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Hauts Grades

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28ème degré REAA : Le Tableau de Loge du degré

25 Juin 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Planches

Depuis la création du 28ème degré vers 1750, plusieurs Tableaux de Loge se sont succédés, reflétant les idées philosophiques et religieuses des époques et les sens différents donnés aux symboles par leurs initiateurs. Le Tableau de Loge actuel, tout en reprenant les symboles initiaux, les structure pour mettre en valeur l’œuvre des Philosophes, au double sens de philosophes et d’alchimistes, à la fois « amoureux de la Sagesse » et « artistes en fonderies et alliages de métaux » (le mot « alchimie » provenant selon le philologue Hermann Diels du grec ancien chumeia/chêmeia signifiant "art de fondre et d’allier les métaux").
Comme l’a exposé C.G.Yung dans « Psychologie et Alchimie », dans les anciens textes alchimiques latins et les œuvres arabes et grecques encore plus anciennes, l’alchimiste, au cours du processus d’« individuation », cherche le secret de la matière et projette son propre inconscient dans l’essence de celle-ci. Dans ces écrits apparaît la « Sapientia Dei », la Sagesse de Dieu, figure gnostique identifiée à Marie et à l’« anima », l’âme dans la matière, qui joue le rôle de médiatrice dans toute expérience de l’inconscient, représentée par une « silhouette féminine » évoluant sur le Tableau de Loge entre le « Stibium » et le « Spiritus ». Dans le processus d’individuation, l’alchimiste « amoureux de la Sagesse » doit s’unir avec elle pour donner naissance à la Pierre, équivalent du symbole chrétien du Christ. Mais si le symbole du Christ reste soustrait à la réalité terrestre effective de l’individu, la Pierre englobe à la fois l’aspect lumineux et l’aspect obscur de la totalité humaine.
L’alchimiste doit prendre soin de l’anima, cette silhouette féminine sur le Tableau pressant de la main son vêtement qui symbolise « le corps du minerai », la « materia prima », c’est-à-dire certaines obscurités dont l’élimination joue un grand rôle en tant que préliminaires de l’Œuvre. « L’alchimiste travaillant à purifier ce vêtement doit veiller à ne pas le détruire par un feu trop fort, ou par tout autre processus de purification trop violent, au lieu de le nettoyer. Car c’est à partir de lui que sera fondue ou distillée « l’âme » fluide « des métaux », c’est-à-dire l’« eau ». (Marie-Louise Von Franz : Aurora Consurgens). Jung cite une parabole du Mysterium de Henricus Madathanus où « une vielle femme apparaît en rêve à l’opérateur et l’exhorte à ne pas mépriser ses vêtements, de sorte que, sans en connaître le sens, il les conserve avec lui jusqu’à ce qu’il trouve enfin la clé, le « lixivium » (lessive) permettant de les purifier et de les préparer pour conquérir l’épouse, la plus belle des « colombes » du harem de Salomon ». N’est-ce pas celle qui sur le Tableau de Loge symbolise le Spiritus et s’apprête à « fondre » sur l’Anima ?
Ce vêtement se purifie aussi dans l’Océan insondable qui entoure la Terre, représenté par l’Ouroboros dans l’imagination antique et médiévale, symbole d’une distillation circulaire, figurant à l’Orient des Temples en Chapitre. Les eaux sont ainsi sublimées pour s’élever et retomber par cycles en pluie vivifiante ou rosée, et pour que s’infiltre dans la Terre cette « eau germinale » à partir de laquelle est produite une nourriture terrestre et spirituelle semblable au pain et au vin partagés par les ChR+C lors de la Cérémonie de la Cène.
Marie-Louise Von Franz reprend l’analyse jungienne de ce « processus de sublimation souvent comparé à l’ascension d’une « pluie vivifiante » dont le produit « retombe » par la suite. Alors les cieux « distillent, c’est-à-dire gouttent de nouveau vers la terre et proclament sur terre la gloire de Dieu », gloire comprise de celui-là seul qui connaît « la manière dont les cieux sont nés de la terre », en d’autres termes celui qui connaît le processus alchimique de sublimation imitant la cosmogonie, l’œuvre de création divine ». L’eau divine dans son aspect chaotique disparaît alors, pour laisser apparaître « une autre terre, la maison aux trésors de la Sagesse ou la Jérusalem céleste, la cité de Dieu, identifiée à l’homme intérieur immortel, à Adam, ou à l’esprit de quiconque reçoit le don du Saint-Esprit ». Dans cette cité en esprit, l’eau canalisée jaillit désormais en fontaine de vie éternelle, comme l’eau du fleuve qui traverse le globe terrestre du Tableau de Loge et symbolise « l’utilité des passions qui sont nécessaires à l’homme pendant le cours de sa vie comme les eaux sont utiles à la terre pour la faire fructifier ».
Sur cette nouvelle terre, à l’Adam composé des quatre éléments (Terre, Eau, Air, Feu), périssable et pouvant facilement se désintégrer, succède alors le second Adam, procédant d’un cinquième élément né de la circulation des quatre autres. Ces quatre éléments encadrent précisément le globe terrestre au centre du Tableau de Loge. « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ce que l’esprit de l’enseignement dit aux enfants de la science au sujet de l’Adam terrestre et de l’Adam céleste, ce à quoi les philosophes font allusion par ces mots : Quand tu auras obtenu l’eau à partir de la terre, l’air à partir de l’eau, le feu à partir de l’air, la terre à partir du feu, alors tu possèderas l’art dans sa plénitude et dans sa perfection. » (Aurora Consurgens attribué à Saint Thomas d’Aquin)
C’est le second Adam qui préside le Conseil, la Loge des Chevaliers du Soleil, et représente le premier Roi du monde. Constitué des éléments sublimés et unifiés, il unit en lui leurs qualités faites de couples d’opposés chaud et froid, sec et humide, actif et passif, activant « le feu aqueux », « l’eau sèche ». Il est aussi mâle et femelle, androgyne, et se manifeste tantôt comme roi céleste ou Christ ressuscité, et tantôt comme Sapientia Dei, c’est-à-dire en termes alchimiques comme Terre ou âme du monde. L’unification des quatre éléments dans la « quinte-essence », substance immortelle du second Adam, s’accomplit dans l’« au-delà », en un moment qui équivaut pour l’homme ordinaire à l’instant de la mort. Le premier Adam mortel se tient encore sur le seuil, mais le pas suivant, qui équivaut au passage dans l’Eden, est déjà accompli par le second Adam, l’Eden représentant le Conseil.
La Sagesse de Dieu n’est alors plus seulement une idée pour le Second Adam, mais une réalité psychique qui manifeste son existence dans un sens beaucoup plus profond, selon lequel la Sagesse est une « nature très véritable », la Vérité des Philosophes représentée dans ce Conseil par son Orateur, le Frère Vérité. Le langage symbolique permet de décrire cet élément numineux dans son actualité individuelle. De même que les quatre éléments se condensent jusqu’à la forme de Terre (présente au centre du Tableau de Loge), de même que la révélation reçoit une forme réelle dans la connaissance naturelle, la Vérité est ici comprise comme une substance divine cachée dans la matière même, « la nature liquéfiée avec ses métaux ». « La Sagesse est d’une part la Vérité divine qui inspire les alchimistes et, c’est d’autre part une donnée physique de la nature qui a besoin d’être élaborée et parfaite par l’œuvre de l’artiste. Elle est dotée de tous les attributs de la divinité : elle est à la fois l’élément le plus haut et le plus bas, celui qui illumine, celui qui guide vers Dieu, tout en étant un élément caché dans la matière (dans l’inconscient) qui ne peut être libéré que par extraction (c’est-à-dire par la réalisation de la conscience). » (Von Franz, AC)
La Terre du Tableau de Loge reçoit les forces célestes planétaires descendues désormais en son centre sous la forme des métaux. Selon une conception médiévale largement répandue, les métaux sont en effet issus d’influences des planètes sur la terre. Mais « la véritable sagesse nous enseigne à ne point juger des choses (et les métaux) selon leur prix, l’agrément qu’on en reçoit, la beauté de leur aspect. Elle nous conduit à estimer dans l’homme le mérite personnel, non le dehors ou la condition, et dans les corps la qualité spirituelle qu’ils tiennent cachée en eux. Aux yeux du sage, le fer, ce paria de l’industrie humaine, est incomparablement plus noble que l’or, et l’or plus méprisable que le plomb. » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales) Ainsi la première des sept planètes entourant le soleil du Tableau de Loge est Saturne, auquel est rattaché le plomb, puis viennent six autres planètes et leurs métaux : Jupiter et l’étain, Mars et le fer, Vénus et le cuivre, la Lune et l’argent, Mercure et le vif-argent, et la Terre qui les concentre tous.
Pour glorifier la dimension solaire de l’Œuvre au sommet du Tableau de Loge, la Terre est substituée au Soleil des régimes planétaires alchimiques traditionnels (Mercure, Saturne, Jupiter, Lune, Mars, Vénus, et Soleil), tout en respectant leur septénaire et le principe fondamental de l’Art : « Dans les métaux, par les métaux, avec les métaux, les métaux peuvent être perfectionnés », le métal ne doit être dissous « qu’à l’aide d’un solvant métallique, qui lui sera approprié et très voisin par la nature. Les semblables seuls agissent sur leurs semblables. » (Fulcanelli, DM) Saturne est considéré comme le meilleur agent dissolvant, l’Adam métallique, et l’Antimoine des sages comme son fils naturel et la racine des métaux.
La Terre et l’Antimoine, dont le même symbole hermétique est un cercle surmonté d’une croix, figurent au centre du Tableau de Loge sous la forme d’un globe terrestre « surplombé » par une croix autour de laquelle s’enroulent deux serpents. Juste au-dessus de la croix, la Terre apparaît également dans le groupe des sept planètes. Elle figure ainsi sous ses deux aspects fixe et mobile, d’une part la maison de la Sagesse, « fixation » de la quinte essence précédente, et d’autre part la « prima materia », mère des autres éléments symbolisés par les sept métaux. Dans sa structure le Tableau de Loge fixe ainsi les éléments de l’Œuvre tout en exprimant dans un double mouvement circulaire et vertical leur transformation.
L’Antimoine est un élément chimique semi-métallique souvent allié au plomb, présent dans de nombreux minéraux, sous forme d’oxydes ou de sulfures. D’aspect blanc argenté et cassant, il présente des propriétés intermédiaires entre celles des métaux et des non-métaux. C’est Pline l’Ancien qui aurait désigné le sulfure d’antimoine du nom latin de « stibium », en opérant une distinction entre la forme mâle, la stibine, et la forme femelle, décrite comme supérieure, plus lourde, et moins friable, l’antimoine métallique trouvé à l’état naturel. Appelé « mesdemet » dans l’Egypte antique, l’Antimoine était utilisé par les deux sexes et par toutes les classes sociales comme un fard à paupières pour protéger des rayons ardents et aveuglants du soleil, cet artifice leur faisait paraître les yeux plus larges.
Une étymologie du terme « Antimoine » propose le terme grec « antimonos », littéralement "contre un", se référant au fait que l’antimoine ne se trouve à l’état naturel qu’en tant qu’alliage, en particulier ici aux sept métaux entourant le soleil du Tableau de Loge. La préposition « anti » signifiant également « en face de » induit ici le sens de « en face de l’un », « en face du soleil », le Soleil représentant « l’Unité de l’Etre Suprême, l’unique et seule matière du Grand Œuvre de philosophie » (rituel du 28ème degré). Les Égyptiens illustraient ce regard par l’« oudja », l’œil solaire, l’un des emblèmes maçonniques figurant dès le premier degré au centre d’un triangle à l’Orient des Temples, jusqu’au bijou du Chevalier du Soleil où il figure dans un « triangle radieux en or ». C’est aussi l’œil de l’Aigle, car lui seul peut « fixer » sans crainte le soleil et « déclencher » (c’est-à-dire lever la clenche, le petit « levier substitué à la clé ») sous l’effet du feu la volatilisation progressive de cette « materia prima », cet Antimoine, dit le rituel, « principal élément de toute chose d’où l’on tire l’Alkaes, l’Œuvre des philosophes ».
Le Tableau de Loge renvoie alors aux sept marches à l’entrée du Temple, aux colonnes Jakin et Boaz, aux trois chandeliers, à la lettre I inscrite au fronton du Temple (à la place de l’œil), et à la figure humaine porteuse de l’Agneau. Le soleil et la lune de la partie supérieure du Tableau semblent ainsi transposés par défaut dans la symbolique des premiers degrés fondateurs de la Maçonnerie, et dans celle du Chapitre avec l’Agneau de l’Apocalypse : « La ville n’a pas besoin que brillent le soleil ni la lune, car la gloire de Dieu l’illumine et l’agneau est sa lampe. » (21,23-24) « Dans l’Apocalypse, les lumières terrestres du soleil et de la lune sont donc en quelque sorte remplacées par une lumière surnaturelle, qui est l’Agneau de Dieu. (« LUX EX TENEBRIS » du Tableau de Loge : « la lumière sortant des ténèbres ») Selon Saint Thomas d’Aquin, le ciel supérieur est ferme et transparent ; il possède une lumière diffuse, qui ne rayonne pas, mais qui est de nature subtile et qui a la clarté de la gloire, elle-même différente de la clarté qui règne dans la nature. » (Von Franz : AC)
Mais tandis que « dans la Bible la lumière « remplace » le soleil et la lune, elle est ici, conformément à la conception alchimique classique, « engendrée » par le soleil et la lune. Le Soleil est alors un symbole de la force démiurgique de Dieu et de la Vérité par lesquelles il créa l’univers. Il est le « noûs » cosmique qui transmet au cosmos le bien et la force de Dieu. Psychologiquement, le Soleil symbolise le fondement archétypique de la conscience humaine et de tout élargissement de conscience. » (id)
Les deux serpents, qui regardent dans des directions opposées et représentent les deux « racines » métalliques, entrelacent alors le montant vertical de la croix, la verge d’or de Mercure, l’esprit fixe où ils s’attachent pour être sublimés.

Source : www.patrick-carre-poesie.net

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Les Fondamentaux du RER (2)

18 Juin 2012 , Rédigé par CB Publié dans #Planches

 

2- RER : Quel ésotérisme chrétien ?

Il y a 1 mois, je concluais mon 1er moëllon d’architecture sur «les fondamentaux du RER » par cette citation du recès du Convent de WILHEMBAD en 1782 : " La vraie tendance du Régime Rectifié est et doit rester une ardente aspiration à l’établissement de la cité des hommes spiritualistes, pratiquant la morale du Christianisme primitif, dégagée de tout dogmatisme et de toute liaison avec une Eglise quelle qu’elle soit "...Bien évidemment, cette rédaction était de la main de Willermoz , deus ex machina qui, comme nous l’avons vu, étant ultérieurement chargé de la rédaction définitive des textes fondateurs par ses mandants que son dévouement à la cause dispensaient de déperdition d’énergie, profita en plus de son exceptionnelle longévité pour interpréter à sa guise son mandat après le décès desdits mandataires. Il n’en demeure pas moins que cette notion de «Christianisme primitif » dans un Rite dont la particularité exotérique est de se proclamer chrétien dès la réception –seul parmi tous les autres rites tout aussi chrétiens mais qui exigent une initiation- , ce «Christianisme primitif » fondateur demande clarification, notamment par rapport à la gnose chrétienne. Je vous propose donc ce soir d’approfondir cette notion de Christianisme primitif –ou «originel » selon la formule de Jean Tourniac- qui faisait aussi dire au F\ S\, 33e au R.E.A.A et C.B.C.S au RER. qui, en 1910, était de ceux qui réveillèrent en France le Rectifié endormi depuis 30 ans : «Personnellement, j'avoue que le libre-penseur et le libre croyant que j'ai toujours été n'a manifesté en entrant au Rite Rectifié, aucune hésitation ni aucun scrupule lorsqu’on lui a demandé de déclarer qu’il professait l'Esprit du Christianisme, surtout lorsque le Grand Prieuré a ajouté, qu’il s'agissait ici de l’Esprit du Christianisme Primitif résumé dans la maxime : «Aime ton prochain comme toi-même », et que l'Ordre se réclamait de cette morale, qualifiée chrétienne, mais commune à plusieurs religions du passé, à certaines écoles philosophiques grecques ou latines, et qui se résume dans «l'amour du prochain » ...
Ceci évacue quelques confusions basiques du genre religion/confession. A ceux qui douteraient encore, je propose :

Courrier de JBW à la Triple Union datée de pluviôse, ventôse, an XIII (1805)

"mais les loges doivent être des écoles de morale Chrétienne et non pas de catholicisme." Phrase soulignée dans le manuscrit. Cette citation est précédée de :

" ... que si depuis quelques siècles l'église romaine a eu intérêt de s'approprier exclusivement la dénomination d'Eglise, il n'était pas en son pouvoir d’affaiblir la valeur des paroles de J. C. qui a dit dans l’Evangile : Celui qui croit en moi et qui m'aime de tout son coeur, ne peut pas périr [souligné] ; qu’ainsi Dieu étant au-dessus des jugements humains, c'était à Dieu seul que les sages devaient abandonner le jugement de leurs FF qui trouveraient en son temps auprès de lui le prix de leurs vertus, de leurs erreurs »

Autre courrier de JBW à la Triple Union, 22 prairial an 12 (1804)

[l'Orateur (–c’est moi ;-)] “leur développera la morale maçonnique, qui étant fondée sur la morale chrétienne est utile à tous, mais les temples maçonniques étant ouverts à toutes les confessions chrétiennes, il se gardera de traiter d'aucun des points sur lesquels les opinions sont divisées entre elles, ...”

