plus un allié bienfaiteur qu’un monstre destructeur.

Je ne saurais trop vous conseiller, mes frères, de lire ou de relire un roman écrit par Joseph Henri ROSNY, dit ROSNY aîné, qui s’intitule « La Guerre du feu », et qui retrace cette épopée des ages farouches de la préhistoire.

Le feu maîtrisé il y a 400 000 ans, permet à l’homme non seulement de cuire ses aliments, mais aussi de se chauffer quant il fait froid, de s’éclairer quant il fait sombre et de se protéger contre ses prédateurs.
Il est sur que le rassemblement des hommes autour de ce feu protecteur, puis la mise en commun de leur pensée, contribua fortement à une évolution qui au fil des millénaires, fera passer l’homme d’une simple créature instinctive, à un être humain qui commence à raisonner et à se poser les quelques questions essentielles sur son existence.
Sa boîte crânienne s’amplifie, pour faire place à un cerveau qui grossit en volume, en masse et donc en intelligence.
Plus tard la maîtrise d’un autre élément, « l’eau », qui permet l’arrosage des cultures et ainsi l’obtention d’abondantes récoltes qui peuvent être stockée pour pallier d’éventuelles disettes, concourt à sédentariser cet homme nomade qui devient plus un agriculteur qu’un chasseur cueilleur.

Notre rituel ne s’y trompe pas, le feu et l’eau sont avec la terre et l’air les quatre éléments qui sont à l’origine de tout et que le profane rencontre lors de son initiation au premier degré au cours des 3 voyages qui suivent la mort symbolique subit par l’impétrant dans le cabinet de réflexion.

Les petits groupes du début deviennent des communautés qui se structurent, se hiérarchisent, et regroupent leurs intelligences.

Il est sur que c’est autour du foyer maîtrisé et protecteur, que les hommes ébauchèrent les premières croyances, vénérations, idolâtreries qui deviendront à force de réflexions, de remise en question et d’intelligence, mythes, rites et religions.

Il est à noter que la tradition de la veillée autour du feu qui brûle dans l’âtre de la cheminée, réunissant la famille et les proches, était un instant propice à la discussion, pendant laquelle chacun faisait part de ses connaissances, de ses réflexions, de son expérience. Ce moment magique permettait le rapprochement des générations et contribuait à l’apaisement des passions et autre conflit latent. C’était aussi auprès du feu que se perpétuaient les traditions, et c’est aussi là que l’on inculquait à la jeunesse des bribes de vertu et de civilité.

Qu’en est-il de nos jours mes Frères ? Les télévisions qui brûlent dans nos foyers et qui nous isolent les uns des autres, sont-elles propices au rapprochement des êtres et de leurs pensées ? je ne le crois pas ! Au contraire les problèmes de notre société, tels qu’égoïsme, incivilité, « jemenfoutisme », perte des valeurs, et autres, ne viendraient-ils pas en partie de là.

Même de nos jours, le feu captive toujours autant l’être humain. La vue de cette flamme participe au vagabondage de l’esprit sur une multitude de chemins.
Selon l’expression consacrée, qui n’a pas après un bon repas autour du foyer,
« refait le monde ».

Mais revenons à notre expression repas.
Il est frappant de constater à la lecture des dictionnaires le double sens de certains mots qui ont un rapport avec ce terme, tels que :
- Nourriture qui est la substance que l’on mange mais aussi « l’éducation » au sens latin du terme « nutritura »,
- Nourrir ou se nourrir, qui veut dire, manger, consommer, s’alimenter mais aussi au vieux sens du terme ; « Elever, former ou encore se former, s’élever » ;
Ou une autre signification encore, au travers d’expression comme : « Se nourrir d’illusions, de rêves ».

On s’aperçoit ainsi que depuis des temps reculés le repas est non seulement l’instant que l’on passe à manger mais aussi et surtout l’instant que l’on passe à s’élever, s’instruire et se former.

Cet instant consacré au banquet qui suit la Tenue nous l’appelons : « Agape ».

Mais avant d’aller plus loin il convient de définir en s’aidant des dictionnaires, l’étymologie de ce terme.

Agape vient du mot grec « agapé » et du verbe « agapan » qui signifient amour et aimer au sens spirituel et divin, mais non désir, convoitise, ou chérir au sens érotique.

Le terme « Agapè » représente l’amour réfléchi, dicté par le cerveau siége de l’intellect, de la raison, de l’esprit, contrairement à l’amour « coup de foudre » qui est plus instinctif, plus animal, qui vient du cœur ou plutôt des tripes.

Notre rituel ne nous le rappelle-t-il pas, mes Frères ? Le Franc-maçon à l’ordre d’Apprenti, sa main droite, placée en équerre sur la gorge, cela ne signifie-t-il pas : « Qu’il paraît contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit ».

Comme nous l’a exposé notre Frère Secrétaire au travers de son morceau d’architecture, les mots Charité, du latin « caritas », et agapé, sont des synonymes et peuvent se définir pour nous Maçon, comme amour fraternel et universel, au service de l’humain de toutes nos forces, de toutes nos ressources matérielles et morales, avec un entier désintéressement pouvant aller jusqu’au sacrifice de nous-même.

L’Agape est, au sens large, « un repas entre convives unis par un sentiment de fraternité ».

L’Agape est au sens ancien, le repas que prenaient en commun les premiers chrétiens.

L’œuvre la plus célèbre évoquant l’une de ces « agapes » a été réalisée par Léonard de VINCI et représente un repas que prit Jésus CHRIST avec ses Apôtres.
Ce tableau s’intitule « La CENE », du latin « cena » qui signifie d’ailleurs « repas du soir ».

Au cours de ces repas chacun des participants partageait l’eau, le pain et le vin, actes opératifs qui permettent de vivre le symbole de la communion.
Quand on étudie les rites des confréries initiatiques anciennes, on s’aperçoit que les repas rituels jouaient un rôle essentiel et que le feu et certains aliments en faisaient toujours partie.

Le thème de l’eau est présent dans toutes les traditions religieuses. Elle est le premier élément existant à l’origine de la vie. Dans la Bible elle tient une place importante. Elle possède une multitude de significations symboliques que nous n’aborderons pas ce soir.

La communion sous l’espèce du pain, ce fruit de la terre, signifiait la connaissance des mystères de la vie terrestre en même temps que le partage des biens de la terre et par suite l’union parfaite des frères affiliés.

Au degré supérieur, la communion sous l’espèce du vin, ce sang de la vigne, signifiait le partage des biens célestes, la participation aux mystères spirituels et à la science divine.

Dans les Sociétés secrètes égyptiennes le banquet marquait le premier degré de l’initiation.

Dans les anciens cultes grecs et notamment chez les Pythagoriciens, le caractère sacré du banquet était si fort, que les adeptes n’étaient admis au repas qu’au bout d’une durée de trois à cinq ans après leur entrée dans l’ordre.

On parle aussi au Moyen âge, selon un ancien mythe hermétique alchimique, d’une « Table de Lumières » couverte de mets, où seul l’initié est capable de la découvrir au terme de son voyage vers la connaissance. Il y rencontrera alors ceux qui ont entrepris de parcourir le même chemin.

Chaque réunion des Confréries médiévales du Royaume de France était aussi suivie par un banquet. A cette époque les travaux de table prenaient souvent le pas sur les travaux de l’esprit, et ce sont les dimensions festives de ces banquets qui furent pour les Confréries l’un des nombreux prétextes aux interdictions, condamnations et persécutions de la part du pouvoir. Ce n’est plus le cas de nos jours.

Dans notre Franc-maçonnerie régulière, héritières de ces plus anciennes traditions, l’Agape ne doit pas être considérée comme une pure nécessité physique mais doit être expressément considérée comme une valeur ajoutée à la Tenue.

« L’Agape étant la continuation de la Tenue,
la participation de tous les frères est une obligation ».

Cette phrase est inscrite sur toutes les convocations de toutes les Loges régulières du monde.

L’Agape invite à l’approfondissement du chemin de perfectionnement parcouru pendant la Tenue. Elle permet aux initiés de mieux comprendre la voie dans laquelle ils se sont engagés. L’Agape possède donc un rôle initiatique et il faut comprendre qu’il est impossible de saisir autrement son symbolisme sans le vider de son sens profond.

L’Agape est une des plus vielles et des plus solides traditions maçonniques.
Déjà les Constitutions d’ANDERSON y font allusion, ainsi que les « règlements » qui leur font suite. Dès cette époque les tenues se terminaient par un banquet et ANDERSON recommande aux frères de ne pas les transformer en orgies.

Dans notre Rite Ecossai Ancien et Accepté, l’Agape s’effectue dans une salle annexe du Temple.

La table du banquet est disposée traditionnellement en arc de cercle (Fer à cheval).
Le Vénérable Maître occupe le centre de l’Orient, entouré par tous ceux qui ont le droit d’être à ses cotés.

Tous les membres de l’Atelier et les Frères visiteurs doivent être vêtus de la même façon que lors de la Tenue, hormis le tablier et le sautoir. La signification pour les initiés que nous sommes est évidente. Tous en habits noirs, semblables, cela symbolise l’uniformité, la suppression des différences et le renoncement à la vanité.

Lors de ce banquet le Vénérable Maître veille à ce que tout soit en ordre afin que rien ne nuise au caractère rituélique de l’agape. Car cette institution du banquet où la communion matérielle s’ajoute à la communion des âmes est bien un rite essentiel réglé par une tradition.

