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planches

Pythagore et la Franc-Maçonnerie

30 Septembre 2012 , Rédigé par Karl Oppl Publié dans #Planches

Mes frères : Un des symboles principaux de notre art royal est l'étoile flamboyante aux cinq branches et celle-ci me mène au sujet de mon propos.
Je ne veux pas vous parler de cette étoile - car je ne pourrais pas en dire assez à son sujet. Elle est composée par trois triangles et elle est un des ornements fondamentaux des temples de la vieille Egypte. C'est une erreur, si l'on a dit dans d'autres lieux connus qu'elle a « brillé dans les pyramides de Memphis » ; car rien ne luisait dans ces pyramides comme l'archéologie actuelle le sait maintenant : pas la moindre lumière.
Les pyramides (en langue égyptienne Puro-ma, traduit littéralement: le tombeau du roi) sont de colossales et massives masses de pierre, un couloir très étroit qui mène à une chambre qui se trouve au centre, dans laquelle on déposait déjà pendant la construction le sarcophage du roi, car le couloir était trop étroit pour laisser passer un si grand sarcophage de granite. Lorsque le roi mourait, sa momie était mise dans le tombeau où le sarcophage était déjà préparé ; le couloir était maçonné solidement et personne ne pouvait plus jamais entrer dans la pyramide.
Donc, l'étoile aux cinq branches ne brillait pas dans les pyramides ; mais Pythagore l'avait connue dans les temples en Egypte. II choisit l'étoile comme symbole de ses adeptes et grâce à lui elle est venue jusqu'à nous. Je veux vous parler maintenant de Pythagore. Ce n'est pas que je ne puisse vous dire des choses inconnues jusqu'ici complètement nouvelles. Ce n'est pas possible ; mais je pense que c'est bon et que c'est utile à plusieurs points de vue de se rappeler de temps en temps la vie des hommes qui sont animés par un zèle semblable au nôtre, qui ont été -d'un certain point de vue - nos prédécesseurs.
En 586 av. J.-C. Pythagore naquit. Son père, Mnesarch, un riche commerçant sur l'île de Samos lui fit donner- en rapport avec cette époque - une excellente éducation. Puisqu'il ne manquait pas d'argent, il lui paya les meilleurs instituteurs. Pythagore pouvait se vanter d'avoir été assis aux pieds des plus grands savants de son temps. Ses capacités mentales se développaient incroyablement vite sous la direction de ces hommes excellents et il acquit un rare trésor de connaissances savantes. Mais tout ce qu'il avait et apprenait ne lui suffisait pas ; il avait une aspiration irrésistible à progresser, à apprendre de nouvelles choses ; un puissant esprit de recherche qui ne lui laissait ni trêve ni repos. Lorsque son père l'emmena pendant un voyage de commerce en Italie et là, il trouva beaucoup d’autres circonstances, où il s'enrichit d'une grande quantité d'opinion ; il connut des moeurs, des usages, des institutions et des lois qui lui étaient jusqu'ici totalement inconnus. A ce moment il prit sa décision de quitter aussitôt que possible son pays natal et de chercher dans un pays étranger tout ce que sa patrie étroite ne pouvait pas lui offrir.
Selon les rapports des anciens écrivains (Cicéron et d'autres), Pythagore alla au commencement en Phénicie et là, il apprit l'arithmétique.
De ce pays il voyagea en Egypte pour étudier la géométrie, l'astronomie et l'astrologie. Ensuite il traversa la mer, alla en Arabie et là, il apprit la langue des animaux. En Chaldée les prêtres l'informèrent des secrets profonds de la nature. Dans les Indes éloignées il écouta attentivement les paroles des brahmanes et il apprit d'eux l'art d'entretenir de bonnes relations avec les dieux. En Perse, les mages lui enseignèrent la religion et la loi de Zoroastre. Enfin en Palestine, il fut l'étudiant des prêtres juifs et il lut le Pentateuque du Grand Moïse.
Le mot Hygieia que les Grecs écrivaient sur l'étoile, les Romains le transformaient plus tard en Salus. Ils attribuaient à cette étoile aux cinq branches (le pentacle) des forces guérissantes qui empêchent chaque enchantement malin. Elle venait d'eux comme un pentagramme chez nos ancêtres et elle signifie, comme on sait, aussi aujourd'hui - dessinée avec du crayon à la porte de l'étable - être un symbole pour protéger le bétail contre les sorcières et la magie chez les paysans.
Ce sont - à vrai dire - les paroles des adeptes postérieurs de Pythagore, et il est vraisemblable qu'il n'a pas fait au moins la moitié des voyages cités. Une seule chose est prouvée historiquement, lorsque ses alentours ne pouvaient plus lui suffire, il se mit à voyager jusqu'au célèbre trésor de tout savoir, à la source de la sagesse cherchée par tous les philosophes de son temps : l'Egypte.
Les difficultés lui furent déjà plus aplanies que pour les autres ; car le roi Polycrate de Samos lui donna une lettre de recommandation pour son ami et allié, le roi Jahmes (Amasis) d'Egypte et ensuite, celui-ci le recommanda aux prêtres savants d'On (Héliopolis). Une telle intervention fut absolument nécessaire, car les prêtres égyptiens avaient outre mesure une attitude réservée vis-à-vis des étrangers et ils faisaient de grandes difficultés pour instruire ceux-ci dans leurs connaissances secrètes. Ainsi Pythagore fit cette expérience. Bien qu'il se donnât de la peine pour être reçu dans leur congrégation -tous ses efforts demeurèrent vains-, ils le repoussaient et son désir ne fut pas réalisé.
Se fondant sur la recommandation du roi, il alla maintenant à la célèbre Memfi (Memphis) en espérant être plus heureux là. Mais la situation ne s'améliora pas. Il repartit sans avoir concrétisé ses envies, continuant à remonter le Nil, c'est seulement à Tape (Thèbes) que son vœu fut réalisé, grâce à l'intervention répétée du roi Jahmes et il fut solennellement reçu dans la congrégation des prêtres égyptiens.
Il passa vingt-deux années dans le temple et il étudia avec un zèle infatigable durant toute cette époque tout ce qui se trouvait relatif à la philosophie de la religion, de la législation, de l'astronomie et de l'astrologie, de la médecine et d'autres branches des connaissances humaines de cet endroit. Ce n'est pas avec une moindre ardeur qu'il explora les différentes institutions du pays, les moeurs du peuple et surtout la constitution de l'ordre des prêtres eux-mêmes - qui était en Egypte presqu'une fédération.
Il vit ici quelle immense influence une confédération, bien organisée et étendue sur tout un pays sait exercer, si les membres sont en même temps les porteurs du savoir et les exemples de la vertu. Les prêtres égyptiens étaient estimés comme les titulaires de toutes connaissances enseignées et comme les plus pieux et les meilleurs hommes ; leurs enfants étaient les camarades des princes royaux ; ils étaient les constants compagnons, ministres et conseillers du roi, les législateurs et les juges du peuple, toutes les positions de fonctionnaires étaient occupées par eux ; ils pouvaient diriger le roi et le peuple selon leur volonté.
A ce point Pythagore prit la décision de fonder une union semblable qui ne devrait comporter que les meilleurs parmi les bons, qui devraient diriger et mener et qui devraient l'entraîner irrésistiblement.
Agé de quarante ans, il quitta l'Egypte et alla à l'île de Crète pour faire connaître les fameuses institutions et lois de CRETE (D'ici il alla peut-être en Phénicie ; mais ça n'est pas prouvé); puis il traversa toutes les villes grecques, passant surtout longtemps à Sparte et en tous ces lieux où il avait à observer et à apprendre. Finalement il retourna à sa patrie, l'île de Samos.
Mais ici il ne demeura point, car il lui était impossible de continuer à vivre sous le sceptre tyrannique du roi Polycrate ; il avait connu des hommes et la dignité humaine - il était trop bon pour être un esclave. Alors il regarda autour de lui pour chercher un nouveau pays où il pouvait espérer trouver une terre féconde pour ses idées sublimes. La Grèce aurait été le but le plus naturel de son émigration, mais les circonstances n'étaient point attrayantes. Dans la plupart des villes grecques régnaient des controverses concernant la constitution et sauvent il y avait des combats sanglants entre partis. Même les villes les plus grandes et estimées étaient encore trop insignifiantes et trop loin en arrière quant â la culture que Pythagore aurait voulu leur donner comme point de départ pour son oeuvre magnifique et comme base originaire pour sa fédération.
Cela concerne aussi l'Athènes de cette époque. Sparte aurait pu le sol le plus convenable, quoique le rude caractère guerrier des Spartiates et leur mésestime pour les arts et pour les sciences ne fussent pas favorables aux projets de Pythagore. Mais il aurait eu ici un peuple simple, modeste, absolument sain de corps et d'âme, fidèle, brave, capable de se sacrifier, passionné pour la patrie et pour la liberté, - et ce qui aurait manqué, lui, il aurait réussi à leur faire acquérir quelque chose de plus grand et de plus difficile grâce à la force de son discours. Les Spartiates cependant refusaient à cette époque, l'accueil et le droit civil à tous les étrangers
En Asie Mineure voisinée, alléchaient les grandes villes des Ioniens, - puissantes, riches, estimées, avec des habitants savants, cultivés par le commerce étendu et par les contacts avec des peuples étrangers. Mais, peu avant, ils étaient conquis par le roi perse Kor (Cyrus), la guerre sévissait encore dans la proximité, - ce n'était pas une période appropriée à une oeuvre de paix.
Déjà depuis des siècles des Grecs fugitifs s'étaient dirigés vers la Basse Italie et avaient fondé là des colonies grecques. Ils avaient émigré d'une part parce qu'ils étaient chassés de leur pays par la tyrannie d'un parti contraire et d'autre part - fatigués des permanents combats constitutionnels - ils avaient émigré volontairement ou avaient cherché un pays plus accueillant et un sol plus fertile. Ainsi Tarente, Sybaris, Crotone, Syracuse et beaucoup d'autres villes naquirent qui développaient leur prospérité et leur réputation durant une période fabuleusement courte. A l'époque de Pythagore, elles étaient supérieures à toutes les autres villes de la Grèce elle-­même en grandeur et en population, en pompe et en richesse, en sagesse et en sentiment artistique. Mais en même temps le luxe brillant, la mollesse et la volupté avaient augmenté. Dans quelques-unes des villes nommées régnaient une passion pour le plaisir et une débauche qui poussaient aux limites du fantastique. La pureté des moeurs était la meilleure encore à Crotone qui jouissait en général d'une excellente réputation.
Crotone était une république comme presque toutes les colonies en Basse Italie, elle était bien située, ayant un climat sain, développant le commerce et une agriculture importante et était dans la région fameuse pour la bravoure de ses guerriers et l'habileté de ses combattants.
Cette ville unique avait produit durant une seule olympiade sept vainqueurs. Ce fait prouve qu'à Crotone, à cette époque-là, le goût du plaisir ne pouvait pas encore avoir atteint un si haut degré. Les habitants de Crotone faisaient souvent la guerre avec leur voisinage et presque régulièrement ils vainquaient. Il y avait à cette époque une locution qui disait: « Le moindre des Crotoniates est le plus grand des autres Grecs ». - Une telle importance de la ville à cette époque explique le fait qu'elle installait 100 000 guerriers qui savaient les armes durant le combat contre la ville proche Sybaris.
Vers elle donc se dirigea Pythagore pour créer sa grande oeuvre, ce qu'il réussit à la faire ainsi d'une manière merveilleuse. Et il était l'homme doué pour cela. Il était grand et beau de stature et il impressionnait profondément par sa propre apparence les Grecs qui sont enthousiasmés par la beauté entière. Dans sa marche, dans tous ses mouvements il déployait une dignité qui provoquait le respect ; par sa force et sa souplesse dans les exercices physiques il enflammait les gens et forçait l'admiration ; grâce au charme de son discours il enrichissait les coeurs de tous. Ce n'était pas qu'il se serait adonné à toutes les directions de son époque; qu'il aurait apporté de l'encens aux passions favorites du peuple, qu'il aurait flatté la grande masse ; au contraire, il faisait front à chaque abus, à chaque fausseté sans quitter son chemin, sans détour et très décidé. Sa grande expérience et connaissance de la vie, son entendement clair, sa tendance sans la moindre hésitation pour la stricte vérité cependant forçaient tous à reconnaître qu'il avait raison. Grâce à l'irrésistible charme de son discours il parvenait à être suivi et que l'on fit ce qu'il recommandait.
Au commencement il parla seulement dans les gymnases à des enfants. Ceux-ci lui étaient attachés de toute leur âme, ils ne vénéraient et n'aimaient pas leur père et leur mère de la manière qu'ils aimaient Pythagore. Puis il s'adressa aux adolescents ; et tous étaient enthousiasmés en écoutant ses paroles, et ils allaient et faisaient ce qu'il avait dit. Plus tard il se présenta sur des places publiques et dans des temples, il parla au peuple assemblé. Avec un langage calme, mais courant et clair, il expliqua d'abord ses pensées et idées, puis il déroula ses raisons avec une rigueur si battante que chacun fut convaincu de la vérité du discours ; ensuite ardemment enthousiaste, il imposa en paroles irrésistibles l'application du reconnu pour la vie aux gens, il amena ses auditeurs à l'enthousiasme extrême, et, quand il finit, ils applaudirent, suivirent ses doctrines et ses exhortations.
Il était de règle dans ce pays que l'homme avait, en plus de son épouse, quelques belles esclaves dans la maison. Personne ne pensait le moins du monde au condamnable d'une telle polygamie et les femmes elles-mêmes ne se plaignaient pas parce qu'elles ne connaissaient pas autre chose. A ce moment-­ là apparut Pythagore. Lui seul eut la force de son discours, eut la rigueur de son explication et eut le feu de son enthousiasme, il réussit que les hommes abolissent leurs concubines et qu'une seule femme suffit.
Le luxe et la coquetterie avaient avant tout gravi jusqu'à une hauteur éclatante chez une partie de la population féminine. Les femmes de Crotone n'avaient pas d'autre souci que de se parer et de se faire belles. Elles ne pensaient qu'à des crèmes, à des huiles et à d'autres moyens cosmétiques, - mais Pythagore leur démontra le condamnable d'une telle vanité et il contraignit grâce à l'irrésistible force de ses paroles qu'elles ôtent leurs ridicules parures, qu'elles délivrent tous leurs joyaux et leurs objets précieux au temple de Junon et à partir de ce moment qu'elles ne s'efforcent que de n'avoir leur simple et modeste amabilité comme ornement.
Les jeunes hommes de la ville et des environs furent remplis du plus actif zèle ardent, pour les connaissances utiles, pour le savoir et la sagesse. Ce qu'ils apprenaient ne leur suffisait plus. Poussés par Pythagore ils continuaient à progresser toujours en avant et ce qu'ils reconnaissaient de vrai et bon, ils se donnaient la peine de le réaliser dans leur vie. Tout à coup un enthousiasme exagéré jusqu'à une excitation presque maladive arriva aux habitants de Crotone. Avec une vraie exaltation le peuple entendit les paroles de leur maître éclairé ; on lui dédia presque un culte divin_ Les premiers hommes de l'Etat aspirent à son amitié. Tous cherchaient à l'avoir dans leur entourage et avec fierté, l'un racontait à l'autre si le grand savant l'avait estimé d'une considération particulière.
Il fallut à Pythagore se présenter devant le grand conseil, éclairer celui-ci par ses instructions et l'édifier par ses discours.
Bientôt il fut devenu non seulement l'homme le plus influent de la ville, mais aussi, en effet, le maître et le souverain du peuple qui ne l'appelait que le « divin ».
Ainsi plusieurs années passèrent. Pythagore avait choisi parmi la grande masse de ses adeptes les plus capables, les plus excellents d'esprit, d'âme et de corps et avec eux il contracta la fameuse alliance pythagoricienne. II était le premier philosophe grec qui employa son savoir directement pour la vie qui - ce qu'il avait recherché pour la raison- présenta aussi pratiquement qui figura évidemment en lui et en ses adeptes son système éthique élevé. Il fonda son école, d'abord pour donner les meilleurs de ceux qu'il avait connus à des hommes savants et bons eux-mêmes et ensuite pour opérer avec ceux-ci à pleine force, améliorer et rendre heureux ses compatriotes dans l'aspect moral, social et politique. A cette époque-là, la Basse Italie, éclatée en plusieurs petits Etats, vivait dans la volupté et l'exubérance, ruinée par des guerres continuelles, par l'anarchie et la tyrannie, - ici était un champ d'activité nécessaire.
Mais Pythagore comprenait attirer les hommes de manière irrésistible, les captiver et les diriger d'après sa volonté, peut­-être pas comme un autre avant et après lui. Bientôt son union s'étendait à la plupart des villes de la Basse Italie ; partout il y avait des alliances filiales qui étaient liées avec lui et entre elles et les rapports étaient les plus vifs. Partout les Pythagoriciens se distinguaient de leurs concitoyens de manière la plus avantageuse par sagesse et discernement, par vertu et modération et par une valeur à tous égards et une capacité. Ils étaient tout cela, ce que nous désirons de nos frères francs­-maçons qu'ils doivent être pour leurs concitoyens : lumière, flambeau, pionnier.
Mais ils se distinguaient beaucoup de nous sur deux points. Premièrement par le fait qu'ils se faisaient perceptibles à l'extérieur, donc ils se présentaient francs et comme membres de l'union devant tout le monde, - un public que nous évitons exprès. Tous les Pythagoriciens portaient des vêtements blancs de fin coton égyptien, garnis de bandes de pourpre ; ils étaient donc habillés comme plus tard les sénateurs romains. Puisque cet habit pouvait être imité par tout le monde, ils portaient avec eux toujours une petite étoile à cinq branches, fabriquée de métal qu'ils se montraient, l'un à l'autre, lorsqu'ils voulaient se faire connaître sûrement comme confrère. ( Que cette étoile, de grandeur remarquable, fut attachée à l'extérieur des vêtements des Pythagoriciens, comme on l'avait cru autrefois, des recherches plus récentes ont prouvé que ce n'était pas vrai ).
Deuxièmement, cette union-là se distinguait de la nôtre par le fait que nous avons banni expressément le traitement des sujets politiques et dogmatiques de nos temples pour éviter les conflits avec la puissance de l'Etat. Les fondateurs de l'alliance franc-maçonnique voulaient aussi une union qui se composât des hommes loyaux sans considérer l'acte de foi politique ou religieux, et aussi pour cette raison nous ne pouvons pas nous mouvoir comme loge dans ces terrains sans blesser les frères par d'innombrables erreurs et offenses ou sans faire sauter l'alliance. Nous laissons à chacun porter les principes de l'humanité et de la fraternité que nous enseignons dans nos temples, ici dans la vie et là, pour les mettre en valeur de son mieux en famille et dans l'Etat. C'était différent chez les Pythagoriciens. Ils intervenaient immédiatement dans la vie publique. Quelques-uns d'entre eux étaient membres du grand conseil (Prytanes), d'autres étaient juges ou généraux en chef, etc. Grâce à leur valeur ils s'avançaient dans les premières fonctions et occupaient partout les premières positions. Lorsqu'une question publique quelconque était à décider, ainsi celui qui savait, informait les autres membres de l'union qui habitaient dans le même lieu de résidence. Une telle question n'était pas seulement discutée et examinée par l'ensemble des Pythagoriciens de cette ville, mais elle était aussi expédiée en cas important même à Crotone, afin d'être éprouvée là et afin que le fondateur, éminent de l'union, lui-même pût la juger. Après un examen exact et après avoir pris une décision, chacun s'en allait et était efficace dans son cercle -conseil, assemblée nationale, conversations privées - pour réaliser cette résolution. Ainsi il arrivait pour quelque temps que le sort de plusieurs Etats en Basse Italie, même en Grèce elle-même, (car l'alliance s'était étendue jusque-là), fut guidé par les Pythagoriciens.
Quelle influence puissante une telle influence devait exercer dans toutes les conditions de la vie et dans quelle mesure l'alliance pouvait devenir fortunée ou pernicieuse et comment elle devait provoquer l'envie et la haine des mauvais hommes.
La vénération dont Pythagore jouissait de tous côtés de la part de ses citoyens atteignait l'incroyable. Tout ce qu'il disait et conseillait avait la valeur et l'importance d'un oracle. Ce n'est pas le cas que ses adeptes gagnaient moins de respect. On donnait l'autorisation à leurs conseils durant les assemblées nationales, car ils étaient les plus raisonnables et toujours les plus impassibles-, ils restaient les vainqueurs en accusation et en défense, puisqu'ils étaient les meilleurs orateurs. Mais exactement cette excellence qu'ils confirmaient dans toutes les situations et toutes les circonstances, juste cette valeur et cette capacité pour les premières positions de l'Etat furent l'écueil qui les condamna.
Les Pythagoriciens étaient partout à la barre. Lorsqu'on s'en aperçut une fois, et lorsqu'il était venu dans la conscience claire des masses que c'étaient pratiquement eux qui donnaient le ton et étaient déterminants en Basse Italie, on disait : « Ils sont dangereux pour l'Etat. Que peut effectuer une telle alliance, dont les membres » (car on en avait de nombreux exemples) « sont liés l'un à l'autre avec une merveilleuse fidélité et attachement et qui s'est étendue sur toutes les villes du pays et qui a de l'influence partout ».
Lorsqu'une révolution éclata à Sybaris, devenue proverbiale par son luxe et sa débauche, cinq cents des plus influents adeptes du parti gouvernemental s'enfuirent à Crotone poursuivis par le peuple furieux, Telys qui s'était mis à la tête de la foule, assoiffé de vengeance, demanda l'extradition immédiate des fugitifs. D'une part les Crotoniates étaient d'accord avec le parti gouvernemental, d'autre part ils ne voulaient pas entrer en conflit avec la puissante ville de Sybaris qui pouvait leur opposer en cas d'une guerre, une plus grande année que celle que Crotone était capable de produire. C'est pourquoi ils décidèrent d'extrader les malheureux. A ce moment Pythagore apparut et démontra le vil et le condamnable d'une telle action. Avec la force persuasive il décrivit qu'il était indigne de refuser la protection aux chercheurs et qu'il était méprisable de se laisser déterminer par la peur efféminée dans sa manière d'agir. Et les fugitifs ne furent pas extradés. Le gant, jeté par Sybaris, fut relevé avec fierté. 300 000 hommes de Sybaris marchèrent vers Crotone. On ne pouvait expédier contre eux qu'un tiers de soldats. Mais à leur tête se trouvait Milon, un Pythagoricien qui savait enthousiasmer ses hommes pour une bravoure héroïque.
Ce Milon était sans doute le plus célèbre et le plus fort de tous les athlètes grecs. Comme on raconte, il était capable d'emporter un taureau vivant sur ses épaules et de le tuer avec un seul coup de poing entre les cornes. - Jadis; le temple, où Pythagore était en train d'enseigner, commença à osciller, il menaça de s'effondrer et d'enterrer des centaines d'auditeurs sous ces ruines. A ce moment-là Milon fit un saut, prit une des colonnes principales de l'entrée, la tint debout. Ainsi il soutint le plafond et empêcha l'écroulement jusqu'à ce que la foule se fut éloignée. Puis il laissa tomber la colonne, se sauva -un tas de débris couvrit la place, là où s'était trouvé le temple.
Ou dit également qu'il avait fait exploser un gros câble d'ancre qu'il avait enroulé autour de sa tête ; seulement à l'aide de l'enflure de son artère frontale. Cette histoire est sans doute une intervention. Mais il est sûr que Milon était six fois le vainqueur aux jeux olympiques.
Jadis, durant une promenade dans une forêt. Milon trouva un gros tronc d'arbre que les bûcherons avaient voulu fendre sans succès à l'aide de coins de fer. Ils avaient donc laissé le tronc sur la terre., les coins restaient encore dans le bois. Milon ne réfléchit pas longtemps, saisit avec ses deux mains dans la fente et voulut mettre le tronc en pièces. Il sépara les moitiés, l'une de l'autre, les coins tombèrent sur terre, mais les deux parties se serrèrent avec une grande force, l'une contre l'autre, et pincèrent ses mains si fort qu'il ne put plus s'aider. Quelques jours plus tard on le trouva dans cet état misérable, déchiré par des bêtes sauvages. Ainsi racontent Strabo et d'autres écrivains.
La bataille fut gagnée. Les Crotoniates se dirigèrent vers Sybaris, conquirent la ville et la détruisirent jusqu'aux fondations. La louange de Milon et de son maître Pythagore était dans la bouche de chacun. On les posait sur la plus haute cime de vénération générale et de la vraie popularité.
Mais l'inconstance du peuple grec est connue et la manière dont il a mal récompensé les services de beaucoup de ses bienfaiteurs. Les héros ne se réjouissaient pas d'une appréciation continue.
Thermistokles mourut dans l'exil ; Miltiade succomba à ses blessures dans la prison. Le grand savant de Crotone connut aussi l'inconstance des Hellènes.
Lorsque les terrains de Sybaris détruite durent être divisés entre les habitants de Crotone, la classe sociale, la plus basse du peuple, fit élever les plus grandes revendications. « Car », dit le peuple, « grâce à nos bras, à notre bravoure, la victoire a été remportée. Nous avons conquis le pays, donc il nous appartient. » En disant cela, on laissait entrevoir nettement qu'on était également disposé à chasser les aristocrates au cas où ils seraient récalcitrants. Les riches et les nobles capitulèrent et ainsi on décida de diviser la terre de manière à plaire en effet complètement au peuple qui ne voulait pas travailler, mais d'autant plus jouir de la vie, même si c'était une perte pour le bien commun.
Pythagore ne s'était jamais abaissé à flatter les passions du peuple ; par conséquent il ne se tut pas alors, parce que sa pensée intérieure lui disait qu'on se trompait. Lui et ses se décidèrent avec détermination contre ce plan, personne n'étant capable de résister à leur assurance et leur éloquence. L'emploi des terrains acquis fut déterminé selon leurs propositions.
« Voyez » dit-on maintenant, « s'ils ne sont pas tout ­puissants ! Seulement ce qu'ils veulent peut désormais être fait ».
Maintenant les ennemis des Pythagoriciens crurent qu'ils avaient gagné le jeu. Le peuple, déjà excité par la perte des terrains entrevus, se mit en colère contre l'alliance, attisé par les paroles habiles et méchantes d'une pitié cynique et aussi par les dons d'argent.
A cette époque, Kylon et Ninon, deux démagogues autoritaires, vinrent chez Pythagore et demandèrent à être reçus dans sa communauté. II refusa. Ils répétèrent leur demande. Mais ils n'étaient pas les hommes que le savant voulait accueillir dans l'alliance. A ce moment, Kylon se porta publiquement partie contre l'union en prétendant être un initié et il raconta avec éloquence la manière d'être déçu. Il avait trouvé de l'ambition et un besoin de domination au lieu de modestie, d'impertinence et de la plus grande immoralité, au lieu de pureté des mœurs, d'innocence et de vertu. Et il savait dépeindre toutes ces accusations. Il justifiait même ses plaintes avec un document falsifié et anonyme de manière que le peuple se mit dans une colère aveugle. Ceux-ci eurent honte d'avoir vénéré un homme presque comme un dieu qui - comme on
voyait maintenant- n'était qu'un hypocrite et ils se fâchèrent avoir estimé les hommes comme; des idéaux qui vivaient dans les voluptés les plus basses - comme Kylon lui-même l'avait vécu et vu-. Comme le peuple ne se laissait que diriger et déterminer par l'impression du moment, ainsi il alla maintenant en avant avec une clameur haute et plein de vengeance à la maison de réunion des Pythagoriciens. Il la cerna de tous côtés, l'incendia et tua ceux qui voulaient se sauver hors du bâtiment avec une passion féroce. Ensuite la foule altérée du sang traîna à travers la ville à la recherche des autres Pythagoriciens et les assassina sans pitié.
Heureusement, le maître n'était pas présent à ce massacre. En entendant cette nouvelle, il fuit à Metapont, située dans le golfe de Tarente, où il vécut les dernières années de sa vie. Lui et les siens furent exilés de Crotone pour l'éternité par un plébiscite. - Qu'il fut tué à coups d'épée, parce qu'il hésita à aller à travers un champ de haricots et autre chose, ce sont des histoires inventées dont la nullité que la plus nouvelle critique a prouvée décisivement. Pythagore vit, enseigna et agit à Metapont comme à Crotone et mourut (environ en 504 avant J.-Chr.), âgé de plus de quatre-vingts ans de la mort douce du juste.
Après l'exemple de Crotone, le peuple s'éleva dans beaucoup d'autres villes, tua, chassa et exila les Pythagoriciens ainsi il ne leur restait quelque asile qui les protégeait. Après la mort de la tête de l'alliance, les adeptes perdirent courage et craignirent la dissolution de l'union. Ils vivaient une vie paisible, modeste, en partie en cachette. Personne ne se faisait plus inscrire à l'avenir ; la dernière heure de l'alliance semblait s'approcher à grands pas.
Mais l'importance du Samien se montrait maintenant dans toute sa gravité. A cause du manque des Pythagoriciens, on n'avait pas seulement perdu les membres d'une école philosophique ; avec eux on avait tué et exilé les meilleurs citoyens, les plus justes juges, les plus savants législateurs, les plus capables défenseurs du droit et de l'innocence et les plus compréhensifs conseillers. Il s'ensuivit une période de troubles permanents, de combats de constitution, de révolutions et de dissensions des partis dans la plupart des villes en Basse Italie. En aucun lieu le calme et la paix ne s'installèrent pas. Et ainsi il se passa ce qu'arrivait si souvent à Athènes, quand l'Etat se trouvait en grande difficulté: on rappelait les hommes d'honneur exilés. Donc, les Pythagoriciens poursuivis retournèrent dans toutes les villes, maintenant glorifiés et célèbres, accueillis partout à bras ouverts. L'alliance s'accroissait de nouveau, la liaison relâchée de ses membres était fortifiée, on érigeait des statues et des monuments de toutes sortes. Sa louange et sa gloire augmentaient sans avoir de limites, et environ cent ans après sa mort, on croyait ferme en Basse Italie que le savant de Samos n'était en effet pas un véritable homme, mais un dieu devenu un homme. On le tenait le plus sérieusement du monde pour l'Apollon (1), transformé dans la chair d'un homme. On lui rendait honneur divin et l'alliance, fondée par lui, durera encore des siècles et sera efficace - d'une part en public, d'autre part en privé - pour le bonheur de ses adeptes et de leurs citoyens.
Déjà pendant la durée de sa vie, on distinguait entre des dieux, des hommes et des êtres, qui comme Pythagore, se trouvaient entre les deux. - Pythagore était l'exemple unique pour la dernière catégorie.
A l'époque de grandes guerres civiles d'Italie, les Pythagoriciens se retiraient tout doucement de la vie publique l'alliance toutefois continuait à exister dans chacun de ses membres et ceux-ci savaient la conserver en accueillant de nouveaux frères et la reproduire dans la tranquillité.
Mais déjà une génération avant notre ère, l'alliance se représentait dans toute sa totalité. Ses membres étaient de nouveau des citoyens estimés et exerçaient des fonctions importantes. Leur nombre augmenta. Au 1er et au Il' siècle après J.-C. ils étaient répartis dans l'Empire romain entier et ils acquéraient une grande estime notamment Apollonius de Tyana.
Cet Apollonius Tyanàus, comme il est appelé habituellement, était un homme très remarquable, également admiré par sa connaissance, par sa compréhension et par sa vertu sans tache. Il avait voyagé dans les Indes et en Chaldée et il avait étudié la science, trouvée là-bas. II s'était dédié à étudier les différents mystères et il avait défini spécialement la philosophie de Pythagore. II était la pierre d'achoppement pour les Chrétiens, car Apollonius fut placé à la satisfaction des Hellènes à côté du fondateur de leur nouvelle religion. Tout le monde devait concéder et aussi accepter qu'il était un idéal quant à la vertu, à la pitié et à son action pour l'amour des hommes, qu'il avait opéré en public des miracles à Rome, à Athènes et dans autres lieux qu'il avait le don de prédire à un haut degré. Il établit une école à Ephèse et a peut-être été préjudiciable à l'apôtre Jean. Ici il mourut à l'âge d'environ de cent ans.
Déjà durant sa vie il fut adoré comme un dieu. Après sa mort, on érigea un temple en son honneur à Tyana.
Après cette vue d'ensemble historique sur les sorts de l'alliance pythagoricienne et de son fondateur magnifique, je veux vous parler de cette alliance elle-même et de ses institutions intérieures. Comme aucune des oeuvres de Pythagore n'est venue jusqu'à nous, et comme nous ne possédons que des fragments des oeuvres de ses adeptes, c'est un travail dur et souvent ingrat de trouver la vérité parmi la quantité de contes, parfois altérés jusqu'à la caricature, des anecdotes sans esprit ou des nouvelles les plus contradictoires des écrivains contemporains et à l'avenir. Il nous reste aussi maintes questions sans réponses qui ne sont plus à résoudre à cause des notes qui nous sont transmises.
« La fondation de l'Ecole pythagoricienne », dit Meiners « est, d'après mon jugement, le plus sublime et le plus savant système de législation qui soit jamais inventé pour améliorer et perfectionner notre sexe. C'est un système, fondé sur la vertu la plus pure et altruiste, visant à rendre heureux des pays entiers et qui, finalement, ne fait pas seulement honneur à l'esprit et au coeur de son fondateur, mais aussi à la nature humaine même, - mais à vrai dire, il ne pouvait être exécuté que par un petit nombre d'hommes élus. Selon les règles que Pythagore avait conçues pour lui et ses amis, aucune force et aucune capacité ne pouvaient rester incomplètes, aucune mauvaise manière et aucun défaut ne pouvaient rester inaperçus et sans force pour ceux qui les suivaient. Grâce à ces règles, toutes les parties du corps et toutes les capacités de l'âme étaient formées par les exercices les plus appropriés, constamment permanents jusqu'à la plus durable santé, jusqu'à l'efficacité la plus élevée et jusqu'à la force la plus virile. Les vertus n'étaient pas enseignées par des prescriptions, des preuves ou des exhortations, au contraire, par des exemples et par l'habitude. Ces règles unissaient tout ce que Pythagore avait examiné dans les statuts de son peuple et des nations étrangères et tout ce qu'il avait trouvé utilisable et salutaire.
Dans la Grèce elle-même ils se perdirent d'abord à la suite de la dégénérescence de l'alliance. Ils étaient plus sévères que Pythagore même. Ils ne mangeaient pas de viande, ne buvaient pas de vin, vivaient dans la pauvreté et s'habillaient de haillons. Ils gagnaient mal leur vie par l'enseignement et ils cherchaient à en imposer au peuple en montrant une mine sombre et grognonne comme en méprisant tous les biens et toutes les jouissances du monde. Ils acquéraient de plus le mépris des savants et ils semblaient s'être éteints aux environs de 300 avant J.-Chr.(en Capperdoce). Mais à cause de la chute générale de l'hellénisme et à cause de l'extension du christianisme, l'alliance du grand Pythagore s'était dissoute peu à peu. Nous trouvons ses dernières traces en 300 après J.-C., après qu'elle eut fleuri plus de 800 années.
Même les coutumes de l'office divin et le respectable des préjugés prédominants étaient parfaitement utilisés afin d'obtenir une plus grande estime de leurs observateurs et de leurs admirateurs. Le code de Pythagore était si complet, si je peux m'exprimer de telle manière, qu'après lui aucune heure de la vie qu'on passe sans dormir, restât non remplie, aucune action sans règles, aucun devoir indéfini et aucun bien ou aucun non équilibre.
Après les premières pièces principales du même, ses amis s'associaient plus étroitement ensemble qu'avec leurs citoyens, non pas pour s'éloigner d'eux ou opérer contre eux, mais pour pouvoir mettre en commun toutes leurs forces réunies pour plus de vivacité et d'activité pour la prospérité. En plus ces lois déterminaient exactement leurs plus fidèles et leurs plus dignes exécuteurs à devenir les têtes et les guides pour les autres hommes, non pour supprimer ou dévaliser les peuples afin qu'ils ne puissent en jouir qu'eux seuls, mais pour sacrifier leur propre bien et leur propre sang, afin de protéger la liberté, les droits et la sécurité de leurs concitoyens, et d'empêcher ou même détruire tous ceux qui les poursuivaient ou les attaquaient ».
En choisissant les vêtements, Pythagore avait prouvé un admirable tact qu'il avait acquis par des observations et des études durant des années. A cette époque-là les Grecs s'habillaient généralement en tissus de laine colorée. Les Pythagoriciens cependant ne portaient pas de vêtements de tissu animal, car on estimait en général qu'ils étaient plus impurs que ceux fabriqués à partir des plantes. Ils s'habillaient des vêtements de fin coton blanc égyptien qui, par sa blancheur aveuglante atteinte par un lavage quotidien et encore renforcée par des bandes de pourpre et néanmoins par sa finesse extraordinaire, démontrait une excellente liaison entre la simplicité et le faste. Le coton était en même temps un symbole de pureté. La simple apparence d'un Pythagoricien était sans doute imposante.
Pythagore tenait beaucoup à la plus soigneuse propreté du corps entier, c'est-à-dire notamment les plus fréquents lavages et bains, pas seulement parce qu'il savait qu'il se trouvait dans ces actions un remède principal pour conserver et renforcer la santé, mais aussi parce que des purifications extraordinaires du corps appartenaient à des coutumes divines selon l'opinion publique de cette époque-là et dans les yeux de la foule elles faisaient, à celui qui les entreprenait, la réputation d'un saint (2). Beaucoup d'hommes indépendants et d'adolescents entraient dans l'alliance et vivaient dans la plus intime jonction avec leur maître. L'ordre de vie qui leur était prescrit était le suivant :
De grand matin ils quittaient leurs couchettes et faisaient une promenade solitaire dans le jardin, le champ et le bosquet ; car on devait remplir la première heure du jour à contempler tranquillement le passé, à prendre de bonnes résolutions pour la journée et à produire la bonne humeur. Pythagore exigeait de ses adeptes qu'ils eussent toujours devant leurs yeux et qu'ils eussent présent à l'esprit tout leur passé avec chaque événement, où toutes les expériences et les résolutions qui en résultaient, en découlaient et, par conséquent, fussent fécondes pour eux. On doit estimer cela assez important et on ne peut pas remplacer ça par rien d'autres.
Imaginons-nous un homme, apte, surtout excellent à tous égards, mais qui n'agit pas d'après les règles de Pythagore, - qu'est-ce qu'il lui arrivera ? il a une expérience vécue -, il ne la vit pas sans avoir des pensées ; non, il y réfléchit, en tire une leçon, et par suite il prend une résolution qui est justifiée par l'événement. Seules les impressions du passé sont effacées par le présent, - l'expérience, la leçon et la résolution sont oubliées et, finalement, après une longue série d'erreurs, de tromperies et d'espérances trahies, il acquiert une certaine habitude et un savoir-vivre qui le laisse agir juste dans les situations ordinaires -. Ce n'était pas le cas chez les Pythagoriciens. Ils avaient toujours présent à l'esprit des règles de conduite qui résultaient de leur propre expérience ou des événements de leurs confrères de l'alliance, Ils se rendaient continuellement compte de ce qu'il fallait faire ou laisser Ils savaient se comporter et, par conséquent, tous les mouvements de l'âme, violents et désavantageux, disparaissaient pas à pas : déception, espérance trahie, folie, précipitation, colère, repentir, honte, découragement, inquiétude et impatience. Tous ces traits caractéristiques disparaissaient en eux et ils acquéraient de plus en plus cette tranquillité régulière et cette sublimité qui sont des signes infaillibles du vrai savant.
C'est une erreur de croire que les Pythagoriciens avaient la tête et la barbe rasées comme les prêtres égyptiens. Pythagore savait mieux comment on devait se montrer devant les Grecs afin de les impressionner.
Après avoir contemplé de cette manière leur vie passée dans la solitude calme, ils avaient notamment laissé passer les événements du dernier jour devant l'oeil intérieur et ils avaient réfléchi aux devoirs du nouveau jour, ils se rencontraient dans les maisons de réunion. Ici donc, on enseignait et on apprenait et -ce qui est bien à noter - en même temps on travaillait régulièrement à l'illumination de l'esprit, au réchauffement du coeur et au renforcement de la volonté. Tout le savoir enseigné ne sert qu'à cacher sous le boisseau la lumière tant qu'on ne le met pas au service de l'humanité.
Au travail spirituel succédaient les soins et les exercices des forces physiques qui avaient lieu sur les places d'exercice, les gymnases. Ces exercices, très favorisés par les Grecs, correspondaient à nos exercices physiques actuels et se composaient en principe de ]a lutte, de l'escrime, du lancement de balle, du lancement d'un disque de pierre, et de la course qui était surtout le sport le plus aimé.
Ensuite suivait un simple repas qui ne contenait que du pain et du miel, à peu près comme notre deuxième petit-déjeuner qui ne faisait pas les hommes fainéants et incapables à continuer leur travail.
Puis l'application des études suivait en pratique, on se vouait au public jusqu'au soir. Ensuite, les membres de l'alliance se rendaient visite, l'un l'autre, deux ou trois faisaient une promenade ensemble dans la solitude, et racontaient à l'autre ce qu'ils avaient fait, avaient entendu et quelle expérience ils avaient faite. Maintenant on prenait un bain froid et après les frères se rassemblaient à dix, dans les salles à manger communes pour prendre le repas principal, qui était composé de légumes, de viande, de fruits et de vin. Les repas en communauté étaient, comme à Sparte, le seul moyen de rendre impossible la volupté.
On a beaucoup fabulé quant aux prohibitions des aliments de Pythagore et on croit même trouver de nombreux ridicules là­ dedans. Néanmoins elles nous montrent, si nous y réfléchissons bien, la haute sagesse du législateur. Il n'interdisait pas seulement ce qui était nuisible pour la santé, mais aussi ce qui était contemplé par le peuple comme saint ou comme impur. Il devait prendre en considération la superstition religieuse de ses compatriotes afin de ne pas heurter l'homme commun et afin de ne pas provoquer de préjudice contre lui et contre les siens. Il voulait gagner la faveur du peuple, l'améliorer par des exemples et le faire pas à pas plus savant par ses enseignements. Mais c'eût été impossible, s'il avait attiré le dédain de ses contemporains à cause d'un mépris manifeste de leurs opinions religieuses et s'il s'était mis en lutte avec eux.
Finalement les Pythagoriciens s'abstenaient des mets qu'on comptait jadis comme friandises, c'est-à-dire aux fines bouchées des gourmands (4). Par conséquent ils ne mangeaient pas de poissons car ils étaient la vedette des festins opulents de cette époque. Le poisson était plat de luxe. On payait des prix fabuleux pour des exemplaires singuliers ou rares. Dans la Sybaris voluptueuse, les citoyens qui importaient certains poissons fins étaient libérés de tous les taux.
Que Pythagore eut interdit de manger la viande, comme quelques personnes l'ont cru, se révèle comme une histoire fausse après des recherches plus approfondies. Mais la loi disait de ne manger que de la viande tendre et digestible et toujours la sacrifier avant aux dieux.
C'est une erreur de croire que les Pythagoriciens avaient la tête et la barbe rasées comme les prêtres égyptiens. Pythagore savait mieux comment on devait se montrer devant les Grecs afin de les impressionner. Il me faut expressément dire à cet endroit que les promenades à pied n'appartenaient pas aux récréations ordinaires des Grecs. Qui voulait faire des mouvements en plein air, allait dans les gymnases afin de courir, de lancer, de lutter, etc. Mais personne n'avait l'idée de se promener parmi les prés et les champs pour se récréer. Chaque pas qu'on faisait dans la nature avait son but précis. Ce fut Pythagore qui introduisit la pratique de faire des promenades comme remède pour soigner la santé.
C'est ( pas tout à fait comme ça, mais ) comme si aujourd'hui un groupe d'amis pour la modération décidait de ne plus boire du champagne dans leur cercle.
Il observait strictement la modération et ne luttait ainsi pas seulement contre les jouissances exubérantes de la table qui étaient devenues des bombances répugnantes à cette époque, mais il travaillait aussi avec succès contre la volupté générale. Selon lui, un homme ne devait pas avoir de contact avec l'autre sexe avant l'âge de vingt années, et aussi seulement avec sa propre épouse. Pour supprimer la volupté, la modération cependant est un remède sûr.
Le festin des Pythagoriciens devait être terminé au moment où le soleil se couchait. Les dix frères restaient encore ensemble et se divertissaient en lisant des livres d'enseignement. Le plus âgé de l'union proposait ce qu'il leur fallait lire, le plus jeune lisait à haute voix.
Lorsque le moment était arrivé de se coucher, les camarades de la table se donnaient mutuellement en viatique encore une bonne maxime. Ils réfléchissaient dans la solitude tranquille comment ils avaient passé la journée et ils se laissaient tomber dans un sommeil calme.
« Quelle faute ai-je commise ? Qu'est-ce que j'ai fait ? Et qu'est-ce due j'ai omis de faire ? » Celles-ci étaient les questions les plus importantes auxquelles chaque Pythagoricien devait répondre le soir. Et que pourrait-on mieux choisir que ces trois questions ?
Qu'est-ce que j'ai fait de juste aujourd'hui ? Qu'est-ce que j'ai fait de faux ? Qu'est-ce que j'ai tout omis de faire? Ainsi les adeptes de l'homme excellent acquéraient cette douceur et
cette clémence: du caractère qu'il appelait l'harmonie de l'âme qui de nous est fidèle et dévoué à l'ami, plaisant à l'étranger et conciliant à l'ennemi.
Dans la manière, décrite plus haut, vivaient dans la première période de leur éducation tous ceux qui étaient indépendants et qui pouvaient choisir où et comment ils voulaient vivre. Lorsqu'ils avaient obtenu un certain degré de perfection grâce aux exercices durant des années, c'est-à-dire qu'ils avaient façonné la pierre brute avec succès, ils s'en allaient au-dehors dans la vie. L'apprenti devenait le compagnon et il entrait dans les files de ses concitoyens. Il postulait à des fonctions et des positions et il exerçait ici la force acquise et connue. En faisant cela, chaque Pythagoricien essayait aussi de garder l'idéale manière de vie selon la possibilité. C'étaient les promenades en solitude, les repas communs, les rencontres régulières avec les autres membres de l'alliance qui avaient leur demeure dans la même ville. Et comme à Crotone sous la direction de Pythagore même, de cette façon on se réunissait ailleurs sous la présidence du plus âgé ou du plus capable afin de se cultiver, de se reposer et de se restaurer mutuellement. Mais on restait toujours en rapport le plus actif possible avec le lieu principal. Chaque jour des visiteurs de tous côtés arrivaient et rapportaient chaque fois un nouvel enthousiasme, une nouvelle force et un nouvel amour.
D'après cette organisation on peut dire à peu près : dans les villes particulières de la Basse Italie se trouvaient les loges filiales; à Crotone, la grande loge maternelle avait son siège, et Pythagore en était le grand maître.
Si quelqu'un voulait s'inscrire dans l'ordre, alors l'état de son éducation était soigneusement examiné. Pythagore était un très vigilant observateur qui tirait également des conclusions sûres hors de mines et de gestes, hors d'attitudes, hors de marches et de mouvements ainsi qu'hors de mots parlés. On se renseignait très attentivement sur le comportement envers les parents, envers les frères et les soeurs, envers les voisins et envers les habitants de sa maison, auprès de celui qui demandait l'admission dans l'union. On observait ses plaisirs et ses jouissances, mais surtout ses manifestations sur la passion - bref, on faisait tout ce que nous, les francs-maçons, devrions faire aussi.
Lorsque toutes les informations et les observations suffisaient, le candidat était admis à l'examen, c'est-à-dire il jouissait des relations et des enseignements des Pythagoriciens. Il participait à leurs discussions, à leurs lectures, à leurs promenades et à leurs repas. Pourtant on ne lui enseignait pas encore les recherches pythagoriciennes dont les résultats ne déviaient le plus loin de l'opinion commune, il ne devait pas apprendre non plus les secrets de l'ordre. Lorsqu'après un certain temps il était mis en évidence que son développement mental n'avait pas atteint le degré espéré, ou qu'on s'était trompé sur lui d'une autre façon, ou que lui ne savait pas assez bien exercer la vertu de se taire, - on le renvoyait et personne ne le connaissait plus.
Mais si on avait trouvé grâce aux longues observations - et parfois trois ou quatre années passaient, car on prenait son temps pour en être plus sûr, parce qu'on ne voulait pas ouvrir les portes secrètes du lieu saint à quelqu'un qui fut indigne ­que le candidat était capable et digne pour acquérir des connaissances élevées, il était alors solennellement reçu dans l'union. Maintenant il faisait la connaissance avec toute la sagesse et tout le savoir des frères et il apprenait aussi les signes secrets, les symboles, la langue et l'écriture des confrères de l'ordre.
De toutes ces choses, seulement le pentagramme, l'étoile à cinq branches, qu'on peut encore voir sur notre tapis, est venu jusqu'à nous. C'est sans doute que les Pythagoriciens avaient leur propre écriture secrète comme nous l'avons aussi, leur alphabet pourtant ne nous est pas connu.
On dit qu'on a d'abord négligé les nouveaux pendant trois années. Ensuite, dans les cinq années suivantes, on leur a fait observer un silence absolu. De plus, les nouveaux membres de l'union n'avaient jamais pu, au commencement, voir Pythagore et ils n'avaient entendu sa voix que derrière un rideau. Seulement durant les marches suivantes de leur enseignement, ils pouvaient voir son honorable face et pouvaient lui parler. A l'entrée dans l'union, chacun devait donner tous ses biens dans la caisse commune, etc.
Cela aussi, les descriptions sur des tortures cruelles et sur des flagellations appartiennent à la légion des contes qui sont propagés sur nous les francs-maçons à partir de l'union pythagoricienne par la voix de la foule.
Lorsqu'un membre de l'union montrait qu'il n'était pas digne et lorsque des exhortations et des persuasions n'étaient pas aptes à le ramener au chemin juste, il était alors expulsé solennellement. On informait tous les confrères du fait. On érigeait cependant une statue au rejeté, s'il était mort.
Tournons-nous maintenant loin de la forme de l'union vers son esprit ! Quel nouveau savoir y avait-il que Pythagore pouvait enseigner aux siens ? C'étaient les résultats de ses études en Egypte et ailleurs, de ses propres recherches, et c'était le résultat des discussions qu'il avait tenues avec les membres de son union. C'était quand même important ce que lui ou la communauté avaient trouvé. A cette époque, les sciences n'étaient pas encore séparées comme aujourd'hui. Pythagore mettait â tout point de vue de grande chose au jour : la géométrie et l'arithmétique, l'histoire et la géographie, la musique, la médecine, - chaque champ du savoir humain était cultivé par lui et les siens, et nous savons qu'ils ont enrichi chaque matière de manière remarquable.
Nous continuons à demander: qu'étaient donc les secrets de l'union que les Pythagoriciens devaient cacher si soigneuse­ment ? La discrétion méritait beaucoup d'attention lors du choix d'un nouveau membre.
Ici nous distinguons trois choses.
Premièrement des choses qui ne restaient secrètes en absolu et pour tous les temps, et où on devait être prudent avec leur publication. A cela appartenait une très grande partie du savoir qui était enseigné par l'union même. Pythagore n'avait pas donné la loi ordonnant à ses adeptes de tenir au secret leur connaissance. Non, l'un éclairait l'autre seulement pour pouvoir expliquer aux autres ( justement sur ce point l'alliance pythagoricienne se distinguait parce qu'elle appliquait tout pour une pratique dans la vie ). Quelque chose pourtant devait rester dans les mains des initiés du cercle, parce que la foule ne pouvait pas encore la comprendre ou la supporter. Car le peuple devait être préparé et mené pas à pas au savoir qui comportait aussi les connaissances médicales élevées des Pythagoriciens. L'art de la médecine semblait être une magie il y a 2 400 années en Italie. Pythagore possédait un grand crédit grâce à l'aide qu'il apportait à beaucoup de malades et aussi à ceux que personne ne croyait plus sauvables.
Mais on se serait moqué de lui s'il avait dit : « Ce n'est pas par la grâce spéciale des dieux que je suis capable de vous guérir. Ils ne m'ont pas accordé cette puissance. C'est sans aucune importance et c'est absolument superflu d'imposer les mains et de bénir. Ce qui compte est la force qui se trouve dans l'extrait de cette herbe-­ci ». Pythagore était obligé, pour son crédit et pour son importance, de ne pas s'opposer gravement à l'opinion de son peuple. Il devait faire des conjurations et quelque chose de semblable - comme les médecins de nos jours font maintes choses, desquelles eux-mêmes n'attendent pas d'autre profit que de contenter les malades.
A ces connaissances, qui ne sont absolument pas à tenir secrètes, mais qui sont à étendre peu à peu, appartient aussi le fait que Pythagore tenait la terre pour une boule et qu'il connaissait sa rotation d'axe. Mais pouvait-il proclamer une telle chose qui contredisait l'apparence claire sur le marché public ? On ne sent pas que la terre ne tourne pas ? Tout le monde ne voit-il pas qu'elle est un disque ? - Il expliquait, tout au contraire de l'opinion superstitieuse de son époque, que la comète qui apparut à cette époque, (il n'en connaissait pas une autre), fut une étoile. Il discutait et traitait de tels sujets avec ses confidents, car ils n'étaient pas convenables aux oreilles de tout le monde.
Pythagore ne croyait pas à la multiplicité des dieux, mais en un seul dieu, non visible, qu'il appelait l'âme mondiale. Mais pour obtenir cette opinion générale, le peuple devrait devenir mature, - les enfants ne supportent pas la nourriture des adultes.
La plus jolie fleur de la morale pythagoricienne semble être les tiens solides, inextricables de l'amitié qui unissaient tous les membres de l'ordre.
L'amitié, la fraternité fidèle, était estimée du fondateur de, l'alliance comme le plus précieux des biens pour ses adeptes. Par conséquent ils omettaient tout ce qui aurait pu troubler l'intime harmonie. « En relation avec l'ami », enseignait Pythagore, « tu dois éviter toute querelle et la manie d'avoir toujours raison. Ne blesse ni la fidélité, ni la foi, même pas en plaisantant. Garde-toi de ne Jamais heurter ton ami. Aucune plaie ne guérit sans laisser une cicatrice ».
Ainsi ces amitiés héroïques naquirent, ces fédérations fraternelles qui entraînaient ceux qui les observaient à l'enthousiasme supérieur. « C'est une vraie amitié pythagoricienne », disaient les vieux lorsqu'ils parlaient d'une
amitié qui s'élevait au-dessus de l'ordinaire. Les écrivains de cette époque rapportaient que les Pythagoriciens faisaient beaucoup de bien, l'un à l'autre, que normalement les frères et les soeurs qui s'aident ensemble.
Pythagore n'avait pas introduit la communauté de biens. L'amitié de ses adeptes le faisait de la manière la plus émouvante. Celui qui tombait en misère, pouvait taper avec confiance à la porte de chaque confrère - on lui ouvrait. On ne lui refusait ni assistance, ni aide. Si un frère tombait en pauvreté et en misère à cause de durs revers de fortune, - on le subventionnait partout avec une complaisance et chacun aimait donner selon ses biens. Ainsi il était impossible que quelqu'un se trouvât en permanence dans le malheur, car le nombre des Pythagoriciens était si grand et, de plus, beaucoup d'entre eux étaient riches. On ne donnait pas une petite aumône, mais on aidait complètement, parce qu'on pensait avoir l'obligation de partager avec le frère sans question d'amour propre.
Et pour cela il n'était pas nécessaire que les confrères se connaissaient personnellement. Ils sacrifiaient tous leurs biens, même leur vie, pour celui qui portait l'étoile à cinq branches sur la poitrine. - Laissez-moi vous dessiner un petit tableau (5) qu'aucune parole ne soit dite pendant l'explication !
Les vents sifflent, les cimes des arbres craquent, toutes les écluses du ciel sont ouvertes, un ouragan hurlant souffle sur la terre qui tremble. Epuisé, ruisselant de pluie, presque plus capable de se tenir debout sur ses jambes, un voyageur que l'orage avait surpris, arrive à la porte d'une maison solitaire. Le propriétaire le reçoit avec pitié, le délecte, le renforce, et lui donne une demeure. Mais le lendemain la fièvre accompagnée de frissons agite le pauvre voyageur. Sa conscience disparaît, de fantastiques tableaux de rêve troublent ses sens,