Last, but not least, quelques extraits de L’INSTRUCTION PARTICULIERE ET SECRETE A MON FILS POUR LUI ETRE COMMUNIQUEE LORSQU'IL AURA ATTEINT L'AGE DE PARFAITE VIRILITE, SI ALORS IL SE MONTRE DIGNE DE LA RECEVOIR, (c’est un titre !) de la main même de notre «père fondateur » JBW en 1818 –il n’avait alors que 88 ans ( !), mais n'étant plus menacé par les pouvoirs cléricaux d'avant la révolution, il s'offre enfin le luxe de s'exprimer en toute clarté ! On adhère ou pas mais au moins savons nous le fond (ou presque) de la pensée willermozienne :

«il s'agit de préparer votre esprit par des explications très peu connues aujourd'hui quoiqu'elles le fussent beaucoup dans les premiers siècles du christianisme, à apprécier dans sa juste valeur la doctrine religieuse et chrétienne (…). C'est là où se trouve l'origine des anciennes initiations secrètes, plus ou moins dégradées (…) suivant le génie des peuples qui les adoptèrent, dont on retrouve des vestiges dans toutes les parties du monde, qui ont même servi de base à la mythologie, qui furent dénaturées partout (…). Il se trouvera sans doute des hommes parmi ceux qui sont aujourd'hui spécialement et presque exclusivement préposés à l'enseignement (…) qui s'étonneront de nous voir placer sur la même ligne (…) l'étude des traditions religieuses écrites et celle des traditions non écrites, secrètement conservées et transmises dans tous les temps avec les plus grandes précautions et parvenues jusqu'à nous »

Sous la plume d’un homme que nous qualifierions aujourd’hui, de «grenouille de bénitier », difficile de comprendre des pensées qui à son époque lui auraient valu l’excommunication ! …Mais pas plus difficile que de comprendre pourquoi le même qui avait placé la charité chrétienne au sommet de son édifice doctrinal ne pouvait se permettre de consacrer tout son temps à ses spéculations que parce que ses canuts étaient enchaînés à leur métier à tisser…Considéré dans son essence chrétienne, le Rite nous situe au début de la tradition à laquelle il se rattache (le Christianisme et la Maçonnerie), en même temps qu'aux fins ultimes du déroulement cyclique de cette tradition. Or, il y a là, des " possibilités ", au sens guénonien du terme, qui sont encore insoupçonnées lors de la gestation du rite rectifié, sauf peut-être dans la vision quasi prophétique de certains, car il y a une sorte de " prophétisme ", au sens noble du terme, de la Maçonnerie rectifiée résultant de la conjonction des courants biblico-chrétiens et maçonnico-templiers ; un prophétisme découlant de l'ésotérisme du Rite.
Qui dit "ésotérisme" dit nécessairement perspective centrale, indépendante du contexte historique. Ce n'est donc plus le Rite Écossais Rectifié, figé dans une interprétation du XVIIIe siècle, qui nous interpelle, mais ce que ce Rite détient essentiellement et potentiellement par rapport aux conceptions initiatiques de la Maçonnerie et dans le cadre spécifique de l'ésotérisme chrétien. À cet égard, le Christ y est bien évidemment, et même de façon omniprésente, "le Christ". Mais, à ce niveau le plus éminent de tous, c'est la trinité du pouvoir prophétique, sacerdotal et royal du Verbe Éternel qui domine toute perception spirituelle liée à l'aspect strictement ecclésial. À ce degré de connaissance, le Messie-Rédempteur se révèle dans sa réalité première de "Centre de tous les Centres" selon le terme des litanies, ou de "Lieu des Possibles", deux expressions exprimant la même notion métaphysique. Or, comme le dit Jean Tourniac, qui ne voit qu'illuminé par ce soleil de pure intelligence divine, le Christianisme propre au Rite Rectifié, acquiert un rôle eschatologique –ultime- accordé à la vision prophétique ? Et qu'il évite de se muer en secte religieuse concurrente des églises dans le domaine qui est le leur et où s'exerce leur magistère incontesté. Je crois d'ailleurs avec Tourniac que les promoteurs du Rite ont envisagé ce danger de "cléricalisation" du Rite et que certains ont même entrevu cette dimension d'un prophétisme extra-temporel. Il y a chez Joseph de Maistre par exemple, un sens du prophétisme qui n'avait pas échappé à l'analyse de R. Guénon, qu’il se réfère au Christianisme né avant tous les siècles et dès lors hors de toute église, et à la "vraie Religion qui a bien plus de 18 siècles et qui naquit le jour que naquirent les jours", ou qu'il recommande de se tenir "prêts pour un événement immense dans l'ordre divin, vers lequel nous marchons à une vitesse accélérée qui doit frapper tous les observateurs" et d'ajouter "des oracles redoutables annoncent déjà que les temps sont arrivés". Le comte dépassait donc amplement les étroitesses exégétiques. Quant à Willermoz, sa lettre du 3 février 1873 montre qu’il ne sous-estimait pas les périls "sectarisants" du Rite. On en connaît le motif : Willermoz répond aux objections de Salzmann et B. de Turckheim qui souhaitaient la disparition de l'Ordre Intérieur de style trop immédiatement catholique à leurs yeux, mais désiraient conserver la "Profession" : L'argumentation willermozienne repose sur la nécessité de maintenir, au contraire, des paliers dans l'ascension rectifiée : il écrit : "que ferez-vous de ceux qui ont été mal choisis sinon des ennemis de l'Ordre et de ses principes qui, tout louables qu'ils sont par leur connexion avec la religion n'en deviendront que plus suspects au clergé et au gouvernement ? Comme il arrive aujourd'hui (…) où l'on reproche aux Grands Profès d'être les fauteurs d'une nouvelle secte de religion... et du moment qu'on mêle la religion à la maçonnerie, dans l'Ordre symbolique, on opérera sa ruine... Pour faire fructifier notre régime, nous mettons à découvert ses principes et son but particulier, nos discours oratoires deviennent des sermons, bientôt nos loges deviendront des églises ou des assemblées de piété religieuse... ce danger, mes amis, qui peut paraître chimérique est bien plus prochain qu'on pense…". Sans doute ce que Willermoz entend défendre dans cette lettre qu’Antoine Faivre qualifie justement de "capitale pour la compréhension du willermozisme", c'est la séparation entre l'ordre symbolique (comprenant le grade de Maître Écossais) et la grande Profession, en étageant, par progression, les affirmations chrétiennes du Rite qui ne culmineront qu'au sommet et au terme d'une montée doctrinale sélective. Nous n'en retiendrons que cette notion du danger de dérive sectaire lié à l'exclusivisme, voire à l’élitisme, périls sous-jacents à la spécificité religieuse du Rite, qu’un fondamentalisme intégriste pourrait oublier en confondant le respect des Rituels et de leur esprit avec l'adoration d'une Écriture Sainte et la vénération du pur littéralisme. Cette «exotérisation» du Rite est à l’opposé de sa réalité intrinsèquement ésotérique dont Guénon, entre autres, nous a fait connaître la nature cognitive -au sens de la gnose chrétienne, elle-même à l’opposé du gnosticisme hétérodoxe. D’ailleurs, toute la cosmogonie de Martinez de Pasqually peut-être assimilée à une gnose que Clément d’Alexandrie n’aurait pas renié, lui qui illustre avec Origène ce «Christianisme primitif» cher à JBW. Clément d’Alexandrie se propose en effet de nous enseigner «la gnose véritable», celle qui vient du Christ par la tradition apostolique, et que l’étude de l’Ecriture et la vie sacramentelle actualisent en nous. De même, le grand Origène nous parle de cette «gnose de Dieu» que peu d’hommes possèdent et par laquelle Moïse a pénétré dans la Ténèbre divine. Et il faut bien dire que lorsque JBW parle à son fils de traditions non écrites, secrètement conservées et transmises dans tous les temps, il fait directement référence aux textes apocryphes qui, chez les gnostiques chrétiens, constituaient un enseignement secret, conservé et transmis par la tradition orale. …Mais la gnose en tant que sujet de réflexion nous emmènerait trop loin, trop tard ! La notion même d'ésotérisme chrétien mériterait un morceau d'architecture particulier…Alors, VM, je me contenterai ce soir d’évoquer une interprétation du Rite qui échappe aux limites temporelles et mentales du milieu historique qui fut le sien en ce siècle, d'ailleurs fort peu traditionnel, de la Révolution française. Cette interprétation affirme tout aussi bien le Nom et la doctrine du Rédempteur, la foi en lui qui découle des rituels de Maître Écossais et de l'Ordre Intérieur, mais se trouve accordée aux données propres à l'ésotérisme et à l'Unité transcendante des diverses religions. D'aucuns qualifieraient cette interprétation d’"abrahamique" en ce qu'elle s'étend aux sémites de chair comme aux sémites en esprit appelés à cette grâce par Celui que révère le Rite Rectifié et qui tire son sacerdoce du Roi-Prêtre Melkitsedeq, ce mystérieux personnage qui n’apparaît qu’une fois dans la bible (Genèse 14 : 8) et dont Guénon fait le père de la "tradition primordiale".
Cette herméneutique du Rite et de sa substance rituelle, cette "sémiologie initiatique" sont à découvrir ultérieurement dans les deux paliers du Rite : l'Écossais de St-André et la Chevalerie de l'Ordre Intérieur. Vous me pardonnerez ce soir de ne pas insister, mais à regret, tant la frontière purement «administrative » entre les 4 grades constitutifs du RER empêche d’en saisir l’évidente logique. Disons simplement que l'herméneutique de notre Rite nous ouvre à la compréhension de " l'ésotérisme judéo-chrétien " qui le fonde. Exemple auquel nous devrions être sensibles : Paul (Romains 11, 24) s'adresse aux chrétiens de son temps en ces termes : " Si toi tu as été coupé de l'olivier sauvage et enté contrairement à ta nature sur l'olivier franc, à plus forte raison seront-ils entés - il s'agit des Juifs - selon leur propre nature, sur leur propre olivier". Certes l'Apôtre a en vue un événement qui touche au prophétisme, mais qui pourrait bien s'appliquer à une période où notre Rite aurait une place de choix, lors de la gloire de l'olive et qu'évoquent peut-être ces paroles de l'Ange à Zorobabel en Zaccharie 4, 11-14 : " Qui sont ces deux oliviers à la droite et à la gauche du chandelier ?...Il me dit : Ce sont les deux fils de l'onction qui se trouvent près du Seigneur de toute la Terre. " On sait que, dans la vision de Zaccharie, le Candélabre soutient sept lampes comme la Menorah, et que ce sont les sept yeux de l'Éternel qui parcourent toute la terre, alors que les deux fils de l'onction ou les deux oliviers sont Zorobabel et Jésus le Grand Prêtre.
Tourniac disait : «Comment ne pas entrevoir alors dans notre Rite une propédeutique à la grande rencontre, à la grande symbiose des deux peuples : juif et chrétien ?» Quant à l'intériorité doctrinale du Rite en entier, elle découle d'une propédeutique (=enseignement pour apprendre à apprendre) spirituelle, confortée par l'articulation des grades et elle tient dans cette identité, déjà signalée, des Temples de l'Homme, de l'Univers et de Salomon, des Temples terrestres et céleste, avec le "modèle christique" offert par le "divin Réparateur", terme typiquement martinéziste. Antoine Faivre notera justement dans son analyse de l'ésotérisme chrétien: "Au fond Willermoz a obtenu que les cadres de la Stricte Observance Templière servissent à l'enseignement des Coens" et c'est bien pour cela, comme qu'à l'époque de Willermoz la classe secrète de la Profession -qui n'avait point encore disparu- contenait "l'essentiel de la pensée martinéziste". Rappelons-nous encore que l’identité du Rite est faite de différents apports qui –cas unique et paradoxal- lui donnent sa cohérence. Le rite retient en effet :  

- de la Maçonnerie spéculative récemment apparue en Grande-Bretagne, les rituels, mots, signes et l'ésotérisme des constructeurs, l'initiation et les trois grades bien connus,
- de la " Stricte Observance Templière " et d'un Templarisme qui remonte peut-être au chapitre dit de Clermont quant à ses sources lointaines (mais qui prend corps à Unwürde en 1754 et aux Convents d'Altenberg en 1764, Kohlo en 1772, Brunswick en 1775 et Lyon en 1778), une ossature normative pour l'ensemble des grades et la référence chevaleresque et templière –sur laquelle nous reviendrons.
- de Martinez, une sève secrète, à résonance judéo-chrétienne et fond salomonien, présente dans l'enchaînement des maximes et des tableaux et qui, à l'époque de Willermoz, jaillit visiblement au niveau de la " Profession ", celle de Chevalier Profès et Grand Profès,
- de J. de Maistre, l'intégrité chrétienne et quasi confessionnelle, avec un pressentiment de l'Évangile éternel et de ce que nous pourrions appeler aujourd'hui la "Tradition Primordiale" dans la perspective de René Guénon,
- de St-Martin, une religiosité chrétienne très priante, voire mystique,
- du XVIIIe siècle français, certains concepts religieux de ce temps, infirmés de nos jours : ainsi la définition des " pharisiens ", la loi d'amour réservée au Nouveau Testament, l'abolition de l'Ancienne Loi, la notion de fraternité limitée aux seuls chrétiens en maçonnerie, l'immortalité de l'âme, qui n'appartient pas au Credo, originel mais est une conséquence de la Résurrection de la Chair - entendue au sens hébraïque du mot - et de la Vie éternelle ou Vie du "monde qui vient".

Ajoutons que l'"immortalité de l'âme" - à ne pas confondre avec l'âme supérieure ou âme d'immortalité -, est une notion platonicienne. Enfin on retiendra, outre les concepts religieux du "Siècle des lumières" (?), le goût de l'enflure verbale parfois élégante et celui du discours patriotique et redondant...Quant à la doctrine, il est patent qu'elle s'alimente à une source biblique et qu'elle suit l'économie et même la chronologie Testamentaire jusque dans la suite sérielle des Temples. Tout tient au fond dans la correspondance symbolique entre le Temple de l'Homme et celui de l'Univers, avec une matrice : le Temple de Salomon, puis une projection spirituelle qui va de la Milice de Terre Sainte à la Jérusalem céleste, enfin et d'abord, un modèle divin et éternel dans le Christ. Autre remarque, cette doctrine est admirablement ventilée et étagée dans les strates graduelles du Rite sans contradiction chronologique, sans anachronisme ou syncrétisme. Donc il s'agit véritablement d'un "Ordre" (et non d'un fourre-tout), d'une "cohérence" qui tranche dans un paysage maçonnique plutôt foisonnant. Sans doute, ce désir d'unicité organique et de spécificité religieuse fait-il peu de place à l'universalité de l'initiation maçonnique et à l'universalité traditionnelle d'un Art qui est d'autant moins catégoriel que l'ésotérisme est forcément Un ! Mais ceci, au fond, ne concerne plus la structure et les caractéristiques du Rite mais beaucoup plus les critères d'entendement et les motivations du siècle, en bref l'ouverture des esprits. On peut en effet penser avec Tourniac que le Christ est le Verbe divin incarné, qu'il est dans le Père et le Père en lui et que l'Esprit Saint est ce lien de l'un à l'autre... sans pour autant croire que l'Éternel n'est... que chrétien ! …Et, comme le dit notre excellent F.·. "Eques a silentio", l'Esprit souffle où il veut !

J'ai dit, V\ M\

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Les Fondamentaux du RER (1)

18 Juin 2012 , Rédigé par CB Publié dans #Planches

1 - l'ésotérisme chrétien du RER

Chacun d'entre nous a bien entendu gardé mémoire;-) de mon cycle de conférences;- concernant l'histoire du RER. Vous m'avez fait l'honneur de me demander, cette année, d'approfondir l'éducation de nos FF AA – et eux seuls;- en leur rappelant -car ils ont tous passé leur été à apprendre par cœur le rituel ;-)- ce que j'appelle les fondamentaux du RER; Car à quoi sert-il de connaître l'histoire si l'on ne sait pas de quoi ? De plus, le fonds de notre rite est d'autant plus important à pénétrer qu'il est la plupart du temps méconnu, quand il est connu mal compris, quand il est compris, mal interprété, parfois contesté, voire dévoyé;- parfois par ceux-là mêmes qui le pratiquent !A noter que nous avons la prétention d'être le seul Rite à connaître ces conflits plus ou moins feutrés.Je n'aurai pas celle de détenir une quelconque vérité sur le sujet, ne serait-ce que parce que convaincu que l'humilité est –ou devrait- en être l'une des vertus essentielles. Aussi ce qui suit doit être entendu comme étant perception purement personnelle, même si elle s'appuie sur de très saines lectures (j'y reviendrai)… Puisque vous m'avez autorisé un rythme ternaire, je répartirai à votre bon vouloir une savante gradation du politiquement correct à l'essentiel.Ce soir, je me contenterai donc d'aborder le politiquement correct, qui ne prête à aucune contestation, même si je cours le risque de démythifier voire démystifier quelques idées reçues : l'ésotérisme chrétien propre au RER, tout entier contenu dans sa doctrine.En effet, la principale spécificité de notre Rite et peut-être plus encore de notre Régime, avec sa classe chevaleresque ("l'aubier de l'arbre dont la FM est l'écorce" dixit ?), est de s'appuyer sur une doctrine -même si le mot fâche certains maçons, alors qu'étymologiquement, il n'a que le sens "d'enseignement". Or, toute la Maçonnerie est faite d'enseignements. Et singulièrement la Maçonnerie rectifiée, où cet enseignement est en quelque sorte le fil conducteur qui guide ses membres tout au long de leur parcours initiatique.'est que l'enseignement dispensé là est d'une nature particulière.Le Régime présente en effet la particularité remarquable, et probablement unique, de posséder en propre une doctrine de l'initiation, explicitement formulée et méthodiquement enseignée, grade par grade. Ainsi, en même temps qu'il fait avancer ses membres dans la voie de l'initiation, il leur dispense un enseignement théorique en forme de discours pédagogique sur le sujet de même de cette initiation.Cet enseignement – issu de la cosmogonie de Martinez de Pasqually - peut se résumer en 4 points:

1°) L'homme a été créé à l'image et à la ressemblance divine, et dans "l'état primitif glorieux" qui était alors le sien, il jouissait de l'immortalité et de la béatitude parfaite, parce qu'il était en "communication" directe et constante avec le Créateur, "en unité" avec lui, disent nos textes. C'est ce qu'exprime l'adjectif "glorieux", qui est à prendre dans le sens plénier qu'il a dans l'Ecriture, où la "gloire" manifeste la présence immédiate et lumineuse de Dieu.
Pour mémoire, pour tout Maçon "régulier", travailler à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, c'est travailler en présence de Dieu Créateur.
L'homme premier, revêtu de la lumière divine, c'est-à-dire participant aux "vertus et puissances qui sont dans l'essence divine" – et y participant sans être lui-même d'essence divine - avait pour destinée d'être le roi de cet univers créé par Dieu.

2°) Cet homme, par une décision de sa libre volonté, s'est détourné et séparé de son Créateur, et a donc chuté. En conséquence, il a perdu la ressemblance divine. Cependant l'image divine en lui subsiste inaltérée, parce que l'empreinte de Dieu est inaltérable. Cette image est déformée, devenue difforme, et c'est ce que symbolise le passage de l'Orient à l'Occident, de la lumière aux ténèbres, de l'unité à la multiplicité : Adam chassé de ce lieu de lumière et de paix complète qu'était le Paradis terrestre - sachant que le Paradis terrestre n'est en réalité pas un lieu, mais un état d'être. Cet homme coupé de son origine, Dieu, de son "vrai Orient", Willermoz, à la suite de Martinez, l'appelle l'homme "en privation". Et cette privation est absolue. Elle entraîne un double châtiment, châtiment exigé par la justice divine, mais auquel l'homme s'est condamné lui-même. Le premier est que l'homme n'est plus "en unité" avec Dieu, en communication immédiate et constante avec lui. C'est ce que nos textes désignent par la "mort intellectuelle" - étant entendu que, dans la langue du temps, "intellectuel" veut dire "spirituel", incorporel : nous dirions maintenant que l'homme déchu est en état de "mort spirituelle".
Mais il a encouru encore un deuxième châtiment. La mutation ontologique radicale que la chute de l'homme a provoquée en lui se manifeste aussi par le fait que le corps glorieux dont il était initialement revêtu, corps de lumière, "corps spirituel" (Corbin), se changea en un "corps de matière sujet à la corruption et à la mort". De sorte que, condamné à la mort spirituelle, il l'est de surcroît à la mort corporelle.
Dans cet état, il se trouve désormais pourvu d'une double nature : sa nature spirituelle, par laquelle il demeure image de Dieu, et qu'il a conservée ; et la nature "animale corporelle" que lui a value sa chute, et qui l'assimile aux "animaux terrestres". Et il est en proie à d'affreux tourments. Comme être spirituel, aspirant par toute sa nature à l'unité avec Dieu, il souffre indiciblement de sa rupture avec lui. Comme être animal, il est devenu l'esclave des sensations et besoins physiques et le jouet des forces et des éléments matériels. Enfin, comme être double, à la fois spirituel et animal, il est déchiré et écartelé par l'antagonisme entre les aspirations et tendances contraires de ses deux natures. Tragique est donc notre condition, mes FF.