Le repas s’ouvre dans un profond silence.

Le service de table est effectué par les Apprentis.

L’Agape est ponctuée par une série de « toasts » : Les « toasts officiels », au Président de la république, aux Souverains…, au Grand Maître ; Les « toasts traditionnels », à la grande Loge, au grand Maître provincial…

Au cours du repas la parole peut être donner aux participants à la discrétion du Vénérable Maître. Elle peut aussi être demandée par un Frère, mais toujours sous l’autorité du Vénérable Maître.

Il est de tradition qu’au moment du dessert, le Vénérable Maître prie l’Orateur de donner ses conclusions sous la forme d’une synthèse, sur les travaux effectués en Tenue et lors de l’Agape.

A la fin du repas, avant que les Frères ne se séparent le Vénérable Maître fait réciter le « toast du Tuileur » par un des Frères présents.

Je ne peux conclure sans parler des banquets traditionnels qui suivent les fêtes solsticiales. Je veux parler de la St Jean d’été et de la St Jean d’hiver.

Le banquet blanc de la St Jean d’été qui se déroule au mois de juin, où sont admis non seulement les frères mais aussi leurs familles et amis. Il est de tradition qu’à la fin de ce repas, l’ensemble des convives se réunit en communion autour du feu, et que soit prononcé un ou plusieurs discours.

Je m’attarderai plus longuement sur la St Jean d’hiver.
Dans notre Rite la Tenue du mois de décembre est essentiellement consacrée aux Travaux de Table et seuls les Frères Maçons y sont admis.

La table du banquet est disposée traditionnellement en fer à cheval dans un lieu faiblement éclairé.
Le Vénérable Maître occupe le centre de la partie de la table d’honneur qui constitue l’Orient. Se trouve devant lui un flambeau où brillent sept étoiles. A sa droite et à sa gauche prennent place les Frères que la Loge entend honorer.

Au milieu de la table, seront placés sur un socle les Trois Grandes Lumières, disposées comme en Loge d’Apprenti.

Les Officiers de la Loge doivent se placer comme ils le sont dans le Temple, et porteront le sautoir de leur Office.

Près du couvert du Vénérable Maître, on placera un pain et une coupe de vin rouge.

L’installation ainsi effectuée, les travaux de Table peuvent commencer.

Le déroulement de cette agape est semblable à celui d’une Tenue traditionnelle.
Cette cérémonie est réglée par un rituel assez particulier que l’on admet emprunté aux traditions des Loges militaires sous l’ancien Régime.

Lors de ce repas composé traditionnellement d’un plat unique très simple, on emploie un vocabulaire spécifique, où par exemple l’eau est la « poudre faible », le vin la « poudre forte », le pain la « pierre brute », le verre le « canon », les couteaux des « glaives », et d’une manière générale les ustensiles des « armes »…

Cette cérémonie se compose essentiellement, d’une entrée rituelle, d’une ouverture des Travaux de Table, de sept Santés prononcées tout au long du repas, d’une « Chaîne d’Union » qui se fait en joignant les serviettes, et enfin d’une fermeture des Travaux rituelle.

Cette cérémonie doit se dérouler avec une extrême rigueur conformément au rituel.
Tous les Frères se doivent d’y participer avec un grand sérieux.

En conclusion mes biens chers Frères, la prise de nourriture est l’acte qui unit l’homme au monde.

Son seul but n’est pas de satisfaire un besoin élémentaire, il reflète une certaine philosophie de la vie ; Une philosophie, car dans la vie humaine le repas est à la fois, un acte biologique, un acte social et un acte spirituel ; Une philosophie qui se retrouve dans les communautés initiatiques traditionnelles où pendant l’agape les paroles et gestes des initiés structurent l’espace spirituel où va s’accomplir le Grand Œuvre.

L’Agape rituélique, procurera aux initiés cette ivresse, ivresse spirituelle bien sûr, la seule à laquelle les hommes inspirés ont puisé de tout temps la lumière.

J’ai dit, Vénérable Maître.

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Sociabilité et Franc-maçonnerie

11 Avril 2013 , Rédigé par Pierre-Yves Beaurepaire Publié dans #Planches

Dans ses Mémoires, Gauthier de Brécy a laissé un témoignage remarquable et méconnu sur la sociabilité maçonnique au XVIIIe siècle et la rencontre réussie entre l’Art Royal et la vie de société. Il évoque la « jouissance autant de plaisirs et délassements que de morale et de charité, et surtout plutôt que de prétendue égalité ». En 1780, Brécy est vénérable de la loge de Villeneuve-lès-Avignon et responsable du bureau de la ferme générale de la ville; à ce titre, il est chargé sous l’autorité du célèbre fermier général Jean-Benjamin de Laborde, de la responsabilité de la foire internationale de Beaucaire :

« Sous le commissaire du roi M. de la Borde, indépendamment des plaisirs et amusements ordinaires, ce fermier général, valet de chambre de Louis XVI, était très amateur de franc-maçonnerie. Il voulut absolument tenir et ouvrir une loge ; il me confia son projet. Il savait que j’étais moi-même zélé franc-maçon ; il m’invita à trouver les moyens de faire préparer, dans une des dépendances de l’hôtel des fermes, un local pour y tenir loge de francs-maçons, et en même temps loge d’adoption, laquelle serait tenue par son épouse, qui était grande-maîtresse. M. de la Borde ajouta qu’il paierait tous les frais nécessaires pour cette agréable fantaisie de son épouse et de lui-même. Je choisis alors, dans les dépendances de l’hôtel des fermes, un vaste local entièrement démeublé et dégarni, mais qui me parut propre, au moyen d’une très grande quantité de tapisseries, à être suffisamment décoré et préparé pour la tenue d’une loge de francs-maçons. Après plusieurs autres réceptions, dont M. de la Borde fut très satisfait, Madame de la Borde ouvrit la loge d’adoption. Elle était la sœur de M. de Vismes, qui plus tard fut fait fermier général. Elle-même, après un long espace de temps, et dans les vicissitudes de la politique et de la vie humaine, elle est devenue duchesse douairière de Rohan Chabot. A mon retour en France comme émigré, j’ai été la voir, et elle s’est parfaitement ressouvenue de la foire de Beaucaire, où, comme grande-maîtresse, elle avait présidé la loge d’adoption, pour laquelle je m’étais donné tant de soins.

Madame de la Borde était femme d’esprit, et alors jeune et jolie ; elle tint cette loge d’adoption avec beaucoup de finesse et de grâce. Une demoiselle de Renouard, et deux autres dames dont j’ai oublié les noms, furent reçues franc-maçonnes. Je me souviens très bien que leur réception fut aussi intéressante que spirituelle par les questions ingénieuses qui leur furent adressées par Madame de la Borde, questions auxquelles les trois novices répondirent avec esprit. Après quelques heures de jouissance de cet agréable passe-temps de société, je reçus de Monsieur et Madame de la Borde des remerciements du zèle avec lequel j’avais concouru à l’exécution de leurs projets et idées de Franc-maçonnerie » .

Longtemps, les écrits personnels des francs-maçons ont été négligés au détriment d’une vision institutionnelle de l’ordre maçonnique privilégiant l’exploitation des correspondances administratives des loges avec leurs obédiences, et une sociographie descriptive des listes de membres. Cette orientation encore dominante en France a singulièrement appauvri la connaissance de la Franc-maçonnerie comme « fait social », pour faire référence à un article pionnier de Paul Leuilliot  ainsi que les analyses des chercheurs qui l’ont prise pour objet. Cette situation est d’autant plus paradoxale que la loge maçonnique a été d’emblée au cœur des travaux qui ont marqué l’étude de la sociabilité aux XVIIIe-XIXe siècles : « Pénitents et francs-maçons » de Maurice Agulhon, puis « Le cercle dans la France bourgeoise » du même auteur, Le siècle des Lumières en province de Daniel Roche, les contributions de Gérard Gayot et la thèse de Ran Halevi sur « Les origines de la sociabilité démocratique » ; et parmi une riche production internationale, « L’Espace public » de Jürgen Habermas, dont on connaît l’influence qu’il a exercé sur les historiens, le colloque de Bad Homburg sur « Sociabilité et société bourgeoise », ou encore « Living the Enlightenment » de Margaret C. Jacob, pour ne citer que quelques titres et autant de repères .

Des synthèses récentes comme celles de Peter Clark ou de Dominique Poulot témoignent de la généralisation de cet acquis historiographique. Revers de ce succès, la cause paraît entendue : la loge maçonnique est le foyer de sociabilité par excellence des élites urbaines sensibles au discours et au projet des Lumières. A quoi bon contribuer par de nouvelles monographies d’orients ou de loges à corroborer des résultats acceptés par un large consensus : la présence de loges actives, avec des effectifs nourris, témoigne de l’ancrage solide des Lumières dans la ville sociable ; inversement, l’absence ou le retard de l’implantation de l’Art Royal signalent les résistances aux Lumières ? Mais en fin de comptes, connaît-on vraiment les ressorts du formidable succès européen et colonial de la Franc-maçonnerie au XVIIIe siècle ? l’offre de sociabilité qu’elle présente aux élites du XVIIIe siècle, des représentants de la Société des princes qui tiennent des Hoflogen, des loges de cour, dès la décennie 1730, aux élites négociantes, des aristocrates aux officiers « moyens » des petites villes ? D’Edimbourg à Breslau, de Palerme à Perm ?