- il est malade, gravement malade -. Son hôte fidèle ne le quitte pas. Il lui prépare des repas remontants et des boissons fraîches, le soigne avec attention se sacrifiant et reste auprès de son lit. Mais les forces du malade s'évanouissent de plus en plus. Il sent arriver la fin de sa vie et parle à son garde-malade fidèle: « Ami, tu m'as assisté comme un frère. Les dieux aiment bien te récompenser, moi, je n'en suis pas capable. Je ne peux même pas te rembourser les frais que tu as faits pour moi, toi, qui est le pauvre même. Mais ceux-ci ne doivent pas au moins être perdus pour toi ». Il se fait donner une petite ardoise, il écrit quelque chose sur celle-ci avec des signes inconnus et il parle : « Accroche cela à ta maison de manière que ceux qui passent le voient. Celui qui te payera va venir certainement un jour ». Ensuite l'homme mourut. - Son hôte fit comme on lui avait dit et il alla dans son jardin et lui-même enterra l'homme mort dans son vêtement blanc.
Des semaines et des mois sont passés. Le garde-malade ne pense plus au paiement du disparu. Voilà de nouveau dans un vêtement blanc aux bandes rouges un homme qui va sur la même route. Il voit l'ardoise et lit ce qui est écrit là-dessus, entre dans la maison et parle :
« Ami, tu as soigné un malade que l'orage avait jeté chez toi. Il m'a commandé de te payer et te récompenser beaucoup pour ce que tu as fait pour lui. Voici, prend ce qui est à toi et en plus, je te remercie aussi », - c'était un Pythagoricien -.
Mes frères ! Ici je m'arrête, quoique j'aurais encore à dire quelque chose.
Tous les écrivains sans exception de cette époque louent les Pythagoriciens qui étaient exacts les hommes les plus éclairés, les hommes les plus loyaux et les amis les plus fidèles. Et maintenant !
Quels francs-maçons voulons-nous être ? Que voulons-nous faire ?
Nous voudrions être les plus éclairés et nous voudrions nous éclairer réciproquement. Par conséquent la lumière est un de nos symboles principaux et pour cela nous trouvons le soleil et la lune sur notre tapis, pour cela trois grandes lumières brûlent dans notre temple.
Deuxièmement, nous voulons être les meilleurs et nous voulons nous exhorter, élever et améliorer mutuellement. Pour cela nous avons le fil à plomb et le compas, pour cela la bible est notre symbole. Même si elle ne contient pas vraiment la plus pure et la supérieure morale dans toutes les parties, de cette manière elle nous la symbolise.
Clair l'esprit et chaud le coeur, telle est notre devise ! Ne soyons-nous jamais inférieurs aux nobles Pythagoriciens ! Et que le plus joli décor des maçons actifs et vivants soit toujours la fraternité dans nous tous. Chacun doit être prêt à aider, chacun doit être sûr qu'il n'est pas seul et que tous, tous soient avec lui et pour lui ; chacun sûr de l'autre comme là le pauvre voyageur, qu'un frère ne se torde jamais en vain les mains et qu'il ne lève jamais pour rien les yeux au ciel- ne jamais crié en vain :

 « Mon constructeur dans la lumière de la sagesse »


Dr Karl Oppl Orateur de la Loge de Socrate à la constance en Orient Francfort s. M. Francfort sur Main Ferdinand Bosell 1861
Offert au très vénérable frère Johann Friedrich Mack du Conseil, Maître du siège de la Loge de Socrate à la constance en Orient : Francfort. s. M. des salutations fraternelles

C\ T\ (Par)

Source : www.ledifice.net

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Emmanuel

29 Septembre 2012 , Rédigé par JP Frésafond Publié dans #Planches

Le thème d’Emmanuel peut être traité de deux manières différentes :
1) L’aspect historico-politico-religieux
2) L’aspect ésotérique

Le premier sera traité succinctement car il ne concerne pas le présent travail.
Le second sera traité profondément car il est au cœur de notre démarche spirituelle

1) ASPECT HISTORICO-POLITICO-RELIGIEUX

Le mot hébreux « Emmanuel signifie «Dieu avec nous « imaiou-El » qui signifie « avec »
« ou » qui signifie « nous » et « El » qui signifie Dieu « Dieu avec nous ». C’est presque un cri de guerre bien connu de toutes les armées du monde pour exhorter les soldats à tuer l’adversaire pendant les « guerres saintes » (elles se prétendent toutes l’être mais aucune n’est réellement « sainte » par définition, car l’acte de tuer est diabolique).
Mais pour comprendre cet aspect politique de l’histoire, replaçons nous dans le contexte hébreux de l’époque et de l’occupation romaine : les descendants du roi David voulaient reconquérir le trône et chasser l’occupant.
Lorsqu’on sait dans quelles conditions ont été écrits certains Evangiles et l’Apocalypse avec l’opposition des partisans de Jean-Baptiste les « apocalypcistes » et des partisans de Jésus, les « eschatologistes », on n’est pas surpris de constater que seuls Matthieu et Luc citent l’Ange Gabriel annonçant à Marie sa divine grossesse en lui disant à peu près ceci : « Tu es enceinte du Très-Haut, l’enfant que tu portes en toi est l’Envoyé, tu lui donneras pour nom Yeshua, on l’appellera Emmanuel ».
Matthieu ne fait pas dire cette annonce à Marie mais à son fiancé Joseph. Luc, lui, fait intervenir l’ange directement vers Marie.
Mais voici les citations exactes extraites du Nouveau Testament :
Matthieu : « Un messager de Yahvé apparaît en rêve à Joseph et lui dit : « Joseph, fils de David, ne frémis pas de prendre pour épouse Marie, ta fiancée. Oui, ce qui enfante en elle est du Souffle Sacré. Elle enfantera d’un fils. Crie son nom Yeshua parce qu’il sauvera son peuple (Yeshua signifie Yahvé sauve) de ses fautes. Or tout cela est arrivé pour accomplir ce qu’a dit Yahvé par son Inspiré. Il a dit : Voici, la Nubile aura dans son ventre et enfantera un fils, ils crieront son nom : Emmanuel »
Marc : Il ne fait pas d’annonce prénatale à Marie, en revanche il annonce Jean-Baptiste le Précurseur dans son Evangile.
Luc : Annonce ainsi la divine grossesse : « Au sixième mois de la grossesse d’Elizabeth (mère de Jean-Baptiste) le messager Gabriel est envoyé par Elohim dans une ville de Galilée nommée Nazareth vers une nubile, fiancée d’un homme. Son nom Joseph de la Maison de David. Nom de la nubile Miriam. Le messager entre près d’elle et lui dit : Shalom à toi qui a reçu la paix ! Yahvé est avec toi ! Elle, à cette parole, s’émeut fort et réfléchit. Cette salutation que peut-elle être ? Le messager lui dit : ne frémis pas, Miriam ! Oui, tu as trouvé chérissement auprès d’Elohim. Voici, tu concevras dans ta matrice et enfanteras un fils. Tu crieras son nom Yeshua. Il sera grand et sera appelé Ben Elion, Fils du Suprême. I.H.V.H.Elohim lui donnera le trône de David, son père.Il règnera sur la Maison de Jacob, en pérennité, sans fin à son royaume. Miriam dit au messager : Comment cela peut-il être, puisqu’aucun homme ne m’a pénétrée ? Le messager répond et lui dit : Le Souffle Sacré viendra sur toi, la puissance du Suprême t’obombrera (te couvrira de son ombre) , ainsi, Celui qui naîtra de toi, sacré, sera appelé Ben Elohim (Fils de Dieu) »
(La connotation politique de cet Evangile est flagrante).
Jean : pas d’annonce, si ce n’est le Prologue.
Matthieu fait précéder son Evangile de la citation des 14 générations allant d’Abraham à David, des 14 générations allant de David à la déportation à Babylone, et d’encore 14 générations séparant cet évènement de l’arrivée du Christ ; cela confirme et met en évidence la lignée royale de Jésus et la légitimité de son rôle de Messie au sens premier du terme : celui qui a reçu l’onction royale (similaire à celle des rois européens). On constate donc que la préoccupation principale des disciples de Jésus était de rétablir la royauté en Israël.
Le sens du mot Messie que nous connaissons actuellement est relativement récent, par rapport aux évènements dont nous parlons. Tout le monde admet que la préoccupation première de Jésus n’était pas de devenir le roi des juifs, et c’est d’ailleurs ce qui fut la cause de son arrestation après la trahison de Judas. Cela est confirmé par les paroles rapportées dans les Evangiles : « Je ne suis pas venu pour abolir la loi de Moïse, mais pour la rétablir ».
Je ne développerai pas davantage ce chapitre et je vous invite à lire de livre de l’historien Laurent Guyenot « JESUS et JEAN-BAPTISTE,ENQUETE HISTORIQUE sur une RENCONTRE LEGENDAIRE » publié chez Imago-Exergue.