3°) Cependant, nous avons la chance, au Régime Rectifié, que cette privation absolue qui eût dû, selon la justice divine, être définitive, ne le sera en réalité pas, à cause de l'entrée en jeu de la miséricorde ou clémence divine, laquelle se déploie aussitôt que l'homme se repent. Or, se repentir, c'est faire retour sur soi-même, c'est se retourner. C'est se détourner des ténèbres et faire de nouveau face à "l'Orient où se trouve la lumière". C'est se mettre en état de remonter à sa source, à son origine. Alors, le travail de l'initiation devient possible. Car l'initiation est un des moyens ménagés par la miséricorde divine - et cela dès après la chute - pour permettre à l'homme de recouvrer son état d'origine en rétablissant en lui la ressemblance à l'image divine, en restaurant en lui la conformité du type au prototype, de l'homme à Dieu. Comme l'écrit J.B.W. :
" Si l'homme s'était conservé dans la pureté de sa première origine, l'initiation n'aurait jamais eu lieu pour lui, et la vérité s'offrirait encore sans voile à ses regards, puisqu'il était né pour la contempler, et pour lui rendre un continuel hommage."
C'est pourquoi, est-il dit ailleurs, le "vrai, le seul but des initiations" est de "préparer" les initiés à "(découvrir) la seule route qui peut conduire l'homme dans son état primitif et le rétablir dans les droits qu'il a perdus". Texte à rapprocher de celui où Louis-Claude de Saint-Martin (disciple, comme Willermoz, de Martinez) expose que l'objet de l'initiation "est d'annuler la distance qui se trouve entre la lumière et l'homme, ou de le rapprocher de son principe en le rétablissant dans le même état où il était au commencement".

Voilà donc en quoi consiste cette liaison nécessaire entre chute de l'homme et initiation, réelle spécificité du RER. L'initiation est une conséquence de la chute : conséquence non pas fatale mais providentielle ; non pas obligée, mais voulue par la miséricorde divine pour contrecarrer cette chute et en annuler les effets. C'est un secours de la Providence à l'homme qui ne lui a jamais fait défaut tout au long de son histoire, et c'est pourquoi les formes successives que prit l'initiation au cours des temps - et la Maçonnerie en est une - furent en correspondance avec les vicissitudes temporelles de l'homme, sans cesse ballotté entre rechute et repentir.
D'où la nécessité d'un enseignement connexe à l'initiation. Il est destiné à faire prendre conscience à l'homme d'une part de son état présent, et d'autre part de l'état qui était le sien à l'origine, et qui peut redevenir le sien au terme. Le but est évident : produire en l'homme - en l'initié - un changement d'état de conscience, de façon à rendre possible le changement d'état d'être que doit réaliser le travail initiatique. Les deux - état de conscience et état d'être - sont liés. C'est le sens de cette formule de Joseph de Maistre dans son Mémoire au duc de Brunswick : " Le grand but de la Maçonnerie sera la science de l'homme ". D'étape en étape, de grade en grade, comme à l'intérieur de chaque grade, et cela dès celui d'apprenti, on constate ainsi que l'action rituelle se déroule à la fois simultanément et en continuité sur trois plans en correspondance constante : le passé, le présent, l'avenir ; l'origine et la destination premières de l'homme, son état actuel, ses fins dernières ; l'homme primitif glorieux, l'homme présent déchu, l'homme futur restauré dans sa gloire. C'est pourquoi le rituel s'appuie sur le thème de la construction du Temple, de sa destruction et de sa reconstruction, qui est la transposition en mode opératif du thème de la ressemblance à l'image, successivement perdue puis retrouvée - car, en dernière analyse, le Temple n'est autre chose que l'homme.
De même, étape après étape, selon une progression pédagogique parfaitement bien agencée, les instructions donnent un enseignement à chaque fois un peu plus poussé et, simultanément, rappellent en l'approfondissant l'enseignement dispensé antérieurement.
De plus tout est indiqué dès le départ. Ainsi, à celui qui n'est pas encore un apprenti, mais un candidat que l'on soumet aux épreuves préalables à sa réception, on délivre la "première maxime de l'Ordre", maxime qu'il aura à méditer sa vie durant :
"L'homme est l'image immortelle de Dieu ; mais qui pourra la reconnaître, s'il la défigure lui-même ?" D'autre part, la Règle maçonnique donnée à étudier à tous les apprentis les avertit
"Si les leçons que l'Ordre t'adresse pour te faciliter le chemin de la vérité et du bonheur se gravent profondément dans ton âme (...) tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine qui fut le partage de l'homme dans son état d'innocence, qui est le but du christianisme et dont l'initiation maçonnique fait son objet principal."

4°) Le quatrième et dernier enseignement de la doctrine est aussi le plus essentiel. Ce rétablissement, cette réintégration dans son "état primitif" et dans "les droits qu'il a perdus", l'homme peut-il l'opérer par lui seul ? Absolument pas. Ce serait, de sa part, se rendre coupable d'une entreprise orgueilleuse similaire à celle qui provoqua sa chute originelle. Cette réintégration, c'est-à-dire ce retour à l'intégrité première, exige la médiation d'un être qui, à l'instar de l'homme, soit doté d'une double nature, d'une part spirituelle, et d'autre part corporelle. Toutefois, à la différence de l'homme actuel, dont les deux natures sont l'une et l'autre "corrompues" par la chute, elles sont, chez cet être, toutes deux dans l'état de pureté, d'innocence et de perfection glorieuse où elles étaient initialement chez l'homme.
Tout le monde comprend de qui il s'agit et qui est ce que nos textes appellent le "divin Médiateur". Ils sont, sur son identité, parfaitement explicites, mais je n'irai pas plus loin dans leur évocation, laissant à chacun le bonheur de les découvrir au cours de son chemin initiatique.
Voilà donc enfin en quoi "l'Ordre est chrétien", et en quoi consiste son ésotérisme !…mais si cette "mise en équation" de la cosmogonie martinézienne par J.B. WILLERMOZ constitue l'ossature du système Rectifié rien n'interdit d'aller plus loin dans la réflexion herméneutique. Ainsi, déjà un simple rappel: La Maçonnerie a été originellement et est restée durablement chrétienne. Toutes les traces écrites depuis le manuscrit Regius, daté de la toute fin du XIVe siècle (env. 1390) le prouvent. Au 18ème siècle, le christianisme est le fondement même de toute la Maçonnerie. Il n'est alors pas une exception mais la normalité. Lorsque le Pasteur Anderson rédige ses fameuses "Constitutions" en 1723, ce qu'il a en vue, c'est ce christianisme primitif et universel dont saint Augustin avait -le premier avec autant de netteté- eu et formulé l'intuition, et qui se retrouvera chez les fondateurs du Régime Rectifié : Ainsi Joseph de Maistre dans son Mémoire au duc de Brunswick : "La vraie religion a bien plus de dix-huit siècles. Elle naquit le jour que naquirent les jours." La Franc-Maçonnerie est d'ailleurs demeurée chrétienne dans les Grandes Loges de Suède, du Danemark, de Norvège, partiellement de Finlande, ainsi que d'Allemagne. Chrétienne, la Franc-Maçonnerie l'est aussi encore au sommet de la plupart des Systèmes anglo-saxons, parmi lesquels les grades chevaleresques des Knights Templars, des Chevaliers de Malte , des Ordres de La Croix rouge de Constantin , du Saint-Sépulcre et de Saint-Jean l'Evangéliste, de l'Ordre Royal d'Ecosse ; de même le Rite Ecossais Ancien et Accepté dans son 33ème degré en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et au moins une G.L. États-Unienne , où sont chrétiens également les trois grades de chevalerie qui couronnent le Rite d'York. Tout comme les références chevaleresques, le Christianisme ne semble donc aucunement poser problème pour nos FF anglo-saxons qui vantent l'universalisme et l'esprit d'ouverture –tout comme nous ! Le Christianisme constituerait plutôt le substrat d'une tradition culturelle occidentale que seul en France le RER assume encore intégralement, y compris dans son ésotérisme chrétien qui recoupe bien d'autres hermétismes, dans une démarche aux antipodes de toute forme d'intégrisme…Par ailleurs, chacun connaît l'apport personnel de JBW dans la rédaction des Rituels, mais on connaît moins les "retouches" discrètes qu'il apporta à ceux issus de Wilhemsbad -en dehors de tout mandat : ajout de la religion chrétienne dans la première question d'Ordre, ajout de la mention du nom de baptême –et de celui du père !- dans les questions aux impétrants, clause de "fidélité à la Sainte Religion Chrétienne" de l'obligation, tout semble aller dans le même sens…Est-ce le "philosophe inconnu" qui lui inspira cette ultime révision pendant son séjour concomitant à Lyon ? Des notes de Willermoz le suggèrent . En tout cas la dernière version des rituels "bleus" en 1802 témoigne d'une imprégnation Coën jamais atteinte jusque là. Elle ne fut jamais soumise à l'approbation des supérieurs allemands de l'Ordre. Ce sont pourtant ces rituels qui auraient surpris bien des délégués au Convent, que nous utilisons de nos jours, d'autres Régimes Rectifiés francophones étant revenus à la V.O.…Le 4ème grade achevé en 1809 par Willermoz -alors octogénaire et bien solitaire- constitue une introduction très complète à la doctrine de Martinez et un prélude aux enseignements de la (Grande) Profession, que n'avaient jamais, et pour cause, prévus les députés au Convent… Ces textes étaient l'occasion d'expliciter enfin la filiation spirituelle de l'ensemble de l'œuvre et permettaient à Willermoz d'affirmer "L'Ordre est chrétien, il doit l'être et ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes libres disposés à le devenir de bonne foi".

Willermoz était certes un chrétien dévot et un catholique "militant", ce que n'étaient ni Martinez ni Saint-Martin, chrétiens eux aussi mais bien peu "orthodoxes". Les rituels qu'il rédigea s'en ressentirent malgré le soin qu'il mît à les rendre acceptables aux luthériens de Strasbourg et d'ailleurs. Vu le personnage, on ne peut s'étonner d'affirmations écrites sous l'Empire telles : "Les Juifs, les mahométans et tous ceux qui ne professent pas la religion chrétienne ne sont pas admissibles dans nos loges" (Instruction finale du quatrième grade) ou encore "L'institution maçonnique, tous les faits le démontrent, est religieuse et chrétienne" (lettre de 1814-1815). Il était simplement un homme, un homme de son temps, où les Juifs n'étaient que tolérés. Loin de le lui reprocher, je note plutôt qu'il fallut attendre 1809 pour que soit explicitée une exclusion jusque là tacite. Outre son grand âge, j'y verrais aussi la réaction à une situation nouvelle qui rendait plausible ce qui était autrefois impensable : la candidature d'un Juif à l'initiation maçonnique (grâce à notre F. l'Abbé Grégoire, qui en 1791 avait permis au Juifs d'être des citoyens comme les autres). Or nos rituels symboliques, si on veut bien les lire naïvement sont d'abord des rituels maçonniques entièrement basés sur la construction du temple de Salomon et sa réédification, sans contenu intrinsèquement chrétien. Ce que j'ai pudiquement qualifié de "retouches" sont des ajouts de surface qui ne changent rien ni au fond des rituels ni à leur "efficacité initiatique", ni même à l'économie générale du système, comme le démontre la vie de nos FF Rectifiés "réguliers" d'autres pays francophones qui s'en passent fort bien. L'exposition de l'évangile de Saint Jean est une constante de la maçonnerie continentale depuis son introduction en France et ailleurs. Quant aux prières elles ne présentent aucun caractère confessionnel et peuvent être dites par tous les Maçons. Qu'en conclure sinon que les grades bleus rectifiés sont exclusivement "vétérotestamentaires" comme leurs homologues des autres Rites. Ce qui bien sûr n'interdit à personne d'en faire une lecture chrétienne…Willermoz lui-même l'admet dans une lettre à Bernard de Türckheim, frère cadet de Jean (8 juin 1784): "Vous ne pouvez nier que les trois premiers grades ne peuvent présenter que des emblèmes et des symboles...tous fondés sur le temple de Jérusalem ou l'Ancien Testament qui lui-même est fondé sur la Loi écrite ou religion révélée qui a succédé à la Loi ou religion naturelle, lesquelles sont désignées dans nos loges par les deux colonnes du vestibule"
L'Instruction finale de 1809 ne dit rien d'autre :
" Tout ce que vous avez vu jusqu'à présent dans nos loges a eu pour base unique l'Ancien Testament et pour type général le temple célèbre de Salomon à Jérusalem qui fut et sera toujours un emblème universel Mais si les grades bleus sont "vétérotestamentaires" et maçonniques, ce cycle est clos par le quatrième grade qui annonce ou plutôt ouvre le cycle chevaleresque chrétien. Les deux Ordres, maçonnique et équestre, articulés par un grade de transition, sont distincts comme le sont le Craft britannique ou l'Ordre des Knights Templar, articulés par le degré intermédiaire du Royal Arch. Dans les faits, le Rite Rectifié s'aligne sur la maçonnerie anglo-saxonne qui offre une série de degrés non-confessionnels et d'autres, chrétiens, ouverts à tous ceux qui en acceptent la spécificité. Rien n'empêcherait donc –en théorie- qu'un maçon reçoive les 4 premiers grades du Rite rectifié et s'abstienne de poursuivre si sa conscience lui fait hésiter à accepter le Christianisme de l'Ordre Intérieur, d'autant qu'aucune autorité "suprême" ne permet de nos jours de définir, voire d'authentifier ce Christianisme, qui peut donc osciller du laxisme à l'intégrisme. Willermoz écrivait en 1814: "La première des trois questions d'Ordre présentée à la méditation du candidat dans la chambre de préparation est ainsi formulée : quelle est votre croyance sur l'existence d'un Dieu créateur et Principe unique de toutes choses, sur la Providence et sur l'immortalité de l'âme humaine, et que pensez-vous de la religion chrétienne ? A cette question le candidat répond librement tout ce qu'il veut et on ne le conteste nullement. On lui présente les mêmes questions aux deuxième, troisième et quatrième grades et on ne le conteste point sur ses réponses.Le candidat répond donc librement à la question "sans qu'on le conteste", il peut exprimer une conviction qui ne soit pas celle de son interlocuteur et néanmoins être reçu jusqu'au quatrième grade inclus. Qu'espérer de mieux ? Vous me permettrez, VM, de conclure – provisoirement - par ma vision encore une fois humblement personnelle, mais que je partage avec de beaucoup plus illustres;- exégètes du "Système RER" :
Résumons nous :

- le RER est un système maçonnique chrétien. Il n'est pas le premier, il n'est pas le seul.

- il se réclame d'un christianisme ésotérique, donc par définition hors de toute Église –donc de toute confession-, voire de tout dogme, donc ouvert et parfaitement compatible avec la tolérance maçonnique ( " il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père "…).

- mais sa démarche initiatique lui permet aussi –et peut-être surtout- d'être un archétype de la Maçonnerie, au point que sans RER, il n'y aurait historiquement peut-être pas de GLNF !

J'y reviendrai, si vous le permettez, tant il me semble important, non pas de proclamer une quelconque vérité, mais dans le cadre d'un "cycle" intitulé "les fondamentaux du Rite Ecossais rectifié" d'approfondir simplement ce pour quoi nous sommes –hic et nunc . Pour moi, se dire chrétien, c’est d'abord affirmer sa référence à l’Evangile et à la personne du Christ. Jésus-Christ était un juif, mis à mort par les Romains, respectueux de l’enseignement des prophètes qui l’ont précédé, et qui s’est présenté en disant simplement : "mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur." (Matthieu 11, 29) Le suivre, c’est respecter son message et ses appels à la tolérance, à l’accueil de l’autre et au pardon. Le Dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans, tous descendants d’Abraham, est un Dieu de bonté et de miséricorde. Le rejet, la haine et le fanatisme religieux Lui sont totalement étrangers. C’est Le trahir et Le blasphémer que de L’invoquer à l’appui des intolérances et des exclusions...Cet "esprit du Christianisme" aussi évoqué par Camille Savoire ( 33éme REAA ) lorsqu'il réveilla le RER en France en 1910, c’est bien l'esprit du Convent de WILHEMBAD qui, avant les "retouches" de notre père fondateur, affirmait le 16 Juillet I782, :
" La vraie tendance du Régime Rectifié est et doit rester une ardente aspiration à l’établissement de la cité des hommes spiritualistes, pratiquant la morale du Christianisme primitif, dégagée de tout dogmatisme et de toute liaison avec une Eglise quelle qu’elle soit "...

J'ai dit, VM

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L'Epée au fourreau

16 Juin 2012 , Rédigé par B. Em. Ch. Jean La Roque Publié dans #Planches

Vénérable Maître,

Il y a quelque temps, on m’avait demandé de choisir par moi-même un sujet de travail. Aimant beaucoup la symbolique et l’objet en lui-même, j’avais choisi: l’Epée. Mais un Frère Maître de la loge ayant rajouté à mon choix:

« Au Fourreau »! J’avoue bien franchement que je n’ai pas trouvé une seule littérature sur ce sujet précis qu’est : L’EPEE AU FOURREAU

J’éviterai donc de parler du symbolisme de l’épée, qui par contre est très souvent disserté dans nos textes, pour ne vous parler que de l’épée au fourreau vue d’un coté personnel et spirituel. Quelques mots sur le fourreau tout d’abord.

 C’est avant tout un instrument de protection. Protection du Chevalier, Protection de son cheval, Mais surtout, protection de la lame, car il sert à éviter le contact avec les choses de l’extérieur, Les choses sur lesquelles elle n’a pas à agir.

Cet écran évitera à la lame de s’émousser, ou de s’épointer.

Cette lame ne devrait jamais agir contre la nature végétale ou animale; ni même contre la nature humaine. A moins que cette nature humaine n’agisse à l’encontre des lois du Créateur. 

L’épée étant le prolongement de nous-mêmes, c’est le bras Armé du chevalier. Ce bras armé ne devrait servir qu’à défendre la veuve, l’orphelin, et l’église du Christ.

On comprend dès à présent la nécessité d’avoir un fourreau.

Un fourreau ajusté à la forme de la lame qu’elle épousera dans une symbiose parfaite pour créer: L’HARMONIE.

L’épée du Chevalier va donc devenir notamment le symbole d’une partie matérialisée de son âme intérieure, de sa spiritualité, et le fourreau l’endroit sombre de son recueillement.

Le chevalier, son épée et son fourreau ne feront plus qu’un.

Lorsque cette harmonie sera créée, l’épée représentera pour le Chevalier le symbole ultime décrit dans l’Apocalypse de Jean dans la lettre aux sept Eglises, il décrit sa vision du Christ: (Paragraphe 1 Versés 14 à 16); je cite:

«  Sa tête et ses cheveux étaient blancs comme de la laine blanche, comme de la neige, et ses yeux comme une flamme de feu, et ses pieds semblables à du bronze qu’on aurait purifié au four, et sa voix comme la voix des grandes eaux. Et il y avait dans sa main droite sept étoiles, et de sa bouche sortait une épée acérée à double tranchant, et son visage était comme le soleil quand il brille dans sa puissance ».

L’épée c’est le Verbe, la Parole de Dieu qui vous traverse jusqu’au plus profond de vous mêmes.

Le Christ lui-même a vécu des moments ou il se donnait au monde de manière visible; mais il a aussi souvent souhaité être seul dans la solitude, face à son Père et à l’Esprit.

Nous en avons un premier exemple en lisant Matthieu, Chapitre 4, qui raconte les quarante jours que le Christ passe dans le désert en se retirant du monde, dans la solitude et la discrétion, pour se préparer à l’action future dont il est venu nous délivrer : le mal.

A la veille de sa Passion, le Christ s’est retiré de nombreuses fois tout au long des Evangiles.

On s’aperçoit que Jésus fuit la foule lorsque celle-ci commence à l’aduler.

Tous ces exemples montrent que nous devons être à cette image, c’est à dire avoir des temps de recueillement et de méditation dans la solitude.

Un dernier exemple au dessus de tout, cité par Jésus lui-même, et que l’on peut lire dans l’Evangile de Matthieu, (Chapitre 6, Versé 6.)

« Et lorsque vous priez, vous ne serez pas comme les hypocrites, qui aiment prier debout dans les synagogues et aux coins des places, afin de se faire voir des hommes.  En vérité je vous le dis: Ils ont touché leur salaire.  Pour toi, lorsque tu pries; entre dans ta resserre, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans ce qui est secret, et ton Père, qui voit dans ce qui est secret te le rendra. »

C’est la prière dans la solitude, c’est l’âme qui se retrouve seule en tête à tête avec son créateur, c’est le fils qui se retrouve face au Père.