Parallèlement, les recherches historiennes sur la sociabilité, en se focalisant sur les pratiques de terrain, ont tardé à découvrir et à intégrer le travail pionnier de Georg Simmel qui étudie la sociabilité comme « forme ludique de la socialisation » .Maurice Agulhon, à l’origine de la plupart des études de ce laboratoire d’une sociabilité en transition qu’est la loge maçonnique des années 1740-1830 souligne dans la préface à la troisième édition de « Pénitents et francs-maçons » qu’il ignorait l’existence des travaux de Simmel lorsqu’il écrivit son étude pionnière. Le sociologue allemand avait pourtant longuement étudié le secret, clé de la compréhension de la sociabilité maçonnique, mais aussi source de nombreux contre-sens entre société à secrets -voire à mystères, par référence aux cultes à mystère de l’Antiquité- et société secrète, en même temps qu’il s’était intéressé à la sociabilité. Aujourd’hui encore, la lecture de Simmel est loin d’être générale parmi les historiens, à la différence de celles de Jürgen Habermas ou de Norbert Elias, qui lui aussi a mis longtemps à être reconnu et partant discuté. Elle est pourtant banale chez les sociologues.

L’idée que la loge maçonnique d’Ancien Régime constitue un laboratoire privilégié en raison de sa forte densité d’implantation en Europe et dans les colonies et ce jusqu’au niveau des petites villes d’observation et d’élaboration des structures et des pratiques de la sociabilité urbaine, le miroir des élites, de leurs réseaux, de leurs stratégies et trajectoires sociales, culturelles et politiques, est aujourd’hui largement admise. Mais si l’on souhaite aller plus loin dans le cadre d’une histoire sociale et culturelle des Lumières audacieuse qui avance sur deux fronts complémentaires, l’étude des pratiques de sociabilité d’une part, et la réflexion sur la manière dont les contemporains pensent le lien social, perçoivent leur espace relationnel, vivent leurs relations interpersonnelles et les stratégies qui les sous-tendent, le moment est sans doute venu de résoudre le paradoxe évoqué plus haut. Pour ne pas abandonner le terrain des Lumières à une histoire des idées qui a souvent tendance à oublier les pratiques, sans pour autant s’interdire de penser la sociabilité et ses enjeux multiples, il convient sans doute de faire retour sur les principaux itinéraires historiographiques qui ont marqué la recherche sur la sociabilité et la Franc-maçonnerie, pour proposer sur les bases de leurs acquis, de nouvelles directions de recherche, susceptibles d’approfondir notre connaissance des formes de sociabilité du XVIIIe siècle, de leurs acteurs et des stratégies qu’ils y déploient. Les pistes ouvertes par Daniel Roche dans le volume collectif dirigé par Daniel Ligou sur « l’Histoire des francs-maçons en France » demeurent donc, vingt ans plus tard, d’une remarquable actualité et doivent clairement orienter notre agenda de recherche :

« L’important est de noter, outre la généralisation accélérée du phénomène, son caractère de liaison associative qui établit sur l’ensemble du royaume un univers maçonnique où les Frères se retrouvent en relations personnelles autant qu’en communion spirituelle et morale. La part du phénomène de sociabilité qui explique le jeu d’imitation sociale transparent dans de nombreuses créations est fondamental. Qu’elle puise aux sources d’un ancien corporatisme ou dans l’éclat d’une vie mondaine paré des prestiges de l’élitisme, c’est à établir une vie de rapports culturels, de discussions sans doute, et de pratiques associatives que tend la Maçonnerie française. Des gestes anciens s’y déploient ; banquets fraternels, musiques et chansons rassemblent et unifient peut-être autant que l’échange ésotérique ou idéologique. Le développement mondain de l’Ordre assume son succès, rassure la police et fascine une opinion publique qui s’élargit et, pour une part, se laïcise. Le passage de la confrérie à la loge s’inscrit dans ce mouvement. Il est prouvé en Provence, il reste à étudier ailleurs »

Itinéraires historiographiques.

Georg Simmel a apporté une contribution décisive en pensant l’articulation entre sociabilité et secret, et en portant sur la société initiatique le regard du sociologue (7). Maurice Agulhon a attiré, pour sa part, l’attention sur les parentés de structures entre foyers de sociabilité : la loge maçonnique s’inscrit et s’épanouit dans l’offre de sociabilité d’Ancien Régime, qu’elle recompose sans la déchirer. Elle concurrence les confréries -bien qu’elle soit d’abord l’une d’entre elles, d’un type particulier, mais elle leur permet aussi de s’adapter aux exigences du « commerce de société ». « Le Siècle des Lumières en province et Les Républicains des Lettres » de Daniel Roche marquent ensuite un tournant, en appréhendant pour la première fois la Franc-maçonnerie en comme « fait social » national, en débordant le cadre parisien pour embrasser les orients provinciaux dans leur diversité et dans l’autonomie de leurs trajectoires, en proposant une sociologie des membres, l’étude des âges et des phénomènes de générations, des correspondances et des affiliations croisées à d’autres formes de sociabilité .Dans la longue citation que j’ai donnée plus haut, Daniel Roche évoquait « les relations personnelles ».

Dans « Les Républicains des Lettres », l'article « Négoce et culture dans la France des Lumières » invite à suivre le parcours des négociants à travers « l’univers maçonnique des Lumières » : « Le champ de l’enquête est vaste : sociétés de culture, loges maçonniques, réseau des correspondances et des institutions des Lumières, offrent tour à tour occasion de saisir au vif l’engagement culturel négociant » .Les 6000 académiciens ont accueilli moins de 166 négociants dans leurs rangs, alors que les loges du XVIIIe siècle ont réuni des milliers de négociants, le fait mérite d’être rappelé. Personnellement, je relierai cette attention portée aux négociants francs-maçons mais surtout à ce que la Franc-maçonnerie apporte aux négociants, aux recherches lancées par Daniel Roche sur la culture de la mobilité, et dont témoignent notamment un livre personnel, « Humeurs vagabondes », un ouvrage collectif, « Paris ville promise », un numéro de la « Revue de Synthèse » coordonné par Henriette Asséo ainsi que dernièrement un numéro spécial de « French Historical Studies sur Mobility in French History » avec un commentaire de Daniel Roche intitulé : « Les mobilités concrètes, XVIe-XXe siècles » .Cette attention à la culture de la mobilité était déjà présente dans l’article consacré à Jean-François Séguier, qui articule pratique du voyage, de l’hospitalité et de l’échange épistolaire pour jeter les bases d’un maillage de l’espace européen savant et mondain particulièrement efficace. Elle est aussi le moteur de chantiers susceptibles de relancer les recherches en histoire de la Franc-maçonnerie et d’intégrer à leur juste place ces recherches dans une histoire européenne de la sociabilité des Lumières.

De nouveaux chantiers.

La diffusion européenne et coloniale de la Franc-maçonnerie est sans équivalent dans le champ de la sociabilité des Lumières .Une véritable République universelle des francs-maçons se met en place, dont les ressources répondent parfaitement aux attentes des voyageurs, des diplomates, des étudiants, des négociants, des artistes qui arpentent l’espace européen et sillonnent les océans du globe. Les certificats maçonniques, véritables « passeports pour la lumière » selon le frère savoisien Joseph de Maistre sont particulièrement recherchés. Annuaires des loges comportant les adresses de leurs Vénérables, tableaux de la correspondance des ateliers, et lettres de recommandation maçonnique complètent le dispositif et permettent d’activer à distance le réseau d’assistance fraternelle, de solliciter l’hospitalité. Ces certificats, dont la plupart restent encore à découvrir, évoluent au cours du siècle et sous l’effet d’une demande croissante : ils s’uniformisent, incluent parfois le signalement physique du porteur -les faussaires sont nombreux, et les aventuriers tel ce Antonio Pocchini de La Riva se font parfois prendre par la police, en l‘espèce à Parme, avec des paquets de certificats vrais et faux, les faux permettant d’obtenir des attestations authentiques deviennent de véritables formulaires imprimés, et sont même parfois bilingues c’est le cas de certificats émis par des loges irlandaises. Comme ces certificats sont signés au verso par les secrétaires de loge à chaque présentation, ils permettent de suivre l’itinéraire emprunté par le frère visiteur.

Croisés avec des registres de visiteurs, comme celui de la « Bien Aimée » d’Amsterdam, loge du grand négoce et de la bourse que visitent Casanova, Marat parmi des centaines d’autres francs-maçons, ils permettent de prendre mieux conscience de l’ampleur du phénomène. La mise sur pied d’ateliers dédiés à l’accueil des frères étrangers comme la « Réunion des Etrangers », orient de Paris, de fondation franco-danoise, ou « l’Irlandaise du Soleil Levant », pour les étudiants en médecine irlandais inscrits à la Faculté de médecine de Paris doit être également soulignée. Elle complète la politique de large ouverture européenne des métropoles maçonniques de la périphérie du royaume (Bordeaux, Marseille, Lyon et Strasbourg notamment), qui trouvent là une reconnaissance internationale susceptible de les aider dans leur résistance à la force d’attraction du Grand Orient de France qui se pose en « centre national de l’union » et prétend au monopole de la correspondance avec l’étranger. La « Candeur », loge de l’Université luthérienne de Strasbourg, « Saint-Jean d’Ecosse » de Marseille qui essaime dans tout le bassin méditerranéen et implante ses fondations jusqu’aux Antilles, illustrent la rencontre entre la demande des francs-maçons européens de structures d’accueil performantes des frères en voyage, et la politique des puissances maçonniques territoriales qui parient sur la République universelle des francs-maçons et les réseaux à long rayon d’action pour contrarier l’organisation de l’Europe fraternelle en puissances maçonniques nationales souveraines dans leurs ressorts définis sur la base des frontières internationalement reconnues des Etats. Partant, ces pistes de recherches intéressent à la fois la géopolitique maçonnique du XVIIIe siècle et la participation de la Franc-maçonnerie aux dispositifs de gestion de la mobilité des élites européennes.