2) ASPECT ESOTERIQUE DU MOT EMMANUEL

Pour simplifier l’exposé et aller droit au but, je vais commencer par l’Annonce faite à Marie par l’Archange Gabriel, qui peut être interprétée comme l’annonce du phénomène christique, évènement hautement probable dans l’évolution qui conduit au phénomène humain selon Teilhard de Chardin.
Pour nous mettre dans l’ambiance de la symbolique maçonnique, je ferai un rapprochement avec les peintres italiens du XVe siècle dont nombre d’entre eux étaient des initiés ; ainsi Fra-Angelico (et plusieurs autres peintres) s’est plu à représenter l’Annonciation (leur thème favori avec la Descente de Croix). Il a représenté les anges et la Vierge Marie avec les deux mains croisées à plat sur la poitrine, geste rituel s’il en est …
Le mot Emmanuel est celui de l’annonce de la réalisation de la Promesse, celle qui est faite par la Parole qui fut perdue lors de la « cristallisation » de l’Esprit dans la matière (on pourrait dire aussi enlisement de l’Esprit dans la matière).
Mais la Parole n’est pas perdue, elle est seulement cachée. D’ailleurs, si elle était vraiment perdue, il n’y aurait aucun espoir de la retrouver, pour la bonne raison que l’évolution de la matière n’aurait jamais eu lieu et nous ne serions pas ici pour en parler. En effet, l’évolution de la matière primordiale vers la vie n’est pas due aux seules forces électrochimiques, atomiques, nucléaires etc …ainsi qu’au hasard. L’évolution est due à une « information divine » consubstantielle à la matière. La matière est déterminée, elle est chargée d’intentions, Dieu est en elle : Emmanuel.
Non, la Parole n’est pas perdue, elle est seulement cachée de telle manière que l’Homme puisse la retrouver par lui-même. Par lui-même, c’est cela qui est important. C’est l’objet de notre démarche.
Pour mieux exprimer cette idée que Dieu est en nous, et qu’il est la cause de tout ce qui est, je citerai le scientifique et mystique Pierre Teilhard de Chardin, qui s’exprime comme suit dans l’un de ses livres, le plus synthétisant de sa pensée, LE PHENOMENE HUMAIN (tome 7/Editions du Seuil) :
« Dans le monde, rien ne saurait éclater un jour, comme final, à travers divers seuils (si critiques soient-ils) successivement franchis par l’évolution, qui n’a pas été d’abord, obscurément primordial. »
Cet homme parle du Principe Divin comme d’une « Conscience Elémentaire», présente déjà dans chaque particule, et la somme de toutes ces consciences dans l’univers formerait ce qu’il nomme « le quantum initial de conscience de l’univers » et, l’âme de chaque être humain en serait le foyer de transmutation. Pour confirmer cette idée, je citerai Saint Thomas qui a dit :
« Si l’Esprit est cause de la matière, c’est une merveille ; si la matière est cause de l’Esprit, c’est merveille des merveilles ».
On retrouve l’idée d’Emmanuel dans le texte que Saint Jean l’Evangéliste a retranscrit d’après les paroles du Christ prononcées dans le Jardin des Oliviers, pendant la nuit avant son arrestation ; texte intitulé « prière sacerdotale du Christ » dont le thème développé est une prière de Jésus adressée à son Père, l’esprit de ce texte étant « Lui en Moi, Moi en Lui ». Ce texte peu connu (très hermétique) a été utilisé par Maître Eckart pour construire son système de pensée. La pensée maçonnique du XVIIIe siècle, elle aussi, est inspirée par cette Prière Sacerdotale.

3) LE MOT EMMANUEL DANS LE R.E.A.A.

Le mot Emmanuel est la précision complémentaire indispensable pour comprendre la formule V.I.T.R.I.O.L. (visite l’intérieur de la terre, rectifie, et tu trouveras la Pierre secrète) qui pose un défi.
I.N.R.I. en est la réponse (La nature est entièrement régénérée par le feu), c’est la Parole Perdue. Le chevalier Rose Croix doit faire avec cela pour maîtriser son existence.
D’ailleurs, le centre de l’Homme étant spatialement nulle part, c’est par le vouloir que l’on fait le pas vers la conscience supérieure. La liberté de l’Homme réside essentiellement dans ce pouvoir de décision : vouloir ou ne pas vouloir.
Le chevalier Rose Croix n’a pas besoin d’autres outils que ces quatre formules : V.I.T.R.I.O.L., EMMANUEL, I.N.R.I. , C’EST LA PAROLE pour avancer plus loin. A-t-il besoin de savoir ? je ne le pense pas car, par rapport à la réalité de l’univers, à notre niveau d’êtres humains, que l’on soit savant ou pas, le niveau du « connaissable » n’est pas très élevé ; on ressent davantage que l’on ne sait, et avec cela il faut croire, ou plus exactement, se forger une conviction. Un seul signe suffit au chevalier pour symboliser toute la connaissance nécessaire à l’Homme, c’est le Signe de la Croix qui, dans son axe vertical, délimite, en bas, sa naissance initiatique et, en haut, sa suprême initiation que le profane nomme la mort. Ces deux limites, le bas et le haut, sont placées sur l’axe infini de l’Esprit. L’axe horizontal de la Croix marque les limites de l’univers spatiotemporel.
Avec ces quatre mots et le signe de la Croix, l’Homme peut accéder à la grâce divine, sans passer par l’inaccessible savoir, c’est ce que nous appelons la Voie Royale, ou la Rose, symbole de la Rédemption.
Vouloir accéder à la connaissance par le savoir équivaut à passer par le long chemin tortueux du doute qui est placé sur l’axe horizontal de la Croix. L’axe vertical est celui de la foi, plus on le monte, plus l’axe horizontal se réduit, ce qui n’est pas une raison suffisante pour le lâcher : sans lui on ne sert à rien ; or, telle est la finalité du chevalier Rose Croix : s’initier soi-même et aider les autres à s’initier.
Le chevalier Rose Croix doit servir, et pour ce faire, il doit approfondir la notion de bien et de mal.

4) LE BIEN ET LE MAL

Le développement de l’idée Emmanuel induit le concept du bien, car Dieu est en nous, c’est donc l’idée que l’on se fait du bien En extrapolant cette idée, nous sans Dieu serait donc le concept du mal ?
. Malheureusement pour notre petite conscience d’êtres humains qui avons tendance à tout simplifier (et pour cause) , le problème du bien et du mal est beaucoup compliqué qu’il n’y parait de prime abord, dès lors que l’on cherche à l’approfondir. Le tigre qui mange un homme ne fait qu’écouter la loi de la nature.
Le concept du bien et du mal , tel qu’il est exposé dans les catéchismes des religions induit l’idée manichéenne de deux forces contraires : les forces du mal s’opposant aux forces du bien ; et comme dans cette pensée, Dieu est l’Esprit et satan la matière, tout ce qui est esprit est le bien, tout ce qui est matière est le mal (cf l’hérésie cathare).
Je ne pense pas que cela fonctionne ainsi, car Dieu est dans la matière, Il est l’Energie et l’Information primordiale et principielle, Il est la matière, l’on ne peut donc pas séparer l’esprit et la matière.
Avant d’avancer plus loin dans l’analyse du bien et du mal, je vais tenter de définir ce qu’ils sont l’un et l’autre. Ce sera chose délicate car ce qui est bien jusqu’à un certain stade de l’évolution de la matière, devient mauvais au stade suivant et, même à l’intérieur du même stade, une caractéristique qui est bonne peut révéler certains effets pervers, idem pour ce qui est mauvais (à l’inverse).
Le tigre a le devoir de tuer pour survivre, c’est l’Homme qui n’a pas le droit car telle est sa loi du fait qu’il est conscient.
Pour donner une idée du concept que je voudrais développer, je propose la définition suivante : Les forces du bien seraient un courant de force dans la direction d’un certain objectif, et qui perturbe les courants sauvages, aveugles et égocentriques des forces primitives de l’évolution de la matière.
En « amont » de ce schéma cadré dans l’univers spatiotemporel, le Créateur doit se « heurter » à un mur du néant contre lequel son effort doit s’amortir comme un coup de poing porté sur un ventre mou de sumitomo. Dieu lutte aussi contre le néant, deuxième combat qui doit être, à mon avis, aussi dramatique que l’autre, bien qu’il soit d’un genre différent.
En plus de son combat contre le néant, le Créateur est à l’intérieur des forces qu’il a déchaînées pour qu’existe l’univers manifesté, le Créateur doit faire en sorte que l’évolution de la matière ait un sens, et c’est à ce niveau que doit intervenir son courant de forces orientées.
Mais revenons sur terre… on pourrait dire que les personnes vouées au mal n’ont pas, à priori, la volonté de faire le mal car elles n’ont pas la « conscience du mal ». Elles n’ont que la notion du moi et dès lors on conçoit très bien qu’elles n’aient pas la notion du bien tel que l’entendent le code moral et les religions, et ce, pour la bonne raison qu’elles n’ont pas la notion de l’autre. Pour eux, n’écoutant que la loi sauvage de la nature, tout ce qui est bon pour eux est le bien. Dans le prolongement de ce raisonnement, selon le point de vue des gens moraux, on pourrait dire que le mal est l’absence de bien …et toujours dans le style de ces définitions imagées, on pourrait dire que le mal c’est le moi et que le bien c’est l’ensoi.
Vous remarquerez que la boucle n’est pas fermée (on n’est pas revenu à l’hérésie cathare manichéenne), nous progressons en suivant une spirale infinie, nous sommes à la spire suivantte puisque nous arrivons à constater la différence entre le moi et l’ensoi. Si notre tigre était un homme qui ne connaît pas le code moral qui régit la société, il en serait de même, sauf qu’à cet « homme tigre » on pourrait, bien que ce soit difficile, lui faire prendre conscience de notre code moral. On pardonne à l’homme tigre (au moins une fois) parce qu’il ne sait pas ce qu’il fait. Après « initiation » aux lois de la société, si l’homme continue à se comporter en homme tigre, à ce moment là seulement il devient « forces du mal ».
Père, pardonne leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font, ainsi s’exprimait le Christ sur la croix. Cette « parole » est la base de notre code moral, mais elle ne doit pas devenir le prétexte à un non engagement qui serait destiné à aider le courant du bien.
Au fil du raisonnement nous constatons que la notion de bien et de mal n’apparaît qu’à un certain stade de l’évolution, celui de la découverte de l’autre comme étant un autre nous même. Au passage, je ferai remarquer que l’Homme n’a pas le privilège de la conscience de l’autre car cette notion existe déjà dans le comportement de certains fauves pendant leurs affrontements à l’intérieur de la même espèce (confirmation de la loi récurrente de Teilhard, citée au début de cet ouvrage : « rien ne saurait éclater qui ne soit déjà obscurément primordial (…) »
En guise de morale à ce chapitre, je dirai que celui qui a pris conscience est non seulement responsable de lui-même mais aussi des autres restés au bord du chemin.
Maintenant nous pouvons admettre que penser à l’autre n’est pas une chose qui va de soi. Résumons :
-Il faut une initiation pour prendre conscience,
-Il faut une conviction et une volonté pour faire ce travail sur soi.
Ainsi présenté, on comprend mieux le fait qu’il y ait beaucoup de gens qui ne pensent qu’à eux-mêmes, et peu de personnes qui pensent aux autres. Bien souvent, seul l’intérêt personnel pousse les gens à utiliser l’autre, donc à ne pas l’ignorer totalement !
Nous constatons que la conception du bien et du mal est une notion relative, plus ou moins intégrée dans les forces qui régissent les sociétés suivant les degrés de conscience et les références diverses.
L’univers est une expansion composée des trajectoires de tous les individualismes qui se coupent, se bousculent et s’éliminent entre elles. L’univers est la résultante de tous les égoïsmes. L’univers de la matière n’est donc pas en soi une « force du mal » mais un chaos de forces rivales qui ignorent que ce chaos contient une information pour un certain ordre. L’univers est un fouillis d’inerties par rapport aux forces qui voudraient y mettre de l’ordre ; forces que nous convenons de nommer « forces du bien » à défaut d’une autre définition.
De même, la formule disant que la Lumière doit vaincre les ténèbres est, elle aussi, très satisfaisante pour symboliser l’affrontement bien/mal car seule la Lumière est chargée d’énergie alors que les ténèbres sont absence d’énergie (on rejoint ma remarque précédente : le mal est l’absence de bien).
Exploitons cette idée : les ténèbres sont « absence d’énergie » ou du moins pas tout à fait …car elles absorbent l’énergie sans la renvoyer et, faisant allusion au monde profane, dans les ténèbres il y a des éléments « miroir » qui renvoient l’énergie de la lumière vers leur émetteur.
Ces « miroirs » sont des individus initiables, des « cherchants ». De tels miroirs sont rares, mais il faut savoir qu’ils existent et ce postulat doit nous maintenir debout plutôt que couchés.
Si l’univers est dual dans son essence énergétique (voir les particules, tout tourne, tout vibre), il est monal dans le contexte divin, Dieu est seul face au néant (niveau non manifesté). Quant au niveau manifesté, citant encore Teilhard de Chardin, à travers le phénomène humain, le principe divin défie l’entropie.

5) CONCLUSION

On pourrait résumer un travail sur EMMANUEL par six mots :
Dieu en nous
Nous en Dieu
Cet aphorisme définit notre croyance en une force qui domine et constitue la matière (je rappelle que l’ouverture des travaux au 1er degré symbolise la création du monde). Et alors, diront les rationalistes et matérialistes, quelles conséquences cette croyance génère-t-elle dans la société et dans chaque individu ?
Il est impossible de rester indifférent face à cette question, car l’Homme ne vit pas seul mais dans une société. Certains déclarent pourtant que cette question ne les préoccupe pas, ils imaginent en disant cela se placer en position de supériorité et de totale liberté de pensée. En réalité ils font le contraire, ils s’infériorisent car sans limite et sans contrainte la société qu’ils engendrent est décadente voire inexistante.
En considérant les choses avec honnêteté intellectuelle, force est d’admettre qu’il est impossible de rester indifférent à la question des croyances, pour la bonne raison qu’un être humain ne peut se désintéresser du mystère de la vie et que seuls la brute et l’animal peuvent y être indifférents.
La vie en société rend nécessaire l’existence des croyances car elles sont absolument conformes aux lois naturelles et, toutes les expériences sociales ayant voulu s’en passer, se sont rapidement transformées en échecs retentissants.
Une croyance n’est pas autre chose qu’une manière d’envisager les mystères de l’existence du monde et une codification (bien/mal) des devoirs sociaux qui en découlent. Selon cette définition, les croyances ne peuvent pas ne pas exister car les besoins auxquels elles répondent ne se sont jamais tus depuis que l’Homme est Homme.
Si nous vivions seuls et isolés les uns des autres le problème des croyances ne se poserait pas de la même manière, la force serait notre seule loi, chacun pourrait suivre son rêve en ce qui concerne l’au-delà, ou n’en former aucun, suivant la portée de son intelligence. Une solution dans un sens ou dans l’autre ne serait pas nécessaire, puisque ce que ferait chaque individu n’aurait aucune incidence sur la vie du voisin, étant donné qu’il n’y aurait pas de voisin.
Il en va tout autrement dès lors que nous vivons en société et, de ce fait, un premier problème se pose à nous, impérieusement et inévitablement, c’est celui de la loi des rapports qui doit exister entre êtres associés et qui induit à son tour la résolution du problème des croyances.
En excluant le cas où l’Homme asservirait ses semblables par la force, toute société comporte forcément des conventions qui, elles, reposent sur un pacte. Le principe de ce pacte est celui qui règlera la part de don de soi que l’individu doit à la société.
Dès lors, une autre question se pose : au nom de qui et de quoi les individus qui n’étaient pas nés à l’origine de ce pacte, se condamneraient-ils aux sacrifices imposés ?  
Un deuxième problème se pose : quel intérêt l’individu retire-t-il à respecter ce pacte ? La réponse est : à l’ordre moral qui règnera dans la société ; mais ce n’est pas une réponse acceptable pour le commun des mortels, car un désir dont l’assouvissement est interdit par l’ordre moral fait de l’individu un être malheureux
Pour répondre à la question posée par ce deuxième problème, on invoquera le bonheur futur de l’humanité et le paradis dans l’au-delà. Mais cette promesse est tellement lointaine et incertaine aux yeux des incroyants, alors que les malheurs présents sont, eux, terriblement réels, que les incroyants réclameront, à juste titre d’ailleurs, le droit au libre examen et à la liberté absolue de conscience, droit qui est utilisé comme alibi universel pour justifier tous les égoïsmes.
C’est ainsi que la société actuelle, dite libérale, est la porte ouverte à tous les excès et à tous les débordements.
A bout d’arguments, on parlera à l’individu, non pas de son bonheur futur à lui, mais de celui des générations futures …
C’est ainsi qu’ insidieusement, progressivement, de manière récurrente, se pose sans cesse le problème des croyances, car, l’individu se préoccupera plus ou moins du bonheur de l’autre suivant qu’il sera adepte de telle ou telle croyance.
La question des croyances se pose donc impérieusement à l’Homme, par le fait même qu’il vit en société et sa résolution ne fait qu’un avec le problème social, sauf si nous voulons tout résoudre par la force et la contrainte.
Quoi que nous fassions, nous n’échapperons pas à la nécessité sociale suivante : CROIRE, puisqu’on ne peut pas savoir scientifiquement ce qu’est l’origine et la destinée de l’univers et, de là, en déduire quels devoirs les Hommes ont les uns envers les autres … Le choix est restreint et se résume en trois possibilités :
-Le règne des croyances,
-Le règne de la force,
-ou l’absence de société.
Je terminerai par cette formule lapidaire
En dehors de nous même il n’est point de salut,
La Révélation est en nous et nulle part ailleurs,
L’Esprit est dans la matière : Ordo ab chaos
Telle est la signification d’Emmanuel.

 

Source : http://www.associationlyonnaise-teilhard.com/JP-Fresafond-Emmanuel_a162.html

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Amour et Foi

29 Septembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Planches

A quoi pouvais-je bien penser en choisissant un tel thème ? Encore aujourd’hui, je me le demande, tant les questions que cette association amènent sont nombreuses et procèdent de réponses difficiles.

Au-delà des sens même d’Amour et de Foi, que répondre à ces interrogations élémentaires:

· Peut-il y avoir Amour sans Foi ?

· Peut-il y avoir Foi sans Amour ?

· Amour et Foi sont-ils compatibles ?

Et tant d’autres encore, comme, par exemple, le bien fondé d’un travail sur cette relation avec le grade de Rose Croix.

En premier lieu, à ce sujet, on observera que le rituel évoque à de multiples reprises l’Amour et la Foi

Des aspects historiques, dans la devise initiale « guérir les malades, instruire les ignorants, soulager les malheureux. »

 Aux aspects symboliques formels, le mot FOI à la col\ .J ? Entre les col\, avec l’Espérance et la Charité

 À l’expression même dans les rituels : Le temple mystique, le 3ème, qui sera fondé sur la nouvelle loi : l’autorité et la justice y seront tempérées et sanctifiées par l’Amour.

La foi qui est la confiance dans nos principes et dans notre idéal ; l’ardeur dans la recherche du vrai, du juste, du beau, du bien.

Sur le plan initiatique, elle est la confiance en l’homme, dans toutes ses possibilités, manifestées ou virtuelles. Ainsi, la Foi nous donne le courage d’affronter les épreuves, de surmonter toutes les difficultés. la charité est la flamme où s’allume notre Foi qui réchauffe notre Espérance la vie du Chevalier Rose Croix est désormais consacrée à l’amour de ses semblables, CAR CEST CELA QUI A ETE PERDU. Le banquet rituel du retour du printemps, symbole du retour de l’homme à la Vérité et à l’Amour, ivresse qui s’empare de tous les êtres animés, éclosion d’amour dans l’air, dans le sein de la terre, dans les bois, dans les fleurs, dans les cœurs. La sublime parole. (extension et rallumage des lumières) : « Aimons-nous les uns les autres. »

Nonobstant la réflexion à approfondir sur des interprétations symboliques :

Du Pélican, qui nourrirait ses petits de son sang.

De l’acclamation du Rite, qui signifie « sauveur. »

De la Cène qui, pour le F\ M\ passe de « Dieu est en nous » à « la Lumière est en nous » (Emmanuel)

Ce qui ne manque pas de bordurer sans cesse la trilogie FOI AMOUR DIEU, que nous interprétons sans doute FOI AMOUR LUMIERE.

Ce qui à priori entend qu’il existe une correspondance, et non une similitude, bien entendu, entre le DIEU des croyants et la LUIMIERE des maçons.

Je pourrais tout autant vous dire que quand je me suis décidé à entrer dans mon propre labyrinthe, je me suis proposé de sortir des analyses habituelles.

Au début de mon chemin, je retenais l’idée de découvrir l’humain derrière ses mots, humain dans ses aspérités et ses contradictions.

C’est pourquoi, bien que le voyage soit difficile, pour peu qu’on accepte qu’il ne soit pas convenu, il est possible de s’inviter dans l’union de l’Amour et de la Foi.

A priori, une telle entame est aisée, quoi de plus noble que cette association toute l’histoire romanesque, et notre histoire, en particulier, s’attache à associer ces deux aspects d’une conscience. Il convient de noter par ailleurs que l’histoire de la Maç.. ayant une communauté avec un Etat religieux, il était naturel qu’à l’origine, à travers Dieu, tout puissant, Amour et Foi se conjuguent.

Nous nous sommes engagés dans une recherche qui utilise, dorénavant, les obligations d’Amour et de Foi.

En effet, avant même de rechercher les aspects positifs dans ces concepts, on sait que le Chev. Rose Croix les a intégrés à sa réflexion.

Bien sur, l’Amour et la Foi déterminent l’individu à un niveau qui le transcende.

Quand l’individu envisage l’humanité, Amour et Foi se vivent tranquillement. Ils se réfléchissent et s’analysent.

S’ils sont vécus, il en va différemment : le sentiment d’affection, d’attachement qu’on ressent pour un être, s’accompagne de sincérité, de franchise, d’exactitude à tenir sa parole.

Mais s’ils sont obligés ……… comme le Chev. Rose Croix ???????

Cette relation particulière à l’autre définit l’image que l’on détermine de soi. L’Amour et la Foi ou l’objet de l’Amour et de la Foi, n’engagent que celui qui ressent.

Il peut être admis que le devoir, particulièrement maç, soit obligatoire au F.M., s’il se respecte. En revanche, comment imposer Amour et Foi, à quiconque. Pour autant, sans Amour, il n’y a pas de Rose Croix

Quelle est la part de l’abnégation dans notre construction ?

Car, en outre, les formes de l’Amour et de la Foi peuvent être insidieusement détournées de leur objet, tel que nous l’observons. L’Amour peut être de concupiscence, et la Foi de raison.

L’Amour peut être passion, tournée vers soi, sans développement possible vers l’Autre, vers la compréhension de l’Autre. N’oublions pas que le F\ M\ bâtit aussi son Temple Intérieur. Quand il ne fait que se taire en Loge, quel amour délivre t’il ?

Dans cette approche d’Amour passion, la Foi en soi, narcissique n’est pas obligatoirement objet d’égoïsme.

La valorisation de soi amour foi peut se matérialiser par l’altruisme, aussi étonnant que cela paraisse.

Car le don de soi, dans l’amour, peut être simplement l’affirmation de sa propre importance, par l’abnégation qu’on espère que l’autre reconnaîtra. Dés lors, dans ce cynisme plus ou moins avéré, qui correspond souvent à une réalité, comment reconnaître, au-delà des mots, cette association non dogmatique, entre Amour et Foi.

Et pourtant, l’Amour engendre l’Eternité bienheureuse : je me souviens de ce film « les visiteurs du soir », remarquable exemple symbolique. Souvenez-vous de ces cœurs qui continuent à battre, dans des corps transformés en statues de pierre ; l’Amour plus fort que la Mort.

Si l’Amour engendre l’Eternité bienheureuse, la Foi assure l’Eternité bienheureuse.

Et quand tout se vit dans l’absolu, on se tue par Amour, (cf. Roméo et Juliette); on se tue pour la Foi. (cf les terroristes d’aujourd’hui.)

N’oublions pas les bordures évoquées tout à l’heure ! ! !

Ce qui est intriguant à priori résiderait ainsi dans l’absolu que suppose l’amour et la foi. Absolu, qui peut se comprendre comme absence de raison.

Un absolu qui fait de l’amour un ferment perturbateur, anarchique, antisocial, voire un égoïsme à deux (comme l’a écrit quelqu’un dont le nom m’échappe), mais aussi une aspiration vers le bien (cf PLATON dans le Banquet et dans Phèdre), une voie vers le monde des valeurs ; valeur, répétons le d’ABSOLU.

Un absolu qui, du coté de la Foi, nous amène, chez certains auteurs à la considérer, en Philosophie, comme la croyance aux principes premiers qui ne sont pas susceptibles d’une démonstration proprement dite.

Par extension, la Foi serait une attitude d’adhésion totale et de confiance absolue qui engagerait la conduite de chacun, qui s’affirmerait, qui se professerait, au-delà, bien évidemment de sa signification pour les doctrines religieuses.

Pour ces dernières, en effet, le présupposé évite tout conflit puisque la Foi est un sentiment qui s’impose aux croyants avec une certitude qu’ils justifient comme une adhésion, réveillée en eux, qui en étaient porteurs, par les Ecritures ou l’enseignement de l’Eglise.

Ainsi, l’adhésion entraîne l’acquiescement de l’intelligence et la soumission de la volonté en dépit de l’insuffisance de preuves d’ordre rationnel, preuves, qui, de toutes façons, sont considérées à priori comme définitivement déficientes pour établir ce qui transcende. Je n’insisterais pas sur ce point, tout en soulignant le danger considérable que cette approche fait peser sur les esprits puisque au bout de cette démarche se situe l’idée que la Foi surclasse la Raison, Raison qui coordonnerait les apparences, alors que la Foi nous donnerait l’intuition de la réalité profonde.

Comment concilier ces réflexions avec celles du Chevalier Rose Croix, issu, bien que nous nous en défendions, d’une tradition religieuse

Il est au moins clair que cette adhésion, au fond, cette révélation, n’a rien à faire ici. C’est d’autant plus vrai qu’on voit mal comment on pourrait ainsi retrouver la Parole Perdue, à savoir l’Amour de ses semblables, que j’évoquais à l’instant.

Beaucoup plus grave encore : si Amour et Foi sont hors la Raison, que faisons-nous ici ?

Alors, cherchons, quelques pistes, en ce qui me concerne

On peut trouver un semblant sinon de raison, du moins de raison d’être, si on admet, avec SHOPENHAUER, que l’amour est un piège tendu par la nature pour parvenir à sa fin, la reproduction de l’espèce. Ou, plus obscurément, en tout cas pour moi, avec FREUD, si on considère que l’amour est un instinct irrépressible en liaison avec la Mort.

De même que la Foi engagerait l’homme à tenir sa parole, à remplir ses promesses et ses engagements.

Plus loin, pour d’autres, la Foi est entachée d’affectivité et de subjectivité et ne pourrait nous procurer un savoir positif qui égalerait, voire surpasserait, celui que seule l’activité rationnelle peut fournir. Même si cette dernière interprétation peut paraître encore excessive, elle se rapproche assez de mon idéal maç\ ni appartenance à une doctrine imposée, ni froide raison. Car si la Raison était dominante en tout, quelle place pourrions nous accorder à l’Amour ?