Le fourreau, c’est aussi la cellule du moine dans laquelle celui-ci se retire pour pouvoir accumuler les vertus essentielles: Simplicité, Humilité, Charité, Obéissance.

Ensuite ce moine pourra faire profiter sa communauté de ce qu’il a acquis en cellule et dans le silence.

Le fourreau c’est encore la caverne de l’ermite qui a fait le choix de passer sa vie seul, dans un endroit sombre, car sans lumière du soleil, face à Dieu, pour mieux tenter d’acquérir et de devenir le réceptacle de la vraie Lumière irradiée du Christ.

Ce silence, cette « ombre » retrouvée dans le fourreau, ne serait-elle pas la source d’où la parole émerge?  Alors, on pourrait parler non seulement de rencontre, mais de fusion entre silence et parole, qui s’unifient pour participer à un même amour.

Il est donc nécessaire pour chacun de nous, d’avoir des temps de retraite et de repos spirituels pour se retrouver face à soi-même, face au divin, pour se recentrer dans la Création.

L’épée au fourreau c’est l’expression visible d’une capacité à ...

Mais capacité à quoi ?...

Au premier degré c’est calmer ses impulsions et ses instincts de vengeance, le dualisme.

L’exemple que Jean cite lors de l’arrestation de Jésus, nous fait comprendre que le Christ veut que les écritures s’accomplissent, sans haine, ni violence, par ces paroles. « Pierre, remets le glaive au fourreau ».

Qu’elle soit rentrée ou sortie du fourreau, l’épée laisse toujours dépasser sa poignée, la croix, toujours prête à servir Dieu, l’Eglise, et la Foi.

C’est aussi l’expression visible d’un niveau reconnu dans le chemin spirituel :

Il y a ceux qui portent l’épée

Il y a ceux qui ne la portent pas,

Il y a aussi ceux qui l’ont portée, et qui ne la portent plus, ayant dépassé ce stade.

Vénérable Maître, je ne pourrai conclure ce modeste travail qu’à travers l’expression: « Fais moi voir ton épée, et je te dirai qui tu es ».

Et je ne peux m’empêcher de me poser les questions suivantes: Suis-je digne de l’avoir reçue? Suis-je digne de la porter? Est-elle propre, sans tache et sans souillure? N’est elle pas épointée ou émoussée?

N’ai-je pas plus tendance à faire voir mon épée hors du fourreau, que dans le fourreau?...

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La Franc-Maçonnerie Américaine hier - aujourd'hui... et demain ?

14 Juin 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

INTRODUCTION

Pas de malentendu, j'ai voulu éviter ce qui pourrait passer pour de l'antiaméricanisme ou son contraire. J'ai essayé de tendre vers une démarche d'étude maçonnique qui doit, me semble-t-il être faite de retenue, de prudence et d'humilité, afin de trouver, mais je ne sais pas si j'y ai réussi, des clés de compréhension d'une maçonnerie étasunienne complexe puisque vivante (et que par commodité, j'appellerai désormais F.M. américaine). Pour cela, je me suis posé quelques questions qui m'ont été inspirées par un ami qui a mis en exergue : 'Il ne sert à rien de connaître l'Histoire si ce n'est pour mieux comprendre le présent '.

Je vais donc aborder en premier :

Les liens entre la F\M\ et l'indépendance des E.U. et donner ensuite quelques éléments sur ce qui s'est et se passe aujourd'hui dans cette F\M\ américaine. Et enfin, évoquer quelle peut être son évolution, y compris dans ses rapports avec la F.M. adogmatique.

J'y ai répondu, j'espère sans erreurs graves, mais très incomplètement car je ne suis pas un spécialiste de la F.M. américaine ni des Etats-Unis tout court. En plus, je ne suis pas angliciste, ce qui peut être considéré comme rédhibitoire.

Alors tout d'abord, mes sources. Premier étonnement, je n'ai pratiquement rien trouvé à la bibliothèque de du Grand Orient de la rue Cadet. Mais est-ce un signe, sont sortis récemment un numéro de la Chaîne d'Union consacré à la 'F.M. américaine entre déclin et révolution 'ainsi que 'La F\M\ en Amérique du Nord 'de Alain de Keghel (un 'canari 'm'a-t-on dit !). Enfin, j'ai pu entrer en contact avec les Présidents des Loges américaines du Grand Orient de France. Grâce à l'intermédiaire de celui de Washington, j'ai pu correspondre avec le Monsieur Michaël Niddam qui a été membre pendant 10 ans d'une Loge américaine 'régulière ', et en a même été le Président. Il est le secrétaire aux Affaires Extérieures de la 'George Washington Union ', une obédience adogmatique mixte américaine. Monsieur Alain de Keghel en est le Garant d'Amitié auprès du GODF et du GO du Congo - Brazzaville. Il est également membre fondateur et actif de la Loge 'Liberty n° 3 'à l'Orient de Washington et enfin Monsieur Michaël Niddam à qui je voudrais dédier cette conférence car je l'ai souvent sollicité et j'ai largement utilisé les informations qu'il m'a fournies.

1 - Donc, commençons par les liens entre la F\M\ et l'indépendance des E.U.

Et là, il faut faire un peu d'histoire, à grands traits bien entendu, mais en essayant d'éviter de céder à certaines simplifications, car l'histoire doit être à la recherche de la vérité comme chacun d'entre nous.

Commençons par une 'lapalissade '. La Maçonnerie américaine est une utopie qui provient de l'Europe en premier et d'est en second, une maçonnerie anglaise qui devient américaine avec l'Indépendance. Indépendance née dans les 13 colonies anglaises d'Amérique qui disposaient déjà d'une large autonomie avec chacune leurs assemblées représentatives ; Mais à ces colonies manquaient les libertés du commerce et de l'industrie. Et c'est en partie pour une histoire de droits de douane, et plus précisément sur le thé, que va naître la guerre d'Indépendance.

Les Maçons y sont présents des deux côtés, du côté des Insurgés mais également du côté des troupes anglaises et des loyaliste américains. Ils sont même présents du côté des traîtres. Au départ, les Insurgés ne représentent qu'environ 1/3 de la population et seules 7 colonies sont en insurrection. Les 13 Colonies comportaient 7 Grandes Loges et quatre de leurs Grands Maîtres étaient des adversaires de l'Indépendance.

L'un des 1er maçon américain, initié en 1731, le savant Benjamin Franklin, devient très vite G.M. Provincial de Pennsylvanie et exprime dès 1734 le souhait des FM\ de Pennsylvanie de se voir accorder une réelle autonomie. Il présentera en 1754 le 1er projet de Confédération superbement ignoré par Londres. Il sera plus tard l'envoyé des colons pour négocier, sans succès, un compromis avec Georges III.

Le 16 décembre 1773, 17 matelots déguisés en Indiens sortaient de la Loge de Saint-André, commandés par le Paul Revere, le fils d'un huguenot exilé, pour envahir 3 bateaux ancrés à Boston, et y jeter le thé à la mer. C'est le départ de cette guerre d'indépendance. Jefferson va être chargé de rédiger la Déclaration d'Indépendance qui sera soumise à un comité de députés dont le Frère Benjamin Franklin qui, dès 1774, créera pour les Noirs une école qui durera un siècle.

Thomas Jefferson était issu d'une famille de propriétaire d'esclaves et il en possédait lui-même. Cependant, dans son projet de Déclaration d'Indépendance, un paragraphe condamnait George III qui avait propagé l'esclavage dans les colonies. 'violant les droits les plus sacrés de la vie et de la liberté en la personne d'un peuple lointain (...), le capturant pour le jeter en esclavage dans un autre hémisphère (...).

Ce paragraphe ne figurera pas dans la version finale 'par égard pour la Caroline du Sud et la Géorgie ', dira Jefferson et parce que 'nos frères du Nord, eux aussi, je crois, se sentirent quelque peu touchés par cette réprobation ; car, bien que leurs populations possédassent elles-mêmes bien peu d'esclaves, elles en comptaient d'importants transporteurs '. Jefferson savait bien que les colons voulaient se rendre indépendants de l'Angleterre, tout en conservant l'économie liée à l'esclavage !

Pourtant cette Déclaration d'Indépendance affirmera en 1776 'que tous les hommes naissent égaux, que leur Créateur les a dotés de certains Droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la Recherche du Bonheur '. 50 de ses 55 (ou 56) signataires étaient F\M\ d'après l'historien Jacques de Launay, mais en 2001, le Frère Jean-Marc Van Hill ne donne que 11 signataires, ce qui semble plus vraisemblable.

Prince Hall, un descendant d'affranchi, initié en même temps que 14 autres Noirs par une Loge militaire britannique, de constitution irlandaise, vient de fonder la première Loge noire. Il convaincra le Frère Georges Washington (que les délégués des 13 colonies s'étaient donné comme chef) de recruter des noirs et s'engagera lui-même. Mais il faudra attendre Lincoln pour que le Ier major noir (qui était maçon) soit nommé, car jusqu'en 1863 les Noirs se verront refuser le droit de s'enrôler dans l'armée américaine.

Mais revenons à la Guerre d'Indépendance. Le Frère Lafayette, initié à Paris à l'âge de 18 ans, entra dans une Loge militaire présidée par Washington. En effet, le général favorise la création de Loges militaires car les insurgés manquent de discipline et la maçonnerie semble un bon moyen à Washington pour la leur inculquer. Revenu aux Etats-Unis en 1825, Lafayette dira en Loge, devant ses Frères américains : 'Après que je fus entré dans la maçonnerie américaine, le Général Washington sembla avoir reçu une illumination. Depuis ce moment, je n'eus plus jamais l'occasion de douter de son entière confiance. Et peu après je reçus un commandement en chef fort important '; En effet, ce commandement lui fit prendre une part active à la victoire de Yorktown en octobre 1781 qui fut fêtée en France, entre autres, par l'illumination de Paris et suivie un an après, de la signature, toujours à Paris, des préliminaires de paix entre Américains et Anglais.

Profitons en pour rappeler que des troupes alliées, essentiellement françaises, fortes de 10 000 hommes environ, 2112 français sont morts pour l'Indépendance des E.U. Parmi eux, des Maçons français car pendant ces 8 années de guerre des F.M. de toutes nationalités, européenne et américaine, se sont battus.

Histoire de la F.M. et histoire de l'indépendance américaine sont donc intimement liées. Rien d'étonnant à ce que cette maçonnerie soit patriote, avec le culte du drapeau (drapeau, entre parenthèses, choisi par une commission de membres dont le Frère Franklin) et avec un serment d'allégeance à la Nation. Et George Bush Jr, comme tous les présidents américains, a prêté serment sur la 'Bible maçonnique 'sur laquelle George Washington avait prêté serment à New York comme Ier Président des E.U. en 1789.

C'est encore George Washington qui, seul cas dans l'histoire, à la fois Président de sa Loge et Président des E.U., a posé la 1ère pierre du Capitole revêtu du tablier maçonnique brodé par Mme Lafayette à son intention... C'était en 1793, époque à laquelle les F\M\ français étaient en sommeil ou exilés, quand ils n'étaient pas guillotinés comme l'amiral d'Estaing qui commandait la flotte française durant la guerre d'indépendance. Des reliques maçonniques de Washington et de Lafayette sont visibles au 'George Washington National Masonic Memorial ', l'un des plus grands bâtiments maçonniques au monde. Lafayette qui est honoré au même titre que les autres 'pères fondateurs 'de la République des E.U., non seulement par les maçons américains mais par tous les américains.

Pour la petite histoire, on est étonné d'apprendre que 44 villes portent aujourd'hui son nom ainsi que 37 comtés et pas mal de montagnes, ce qui doit tout de même être une belle source d'erreurs ! Depuis 1834, année de la mort de Lafayette chaque 4 juillet, jour de la Fête Nationale qui rappelle la Déclaration d'Indépendance, le représentant du président des E.U. vient procéder à la relève du drapeau américain flottant sur la tombe parisienne de Lafayette qui repose auprès de son épouse.

La F\M\, y compris la F\M\ du Grand Orient de France, a donc accompagné la naissance des E.U. Et à Philadelphie se trouve le monument qui rend hommage aux signataires de la Constitution américaine : leurs noms et leurs portraits sont présentés au public avec leur appartenance maçonnique, ce qui représente 13 des 39 signataires de la Constitution des nouveaux Etats-Unis d'Amérique, promulguée en 1787.

2 - Au départ, ces maçons appartiennent à une Maçonnerie respectueuse des
Constitutions d'Anderson (éditées dès 1734 en Amérique par le Frère Benjamin Franklin, dans lesquelles le pasteur Anderson décrit une religion universelle qui consisterait à 'être des hommes de bien et loyaux, ou des hommes d'honneurs et de probité '.

Ce sont dans les années 1820 que tout va basculer, quand la F\M\ a américaine s'est trouvée en grand danger. Des pasteurs protestants redoutent de la voir concurrencer le christianisme, et un 'Parti chrétien '(c'est son appellation officielle), appelé aussi, 'Parti antimaçonnique 'émerge, parti qui a même failli réussir à faire élire son candidat, gouverneur de l'Etat de New York avec l'appui d'un ancien et d'un futur Président des Etats-Unis.

C'est dans ce climat qu'éclate l'affaire Morgan, un imprimeur, qui, comme Léo Taxil plus tard en France, révèle des 'secrets maçonniques '. Malheureusement Morgan disparaît, les maçons sont accusés de l'avoir assassiné. Les anti-maçons crient au complot anti-chrétien : on accuse les maçons de rites sataniques, de sacrifice rituels de vierges et d'enfants. Même le Président maçon Andrew Jackson est pris pour cible.

Tous les documents des Grandes Loges doivent être remis à des officiers publics et jusqu'en 1850, les F.M. sont exclus des fonctions publiques. Mais faute de preuves après une très longue enquête, la F\M\ américaine s'en sort avec peu de répercussions, même si elle n'en sort pas blanchie de la mort de Morgan.

Pour se prémunir contre d'éventuelles nouvelles mises en cause, le caractère religieux et déiste de la F\M\ est accentué (le mouvement inverse de ce qui va se passer peu après au Grand Orient). Cela n'empêche pas les tensions encore aujourd'hui, avec des Eglises et des communautés religieuses qui craignent toujours une concurrence déloyale. C'est ainsi, par exemple, qu'en 1980-1990, une faction radicale des Baptises du Sud a voulu interdire à ses membres d'appartenir à la Maçonnerie et a organisé contre elle un barrage antimaçonnique de programmes de télévision, d'émissions de radio et d'articles de presse.

Pourtant, depuis Gérard Ford, Président de 1974 à 1977, il n'y a plus de président maçon (Al Gore, candidat malheureux contre G. Bush Jr, le serait !). La Maçonnerie reste cependant influente à la Chambre des Représentants et au Sénat, même si beaucoup moins de maçons occupent les plus hautes responsabilités politiques. Mais cette Maçonnerie qui compte autant de G.L. indépendantes qu'il y a d'Etats, reste indépendante à l'égard des pouvoirs politiques et religieux.

La séparation des Eglises et de l'Etat eut lieu aux E.U. dès la Constitution de 1791. Et toutes les lois fédérales et celles des Etats de l'Union formant cette république en tiennent compte. La faculté de libre adhésion à une religion et également de libre changement de religion est une conception toujours très fortement soutenue .

Mais par contre, la société repose sur le concept de 'community 'et encore pour le citoyen américain d'aujourd'hui, il est presque inconcevable de ne pas s'identifier à une communauté et essentiellement une communauté religieuse, même si Georges W. Bush, président d'un pays dont la devise est : 'Nous croyons en Dieu 'a déclaré : 'Un président américain doit servir les personnes et toutes les confessions, et ceux qui n'en ont pas '.

La F.M. américaine, elle, exige que tous ses membres appartiennent à une religion reconnue car elle estime 'que les serments prêtés lors des initiations et augmentations de salaire n'auraient aucune validité sans la croyance à un 'être supérieur '(F. Michaël).

Cette société américaine fondée sur les communautés avec, en plus, un lourd passé esclavagiste puis ségrégationniste a vu la naissance d'une Maçonnerie noire dès la guerre d'indépendance, maçonnerie de Prince Hall du nom de son fondateur qui a créé l'African Lodge à Boston, vers 1775.

Elle a obtenu ses patentes de la G\L\ d'Angleterre (Moderne), après l'Indépendance américaine. Aujourd'hui, seules 34 Grandes Loges blanches reconnaissant la F\M\ de Prince Hall (mais elles n'étaient que 21 en 1997). Ce sont essentiellement les Grandes Loges blanches du Sud qui considèrent encore les Grandes Loges de Prince Hall comme irrégulières ; même si, cela peut paraître curieux, la Grande Loges de New York est dans ce cas. Mais je cite encore une fois le F. Michaël : 'Il y a des embryons de rapports qui ont commencé à s'établir voilà plus de 10 années, cependant, ils sont très superficiels et se limitent à des manifestations communes pour des cérémonies officielles et faites pour le public, mais cela ne va pas plus loi '.

Cela n'est-il pas une façon élégante de dire que des maçons américains restent aujourd'hui Racistes ! J'ajouterais cependant qu'il semble également que les Grandes Loges de Prince Hall ont peur d'être absorbées (ce serait le cas de New York), de perdre une identité chèrement acquise ; Précisons que la Maçonnerie de Prince Hall initie exclusivement des hommes de couleur, excluant les Indiens et les 'Latinos ', mais l'initiation des Frères de couleur dans les Loges blanches demeure également l'exception.

Ces deux Maçonneries ont la même organisation : une Grande Loge unique par Etat avec des Tenues 'presque entièrement administratives ', ce qui est une manière radicale de répondre à l'interdiction des Constitutions d'Anderson d'introduire en Loges des motifs de division comme la théologie et la politique.

C'est une Maçonnerie essentiellement rituélique, de tradition orale. Les 'catéchismes 'sont appris par coeur : leur récitation permet de passer en quelques semaines ou en quelques mois, cela dépend de la mémoire du Frère au grade de Maître.

Si en Tenue les apports personnels des Frères sont donc minimes, les Grandes Loges ont cependant des Comités d'Etudes et de Recherches. Mais les études des érudits maçons sont basé 'sur l'interprétation américaine de ce que la F.M. devrait être et très peu ont étudié la F.M. libérale '(F. Michaël).

Si nous, en France, nous parlons de maçonnerie spéculative, la maçonnerie américaine est, elle, une maçonnerie pragmatique : elle réalise ; Et ses réalisations sont immenses, même si c'est à l'échelle des 2 à 2.5 millions de maçons, dont environ 800 000 Noirs .

Pour cette partie consacrée à la solidarité et la F\M\ américaine, je vais essentiellement utiliser la conférence que m'a adressée Michaël Niddam de Washington.

Michaël Niddam indique qu'il reste encore de forts sentiments antimaçonniques aux E.U. Pourtant ses oeuvres de solidarité représentent plus de 750 millions de dollars par an (dont 70 % vont à la collectivité publique) ; sans tenir compte des très importants services de bénévolat effectués dans les établissement et oeuvres maçonniques américains... dont beaucoup de retraités, sans oublier les épouses, filles, soeurs de maîtres maçons appartenant à des organismes paramaçonniques.

Les oeuvres de solidarité maçonniques se partagent entre les 'degrés collatéraux ', les G\L\ et les LL\ bleues.

Les side-degrees ou 'degrés collatéraux 'et non 'les hauts grades '.

En effet, les maçons américains ne parlent pas de 'hauts grades '. Pour eux les grades au delà de 'maître maçon'ne sont que des parcours 'auxiliaires 'renforçant la sociabilité maçonnique et surtout permettant une plus grande activité caritative.