Rompant avec la sociographie paresseuse qui ne s’intéresse qu’aux listes de membres envoyés par les loges à leurs correspondantes ou à leurs obédiences et qui ne nous dit finalement rien des motivations des initiés et de leurs pratiques sociables, le chantier des écrits personnels des francs-maçons des Lumières doit permettre d’éclairer l’histoire des pratiques, de restituer les options et les trajectoires maçonniques dans leur environnement familial, professionnel, confessionnel, économique, et d’étudier l’insertion des liens maçonniques dans le périmètre relationnel et le faisceau de relations interpersonnelles des individus considérés. Ainsi, plutôt que de fantasmer sur les « réseaux des francs-maçons », il devient possible de mettre à l’épreuve le réseau et d’apporter les preuves éventuelles de son existence : effectivement, à Lyon, Jean-Baptiste Willermoz investit temps, énergie, capitaux, relations négociantes, amicales et fraternelles dans un vaste projet de réformation maçonnique -qui donne naissance au Rite Ecossais Rectifié d’essence chrétienne et chevaleresque-, aux ambitions européennes. Son bureau général de correspondance entretient une activité remarquable, au point de susciter les convoitises d’autres têtes de réseau comme Charles Pierre Paul Savalette de Langes, fondateur du régime des Philalèthes souché sur la loge parisienne des « Amis Réunis », dite loge des fermiers des généraux, mais aussi des artistes parisiens et européens à la mode, ainsi que de leurs commanditaires.

Correspondances et fragments autobiographiques du diplomate français Marie-Daniel Bourrée de Corberon (16), du manufacturier Armand Gaborria, ou des figures du Refuge huguenot à Leipzig éclairent la réception des pratiques maçonniques françaises et étrangères, les processus d’appropriation culturelle des corpus de grades, rituels et symboles, tout comme ils soulignent l’importance du lien maçonnique pour les diasporas jacobites, huguenotes et les expatriés. Ici encore, l’enjeu est à la fois maçonnique et profane. Cette recherche sur les écrits personnels des francs-maçons éclaire l’histoire des circulations maçonniques à l’œuvre dans l’espace européen des Lumières, en même temps qu’elle est susceptible de mettre en évidence l’implication de ces médiateurs culturels dans des champs qui débordent la sphère maçonnique. Elle s’intègre dans une série de programmes de recherches et d’édition français et européens autour des écrits du for privé et des ego documents.

Les recherches récentes sur la sociabilité ont permis de réévaluer la prégnance du modèle aristocratique et mondain. Antoine Lilti l’a notamment montré de manière exemplaire dans « Le Monde des salons ». Là encore, le champ maçonnique doit prendre toute sa place dans l’étude des pratiques de sociabilité. En effet, les loges sont soucieuses de répondre aux attentes des élites françaises et européennes ; elles assurent une authentique veille sociable et ne manquent pas l’occasion de briller sur la scène mondaine en organisant tenues d’adoption au recrutement mixte, théâtres de société, concerts amateurs, cabinets de lectures, bals, parties de chasse, feux d’artifice et actions de bienfaisance, et en se dotant de jardins d’agrément, qui n’ont pas retenu jusqu’ici l’attention des historiens de l’Ordre.

Les écrits personnels témoignent de la richesse de cette « Maçonnerie de société » et de ses relations précoces avec les sociétés mixtes badines et chevaleresques tel l’ordre des Mopses qui se créent à travers le royaume européen des mœurs et du bon goût. Ils montrent aussi des voyageurs de qualité qui trouvent aisément leurs marques dans ces loges aristocratiques et mondaines qui fraternisent de Paris à Petersburg, et dont les frères se retrouvent hors des temples dans les villes d’eaux ou pendant l’été dans les demeures aristocratiques périurbaines pour des tenues improvisées. La loge sensée incarner la sociabilité démocratique s’épanouit en fait dans la culture de l’entre-soi des élites, à l’échelle continentale de la « société des princes » comme à l’échelle provinciale : à Perpignan, par exemple la loge de la « Sociabilité », la bien nommée, s’affiche comme « la loge de toute la noblesse » et domine l’Art Royal en Roussillon ; elle réunit les figures des Lumières techniciennes, le gratin du Conseil souverain et de l’Université, et bénéficie de l’aura du maréchal comte de Mailly, lieutenant-général du roi en Roussillon, dont il fait un laboratoire des Lumières provinciales, sans jamais cesser de faire référence au niveau de l’égalité -mais on aura compris qu’il s’agit d’une égalité harmonieuse, donc proportionnelle et non pas arithmétique.

L’exploitation des archives « russes » du Grand Orient de France, c’est-à-dire des dossiers volés par les Nazis en 1940, saisis par l’Armée Rouge en Prusse-Orientale en 1945, et rapatriés en France à partir de l’an 2000, débute. Ces dossiers permettent d’étudier à nouveaux frais les principales métropoles maçonniques françaises. Cette opportunité doit être saisie pour proposer une autre histoire de la Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle, partie prenante d’une histoire de la sociabilité attentive aux hommes et aux structures, aux trajectoires individuelles comme aux choix collectifs, aux circulations comme aux représentations, aux projets comme aux réalisations, et, au-delà, d’une histoire des pratiques sociales et culturelles des Lumières.

Sociabilité et Franc-maçonnerie : propositions pour une histoire des pratiques sociales et culturelles des Lumières par Pierre-Yves Beaurepaire Professeur d'histoire moderne Université de Nice Sophia-Antipolis, Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine.

Source : www.ledifice.net

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La méthode maçonnique et l’entrée en la matière

9 Avril 2013 , Rédigé par Eric R\ Publié dans #Planches

 S’il n’existe pas d’enseignement de l’initiation, il existe bien une méthode de transfert des données traditionnelles. La méthode maçonnique empreinte de spiritualité est d’abord un chemin de sagesse.

La spiritualité est la vie de l’esprit humain. Elle a un rapport immédiat et absolu avec le divin et l’infini. La notion divine n’est pas nécessairement fondée sur une croyance en une vérité révélée, pas plus que la spiritualité appelle la philosophie. Pour autant la spiritualité n’est qu’une perception humanisée des concepts métaphysiques.

L’initiation (maçonnique) constitue la plate-forme, « une entrée en la matière » sur laquelle le franc-maçon va tailler sa pierre.

Plus que la taille, c’est être la pierre qui importe.

La méthode repose sur une progression par paliers, dans l’étude des textes et des symboles traditionnels. Ainsi une loge qui négligerait l’étude de la symbolique maçonnique au profit de questions sociales ou d’actualité, remettrait en cause la transmission des connaissances initiatiques fondamentales de l’Art Royal. Les symboles qui sont étudiés sont universels, ils accompagnent l’apprenti sur son propre chemin.

Travail et tablier

Le travail est le moteur du cheminement initiatique. Il peut arriver que quelques frères oisifs se prélassent sur les colonnes, profitant du travail des autres et n’apportant à la loge que leur présence critique. Il convient de leur rappeler qu’ils portent un tablier, héritage des temps opératifs.

Mettre son tablier est un geste symbolique. Toutes les voies initiatiques ont leurs vêtures. L’aube et la tiare pour le sacerdoce, l’armure et l’uniforme pour la voie martiale le tablier pour la voie artisanale. Le premier geste pour mettre son tablier consiste à ceinturer son corps. Avant de commencer le travail, il faut donc « faire le tour de soi », comme une mise en condition corporelle. Le tablier de l’apprenti donne le signal du premier travail à effectuer : la taille de la pierre brute.

Il est en peau d’agneau excellent isolant, complètement blanc. Il a une bavette triangulaire qui reste tendue vers le haut et qui protège la région de l’épigastre, dans le symbolique travail de dégrossissement. La bavette levée de l’apprenti symbolise le savoir non encore pénétré dans la matière ou corps physique. La bavette abaissée du compagnon symbolise l’entrée de l’esprit dans la matière. Une telle symbolique nous la rencontrons aussi dans la superposition de l’équerre sur le compas durant les travaux au grade d’apprenti dans lequel la matière prédomine et au grade de compagnon ou la matière et l’esprit s’équilibre.

Liberté et collectivité

Le mot d’ordre est « un maçon libre dans une loge libre ». Le message délivré par les symboles s’adapte aux convictions philosophiques, religieuses et morales. Ce travail personnel repose sur une quête de soi pour certains, une dimension divine ou sociétale pour d’autres.