C’est ainsi que l’approche de Blondel m’interroge: « la Foi n’est ni anti-raisonnable, ni non raisonnable ; un amour peut être fondé en raison sans pour autant se démontrer par-devant la raison raisonnante; la Foi repose sur des raisons qui sont telles que la-Raison, une fois consultée, laisse la place à une attestation de confiance, qui justifie un serment de fidélité. »

Que faisons-nous d’autre, à chaque étape de notre vie maç, sinon prêter serment. Et chaque serment nous permet de nous engager à remplir fidèlement les devoirs.

N’est ce pas ainsi que l’entendent tous ceux qui ont une foi, foi religieuse ou foi laïque, voire foi politique. Kant, pour le peu que j’en sache, qui pensait avoir démontré l’impossibilité de la physique dogmatique, appelait néanmoins foi morale la croyance, qu’il estimait rationnelle, en des postulats de la raison pratique aussi divers, et pour certains incompatibles, tel que la Liberté, l’existence de Dieu, l’immortalité de l’Ame

L’Amour est si contradictoire : le bon sens populaire rappelle que l’agneau n’est pas aimé de la même manière par le loup qui le mange et par la brebis qui l’allaite : d’où la distinction entre l’amour de concupiscence, captatif et possessif, contre l’amour de bienveillance, dévoué et oblatif Ce serait si simple si tous deux ne pouvaient subsister dans un même amour concret, subsister par compromis ou entrer en conflit

Ainsi, peut-on concevoir qu’Amour et Foi puissent se penser de manière relative et non absolu.

Comme si, dans notre cheminement, nous prenions conscience de l’Amour, nous apprenions l’Amour, notre Devoir, et, qu’au fil du temps, nous aimions de mieux en mieux, et que nous ayons de plus en plus Foi en l’Homme.

Comme si, à force de travail, nous pouvions arriver à la Sagesse, au pur désintéressement Comme si notre engagement nous offrait la possibilité de lutter contre les tendances insidieuses au repli sur soi, à la négation de l’autre, à la misanthropie qui gagnent souvent ceux qui ont été trompés, c’est à dire presque t out le monde.

Comme si, enfin, notre engagement nous aidait nous mêmes à surmonter les périodes de découragement face aux réalités du monde.

Il me paraît, au terme de mon propos, que, contrairement à la réalité religieuse, qui lie totalement Amour et Foi, il est parfaitement loisible de les dissocier, et de les vivre indistinctement; on peut avoir la Foi et point d’Amour, et inversement En revanche, on peut vivre les deux ensemble, sans rapport aucun avec une réflexion dogmatique.

Même si dans son histoire, on peut penser qu’Amour et Foi sont issus des principes religieux, la réflexion maçonnique a su donner une autonomie de la foi par rapport à l’amour

Je ne sais si j ai su faire passer mon avis qui consiste à dire que le F\ M\ est avant tout un homme de devoir, qu‘il n’est pas illuminé par une révélation, mais qu’il s’impose, sans cesse, des obligations.

Et si la Foi et l’Amour ne sont pas nécessairement liés, le F\M\ s’aide de l’une pour essayer d’appliquer l’autre : en aucun cas on ne lui impose rien.

C est en ce sens qu’il est à la fois libre et fort et surtout courageux.

Il s agit, certes d un idéal, mais magnifique : s’obliger à aimer sans autre espérance et sans certitude que de recevoir de l’amour et non autre chose, telle qu’une Eternité véritable; cette abnégation à laquelle je ne suis pas parvenue me transporte ; il ne s agit pas de croire, il s agit de faire, et je sais ce que je dois faire et je sais que je vais le faire sans contrepartie, sauf à me grandir à mes propres yeux

Devenir humain avant de disparaître.

Car, soulignons le encore: il existe une merveilleuse phrase dans notre rituel quand le Très Sage ARTHISATA fait et constitue un nouveau Chev\ R\C\ « Les degrés précédents t’ont appris à épurer la Connaissance et à sanctifier le Travail. Que ta vie soit désormais consacrée à l’Amour de tes semblables, car C EST CELA QUI A ETE PERDU. » 

Source : http://esmp.free.fr/Bbilio-Numerique/Amo-Amour.Foi.htm

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I.N.R.I

29 Septembre 2012 , Rédigé par Guy PIAU Publié dans #Planches

Dans la tradition maçonnique que le rite écossais ancien et accepté a maintenue et enrichie, l’acronyme I.N.R.I. est censé exposer les initiales des mots révélant le sens de la parole perdue qui constitue l’ardente quête spirituelle que le maître maçon poursuit avec persévérance depuis le 3ème degré du rite. Retrouver la parole originelle, essentielle et fondamentale, le verbe du dieu fondateur pour certains, la connaissance absolue, unique et unificatrice pour d’autres, telle est la signification que nous pouvons donner à l’œuvre initiatique que le rite nous invite à entreprendre, à conduire et à réaliser dès que nous avons franchi la porte de la chambre des maîtres. Chaque degré constitue une étape de ce parcours peuplé de symboles qui sont autant d’outils devant nous permettre de réaliser une véritable ascension spirituelle. Nous sommes parvenus au 18ème degré et sommes mis en situation psychologique de connaître la parole perdue et la clé secrète qui nous est proposée pour lire cette parole est I.N.R.I.

Mais quelle est cette parole et quelle signification pouvons-nous lui donner ? Comment l’interpréter et que nous révèle-t-elle qui soit une vérité, une morale d’être sinon la vérité, la connaissance absolue. Vuillaume note, dans son Manuel Maçonnique dont la première parution eut lieu en 1820, que : « l’on a donné à ces quatre lettres différentes significations. Ce serait à tort qu’on prétendrait qu’elles veulent dire, comme dans le christianisme, Jesus Nazareus Rex Judeorum, mais les autres interprétations ne sont pas plus vraies, et c’est une chose que l’on ne doit révéler que dans l’initiation ; on se taira donc là-dessus ».  

Nous pouvons retenir du propos de Vuillaume, qu’avant 1820, de nombreuses interprétations circulaient dans les loges pour l’acronyme I.N.R.I., que parmi ces interprétations figuraient Jesus Nazareus Rex Judeorum que Vuillaume jugeait inacceptable et qu’une autre réservée aux seuls initiés pouvait être considérée comme la seule vraie.

Nous ne ferons pas l’inventaire de toutes les interprétations qui ont pu être données à l’acronyme I.N.R.I. par des auteurs maçonniques, dont certains ne manquèrent pas d’imagination et nous nous satisferons des proclamations figurant dans les rituels et les instructions qui sont d’authentiques textes maçonniques dont nous avons pu avoir connaissance.

L’origine du grade de Rose-Croix comportant la référence à I.N.R.I. est mal connue et très controversée. Naudon doute d’une origine écossaise et formule l’hypothèse d’une origine anglaise. Il convient d’observer que la référence à une origine écossaise est une notion floue et peu crédible. Il est plus pertinent de parler d’un régime écossais, dont l’élaboration est vraisemblablement française, que de chercher des origines en Ecosse. Nous pouvons relever que tous les systèmes écossais qui sont apparus entre 1750 et 1770, tant sur le Continent qu’au Royaume Uni, comportent un grade de Rose-Croix, lequel constitue, pour la plupart d’entre eux, le degré ultime.  

Le plus ancien rituel que nous connaissons dans lequel figure la référence à I.N.R.I. fait partie d’un manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale et intitulé « Livre contenant tous les grades de la véritable maçonnerie, depuis l’apprenti maçon libre jusqu’au rose croix et parfait maçon, dédié au marquis de Gages par son premier surveillant Pérignon de Progent, le 1er jour du 1er mois de la première semaine de l’année maçonnique 5763, à l’orient de Mons ». Ce rituel concerne le grade de Chevalier de l’Aigle du Pélican dit de Rose Croix, qui est, selon les auteurs du rituel, «le dernier grade de la maçonnerie écossaise, que l’on connaît sous le nom de maçon parfait ». Les derniers instants de la cérémonie d’accession au grade y sont ainsi décrits :

« Le Deuxième Surveillant : Très Excellent Sage et Parfait Premier Surveillant, voici le frère Chevalier de L’Aigle qui nous promet par son secours de nous faire retrouver la vraie Parole, et par ce moyen devenir Parfait Maçon.
Le Premier Surveillant répète au Très Sage ce que le Second lui dit. Le Très Sage fait les questions suivantes :
Le Très Sage : D’où venez-vous mon frère ?
Le récipiendaire : De la Judée, Très Sage.
Le Très Sage : Par quelle ville avez-vous passé ?
Le récipiendaire : Par Nazareth ?
Le Très Sage : Quel est le nom de votre conducteur ?
Le récipiendaire : Raphaël, Très Sage.
Le Très Sage : De quelle tribu êtes-vous ?
Le récipiendaire : De la tribu de Juda, Très Sage.
Le Très Sage : Donnez moi les quatre lettres initiales de ces quatre mots.
Le Récipiendaire : I.N.R.I.
Le Très Sage : Que signifient ces quatre lettres rassemblées ensemble ?
Le Récipiendaire : INRY
Le Très Sage frappe sept coups et dit : Mes frères, la Parole est retrouvée ! Que la lumière lui soit rendue !
Le 1er Surveillant lui ôte promptement le drap noir. Tous les frères sont au signe de Rose Croix et disent sept fois ‘Hozé’ qui signifie : Bénissons le Seigneur. (Tous les maçons et profanes ignorent cette signification, il n’y a que le rose-croix qui la connaît, de même que le mot Jehova, qui est la Parole expirante qui peut être dite par l’Homme-Dieu et qui signifie : Tout est consommé. Ces mots sont hébraïques). »

Selon ce rituel de 1765 qui n’a fait, n’en doutons pas, que reprendre une formulation déjà bien établie dont l’origine demeure méconnue, les initiales I.N.R.I. sont les premières lettres des mots Judée, Nazareth, Raphaël et Juda, lesquels ainsi rassemblés désigne assez clairement le Christ, Jésus de la tribu de Juda, venant de Judée et étant passé par Nazareth. Mais nous pouvons nous interroger sur la présence de l’archange Raphaël qui n’apparaît dans aucun des Evangiles. Selon le livre de Tobie, il fut envoyé pour guérir Tobit et Sara, les père et mère de Tobie et servit de guide à celui-ci dans son voyage vers une terre lointaine et inconnue, la Médie. La fonction de guide est restée attachée au nom de Raphaël et ce nom s’est imposé lorsqu’il s’est agi pour les promoteurs du grade de signifier la lettre R, dès lors qu’ils ne retenaient pas pour I.N.R.I., les mots qualifiés par Vuillaume d’inacceptables et qui sont ceux qui depuis le 5ème ou 6ème siècle se rapportent au Christ et le désignent. Pourquoi ont-ils opéré cette transposition qui est une substitution ? Nous ne pouvons que supposer qu’en des temps où la suspicion d’hérésie était susceptible d’être sanctionnée par de graves condamnations, ils conçurent de ne pas reprendre dans une cérémonie vécue hors des Eglises chrétiennes les mots que ces Eglises avaient adoptés pour désigner le Christ, Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs La formule exposée en maçonnerie suggère bien cependant que la parole retrouvée est le Christ, mais elle le fait par une allusion qui, aussi grossière qu’elle soit, parut à ses auteurs et utilisateurs donner le change et être susceptible de les protéger de tout risque d’être sanctionnés.  

Nous retrouvons dans le rituel rédigé en anglais vers 1780 par Francken ou à son initiative pour le grade de Chevalier Rose-Croix du nouveau régime écossais organisé en 33 degrés, les mêmes explications et proclamations que celles du texte de 1765. Un rituel du début du 19ème siècle les reprend également. Les propos de Vuillaume nous ont très justement fait connaître qu’il existait à cette époque d’autres sens donnés par des rituels maçonniques à l’acronyme I.N.R.I.. Mais l’interprétation développée dans le rituel de 1765, qui est certainement la plus ancienne, méritait d’être rappelée. et commentée. Ce texte offre un exemple du langage substitué largement pratiqué par les instituteurs des modes opératoires du symbolisme qu’enseignent les rituels maçonniques. Nous en resterons là s’agissant des recherches au cœur des anciens textes se rapportant au grade de Chevalier Rose-Croix.

Le rituel de 1992, actuellement pratiqué dans les Chapitres de la juridiction écossaise ne reprend pas l’explication que nous venons de rapporter. Le Très Sage, après avoir prononcé, lors de la cérémonie d’exaltation, les mots : « I.N.R.I. – C’est la Parole », fait ôter les voiles que portent les récipiendaires et illuminer l’Etoile flamboyante. Puis, il explique : « Les rituels anciens ont généralement interprété le monogramme I.N.R.I. suivant la tradition chrétienne par ‘Jesus Nazarenus Rex Judaeorum’. ‘Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs’.

Avant de poursuivre la citation, nous devons observer que ce n’est pas l’interprétation que donne le plus ancien rituel qui est actuellement répertorié et nous reporter au commentaire de Vuillaume.

Reprenons les explications développées dans le rituel : « Toute parole mystérieuse comporte un sens littéral ou exotérique et des sens ésotériques. La plus sublime signification, pour les Chevaliers Rose-Croix, du monogramme I.N.R.I. est l’interprétation alchimique : ‘Igne Natura Renovatur Integra’, ‘ La nature est renouvelée entièrement par le feu’.

L’instruction qui accompagne et complète le rituel ajoute une nuance qui n’est pas sans importance. Elle stipule : « La tradition chrétienne enseigne que ces lettres, sur la croix du Christ, signifiaient : Jesus Nazarenus Rex Judaeorum que l’on traduit par Jésus le Nazaréen, Roi des Juifs. Au plan initiatique, le Rite Ecossais Ancien et Accepté a adopté la formule alchimique : Igne Natura Renovatur Integra qui signifie : La nature est renouvelée entièrement par le feu »

La référence à la tradition alchimique comme source initiatique de l’ordre écossais peut surprendre. Elle mérite que nous la méditions. C’est à elle, croyons-nous, que Vuillaume fait référence lorsqu’il suggère que la vraie explication que l’on peut donner à I.N.R.I. ne peut être dévoilée qu’aux initiés, ce qui signifie qu’elle appartient à la science secrète.  

Deux interprétations de l’acronyme I.N.R.I. sont proposées, selon les rituels, aux Chevaliers Rose-Croix qui offrent chacune une voie de recherche spirituelle. La première est d’essence chrétienne ou plus précisément christique et l’autre est d’essence hermétique ou alchimique.

La lecture d’I.N.R.I. selon la voie chrétienne ou christique conduit à associer l’idée de parole retrouvée à la figure symbolique du Christ. Nous préférons qualifier cette voie de christique car ce qualificatif recouvre l’ensemble des représentations mythiques que le Christ exprime, tant au plan exotérique qu’au plan ésotérique, tandis que le terme chrétien se rapporte aux églises édifiées à l’écoute du message porté et proclamé par Jésus, en sa fonction d’être la parole de Dieu, la réincarnation du verbe créateur. La question que nous pouvons nous poser est de savoir si la Christ est évoqué, par la tradition maçonnique, comme étant la Parole ou comme celui qui porte et transmet la Parole.  

La quête de la parole perdue est l’un des thèmes fondamentaux que développe le rite écossais ancien et accepté dans les grades qui, à partir du 3ème degré, guide le maître maçon dans l’ascension spirituelle qu’il a choisi d’entreprendre et de vivre. Hiram, le Maître Architecte, a emporté la Parole, est-il proclamé au 3ème degré. Le mot secret qu’il a refusé de dévoiler aux mauvais compagnons, qui désigne et contient la source de toute chose et qui est la vraie lumière, la lumière originelle et essentielle, apparaît inaccessible au jeune maître . Si c’était là le message porté par le rite écossais ancien et accepté, qu’en serait-il de l’espérance, cette vertu qui donne au Maître Maçon l’énergie d’entreprendre et de persévérer afin de franchir les obstacles qui s’élèvent sur la voie initiatique suivant laquelle il construit sa nature spirituelle ou la découvre. Au fil des degrés de perfection nous percevons que l’architecte Hiram n’était pas seul à connaître le mot secret. Au 13ème degré, il nous est révélé que Salomon et Hiram, roi de Tyr, le connaissent mais ont fait le serment de ne pas le communiquer. Guibulum, Johaben et Stolkin, qui sont des représentations archétypales d’Hiram, ne doutent pas que Salomon possède le mot et lui demandent de leur communiquer, mais le roi refuse. Ils doivent eux-mêmes partir à sa recherche dans le temple souterrain des neufs arches. Lorsqu’ils rapportent à Salomon le triangle d’or trouvé au fond du puits sacré, celui-ci épelle le Mot Véritable, Iod, Hé, Vav, Hé, gravé sur ce triangle et leur dit d’être dans la joie de voir retrouvées les lettres véritables. Le message qui est alors transmis au Maître Maçon est qu’il lui appartient de découvrir en lui-même la vérité, sa vérité. Iod, Hé, Vav, Hé et I.N.R.I. ne sont que des paroles substituées, non la parole retrouvée. C’est bien ce que, selon le rituel, le Très Sage dit aux récipiendaires avant que la légende du grade leur soit enseignée :

« La pluralité d’interprétations indique que la Parole n’a été retrouvée que symboliquement, sous une forme substituée. Certains rituels anciens assimilaient la Parole perdue au Verbe de l’Evangile de Saint Jean. Sa recherche se confond avec la recherche de la Vérité. Elle demeure la tâche fondamentale jamais achevée des Chevaliers Rose-Croix. Aussi nos travaux ne sont-ils jamais clos, mais seulement suspendus et reprennent force et vigueur quand le soleil s’obscurcit. »

Cette idée de l’existence d’une Vérité essentielle et fondatrice, source de tout ce qui est, est aussi au centre des enseignements de l’alchimie. L’alchimie enseigne à expérimenter sur soi-même le même type de transmutation que l’on peut mettre en œuvre sur les métaux selon un rite hermétique de régénération afin de changer le plomb en or, symbole de la pureté. Cette quête de la pureté, image de la Vérité originelle, est un éprouvant labeur qui ne s’achève jamais. Les anciens alchimistes parlent d’un trésor difficile à atteindre dont la substance existe dans la materia confusa, le chaos, et qu’il appartient à l’adepte de transformer afin de l’élever à la nature de la quintessence ou essence spirituelle, autrement dit l’esprit.  

Cette correspondance que nous pouvons établir entre les deux systèmes de régénération spirituelle que proposent l’alchimie philosophique et la maçonnerie écossaise, nous ouvre cette deuxième voie pour interpréter I.N.R.I. que Vuillaume n’ose nommer mais que l’actuel rituel du grade de Chevalier Rose-Croix désigne comme la plus sublime.

Interpréter I.N.R.I. selon la formule d’inspiration alchimique Igne Natura Renovatur Integra ne peut se comprendre que si l’on conçoit et admet que le drame initiatique que le régime écossais propose au Maître Maçon de vivre est référencé sur les mêmes fondamentaux traditionnels que l’alchimie et qu’au fil des degrés de perfection est développée une ascension spirituelle dont les étapes sont identifiées à partir des éléments que la philosophie d’Hermès ou de Toth, inspiratrice de l’art alchimique, proclame être les principes de toutes les natures qui composent les cosmos. Ces principes qui définissent les étages du Grand Œuvre alchimique, sont nommés terre, air, eau et feu. Au fil des grades de perfection, le Maître Maçon a vécu des étapes initiatiques dont les agents actifs ont été la terre et l’eau correspondant aux cycles de l’œuvre au noir puis de l’œuvre au blanc de la tradition alchimique. Dans les degrés précédant, depuis le 14ème, le grade de Chevalier Rose-Croix, l’immersion initiatique dans l’élément eau s’impose. C’est l’œuvre de sublimation et le Grand Elu, Parfait et Sublime Maçon est préparé au quatrième grand passage initiatique celui dont l’agent est le feu. Il est mis en situation de franchir ce mur du feu que Dante évoque dans sa Divine Comédie est qui est l’entrée dans le Royaume de l’Esprit.

De nombreux éléments qu’affiche le 18ème degré du rite écossais ancien et accepté évoquent le feu en sa qualité d’agent de rénovation et de révélation, de transformation et d’élévation spirituelles, selon les mêmes bases conceptuelles que celles qui fondent et caractérisent le temps de l’œuvre au rouge alchimique. Pour ne retenir que quelques aspects de la correspondance de ce degré avec l’œuvre au rouge, citons la prédominance de la couleur rouge dans les décors de ce degré, l’exposition, comme symbole, du phénix, l’oiseau mythique qui renaît de ses cendres et la proclamation précédent la suspension des travaux de ‘tout est consommé’. Aussi, est-il tout à fait concevable et admissible d’associer l’acronyme I.N.R.I. au feu, agent essentiel de l’œuvre au rouge. L’alchimie enseigne à conduire par soi-même et sur soi-même le même rite de régénération ou de renaissance que celui expérimenté sur les métaux et autres natures inanimées afin de les transformer en pierre philosophale, c’est à dire de réaliser leur transmutation, de les spiritualiser, de faire paraître en eux l’essence de l’Esprit Universel. L’œuvre au rouge est le temps où se réalise pleinement, par l’action du feu, cette régénération.

Le feu des alchimistes n’est pas le feu vulgaire, il ne s’agit pas d’un feu qu brûle mais d’un feu qui éclaire, un feu qui illumine. Ainsi que le décrit et le qualifie l’alchimiste Michel Maier, dans ses « Chansons intellectuelles sur la résurrection du phénix », « Ce feu est la source de toute la lumière qui éclaire le vaste univers ; c’est lui qui donne la chaleur et la vie à tous les êtres ; c’est une flamme dont les ardeurs brillent sans jamais consumer ». . « Le feu secret des Sages – nous dit par ailleurs Limojon de Saint Didier - est un feu que l’artiste prépare avec art. Ce feu n’est pas actuellement chaud mais il est un esprit igné. » Nous comprenons que le feu représente l’esprit, la semence, l’étincelle spirituelle qui est cachée dans toute nature. Ce feu principe nous apparaît comme un symbole qui se rattache d’une part au macrocosme, il représente alors l’Esprit, agent de la formation et de la dissolution des univers et d’autre part au microcosme et c’est ce feu qui est la part spirituelle que chaque homme possède et que l’œuvre initiatique doit lui permettre de rétablir dans ses prérogatives originelles afin d’accéder à la conscience universelle et à la connaissance.

Cette lecture alchimique d’I.N.R.I. est bien celle à laquelle l’instruction du Suprême Conseil qui servit à notre édification lors de notre accession dans le grade fait écho. Nous pouvons y lire qu’ « il ne s’agit pas du feu matériel que les premiers hommes ont adoré comme ils ont adoré le soleil dispensateur de chaleur, de lumière et de vie. Il s’agit du Feu, principe unique et universel, de la Lumière, source du monde physique et intelligible, émanation et manifestation de la Cause première ».  

L’interprétation christique ou chrétienne et l’interprétation hermétique ou alchimique d’I.N.R.I. ne sont pas aussi éloignées et séparées qu’elles peuvent nous paraître d’emblée. Il convient pour cela que nous n’arrêtions pas notre regard sur les mots mais nous attachions à saisir l’idée même qu’ils expriment et que nous considérions que le mystère du Golgotha ouvre la voie à une lecture ésotérique de la figure du Christ. Jésus, n’a- t-il pas proclamé, selon l’auteur de l’un des Evangiles non canoniques « Qui est près de moi est près du feu ».

Les parallèles entre le Christ et le feu et entre le Christ et le soleil, source de lumière, symbole de l’esprit, sont constamment proclamés dans les ouvrages des gnostiques chrétiens et des alchimistes chrétiens ou plus exactement des diverses écoles chrétiennes ésotériques, celles des gnostiques des deux premiers siècles de notre ère, les écoles séthiennes et les écoles valentiniennes et celles des clercs du Moyen Âge qui écrivirent les premiers traités d’alchimie en Occident latin. Le Christ ésotérique des gnostiques chrétiens est une source de feu, de même que le pierre philosophale des alchimistes est proche du feu, voire même s ‘apparente au feu. Le feu représente non seulement la source de la vie, mais aussi son développement, son énergie, sa lumière et lorsque le feu s’évanouit, semble être consommé, la vie, telle que nous la ressentons, se dissout. L’ésotérisme chrétien s’est toujours fondé sur l’exigence de vivre suivant l’exemple du Christ afin de développer et d’exalter les richesses spirituelles intérieures de l’être. L’imitation du Christ est la voie fondamentale des alchimistes chrétiens pour réaliser le Grand Œuvre, c’est à dire pour accéder au Royaume de l’Esprit. « Dieu a pétri le feu dans la terre (le chaos) et dans ce feu, il rayonne », nous dit Ripley et nous lisons dans le fabuleux traité alchimique que constitue le Rosaire des Philosophes, aux multiples écritures, « Cette pierre qui est la notre est de feu. Issue du feu, elle se transforme en feu. » Ainsi en est-il du Christ ésotérique. L’Evangile selon Marie porte le message que le Christ est devenue intérieur à chacun. Il est comme le conjoint de l’âme promise à retrouver l’unité androgynique primordiale et la doctrine de l’école valentinienne nous enseigne que le Croix signifie la séparation de l’esprit et de la matière. Sur la Croix, le Christ invisible a rendu l’esprit et est par-là libéré de son corps mortel.

Nous pouvons dés lors admettre que le double sens que nos rituels donnent à I.N.R.I, la vraie ou fausse parole retrouvée, exprime en fait, sur le plan ésotérique, une même et seule idée, celle de la domination de l’esprit sur la matière. C’est bien au cœur de la pensée ésotérique que nous pénétrons, en accédant, en ce 18ème degré du rite écossais ancien et accepté, au Royaume de l’Esprit. Ainsi nous sommes vraiment les Chevaliers de l’Esprit que nous prétendons être...

Source : www.ledifice.net

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18ème degré REAA INRI La Nature est renouvelée entièrement par le Feu