D'ailleurs, en l'espace d'un week-end, dans le cadre d'une cérémonie collective, peuvent être conférés les grades 4ème au 32ème. Il faut seulement être 'maître maçon 'd'une Loge 'régulière '. Par contre, l'accès au 33ème est plus difficile : environ 25 à 30 000 maçons américains seraient 33ème.

C'est le REAA qui est le plus important système de 'structure dérivée '(selon l'expression américaine), et il est seulement cela. Les Loges bleues ne pratiquant pas (à quelques exceptions près) le REAA ; mais presque exclusivement le Rite d'York américain, héritier du Rite d'York ancien, celui de la maçonnerie anglaise. Plus précisément, chaque Grande Loge a un 'rituel standard uniforme 'des 3 premiers grades, ce qui est aussi une manière de montrer son autonomie.

Depuis l'an 2000, il n'est plus nécessaire d'avoir obtenu le 32ème degré pour rejoindre les organisations caritatives. Ce sont tout de même parmi les 32ème les plus aisés du REAA (ou encore des Chevaliers du Temple du Rite d'York) que sont 'distingués 'ceux qui vont former ce que la Maçonnerie américaine dénomment les 'Charités '. (Attention, cela n'a pas le sens contemporain de 'faire la charité ', mais est plus proche du sens originel du mot grec 'agapè ', 'Amour 'd'où viennent les mots 'agapes '). Là, sont les fonds les plus importants car ce sont des organisations nationales, donc à l'échelle de tous les Etats-Unis, telles les Shriners et les Tall Cedars.

Pour le public américain, l'Ordre des Shriners est le plus connu car il organise es défilés et des parades d'hommes en voiture miniature porteurs de chéchias bigarrées d'inspiration égyptienne. Ce côté dérisoire et festif des Shriners cache une formidable organisation humanitaire dont le budget en 1999 était de 300 millions de dollars.

Cet Ordre est passé entre 1998 et 1999 de 127 à 136 cliniques, centres et programmes qui se chargent des grands brûlés et d'hôpitaux spécialisés pour enfants (ouverts gratuitement à tous). Des oeuvres de solidarité font également partie des Hauts Grades. Par exemple, les cliniques pour sourds-muets, sont subventionnées par le REAA. A Washington, la cliniques se trouve derrière le Temple du Rite Ecossais.

Un Comité gère des fonds pour intervenir aux USA et en dehors (surtout en Amérique) lors de catastrophes naturelles ou pas (Attentats - Tempêtes, etc...) Cet Ordre a un programme de bourses universitaires ouvert à tous et dans le district de Washington un système de prêts universitaires à taux très faible, réservé aux enfants de F\M\ du 4ème degré et au dessus.

Toutes les autres organisations ont leurs propres causes : maladie d'Alzeimer, cancer... Par exemple, l'ordre para maçonnique féminin 'L'Ordre de l'Etoile d'Orient 'qui compterait de 2 à 3 millions de membres et dont le fonctionnement rappelle celui des Loges d'adoption sous l'Ancien Régime en France possède et/ou gère un grand nombre de maisons de retraite, ouvertes à tous.

A noter également que le REAA a un système de Tronc de la Veuve, semblable au nôtre, qui peut être utilisé pour des non-maçons mais dans l'anonymat.

Tous organisent des dîners, des soirées dansantes, etc... pour collecter des fonds, non pour 'recruter ': les maçons américains se cooptant . Mais les Grandes Loges toutes les organisations maçonniques, paramaçonniques publient leurs constitutions et leurs règlements. La F\M\ américaine ne tient pas, bien entendu, son existence cachée, mais elle ne tient pas non plus cachée celle de ses membres.

Les Grandes Loges
Les contributions venant des Grandes Loges sont moindres mais néanmoins importantes. Chaque année maçonnique, les Grandes Loges essayent de pallier à une situation bien spécifique sans compter les bourses universitaires et leur participation aux oeuvres de solidarité des 'Hauts Grades ', pour utiliser notre terminologie. Chaque Grande Loges fixe aux différentes Loges les objectifs qu'elles doivent atteindre.

Par exemple : il existe un Accord entre la Grande Loges de Washington, c'est-à-dire du District de Columbia et la Croix-Rouge pour une participation active à la Banque du Sang. Il a été également organisé un service d'accompagnement dans les hôpitaux pour ceux qui ne peuvent se rendre seuls aux offices religieux. Les FF\ juifs par exemple feront ce service à Noël afin de permettre aux autres Frères de passer cette fête en famille.

Toutes les Grandes Loges possèdent également des maisons de retraite destinées aux maçons.

Les Loges bleues. (Loges de bases).

Chaque Loges bleue a en plus son propre programme de solidarité. Le Frère Michaël prend comme exemple sa Loge mère, la Respectable Loge Benjamin Franklin de Washington qui comptait lors de son vénéralat (1992-1993) 1100 membres. Heureusement que l'assiduité n'est pas exigée !

Pour la fête de Thanksgiving, des Frères achètent, préparent et apportent une centaine de 'paniers de victuailles 'auprès des familles désignées par des organismes sociaux. La Loge a également son Comité des Visites aux Frères malades, et si nécessaire les Frères font des courses, s'occupent de démarches. Un autre Comité s'occupe des funérailles maçonniques et des prières rituelles qui suivent les obsèques.

Enfin la Loge possède une Société d'Assistance, alimentée par les Frères, qui verse un chèque aux familles lors du passage à l'Orient Eternel (décès) d'un Frère de la Loge car les obsèques coûtent cher, et les entreprises de pompes funèbres exigent d'être réglées tout de suite, précise le Frère Michaël.

J'ajouterai que les Loges de Prince Hall ont eu et ont leur spécificité dans ce domaine de solidarité. D'abord plusieurs Frères de Prince Hall, dont le fondateur lui-même, ont été impliqués dans la lutte pour l'abolition de l'esclavage. Et plusieurs Loges de Prince Hall favorisèrent la fuite des esclaves du Sud vers le Nord.

Et puis s'éduquer et éduquer les autres a été et est toujours une des préoccupations essentielles des Loges de Prince Hall. 'Lorsque la vérité aura repris ses droits grâce à l'éducation, la ligne de partage entre les Blancs et les Noirs sera reléguée dans un passé sombre et honteux 'écrivait un F.M. de Prince Hall, nommé Du Bois.

Autre spécificité de ces Loges noires, la revalorisation du travail au sein d'une communauté pour laquelle ce dernier était synonyme d'oppression. Or, avec l'abolition de l'esclavage, le rejet du travail signifie l'exclusion sociale. Les F\M\ qui glorifient le travail et accordent autant de prestige au travail manuel qu'intellectuel vont jouer un rôle important au travers de l'éducation (et de la création, par exemple, d'écoles professionnelles), de leur action en faveur de l'emploi, à effacer dans l'esprit de cette communauté le caractère humiliant que conservait le travail.

Essayons d'évoquer quelle peut être l'évolution de cette FM\ américaine dite 'régulière 'qui, malgré l'importance de son oeuvre de solidarité, présente des signes de crise. Ses effectifs encore nombreux ont fondu d'une bonne moitié, et surtout vieillissent, sans compter un fort absentéisme aussi bien pour la F\M\ blanche que pour la F\M\ de Prince Hall.

Les raisons en sont certainement diverses. Peut-être :

- la 'Nouvelle Economie 'qui exacerbe l'individualisme, la compétitivité, qui permet de gagner rapidement de l'argent.... En un mot une société qui ne mise pas sur la philanthropie, la fraternité et la probité qui sont à la base de la F\M\ américaine.

- mais aussi le refus de toute réflexion philosophique ou sociétale en Loge.
- et enfin, le fait que Blancs et Noirs ne maçonnent pas ensemble, que les femmes ne sont pas initiées, cachant cette autre base de toute maçonnerie : la tolérance.

Et puis, même si cette F\M\ se veut non seulement transparente, mais pas jusqu'à rendre publics les 'allumages de feux ', comme j'ai pu le lire ( !) et n'hésite pas à faire de la publicité sur ses oeuvres de solidarité, cela n'empêche pas qu'elle soit considérée par beaucoup d'Américains comme un Etat réservé à une classe économique et intellectuelle supérieure, donc un danger potentiel pour la démocratie et la liberté.

Portant cette F\M\ américaine se veut gardienne des idées et des hommes de 1776, vouant un véritable culte à Washington, Lafayette, (mais aussi Jefferson), comme d'ailleurs la grande majorité des Américains. Et pendant la guerre de 39-45, ses positions et actions ont été en faveurs des démocraties !

Peut-être n'arrive-t-elle pas à évoluer suffisamment à cause de l'existence d'une 'vieille garde ', et du poids d'une G\L\ Unie d'Angleterre 'dépositaire de la Vérité ', selon les termes de d'Alain de Keghel. Un Frère de la Loge m'a écrit que la F\M\ américaine 'est en crise parce que nombre de Loges se retrouvent en dehors du courant du New Deal, de la New Society, de Martin Luther King, etc... et qu'elle a du mal à faire la part des choses entre les religions établies et le travail à la gloire de l'humanité '.

Mais si un Maçon se doit d'être optimiste ; c'est le cas des maçons américains qui disent que le nombre n'est pas un critère de qualité, que les travaux maçonniques s'améliorent et commencent à s'ouvrir vers l'extérieur. Internet semble ici jouer un rôle important. Le principe de la reconnaissance d'une seule Grande Loge par pays est remise en cause puisque des Grandes Loges auraient décidé de signer des traités de reconnaissance mutuelle, à la fois sur leur territoire et à l'extérieur, en dépit des consignes anglaises.

Qu'en est-il plus spécifiquement des rapports avec le G.O.D.F de France ? Par le biais historique, des contacts informels se nouent entre maçonnerie américaine et G.O. puisque c'est à ce titre que notre Grand Maître actuel a voyagé aux U.S.A. Mais c'est peut-être par fraternité. (et l'Internet joue encore là un rôle) que le rapprochement entre nos obédiences peut s'accélérer sans oublier bien entendu les liens fraternels noués aux U.S.A avec des Frères américains 'réguliers 'par les Frères et des Soeurs français - belges - américains francophones ou non qui appartiennent à des Loges du G.O.D.F, de la Grande Loge Féminine de Belgique, de la Fédération américaine du DH, de la 'George Washington Union 'et j'en oublie certainement, des Loges adogmatique noires entre autres.

Il est vrai, que, malgré nos liens historiques, la tâche est rude pour les Frères du GO que beaucoup de F\M\ américains considèrent comme des athées militants synonymes pour eux de crypto-communistes.

Les Frères américains dits 'réguliers 'n'ont-ils pas eu, en plus, tendance à mythifier les 'Constitutions d'Anderson '? Ils semblent avoir fixé le passé une fois pour toute, c'est-à-dire qu'ils ont bloqué l'histoire qui doit être une tentative, un effort, une ambition même de compréhension.

Mais cela est-il seulement le cas de la Maçonnerie américaine. N'avons-nous pas, nous aussi, du moins certains d'entre nous, mythifier la laïcité ? Notre Bernard nous disait il n'y a pas si longtemps que la laïcité n'est pas une exception culturelle française. En effet, la Constitution des Etats-Unis, dès 1791, opérait la séparation des Eglises et de l'Etat, dans le 1er amendement (Pour la petite histoire, ces Amendements ou Droits Constitutionnels, le 'Bill of Rights 'est une synthèse de la Déclaration d'Indépendance, réalisée par un ami de Jefferson, le F\ Madison, futur président des E.U. et créateur du Parti Républicain).

La Déclaration d'Indépendance de 1776 affirmait : 'les hommes sont créés égaux '... et pourtant, en 1968, Martin Luther King nous dit qu'il a fait le rêve qu'un jour cette nation s'élèvera et sera fidèle à cette conviction. Le pasteur Martin Luther King était 'un maçon sans tablier 'puisqu'il avait foi en la perfectibilité des hommes... et également des systèmes.

Peut-être que dans chaque temple américain, comme dans chaque temple du G.O. devrait figurer cette phrase que j'ai relevée dans un livre de Boris Cyrulnik : 'Moins on a de connaissances, plus on a de convictions '.

Donc, essayons de comprendre, ce qui ne veut pas dire, approuvons et suivons, mais : dialoguons au lieu de condamner brutalement, si nous voulons que la F\M\ universelle évolue avec son temps. Et j'espère que nos Frères américains vont étudier la F\M\ adogmatique. Et d'ailleurs, y-a-t-il des maçonneries qui sont plus ou moins 'maçonniques 'que d'autres ?

Puisque la F\M\ est faite pour réunir ce qui est épars, avant de regarder ce qui nous sépare, essayons de voir ce qui nous rapproche. Et, au moins 5 éléments nous rapprochent :

1 - L'histoire
Sans la France, et sans le F\ La Fayette, les Anglais n'auraient jamais été battus : c'est la thèse des historiens américains.
2 - La tradition maçonnique
3 - Le symbolisme
4 - Les rites
Si le REAA doit son rayonnement universel au Frère américain Albert Pike, ce sont des Frères français qui l'ont introduit aux E.U. dont DE Grasse - Tilly, le fils d'un héros de l'Indépendance Américaine.
5 - Valeurs
Que nous donnent 'Les Constitutions d'Anderson ', même si pour certains maçons, il faut qu'ils acceptent qu'elles soient ancrées dans leur temps, et si pour d'autres, il faut qu'ils comprennent que le maçon appartient à un lieu géographique et que pèse sur lui le poids de son vécu historique, mais aussi notre devise 'Liberté - Egalité - Fraternité ', fondement de la naissance de la République des Etats-Unis, et qu'illustre la statue de la liberté ; oeuvre de Frère Batholdi qui a été financée par des collectes publiques en France, lancées et soutenues par la F\M\.
Espérons que très bientôt, tous les maçons et les maçonnes des deux côtés de l'Océan Frères et Soeurs qui se veulent tolérants, essaieront de se rencontrer au nom de leur devise commune.

LIBERTE - EGALITE - FRATERNITE

source : www.ledifice.net

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La Coupe des Libations

11 Juin 2012 , Rédigé par J\ T\ Publié dans #Planches

Lors de l'initiation au premier degré le V :. M .‑. dit au récipiendaire, le bandeau qui couvre vos yeux est le symbole dans lequel se trouve l'homme dominé par ses passions et plongé dans l'ignorance de la superstition
Après avoir interrogé le profane sur son devenir en se présentant dans le temple il lui dit : si vous êtes admis parmi nous vous devez prendre la ferme résolution de travailler sans relâche à votre perfectionnement intellectuel et moral, après un instant de silence il demande au récipiendaire de s'engager à garder un silence absolu sur tout ce qu'il pourrait entendre et découvrir en F .‑. M .‑. ainsi que tout ce qu'il saura et verra par la suite, après une réponse affirmative du récipiendaire, il exige de lui un engagement formel pris sur la coupe des libations.

La coupe d'amertume.

Lors de l'initiation au premier degré, le récipiendaire reçoit une coupe dans laquelle a été versé un breuvage qui de doux d'abord, devient amer.
Le breuvage est lie à la coupe et la coupe symbolique se retrouve dans nombre de légendes mythologiques et particulièrement dans les légendes celtiques dites du cycle d'artus.
La légende du Graal est bien connue.
Le Graal est un vase qui servit au christ lorsqu'il célébra la dernière cène et c'est dans ce même vase que Joseph d'Arimathie recueillit le précieux sang qui découlait de ces plaies.

Breuvage d'amertume

Liquide versé dans la coupe du calice d'amertume lors de l'initiation, à certain rite la libation se fait en deux temps.
1) l'eau douce
2) l'eau amère

Il est possible que ce breuvage soit inspiré des herbes amères que la bible cite dans l'exode des hébreux hors d'Egypte .
L'exode est commémoré par l'office particulier de la pâque juive qui a lieu à la maison, la 1 er nuit de la pâque et répété la seconde nuit par ceux qui desservent le second jour comme un jour de fête, les herbes amères sont consommées entre deux morceaux de pains pauvres composé uniquement de farine et d'eau.

Extrait de la bible, 12,8 : la pâque : cette nuit là, on mangera la chair rôtie ; on la mangera avec les azymes ( pain sans levain )
9, 11 : la pâque c'est au second mois le quatorzième jours au crépuscule, qu'ils la Célébreront, ils la mangeront avec les azymes et les herbes amères.

L'amertume symbolise la privation et la frustration.

Dans la cérémonie de l'initiation on peut raisonnablement penser que par analogie, le breuvage amer doit rappeler la difficulté que présente le chemin de la vertu et que l'initié doit montrer qu'en surmontant son dégoût, il aura le courage de surmonter ses doutes et ses incertitudes afin de devenir un bon maçon.

Les cérémonies d'initiation sont présentes dans toutes les couches de la société et ceci depuis les temps les plus reculés et dans les domaines les plus divers.

Initier veut dire, apprendre les premiers éléments d'une connaissance à quelqu'un, lui ouvrir une voie nouvelle.
Ceci a été quelque peu détourné par la suite et pour beaucoup de personnes, initiation est devenue synonyme d'épreuves et on a de ce fait perdu les notions d'enseignement et de symbolisme. En fait, une initiation est une suite d'apprentissages donnés par l'intermédiaire d'une symbolique très forte.

Chaque initiation a ses formes particulières et cela peut aller de l'initiation des adolescents dans les peuplades d'Afrique jusqu'au bizutage cher à Mme Ségolène Royal dans certaines de nos plus prestigieuse école, en passant part le catéchisme qui est une forme

d'initiation à la religion catholique pour terminer par les sectes de toutes tendances.

Dans l'initiation maçonnique, le postulant maçon commence par mourir symboliquement de la vie de profane dans le cabinet de réflexion avant de recevoir la lumière et devenir apprenti maçon après avoir accompli les trois voyages de l'air, de l'eau et du feu.
Je me rappelle de mon initiation, la main rassurante du frère qui me guidait et les difficultés qui progressivement disparaissaient au fil des voyages avant d'arriver finalement à la lumière.

Au cours de cette initiation, le récipiendaire est amené à faire deux serments, le premier est de ne rien dire des épreuves subies par la suite et le deuxième qui est le serment maçonnique, de ne jamais révéler aucun secret de la Franc‑Maçonnerie et d'observer scrupuleusement les principes de l'ordre maçonnique.

C'est au cours du premier serment qu'intervient le calice d'amertume ou coupe des libations.

Serment vient du latin sacramentum, de sacrare, rendre sacré. Un serment est par conséquent quelque chose de sacré.

C'est une affirmation par laquelle une personne prend l'engagement de quelque chose vis à vis d'une ou plusieurs autres.
Tout le monde à l'esprit le célèbre serment d'Hippocrate qui, défini les obligations des médecins envers leurs confrères, leurs malades et la société.

Tout le monde connaît la force de ce serment et les difficultés et cas de conscience qu'ont certains médecins confrontés à des cas de forces majeures particuliers.

Boucher dans la symbolique maçonnique nous dit :
Le serment qui est une promesse solennelle devrait toujours comporter trois parties


L'invocation ( qui fait le plus souvent appel à une divinité ) comme garantie du serment, en l'occurrence, en Franc‑Maçonnerie, le Grand Architecte de l'Univers,

La promesse qui est l'objet du serment,

L'imprécation qui donne le châtiment auquel on consent à être soumis si l'on ne tient pas la promesse faite.
Dans le cadre du premier serment d'initiation, bien que moins marquées que lors du serment Maçonnique, ces trois parties sont à mon sens respectée

 L’invocation se fait sur l'honneur du récipiendaire quine peut pas encore invoquer le Grand Architecte,

La promesse c'est le silence absolu,

L'imprécation c'est l'amertume et le remord.