C’est au contact des autres frères que s’enrichit son propre parcours. C’est ici le principe d’altérité qui produit ses effets. La Loge devient alors un lieu d’échanges réglementés et de sérénité ou s’exprime parfois des options différentes, chacun conservant son libre arbitre en ayant pris soin de bien comprendre le point de vue d’autrui. La différence dans la fraternité, construis la conscience de soi et du monde. Chacun trace son chemin de lumière en s’appuyant sur les autres. Les francs-maçons sont donc des individus interagissant qui élaborent leur pensée personnelle et non collective fondée sur l’analogie symbolique. La Loge devient l’athanor de l’accomplissement individuel. Elle reste aussi le lieu vivant de la tradition et de la transmission.

L’effort à fournir consiste à une descente en soi pour mieux se connaître et se perfectionner en rectifiant ses défauts et ses erreurs. C’est le « Gnôthi seauton « d’origine grecque, qui consiste en une transformation intérieure de l’initié. La Franc-maçonnerie est une école de l’éveil se traduisant notamment en un élargissement de la conscience. Cet effort sur soi commence par la taille et le polissage de sa pierre. Il se poursuit, s’il en est capable, par une descente au plus profond de lui-même.

Enfin, l’initié répondra à l’appel de la transcendance. Ce principe est illustré par l’acronyme alchimique V.I.T.R.I.O.L Visita Interiora Terrae, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem (Visite l’intérieur de la Terre, et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée). La construction de son temple personnel est un objectif qui passe par l’usage des symboles qui s’expriment autrement que dans la vie profane.

Trois étapes

Il y a donc bien trois étapes à franchir :

La première étape commence par une reliance à soi. C’est le geste symbolique de ceindre son tablier qui nous fait relier les deux extrémités de soi. C’est aussi une prise de conscience de sa propre corporalité - matérialité, perfectible jusqu’aux limites de nos possibilités.

On cherche à éclairer les zones d’ombre de son psychisme. Ainsi l’apprenti cherche à se dépouiller de la gangue de matière dans laquelle il se fige. C’est un travail sur soi ou il recherche sa véritable identité. L’animal devient homme.

La deuxième étape consiste à rentrer en fraternité active avec les autres. C’est le principe bien connu des voyages du compagnon, qui en découvrant le monde découvre et partage le pain avec autrui. Dans cette reliance aux autres, le compagnon accomplit la réalisation du Moi. Il doit voir la présence de l’esprit prisonnier de la matière et trouver en lui le moyen de dénouer les blocages. Peut-il alors y avoir confrontation dans la fraternité? Naturellement, l’aboutissement de cette rencontre de l’autre dans un lieu clos et couvert doit se faire dans la conciliation des contraires, comme les cases noires et blanches du pavé mosaïque. C’est ce consensus qui donne naissance à l’égrégore. C’est un phénomène transcendant inexplicable qui couronne la rencontre et l’effort sur soi. Symboliquement aux agapes les Frères partagent le pain de la Sagesse. C’est le même pain qui nourrit la communauté. Enfin, la Loge est assimilée à un miroir: les Frères s’entraident dans l’élimination de leurs défauts.

Enfin la troisième étape s’attache tout particulièrement à la libération de l’être dans l’aspiration à plus haut.

C’est l’étape de la reliance à la totalité, à l’universalité. L’homme microcosme devient macrocosme. Le Maître accompli l’intégration du soi, premier pas vers la sagesse et l’harmonie. C’est le relèvement du maître de sagesse qui est en lui.

La méthode consiste donc à la mise en pratique d’un langage non discursif. Il n’est compréhensible qu’au prix d’une volonté agissante sur le corps et l’esprit, visant l’épanouissement personnel dans le cadre d’un groupement humain usant de rituels et parlant le même langage symbolique. Le groupe est indispensable, car il est un miroir pour soi-même. Il permet d’avoir un écho de soi plus révélateur que la simple conviction que l’on peut en avoir.

Progressivement le maçon acquiert pour lui-même une meilleure connaissance de soi, apportant par ses avancées un enrichissement de la loge. L’échange s’effectue donc dans les deux sens. L’apport mutuel par sa nature collective devient le 2ème trésor de la loge.

Les degrés et la conjugaison

Il existe plusieurs degrés de connaissance initiatique, traduits par des grades qui donnent lieu à de nouvelles initiations et donc de nouveaux commencements. Les trois grades de base de la franc-maçonnerie initiatique sont l’apprenti, le compagnon et le Maître.

Graduellement le franc maçon pratique le « solve » et « coagula » des alchimistes : il s’agit dans un premier temps, de dissoudre les imperfections de son être, fondées sur des mécanismes propres qu’il convient de réinterpréter pour enfin s’améliorer. À la suite il faut bâtir en soi la sagesse.

Oeuvrer sur le chantier de son temple intérieur, c’est participer à une immense chaîne de chercheurs d’absolu qui remonte à la nuit des temps. L’initié ritualise sa recherche, à l’aide d’outils qui sont des symboles dont la fonction finale est la quête de soi sur un plan mythique. Il s’appuie aussi sur l’ésotérisme consistant en l’approche découverte du « divin » par la lecture des textes sacrés dans leur sens intérieur.

En des termes plus concrets le franc-maçon tout en admettant la rationalité comme principe de base à tous les raisonnements, fait une place aussi grande à son intuition. Il joue sur la complémentarité des deux termes en les conjuguant. Il agit de la même façon en évitant les oppositions entre deux termes. En prenant de la hauteur, il tente la conciliation en recherchant la meilleure des deux propositions. Cette politique du juste milieu fait de lui un juste conciliateur en toute occasion. De la même façon qu’il a appris à bâtir son temple intérieur en alliant la matière à l’esprit, il réitère en conciliant le blanc et le noir, les ténèbres et la lumière suivant un axe médian. On dit que le franc-maçon se tient entre l’équerre (symbole de la matière) et le compas (symbole de l’esprit). Il se doit de réaliser l’harmonie entre les réalités matérielles et les spéculations de son esprit.

Enfin il nous semble utile de rappeler que l’Art Royal est une logique de l’interprétation, qui repose sur le bon usage symbolique des outils des frères opératifs .C’est un aspect concret et architectonique où la volonté s’impose à la matière, et l’herméneutique des textes sacrés ouvre à la métaphysique et aux règles de l’harmonie.

R\L\ Ecossais de Saint-Jean

Eric R\

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-la-methode-ma-onnique-99410345.html

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Le langage symbolique des pierres dans le REAA

8 Avril 2013 , Rédigé par Philippe DOUILLET Publié dans #Planches

Les pierres sont la matière première du maçon, sa « materia prima ».

Au milieu d’une nature mortelle et changeante qui se renouvelait sans cesse dans une succession ininterrompue de disparitions et de renaissances, les pierres, dans leur permanence et leur immobilité apparente, donnaient à penser qu’elles appartenaient à un autre ordre des choses et qu’elles étaient détentrices de lourds secrets.

Le premier secret fut levé lorsque les hommes découvrirent que la pierre était perfectible avec son aspect symbolique: la taille et le polissage ont été rendus possibles par l’existence au début d’outils en pierre, ce qui revient à dire que les outils de perfectionnement étaient contenus en elle.

Mais la pierre a d’autres secrets aussi : certaines d’entre elles peuvent contenir au plus profond d’elles-mêmes une parcelle de soleil, une parcelle de lumière. Ces pierres devinrent éminemment « précieuses », les hommes crurent lire un langage qui exprimait sûrement des messages.

Cette découverte du contenu souvent non apparent de certaines pierres ajoute à l’idée de perfectibilité, celle d’un trésor à dévoiler par le travail et la recherche.

Ainsi c’est s’établit une relation quasi viscérale entre l’Homme et ces pierres précieuses été taillées et polies : tailler la pierre, la polir, la sculpter et l’assembler ont été les gestes essentiels des bâtisseurs et la Franc-maçonnerie qui se veut leur héritière, a naturellement repris dans sa symbolique tout ce qui avait trait au travail de la pierre.

Les pierres dans le REAA jalonnent notre parcours afin de nous maintenir sur le chemin, marquant symboliquement notre avancée en initiation.

La pierre brute qui constituera les fondations et les murs de notre temple est présentée au 1er degré ; taillée et polie, elle deviendra la pierre cubique du 2e degré et, au 3e degré, le maître deviendra un poseur de pierres polies.

Dans les grades de perfection, il ne s’agit pas de l’acquisition d’un savoir ou d’une culture mais de la recherche d’une connaissance métaphysique ; la pierre change alors de nature : elle devient porteuse de nouvelles qualités spécifiques attachées à sa beauté mais surtout à son message : c’est la pierre d’agate, la pierre qui parle.

Dans les grades capitulaires, la pierre changera encore de nature, à l’heure où elle suera sang et eau. Nous avons retrouvé cette pierre qui existe dans la nature : c’est le jaspe sanguin.

Ces 4 pierres bien que symboliques sont naturelles : la pierre brute, la pierre cubique, la pierre d’agate et le jaspe sanguin. Elles sont présentées à vos yeux, soit en leur état naturel, soit en photos.

La Pierre brute

Le jour de son initiation le profane devient une pierre brute. Ce n’est pas un hasard si son premier travail est de dégrossir cette pierre brute, c’est-à-dire de la débarrasser de ses aspérités qui représentent symboliquement ses défauts, ses certitudes, son ignorance, ses ambitions qui le blessent et qui peuvent aussi blesser les membres de sa Loge. L’art de la maçonnerie lui permettra de polir et de transformer cette pierre brute qui deviendra apte à sa construction, par ses qualités intrinsèques, au sens propre comme au figuré.