28 Septembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Planches

Le cheminement maçonnique dans le cadre du REAA conduit à épeler et transmettre INRI, ce que font les Chevaliers Rose+Croix lors de la cérémonie de la Cène après avoir entouré la table fraternelle. Depuis Tubalcain (mot de passe du 3ème degré), le forgeron mythique qui le premier sut mettre en œuvre les métaux dans sa forge, le feu est quelque part à l’œuvre et nous travaille de l’intérieur. Le feu du forgeron qui agit sur les métaux annonce le feu qui renouvelle la Nature, l’un agissant sur la matière et la Raison dans le monde temporel, l’autre sur le Cœur dans un projet global impliquant l’Etre dans son ensemble, jusqu’à l’adhésion à sa nature spirituelle.
Deux éléments, la Nature et le Feu, et le processus de transformation de l’une par l’autre, constituent le mot sacré du Chevalier Rose+Croix, INRI « La Nature est renouvelée entièrement par le Feu ». Ce mot n’est pas un personnage légendaire ou mythique extrait ou non de la Bible comme ce fut le cas dans les degrés précédents, mais le secret dévoilé d’un travail à effectuer en nous-mêmes, sur cette Nature que l’on « doit » renouveler entièrement à l’aide du feu que l’on « doit » entretenir.
La Nature
La Nature fait corps et âme avec les Chevaliers Rose+Croix qui sont parvenus à « rassembler ce qui est épars ». Cette Nature se révèle en eux-mêmes, d’abord comme une substance qu’ils découvrent et comprennent par la Raison, puis comme une essence intimement mêlée à leur dimension spirituelle, qu’ils rencontrent et connaissent par le Cœur. Dans quelle mesure le ChR+C peut-il d’une part garder un œil ouvert, découvrir et agir en conscience sur cette nouvelle dimension, et d’autre part se déployer à la lisière de l’inconscient dans cette dimension consubstantielle à lui-même ?
La connaissance de la Nature rappelle celle de l’alchimiste, et s’établit par l’imitation, une reproduction de la Nature qui tenterait d’échapper au tragique de la matière et de l’esprit entravé par le corps. Il revient à l’Art Royal de reproduire, quoique dans un laps de temps réduit, la même opération de transformation que la Nature a mis des siècles à parfaire. L’Œuvre renvoie au temps de la Création où Dieu débrouille le chaos, donne forme et sens en séparant les éléments. En réalisant le parcours inverse de celui de la dégradation, l’Alchimie parvient à la fois à une Rédemption de l’homme et à une réversion de la matière qu’elle porte à son degré de perfection.
L’Alchimiste réinvente le labeur souterrain, le feu intérieur de la terre, d’où le symbolisme des origines, celui de la grotte ou du labour (labeur, travail) cuit par le soleil, et tente de comprendre les opérations qui mènent de l’informel à l’ordre, incarnant la devise « Ordo ab Chao ». Les textes font l’analogie entre la cuisson des éléments et l’image de la croissance végétale. Dans la nature, sous l’effet de la chaleur, l’eau s’élève en nuages et permet à la chaleur de pénétrer dans la matière terrestre. Ainsi Paracelse, alchimiste et médecin, séparait la matière subtile et les trois principes (Soufre, Mercure et Sel) de la matière grossière, dans un but de purification et d’évolution, afin de transmettre comme un remède les vertus régénérées de la nouvelle préparation aux individus dont la santé était menacée par un déséquilibre.
Ces trois Principes, présentés au récipiendaire dans le Cabinet de réflexion de l’Initiation maçonnique, sont présents dans toute chose, quel que soit son règne - animal, végétal minéral. Le Principe Soufre peut être considéré comme « l’Âme », le Principe Mercure comme « l’Esprit » et le Principe Sel comme la Matière, le corps, l’aspect le plus physique. Ces Principes, dans leur manifestation (dans le monde), ont comme support une forme : dans le monde végétal, par exemple, le Principe Soufre se manifeste sous forme d’un corps gras qui est l’huile essentielle de la plante ; le Mercure se manifeste lors de la fermentation (la « putréfaction » en langage alchimique) et se caractérise par l’alcool ; le support du Principe Sel est représenté par les sels minéraux, solubles et insolubles, de la plante. Le Mercure est le lien qui permet de relier le Soufre au Sel. L’alchimie se propose d’effectuer une séparation la plus parfaite possible des trois Principes (par l’intermédiaire de leurs supports respectifs), d’effectuer sur chacun des supports une purification absolue. Puis la réunion des supports purifiés qui ont pu « fixer » les Principes conduit soit à l’Elixir, soit à la Pierre, lesquels constituent l’achèvement de l’œuvre sous sa forme liquide (Élixir) ou solide (Pierre). C’est l’heure du Parfait Maçon, où la Pierre cubique est séparée du liquide et sue sang et eau.
Les trois supports sont ainsi travaillés séparément par des Solve-Coagula (dissolutions-évaporations), par des distillations successives et par des carbonisations (au four - l’athanor), ces opérations ayant pour but à la fois d’éliminer les impuretés et de « fixer » progressivement les Principes Soufre et Mercure sur le Sel totalement purifié. Il est à remarquer que c’est le Sel, partie la plus " matière ", la plus physique de la Matière Première, qui va servir de support matériel à l’Âme et à l’Esprit. Les Adeptes établissent tout naturellement une similitude avec le corps de l’alchimiste. Se purifiant, ils s’ouvrent progressivement aux Principes divins, selon le principe métaphysique de la correspondance Microcosme-Macrocosme. Ils mettent en œuvre les formules de la Table d’Emeraude « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut Et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », « Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie », et relient le mouvement et les voyages des initiations maçonniques aux feux à l’œuvre en eux-mêmes.
Ainsi au Moyen-Age, dit Fulcanelli dans Le Mystère des Cathédrales, « la rose centrale des porches se nommait « Rota, la roue ». Or, la roue est l’hiéroglyphe alchimique du temps nécessaire à la coction d la matière philosophale et, par suite, de la coction elle-même. Le feu soutenu, constant et égal que l’artiste entretient nuit et jour au cours de cette opération, est appelé, pour cette raison, « feu de roue ». Cependant, outre la chaleur nécessaire à la liquéfaction de la pierre des philosophes, il faut, en plus, un second agent, dit « feu secret » ou philosophique. C’est ce dernier feu, excité par la chaleur vulgaire, qui fait tourner la roue et provoque les divers phénomènes que l’artiste observe dans son vaisseau. » « La rose représente donc, à elle seule, l’action du feu et sa durée ».
Le Feu
L’entretien du Feu peut s’inscrire symboliquement sur les deux axes d’une croix, la croix potencée du tablier ou la croix latine du bijou du Chevalier Rose+Croix :
Sur l’axe horizontal en rassemblant des idées et des valeurs qui serviront de combustible au feu intérieur,
Sur l’axe vertical en soufflant avec mesure comme le Souffleur alchimiste sur les braises, et en laissant le feu universel de l’Amour se découvrir en nous et faire son œuvre.
Ces parités de sens et de niveaux (combustibles plus ou moins subtils, Feu de chacun et Feu universel) sur les deux axes de la croix se conjuguent et sont reliés entre eux depuis que le Chevalier d’Orient et de l’Epée en nous a gagné la Liberté de Passer des uns aux autres sur chacun des axes en passant par le centre de la croix. Sur l’axe horizontal il s’agit de relier les idées au sacré en écartant celles qui font barrage à ce lien, et sur l’axe vertical de mettre en perspective le feu de notre travail intérieur et un feu supérieur d’œuvre aboutie.
Ce feu n’éclaire pas comme les étoiles en nombres variés qui éclairent symboliquement les degrés ( 8+1 au 9ème degré, 3+5+7+9 au 14ème degré). Leurs nombres s’adressent à la Raison et concourent à la cohérence globale du rituel. D’autres étoiles brillent en permanence sur le plateau des Présidents de ces degrés ( 1 étoile noire au 4ème, 1 étoile blanche au 14ème) et donnent aux tenues un sens qui dépasse le temps des travaux et tend vers l’éternité, jusqu’à l’étoile de cire jaune sur le plateau du Très Sage symbolisant la flamme éternelle.
C’est cette flamme qui permet au Très Sage d’enflammer les restes de pain et de vin à la fin de la cérémonie de la Cène et de dire « Le feu régénère toutes choses » puis « Tout est consommé ». En fait ce sont les Chevaliers Rose+Croix qui pour l’essentiel ont consommé ce pain symbole de nourriture spirituelle, et ce vin symbole de Connaissance, et l’ont consumé en eux-mêmes sur leurs propres feux. Le Feu a la propriété de régénérer entièrement notre Nature, en particulier quand nous sommes en fraternité, le cœur en paix et l’âme sereine ouverte au grand vent de l’Esprit.
Ainsi INRI devient une vérité, et le Feu un élément produisant un résultat régulier. Comme dans toute réaction chimique, nous savons que si nous sommes en fraternité, et si nous travaillons sur nous-mêmes en respectant notre Nature, le Feu agira sur elle pour la régénérer régulièrement et entièrement. Le résultat de ce travail sur nous-mêmes n’est plus indéterminé et sans cesse remis sur le métier, mais certain et renouvelé nécessairement, comme la joie des Chevaliers d’Orient et d’Occident qui accourent pour apporter au Très Sage la Parole retrouvée INRI.
La première étape de l’initiation reliée au Feu est la Calcination, l’holocauste symbolisé par la mort d’Hiram. Elle exige que l’Homme offre son moi personnel sur l’autel du sacrifice, qu’il meure comme Hiram choisit la mort plutôt que de céder à la paresse, à la brutalité et aux forces obscures démoniaques, symbolisées par les trois mauvais Compagnons et leurs outils (la règle, l’équerre et le maillet) qui deviennent des armes en les détournant de leur usage et en inversant leur symbolisme. Le travail qui ne respecte pas la raison d’être des outils, la place des « œuvriers » et la finalité du chantier est voué aux flammes et à la destruction.
La deuxième étape de l’initiation est la Transmutation. Lors de la calcination précédente, l’aspirant dépose son moi personnel sur l’autel des holocaustes ; au cours de la transmutation, le pouvoir qui animait sa nature inférieure se transforme en force animique (relative à l’âme) et se manifeste sous forme de vertus. Les degrés de Perfection du REAA aux 13ème et 14ème degrés soulignent les étapes et certains aspects de cette évolution. Dans le symbolisme alchimique la force cosmique ignée qui vit en l’Homme, la fournaise où cette œuvre s’accomplit est souvent symbolisée par un lion. On dépeint celui-ci sous différentes postures dont chacune symbolise une étape du degré de transmutation. Sur la lame XI du Tarot, la Force, une jeune fille qui représente les pouvoirs de l’âme éveillée maintient mi-ouverte mi-fermée la gueule d’un lion. Cette image symbolise l’âme qui exerce son plein contrôle sur la force ignée.
La sublimation constitue le troisième degré de l’initiation. A cette étape, tous les vestiges de la personnalité se transmuent et s’incorporent à l’esprit. Dès lors, l’initié perçoit également les choses dans la lumière de l’esprit. Jadis, quand l’Homme vivait en harmonie plus intime avec les royaumes spirituels, les rois devaient être initiés avant d’accéder au trône. Le lion devint ainsi l’un des principaux motifs décoratifs des trônes royaux. L’exemple sans doute le plus célèbre demeure le trône du roi Salomon, magnifique estrade d’or à laquelle on accédait par six marches sur lesquelles, à chaque extrémité, se tenait un lion d’or, et deux lions se tenaient à côté des accoudoirs (1R 10:18-20 ; 2Ch 9:17-19).
Le lion a de tout temps représenté le Feu cosmique, cette force ignée qui imprègne l’univers et qui constitue la vie cachée du minéral, de la plante, de l’animal et de l’Homme. Aussi longtemps que cette force ignée s’exprime de façon effrénée, l’Homme demeure semblable à une fournaise. Mais, dès que la volonté spirituelle la met sous son contrôle, l’Homme s’immunise contre le feu et peut désormais le franchir sans en subir de contrecoups. Lorsqu’il contrôle ce Feu, INRI s’est accompli et l’Homme commence à vivre une existence toute de douceur et de pureté. Il peut ainsi traverser indemne « la fosse aux lions », car la loi de l’unité et de l’amour le protège. Il devient un initié du Feu, un roi du Feu et, dans tous les royaumes, les citoyens du Feu le connaissent et obéissent à sa volonté.
La Nature renouvelée
Mais le travail se poursuit par ailleurs. Alphidius l’alchimiste, disait : « Tu dois savoir que, lorsque nous dissolvons, nous sublimons et calcinons aussi sans interruption », indiquant que l’œuvre purificatrice se poursuit même après que l’initié a atteint le degré élevé de la sublimation. Il doit en effet sans cesse veiller à ce que la personnalité ne déserte pas l’esprit pour aller renouer avec son ancienne existence séparative et limitative. Il perçoit en conscience l’unité immanente de sa Nature renouvelée sur les trois plans physique, moral et spirituel, et peut sans craindre de se perdre se projeter dans la transcendance de l’Etre. Le REAA appelle pareillement les Frères à travailler en eux-mêmes à différents niveaux, en déployant leur énergie aux premiers degrés tout en rayonnant d’Amour en qualité de ChR+C.
La Nature est renouvelée quand leur regard s’est transformé jusqu’à percevoir en conscience l’omniprésence de ses principes et de ses lois, quand ils font Alliance avec la Vertu et les hommes vertueux en qualité de GEPSM, et relient les quatre vertus cardinales (force, prudence, justice, tempérance) aux trois vertus théologales (foi, espérance, charité). « Dans l’Homme, dit Raymond Lulle, les éléments susceptibles de faire débuter l’œuvre sont les quatre Vertus Cardinales, savoir : Force, Prudence, Tempérance et Justice. Le Sage qui a su développer en son Ame ces quatre vertus est assuré, de par leur présence même, de voir se développer en lui, à leur tour, les Trois Vertus Théologales, savoir : Foi, Espérance et Charité.
« Lorsque ces Quatre Vertus Cardinales seront devenues actes de tous les instants, en toi, Fils du Soleil et de la Lune, les Eléments de l’œuvre seront prêts à entrer dans le jeu des générations supérieures. Alors, dans ton Ame, paraîtront trois hôtes nouveaux, les Vertus Théologales, qui ont nom Foi, Espérance et Charité. Force était Feu, Justice était Air, Tempérance était Eau et Prudence était Terre. En cette seconde série, Foi sera Soufre, Espérance sera Mercure et Charité sera Sel. Ainsi la pratique suivie et attentive des Vertus Cardinales génère et suscite l’action des Trois Vertus supérieures. A leur tour, lorsque nos trois principes supérieurs sont définitivement acclimatés en nous, ils s’empressent d’éveiller d’autres présences, celles des Puissances de la dyade suprême : Intelligence et Sagesse ». ( La Chrysopée du Seigneur )
La Nature est renouvelée entièrement par le Feu quand ils reviennent sur terre enveloppés du parfum de tous les parfums, celui de la rose-amour, pour transmettre et donner du bien-être, le Bien Etre à leurs Frères, développer une immense compassion au delà des formes et des apparences. Une fois l’individualité dissoute dans le grand tout, ils comprennent que la source de la vie est unique, que la distance n’existe pas, que les sentiments et les pensées de tous sont aussi les leurs, que la vie est fluidité, osmose, qu’Etre c’est agir, cultiver en soi et chez les autres volontairement et consciemment des sentiments et des pensées positives, et tout particulièrement celui de la joie de vivre.
INRI La Parole est retrouvée et gardée, partagée et transmise par les ChR+C, humbles passeurs de lumière et d’Amour, et résonne en chacun régulièrement, renouvelant indéfiniment leur présence au monde, ici et maintenant, et leur pensée devient immortelle, tel le Phénix qui brûle et renaît de ses cendres.
Etre ici et maintenant
C’est le vouloir, et le sachant
Se voir voyant sans être sage,
Sans en rechercher la cause
Etre avec l’Autre en symbiose,
En harmonie, en partage,
Cœur et conscience à l’ouvrage
Pour élever l’homme à la rose. (*)

Source : http://www.patrick-carre-poesie.net/

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18ème degré REAA INRI Jésus le Nazaréen, roi des Juifs

28 Septembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Planches

L’accomplissement du devoir poussé jusqu’au sacrifice conduit du Maître Secret au GEPSM. Le Parfait est alors prêt au passage pour changer d’espace et de temps quand sa Raison seule « n’a plus droit au chapitre ». En Souverain Chapitre, il n’est plus dans la progressivité, l’évolution mesurée et même pondérée d’une transformation intérieure. Le Chevalier résorbe en lui tous les symboles qui illustrent son univers où tout devient symbole et porteur de sens et l’accompagne vers un au-delà de lui-même, dans un autre espace-temps de perception comme dans la gravure de Dürer « Le Chevalier, la Mort et le Diable ».   
La visière du heaume relevée, le Chevalier chemine sur son destrier le regard plongé en lui-même, détendu et garde baissée dans un univers sec et calciné où les branches des arbres ne portent nul signe de vie. Il tourne le dos à une chimère en forme de bouc, symbole de possession et d’abandon à la superstition et à l’irrationnel. Le Diable proche de lui, presque à le toucher, le regarde et semble lui parler en silence du temps qui passe et le rapproche de la mort, et lui dire au fond « A quoi bon ? Tu as beau renoncer aux chimères de ton esprit et à l’exubérance de la nature, tu n’échapperas pas à la mort et à la décomposition qui me ressemble ».    
A cet instant le Chevalier, qui n’est plus le même mais pas encore un autre, chemine entre deux mondes, l’ancien où tout se désunit et le maintient dans la matière, et le nouveau qu’il pressent et auquel il aspire, symbolisé par la place forte qui domine le paysage et les vallées, siège d’une vie collective et spirituelle où semble régner l’ordre et l’esprit. Cet « entre-temps » rappelle l’heure du Parfait Maçon, qui porte le même nom lors de la reprise et de la suspension des travaux au 18ème degré du REAA. L’heure de la reprise est celle où « le voile du Temple s’est déchiré, où les ténèbres et la consternation se répandirent sur la terre, où les outils de la Maçonnerie furent brisés, …et où la Parole fut perdue ». L’heure de la suspension est ce moment où « la Parole est retrouvée, …où les outils ont repris leurs formes antérieures, où les ténèbres se sont dissipées, où la lumière est revenue dans tout son éclat … ».
Ce double tableau à la même heure, au même moment symbolise autant la partition de la conscience entre lumière et ténèbres que leur manifestation alternée autour d’un axe stable en conscience, hors de l’espace et du temps. Les ténèbres sont celles d’une conscience obscurcie impliquée dans l’univers mouvant des formes illusoires, celles du monde manifesté, conditionné, de l’écoulement perpétuel des choses, qui s’agrègent en composés, naissent et disparaissent indéfiniment, caractérisées dans le bouddhisme par l’impermanence, la vacuité (absence d’être propre) et des souffrances multiples. Le but du Chevalier est de mettre fin à cette dégradation de la conscience et en triomphant des ténèbres, de parvenir à réintégrer dans la lumière un degré supérieur de conscience.
La symbolique du Souverain Chapitre se substitue à celle des degrés de Perfection. Au chemin chaotique de la perfectibilité dans les degrés de Perfection symbolisé par des mouvements d’ascensions et de chutes, le Souverain Chapitre substitue le déploiement par le Cœur, au centre immobile de la Croix, de l’Amour du Christ, l’onde suprême embrassant le monde. Sa manifestation dans le cœur des Chevaliers R+C s’effectue dans un espace-temps sacré où la dimension « Ordre ou Chaos » se substitue à l’alternative « Bien ou Mal », où la saisie de la Vérité est immédiate et se substitue à l’illumination progressive de la conscience. Ces passages à d’autres niveaux d’exigence et de conscience sont illustrés par les 15ème, 16ème et 17ème degré du REAA.
Au 15ème degré, les Chevaliers d’Orient et de l’Epée font le choix de la liberté en passant le pont du fleuve Starbuzanaï, quittant les fausses idoles d’un pouvoir étranger, ou d’un monde intérieur immanent, pour accéder à Jérusalem et à la transcendance, mettant fin dans leur cœur au sentiment d’exil permanent symbolisé par leur durée de captivité. Au 16ème degré, les Princes de Jérusalem font appel à l’autorité du roi Darius pour mettre fin au chaos généré par les Samaritains vouant un culte aux valeurs éthiques et morales converties en dieux païens, et pour rétablir l’ordre nécessaire à l’élévation de la conscience dans l’adoration du vrai Dieu. Au 17ème degré, les Chevaliers d’Orient et d’Occident s’unissent pour garder le passage de la conscience à une autre temporalité, un temps sacré où les chevaliers du passé renaissent dans les chevaliers de l’avenir, dans un présent sans cesse renouvelé et dans l’état de vigilance nécessaire aux gardiens du Temple.
L’axe autour duquel s’effectuent ces révolutions en conscience, où les ténèbres et la lumière se succèdent, est l’axe du monde, le très riche symbole de l’axe solsticiel. Pour la légende, Janus, dieu latin de l’initiation aux mystères, détenait les clefs des portes solsticielles, portes des enfers et des cieux : « la porte des dieux » qui correspond à la Saint-Jean d’hiver et à la renaissance du soleil, dans le signe du Capricorne, et « la porte des hommes » qui correspond à la Saint-Jean d’été et à la mort cyclique du soleil, dans le signe du cancer. Dans cette dimension cosmologique, l’axe du monde relie le signe du cancer au signe du capricorne, et fait tourner autour de lui les enfers et les cieux qui les symbolisent.
L’axe du monde croise la terre en un point appelé Centre du Monde, immobile comme le centre d’une roue en mouvement, comme le Graal au centre de la Table Ronde, le vase contenant le sang du Christ, symbole de son Cœur et de son Amour. Il rassemble autour de lui des Chevaliers qui connaissent dans la quête du Graal des fortunes diverses et des échecs, tels Perceval, coupable de la mort de sa mère, ou Lancelot, coupable d’un amour interdit envers Guenièvre. Seul Galaad, nouvel archétype du Christ, sans la moindre attache sur terre, parvient au but ultime. D’où la nécessité pour les chevaliers des légendes d’avoir un cœur pur pour aboutir dans leurs quêtes spirituelles, toute pollution par les sentiments corporels ou matériels du cœur fermant le canal conduisant à l’esprit du Centre du cœur et d’un Centre du Monde commun à tous.
Le Galaad du 14ème degré du REAA se bat pareillement jusqu’à la mort devant l’entrée d’un canal semblable conduisant à la Voûte Sacrée, pour en interdire l’accès aux soldats de Nabuchodonosor. Il se bat d’abord comme tous les GEPSM qui défendent la ville avec courage, mais ne peuvent résister à la force des conquérants. Seul Galaad reste en adoration et en contemplation du Nom Ineffable, s’interdisant jusqu’à la mort de baisser la garde devant l’ennemi pour rester dans cet état, autrement dit se l’interdisant absolument, pour rester en conscience dans l’absolu, au contact de l’Absolu. Toute profanation du cœur est proscrite pour rester en état de contempler le Nom Ineffable, et conserver l’état de Grâce en lequel le Cœur est relié à l’Esprit.
C’est en ce lieu, au Centre du Cœur, que la Parole est retrouvée. « I.N.R.I. C’est la Parole ! » se réjouit le Très Sage. La Parole qui vient du Centre du Cœur ne dit pas la vérité, ni une vérité, mais s’exprime « en vérité ». La Parole du Christ « En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu’un garde ma Parole, il ne verra jamais la mort. » (Jean 8 :51) illustre le combat de Galaad et sa victoire dans le Cœur des Chevaliers. Ainsi « la recherche de la Parole Perdue se confond avec celle de la Vérité. Elle demeure la tâche fondamentale jamais achevée des Chevaliers Rose-Croix. » (rituel du 18ème degré). L’Evangile apocryphe de Thomas rapportant la Parole de Jésus illustre cette quête chevaleresque : « Heureux sont-ils, ceux que l’on a persécutés dans leur cœur, ce sont ceux-là qui ont connu le Père en vérité. » (loggion 69) « Quand il sera réduit à l’unité, il sera rempli de lumière ; mais tant qu’il sera divisé, il sera rempli de ténèbres. » (loggion 61)
« S’ils vous demandent : « Quel est le signe de votre Père en vous ? », répondez-leur : « C’est un mouvement et un repos. » (Thomas, loggion 50) Au centre de la croix, l’axe du Monde passe par le Cœur des Chevaliers R+C, lui imprimant selon les Traditions, à la fois un mouvement et un repos. Ainsi le « Dhyana », pratique hindouiste de méditation à l’origine du Zen au Japon, dont le nom signifie " agir ", " être " (Nna) " centré " " au milieu de " (Dhyan), s’applique au centre de la roue du « Dharma », la loi universelle du fonctionnement du monde et de l’esprit, traduit aussi par morale, devoir, vertu, droiture, « ce qui doit être » ou « l’action juste », que le bouddhisme s’attache à transmettre et expliquer.
Il s’agit de recouvrer un équilibre émotionnel, de s’épanouir et se réaliser en allant au bout de soi-même. Cette réalisation que l’on nomme bonheur, appelée « eudaimonia » dans l’ancienne philosophie grecque et « sukkha » dans le bouddhisme, dont témoignent les Chevaliers Rose+Croix par ces mots « J’ai ce bonheur », est un état d’épanouissement, un bonheur indépendant des circonstances extérieures et des émotions négatives, qui ne peut s’atteindre que lorsque l’on parvient à se relier à la source de son être intérieur, centre immobile et racine du souverain Bien, demeurant « en Bouddha ou « en Christ » selon les traditions. La transformation des émotions peut se faire en cultivant quatre qualités : l’amour, l’équanimité (égalité d’humeur ou sérénité), la compassion et la joie. Celles-ci s’équilibrent chaque fois que l’une d’entre elles se pervertit par son excès. Ainsi, par exemple, l’amour peut devenir attachement, d’où le besoin de l’équanimité. Celle-ci peut devenir à son tour indifférence, d’où le besoin de la compassion envers ceux qui souffrent. À son tour, celle-ci peut conduire à la dépression. Il faut donc apprendre à se réjouir du bonheur d’autrui.
Les liens qui s’établissent entre ces quatre qualités et relèvent d’un réel travail moral et mental, rappellent ceux qui relient dans « La Chrysopée du Seigneur » de Raymond Lulle (1235-1315) les quatre vertus cardinales, la Force, la Prudence, la Tempérance et la Justice (voir 2ème partie de ce travail). Ainsi la première Vertu qu’il importe de développer en nous est celle de la Force, car nous devons être fort contre nous-même et contre nos vices. Mais en contrepartie, nous devons en tant qu’esprit libre nous défier avec prudence de la force et de tout ce qui justifie la prééminence de la chair sur l’Esprit. Quand la Prudence l’emporte sur la Force, la Tempérance apparaît, attentive aux « variations suscitées par l’infini amour des êtres pour les êtres, et de Dieu pour eux tous », la Justice étant son « pendant » dans l’axe vertical des Justes.
Le positionnement dans l’espace des quatre qualités, l’amour à droite, l’équanimité à gauche, la compassion en haut, la joie pour autrui en bas, semble ordonnancer le tracé d’un « Quatre de chiffre », symbole courant au XVème siècle dans les « marques » des imprimeurs, des tailleurs de pierres et d’autres « Métiers ». Les vertus peuvent prendre la place de ces « marques d’amour » dans un tracé similaire, la force à droite, la prudence à gauche, la tempérance en haut et la justice en bas. On peut se demander, si le but ultime du « quatre de chiffre », par sa ligne brisée et son trait ininterrompu, n’est pas en entrecroisant les lignes de fixer et d’activer le point central d’une croix, ce tracé physique symbolisant un travail mental équivalent pour les « marques d’amour » et les vertus, l’Art du Trait atteignant ici sa dimension méta-physique.
C’est en ce point central que réside l’essentiel pour le Chevalier Rose+Croix, lieu d’éclosion de la Rose d’Amour et d’émanation de son parfum, lieu de mouvement et de repos de la roue cosmique. « Celui qui est près de moi est près de la flamme, et celui qui est loin de moi est loin du Royaume. » (Thomas, loggion 181). Là, dit Fulcanelli, brûle « le feu de roue » que l’Alchimiste entretient nuit et jour, ainsi qu’un autre feu, le feu secret qui fait tourner la roue, « l’étincelle vitale communiquée par le Créateur à la matière inerte, l’esprit enclos dans les choses, le rayon igné » « mis en lumière » par l’autre sens de l’acronyme INRI « Igne Natura Renovatur Integra » : La Nature est renouvelée entièrement par le Feu.

Source : http://www.patrick-carre-poesie.net

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Gnose et Franc-Maçonnerie

27 Septembre 2012 , Rédigé par PVI N°64 Publié dans #Planches

On devient hérétique, disait Tertullien, dès lors qu'on se pose la question : «D'où vient l'humanité et comment ? D'où vient le mal et pourquoi ?». Le cynisme de cette affirmation qui est en même temps un assez extraordinaire aveu d'impuissance ne semble pas avoir ému outre-mesure les philosophes qui, au cours des siècles, se sont réclamés de l'orthodoxie chrétienne.

Un tel pamphlet a du moins le mérite de (l'excessive) fran­chise. Nous n'avons pas le droit de nous demander ce que nous sommes, d'où nous venons, où nous allons... Ce n'est pas notre affaire. ce n'est pas notre rôle. Et l'on voit parfaitement déjà l'opposition fondamentale, l'opposition irréductible qui, dès l'origine du christianisme, séparait ceux qui voulaient construire une Église ordonnée, dogmatique, fondée uniquement sur la foi et ouverte à tous, et ceux qui prétendaient que le salut venait de la Connaissance, qu'il y avait à côté de l'enseignement officiel un enseignement secret et que c'était à l'homme lui-même de décou­vrir son propre chemin vers Dieu.

D'emblée le problème était posé. C'était l'un ou l'autre cou­rant. C'était Tertullien, Irénée, Clément de Rome, Ignace d'An­tioche, Clément d'Alexandrie et plus tard Augustin pour les Pères de l'Église orthodoxe. C'était Simon le magicien, Basilide, Marcion, Valentin, Marcos et aussi les disciples d'Hermès Tris­mégiste pour les «Pèr s» de l'Église gnostique.

D'un côté le salut en communauté, par l'Église, dans le res­pect rigoureux des dogmes. De l'autre le salut individuel par l'initiation, grâce à la connaissance.  

En vérité les choses ne furent jamais si simples. Le combat se situa longtemps au niveau des idées. Basilide, Valentin ne fu­rent jamais expressément condamnés. Clément d'Alexandrie dé­fendit maintes idées gnostiques. Et si l'Église officielle triompha

ce fut bien sûr parce qu'elle était savamment organisée, hierar­chisée mais aussi parce que ses adversaires étaient divisés - il y eut d'innombrables courants gnostiques - et parce qu'ils prati­quaient un enseignement secret réservé aux initiés.

Une Église ne peut longtemps vivre sous sa forme d'église lorsqu'elle prône la recherche individuelle et se fonde sur l'ésoté­risme. Elle devient alors souterraine, diffuse son enseignement en des milieux fermés, se perd en ramifications dans des sectes et des chapelles. Ce que fit très exactement la Gnose, y compris jus­qu'au sein de l'Église orthodoxe elle-même ou un courant ésoteri­que, parfois à la limite de l'hérésie, ne cessa d'exister.  

Mais qu'est-ce donc que la Gnose ? D'où vient-elle ? Qui la créa ?... Personne en vérité n'est à l'origine de la Gnose. Le gnos­ticisme au sens large a toujours existé. Comme le souligne H.C. Puech : «Avoir la gnose, c'est connaître ce que nous sommes, d'où nous venons, d'où nous venons et ou nous allons, ce par quoi nous sommes sauvés, quelle est notre naissance et quelle est notre renaissance». Gnosis s'oppose à «mathesis», la science pure, le savoir. La Gnose c'est donc la connaissance pure, c'est l'enseignement secret. Car la Gnose est ésotérique : elle est réser­vée à une élite. Elle est initiatique : elle explique le problème de l'origine du Mal, elle a pour but le Salut par la Connaissance. La Gnose est d'abord une méthode de discipline spirituelle. Elle est finalement le chemin de la Lumière et de la Connaissance. C'est pourquoi les gnostiques chrétiens - puisque c'est après le Christ que l'on parla officiellement de la Gnose - se référaient à Hermès Trismégiste dont l'enseignement nous a été révélé par des écrits qui furent probablement rédigés entre le IIè et le IIIà siècle par une secte gnostique.  

On trouve également dans les doctrines gnostiques, à côté du judéo-christianisme de nombreuses traces des traditions anti­ques, qu'elles soient égyptienne, zoroastrienne, orphique ou py­thagoricienne. La Gnose est ainsi une démonstration de l'unicité de la tradition initiatique universelle à travers le christianisme : les triades n'ont-elles pas précédé la Trinité, le baptême d'eau ou de feu, la communion, le rachat des âmes, le culte de la Vierge Mère, le quaternaire de la Croix ne sont-ils pas, bien avant le Christ, symboles courants des anciennes initiations ?...

L'enseignement gnostique demeura longtemps connu uni­quement à travers le prisme - souvent déformant - des Pères de l'Église officielle, notamment Tertullien et Irénée. Mais en 1945, il y eut la découverte à Nag Hammadi par un berger égyptien - c'est toujours un berger, très symboliquement, qui est à l'origine de ce genre de trésors - de 52 manuscrits coptes datant d'environ 1500 ans mais traductions de manuscrits plus anciens et qu'Élai­ne Pagels, professeur d'histoire des religions à Colombia, dénom­me les «Évangiles secrets».

Tous ces textes d'inspiration gnostique dont le fameux Évangile de Thomas, l'Évangile de Philippe, l'Évangile de Marie (de Magdala). L'Évangile de vérité, le Livre secret de Jacques, l'Apocalypse de Paul, l'Apocryphe de Jean etc... apportaient des lumières nouvelles sur la Gnose et remettaient en cause beau­coup d'idées reçues.

Ces manuscrits et les écrits dont nous disposions aupara­vant, donnent une idée assez précise de la pensée gnostique. Mais avant d'en venir à celle-ci, peut-être convient-il d'évoquer le «système» de la Gnose.  

A l'origine du tout il y a le Propâtor, le dieu sans nom, le dieu qui n'est pas et qui correspond, si l'on veut, à Brahma l'in­créé, l'indéterminé, à l'Aïn Soph de la Kabbale. En tant que substance primordiale il donne naissance au Plérôme, le monde des pures intelligences. De ce dieu inconnaissable, nous ne pou­vons appréhender que des émanations, les éons, des intelligences ou des eres (Le Christ fut ainsi l'éon de l'ère chrétienne. Des éons vivent dans l'unité du Père, ce qui signifie que la Gnose n'est pas polythéiste. Chaque éon a un parède féminin avec qui il forme un couple, ou syzygie, qui engendre d'autres syzygies. Le Propâtor avec son Fils consubstantiel et Pneuma, l'Esprit Saint, constituent la Trinité sainte.

Selon Valentin la puissance infinie du Propâtor s'exprime par la «Dynamis» de Simon ou l'hestos, «celui qui se tient de­bout», l'androgyne primordial. Le Père suprême qui vit au coeur d'une tétrade composée de Bythos (l'Abîme), Sigè (le Silence), Pneuma (l'Intelligence) et Aletheia (la Vérité) qu'il a engendrée avec Sigè - a donné naissance à une autre tétrade : Anthropos, Ecclesia, Logos et Zoë, la Mère des vivants. Anthropos et Eccle­sia se sont unis à leur tour et ont donné naissance à des essences bisexuées.  