C'est, à la fin de ce serment que le Vénérable Maître demande pour le dernière fois au récipiendaire s'il désire se retirer.
Lors de la cérémonie d'initiation, le rituel du serment sur le calice d'amertume se passe en deux temps

D'abord, le récipiendaire tient le calice rempli d'eau pure de la main gauche avec la main droite posée sur le cœur.
Ces deux gestes simultanés symbolisent la pureté et la sincérité du récipiendaire qui, ayant déjà subi l'épreuve de la terre, laisse derrière lui sa vie de profane et ses métaux à la porte du temple et se présente de sa propre volonté, en pleine liberté, sans aucune suggestion.
Le récipiendaire boit alors une gorgée de la coupe des libations et prononce son serment.

( Il est à noter que la libation était une pratique religieuse de l'antiquité qui consistait à répandre une coupe de vin en l'honneur des dieux.)
Je ne vois pas à priori de rapport avec la Franc‑Maçonnerie.

Ensuite le Vénérable Maître qui prend acte de son serment lui demande de vider la coupe qui entre temps a été rendue amère par l'apport d'un peu d'aloès.
Elle est devenue de ce fait le calice d'Amertume.

Ce liquide qui de pur est devenu amer est tout le symbole de l'imprécation ou de la malédiction qui va frapper le responsable du parjure.

L'amertume, c'est à la fois le dépit, le désespoir et le regret qui vont dans son coeur jusqu'à sa mort.

En Franc-Maçonnerie, l'initiation est basée sur les symboles car sans symboles, il ne peut y avoir de parcours initiatique dans le sens d'apprentissage et de connaissances nouvelles, et de transformation de soi au plan initiatique.

Nous devons travailler sans relâche à notre amélioration personnelle, à « mettre un frein salutaire à nos passions, afin de nous élever au dessus des intérêts mesquins » qui nous travaillent.

Le symbolisme des outils présent dans la Loge, même si on le rencontre dans la vie de tous les jours du monde profane est la base même du travail sur soi tel que le préconise la Franc‑Maçonnerie et je pense que la connaissance vers laquelle nous essayons de tendre des notre entrée en Franc‑Maçonnerie passe par la connaissance des symboles, c'est ce qui nous permet d'évoluer.

En conclusion

Aucune phrase au monde n'aurait pu décrire le contraste entre la sincérité, la pureté du postulant et les sentiments éprouvés par le parjure comme a pu le faire le symbole du calice d'amertume.

J'ai dit, V\ M\

Source :
www.ledifice.net

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La Cène

10 Juin 2012 , Rédigé par P\ A\ Publié dans #Planches

Très Sage Athirsata, et vous tous mes FF\ Chevalier Rose+Croix, pour ma première intervention à notre grade, Notre Très Sage, m'a proposé de faire une planche avec pour thème: « La Cène ».

Quel défi pour un frère élevé dans la plus pure tradition judéo-chrétienne par sa famille et avec l’aide appuyée des Frères des Écoles Chrétiennes et ensuite des Jésuites et pour qui la Foi reste une valeur spirituelle essentielle dans sa vie, que de traiter dans cet illustre chapitre d’un symbole aussi « chrétien » que la Cène

Mais il est des chemins comme des hommes, souvent plein de paradoxe et de contradictions qui permettent, du moins je l’espère, de faire progresser les uns par la connaissance et le partage avec les autres, le tout dans l’Amour fraternel, car tel est notre loi

Tous les Chevaliers Rose-Croix au Rite Écossais Ancien et Accepté, connaissent la cérémonie de la cène qui se pratique ou devrait se pratiquer à la fin de chaque tenue. Tous les premiers rituels connus, dès le début des années 1760, en font déjà mention et la décrivent, pratiquement telle que nous la connaissons aujourd’hui.

La Cène :

Dans le manuscrit de la « Maçonnerie Adhonhiramite » de 1787, on trouve précisé que le 3eme point du Rose Croix est la Cène et se déroule toujours après un chapitre.

Lors de la réception d’un nouveau chevalier, le rituel de la cène, ou troisième point de sa réception, marque l’intégration d’un nouveau chevalier dans le cercle des anciens. Il est le plus souvent décrit ainsi : « Tous les chevaliers se rangent autour de la Table. Le TS fait face à l’Occident, les surveillants, ayant encadré le candidat entre eux, se placent en face du TS Quand le cercle est formé, le TS rompt le pain, en prend un morceau et le mange. Il passe ensuite le plateau à l’Orateur qui est à sa droite et dit : « Prenez et mangez ; donnez à ceux qui ont faim ». le plateau passe successivement aux mains de tous les Chevaliers qui en prennent chacun un morceau. Quand le plateau revient au TS, il le pose sur la table. Il verse ensuite du vin dans le verre et en boit et le présente à l’Orateur en disant : » Prenez et buvez ; donnez à boire à ceux qui ont soif ». le verre passe successivement aux mains de tous les chevaliers et lorsqu’il revient au TS, celui-ci le verse dans le réchaud le reste du vin. »

Irène Mainguy pense que « la pratique de la Cène » en chapitre tire son origine d’un enseignement caritatif tel que celui qui apparaît dans les proverbes 25 :21-22 et dans l’Épitre aux romains 12 :20
« Si ton ennemi a faim, donne lui à manger, s’il a soif, donne lui à boire »

Notre rituel maçonnique a une autre traduction de la Cène.

Comme souvent, le rituel est la source de l'enseignement du Franc-Maçon et à notre grade, celui du Chevalier Rose Croix. Les phrases prononcées par le Très Sage au moment de la Cène et le décor ont leur importance. Je vais tenter d'en capter le sens.

Le Très Sage explique la suspension des travaux et la mission du Chevalier R+C est fixée : « répandre hors de notre Temple, notre message d'Amour de la Vérité et d'Amour de l'Humanité ». Les grandes lignes de notre Grade sont données. Notre mission : parler d'Amour, non pas d'amour charnel, mais d'Amour de la Vérité, qui est notre mission première en maçonnerie et aussi Amour de l'Humanité. Nous sommes ceux dont le travail est de répandre ces Amours. La Vérité, nous la cherchons en permanence, comme l'amélioration de l'humanité. Mais le mot Amour est mis en avant, ce qui démontre la passion, la sincérité, la profondeur avec laquelle nous devons travailler et je ne peux que constater que notre chapitre le démontre à chaque tenue…..

Le Très Sage nous parle ensuite de la canne, baguette qui nous a été remise à chacun de nous pour la Cène. Il s'agit la d'un autre rappel de notre rôle dans la Franc-Maçonnerie « elle doit servir dans vos voyages. Emblème de la vigilance, elle aussi le signe du commandement et du droit de l'exercer ». Si jusqu'à maintenant, nous devions répandre les vérités que nous avons acquises désormais, le Très sage nous explique que nous devons être vigilant : la définition de ce mot est intéressante « Qui veille avec beaucoup de soins ou de dévouement sur quelqu'un ou quelque chose. » et « Qui est exercé avec grand soin, avec une attention soutenue». La vigilance, notre grade nous en parle pour la première fois. Cette canne est donc le symbole de celui qui a pour mission de voyager et de surveiller, d'être attentif à ce qui se passe. Et cela sous entendu en permanence.

Le Très Sage explique aussi que nous avons tout pouvoir, que nous sommes ceux qui commandent. Nous ne commandons surement pas d'autres FF.°. au sens de hiérarchie, mais je crois, surtout, que nous détenons une certaine autorité morale avec les obligations qui vont avec, et que cela doit s'appliquer à chacun de nous. Notre chemin initiatique nous autorise à avoir une perception plus fine de ce qu'est la Franc-Maçonnerie, et surtout, nous avons l'obligation de voyager et cette baguette, qui rappelle le bâton du Compagnon, pourrait nous donner du pouvoir, car symbole d'une fonction, mais aussi un moyen pratique de se faire reconnaître. « Mes FF.°. me reconnaissent comme tel » finalement, cette reconnaissance doit exister : à notre comportement, nos FF.°. doivent percevoir notre expérience, notre cheminement maçonnique.

Le bâton du Chevalier R+C est surtout celui du pouvoir moral, plutôt celui du Sage qui peut répondre aux questions, celui qui est prêt à aider..

Quand nous voyageons aujourd'hui, et j'entends par voyage, voyage dans le monde maçonnique, autant que dans le monde profane, nous n'avons pas ce bâton.
Mais ce symbole, comme les autres symboles, nous le détenons en nous, nous l'avons intégré, nous finissons par faire comme si nous l'avions en permanence. Le regard que nous devons porter sur notre mission est d'être vigilant. Pourquoi? Mais parce que tel est notre devoir à ce stade de notre chemin initiatique. Nous avons appris, nous avons plus ou moins assimilé.

Le décantage de notre apprentissage nous permet d'avoir une vue plus élevée de ce que doit être le travail maçonnique.

Notre situation actuelle de Chevalier R+C est de ne plus être en bas, de ne pas être encore en haut, mais d'être entre deux étages, si je peux dire . A la fois au dessus mais largement en dessous. Le signe et le contre signe, qui montre l'infiniment grand et l'infiniment petit, me semble confirmer notre position.

Mais continuons le rituel :
« nous allons échanger nos accolades fraternelles et faire circuler le message de paix grâce au pain et au vin. Ainsi nous renforcerons d'avantage les liens qui nous unissent et notre amour fraternel en sera fortifié ».

Le pain et le vin et nos accolades sont donc le ciment de notre action. Le rituel nous donne donc la force qui nous portera en dehors du temple : il s'agit, comme toute construction et comme nous l'avons appris depuis notre initiation, d'avoir des bases solides : ces bases sont celles des liens qui nous unissent, liens qui sont tout le cheminement que nous avons fait, pas forcément ensemble, mais dans nos temples et dans nos loges, à des dates différentes, mais toujours sur le même chemin initiatique. Nos liens sont prioritaires. Cela veut dire aussi, que sans cela, nous serions inefficaces. Sans nos bases, c'est à dire, sans tout ce que nous avons appris en loge, nous ne sommes rien, nous devons, nous avons l'obligation en plus être unis.

L'Amour fraternel est une obligation et un vrai travail, c'est comme cela que je le ressens aujourd'hui.

Poursuivons le rituel :
«
prenez et manger et donnez à manger à ceux qui ont faim »
« prenez et buvez et donnez à boire à ceux qui ont soif
»

Ces 2 phrases sont claires et sont pleine d'amour : elle rappelle la Cène d'origine, mais la, le message n'est pas de se souvenir du Christ, il donne et définit une de nos missions : donner à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif. Cette tache est vaste.

L'un des symboles du grade Chevalier Rose Croix est le pélican. Son choix a été de s'ouvrir le flan pour donner à ses petits son sang. Jésus, en offrant le vin qui symbolisait son sang et le pain qui symbolisait son corps, a-t-il la même volonté?
Dans le rituel de la Cène, nous, chevalier R+C, nous ne le disons pas, mais ce message est sous entendu : nous sommes prêts à aller jusqu'au don de soi pour donner à manger et donner à boire à ceux qui sont dans le besoin. Ceci signifie que sommeille en nous un pélican et qu'il est prêt à s'éveiller à tout moment. Prêt au sacrifice de soi après avoir cherché l'Amour en suivant la trilogie de notre grade, Foi, Espérance et Charité.

Mais lors de cette Cène, avant ces 2 phrases, un message est transmis à chacun des F.°. à charge qu'il revienne sans faute : il s'agit du mot de passe du grade : Emmanuel et sa réponse Paix Profonde.

Pourquoi, dans la Cène, le mot de passe et sa réponse doivent-ils circuler? La Cène raconte l'histoire de Jésus et de son dernier repas. Emmanuel, en hébreu, signifie Dieu est avec nous.

Nous francs- Maçons, en tant que Chevalier R+C, nous avons atteint la conscience de ce que nous sommes et que nous considérons avoir retrouvé la parole perdue. Emmanuel est aussi le premier nom donné à Jésus par les bergers de Bethléem, car dans la prophétie d'Isaïe, il était annoncé que la mère enceinte donnerait ce prénom à son fils.

Paix Profonde ou La Paix avec Vous ou en Vous, cette réponse, semble contenir ce que doit être le chevalier R+C : par le sens Dieu est avec nous, nous, Francs-Maçons, nous pouvons penser autre chose, comme Grand Architecte de L'Univers ou aussi comme Force Cosmique, ou Puissance au dessus de tout ou tout autre appellation qui indiquerait quelque chose de supérieur. Supérieur parce qu'à une autre échelle, celle de l'Univers.

Le fait d'être conscient de ce que nous sommes et de ce que représentons à l'échelle de l'infiniment grand, est le signe du bon cheminement et de l'évolution nécessaire que tout homme, après avoir été initié et suivi le cheminement dans son temple intérieur, peut affirmer que l'univers, l'immensément grand est aussi dans l'infiniment petit. Et réciproquement.

La conséquence : une forme de sérénité. Une vision du monde plus claire, vue d'un niveau un peu plus élevé que l'homme ordinaire. Un sens du devoir.

Continuons à lire le rituel :
Après le retour du mot de passe que le Gardien de la Tour a bien reçu venant des 2 côtés, le Très Sage dit « Que ce pain nous maintienne en force et santé! Que ce vin nous élève ! »

le Très Sage émet alors ce qui ressemble à un vœux : que le pain nous maintienne en force et santé : la nourriture terrestre – ce qui représente, dans la Cène, le corps de Jésus, et cela afin de nous maintenir en force et en santé pour poursuivre notre mission. Le pain représente la matière.

Le vin nous élève , le vin représente alors l'esprit. Dans la Cène, elle représente le sang du Christ. Cet esprit que nous récupérons en buvant ce vin, nous élève. Élévation spirituelle nécessaire aussi pour continuer notre mission.

Nous retrouvons ici, à un autre niveau, l'équerre et le compas. La domination de l'esprit sur la matière. Mais jamais l'un sans l'autre.

Une grande précision : c'est ce pain et ce vin là, ici pendant la Cène, à cette occasion, le pain et le vin que nous prenons ensemble. N'importe qui peut manger du pain et boire du vin chez lui. Nous Chevalier R+C, nous mangeons et buvons ensemble.

Ceci contribue à nous unir et à maintenir entre nous le lien fort. Le symbole d'un acte commun et collectif de pensée et de deux actions, boire et manger, représente l'importance donnée à un travail maçonnique de chacun mais tous ensembles.

« Et maintenant mes FF\, prenez et mangez et donnez à manger à ceux qui ont faim, prenez et buvez et donnez à boire à ceux qui ont soif»

Dans cette phrase, le Très Sage redit ce qu'il a déjà dit avant la circulation du mot de passe. S'agit-il d'une manière de commencer et de finir, ce qui veut dire que ce qui est important est ce qu'il y a entre les deux phrases ? Je remarque tout simplement que la demande du très Sage est de prendre et de manger d'abord et de donner à manger après et de prendre et de boire avant de donner à boire... Cela me rappelle qu'il faut d'abord travailler sur soi-même et la pierre brute avant de pouvoir prétendre transmettre quelques choses à d'autres. Les bases de notre temple intérieur doivent être solidement implantées.

Faisons attention aux dernières paroles du Très Sage après avoir frappé les 7 coups avec sa canne :
« Tout est consommé...
Mes FF\, retirons-nous en Paix et souvenons nous que nous avons juré de propager toutes les vertus qui naissent de la Fraternité. »

Tout est consommé.... :
une phrase étonnante : à première écoute, j'ai envie de dire ben oui, nous avions faim en cette fin de matinée et il ne reste plus rien ! mais le sens n'est pas celui-là. Jésus, sur la croix, l'aurait dit cette phrase et pour lui, cela annonçait la fin de sa mission sur terre. En allant sur la croix, il a terminé la dernière étape de sa mission, qui l'amène ou le ramène auprès de Dieu.
Mais si tout est consommé, cela veut dire que ce que nous avons en nous, après cette Cène, après avoir rompu le pain , l'avoir mangé et bu le vin, que tout ce qui est en nous, constitue une intégration importante de la fin d'un événement. Ces 2 éléments forment ensemble le corps et l'esprit et, en nous rassasiant d'abord, indique que, si notre travail commence par nous-mêmes, nous sommes prêts, par la suite à aider les autres. Un peu de Aides toi et le ciel t'aidera? Non, notre travail a un sens, même si on comprend un but, mais je dirais un sens de fonctionnement. Depuis l'apprentissage jusqu'au grade de Chevalier Rose+Croix, le travail est fait sur nous-mêmes pour mieux le faire sur les autres.

Un parallèle avec Jésus, qui a fait tout un cheminement pour partir de sa naissance jusqu'à sa mort, mais en laissant un message très fort et très riche.
La Cène se termine par un rappel à notre serment de Chevalier R+C, toujours avec cette insistance sur la Fraternité qui est notre force et toutes les conséquences de cette Fraternité.

En guise de conclusion de cette planche imparfaite, je dirais que la Cène est un symbole fondamental qui remonte à la plus ancienne antiquité, elle n’est certes pas l’apanage de la tradition chrétienne, le partage du pain et du vin se retrouve dans l’Agapé antique.

Il faut voir dans la pratique de la Cène, un pacte d’union entre les frères Chevaliers Rose Croix et un encouragement à pratiquer une charité fraternelle active.

Également, nous pouvons assimiler cette pratique à une chaine d’union beaucoup plus intense que celles des loges bleues, puisqu’il y a partage réel du pain et du vin.

En fait cette pratique devrait être étendue à tout être humain, maçon ou non, ce qui permettrait d’entendre au dehors les nobles valeurs et l’ethnique maçonnique.

Mais ne rêvons pas, il nous faut d’abord appliquer à nous-mêmes ces principes pour pouvoir être capables de les porter au dehors de nos temples.

A la fin de la Cène, Jésus ne dit-il pas « A ceci, tous vous reconnaitront pour mes disciples, a cet amour que vous aurez les uns pour les autres (Jean 13 :35)
Alors notre chemin est encore long…

source :
www.ledifice.net

 

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La Bible dans la Loge

9 Juin 2012 , Rédigé par R\ D\ Publié dans #Planches

Ce texte commence par un rappel, à la fois historique et mythique, sur l’origine de la Franc-Maçonnerie et des loges opératives et spéculatives. Il se termine par une évocation de la Bible dont chacun pourra apprécier la surprenante richesse symbolique.

Faisant un saut par dessus les siècles, Richard Dupuy évoque les loges des bâtisseurs, abris couverts de ces hommes qui travaillent alors sur les fabuleux chantiers des cathédrales, et qui par leur esprit créatif et leur intelligence opérative ont permis à l’Europe de se couvrir du « blanc manteau de cathédrales » chanté par les poètes.

Richard Dupuy arrive ensuite progressivement à la naissance de la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative, décrivant ces notables qui bien que n'appartenant pas aux confréries des chantiers, en viennent néanmoins à s’intéresser aux travaux de ces dernières, et qui, retenant l'attention des Franc-Maçons opératifs, sont progressivement intégrés par eux au sein des ateliers comme Franc-Maçons « acceptés », formule toujours en usage aujourd'hui.

Mais ce par quoi ce texte vaut surtout est le passage consacré à la Bible, qui se révèle, par certains aspects, exceptionnel. C'est le texte d’un visionnaire et d’un poète, nourri de culture classique et imprégné de foi maçonnique. Richard Dupuy la présente comme Volume de la Loi Sacrée.

Loi par ce qu'elle prescrit.

Sacrée parce que sa référence la rend intouchable aux hommes.

Richard Dupuy s’engage explicitement dans une démarche herméneutique et présente ici la Bible non pas comme le livre d’une révélation religieuse mais comme celui « qui n'est…la propriété…d'aucune religion…d'aucune civilisation particulière…qui les englobe toutes dans la religion universelle…symbole de la loi vivante… Elle représente la démarche de l'humanité frayant sa route sur le sol des réalités, grâce au moteur de l'esprit et par l'effort opiniâtre de sa raison, de son intuition et de son imagination ».