D’où vient la pierre brute ?

A Héliopolis dans l’ancienne tradition égyptienne, la pierre primordiale est identifiée à une pierre initiale surgie de l’indifférenciation à la fois pierre céleste et rayon de lumière pétrifié. La pierre primordiale est évoquée dans le Talmud comme pierre de fondation du monde ; elle marque l’emplacement du Temple de Jérusalem.

Dans notre rituel du 1er degré symbolique, le plan de la loge indique bien la présence de la pierre brute, au pied de l’Orient, sur la colonne du nord, sous la lune.

Aujourd’hui il est communément admis que lors de l’émergence de la première matière hors de l’océan des origines, quelque chose a pris consistance et s’est solidifié. Le noyau du monde, une île, est la première réalité géologique de l’histoire universelle de notre planète. Cette première pierre brute contient ainsi la lumière cachée des origines et symboliquement l’éternité qui se révèle dans sa manifestation.

Cette pierre brute n’est pas un bloc de pierre mais elle est toutes les pierres, toutes les formes minérales sur lesquelles on peut travailler et créer, compte tenu du caractère vivant de ses éléments constitutifs. En ce sens, elle est un résumé de la voie initiatique artisanale qui consiste à travailler sur un matériau pour façonner quelque chose selon les lois de l’harmonie ; elle a été soumise à l’érosion, modelée et taillée par les éléments naturels tels que l’air, l’eau, le feu.

Dans les cycles renouvelés de notre Univers, à l’échelle des temps géologiques, il y a toujours, à tout instant, une pierre brute qui n’a pas de rapport avec la forme, elle donne simplement à voir ce qu’est la matière première, la matière prima, avec contenu en elle, les germes de ses potentialités qui façonneront l’édifice terrestre, comme l’art de la maçonnerie façonnera la pierre brute qu’est le nouvel initié, fort de ses potentialités cachées qui saura en extraire toutes les formes de vie.

La pierre cubique

Une fois la pierre brute dégrossie et débarrassée de ses aspérités, l’apprenti accède au grade de compagnon et peut commencer à tailler sa pierre pour lui donner une forme correspondante à sa destination : elle peut prendre sa place dans l’édifice. La représentation finale du travail sur la pierre à tailler prendra la forme d’une pierre cubique ; c’est le chef-d’œuvre que doit réaliser le compagnon. Dans le tableau de loge du deuxième, la pierre cubique est du reste bien là, à sa place sous le soleil.

La pierre cubique n’est pas différentiable comme peut l’être la pierre brute ; elle ne se prête en effet à aucun inventaire logique de ses constituants. Tailler la pierre, la polir, la sculpter, l’assembler ont été pendant des millénaires les gestes essentiels des bâtisseurs en même temps que leur secret et qui dit secret dit initiation et transmission. La franc-maçonnerie qui se veut l’héritière des bâtisseurs a naturellement repris dans sa symbolique tout ce qui avait trait au travail de la pierre pour parvenir à une pierre cubique.

Ainsi dans la plus haute antiquité, le trône du pharaon est une pierre cubique. La déesse Cybèle, phrygienne à l’origine et qui a été identifiée à Rhéa, la mère de Zeus et aux plus grands dieux grecs siège sur le mont Ku bébé (du grec cubos) qui est un cube.

L’arche d’Alliance constitué d’acacia, bois réputé imputrescible a la forme d’un cube de vingt coudées d’arête.

C’est un édifice de forme cubique, la Kaaba qui est placée au centre du lieu saint islamique de la Mecque.

La plupart des auteurs maçonniques se réfèrent au réseau cristallin cubique du chlorure de sodium, vulgairement appelé sel de cuisine pour représenter le solide le plus parfait, la référence qui guide le compagnon dans sa perception de l’œuvre à réaliser. Se référer au sel n’est pas sans intérêt : l’homme a besoin de sel, il sait depuis toujours qu’il est indispensable à la vie. Depuis la plus haute antiquité les hommes ont appris à le localiser, à l’extraire des mers et de la terre, à le protéger, à le défendre tant la richesse qu’il représente est un enjeu de pouvoir; du reste dans la tradition biblique, le sel occupe une place privilégiée dans les relations qu’entretient le créateur avec les hommes : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Mais comment les francs-maçons, les bâtisseurs que nous sommes, peuvent-ils se référer au cristal cubique de sel qui fond dans la bouche, et même dans la main !

Pour symboliser la structure fondamentale sous-jacente à toute construction, l’exemple le plus parfait est l’or des fous : c’est à dire la pyrite, sulfure de fer (FeS2) dont les cubes, plus ou moins gros, parsèment la surface de la terre, depuis l’origine des temps. Le scintillement de ces cubes jaunes, imputrescibles, inaltérables a toujours fasciné les hommes.

Choquée avec un silex, la pyrite produit des étincelles : c’était l’allumette des premiers hommes, la source du feu permanent. La pyrite était la pierre d’Héphaïstos, le dieu grec de la métallurgie et des inventeurs ; c’est aussi la pierre de Vulcain, la divinité romaine du feu. Et puis la pyrite a la propreté des miroirs, celle de réfléchir les rayons du soleil : Pline l’Ancien préconisait son utilisation pour réchauffer l’eau froide : cette propriété a été reprise dans tous les lapidaires païens et chrétiens des 12e, 13e et 14e siècles. On peut rappeler aussi que la pyrite a été à l’origine d’une tactique militaire révolutionnaire exploitée par Hannibal. Il a surpris tous ses ennemis en pratiquant un art guerrier contraire à tous les usages qui voulait qu’on attaque le soleil dans le dos ; il a fait le contraire, face au soleil, en garnissant la tête de ses éléphants de multiples guirlandes de cubes pyrite qui, réfléchissant les rayons du soleil dans toutes les directions auraient aveuglé ses ennemis.

Le cube de pyrite est le prisme le plus parfait, le plus solide, le plus brillant, le plus stable, le plus utile par excellence pour bâtir impérissablement.

Mais pour nous maçons, paradoxalement, sa duplication est impossible avec une règle et un compas.

La Pierre d’agate

Quand au 13e degré du REAA nous découvrons le tétragramme sacré et une pierre dont la présence tutélaire marque l’importance de l’événement. Cette pierre est la pierre d’agate ; mais pourquoi la pierre d’agate précisément ?

De tout temps, l’agate a été recherchée comme parure en raison de l’infinité des combinaisons de couleurs et de motifs qu’elle offre. L’agate est, en elle-même une pierre fascinante qui fait rêver, une pierre qui raconte une histoire. De plus et depuis toujours, les hommes lui ont attribué des pouvoirs magiques.

Les lapidaires anciens d’Egypte, de Mésopotamie, de la Grèce avec Démocrite, de la Rome antique avec Pline l’ancien, les lapidaires du 12e siècle (Marbode de Rennes, Hildegarde de Bingen), les lapidaires chrétiens de 13e et 14e siècle rapportent comment utiliser certaines pierres et en particulier les agates pour soigner tout type d’affections, physiques, morales, psychologiques simplement par le toucher, le port, par ingestion en boisson ou même par le regard. Déjà en Crète, la pierre d’agate, considérée comme sacrée, apaise les douleurs provoquées par les piqures de scorpions ou d’araignées. Les Perses l’utilisaient pour éloigner les tempêtes. En Sicile, l’agate procure de riches récoltes quand elle est posée sur les cornes des animaux de traits. Milon de Crotone, gendre de Pythagore, athlète participant aux jeux à l’Olympe porte une pierre d’agate avant de combattre pour augmenter ses forces naturelles.

Mais pourquoi Enoch a-t-il choisi la pierre d’agate pour supporter le Nom Ineffable ? Avait-il la connaissance du pouvoir magique de l’agate, de savoir conserver éternellement un secret.

De nos jours, grâce aux outils d’analyse dont nous disposons pour pénétrer la structure intime de l’agate, nous sommes en mesure de lever le voile de ce mystère.

L’agate est une pierre d’une grande dureté qui peut traverser le temps sans aucune altération ; elle est constituée d’une infinité de fibres microscopiques creuses de silice disposées en couches qui la rende poreuse. A l’époque où la terre était en formation, ces fibres de silice creuses ont été remplies et gorgées de tous les fluides chauds de magma. Plus tard, elles ont déposé leurs charges minérales dans le cœur de l’agate au cours de son refroidissement. A chaque fibre une forme, à chaque minéral une couleur d’où ces entrelacs infinis de formes et de couleurs qu’aucune palette de peintre ne pourra jamais égaler. Cette extraordinaire propriété d’absorption est une réalité concrète comme le prouvent les échantillons et photos qui circulent parmi vous.

L’agate s’est donc nourrie et enrichie, au cours de sa formation, de tous les flux de la terre avec toutes ses richesses et, particularité unique, elle n’a jamais restitué ce qu’elle a absorbé. Et lorsque, après l’avoir polie apparaissent les formes dans leurs diversités les plus extravagantes, les imitations dans leurs fantaisies les plus curieuses, la terre dans ses créations transformistes ou évolutives, la vie dans ses manifestations éphémères ou permanentes, les matrices dans leurs intimités généreuses, les animaux, les plantes, les encres de chine dans leurs traits les plus délicats, alors on peut y reconnaître la signature du GADLU, gravée à jamais dans la matière.