La première tétrade correspond en fait à la Tetraktys pytha­goricienne (1+2+3+4 = 10) et les deux tétrades réunies forment l'ogdoade originelle. Quant aux éons qui constituent, selon Va­lentin, le Plérôme, ils sont en quelque manière une autre repré­sentation du monde des Idées de Platon.

Si le Dieu suprême est innommable, incompréhensible, in­connaissable, en revanche il est permis de tenter de concevoir le Grand Archonte, le premier démiurge - car il y aurait également un deuxième Archonte, créateur du monde sensible et des 7 cieux planétaires. Le Grand Archonte (Ialdabaoth) est le créateur du monde céleste et des anges. C'est à son niveau que le Mal ap­parait. Par ailleurs il a cru qu'il n'y avait pas de Dieu au-dessus de lui, il s'est cru le Grand Architecte de l'Univers. Mais c'est un principe féminin, la fameuse Sophia, autre éon, qui est à l'origine du démiurge et c'est elle qui a provoqué la chute. Jalouse de Pneuma, l'Esprit qui a donné naissance au Christ et à la «Ste Es­prit», elle a engendré une fille prise au piège de la Terre, Sophia ­Achanoth. Achanoth qui est sauvée par le Christ - engendré lui- même par tout le Plerôme - et de qui est née la Lumière grâce à son sourire est celle qui a donné naissance au Démiurge, un ange qui ressemble à Dieu.

Le Démiurge est donc notre créateur, le créateur des âmes charnelles qui toutefois (mais à son issu) a insufflé en nous le Pneuma, l'Esprit Saint.

La place de Iahveh dans cette construction de l'échelle des Dieux apparait secondaire. En effet le premier Archorte, nous rapporte Irénée, a produit six autres Archortes donc la destinée est de régner sur les 7 planètes : Sabaoth, Adonaïas, Eloaïos, Ho­raïos, Astaphaïos et... Iao, qui n'est autre que Iahveh.  

La vision de la création d'Adam et Ève est encore plus complexe. Pour la résumer disons qu'Adam a été créé par l'en­semble des Archontes et qu'il tenta malgré eux de s'élever jus­qu'à l'Être Suprême - d'où la chute - et qu'Eve fut, elle, créée par Ialdabaoth seul et donnée à Adam, ce qui n'empêcha pas toute­fois Ève de s'unir aux autres Archontes pour engendrer les anges. Adam et Ève, nous disent les Pères gnostiques, possédaient la «Rosée de lumière» et celle-ci a été transmise à quelque élus de siècle en siècle mais il faut que cette Rosée réintègre le Plérôme pour que le règne du mauvais démiurge, de Ialdabaoth, le dieu ignorant et jaloux, prenne fin. Toutefois, selon les Basilidiens, le grand Archonte finit par apprendre (de Sophia) sa vraie nature et se repent...

Et la place de Jésus dans ce système, direz-vous ?... Le Sau­veur, le Christ est en fait au-dessus du Démiurge. C'est lui qui apporte la Gnose salvatrice par laquelle les élus - les hommes de l'esprit, les «pneumatiques», seront sauvés. Sa venue précède la fin du monde sensible de la matière par le feu. Les Ténèbres, la Lumière seront alors radicalement séparés. En apportant la Loi nouvelle Jésus nous a donné les «mots de passe» qui nous per­mettront de tromper la vigilance des gardiens du Seuil. Bien en­tendu, Basilide se refuse de croire que le Christ est mort en croix ; de même les Valentiniens estiment que le corps de Jésus était purement psychique.  

Il y a, selon la Gnose, trois catégories d'hommes, corres­pondant d'ailleurs à la division triangulaire en corps, âme et esprit.

1/ Les hyliques : esclaves de la matière, ils périront avec elle.

2/ Les phychiques : ils connaîtront la rédemption après bien des épreuves, c'est-à-dire en fait des réincarnations car tous les gnostiques croyaient, bien sûr à la réincarnation.

3/ Les palumatiques ou spirituels : ceux-là sont sauvés d'office.

La Gnose est donc le plus sûr moyen d'échapper à l'esclava­ge de la matière. Les adeptes de la Gnose sont les Parfaits ou les allogènes, les «étrangers» qui vivent inconnus dans ce monde, comme le souligne Louis-Claude de Saint-Martin. Ce mot d'étranger a inspiré peut-être d'ailleurs Albert Camus lorsqu'il écrivit le roman qui porte ce titre et dont le héros a véritable­ment un comportement gnostique. Etranger parce que l'existence apparait étrange au gnostique et parce que celui-ci ne se sent pas de ce monde, que sa patrie est ailleurs (Cf le mot de Jésus : «Mon royaume n'est pas de ce monde»...)

Dans la genèse de l'humanité Caïn est ainsi l'ancêtre des hyliques, Abel est un psychique et Seth est à l'origine des pénu­matiques. Or Nimrod est le descendant du grand Seth et l'ancê­tre de Balkis, la reine de Saba. Et le mariage d'Hiram, arrière- petit-fils de Caïn avec Balkis, descendante de Seth figure donc l'union de la généalogie du Demiurge avec celle de la Rosée de Lumière. C'est pourquoi la Rosée de Lumière continue d'exister dans la race des hommes où elle préfigure la réconciliation finale de la Lumière et des Ténèbres.  

Dans la doctrine gnostique - et cela me parait particulière­ment important pour sa compréhension, bien au-dessus de toutes les constructions démiurgiques et éoniques, l'Homme est au cen­tre de tout. L'homme d'ici-bas, l'homme que nous sommes doit imiter l'Homme androgyne primordial, la «Rosée de Lumière», ce Verbe ancrogyne, ce grand Homme cosmique né de la rencon­tre de l'Esprit-mâle et de la Matière-chaos femelle.

L'homme d'ici-bas, nous enseigne la Gnose, avec l'aide du Sauveur et de Gnosis est plus fort que le principe matériel dont il est issu.

Nous pouvons, par Gnosis, gravir à nouveau tous les éche­lons de l'échelle du Ciel et inverser le processus de la Chute.

Il nous faut pour cela devenir Homme spirituel. Mais nous n'atteindrons l'état de cet homme idéal, archétypique, qu'en gra­vissant les échelons des mondes, des puissances, des Domina­tions dont le dernier est celui de l'Hestos, «celui qui se tient de­bout, s'est tenu debout, se tiendra debout».

Le grand principe de la Gnose est qu'il existe un enseigne­ment secret délivré par Jésus - comme pour les Kabbalistes il y a un enseignement secret livré à Moïse d'où est née la Kabbale. Or c'est là le fond du problème, le cœur de la grande querelle. L'Église orthodoxe, après l'avoir admis a très tôt nié l'existence d'un tel enseignement.

Et pourtant, comme le souligne Mircea Eliade, qui donne raison aux gnostiques, cet enseignement ne peut être contesté : «Devant les prétentions extravagantes de certains auteurs gnosti­ques, écrit Mircea Eliade, les Pères de l'Église suivis par la majo­rité de historiens ont nié l'existence d'un enseignement ésotéri­que pratiqué par Jésus et continué par ses disciples. Mais cette opinion est contredite par les faits».

L'ésotérisme, souligne-t-il, est reconnu officiellement par Marc, Origène Clément d'Alexandrie qui déclare : « A Jacques le Juste, à Jean et à Pierre le Seigneur après sa résurrection donna la Gnose ; ceux-ci la donnèrent aux autres apôtres, les autres apô­tres la donnèrent aux 70 dont «l'un était Barnabé»...  

Cet enseignement secret, d'après les recherches entreprises par Eliade, portait notamment sur le baptème, la Croix, l'eucha­ristie, l'Apocalypse, la vie après la mort et par beaucoup de points présentait des analogies avec les conceptions eschatologi­ques égyptienne et zoroastrienne. Il y avait d'ailleurs dans l'Égli­se primitive gnostique trois degrés comme dans les traditions ini­tiatiques : les «commençants», les progressants et les Parfaits...

Tout comme les rishis, les samnyasins et les yogis, le gnosti­que se sent délivré des lois qui régissent la société ; il se situe au- delà du bien et du mal (en termes déexégèse morale). «C'est évi­demment ce sentiment de supériorité, ou plutôt d'indifférence, qui a été très vivement reproché aux gnostiques et notamment a certaines sectes gnostiques tels les Barbelognostiques (du nom de Barbelô, la première puissance féminine engendrée par Dieu et qui es la mère de Ialdabaoth) qui offraient à la Divinité leur sperme et le sang menstruel, ou les Carpocratiens qui voulaient ignorer radicalement la distinction Bien-Mal. Il y a évidemment deux manières de dompter la Matière : la première est la prati­que ascétique - elle fut le fait de très nombreux gnostique qui al­laient, nous le verrons, jusqu'à refuser toute union sexuelle pour éviter de procréer (Cf. les Cathares) - la seconde est au contraire l'indifférence envers le corps et ses faiblesses. L'argumentation de ces derniers, très minoritaires, selon lesquels l'esprit ne peut périr et n'a rien à redouter des souillures de la chair (si souillures il y a !...) fut à l'origine de toutes les calomnies répandues par les Pères de l'Église orthodoxe sur les pratiques sexuelles des gnostiques.

La découverte d'un principe transcendantal à l'intérieur de Soi, rappelant le double iranien, l'image céleste de l'âme qui ac­cueille le défunt trois jours après sa mort, est également au centre du gnosticisme. Reprenant le symbolisme archaïque universel sur le sommeil et la mort, les gnostiques proclamaient qu'il faut «s'éveiller», être présent au monde de l'esprit. Ce n'est pas autre chose que ce que disait Jésus à ses disciples. Ce n'est pas autre chose que signifie le voyage initiatique de Gilgamesh ou le mythe d'Orphée.

Ainsi la Lumière emprisonnée dans ce monde tente-t-elle de réveiller les créatures des Ténèbres. La délivrance ne peut être obtenue que par la Gnose et la connaissance de soi : «Adam s'examina lui-même et il sut qui il était»...

Dans l'extrême aboutissement du gnosticisme qu'est la doc­trine de Mani, le mythe de la destinée humaine est en fait en op­position radicale avec la Création et la Genèse de l'Ancien Testa­ment : c'est le mythe de l'éternel retour et non de la création.

Conférence prononcée le samedi 17 février 1987 par Jean-Jacques Gabut à Condor­cet Brosselette

Source : www.ledifice.net

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Alchimie et Gnose au 18ème degré du REAA

26 Septembre 2012 , Rédigé par CH\ BERGERAC Publié dans #Planches

"Pour connaître la rose, quelqu'un emploie la géométrie et un autre emploie le papillon".

Chacun le sait, nous ne sommes pas "que" géomètres. A la façon du papillon, présence discrète mais remarquée, la rose entre dans notre vie maçonnique dès le premier jour: une rose est remise au nouvel initié, à l'intention de la personne qu'il respecte et aime le plus.

L'unique objet symbolique que le F\M\emportera jamais hors du Temple a un rapport bien connu à l'amour. Mais c'est aussi la fleur préférée des alchimistes qui travaillent de la Rosa alba à la Rosa rubea, de la Rose blanche à la Rose rouge, et appellent souvent leurs traités Rosiers des Philosophes.

La rose est en exergue de cette table burinée. Le développement sera sous le signe de I'Ourobouros. Brodé sur le sautoir du Premier G rand gardien, le serpent, symbole païen de tous les temps, de tous les lieux et de toutes les civilisations, cet archétype parmi les plus importants de l'âme humaine, selon BACHELARD s'affiche en rond, fièrement, au milieu des multiples croix qui ornent sautoirs et tabliers des Chevaliers et face à la croix de l'Est.

Dans la secte gnostique des Ophites, un rite révélateur version christianisée de 1'antique culte du serpent, était pratiqué. "On apportait un coffret contenant un serpent apprivoisé : on l'ouvrait, l'animal "sacré" en sortait et venait, s'enrouler autour des éléments de l'Eucharistie"[ 

Coffret, symbole du dieu chrétien, simulacre, cela évoque déjà bien des choses. Et d'autres encore si l'on se souvient que, d'origine égyptienne l'Ourobouros est un signe de vie associant le principe fécondant d'Osiris et le principe de mort et renaissance généré par Seth, destructeur mais purificateur de la matière. Partant, le symbolisme du serpent peut être rattaché à celui, plus général, du Feu divin, illuminateur et rénovateur.

Faut-il voir dans la présence de l'Ourobouros sur le sautoir du Premier Grand Gardien une Réminiscence alchimique et un signe précurseur du "Igne Natura Renovatur Integra ?"

Pour les alchimistes le serpent, dans la configuration Ourobouros, représente l'unité de la matière, l'harmonie universelle notions de première importance au plan philosophique.

Enfin, pour les observateurs extérieurs, n'ayant ni début ni fin, l'Ourobouros est à l'image du Grand Oeuvre: seuls les initiés, les adeptes, ont une idée de l'ordonnancement du Grand Art, de l'Ars Magna. En ce qui nous concerne, nous avons trouvé là un prétexte pour ne suivre aucun plan déterminé dans1'exposé de nos observations ou réflexions. Avec un fil conducteur tout de même: le rituel; et une arrière pensée: à un moment de la saga des rituels du 18ème grade, par le biais de l'histoire juive et chrétienne un message alchimique est passé.

De même que la rose est offerte le tout premier jour à l'impétrant, c'est lors de son élévation au deuxième degré que la Gnose est présentée à l'Apprenti comme étant "la connaissance morale la plus étendue, la plus généreuse aussi, l'impulsion qui porte l'homme à apprendre toujours d'avantage et qui est le principal facteur de progrès"

Sous la forme de la lettre G elle figure au centre de l'Étoile flamboyante ce symbole essentiel du grade de Compagnon signifiant que "l'initié du deuxième degré est destiné à devenir lui-même une sorte de foyer ardent, source de chaleur et de lumière [...]", nous dit le mémento tandis que J.BOUCHER rappelle qu'en alchimie, le G est l'initiale de la matière première…destinée à devenir, donc.

Cette référence implicite à l'alchimie est plus clairement exprimée dans la suite de l'instruction du 2ème grade: "Pour les Alchimistes et dans l'ancienne Franc-maçonnerie, l'Étoile flamboyante était le pentagramme de I'Absolu".

Le mémento invite ensuite à une réflexion entre gnose et gnoséologie: "Pour nous [l'Étoile flamboyante] c'est la réunion de toutes les vérités conciliées par la lumière, en même temps que la clarté personnelle de la voie intérieure. Chacun crée son Étoile flamboyante par ses pensées, ses sentiments, sa conscience et ses actes". 

Dans l'ancienne Franc-maçonnerie le grade de Maître n'existait pas; en quelque sorte, on en restait à l'Étoile flamboyante. Restons-y, en nous plaçant sans transition à la reprise des travaux du 18ème grade.

Ce raccourci, peut-être moins audacieux qu'il n'y paraît, -voir le "Maître Libre" décrit par Guérillot - nous conduit au coeur de notre propos. Après l'épisode de la Maçonnerie salomonienne, basée sur la légende d'Hiram et ses prolongements, la Maçonnerie chevaleresque par l'intermédiaire du 17ème , puis du flamboyant 18ème grade, nous convie à la recherche de la Connaissance et à l'emploi des outils que sont les symboles quelles que soient leurs origines.

Les travaux reprennent force et vigueur, au 18ème degré, "à l'heure où le soleil s'obscurcit, où les ténèbres se répandent sur la terre". Il est possible que les concepteurs des rituels aient voulu établir un parallèle avec le travail alchimique de nuit, caché, en fixant allégoriquement la reprise des travaux au crépuscule.

Le Très Sage invite en effet les Ch\.R\+C\à se mettre au travail pour "dissiper les ténèbres et retrouver la Parole perdue"... "L'Étoile flamboyante ayant disparu et les outils de la Maçonnerie ayant été dispersés". Un bouleversement s'est produit. La plaquette sur le symbolisme du 18ème degré nous dit sobrement: "avec le 17ème grade, la parole va être perdue en même temps que le temple sera détruit".

Le rituel est plus précis: il s'agit du second Temple, "élevé sur le fondement de l'Ancienne Loi qu'animait une volonté de puissance. Lui aussi s'effondrera, sa chute et la dispersion d'Israël précéderont l'avènement du troisième Temple, mystique celui-là".

Nous sommes là dans l'anti-biblisme et le dualisme gnostiques chrétiens.

L'un de ses représentants les plus radicaux, Marcion, voyait, dans l'Ancien Testament, non pas une "suite de mythes ni un recueil de mensonges, [mais] une histoire vraie [et] affreuse, celle de la domination tyrannique du Créateur sur le monde et les hommes".[ D'une manière générale, pour beaucoup de gnostique, "responsable de la création matérielle et de la Loi mosaïque, ce Dieu créateur s'oppose d'une manière absolue au Dieu suprême demeuré inconnu du monde jusqu'à la révélation christique; c'est le Dieu des sacrifices sanglants, des batailles, des massacres".[(Alors que dans la Nouvelle Loi "la Justice et l'Autorité seront tempérées et vivifiées par l'Amour").

Ici, c'est l'évocation, par les gnostiques, du temps de la révélation christique intervenant en opposition à l'Ancienne Loi qui nous incite irrésistiblement à oser un parallèle avec le contenu du coffret de la Parole perdue.

Chaque grade a sa légende et annonce le suivant. Celle du 17ème voudrait qu'il ait été créé "en plein Moyen-Âge, à une époque où se heurtaient, en Occident, les principes professés par le catholicisme romain et ceux rapportés du Moyen Orient par les croisés". La mission des chevaliers d'Orient et d'Occident aurait été d'établir la synthèse entre ces deux "courants", entre le dogme et les gnoses. Bien que Paul NAUDON ait considéré qu'il s'agissait là d'une glose interprétative et restrictive, un auteur profane écrit ceci: "Le 17ème grade du R\E\A\A\ met en jeu un cérémonial imposant qui n'est pas sans évoquer les mystères de certaines sectes gnostiques chrétiennes. Au cours de ce rituel on découvre un étrange tableau représentant une croix de chevalerie dans laquelle se trouvent sept sceaux qui, sont censés figurer ceux dont parle l'Apocalypse de St Jean. […] Notre auteur fait le judicieux commentaire suivant: "Cette légende  est le type même des récits invérifiables qui abondent dans les rituels des hauts grades; mais le 17ème degré est intéressant par son souci d'ésotérisme chrétien -même si (ce qui est fort possible) le rituel a été composé par des Maçons français de la fin du XVIIIe siècle, et non par des croisés prestigieux".

Le 17ème méritait bien qu'on s'y attarde un peu: pour ce commentaire qui s'applique dans sa généralité à bien d'autres degrés, et notamment au 18ème à propos duquel on peut parler de, souci d'ésotérisme alchimique. Également à cause de St Jean, apôtre et évangéliste largement cité et commenté par l'incontournable plaquette du 18ème au paragraphe "Parole perdue", avec un acrobatique exercice d'exégèse et une belle citation de Simone WEIL. Pour nous, ce St Jean, fêté le 24 juin par des feux très païens, est intéressant dans le contexte "gnostique" en confirmation de ce qui vient d'être dit: "d'après certains auteurs, St Pierre symboliserait l'église "extérieure" et St Jean l'église "intérieure"; aussi a-t-on voulu voir dans le vocable de St Jean utilisé par la Maçonnerie la preuve évidente de son rattachement à la Gnose [...]"

Le rituel de réception au 18ème degré va nous donner l'occasion de relever un bon nombre de références "alchimiques" et également de constater des convergences entre alchimie et gnose dans nos textes.

Encore au grade de Chev\ d'Orient et d'Occident qui vient de leur être conféré, les candidats à l'élévation au 18ème grade promettent, de soutenir la cause du faible et de l'opprimé et de remplir fidèlement les devoirs de Rose-Croix.

Basile VALENTIN, alchimiste allemand de la fin du XVe siècle, écrivait ceci: "Bref, si tu veux chercher notre Pierre, sois sans péché, persévère dans la vertu, que ton esprit soit éclairé de la lumière et de la vérité. Prends la résolution, après avoir acquis le don divin que tu souhaites, de tendre la main aux pauvres embourbés, d'aider et de relever ceux qui sont dans le malheur"

Dans la même tonalité le Très Sage exhorte les récipiendaires à retrouver la Parole perdue "afin de reprendre notre approche de la Vérité, condition indispensable pour être consacré Rose-Croix". Il définit la Parole perdue comme (a) "non écrite, symbole de la Tradition Universelle, (b) manifestation de l'étincelle d'intelligence dans la nature des êtres".

Trouver la pierre philosophale, pour l'adepte alchimiste, "c'est avoir résolu le problème fondamental, avoir trouvé le secret de la nature, grâce à une Connaissance parfaite acquise par illumination" 

(a) D'après certains auteurs profanes il existe des "constantes" chez les alchimistes occidentaux: (le secret dont ils s'entourent-le caractère traditionnel de leur science qui se transmet de maître à disciple (leurs écrits ne peuvent être déchiffrés que si l'on en possède la clef).

(b) Jean de Meung, dans la deuxième partie du Roman de la Rose, renouant avec le mythe grec de la fontaine de jouvence, fontaine philosophique ou fontaine des sages pour les alchimistes, décrit une "fontaine, salutaire et belle à merveille" dans laquelle brille une escarboucle (pierre de la famille des grenats, rouge foncé d'un vif éclat).Écoutons-le:

"II n'y a là d'autre soleil qui rayonne que cette escarboucle flamboyante. […] L'escarboucle a si merveilleux pouvoir que ceux qui s'en approchent et mirent leurs faces dans l'eau voient toutes les choses du parc, de quelque côté qu'ils se tournent et les connaissent proprement ainsi qu'eux mêmes; et, après qu'ils se sont vus là, ils ne seront jamais le jouet d'aucune illusion, tant ils y reviennent clairvoyants et savants".

Escarboucle flamboyante, étoile flamboyante, étincelle d'intelligence, clairvoyants et savants, connaissance de soi..., il y a 1à bien des éléments: aspect gnostique de l'alchimie, contenu crypto-alchimiquee et crypto-gnostique de notre rituel, bien des éléments de la matière d'une subtile alchimie: maçonnique au 2ème grade, rose-croix au 18ème.

Le plus rude travail, la peine tout entière

Est à parfaitement préparer la matière.

aurait dit un certain Augurelli dans sa Chrysopée.

Tout est prêt, tout peut commencer les candidats, "au noir", c'est-à-dire cordon de R\+C\ à l'envers, sont conduits dans les ténèbres d'une salle obscure où l'on a illuminé une image du Phénix au pied de laquelle se trouve le coffret contenant le support de l'inscription I .N R I.

Ainsi, la première image symbolique qui saute aux yeux des candidats est celle d'un animal. Jusqu'à présent, d'initiation en augmentations de salaire successives ils avaient découvert des outils, des minéraux, des objets, des végétaux. Les animaux de toutes sortes sont omniprésents dans la symbolique alchimique. Le premier animal rencontré est donc un phénix. Il est rouge pourpre, une couleur nouvelle, en rupture avec les degrés précédents et aussi avec les récits de la Bible où le rouge est rarement différencié du brun ou bien représente la couleur du péché (Esaïe1, 18)

Les impétrants apprendront par la suite que le phénix est, pour les Alchimistes, le symbole de l'Oeuvre au rouge caractérisant la régénération du monde; des planches du Grand Oeuvre, avec le Phénix, montrent la figure hermétique de l'amour spirituel, prouvant ainsi que gnose et alchimie font bon ménage souvent. Le phénix est, dans le même sens, l'allégorie de la perfection du feu pur.

Ils découvriront peut-être qu'en s'appropriant une fois de plus, un symbole païen les Pères de l'Église avaient fait du phénix le symbole de la résurrection du Christ, jusqu'au VIe siècle. Le supplice de la croix inspirait l'horreur. On voulait cacher celle-ci aux néophytes et aux païens à évangéliser.

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Les futurs Chev\ R+C sont conduits dans un Temple "rouge". Ils croient avoir retrouvé la Parole perdue. Le très Sage leur demande où.

-"Sous l'aile du Phénix à l'instant où il renaissait de ses cendres.

-Mon F:. Gr\Expert, voulez-vous m'apporter la Parole perdue qu'avec l'aide de nos FF\ animés par la Foi, l'Espérance et la Charité, vous croyez avoir retrouvée.

Le T\S\ouvre le coffret, en tire un document qu'il montre au Chapitre et lit l'inscription.

- I.N.R.I. Voilà la Parole perdue et enfin retrouvée."

Avant de commenter les explications données par le T\S\et le Chev\d'Éloquence sur ce qui vient de se passer, relisons les indications données dans le rituel pour servir de thème au discours de bienvenue du Chev\ d'Éloquence: "Les 16 premiers grades sont relatifs à une première période de la pensée humaine jadis conservée dans le secret des Temples et symbolisée par l a tradition hébraïque du peuple élu. Tous les symboles de ces 16 premiers grades sont judaïques et architecturaux. Le 17ème degré rappelle l'époque de la ruine du Temple. Le 18ème degré a pour objet l'étude de la pensée moderne, des philosophies, des différentes religions, de la sagesse et de la science qui doivent se prêter un mutuel appui".

Si le fond et la forme sont discutables en ce qui concerne les 17 premiers grades, on ne peut que saluer le programme, novateur voire réactionnaire, proposé pour le 18ème où les religions en général sont placées sur un pied d'égalité avec d'autres manifestations de la pensée. Il était bon d'en parler dès maintenant pour bien marquer le contraste avec ce qui suit, extrait du même rituel.

Si l'on veut bien considérer, d'autre part, que l'Alchimie a sa place entre Sagesse et Science, nous nous permettrons de faire valoir son point de vue et, si cela se présente, de souligner quelques incidences gnostiques.

On se souvient que les vertus animaient, soutenaient l'ardeur des Chev\ d'Orient et d'Occident avant leur recherche de la Parole perdue. Dans les préalables du Grand Oeuvre, "l'adepte doit éliminer les désirs corporels et vaincre la chair […]. L'alchimie devient une véritable religion dont la thèse fondamentale sera le pouvoir illimité de l'esprit sur la matière […]

FUCANELLI adepte moderne invite à "se rappeler l'adage "Mens agitat molem", l'esprit agite la masse, car c'est la conviction profonde de cette vérité qui conduira le sage ouvrier au terme heureux de son labeur. C'est en elle, en cette foi robuste, qu'il puisera les vertus indispensables à la réalisation de ce grand mystère". "L'"art" accompagne l'ascèse; à eux deux, ils constituent le double processus du Magistère"[

Les Rose-croix néophytes, aidés par les vertus, ont mérité que la Parole leur soit révélée, on les éclaire maintenant sur d'autres mystères.

-La F\M\ a conservé pour son 18ème degré la croix à quatre branches égales, emblème qui se prête à de multiples et fécondes interprétations.

-Cette croix est ornée en son centre d'une Rose rouge, perfection naturelle, .fleur de la Chevalerie, emblème de l'Amour pur.

Les rédacteurs du rituel écrivent "croix" avec un "c" majuscule Il faudrait, si ce n'est déjà fait, rectifier cet abus dans une prochaine édition: la croix à quatre branches est la plus basique, la plus primitive.

C'est crux, crucis, qui à donné croisée, pour le châssis des fenêtres comme pour l'intersection de deux chemins, au sens où l'adepte NEWTON l'employait dans l'expression "experimentum crucis": "expérience servant pour vérifier une hypothèse, comme un poteau indicateur de carrefour pour trouver son chemin"[

Dans le langage volontairement ésotérique des adeptes, croix signifie "creuset", "mot obscur" avoue une lexicographe qui peut représenter soit une lampe à deux mèches croisées, soit un récipient creux[ 

La rose, dans ce même langage, c'est la couleur rouge en général et aussi le nom des deux phases qui succèdent au noir initial: de la rose blanche à la rose rouge, cette dernière signifiant l'apparition de la pierre des sages. Celle-ci nous renvoie à l'escarboucle flamboyante de tout à l'heure. Et si la croix à quatre branches avec la rose rouge au centre était une Étoile flamboyante substituée; comme le mot sacré? Le T\S\ termine d'ailleurs ainsi: "C'est pourquoi vous voyez, dans les branches de cette croix, les lettres I.N.R.I. qui, alternativement prononcées, forment le mot sacré du grade de Rose-Croix".

Auparavant, le T\S\ avait dit: "La raison est comme la rose dans la croix du présent, lequel, crucifié entre l'Être et le Non-être, entre le passé, le néant qui n'est plus et l'avenir, le néant qui n'est pas encore, est le lieu de la réconciliation entre la raison et la passion".

Nous proposons, en regard de cette abstraite sentence un extrait de l'Archidoxe de Paracelse, "cette étrange figure faustienne du 16ème siècle, anticlérical, développant un système "qui sent le fagot", mais qui n'a pas lui-même conscience de sortir du christianisme" , ce qui est le cas de la plupart des alchimistes:

"Celui qui veut travailler au Grand Oeuvre doit visiter son âme, pénétrer au plus profond de son être et y effectuer un labeur caché, mystérieux. Comme la graine doit être ensevelie dans le sein de la terre, ainsi celui qui entend l'appel de Dieu doit, en se corrigeant, en se rectifiant, obtenir la sublime transmutation du charnier natal, immonde matière noire, et faire du charbon, un éclatant diamant, du plomb vil, un or pur. Il aura trouvé la Pierre cachée qu'il recelait en lui".

Souvenons-nous de V\I\T\R\I\O\L\... La poursuite de l'or, c'est, en réalité la quête de trésors incorruptibles et purement spirituels. Sans lien obligé avec une religion particulière, Dieu "allant de soi", comme pour presque tous les "intellectuels" jusqu'au XVIIIe siècle.

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Le Chev\d'Éloquence poursuit en proposant deux significations possibles de I.N.R.I.: Jesus Nazarenus Rex Judeorum et Igne Natura Renovatur Integra, Jésus de Nazareth Roi des Juifs et, c'est par le feu que la nature entière se renouvelle. "Cette multiplicité d'interprétations, dit-il, indique assez que la Parole n'a été retrouvée que symboliquement, sous une forme substituée, et qu'en conséquence sa recherche, qui se confond avec celle de la Vérité, demeure la tâche des Chev\Rose-Croix" […].

Plus loin, il commente les représentations de deux animaux placées près de l'autel:

-le pélican, "symbole du sacrifice que tout Chev\ R\+C\ doit être prêt à accomplir".

A quel symbolisme du sacrifice est-il fait appel? A celui du Christ ou à celui de la pierre philosophale qui, dans le processus du Grand Oeuvre, s'épuise en communiquant au vil métal la couleur rouge qu'elle recèle?

-le phénix "emblème de la pensée universelle qui se consume elle-même et renaît de ses cendre".