Livre qu'il faut « lire avec les yeux de l'âme et non avec ceux de la chair » et qui est « entre tous les humains, le ciment et le lien, et le pacte d'alliance ».

Concernant la première partie consacrée à l'apparition des loges, certains historiens diront que par bien des aspects cette évocation relève parfois plus de la légende maçonnique que de la réalité historique, et que ce texte ne manifeste pas une démarche au caractère scientifique bien attesté.

Sans entrer dans un débat de spécialistes dont ce n'est pas l'objet ici, on peut répondre que si certaines de ces remarques sont éventuellement recevables, il n’en reste pas moins que la Franc-Maçonnerie étant une démarche initiatique, ce qu’elle dit d’elle même dans ses mythes fondateurs a autant – ou plus – d’importance que la réalité historique elle-même.

Et dans cet esprit, vouloir se rattacher à la tradition de constructeurs qui manifestaient, dans leur travail, à la fois le souci de la force et de la beauté qui transcendaient leurs ouvrages, ne peut laisser aucun Franc-Maçon de Rite Ecossais Ancien et Accepté indifférent. Vouloir réduire les mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie à des « querelles historiques » ne peut donc avoir que très peu de sens pour la démarche initiatique.

Quant au passage consacré à la Bible il est tout simplement remarquable de poésie.

Il porte la marque de l'ouverture d’esprit d'un homme qui tout en étant un homme de conviction religieuse, est allé, en tant que Franc-Maçon, droit à ce qu’il percevait de fondamental dans ce Livre, et a transfiguré l’objet de sa réflexion pour y trouver ce qui se donne en lui de l’universel humain, universel non de domination ou de contrainte, mais d’ouverture aux autres et de fraternité.

Richard Dupuy y manifeste clairement qu’au Rite Ecossais Ancien et Accepté, la Bible est considérée comme un ouvrage sacré, dont la visée symbolique et rituelle laisse chacun libre de ses convictions religieuses, légitimes par ailleurs, mais qui n’entrent pas en compte dans le projet initiatique personnel de chaque Franc- Maçon.

Ce texte parle à l’intelligence, au coeur et aux sens. On peut l’entendre comme une musique.

Celle qui nous ouvre à la mélodie des infinis humains.

Dès la plus haute antiquité les constructeurs constituaient des groupes initiatiques fermés. Ils étaient à la fois ouvriers et prêtres, car, exerçant un métier noble entre tous, ils se considéraient en outre comme les collaborateurs de Dieu dans l'oeuvre de création.

Ils étaient les artisans du Grand OEuvre. Et c'est pourquoi, sur toute la terre et à travers les siècles ils perpétuèrent les rites sacrés de la construction, précieusement conservés et transmis de la bouche à l'oreille, de la main à la main, du vivant au vivant, dans des communautés portant des dénominations et affectant des formes diverses (Collegia, Hétairies, Tarouks, Confréries monastiques ou laïques), mais procédant toutes d'une essence commune.

Ces hommes n'admettaient parmi eux que ceux qui étaient parvenus à la perfection dans l'un des corps de la maçonnerie. Ils se promettaient réciproquement aide et assistance dans toutes les circonstances de la vie et ils juraient de garder le secret sur les connaissances, les procédés et inventions qui leur seraient communiqués en vue d'améliorer encore et de faire progresser leur art dans la voie de la création continue. Ils portaient volontiers la robe de lin blanc des initiés. Ils célébraient, à l'occasion du solstice d'hiver et du solstice d'été, en des agapes fraternelles, la communion de leurs coeurs et la conjonction de leur travail créateur.

Ils se reconnaissaient par des mots, des signes et des gestes discrets qu'ils s'interdisaient de communiquer aux profanes, et, nantis de ces passeports invisibles, ils parcouraient les continents et les mers.

Partout, malgré les différences de races, de langages, de religions et de coutumes, ils étaient reçus comme frères parmi leurs frères.

On trouve dans l'Ancien Testament, au chapitre des Rois, le récit de la construction du temple que Salomon fit ériger à la gloire de l'Eternel, par Hiram, le fils de la Veuve, maître architecte du royaume de Tyr, en un lieu voué à l’amour fraternel, sur la colline de Morija, près de Jérusalem.
Cette tradition qui parvint jusqu'à nous constitue le fondement de l'Ordre Maçonnique universel.

Au Moyen Âge, lorsque le Mestier Franc de Maçon se dégagea du carcan corporatif, les meilleurs ouvriers y étaient seuls admis, après avoir subi victorieusement les épreuves rituelles destinées à prendre la mesure de leurs capacités professionnelles, physiques et morales.

Et dans un contexte politique, religieux, économique et social qui considérait le travail comme une pénitence et même une déchéance, puisqu'il était interdit aux nobles et aux clercs, les Maçons Francs constituaient une élite de l'esprit et du coeur unanimement respectée.

A cette époque, lorsqu'un seigneur, clerc ou laïc, décidait d'entreprendre une construction, cathédrale ou chapelle, château ou maison, il commençait par s'assurer le concours d'un maître architecte.
Celui-ci, après avoir examiné le terrain et conféré avec le seigneur de l'édifice à construire, de sa destination et de ses proportions, envoyait à travers le pays des émissaires chargés de convoquer les compagnons en qui il avait confiance.

A l'appel du maître d'oeuvre, ils arrivaient bientôt, dans des chars à bancs tirés par des chevaux ou des boeufs, chargés de femmes, d'enfants, de hardes et d'outils. Lorsque tous se trouvaient assemblés, l'architecte leur faisait former un cercle autour d'un point qu'il avait soigneusement choisi à proximité du lieu où devait s'ouvrir le chantier.

Et c'est là qu'ils se livraient à leur premier travail : construire la loge. Celle-ci devait être orientée, comme une église ou un temple. Elle était édifiée avec soin et amour, décorée artistement. En son centre se dressait un autel triangulaire, en équilibre parfait. La planche à tracer du maître était placée à l'est afin de recevoir la lumière du soleil levant.

En face, de chaque côté de la porte qui s'ouvrait sur l'ouest, deux plateaux marquaient les places du premier et du deuxième surveillant, chargés respectivement de l’instruction et de la direction des compagnons et des apprentis. Les ouvriers s'asseyaient au pied des deux colonnes, semblables à celles qui gardaient l'entrée du temple du roi Salomon, les compagnons au midi, les apprentis au nord. Car ses hommes libres étaient respectueux de l'ordre. En tête des principes que leur enseignait la Philosophie du Mestier, figurait l'adage suivant lequel la liberté ne se peut exercer dans le désordre et la confusion.

Leur franchise avait pour condition, pour prix et pour contrepartie la discipline irréprochable qu'ils savaient librement s'imposer.

Que faisaient-ils donc dans cette loge ?

- Avant toute autre chose ils y rangeaient religieusement leurs biens les plus précieux, leurs outils. Ces outils faisaient l'objet des soins et du respect de tous parce que, d'une part, ils étaient investis d'un caractère sacré, comme symbolisant la victoire de l'esprit sur la matière grâce à la merveilleuse conjonction du cerveau et de la main dont ils prolongeaient efficacement l'action, et, d'autre part, ils étaient les instruments indispensables à l'exercice de l'Art royal. Sans l'outil qui réalise, l'invention de l'esprit n'est que rêverie.

- C'est aussi dans la loge que le maître architecte recevait le serment des ouvriers qui s'engageaient à travailler loyalement, dans le respect des règles de l'Art et dans celui des us et coutumes de leurs corps de métier, à ne pas gaspiller les matériaux que le maître d'ouvrage mettrait à leur disposition et à ne rien révéler des secrets du métier de franc-maçon à ceux qui n'étaient point Francs. Cette obligation solennelle était prêtée devant l'autel des serments sur lequel étaient disposés les trois principaux instruments du travail : le compas qui trace le cercle sans commencement ni fin, symbole de l'esprit infini, éternel et universel ; l'équerre qui donne l'angle droit par lequel la pierre brute devient cubique et apte à être assemblée en édifices harmonieux, symbole de la matière animée par l'esprit ; et enfin la règle, symbole de la loi commune qui régit aussi bien les phénomènes du monde réel que ceux du monde spirituel.

Le compas était d'or, l'équerre d'argent et la règle de bois. Elle comptait vingt-quatre pouces divisés en trois fractions : les vingt-quatre heures de la journée du compagnon maçon dont huit étaient consacrées au travail sur le chantier, huit au sommeil et huit à la prière, à la méditation et à l'instruction. Les huit heures réservées à l'élévation de l'âme et à la culture de l'esprit, les Frères les passaient dans la loge où, après la prière du soir, ils recevaient les directives pour le labeur du lendemain, percevaient leur salaire, et, entre-temps se communiquaient réciproquement tout leur savoir. Ils étudiaient d'abord la science des sciences, celle qui préside à l'élaboration et à la vie du cosmos, la géométrie dont l'initiale figure au centre de l'étoile flamboyante resplendissant au nord de la loge ; ensuite, bien sûr, toutes les techniques concourant à l'art de construire ; enfin – car nul domaine n'était fermé, aux investigations de ces hommes libres – toutes les sciences connues à cette époque : la philosophie, la psychologie, la morale, la médecine, la chirurgie, l'alchimie, l'astrologie…

Et jusqu'à minuit plein, les trois fenêtres de la loge diffusaient la lumière discrète des trois cierges qui encadraient l'autel et celle des chandelles qui éclairaient les plateaux du vénérable maître et des deux surveillants, tandis que les cantiques, les chants maçonniques, les prières, les exposés et les débats fraternels qui s'ensuivaient animaient étrangement le silence de la campagne alentour.
Il advint que ces modestes loges, devenues centres de culture, de science et d'amour fraternel attirèrent la curiosité des habitants des châteaux, des bourgs et des fermes voisines. Les uns et les autres, intrigués, venaient parfois coller une oreille indiscrète à la porte de la loge dans l'espoir de pénétrer le secret de ces extraordinaires roturiers qui, plus instruits que des moines, savaient lire, écrire, dessiner et peindre, compter et calculer, et en outre creuser les fondations, fondre les métaux, sculpter, graver, buriner, travailler le bois, le fer et la pierre, dresser les murailles et poser les charpentes, en un mot, tout concevoir et tout réaliser.

Ces hommes étonnants, gentils et courtois comme des chevaliers, travailleurs et musclés comme des serfs, passaient une partie de la nuit à discourir et, dès le petit jour s'affairaient sur le chantier, remplissant l'air du chant laborieux des maillets, des ciseaux, des scies, des marteaux, des poulies et des brouettes, transportant, hissant, poussant, travaillant sans relâche une matière inerte et rebelle et parvenant à lui conférer la grâce et la vie, et l'élan d'un acte de foi.

Quelques-uns de ces voisins curieux, nobles, clercs ou bourgeois s'enhardissaient même jusqu'à venir prier le maître de la loge de les accepter dans la fraternité, quoique n'appartenant pas au métier. Si le requérant était de bonne constitution physique et morale, s'il était adulte, né libre et de bonnes moeurs, sa demande était prise en considération. Il était admis à subir les épreuves, et il était reçu Franc-Maçon suivant les rites et mystères de l'Ordre.

Au cours de son initiation aux secrets et privilèges de la Franc- Maçonnerie, on exigeait de lui le serment habituel de fidélité à la règle de l'Ordre et aux règlements de la loge, d'obéissance non aveugle mais intelligente aux chefs de la confrérie, de dévouement et d'amour fraternel à l'égard de ses frères et de tous les membres de la famille humaine.

Lorsqu'il prêtait ce serment sur l'autel de la loge, l'un des trois outils symboliques, la règle, commandant l'emploi du temps quotidien des Maçons opératifs auquel le néophyte ne pouvait raisonnablement être astreint, était remplacé par un autre symbole représentant la loi morale.

C'était soit un polychronicon, sorte de parchemin artistement enluminé sur lequel était transcrit l'évangile de Jean, « Au commencement était le Verbe…», soit une bible, dès que l'invention de l'imprimerie permit à tous de se procurer le livre.

Ainsi, entre l'équerre et le compas, la règle de vie des compagnons opératifs s'était, par la force des choses, sublimée et agrandie aux dimensions universelles, en même temps que, parmi les Francs-Maçons Anciens, naissaient les Acceptés. Ainsi, ces confréries de bâtisseurs que l'on appelait communément des loges, du nom même du lieu sacré où elles se réunissaient, devinrent, dès le début du XIVe siècle de notre ère, des Loges de Maçons Francs Anciens et Acceptés, et, après le départ des compagnons opératifs lorsque la construction avait été achevée, elles demeuraient en vie grâce aux spéculatifs qui désormais l'animaient seuls.

La bible ayant pénétré dans la loge, elle n'en sortit plus. Après l'ouverture rituelle des travaux, le Frère qui remplissait les fonctions de chapelain en lisait un verset qui servait de point de départ et de thème aux méditations de la soirée. De nos jours, les Francs-Maçons prêtent toujours leur serment initiatique sur ce Volume de la Loi Sacrée, ouvert sur l'autel et surmonté du compas et de l'équerre. Tous leurs travaux se déroulent en présence de ce symbole unique aux triples dimensions.

Le livre n'évoque pour eux aucune religion particulière. Il les englobe toutes dans la religion universelle qui accueille tous les humains de bonne volonté. Son entrée dans la loge à une époque où sa lecture était interdite à qui n'était pas clerc n'implique aucune soumission, elle marque au contraire une importante étape dans la libération de la conscience, des interdits divers qui, de tout temps, prétendirent assigner des limites aux investigations de l'esprit humain.

La Bible n'est, pour le Franc-Maçon, ni un récit historique, ni un traité théologique. Elle est le symbole de la loi vivante. Elle n'est pas objet de controverses fastidieuses et stériles, mais source d'inspiration et de réflexion. Elle représente la démarche de l'humanité, frayant sa route sur le sol des réalités, grâce au moteur de l'esprit et par l'effort opiniâtre de sa raison, de son intuition et de son imagination. Elle montre l'homme émergeant de la bestialité pour cheminer vers la connaissance qui est à la fois compréhension et participation. Elle n'est pas seulement l'histoire authentique ou légendaire du peuple juif, ni le récit de la passion de Jésus. Elle n'est pas seulement le dialogue de l'homme avec son Créateur. Elle est tout en même temps, et beaucoup plus encore. Elle n'est l'apanage ni la propriété d'aucune église, d'aucune religion, d'aucune secte, d'aucune race, d'aucune civilisation. Elle est la somme. Elle est à la fois, miraculeusement, écriture et parole, tradition et évolution. Elle instaure le dialogue éternel du passé et de l'avenir.
Elle est souvenir et prophétie. Elle vaut par ce qu'elle décrit et par ce qu'elle suggère. Comme la vie, elle apparaît diverse, multiforme, complexe et multi ordinale, vaste et changeante comme la mer, il est vrai. Mais comme la mer, elle est une car elle exprime la loi, la loi sacrée qui s'impose à tous et protège tous, la loi qui rend solidaire la partie du tout et qui rend le tout tributaire de la partie, la loi d'amour.

Qui prétendrait lui assigner un contenu et un sens immuables la dépouillerait de signification, de puissance et d'efficience car elle est, avant tout, incantation et incitation.

Elle est le grand registre de famille de tous les hommes et de toutes les femmes, ceux qui ont vécu, ceux qui vivent et ceux qui vivront après eux.

Il faut la lire avec les yeux de l'âme et non avec ceux de la chair. Il serait criminel d'en stériliser l'esprit en disséquant sa lettre. Il convient d'en accepter et d'en recevoir globalement l'impulsion lyrique, car elle est un chant d'amour. Et un chant d'amour ne s'analyse pas. C'est l'harmonie des notes qui fait naître la musique, c'est l'agencement des mots qui fait naître la phrase. Isolés, les notes et les mots ne sont que des sons sans signification, sans écho, sans pouvoir, sans vertu…, sans espoir.

Son chant merveilleux réveille l'âme, le souvenir commun de l'espèce, enfoui, assoupi au tréfonds de l'inconscient collectif. Il est, entre tous les humains, le ciment et le lien, et le pacte d'alliance.
Il est une ouverture sur le monde. Il est une communion avec lui car il est souffle et battement de coeur.

Qui sait l'entendre est définitivement arraché à sa solitude, car, libéré de l'espace et du temps, il participe à la vie universelle et il marche vers la Lumière.

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La Tradition Maçonnique

8 Juin 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Les Grades Maçonniques    

La Franc-Maçonnerie, en tant qu'Ordre Initiatique, transmet son initiation en plusieurs fois. Elle considère que la Vérité s'acquiert par un enseignement graduel. Ainsi, l'initiation maçonnique est complètement achevée lorsque le Franc-Maçon atteint le troisième degré, celui de Maître Maçon.
Qui dit enseignement graduel, dit « grades ». Ce vocable militaire est sans doute issu des Loges militaires, fort nombreuses sous l'Ancien Régime et sous l'Empire. Le terme de « degré » me semble plus adapté. Ainsi, il y a 3 degrés dans la Franc-Maçonnerie universelle et traditionnelle. Ils sont :

1. Apprenti Franc-Maçon,
2. Compagnon Franc-Maçon,
3. Maître Franc-Maçon.

Dans tous les rites, dans tous les pays, ces trois grades existent avec les mêmes mots et signes de reconnaissance. C'est ce qui fait son universalité. Ces trois degrés sont la base de la Franc-Maçonnerie. Ils doivent être pratiqués au sein d'une même loge.
Néanmoins, ceux ne sont pas les seuls degrés, dans la Maçonnerie. Chaque système de rite en a rajouté d'autres. Par exemple, le Rite Écossais Ancien et Accepté compte 33 degrés. Mais attention, les degrés qui vont du 4° au 33° sont appelés « hauts grades » ; les obédiences traditionnelles ne s'en occupent pas. Cela n'est pas de leurs compétences. D'autre organismes (Suprêmes Conseils, etc...) les administrent.

Pour être membre de ces « hauts grades », il faut obligatoirement être membre d'une Loge dite « bleue ». La Loge bleue est la Loge telle qu'on l'entend, c'est à dire celle qui pratique les 3 premiers degrés et qui appartient à une Grande Loge.

Les « hauts grades » sont isolés des 3 premiers degrés. Ainsi, il existe des Loges spéciales qui pratiquent des degrés du 4° au 14°, d'autres du 15° au 18°, etc, selon une hiérarchie bien précise.
On peut considérer les « hauts grades » comme un approfondissement de la Maîtrise. Le degré ultime reste le 3° degré. Les Anglais appellent le système des « hauts grades » la Side-Masonry : la Maçonnerie d'à côté.
Mais vous ne verrez jamais une Loge maçonnique pratiquer un rite du 1° au 18° par exemple. Cette Loge ne pourrait être maçonnique car elle « briserait » l'initiation qui repose sur les 3 premiers degrés et la légende hiramique.

L'initiation maçonnique n'est pas rapide en France. Un Maçon va rester entre 1 et 3 ans Apprenti puis il sera proposé pour passer Compagnon. Alors, il restera aussi entre 1 et 3 ans avant de passer Maître. Dans d'autres pays comme les USA, un profane (un non-Maçon) peut devenir Maître en 3 mois. C'est une pratique courante. Il n'existe théoriquement pas de « rythme » pour passer d'un degré à un autre, néanmoins, une bonne connaissance du rituel, des rites, du symbolisme du rite pratiqué et de la Franc-Maçonnerie me semble être un élément fondamental pour qui souhaite devenir Maître.

Voyons maintenant l'un des rites les plus pratiqués dans le monde : Le Rite Écossais Ancien et Accepté.    

Le Rite Écossais Ancien et Accepté
Le Rite Écossais Ancien et Accepté (dit REAA pour les intimes...) est très ancien ; il aurait été créé entre 1733 et 1735 en Angleterre. À cette époque, il y avait des Loges de « Scotch Masons » (Maçons Écossais). On rencontre les premiers Maîtres Écossais à la Grande Loge en 1743 en France. Le rite a évolué. Il a pris la forme que nous lui connaissons le 24 Juin 1801 à Charleston aux États-Unis.