Ainsi, si la pierre d’agate a servi de réceptacle au triangle d’or qui porte, gravées, les lettres composant le Nom Ineffable, c’est parce qu’elle est une pierre de mémoire, gardienne de secrets, garante d’éternité. Alors que nous importe que les lettres aient été martelées, la pierre d’agate est éternellement là pour nous dire que le Nom est toujours présent, inaltéré, ineffaçable pour ceux qui font l’effort de tailler la pierre pour la découvrir.

La pierre qui sue sang et eau

Nous sommes au moment de la reprise des travaux du 18e degré du REAA. L’heure du parfait maçon est définie : c’est » l’heure où le voile du temple se déchire, où l’étoile flamboyante perd son éclat, où les outils de la maçonnerie sont brisés, où la pierre cubique qui sue sang et eau … » La parole étant perdue, notre travail recommence à l’heure du parfait maçon; si cette heure est celle de la mort du Christ, nous devons alors considérer que tous les événements étranges qui se manifestent à cet instant et parmi ceux-ci la pierre qui sue sang et eau sont l’expression symbolique de cette mort. Lorsque le centurion transperce avec sa lance le corps du Christ, il est dit qu’il s’en écoule du sang et de l’eau. La pierre qui sue sang et eau, c’est le Christ à l’instant même de sa mort. Quelle est cette pierre ? Nous nous sommes mis à sa recherche Jean-François Pluviaud et moi-même.

L’hypothèse de départ était simple : dans la mesure où la pierre cubique existe à l’état naturel, pourquoi la pierre qui sue sang et eau n’existerait-elle pas, réellement, dans la nature ? C’est d’abord à l’Apocalypse que nous avons ressenti une relation qui pourrait exister entre certaines pierres et le 18e degré. Comment rêver meilleur point de départ pour notre réflexion : Jean, par sa vision apportait une réponse à notre questionnement. Dans la description allégorique de la Jérusalem déleste qui nous est faite, nous avons été intrigué par une pierre qui semble jouer un rôle particulier : cette pierre est le jaspe. La vision (Apo IV-23) « Et voici qu’il y avait un trône dans le ciel et sur ce trône quelqu’un était assis. Celui qui était assis avait l’aspect d’une pierre de jaspe ». Plus loin (Apo XXI-10-11) « Et il me montre la grande ville, la Sainte Jérusalem qui descendait du ciel, envoyée par Dieu, ayant la gloire de Dieu. Son état était semblable à celui d’une pierre précieuse, d’une pierre de jaspe, transparente comme le cristal. » Plus loin encore (Apo XXI-18-20) La muraille était en jaspe et la ville était d’or pur, le premier fondement était en jaspe encore. Il existe aussi une variété de jaspe connue depuis la plus haute Antiquité qui n’a pas été utilisée pour construire mais pour guérir : c’est le jaspe sanguin, de couleur verte parsemé de points rouges.

Les Assyriens et les Egyptiens utilisaient déjà ce type de jaspe pour ses vertus thérapeutiques à savoir la résorption des varices et des hémorroïdes et la purification du sang. Les Grecs utilisaient aussi le Jaspe poli pour suivre les mouvements du soleil et, pour cette raison, l’appelaient héliotrope. La légende prétend même que l’héliotrope a servi à Archimède pour fabriquer des miroirs avec lesquels il détruisit la flotte romaine à Syracuse par réflexion des rayons du soleil qui enflammèrent des voiles des navires.

Pline l’Ancien (1er siècle après J.C.) rapporte que, sous le nom d’heliotropum, un jaspe arrête les hémorragies, donne la santé et longue vie. Dans les lapidaires chrétiens des XIIIe et XIVe siècle on ajoute que le jaspe guérit de la diarrhée et protège de l’hydropisie. Mais surtout lorsque ce jaspe est regardé avec la foi en Jésus-Christ, il détruit les apparitions des diables, des juifs et des sarrasins.

Avec ce jaspe sanguin, nous avons ainsi détecté une pierre sacrée qui guérit, capte la lumière et constitue le fondement de la Jérusalem céleste. C’est au détour d’une page d’un vieux manuel de minéralogie du XVIIIe siècle que nous avons appris que le jaspe sanguin avait été, pendant des centaines d’années couramment appelé « pierre des martyrs ». Ce manuel reprenait en fait la description du jaspe sanguin (d’un lapidaire chrétien du XIIIe siècle) utilisé, entre autres, pour sculpter des têtes de Christ et de Saints : ce jaspe, d’un vert sombre est parsemé de tâches rouges d’oxyde de fer qui font immédiatement penser aux tâches de sang des martyrs.

Deux autres éléments de preuve confirmèrent notre déduction. Le premier nous est venu de la glyptique et de la sculpture. La glyptique est l’art de la gravure dans de la pierre dure. Pratiquée depuis la plus haute Antiquité, elle se présente sous la forme de camées (en relief) et d’entailles (en creux) de toutes dimensions, de toutes formes, le plus souvent richement décorées. On compte par milliers les camées taillés dans le jaspe sanguin représentant des têtes de Christ où les tâches rouges en relief dessinent le sang coulant des blessures faites par la couronne d’épines.

Le deuxième et dernier élément de preuve que nous produisons vient encore de la découverte de la désignation du jaspe sous le nom de plasma vert (traité de Minéralogie 1760…). Quand on sait que le plasma, dans sa racine grecque signifie modeler, former, on se prend à rêver à des rencontres de mots et de concepts dont on se dit qu’elles nous cachent peut être quelque chose. Le rêve prend une dimension cosmique lorsqu’on apprend que, pour les astrophysiciens modernes, 99 % de la matière qui constitue l’univers est appelé … plasma.

Nous avons le sentiment d’avoir réuni suffisamment d’éléments convergents qui nous donnent à penser que la pierre qui sue sang et eau est le jaspe sanguin, cette pierre que nous avons retrouvée et que nous pouvons tenir en main, comme la pierre d’agate, comme la pierre cubique et la pierre brute, comme les pierres symboliques du REAA.

Aucun symbole n’est là par hasard ; il est là quand il doit être et dans le contexte où il doit être, comme la pièce d’un puzzle, unique dans sa forme et indispensable à l’ensemble, à la seule place qui est la sienne, précise, prédéterminée et indispensable dans la construction de l’édifice.

De l’intéressante discussion qui s’en est suivie, plusieurs observations doivent être soulignées:

· L’orateur rappelle que non seulement la pierre cubique à pointe, qui est pourtant dessinée dans nos rituels et présente physiquement dans nos temples n’existe pas dans la nature et que sa forme rend impossible toute intégration dans un ouvrage de construction, matériel ou symbolique collectif. C’est en contradiction avec notre idéal : la construction du temple de l’humanité n’est jamais terminée et ne peut s’effectuer qu’avec nos chefs d’œuvres respectifs à savoir la pierre cubique. Il faudrait s’interroger sur les raisons fondamentales qui ont amené le Convent de 1975 à introduire la pierre cubique à pointe dans notre rituel.

· La notion de pierre philosophale a été conçue par Aristote, c’est la substance parfaite qui transmute les métaux en or. Une seule mention fortuite est indiquée dans nos rituels, au 18e degré seulement, dans le cadre du symbolisme du pélican. La pierre philosophale n’est pas une pierre de la F.M. ou du moins au R.E.A.A. de la G.L.

· La lithothérapie c’est le soin par les pierres. Plus de mille pierres d’espèces différentes ont été recensées, depuis la plus haute Antiquité, en passant par les lapidaires des 12e, 13e et 14e siècle (païens et chrétiens) et jusqu’à aujourd’hui comme ayant un pouvoir magique et guérissant les maux les plus divers : le talc contre les érythèmes fessiers, les argiles contre les ulcérations internes et externes, la pierre d’alun contre la transpiration, pour le traitement des cuirs et arrêter les hémorragies (le barda du soldat romain contenait toujours une pierre d’alun) etc. A noter : le mica lépidolite soignait déjà les déficiences mentales et les troubles bipolaires des pharaons en raison de la présence de lithium. Aujourd’hui les composés à base de lithium soignent les mêmes maladies.

· Certaines pierres sont utilisées comme amulettes ou talismans pour ceux qui sont enclins à penser qu’elles renferment un pouvoir énergétique voire magique de par les vibrations qu’elles.