Si les FF\ chargés de séculariser les rituels au XIXe siècle sont passés par là, ils ont manqué de cohérence: on a vu que, jusqu'au VIe siècle, le Phénix était au premier plan de la symbolique chrétienne à la place du sacrifice de la croix. Le phénix, symbole immémorial est, pour les alchimistes, l'allégorie du feu pur: sa renaissance miraculeuse constitue le Grand Oeuvre.

Les récipiendaires sont enfin"faits et constitués" Chevaliers Rose-Croix. Le T\S\ ajoute: "Chevaliers, puissiez-vous, sous ces nouvelles couleurs qui sont celles du Feu et de l'Amour, devenir l'ornement et la gloire de notre Ordre".

Cette précision ne peut être ni fortuite, ni gratuite: insister sur la couleur rouge, sur le feu, c'est donner "un signal fort", pour parler contemporain.

PARACELSE parlait de "L'élément "feu", plus sublime encore que les trois autres..." BORRCHIUS tenait, quant à lui, pour certain que le vrai berceau de l'alchimie, pour n'être pas aussi antique qu'on le disait, se trouvait néanmoins dans les ateliers de Tùbal-Caïn le redoutable forgeron de la Bible. Un nom qui nous a tellement intrigués, certain soir, que nous ne l'avons jamais oublié.

Les nouveaux Chev\.R\ +C\ sont reconnus comme tels par le Chapitre et salués par une batterie d'allégresse:

-Signe et contresigne, pas seulement hermétiques... "Tout l'art (l'alchimie) est basé sur l'amour divin, par lequel le ciel s'unit à la terre, dans le chaste inceste du soufre et du mercure"

-batterie à sept coups comme les sept métaux et bien d'autres choses pour les adeptes,

-acclamation, qui si elle signifie vraiment "sauveur", serait plus gnostique que chrétienne.

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A la fin de la magnifique étude Deux siècles de REAA en France, l'Aréopage "SOURCES" définit ainsi la Maçonnerie en général: "C'est la bonne fille, un tantinet adultérine –des Lumières et de l'illuminisme -de la gnose et du cogito -du positivisme et de l'ésotérisme –du christianisme et de l'athéisme, stoïcien -du latitudinarisme protestant et de la physique newtonienne".

Le R\E\A\A\ est ensuite qualifié de "fils d'aventuriers franco-américains".

Dans le même esprit, nous prétendons que l'alchimie est la "mazarine" du 18ème grade: une fille adultérine reconnue mais cachée.

Pierre MOLLIER historien rigoureux, a certainement raison de dire, dans le même ouvrage, que le baron de TSCHOUDY et André DORE se sont trompés en donnant au 18ème grade des origines alchimiques: "force est de constater, dit-il, qu'une lecture raisonnable des rituels anciens que nous avons cités ne laisse rien apparaître de tel".

Tout en restant raisonnables nous pouvons envisager un autre mode de lecture, celui qui est appelé anagogique. Étymologiquement cette lecture est censée conduire en arrière et /ou au-dessus de ce que produisent les lectures habituelles. Dans la pratique, "la lecture anagogique prend au sérieux "ce qui manque" pour en discerner les repères dans "ce dont on dispose".

Pour des Maçons familiers des symboles en tous genres et accoutumés à l'esprit critique, c'est un exercice tout à fait concevable.

C'est ce que notre Chapitre a tenté de faire tout au long de l'année dernière sous l'impulsion de son T\S\ B.BRUGGEMANN et sous la direction technique et spirituelle du B\A\F\ L. NARDIN. Non pour trouver des origines, mais pour mettre en évidence des repères alchimiques tout aussi justifiés et acceptables que les lourdes marques chrétiennes apposées -puis effacées, puis déguisées- au gré des avatars des obédiences ou des opportunités politiques, pendant plus de deux siècles sur le symbolisme du grade de Rose-croix.

Source : http://sog2.free.fr/

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Du Chevalier Rose-Croix au tétramorphe

25 Septembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Le Rite vous a investi des titres de « Chevalier de l’Aigle Noir », « Chevalier de l’Aigle », « Chevalier de Saint-André », « Chevalier du Pélican », « Chevalier Rose+Croix ».  

Vous agissez dans l’espace du « signe » et du « contre signe », de la Terre au Ciel, et dans le sillon des vallées. « Trente trois ans » est votre âge, période moyenne séparant deux équinoxes de printemps consécutives, et trois ternaires à l’œuvre dans l’arbre sephirothique. Connaissant les mystères et la force de la croix, vous travaillez à tempérer les vicissitudes et effacer les turpitudes du monde, « pour retrouver la Parole Perdue, et pour permettre à l’Etoile Flamboyante de rayonner à nouveau ».  

Ainsi, les « travaux ayant repris force et vigueur », les colonnes étant gravées, « lorsque le Temple sera consacré de nouveau, ses pierres mortes redeviendront vivantes, le métal impur sera transmué en or fin, et l’Homme recouvrera son état primitif de pureté et de perfection », si l’invocation rituelle du « Hoschée ! », votre « Sauve-nous » ou « délivre-nous » trois fois répété, s’infiltre dans l’âme du monde.

Chevaliers au service de l’harmonie du monde, vous avez été conçu dans le « sépulcre », vieil homme dissout dans la noire énergie de la « crypte » par « les secrets de l’après-mort », pour pouvoir reconstruire le Temple, en ayant connu les « Noms Divins » et retrouvé « la Parole Perdue ».

La batterie vous appelle à œuvrer selon les principes qui ont présidés à la création du monde, pour que refleurisse la rose au temps du divin repos, celui qui pour vous se transpose en cette paix profonde, extrusion de la parfaite maîtrise des possibilités de la condition humaine.  

La formule existentielle de réintégration, ou le retour en l’Esprit Universel, l’assimilation en soi d’Emmanuel, sont établis par la « voie sèche alchimique » associée à la connaissance de « l’Astrologie surnaturelle ». Le travail accompli, l’« Horloge Céleste » sonne « l’heure où les ténèbres de la Tyrannie et de l’Ignorance ont pris fin, où la Lumière fut restituée à l’homme digne de ce nom, où l’Etoile Flamboyante, chassant devant elle les phantasmes de la nuit, monte à l’Orient du Monde, et se lève semblablement en notre cœur… »

Le chemin de cette quintessence passe donc au sein de la Terre par les lois de la ronde céleste, par le programme de cheminement spirituel qu’enseignent les énergies du Tétramorphe, à condition que le chevalier les accepte comme présences marquant le passage, la métamorphose, de la condition terrestre à la condition divine.  

En effet, la mission du chevalier placée sous les auspices de la Charité est d’abord attachée à la Terre. Le Chevalier du Pélican inscrit ses actions dans le corps du temps comme autant de prières incises en la matière vivante. Matière triturée puis régie par les archétypes du Taureau et de Luc qui ouvrent les consciences à l’universalisme de l’être.

La grandeur de la spiritualité est attachée à la détermination de la bonne volonté. Il s’agit de dissoudre les turpitudes du vieil homme, d’en réaliser avec opiniâtreté le « solve » porté par l’espérance.

Se découvriront alors les fondements de l’existence et les mystères de l’univers. Mais c’est du feu de la Foi qui ensemence, de la volonté du Chevalier de l’Aigle Noir , de la magie du bâton fécondateur de l’amour, de l’opération « coagula » du Lion, que l’âme d’un enfant nouveau, l’adepte en germe, peut réellement paraître.

Ici Marc concrétisant les virtualités, fait l’âme courageuse et forte parce qu’elle s’ouvre à l’esprit.

Pour comprendre la vérité des choses, il faut posséder la clairvoyance du « suprasensible », diriger les forces de l’âme vers le spirituel afin de trouver la lumière d’une connaissance nouvelle. Alors, l’épée haute œuvre le Chevalier de l’Aigle, sous les auspices de Jean, la force de la parole qui fait avancer l’âme pour la « transfigurer ».

L’air s’enrichit de l’esprit, et la lumière brille dans le temple. La réalité du chemin peut être vue lucidement. Aussi, voici qu’«Andros », l’Homme accompli, ou réintégré, à voie ouverte par l’assurance du Chevalier de Saint-André.  

Or l’angle de l’axe de la Saint Andrée, le 30 novembre, dans le Sagittaire avec l’axe des solstices, sur le zodiaque, est de 23°. A 26’ près on a donc l’angle de l’écliptique sur l’Equateur, c’est-à-dire l’angle de l’orbite terrestre avec le grand cercle de la sphère céleste décrite par le Soleil en son mouvement apparent. Le jour symétrique au-delà du solstice d’hiver, dessinant l’autre branche de la croix de Saint André, est le 12 janvier, fête de la Sainte Famille.

Plus rien ne pourra retenir prisonnier Matthieu le connaissant, le serviteur lucide de la Grande Déesse Mère. Voilà que notre Chevalier est projeté dans l’immensité du ciel, homme nouveau en conscience, cosmique. D’ailleurs en transcrivant en grec les saisons l’on obtient : le printemps « Anatolé », l’automne « Dysmé », l’hiver « Arctos », l’été « Mesembria », soit en associant les initiales, « ADAM ». Car par l’Amour des êtres, la Grâce opère. De la coupe l’eau sublimée s’évapore : le nouvel âge de conscience, établi.

Voici en quelque sorte esquissé une alchimie spirituelle, le schéma d’une « Voie Royale ». Et les occidentaux peuvent en trouver les clés, la révélation, dans l’« Apocalypse ». On peut y découvrir les processus par lesquels la conscience doit passer pour que l’homme se transmute. Elle affiche subtilement les applications et les implications psychiques et somatiques de la « transfiguration-déification ».  

Il n’y a pas de techniques à acquérir, à proprement parler. Comme dans la voie «opérative» tracée par le « Mutus Liber ». L’on doit simplement et intérieurement être convaincu de la nécessité essentielle d’acquérir l’état de « fils de l’homme dans sa gloire ». Cela étant, avant de pouvoir « prendre place sur le trône glorieux », si le processus d’ouverture de la conscience s’enclenche, on devient d’abord lentement et progressivement un « Vivant ». Il n’y a pas besoin de savoir spécial (« Heureux les pauvres en esprit ») : si l’on ne veut pas demeurer à l’extérieur de cette voie mystique, il suffit de s’inscrire « ésotériquement » dans le programme porté par les archétypes déjà évoqués. En eux, la voie est.

Mais avant de pouvoir accéder à cette alchimie spirituelle, il faut équilibrer les manifestations du mental et de l’émotivité. En quelque sorte les rénover et stabiliser par des principes simples...  

Le premier principe consiste à ne jamais dire ou penser : « je sais tout ça »,ou « je maîtrise parfaitement ce sujet ». S’y abandonner c’est confier son identité sacrée aux souvenirs de l’intellectuel, tandis que doit émerger au contraire l’essence de notre personnalité, la partie de nous-mêmes qui transcende les limitations mentales habituelles. Il faut sortir de l’objectivité proclamée, de l’enfermement produit par le cerveau gauche, ouvrir les portes du cerveau droit. La figure des « 4 Vivants » peut révéler les façons d’entrouvrir la porte de communication entre les deux, et faire espérer ne plus rester coincé entre terre et ciel...

(Voir le tympan du portail de la cathédrale de Chartres, ou celui de l’église Saint-Trophime en Arles). 

En ce travail alchimique, quel ordre suivre pour pouvoir entrer dans l’Œuvre : suivre la circonférence Taureau-Lion-Aigle-Homme/Ange, ou la croix Aigle-Taureau, Homme/Ange-Lion entourant le Christ en gloire ? Par quel chemin atteindre l’apogée de ce que nous devrions être ? Celui, en conscience, de l’implacable Divine Providence, ou les besogneux et subtils chemins de Jacques ?

Il est évident que les chemins passent par les trois états archétypes animaux, le vécu de ces 3 énergies «animiques», pour espérer la transfiguration de l’homme en dieu. En effet, ces 4 figures représentent la potentialité totale de la Vie Universelle, le Souffle manifesté dans la matière. Si Thomas en fait la synthèse des expériences : sa quintessence ouvre à l’état Christique.  

Les 4 figures encore figées dans la pierre correspondent aux 4 Eléments : le Lion et le Feu, le Taureau et la Terre, l’Aigle et l’Air, l’Homme et l’Eau, dans leur état actuel de « mort ». C’est-à-dire qu’ils ne sont pas en plénitude : leur manifestation est ici adaptée au monde terrestre et humain, encore faut-il appréhender et s’approprier la vie qu’ils libèrent en l’humain. Il faudra posséder le feu pour vouloir transmuer le mercure et atteindre aux demeures spirituelles.

L’Alchimie à pour vocation de prendre une substance inerte et de lui insuffler la vie.

Elle considère que l’homme lui-même est encore inerte, un simple grain de poussière, égaré dans la Vie Universelle.

Si ces 4 images portent les archétypes, les états de conscience, les 4 niveaux d’existence par lesquels on doit passer pour naître à la vie spirituelle, alors porteuses d’évocations, elles deviennent des images effectivement « vivantes ».

Il faut apprendre à capter la vie dans ces pierres symboliques pour l’insuffler dans notre propre matière et nous rendre vivants. C’est utiliser le processus des images magiques. C’est aussi l’art du Chevalier R+C en « construction ».  

La Cabale et toutes les grandes Traditions connaissent cette technique d’utilisation des images symboliques pour consigner la Connaissance.

Les Sages l’emploient pour que la réalité de la Création ne soit pas transmise déformée et altérée par les interprétations individuelles forcément partielles.

On dit que l’Arbre de Vie a été révélé par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï. Mais en observant les turpitudes du peuple, son incapacité à recevoir la connaissance donnée par le divin, Moïse est redescendu de la montagne avec les tables de la Loi, les dix commandements pour seul trésor de l’humanité. Rabbi Siméon bar Yochaï voulait que la connaissance de l’Arbre de Vie ne se masque pas aux hommes pendant des siècles.

Reste en mémoire son interrogation pleurée : « Malheur à moi si je révèle ces secrets, et malheur à moi si je ne les révèle pas ».  

En fait les images magiques ne demeurent magiques ni pour les indifférents, ni pour les cyniques. Elles transmettent une science de l’être afin de pouvoir accéder à la lumière divine qu’à ceux qui ouvrent le cœur et l’intelligence. Ils peuvent avoir accès à l’usage ésotérique des icônes, mandalas, ou de la Joconde : en état de contemplation profonde voir défiler les paysages de la vie, ou du moins ceux qui vibrent en eux ; et ces images révèlent en eux la Vie Universelle, par communion.

Mais on n’arrive pas là en ayant seulement échappé à l’emprise tyrannique du cerveau gauche un instant.

Il faut réaliser une « pénitence » complète, en grec une « méta noya », c’est-à-dire une conversion du mental, passer de la voie ésotérique à la Voie Royale par abandon justement de certains principes exotériques.

Alors, passant par les chemins de Jacques le Majeur, est-il possible, parvenu à l’état de sagesse, d’assumer le monde en soi-même, l’« œuvre du Père » dans la matière, c’est-à-dire devenir « Christophorus », Christophe le modèle des initiés ayant su traverser le torrent des passions et parvenir à « douze jours » de la Transfiguration.

Les « 4 Vivants » sont les clés suprêmes de l’initiation des hommes. Et devenir Roi, Prêtre et Prophète sont les trois étapes obligées de la Voie Royale. Mais ici l’homme seul ne peut rien : cette réalisation complète est œuvre divine. L’homme est impuissant à pouvoir vivifier seul les 4 Vivants…

Le second principe consiste à « vivre la véritable humilité », celle qui fait ressentir l’impuissance face à l’œuvre divine. Il s’agit de comprendre et ressentir, en se gardant de toute superstition, que l’aide et la grâce dans tous les instants de la vie sont des œuvres divines.  

Le troisième principe consiste à « renoncer de soi à soi à tout désir d’accomplissement » ; « vivre sans émotion » le « ce que je vais faire, je le fais pour rien. » C’est l’expérience de la gratuité du cœur à tous les niveaux : être prêt à travailler sans but de récompense en retour. Seul le désir d’œuvrer pour le Bien doit demeurer. Et surtout ne pas espérer en secret devenir parfait. Pensez que chacun n’est qu’une cellule de l’Adam Kadmon : faire ce que l’on a à faire ici et maintenant un point c’est tout.  

Le quatrième principe consiste à « renoncer à la loi du bénéfice ». Il s’agit d’aller vers l’autre sans besoin pour soi, sans intérêt fût-il lié à de hauts sentiments d’altruisme, car quelque part existe en secret un sentiment de compensation, de vacuité à supprimer. Il faut être entièrement Amour, gratuitement, parce que cela est la substance de vie. Mais pour atteindre cet état d’être, que de progrès à faire dans l’expression de l’amour humain ! Par exemple, comme premier pas, arrêter de considérer les éléments d’un couple « complémentaires ». La Femme et l’Homme sont chacun des êtres complets en soi. En réalité ils sont supplémentaires l’un pour l’autre. La complémentarité ne peut se voir à la rigueur que dans les fonctions respectives permettant d’accomplir les actes matériels de la vie commune.  

Reste que le véritable chevalier R+C a effectivement intégré les quatre principes précédents. A l’origine de ces mutations, ou de cette entreprise d’alchimie spirituelle, l’impérieuse nécessité de « conversion » des états de conscience habituels.

Si cette volonté n’avait pas été une réalité intérieure, intime et tenace, il n’aurait pas pu espérer vivre cet état de généreuse vacuité. Le maçon qui souhaite atteindre l’efficience de ce titre initiatique doit aller dans les empreintes ici marquées. S’il ne le peut, il demeurera ce qu’il était au mieux au départ : un universitaire dévorant du savoir. Pour avancer dans la pratique de cette alchimie spirituelle il n’y a guère d’autre choix.

Ainsi le Chevalier R+C qui veut aider à ces conversions, peut proposer l’utilisation des images magiques dont il vient d’être question.

L’ordre dans lequel il peut proposer de travailler avec les 4 Vivants est fonction de l’avance de l’impétrant sur le chemin initiatique. Pour qui apprend à prendre conscience de ces archétypes en lui, il sera plus aisé de suivre le déroulement naturel des âges logiquement traversés : le taureau pour l’enfance, le lion pour l’âge adulte, l’aigle pour la vieillesse, l’Homme pour l’accomplissement.

Mais pour qui à intégré ces expériences possibles, l’ordre devient : l’Aigle, le Taureau, l’Homme, le Lion. Cela doit éveiller en lui les capacités liées aux trois fonctions propres aux initiés d’autrefois : celles du Roi, celles du Prêtre, celles du Prophète. Et le récit de la vie du Christ n’est rien d’autre que l’enseignement relatif à l’acquisition de ces trois fonctions, dans le parcours cosmique de l’Intelligence solaire. Manifester ces trois fonctions est le summum de l’initiation de la Voie Royale.  

En tant qu’image magique le Lion a pour archétype, pour énergie, dans la Création : le Lion cosmique. Il est à considérer comme la projection sur Terre d’une force d’origine divine. Ce qui est une absurdité pour les occidentaux actuels. Mais on ne peut pas se lancer dans les processus de l’alchimie spirituelle si l’on oppose aux symboles des Anciens le barrage du raisonnement de l’homme moderne.

Le procédé des Anciens demande de mettre le mental en résonance avec la symbolique véhiculée par l’image magique, de manière à assimiler l’énergie de l’archétype auquel renvoie cette image. L’énergie de l’archétype est comme une densification permanente de la « force-archétype » cosmique. Il faut admettre intimement que le monde de la matière est relié par condensation au monde de l’Esprit. Affabulation, concluent les « modernes » : cette vision des choses n’a pas d’existence réelle.  

Virtualité ou pas, l’alchimie spirituelle s’opère par le cœur, l’athanor où tout se réalise. Le cœur est le lieu du mystère, la voie d’accès à l’Esprit pour agir en l’individu. Et sur le plan astrologique Cœur et le Lion sont en correspondance. Chez les anciens hébreux cet athanor était l’Arche d’Alliance. Il était quelque chose de physique, de matérialisé et gardé par des prêtres. Pour les hébreux actuels, il n’est plus qu’un symbole, le rappel du devoir des croyants envers Dieu, le lieu où se joue la réalisation du lien entre Dieu et l’individu. L’Eternel n’a-t-Il pas promis : « Je leur donnerai un cœur nouveau et Je mettrai au dedans d’eux un esprit nouveau. J’ôterai de leur chair leur cœur de pierre et Je leur donnerai un cœur de chair. Alors ils seront un peuple et Je Serai leur Dieu » ?  

En fait les « 4 Vivants », précisément l’aigle, le lion et le taureau, sont en rapport avec l’ontologie traditionnelle du judaïsme et du christianisme : l’esprit, l’âme et le corps. Ils sont les 4 facettes de l’Esprit qui vont vivre dans le cœur de l’individu. D’ailleurs le quatrième vivant, l’homme nouveau, constitue la résultante des trois composantes précédentes. Alors le cœur de pierre attendri s’ouvre à la dimension de l’Amour Universel. Le cœur de chair se substitue à l’Arche d’Alliance.

Il faut comprendre que le cœur ouvre le plan religieux, jusqu’à devenir un tabernacle, résidence du Divin. Alliance, attendrissement par le dialogue subtil avec l’Esprit, comme union entre l’individu et l’Eternel. Mais depuis des milliers d’années, doute et la raison devenus maîtres absolus, on ne sait plus qui est l’Esprit, et donc s’il existe.

Cependant peu résistent à se passer d’appeler intérieurement cette « primordiale spiritualité ». Le cœur asphyxié clame de l’aide dans le silence et les absurdités du monde.  

C’est en travaillant avec les « 4 Vivants », en assumant les titres de chevalerie, que l’on pourra activer en soi-même la triple fonction : royale, sacerdotale et prophétique.  

La fonction royale est reçue du Lion car par vocation il assume le pouvoir. Chevaliers, c’est le temps du combat, la joute de l’individualité pour se trouver, définir et affirmer sa volonté propre, la « grande guerre » pour que le « soi » se découvre. C’est la phase aussi de la « petite guerre », celle de la mise à l’épreuve par l’opposition à autrui.  

C’est le temps de l’âge adulte qui ouvre la « Porte des Hommes ». Sous la cuirasse bat le cœur avide de maîtriser la personnalité, l’ego, le « moi-je ». Si la victoire sourit, l’état de royauté apparaîtra. D’un point de vue pratique, le bon fonctionnement du système cardio-vasculaire, la bonne circulation, en seront les facilitateurs, corroborant l’ascendant sur le pouvoir matériel et le savoir rationnel. Sublime « coagula » d’où renaîtra l’homme nouveau, par la maîtrise des fonctions psychiques, l’épuration de l’âme. Le Lion est le roi des animaux, l’essence-même de tout ce qui vit sur Terre car il intègre analogiquement chaque espèce animale. Le roi est celui en qui tout se récapitule. Une sorte de totalisation, comme un retour à l’Unité, « confirmée » par la force de vie et l’illumination de l’âme.

D’ailleurs le Roi dit « nous » et jamais « je ». Le roi intronisé porte à l’annulaire l’anneau qui le marie avec son peuple et son royaume. Sacré, il communie avec le Divin.

Il arbore sur la tête la couronne, symbole circulaire de transcendance, d’unification et d’unité. Le chevalier roi matérialise la possibilité et la réalité du retour à l’Unité Divine. Ainsi, travailler avec l’image magique du Lion c’est travailler avec l’archétype qui donne la capacité d’unifier.

Cependant si l’âme est forte et courageuse quand elle s’ouvre à l’esprit, elle peut devenir timorée et faible si elle s’abandonne aux pulsions de la chair. Le combat est toujours risqué.  

Le Chevalier-Roi recevra éventuellement la fonction sacerdotale du Taureau, animal sacrificiel par excellence. Car pour grandir, pour présider à la purification et à la mort baptismale, doit-il accepter de perdre l’approbation, voire l’amour d’autrui.

Fait d’acceptation, d’abandon et d’obéissance pour pouvoir renaître, il implique son ventre, sa vie entière, intériorise son milieu en s’alignant sur lui pour abandonner en un ultime « solve » l’enveloppe du vieil homme dans la paix intérieure établie. Attaché à la terre par son poids et sa vocation, seule une parfaite réception et assimilation des faits, ou digestion des plats de la vie, en assurera le succès. Ainsi, par un retour dominant l’état de spontanéité enfantine, symbolise-t-il la notion transcendante de sacrifice célébrée par le prêtre.

Tel est le devoir du prêtre-chevalier : accomplir en soi l’union de la Terre et du Ciel, pour relier en conscience et dévouement l’homme au divin.  

Le « don prophétique » est transmis par l’Aigle lié à la tête, le Saint des saints. Seul animal de l’apogée, capable de s’élever très haut dans les airs, de regarder en face le Soleil et d’inspirer l’ascension vers la Divinité, dont-il sait et connaît l’existence. L’âge de l’aigle affine l’intuition spirituelle et la sensibilité métaphysique ouvrant la « Porte des Dieux ». Cela n’est possible, « prêtre-chevalier », qu’à la condition de connaître l’art de marier les opposés du bi pôle Taureau/Lion. Travailler avec cet archétype, aux conditions de l’équilibre du système nerveux, permet d’accéder à la sagesse et à l’amour des êtres, pour pouvoir enfin entendre l’Intelligence du Monde. Transmettre sa voix, celle du temps et des réalités subtiles, est œuvre prophétique. Chevalier si tu parviens à voler avec l’aigle dans le ciel du « soi » pour écouter l’Esprit, tu participeras aux Réalités Supérieures.  

Mais l’œuvre est impossible sans l’accord de l’Aigle, car c’est lui qui fait naître à l’Esprit.

C’est pour cela que ce travail d’alchimie interne commence avec l’Aigle. Porté par les souffles de l’Esprit il glatit, ou non, dans le cœur en prière et en contemplation.

Car l’adepte sait que l’Aigle ne s’apprivoise pas, et que l’Esprit souffle où et quand il veut. C’est l’Aigle qui donne le feu vert pour que s’effectue le vrai travail d’Alchimie Spirituelle, c’est l’Esprit qui décide de l’aboutissement.  

Reste que l’épuration de notre terre est la condition première de l’œuvre. Le rationnel la pensée matérialiste n’y ont point de part. Chevalier doit spontanément et intérieurement être en l’état : être d’accord intérieurement de soi à Soi de travailler pour rien, de travailler gratuitement, au service de la Force d’Amour. C’est le résultat d’un indicible appel, d’un besoin irraisonné de fusionner avec le Tout, la nécessité de don complet à l’Universel.

Alors seulement l’Aigle s’éveillera en la conscience du chevalier. Il s’ébrouera, donnera quelques coups de bec au passage pour s’assurer de l’authenticité de l’appel, avant d’emporter le « vieillard » vers sa deuxième naissance, vers cet espoir de « mutation » permettant à l’homme nouveau d’engendrer et témoigner par l’esprit. Seulement il est encore une condition pour que l’Aigle puisse catalyser la capacité prophétique : que le Lion ait fait son œuvre…  

Chevalier, l’action en toi de chaque archétype est graduelle, et liée à la qualité, c’est-à-dire à l’efficience intense des autres en toi. Les qualités de ces énergies sont interdépendantes et fonction de ton accueil, de ta disponibilité intérieure, car n’oublie pas ce qu’écrit STEINER : l’aigle est « une tête avec des plumes ».

La conclusion est évidente Chevalier : si tu veux te fondre en l’« Homme nouveau », le quatrième « Vivants », intègre les trois énergies « animales ». La clé de l’incarnation de l’Esprit se trouve dans le rapport Aigle / Taureau, ce dernier étant la force d’incarnation par excellence. Et la réalisation de cette incarnation s’obtient par le cœur si l’énergie du Lion y siège.

Comprends Chevalier que les trois animaux archétypes sont trois facettes de toi-même, tes potentialités d’antan endormies qu’il te faut développer simultanément, si tu veux sincèrement équilibrer corps et âme. Cela se peut car ton cerveau est conçu pour fonctionner selon les principes qu’ils symbolisent. Les « 4 Vivants » sont les 4 grands mystères par lesquels l’Esprit s’incarne en toi, tissant ton « corps spirituel »(

Ressentis par toi comme archétypes, ils développent en toi une mystique de la participation aux énergies divines

Le processus est simple. Si tu considères par exemple l’archétype de l’Aigle. Il commence à s’éveiller quand nait l’envie de participer à l’universalité, sensation attractive qui pousse à vouloir embrasser l’immensité cosmique, force intérieure, envie irrésistible à vouloir vivre pleinement dans le monde.

L’exercice de base, l’échauffement spirituel qui favorise la naissance de cet état, consiste à contempler l’Aigle ainsi connu de toi et te disposer à accueillir émotionnellement fusionnées ses potentialités et ses vibrations archétypes. Et pour que la réaction démarre, chevalier tout entier, essentiellement, sois humilité et pureté de cœur. Souviens-toi de ta devise : « Non nobis Domine, non nobis ; sed nomine Tuo da gloriam ».

Retiens Chevalier, que L’Homme nouveau est celui en qui s’établit la voix solaire.

Mais n’oublie pas que seul l’Esprit Saint donateur de la grâce peut accomplir cette œuvre de déification…

Si d’abord tu as emprunté les chemins du Taureau, ceux du sacrifice et de la Passion sacerdotale solaire suprême ;

puis embrassé le territoire du Lion qui s’attache à la Résurrection manifestée de cet état ;

enfin participé au vol de l’Aigle qui est l’Ascension ou la réalisation effective de l’état. Chevalier, ce sont ici esquissées depuis la plus haute antiquité, les quatre étapes effectives de la réalisation intérieure.

Livrées : les clés de la Grande Initiation, ou de ce que les Anciens appelaient les « Grands Mystères ». Le détail des processus de « conversion » est inscrit aujourd’hui pour toi dans les évangiles. Il te faudra apprendre à combiner les associations symboliques attachées aux 4 Figures... Jean, Marc, Luc, Matthieu, sont comme quatre formulaires d’initiation dans la voie cosmique solaire.

Correspondant eux-mêmes aux quatre Eléments, les quatre évangiles qui traduisent leur expression ne sont donc pas identiques quant aux processus décrits, pas identiques dans l’invitation aux manifestations des états de conscience.

Chaque évangile présente des étapes différentes de la nécessaire transformation intérieure, et cela en fonction des archétypes accrochés aux quatre éléments. Ils représentent donc la révélation de la conscience nouvelle et transcendante vers laquelle chacun doit aller. Ils balisent la nouvelle manière de vivre à travers l’Intelligence solaire, ou si l’on préfère, le comment éprouver et rayonner l’harmonie retrouvée en l’univers unifiant des principes.

Chevalier tu pourras les mettre en équation et en action en appréhendant les secrets de l’Evangile de THOMAS... Thomas le guide, l’établi, le Soi atteint par l’épreuve, la découverte et la certitude du Divin en ayant traversé le doute et l’incrédulité.  

Mais ceci est déjà la quête, une histoire à suivre, le deuxième temps suivant ces préliminaires incontournables. Pour qu’à la fin, « A celui qui possèdera le Verbe proféré de la Nue, et qui s’unira à l’Esprit rutilant de splendeur divine, à celui-là appartiendra alors la destinée de Moïse et d’Elie… »

J’ai dit

Source : http://srv07.admin.over-blog.com

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18ème grade : Chevalier Rose-Croix

25 Septembre 2012 , Rédigé par R. Ta Publié dans #Planches

La mutation qui s'opère symboliquement par le passage du 17ème au 18ème grade est de celles que les esprits modernes comprennent le moins, aveuglés qu'ils sont par la confusion établie entre foi et croyance.

Historiquement, il y a passage du Judaïsme au christianisme. Mais cela c'est le film tel que le présentent les raccourcis des résumés didactiques. En fait, le Judaïsme n'a pas cessé de mûrir, et le christianisme de s'élaborer.

Si nous demeurons sur le terrain de l'histoire, nous nous trouvons devant la nécessité d'admettre le christianisme comme un produit de civilisation, et renier ses apports serait renier ce que l'on est soi même.

Notre culture est un témoignage, ce n'est pas l'aboutissement, mais du moins est-ce un jalon sur le cours d'une évolution repérable.

Je suis toujours surpris que les francs-maçons négligent la richesse des spiritualités du Moyen Age, obnubilés qu'ils sont par le procès fait à un prétendu obscurantisme. Il n'y a d'obscurantisme que dans l'attitude de ceux qui supposent qu'étant venus après, ils sont au-dessus des grands esprits du passé.

Il faut régler définitivement cette dette: nous avons beaucoup à apprendre des grands esprits qui nous ont précédés. Nous avons même tout à apprendre, si nous prenons à la lettre le propos du grade de 18e. En recherchant la Parole perdue, nous entendons retrouver la Vérité ou la Sagesse que nos ancêtres avaient possédée.

Nous sommes là dans le cadre des mythologies : I'âge d'or, ou l'arrivée du Messie ont constitué les deux pôles de référence des croyances collectives.

De nos jours, comme de tout temps, les uns ont prôné les mœurs d'autrefois, les autres ont projeté leur espérance dans l'Ordre qui s'établirait demain par l'effort de tous ou par celui des savants ou par celui des sages.

Or, si le franc-maçon ne sait pas que ce qui est figuré comme une fresque objective est en fait un itinéraire intérieur, il n'est pas à même de comprendre le sens de sa vocation

Ce qui se passe au niveau des idées et des croyances partagées par les diverses communautés, c'est la nécessaire alliance autour d'un certain nombre de ces croyances et de ces idées, et le rejet des autres. Le franc-maçon s'élève au-dessus de toutes.

Concernant le 18ème Grade, il y a deux hypothèques à lever. Du fait que ce grade est pratiqué réellement, et que les symboles qui y sont présentés peuvent être considérés comme chrétiens, des réactions se manifestent selon deux directions.

Les premières actuellement, et les plus nombreuses viennent des maçons formés à l'école de l'anticléricalisme militant, et qui ont en raison des nécessités politiques et de la judicieuse libération de l'Etat de l'influence cléricale, adopté une attitude hostile à l'égard de ce qui touche de près ou de loin à la religion.

Les secondes sont inspirées à des croyants qui considèrent les allusions et les figurations se référant au christianisme comme des démarquages irrespectueux, et des pratiques caricaturales.

On peut comprendre les protestations de ceux qui croient retrouver dans la maçonnerie une sorte de religion parallèle, et donc rivale de leur propre église. Mais après tout, c'est une attitude parfaitement normale puisqu'elle ne se situe nullement au niveau de l'initiation maçonnique. Les rappels de l'influence et de la pensée symbolique chrétienne ne peuvent inspirer que du respect à ceux qui considèrent l'évolution humaine. Ceux qui sont demeurés étroitement conditionnés par leur formation religieuse s'affranchissent difficilement d'une réaction négative devant la profanation dont ils supposent que leurs symboles sont l'objet.

Les anticléricaux risquent eux de tomber dans une autre voie, qui est celle d'un cléricalisme renversé. Les chrétiens ont été porteurs d'une large culture, d'ailleurs inspirée de plus d'une civilisation. Ne pas tenter de comprendre en quoi le christianisme a apporté aux hommes une vision originale de la relation humaine c'est se priver d'une ressource intellectuelle et morale.

Les chrétiens d'ailleurs confondent trop souvent la Franc-Maçonnerie avec une dépendance de l'Église. Les anticléricaux ne voient pas que l'alliance maçonnique se situe au-delà des formes religieuses acceptées ou pratiquées. Les uns et les autres ne sont pas à même de suivre les observations des maçons spéculatifs qui ont rédigé la première charte maçonnique, et ne perçoivent pas l'esprit libéral qui doit inspirer le comportement des maçons à l'égard des religions.

Ils ne savent pas distinguer entre le cléricalisme qui naît de toute idéologie sans critique et la fraternité humaine, qui reconnaît en chaque homme une conscience libre.

Le Grade de Rose Croix devrait être considéré, pour être bien compris, au moins selon deux perspectives. Il est en effet d'une part une étape sur la voie initiatique que la tradition rappelle sous diverses formes, selon les lieux et les temps. Il est, d'autre part, la manifestation symbolique d'un moment particulier de l'équilibre spirituel des individus et des sociétés.

Sous son premier aspect en effet, il est le rappel de la prise en compte par l'Occident d'une conception monothéiste Judaïque et des apports grecs qui lui ont donné certains de ses caractères.

Sous son deuxième aspect, il est le passage de la volonté active et triomphante, à l'action désintéressée et au sacrifice.

Tant que l'on croit à une doctrine, on est lié d'une certaine façon à des facteurs extérieurs à soi. Le renouvellement de la personnalité, l'accès à la pure conscience de l'être, la mutation qui doit s'opérer, sur la voie de la libération afin que nous puissions parvenir jusqu'à la pure disponibilité ne peuvent s'effectuer que par le dépouillement progressif ou soudain, que par le renoncement de fait et de volonté et par l'acceptation de la condition humaine en toute sérénité.

Mais la plupart de nos actes demeurent orientés vers des objectifs dont la réalisation nous paraît nécessaire dans la mesure où elle est effective. Nous ne sommes pas prêts à agir sans nous soucier du succès, tout en apportant à nos actes la plénitude de notre attention, de notre volonté de réussite, et de notre conviction. Nous ne savons pas nous détacher des fruits de nos actes comme le souligne la BAHAGAVAT GITA. Ou plutôt, nous ne savons pas que ce qui résulte de nos actions est rarement ce que nous avons voulu, mais que le fait de vouloir et d'agir dans le sens que nous croyons le plus juste, le meilleur, et le plus efficace suffit à nous justifier.

Et devant ces deux difficultés, nous prenons la mesure du sacrifice qui doit être le nôtre.

Il n'y a aucune doctrine, aucune théorie politique, aucune religion, qui puisse éternellement définir les relations de l'homme avec ses semblables ou le situer par rapport à sa destinée cosmique. Cela n'empêche pas qu'il doive pour être, agir, croire et méditer. Cela signifie seulement la nécessité pour lui de tenir toute situation pour relative et la condition humaine comme éminemment transitoire. C'est en fait le passage obligé du matériel au spirituel.

Comme degré sur l'échelle initiatique, le Grade de Rose Croix se situe au moment crucial où l'être humain, en possession de ce qu'il considère comme des aptitudes, des connaissances, tant dans l'Ordre matériel, moral que spirituel, en somme, au moment où il est conscient de sa valeur et de son rôle se trouve soudain confronté aux assauts des forces réelles qui se manifestent dans l'univers.

Nous croyons bien nous connaître, nous portons sur nous et sur nos semblables des jugements assurés, nous avons le sentiment de ce qui est bien et de ce qui est mal, nous avons acquis la maîtrise d'un certain nombre de techniques, nous avons même la conviction de percevoir le but légitime de nos travaux, il ne nous reste qu'à aller de l'avant, et à témoigner par notre courage et notre valeur de la justesse de notre jugement.

C'est alors que nous découvrons le préalable à toute entreprise. Comment et par quoi se justifie notre action ? Comment pouvons nous être assuré de la légitimité de notre intervention dans l'ordre du monde, comment avoir la certitude que les souffrances que nous ferons endurer et que les efforts que nous nous imposerons iront dans le sens que nous souhaitons, et comment être sûr que ce sens est le bon ?

Avons-nous une raison d'agir qui soit acceptable non seulement pour l'individu que nous sommes, mais pour le groupe, mais pour l'humanité. Bref, sur la totalité des plans de l'existence.

Est-ce que nous avons le droit de créer, de troubler en quelque sorte l'ordonnance des choses. Pouvons-nous nous croire à l'origine de quelque chose de nouveau et de nécessaire. Savons-nous si nous servons la vérité ?

En fait, cette réaction critique est générale. En simplifiant, on peut donner de tout développement organique et spirituel le schéma suivant une période d'acquisition (croissance, conquête, enrichissement matériel ou intellectuel), une période d'opposition et de refus ou plus exactement de reflux (analyse empirique et objectivation brutale des modalités de la réaction, prise en main laborieuse, et réfléchie des outils et des moyens, confrontation des points de vues, rejet du superflu), enfin une période d'harmonisation, d'organisation, d'épanouissement et d'équilibre, qui est une maturation.

Mais entre la période d'acquisition et la période de maturation qui se succèdent dans un cycle continu, se place une période trouble, obscure et mystérieuse qui est celle de la gestation, et celle du dépassement. C'est à ce point que se réfère le 18ème Grade.

Le Grade de Rose Croix présente dans son unité, une figuration des trois moments de l'existence, en même temps que les moments obscurs des périodes de transition. Mais cette unité n'est pas perçue dans l'initiation pratiquée habituellement parce que les communications des grades précédents sont opérées en même temps que la cérémonie d'élévation au 18°. C'est un défaut que l'on peut corriger dès que les maçons travaillent en atelier de Perfection ou si l'atelier capitulaire prend le temps de consacrer à l'étude du grade une séance entière à chaque séance d'élévation. D'ailleurs, la cène qui clôture la tenue devrait inciter à donner à la réception des nouveaux chevaliers toute la solennité convenable.

Il faut considérer que par sa situation dans l'échelle initiatique ce grade est celui de l'opposition ou du refus plus exactement celui du combat, le Grade où le chevalier tente à la fois d'accomplir sa mission et de parfaire sa vocation au sacrifice.

C'est également le moment où l'on doit distinguer le caractère propre de l'initiation maçonnique. Elle ne conduit pas à l'illumination mystique. L'initié ne subit pas, il ne reçoit pas de l'extérieur un quelconque conditionnement qui le ravisse ou le plonge dans un univers religieux. Il est seulement mis en face de la nécessité de l'effort, de la purification par la lutte et par la souffrance, de l'intelligence et de l'amour indispensable à toute existence.

Il n'y a pas un Dieu qui tout à coup s'empare de l'âme du néophyte ou un démon qui l'enlève. Dans une confrontation dialectique de l'être et du monde, de la pensée et de l'action, de l'outil (de l'arme) et de l'idée, une maturation affective et spirituelle s'opère qui conduit non à la possession, non à la domination, mais à la maîtrise et à la libération.

Le chevalier se conquiert en même temps qu'il se libère de sa tâche, l'univers se révèle à lui, en même temps qu'il le parcourt à la recherche de sa vérité.

Ces voies, qui ici se croisent, sont celle de l'acceptation et celle de l'action. Et elles se conjuguent dans la Voie du milieu.

Possession, ravissement, maîtrise et compréhension s'accomplissent alors dans l'harmonie totale de l'être et du monde, dans l'amour et la vie.

Toutefois, dans la mesure où nous ne sommes pour la plupart que des novices, des apprentis, des débutants, il est vain d'espérer un aboutissement avant d'avoir reconnu les étapes. Il y a entre la voie mystique, la voie héroïque et la voie du milieu des écarts tels que l'on peut considérer les cheminements les uns par rapports aux autres pour les comprendre mieux.

Le caractère en quelque sorte positif de l'initiation maçonnique, cet aspect constructif qu'elle prend dès l'origine, nous conduit à situer le Grade de Rose Croix au cœur du drame vécu par le néophyte.

Comment être puisque tout est instable, fugitif, périssable ? Comment et pourquoi lutter puisque aucun triomphe n'est durable et que les édifices ou les entreprises les plus solides sont vouées à la destruction ?

Il y a là une occasion de découvrir le sens profond du sacrifice.

Entendons qu'à partir du moment où l'on combat pour sa cause, c'est que l'on est prêt à tout perdre pour son triomphe. Mais encore, qu'on est prêt à l'échec même, sans pour autant renoncer au combat. On est amené à considérer l'engagement que l'on a pris, en faveur de la cause que l'on défend, comme une valeur supérieure à la cause elle-même.

Que tout ce que nous sacrifions, que tout ce que nous dévouons, ce n'est pas à la cause en soi que nous le sacrifions ou que nous le dévouons, mais à l'idée que nous avons de la justice et de la vérité, qui nous ont fait accepter la défense de cette cause.

Nous ne luttons en fait que pour le devoir assumé en conscience. Nous acceptons d'être vaincu, mais nous n'acceptons pas de compromis avec notre conscience. Ce que l'on a cru vrai, et juste, seule notre conscience peut nous en délivrer par une perception plus juste et plus vraie du devoir.

L'action en elle-même est aveugle. Elle est moyen. La résignation, I'acceptation, la contemplation même, ne nous conduisent à aucune des réalisations nécessaires à la vie. Elles permettent l'accomplissement mystique, mais non l'affrontement des réalités.

La voie du milieu tient de l'une et de l'autre en ce sens qu'elle tente leur conciliation par l'usage qu'elle fait de l'action et de la méditation en fonction de la nécessité.

Cela ne va pas sans conflit. Et c'est précisément ce conflit, et le rouge, et le feu, et l'épée en sont les symboles parlants c'est précisément ce conflit que la Rose Croix essaie de résoudre.

Il y a là une rencontre où toutes les possibilités se trouvent rassemblées. L'héroïsme du combattant, le dépouillement et le sacrifice du vaincu, la prudence, la persévérance, l'espérance et la détermination du sage dans la voie que sa conscience lui dicte.

Mais la rencontre n'est jamais qu'un moment. A partir de celui où la Rose et la Croix se trouvent réunies, les divergences recommencent. La séparation douloureuse et inévitable entre le mystique et le réaliste, d'une part, entre le héros et le saint, d'autre part (la voie moyenne étant celle où le sage et le réaliste essaient de composer avec la foi une personnalité viable), cette séparation devient le moyen même de la poursuite dans l'une ou l'autre des directions de la quête.

Evidemment, le sectarisme et l'incompréhension ont déformé les intentions et travesti le vocabulaire. Sans doute, du ternaire, nous privilégions le terme médian essayant de dépasser les deux extrêmes sans prétendre d'ailleurs jamais y parvenir avec certitude. Mais, c'est que les deux options extrêmes se prêtent à cette opération. L'une et l'autre en effet impliquent l'oubli de soi, I'abnégation, I'abandon des biens de ce monde, le sacrifice de la vie, la retenue, le dépouillement, I'attente, le refus.

L'option intermédiaire, elle, s'accompagne de doute et d'insatisfaction.

Parce qu'ils affrontent des forces qui les dépassent, parce qu'ils essayent d'affirmer la présence de l'homme dans le concert des puissances, les uns sont déchirés et mis sur la croix. Parce qu'ils aspirent à toujours plus de clarté, à toujours plus de pureté et de liberté, les autres perdent jusqu'au plus précieux de l'être, comme une rose qui s'effeuille.

Le saint est un défi comme l'est le héros. Et le monde vit de ce défi au double et impossible sens dans le quotidien dominé et accompli en perspective.

Le Grade de Rose Croix, à la fois mystique et actif, confrontant l'initié avec le mystère, I'inconnu, I'inconnaissable, en même temps qu'il se donne à l'action, au combat et qu'il travaille à l'impossible victoire est le grade crucial par excellence. Il engage à la recherche de ce qui nous dépasse dans le monde matériel et spirituel et nous oppose à ce qui se manifeste. C'est la quête d'une parole qui répondrait à nos questions. C'est l'épreuve, comme moyen, de la vérité.

Chacun en effet doit connaître les affrontements et la lutte, faire les choix, prendre les décisions, s'en fortifier même, afin de donner la mesure de lui-même, sans autre certitude sinon que la seule vertu est dans le don de soi. Qui est l'amour de tout au monde.

Le Grade de Rose Croix nous fait toucher à la fois les limites du rationnel et l'infini de l'irrationnel.

Quand je dis qu'il nous fait toucher, c'est évidemment une image. En réalité cette figuration répond aux antinomies de la raison pure et au problème du mal sur le plan mystique, et d'une façon plus générale à toutes les manifestations de la complémentarité des contraires, de la conjonction des opposés, et aux renversements des valeurs.

Ni les unes ni les autres n'ont de solution sinon que le monde existe et les porte en lui. Elles sont le caractère spécifique de la vie.

On comprend qu'on ait pu dire des savants à la fois mystiques et rationalistes des 17ème et 18ème siècles qu'ils tenaient à la tradition rosicrucienne de bien des façons. Hegel exprimait cette ambiguïté symbolique de la manière suivante « Reconnaître la raison comme la rose dans la croix de la souffrance présente, et se réjouir d'elle, c'est la vision médiatrice qui réconcilie avec la réalité, c'est elle, que procure la philosophie de ceux qui ont senti la nécessite intérieure de concevoir et de conserver la liberté subjective dans ce qui est substantiel, et de ne pas laisser la liberté subjective dans le contingent et le particulier-, de la mettre dans ce qui est en soi et pour soi. »

Hegel exprime là le souci de donner à notre existence non seulement une signification, mais une efficacité. La raison est en l'homme et dans les choses, comme la liberté. Mais la douleur est le prix dont nous payons notre volonté d'être de ce monde.

Acceptation de la condition humaine dans sa dualité dialectique, confirmée par les symboles dont se soutient l'initiation au grade de Rose Croix, voilà ce qui est le propos du chevalier.

Les voyages manifestent à la fois les impératifs de l'espace et ceux de la durée, sans lesquels les contradictions ne sont jamais résolues. Ces voyages sont le préalable au progrès, car, dans une certaine mesure, ils sont le progrès même. Le cheminement nécessaire à toute action comme à toute réflexion.

Dans le cas particulier de ce grade, le propos de la quête, cette parole perdue, fait problème. Y a-t-il eu une Parole? Les hommes savaient-ils dans l'Etat d'innocence ?

Au commencement était l'Esprit, au commencement était le Verbe, au commencement était l'action ! Mais pourquoi pas Au commencement était la fin ? Les cycles, et le symbole du Serpent OROBOUROS nous inspirent sans doute cette notion difficile : il n'y a pas de commencement.

Alors la Parole ? Le chef, celui qui sait ou celui qui ordonne la connaît-il ? Ont-ils « le mot de la Fin ! »

Le chef n'est la plupart du temps qu'un « interprète. » Il n'est pas la Vérité, ni la Loi. Sans la parole au sens le plus large, tout moyen de communiquer, du geste à la législation, de l'éducation à l'imitation, sans la parole le chef n'a plus qu'une légitimité relative, une autorité douteuse, mais les hommes n'ont plus de but, et le combat n'a plus de sens.

La recherche est-elle assurée ?

Le Lama de KIM l'atteste : la recherche est sûre. Comment saurions nous cependant ce que nous cherchons si nous ne savions pas que ce que nous cherchons existe ?

Oui, mais cette parole qui donne sens à l'action, qui permet l'association des hommes en communautés, qui fonde l'autorité et la légitime, parce qu'elle est à la fois le moyen et l'expression de l'intelligence: cette parole, est-elle perdue, et par qui, et pourquoi ?

HIRAM a gardé le secret. Malgré lui sans doute. Ce que cherchaient les compagnons ce n'était pas la Parole, c'était le mot de passe, le Truc qui assurait le commandement : bref, ils voulaient le pouvoir non la Connaissance. Combien sont-ils qui n'aspirent qu'aux signes ?

Il y avait bien là quelque pressentiment du secret véritable, mais tel qu'il transparaît, dégradé, et avili, aux yeux des profanes.

Seulement, en tuant le maître, les compagnons ont occulté la transmission du Vrai savoir. Ils ont interrompu la tradition de l'Art Royal.

Et seules l'étude, la méditation et l'intelligence des choses permettent d'en reconstituer des aspects et d'en composer certains éléments.

La marche mesurée et prudente des générations, les efforts des travailleurs, des chercheurs et des sages ont été interrompus par la violence. La source de l'autorité, les facteurs de l'Ordre, les moyens de la liberté, la voix de la sagesse ont été étouffés et détruits.

D'autres figurations évoquent pareille occultation. Le dragon qui garde l'entrée du Sanctuaire, le labyrinthe qui rend infructueuse la possible découverte, mais aussi cette Tour de Babel qui demeure dressée comme une énigme au seuil de l'histoire.

Quel est l'obstacle que les hommes ont à surmonter pour comprendre et pour se comprendre ? Suffirait-il de parler la même langue pour former une communauté ? Ne reposent-elles pas, les communautés que nous connaissons, sur de tels malentendus qu'il est parfois difficile de prétendre que le langage suffit. D'ailleurs, peut-on croire que le langage est inspiré seulement par la volonté de chacun d'être compris de tous ? N'y a-t-il pas dans la recherche du langage, une volonté d'occulter la relation générale au bénéfice d'une relation particulière ?

Les différentes interprétations possibles du sigle I.N.R.I. sont d'ailleurs le symbole de la multivalence des paroles. Et de la dissimulation des choses par les mots ?

Certes, la puissance du mot, du maître mot est reconnue. Nous retrouvons dans ce symbolisme la notion primitive selon laquelle donner un nom, nommer, c'est révéler, c'est faire accéder à l'existence. Une grande part de la signification du baptême provient de cette conception.

Elle est d'ailleurs hautement fondée, ne serait-ce que par le fait que les dénombrements n'ont de sens que s'il y a eu identification, par un nom, isolé, défini, limité à l'objet dénombré. L'analyse n'est pas possible sans le mot, pour celui qui ne dispose que du langage courant.

La parole perdue c'est le « SESAME » qui est la clé, qui représente I'espérance, et qui ouvre les portes de la connaissance.

Il est significatif toutefois que cette parole, dans le mimodrame de la cérémonie, et au cours de chaque tenue Chapitrale, soit retrouvée.

Est-ce à dire que le Rose Croix considère la recherche comme un jeu convenu, dans le genre de ceux que l'on se propose à titre de divertissements et dont on connaît la solution à l'avance ?

Il y aurait là une puérilité hors de propos ou une suffisance étrange, car la nécessité de recommencer confinerait au ridicule, et l'effort d'intercommunication, à une impuissance radicalement reconnue.

En fait, comme le disent les vieux rituels, c'est la parole substituée que nous valorisons, en la prenant pour la parole suprême.

Nous avons trouvé un moyen qui vaut ce qu'il vaut de poursuivre l'œuvre. Et nous verrons bien où nous sommes conduits.

Toute parole n'est qu'un moyen, et provisoire. Dans l'initiation maçonnique la parole trouvée est celle d'un moment de l'histoire de l'humanité en route vers l'unité et l'amour. Mais dans quelle mesure peut-on assurer que cet objectif est l'objectif absolu, celui vers lequel tendent les forces de la Vie ou celles de la Nature, ou celles de l'Univers. Si le monde se perpétue par l'amour, il se fortifie par la lutte. Le signe chrétien est-il le symbole même de la Vérité ou seulement celui de la Foi ?

Alors, pourquoi dans l'initiation maçonnique ces quatre lettres: I.N.R.I. et non pas d'autres ?

C'est que nous avons là l'évocation d'un grand moment. Non pas celui de la crucifixion, mais celui de la chrétienté.

Le christianisme a représenté un espoir de dépasser par une transposition dans l'abstrait, et dans l'imaginaire, les rapports entre les hommes ceux que nous définissons par les termes d'esclavage, et de dignité.

Que les conditions économiques aient permis l'ascension du travailleur à une condition plus libre ne suffirait pas. Il fallait encore que fussent reconnue la qualité d'homme et le caractère sacré de la personne. Cela n'est pas encore entièrement admis à ce jour.

Aussi, peut-on dire que le christianisme, sans y avoir complètement réussi, a au moins servi de véhicule à cette idée: la reconnaissance de l'autre.

Mais demeure ouverte la plaie que constituent le mal et la souffrance. Le christianisme n'a pas répondu. L'homme souffre, ce monde est une vallée de larmes, il faut nous résigner, accepter la douleur comme le lot réservé à l'humanité. Le salut n'est possible qu'au delà de la vie terrestre. Mais cette souffrance vient de dieu. Il faut donc l'aimer.

Sans doute est-ce là une attitude moins dure que celle du stoïcisme qui l'a précédée. Le stoïcien récuse toute espérance. Le chrétien voit une rémission et une rédemption. Mais cette réponse est assez décevante du point de vue logique. Que savons-nous de l'au-delà? Par contre, il est sur terre des résurrections, et des rémissions dont nous pouvons toujours prendre conscience si notre volonté n'abdique pas.

Comment en effet souffrir, comment aimer celui par qui l'on souffre, comment le remercier de la douleur qu'il nous envoie, ce Dieu tout amour ? Peut-être faut-il simplement avoir la force de dominer le mal et de recommencer. C'est la détermination constructive.

La réponse de la tradition est plus ancienne que la réponse du christianisme, et elle tient toute dans la certitude que l'on doit passer par le feu pour retrouver la vie. C'est dans le combat et l'épreuve que les forces se régénèrent. L'épreuve suprême, le dépouillement total symbolisé par la Rose, et repris par l'image du Pélican, apporte l'indication selon laquelle il ne faut voir dans la souffrance qu'un passage-ce que n'a fait qu'entrevoir le christianisme un passage vers ce qui est ce monde, et non au delà de lui, un passage vers notre rédemption ici bas.

L'épreuve n'est pas châtiment, mais défi, elle est souffrance, certes, mais exaltation et délivrance. L'homme doit dépasser sa peur, son mal, ses faiblesses.

C'est parce que l'épreuve la plus dure est celle qui nous grandit le plus que tout en ce monde a une double signification, un double visage, une double vertu. C'est dans le combat que l'on trouve la paix.

Par ailleurs, tout a été dit sur la Croix, tant du point de vue mystique que du point de vue rationnel. Perpendiculaire, infinis du temps et de l'espace, du haut et du bas, de l'orient et de l'occident, écartèlement de l'homme aux quatre pôles de la réalité devant les mystères etc...

Peut-être faut-il opposer sa couleur noire au rouge de la Rose. Cette opposition soulignerait le double caractère du symbole, divin et humain. Entendons, de ce qui nous dépasse et de ce qui nous touche.

Peut-être au contraire faudrait-il opposer les angles de la croix aux courbes de la Rose ? Comme la rigueur à la souplesse, la justice à l'équité, la logique à l'intuition ?

Quant à la Rose, elle porte avec elle en dehors de sa valeur mystique tout le cortège de souvenirs des Romans de la Rose, de la Guerre des Deux Roses. Elle transpose sur le plan esthétique le chardon de Durer, I'oignon dont Gœthe reprend la valeur symbolique dans le Serpent Vert.

La Rose est essentiellement la beauté qui s'évanouit, la grâce qui se dissipe. Comme l'oignon, qui se défait par écailles successives, la rose fait songer à la précieuse pierre cachée sous des feuilles d'emballages, que l'on enlève une à une, au cœur si bien protégé par des enveloppes multiples, bref à la nécessité pour atteindre au trésor de dépouiller peu à peu les apparences protectrices.

La question demeure de savoir si l'important est dans ce que l'on trouve ou bien dans l'acceptation religieuse du néant que l'on découvre enfin. La grande loi étant que nous sommes de toute façon condamnés à tout perdre pour découvrir l'essentiel.

Une place doit être accordée au signe et au contre signe dans toute considération sur le symbolisme Rosicrucien. C'est là une indication indispensable à l'initié sur la voie de la connaissance traditionnelle.

Joindre le ciel et la terre, la pensée et l'action, rapprocher les extrêmes, donner aux contraires le lien qui leur manquait pour se trouver réunis dans l'esprit, accorder à ce qui est en haut et à ce qui est en bas la même importance, unir ce qui est séparé, et par le moyen de l'homme autant de suggestions, autant d'interprétations, autant d'enseignements indispensables à l'intelligence de l'homme. Le bon pasteur, celui qui reçoit, protège, et donne, celui qui se dépouille et qui garde dans la paix et la sérénité le bien le plus précieux, I'agneau du sacrifice.

Ce sacrifice s'accomplit dans le repas symbolique. La Cène qui lui donne sa résonance, à la fois païenne et mystique. C'est là l'expression de la communion des forces terrestres et des forces divines qui s'accomplit dans l'absorption des aliments. La transmutation véritable de la matière à la vie, c'est dans le repas qu'elle trouve sa représentation.

Certes, il y a d'autres assimilations que celles du Pain et du Vin, de l'agneau et de la farine. Mais c'est dans la mesure où la mort prépare la vie que se trouve décrit le cycle. Edification, combat, sacrifice. Enfin résurrection. C'est par-là que le grade de Rose Croix atteint aux constantes universelles.

Il apporte en définitive à l'initié l'essentiel sous forme de rites (Passage, quête, création naissance et mort résurrection) et sous forme de mythes. (Parole, cène, pélican, phénix.) Il est chevaleresque dans sa forme et mystique dans son caractère, c'est-à-dire qu'il est un accomplissement.

C'est la pierre de touche du maçon. Non que les grades d'apprenti, de compagnon et de maître ne puissent fournir des indications aussi riches et aussi complexes, mais parce que le Grade de Rose Croix donne à la quête une ouverture sur le mystère de l'Etre. Le Temple n'est plus l'essentiel alors qu'en fait-il est au cœur même du symbolisme Rosicrucien.

C'est le sens même de notre construction que le chevalier cherche à protéger des atteintes des forces obscures.

Ces forces, mal définies, le chevalier les combat avec des armes encore mal éprouvées. L'égoïsme, I'orgueil, le désir de gloire et de puissance sont des attitudes suspectes. Le sacrifice est la loi du chevalier qui n'a pour sauvegarde que sa Foi, son espérance, et sa charité.

Une institution qui réunit des individus profondément sincères et vrais dans leurs aspirations communes est d'un grand secours pour tous ses membres.

Cependant, si par sa constitution elle offre un refuge à ceux qui ont simplement les mêmes habitudes, et ne sont pas unis dans la même foi véritable, elle devient nécessairement une pépinière d'hypocrisie et de mensonge.

C'est un truisme de dire que le caractère de la majorité des membres d'une communauté détermine la hauteur de ses idéaux.

Une institution qui ne choisit pas ses matériaux et possède une avidité excessive pour son propre accroissement, très fréquemment devient simplement l'organisme le plus efficace pour exprimer la passion collective de ses membres.

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