C
ommission d’Histoire Maçonnique Compte rendu de la réunion du 22 octobre 2012 GLDF

source : www.ledifice.net

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Réaliser sa quête maçonnique

6 Avril 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

De temps immémorial, l'homme a activement participé à une quête de sens, un désir de progresser, de comprendre, pour agir au delà des opinions partisanes, des carcans sociaux, des clichés réducteurs, pour exprimer une quête de tolérance réciproque, de libre examen, et d'union.
Aussi, après avoir fait quelques commentaires sur :
La Bonté
La Beauté
La Vérité
Je vais vous expliquer comment l’association de la Bonté, la Beauté et la Vérité me permet de réaliser ma quête maçonnique.
Commençons par : La Bonté
La bonté est une vertu appartenant au domaine de la morale. Non pas de la morale qui traite du bien et du mal, du bon et du mauvais
La bonté naît de la notion du juste, qui se situe au-delà des oppositions et des contraires. En réalisant en moi l’unité, je me montre capable d’agir avec poids, ordre et mesure.
La mesure n’est-elle pas l’instrument et le symbole de l’exactitude, de l’échange, de la justice et de l’harmonie ?
La religion place avec emphase le côté positif de cette attitude avec la charité, la miséricorde, et notamment l'indulgence.
La Bonté et le Mieux. Pour cette bonne volonté, pour cette foi, en un avenir meilleur, pour cette espérance en une charité plus grande entre les hommes.
Mais la Bonté, ce traduit pour moi par don d’Amour.
Faut-il que je fasse le distinguo entre les trois sentiments distincts de la Grèce antique : l’éros, la philia, et l’agapê.
L’éros désigne l'attirance sexuelle, le désir. Il est l'une des passions néfastes que produit l'épithumia dans la pensée platonicienne.
La philia se rapproche de l'amitié telle qu'on l'entend aujourd'hui, c'est une forte estime réciproque entre deux personnes de statuts sociaux proches. Elle ne pouvait exister à l'époque qu'entre deux personnes du même sexe, du fait de l'inégalité entre les sexes. C'est une extension de l'amitié.
L’agapê est l'amour du prochain, une relation univoque que l'on rapprocherait aujourd'hui de l'altruisme. Il se caractérise par sa spontanéité, ce n'est pas un acte réfléchi ou une forme de politesse mais une réelle empathie pour les autres qu'ils soient inconnus ou intimes.
Dans la tradition chrétienne des pères de l'Église, ce mot est assimilé au concept de charité, bien que celui-ci soit plus proche d'une relation matérielle établie avec des personnes en souffrance.
L’agapê originel ne revêt pas cette connotation morale de responsabilité devant une autorité divine.
Les tibétains définissent l'amour comme un souhait du bonheur de l'autre ; la compassion, comme un souhait de cessation de la souffrance de l'autre ; la joie, comme une participation à son bonheur ; l'équanimité comme le fait d'être attentif de façon semblable à tout être et toute chose sans établir un attachement privilégié. Dans le bouddhisme Mahayana, d'une façon générale, la compassion, ou "amour-tendresse" est à développer conjointement à la sagesse (compréhension de la nature réelle, objective des phénomènes, philosophie du non-soi... etc.) La sagesse permet de s'affranchir de l'idée du soi, donc de toute tendance égotique ou narcissique. En cela, elle participe à l'émergence d'une "compassion infinie". De même, la sagesse exige une grande compassion pour être actualisée : l'extinction de l'illusion du soi, pour les bouddhistes, exige une infinie dévotion, une immense abnégation. Aussi, pour les bouddhistes du Tibet, sagesse et compassion (ou "amour-tendresse") se développent l'un l'autre jusqu'à conduire le pratiquant dans une "Terre pure" de boddhisattva - c'est-à-dire jusqu'à l'actualisation du potentiel humain d'amour, de joie, de compassion et d'équanimité.
Poursuivons par : La Beauté
Le beau ou la beauté est une notion abstraite liée à de nombreux aspects de l'existence humaine. Si ce concept est étudié principalement par la discipline philosophique de l’esthétique qui traite du beau et du laid, ce n’est pas de ce sens que je veux parler, mais de la beauté liée à l'idée d'équilibre, d'harmonie mathématique entre le tout et ses parties.
Être beau, c’est alors se rapprocher d’un idéal, c’est être ce qui doit être.
La Beauté est alors associée à la Vérité et à la Bonté comme une des idées les plus élevées. L'intuition de la beauté en soi, est supérieure à la jouissance provoquée par les beaux objets particuliers.
Dans le Banquet, Platon montre comment on peut passer du désir des beaux corps à l’amour des belles âmes pour parvenir à la contemplation de la beauté en soi.
Enfin découvrons : La Vérité
La vérité (du latin veritas) est un terme de philosophie qui exprime la qualité de ce qui est vrai. C'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel.
Cependant, la diversité des interprétations du mot a constitué dans le passé et jusqu'à maintenant bien des controverses. Et les réflexions de penseurs et de philosophes au cours des siècles constituent autant d'écoles différentes.
On donne quelquefois au mot Vérité le sens de réalité. Mais pour moi, il vaut mieux entendre par Vérité un caractère de la connaissance, et de la connaissance seulement. Cependant ce caractère, dont l'erreur est l'opposé, appartient-il déjà aux idées, aux représentations, ou bien ne peut-il résider que dans le jugement, c'est-à-dire dans l'affirmation ou la négation ?
La Vérité ne consiste donc pas dans l'accord de mes jugements avec une réalité extérieure à mon esprit, mais dans l'accord de ma pensée avec elle-même, par conséquent avec mes propres perceptions et avec les perceptions des autres esprits.
La Vérité est une qualité. Comme l'a dit très justement William James (1), il y a d'une part la réalité, d'autre part des jugements qui sont en accord avec celle-ci; il n'existe pas une troisième chose qui serait la Vérité.
La Vérité est le caractère que prennent certains jugements, et rien de plus.
Par suite, la Vérité n'est pas une donnée toute faite, elle se fait, elle est le fruit de l'effort et de la recherche.
Je vais vous expliquer comment l’association de la Bonté, la Beauté et la Vérité me permet de réaliser ma quête maçonnique.
En préambule, je pense que la Maçonnerie, neutre au point de vue religieux, ne peux pas se contenter de la Morale commune, reposant sur une crainte métaphysique, sur une récompense ou un châtiment post-mortem.
Nous sommes dans une notion amoralité, et, j’estime que la Bonté, la Vérité essentielle, et la Beauté, sont des attributs d’un Absolu qui est irréductiblement sans limites dans le Temps ou l’Espace.
Et nulle dogmatique ne peut les enfermer, car la Lumière, leur guide est aussi l’Espérance, et la Charité...
L’Espérance, ce n’est pas cette aspiration béate vers une aide problématique et souvent imméritée, vers une récompense gratuite, inadéquate à l’effort déployé pour la conquérir. C’est l’essor de tout l’être vers les sommets de la Beauté et de la Justice.
La Charité, ce n’est pas l’amour égoïste d’un Bien conçu comme un bien-être dont on veut jouir. C’est l’Amour désintéressé, d’un suprême Idéal de Bonté, de Miséricorde et de Paix générale et non pour un seul être, mais bien pour l’universalité des Etres... La Bonté, la Beauté et la Vérité sont des idéaux d’humanité, d’humanisme.
La Bonté, la Beauté et la Vérité ne peuvent se mettre en action qu’avec discernement et équité.
Souhaitant la Vérité essentielle, la Beauté en moi, et la Bonté Suprême, il se peut que dans ma quête je doive écarter de ma route certains obstacles, irréductiblement figés en une permanente hostilité.
Il se peut, aussi, que telles dogmatiques intransigeantes tentent de m’arracher des mains tous mes moyens.
C’est pour ces raisons que j’accepte donc les compromis et les chemins de traverse, si ceci sont axés vers le but final que me propose la Franc-Maçonnerie, et que je refuse les compromissions et les routes régressives.
J’accepte l’opinion du moment, pour autant qu’elle contienne une parcelle de Vérité, mais je combats l’Erreur et l’Ignorance.
J’accepte un moindre bien pour aller vers un mieux futur certain.
Même, si je suis au tout début de ma quête, je dois tendre à devenir, à la fois un initié, un exemple, un homme de cœur, de science et aussi d’action.
Cette quête doit donc être totalement désintéressée, et accomplie sous l’angle du Devoir. Pour accomplir ce devoir absolu et sans borne, je peux certes revendiquer mes droits personnels d’homme libre et franc, mais je dois avant tout pouvoir me considérer comme un apôtre, un chef missionné parmi les élites.
Ce faisant, je me montrerai digne de la confiance que mirent jadis en moi les anciens qui présidèrent à ma création ; je suis ainsi en possession de tous les moyens pour réaliser cet idéal de Justice, de Bonheur et de Fraternité, auquel j’ai été convié.
Alors, impassible comme l’immanente Justice qui m’a missionnée, je pourrais briser tous mes obstacles sans haine et sans faiblesse.
Cette terrible puissance, je la dois certes à la hauteur vertigineuse d’où émanent la Bonté, la Beauté et la Vérité, mais surtout à la noblesse du Principe qui les suscite.
Egrégore de toutes les hautes spiritualités humaines, collectif de ce que l’Humanité totale compte de plus noble, de plus pur, voilà, jusqu’à quel point, et à quelles conditions, la Bonté, à la Beauté et à la Vérité peuvent m’aider dans ma quête.
Je conclurais mon propos par une citation écrite par Bergson au début du XXème siècle :
" C’est par la création de soi par soi, l’agrandissement de la personnalité, par un effort qui tire beaucoup de peu, quelque chose de rien et ajoute sans cesse aux richesses de ce monde ".
Que je peux espérer atteindre par la Bonté, la Beauté et la Vérité, l’inaccessible étoile.

V\M\, j’ai dit !

[1] William James (11 janvier 1842 à New York - 26 août 1910 à Chocorua dans le New Hampshire) est un psychologue et philosophe américain, fils d'Henry James, le disciple de Swedenborg, et frère aîné d'Henry James, romancier célèbre. Docteur en médecine, il s'efforce tout d'abord de constituer une psychologie scientifique (Principes de psychologie, 1890), puis défend les principes du pragmatisme, dont il est un des leaders, notion qu'il emprunte à Charles Sanders Peirce.

Source : www.ledifice.net

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