Il compte 33 degrés dont voici la liste :

Loges Bleues
Apprenti Maçon
Compagnon Maçon
Maître Maçon

Loges de Perfections (ateliers philosophiques)
Maître Secret
Maître Parfait
Secrétaire Intime
Prévôt et Juge
Intendant des Bâtiments
Maître Élu des Neuf
Illustre Élu des Quinze
Sublime Chevalier Élu
Grand Maître Architecte
Chevalier de Royal Arch
Grand Élu de la Voûte Sacrée

Chapitres
Chevalier d'Orient ou de l'Épée
Prince de Jérusalem
Chevalier d'Orient et d'Occident
Souverain Prince Rose+Croix

Aréopages
Grand Pontife
Maître Ad Vitam
Chevalier Prussien
Prince du Liban
Chef du Tabernacle
Prince du Tabernacle
Chevalier du Serpent d'Airain
Prince de Mercy
Grand Commandeur du Temple
Chevalier du Soleil
Grand Écossais de Saint-André d'Écosse
Chevalier Kadosh

Tribunaux
Grand Inspecteur Inquisiteur
Consistoires
Sublime Prince du Royal Secret
Conseils Suprêmes
Souverain Grand Inspecteur Général
Le Suprême Conseil est une assemblée présidée par un Grand Commandeur. Il compte entre 9 et 33 membres choisis parmis ceux qui possèdent le 33° degré.

Voyons maintenant le Rite d'York.    

Le Rite d'York
Le Rite d'York est aussi appelé Rite Américain. Il désigne le rite pratiqué aux États Unis au delà du 3° degré. Il comporte 14 degrés qui sont :

Loges Bleues
Apprenti
Compagnon
Maître Maçon

Chapitres
Maître de la Marque
Passé Maître
Très Excellent Maître
Maçon de l'Arche Royale

Conseils
Maître Royal
Maître Select
Super Excellent Maître

Commanderies
Chevalier de la Croix Rouge
Chevalier de Malte

Grandes Commanderies
Chevalier du Temple

Chevalier de la Croix Rouge de Constantin

Il est fréquent que les membres du Rite d'York appartiennent également aux hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté. Ainsi aux USA, un Maçon aura de droit d'être Chevalier du Temple au Rite d'York et Sublime Prince du Royal Secret (32°) au REAA.

Voyons le Rite Français.    

Le Rite Français Traditionnel
Le Rite Français Traditionnel possède 7 degrés. Il a été créé en 1786 par le Grand Chapitre Général. Il s'articule autour de la symbolique de la Rose+Croix. Il est pratiqué actuellement au Grand Orient de France. Attention cependant à ne pas le confondre avec le Rite Français moderne, dit aussi « Rite Français de Groussier », qui est une variante très modifiée des 3 premiers degrés de ce rite.

Loges Bleues
Apprenti
Compagnon
Maître

Premier Ordre de Rose+Croix
Maître Élu

Second Ordre de Rose+Croix
Maître Écossais

Troisième Ordre de Rose+Croix
Chevalier Rose+Croix

Rose+Croix
Souverain Prince Rose+Croix

Voici maintenant le Rite Émulation    

Le Rite Émulation
Ce rite est celui qui est officiellement pratiqué par la Grande Loge Unie d'Angleterre. Il n'y a pas de « hauts grades » souchés sur ce rite. Néanmoins, nombreux sont les Francs-Maçons de ce rite qui appartiennent à un chapitre de Royal Arche. Les deux « rites » se complètent harmonieusement et nombreux sont ceux qui croient que les degrés de l'Arche Royale sont les « hauts grades » du Rite Émulation. Nous avons donc décidé de vous présenter les deux.
Ainsi, le Rite Émulation ne concerne que :

Les Loges Bleues
Apprenti
Compagnon
Maître
   

Le Rite de l'Arche Royale concerne :

Les Chapitres de l'Arche Royale
Maçon de la Marque
Passé Maître
Très Excellent Maître
Sainte Arche Royale
   

Le Rite Écossais Rectifié
Le Rite Écossais Rectifé est une rite très inspiré de la chevalerie templière. Il est né en 1778 à Lyon en France. On trouve à son origine le rite Allemand dit de la « Stricte Observance Templière ».
Ce rite est surtout pratiqué en France par la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra. Il est également le rite « originel » de la Grande Loge Nationale Française, rite alors refusé par le Grand Orient de France.
Voici ses degrés :

Loges Bleues
Apprenti
Compagnon
Maître Maçon

Quatrième degré symbolique :
Maître Écossais de Saint André

Ordre Intérieur
Écuyer Novice
Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte

Degrés non pratiqués :
Profès
Grand Profès

Le Rite Écossais Rectifié est très chevaleresque. Il extrait de la Franc-Maçonnerie son essence Templière. Voyons maintenant les grands principes de la « régularité maçonnique ».    

La Régularité Maçonnique
Qu'est ce que la « régularité » maçonnique ? En voici un aperçu d'après le Masonic Information Series BN94-1 de Manilles (Philippines).
Maçonnerie Régulière et Clandestine
Frères, vous êtes avisés de ne pas visiter de Loges clandestines ni d'accueillir en Loge des Maçons clandestins ; si vous avez un doute, parlez en à votre Vénérable Maître.
Comme nouveau Maître Maçon, nous n'oublierons jamais cette injonction de notre Vénérable Maître.

Comme Maître Maçon, nous pourrions définir les différences entre les Maçons réguliers et clandestins. Voici pour commencer les sanctions maçonniques qui sont définies dans l'article XVI des constitutions maçonniques de la Grande Loge AF&AM des Philippines :
Section 20. Aucun Maître Maçon ne doit entretenir de relations maçonniques avec une Loge clandestine ou illégale ni communiquer maçonniquement avec un Maçon clandestin.
Section 21. Tous les Maçons de la juridiction peuvent être réprimandés, suspendus ou exclus pour toute violation des Anciens Landmarks, des Constitutions, Règlements, Édits, Ordonnances et des Règlements Généraux de la Grande Loge et des autres Lois Maçonniques.

Qu'est ce qu'un Maçon clandestin ?
Un membre d'une soi disante organisation maçonnique qui n'entretient pas de relations avec la Franc-Maçonnerie. Un exemple est un membre d'une des nombreuses Triades chinoises, des Carbonari etc... Une autre description simple pourrait être un membre d'une organisation maçonnique qui ne possède pas nos trois degrés, ni en particulier l'exaltation de la personnalité d'Hiram. Les Maçons réguliers ne devraient jamais considérer ces membres comme Frères (Haffner, Regularity of Origin, p. 119)

Dans la terminologie maçonnique, « clandestin » est un vieux terme qui a été retiré de notre rituel de tradition orale. Ce rituel a été standardisé lors de l'union des deux Grandes Loges Anglaises des « Ancients » et des « Moderns » en 1813 (Henderson, Masonic World Guide, p. 35)

D'après RW Christopher Haffner, Passé Député Grand Maître pour Hong Kong et l'Extrême Orient, Grande Loge Unie d'Angleterre, Passé Maître de la première Loge de recherches, Quatuor Coronati Lodge No. 2076, Londres et auteur de Regularity of Origin, nous trouvons le passage suivant:
...La Grande Loge Unie d'Angleterre ne semble pas tenir compte des différences ; elle reconnaît une Grande Loge dans sa totalité ou pas du tout... (Haffner, Regularity, p. 8)

Qu'est ce que la Reconnaissance ?    
Lorsqu'une Grande Loge en reconnaît une autre, elle reconnaît sa régularité maçonnique, son autorité et son intégrité territoriale. Une telle reconnaissance, dans la mesure où elle est effectuée, doit être mutuelle. Quand une telle reconnaissance est finalement accordée par une Grande Loge plus ancienne (c'est généralement une jeune Grande Loge qui demande à être reconnue), les deux Grandes Loges se disent être « en amitié » ou en « relations fraternelles ». Le processus durant lequel une Grande Loge en reconnaît une autre est quelquefois précédé d'une reconnaissance de ses différences (dans les rituels, l'organisation...) si le besoin s'en fait sentir. La méthode la plus usitée pour conférer la régularité à une Grande Loge non reconnue consiste à soumettre sa candidature au suffrage d'autres Grandes Loges déjà reconnues (Henderson, op cit. p. 15)

Comment une Grande Loge devient-elle régulière ?
Chaque Grande Loge se considère légitimement comme régulière. C'est une condition nécessaire à sa survie, même si cette croyance que chaque Grande Loge possède n'est pas toujours étendue aux autres. Chaque Grande Loge a définie ses propres critères de reconnaissance. Ces critères sont les mêmes pour toutes les Grandes Loges régulières qui se reconnaissent entre elles. La Grande Loge Unie d'Angleterre a adopté les critères suivants de reconnaissance d'une Grande Loge le 4 Septembre 1929 (Haffner, op cit., p. 3).

Critères de base pour la reconnaissance d'une Grande Loge.
Régularité des origines ; i.e. Chaque Grande Loge doit avoir été dûment et régulièrement constituée par une Grande Loge reconnue ou par au moins trois Loges régulières.
La croyance au G.A.D.L.U. et en sa révélation doit être une caractéristique essentielle pour ses membres.
Tous les Initiés doivent prendre leurs obligations sur le Volume de la Loi Sacrée ouvert et bien en vue, qui signifie que la révélation contraint la conscience de l'individu qui est initié.
Tous les membres de la Grande Loge et de ses Loges doivent être composées exclusivement d'hommes et aucune Grande Loge ne doit entretenir des relations maçonniques avec des Loges mixtes ou des organisations acceptant les femmes.
La Grande Loge doit être souveraine sur toutes les Loges de sa juridiction. i.e. Elle doit être responsable, indépendante et autonome dans son gouvernement. Elle doit avoir une autorité incontestée sur les travaux des degrés symboliques (Apprenti, Compagnon et Maître Franc-Maçon) de sa juridiction. Elle ne doit en aucun cas être divisée ou partager son autorité avec un Suprême Conseil ou toute autre puissance demandant quelque contrôle ou supervision de ces degrés.

Les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie nommément le Volume de la Loi Sacrée, l'Équerre et le Compas doivent toujours être exhibées lorsque la Grande Loge ou ses Loges travaillent, le principal étant le Volume de la Loi Sacrée.
Toute discussion touchant la Politique ou la Religion sont strictement interdites en Loge.
Les Principes des Ancient Landmarks, coutumes et usages du Travail en Loge doivent être strictement observés.
C'est sur ces principes de base qu'une Grande Loge détermine la régularité d'une autre Grande Loge. Les Grandes Loges qui suivent ces principes peuvent être certaines d'être reconnues comme régulières, les autres ne seront pas reconnues comme telles. En fait, l'histoire maçonnique nous a donné un exemple: Comment et pourquoi la Grande Loge Unie d'Angleterre a cessé de reconnaître le Grand Orient de France comme Grande Loge régulière.

Chaque Loge régulière possède la Bible, l'Équerre et le Compas.
Durant le mois de Mars 1874, la Grande Loge Unie d'Angleterre a adoptée trois résolutions condamnant le Grand Orient de France :
1ère Résolution. Que cette Grande Loge constate avec un profond regret que le chemin emprunté par le Grand Orient de France en supprimant de ses constitutions la croyance au G.A.D.L.U. est opposé aux traditions, pratiques et habitudes de tous les Francs-Maçons.
2ème Résolution. Que cette Grande Loge est toujours soucieuse de recevoir dans un esprit fraternel les Frères des Grandes Loges voisines qui sont en accord avec les Ancient Landmarks de l'Ordre, dont la croyance au G.A.D.L.U. est le premier et le plus important des Landmarks, et qui ne peuvent reconnaître comme réguliers les Frères qui ont été initiés dans des Loges qui ignorent ou rejettent cette croyance.
3ème Résolution. Que compte tenu des résolutions précédentes, les Vénérables Maîtres de toutes les Loges de la Grande Loge Unie d'Angleterre ne doivent pas admettre de Frères Étrangers comme visiteurs sans qu' :
...il ait montré un certificat prouvant qu'il a été initié conformément aux anciens Rites et aux Cérémonies dans une Loge professant la Croyance au G.A.D.L.U. et...
...il déclare lui même reconnaître cette croyance comme un Landmark essentiel de l'Ordre. (Haffner op. cit p. 9)  

 RW Christopher Haffner Passé Député Grand Maître, Grande Loge Unie d'Angleterre a remarqué dans un ouvrage maçonnique intitulé Freemasonry In Shanghai and Northern China par les Frères Grafton et Ivy qu'une interprétation des résolutions précédentes pouvait être qu'...il est cependant évident qu'aucun Frère montrant un certificat du Grand Orient datant d'après 1878 ne peut être admis dans une Loge travaillant sous la Constitution Anglaise sans qu'il n'ait déclaré sa fidélité aux anciens Rites et anciennes Cérémonies tels qu'ils sont pratiqués selon cette Constitution. (Ibid. p. 9)
À cause de cette décision critique et décisive adoptée par les membres du Grand Orient de France en 1877, leur prétention à être des membres réguliers de la Fraternité Maçonnique Universelle était irrémédiablement perdue. Peu après sa rupture d'avec la Grande Loge Unie d'Angleterre, la plupart des Grandes Loges régulières suivirent l'exemple anglais. Prés de 84 ans plus tard, en 1972, la Grande Loge Unie d'Angleterre a reconnu le Grand Orient d'Italie comme s'être conformé aux principes de reconnaissance de toutes les Grandes Loges régulières du monde.

Il convient de constater l'influence de la Grande Loge Unie d'Angleterre dans l'attribution de la reconnaissance d'une Grande Loge. Néanmoins, il existe des Grandes Loges parfaitement régulières de par le monde et qui ne sont pas reconnues pour autant...

 

Source : www.ledifice.net

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L’Etoile du matin où la Franc-Maçonnerie rite d’origine Vénusienne

8 Juin 2012 Publié dans #Planches

Nous allons commencer par aborder les 3 premiers degrés de nos loges bleus. Cela s’impose pour découvrir et voir l’importance que cette Etoile a sur le rite maçonnique.

Le 1er Degré : Le grade d’Apprenti.
Nous découvrons pour la première fois l’Etoile sur le tableau de loge entre l’équerre et le compas. Il nous est alors expliqué qu’elle est l’Etoile Flamboyante et qu’elle est l’emblème du Maître de la Loge.
Etre l’emblème, c’est être la figure symbolique qui représente.
Le Maître de la Loge ne porte t-il pas l’Etoile Flamboyante son cordon.
Le T.V. et l’Etoile Flamboyante sont semblables et véhiculent la même symbolique.
Cette explication est extrêmement importante car elle nous place l’Etoile à l’Orient entre le Soleil et la Lune.
Elle se situe donc au cœur même du rite maçonnique.
Prenons le rituel :
Q - Qu’avez vous vu lorsque vous avez été reçu ?
R - Trois grandes lumières.
Q - Que signifient ces trois grandes lumières ?
R - Le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge.
Q - Pourquoi cela ?
R - Parce que le Soleil éclaire les ouvriers le jour, la Lune pendant la nuit et le
T. V. en tout temps dans sa Loge.
Q - Où se tient le Maître de la Loge ?
R - A l’orient. « Orient signifie qui se lève »
Q - Pourquoi ?
R - De même que le Soleil se lève à l’Orient pour ouvrir la carrière du jour le
Maître de la Loge donc l’Etoile Flamboyante se tient à l’Orient pour ouvrir
la Loge et éclairer les travaux.
Nous voyons que c’est l’Etoile Flamboyante qui éclaire nos travaux. La seule Etoile qui dans le ciel se lève à l’Orient avec le Soleil et annonce la carrière du jour, c’est Vénus.
Le Soleil et l’Etoile se lèvent ensemble le matin lors du solstice d’hiver, enfin presque, nous le verrons au 1er Ordre.
Il faut savoir que dans les temps anciens le Soleil et Vénus étaient considérés comme les époux divins. Ne se lèvent-ils pas ensemble lors du solstice d’hiver.
Dans son cycle de 8 années Vénus nous apparaît dans le ciel 4 ans en Etoile du Soir et 4 ans en Etoile du Matin lors du solstice d’hiver.
Tout ceci est très important à retenir pour la suite.
Donc les 3 grandes lumières qui nous éclaire sont : Le Soleil le jour, la Lune la nuit, nous trouvons là une correspondance avec midi, minuit et Vénus tout le temps, elle est de la nuit et du jour. Elle apparaît à l’aube lors du solstice d’hiver ce qui correspond avec l’Etoile du Matin.
Dans le rituel il est demandé :
Q - Comment marchent les apprentis ?
R - De l’Occident vers l’Orient. Nous verrons l’inversion plus tard à la maîtrise.
Q - Pourquoi ?
R - Pour aller chercher là lumière.
Sans le savoir, ils recherchent là lumière de l’Etoile qui se lève le matin. C’est à dire de Vénus.
Ils la trouverons au 2ème Degré et ne la découvrirons qu’au 3ème degré.

Le 2ème Degré : Le grade de Compagnon
Ouverture de la loge.
Q - Allumer l’Etoile Flamboyante.
Il me semble que l’Etoile Flamboyante ne peut être allumé à nos yeux que lorsque nous avons baignés dans son rayonnement, c’est à dire lors de l’exaltation à la maîtrise.
Qu’elle soit présente a l’Occident et éteinte n’est pas une contre indication. Elle est en position d’Etoile du Soir. Nous ne sommes pas sous son rayonnement puisque nous travaillons de midi à minuit. Les questions que nous pouvons nous poser sur elles n’auront leurs réponses qu’au 3ème degré.
Sur le tableau de loge il y a l’Etoile Flamboyante avec la lettre G au milieu.
Revenons vers le rituel :
Q - Lorsque vous avez pénétré dans la chambre de compagnon, qu’avez vous vu ?
R - L’Etoile Flamboyante.
Q - Qu’y avait-il au centre ?
R - La lettre G.
Q - Pourquoi vous faire reconnaître compagnon du métier ?
R - Pour connaître la lettre G.
Q - Que signifie cette lettre ?
R - Géométrie, cinquième des arts libéraux.
C’est ici qu’apparaît la lettre G.
Cette lettre signifie Gloire et Gloire signifie : Honneur, renommée brillante que mérite les vertus, les talents.
Honneur ici pris dans le sens de Gloire, c’est l’estime qui accompagne les Vertus et les talents.
C’est la lettre G placée au milieu de l’Etoile qui la rend flamboyante.
C’est pourquoi je suis un peu surpris qu’on la nomme ainsi au 1er degré puisque la lettre G n’y figure pas. On devrait parler de l’Etoile et apporter les explications aux degrés suivants.
La lettre G signifiant Gloire : c’est elle qui rend Honneur et donne une grande renommée à l’Etoile. Gloire indique aussi son contenu : Les Vertus.
Il en ressort que ce contenu à une telle importance qu’il faut qu’elle brille comme une flamme.
Nous travaillons à là Gloire du G.A.D.L’U. Si Gloire se rapporte à la renommé brillante, les Vertus se rapportent elles, au G.A.D.L’U. .
Cela nous indique qu’elles sont d’origine divines autrement dit : essentielles, supérieures et pures.
Il va s’en dire que la signification commune de la lettre G comme étant Géométrie, voir accessoirement, Gravitation, Génération, Génie, Gnose, on peut toujours en rajouter, ne me convient pas comme étant le sens profond du rite.
Je considère cela comme des explications que l’on a données lors de la création du 2ème degré du rite. Ces 5 exemples vont bien dans le sens de ce 2ème degré qui est la découverte de la création grâce à la science. Mettre l’Etoile comme support et symbole central du 2ème degré devait bien les arranger.
Pourquoi ?
Au centre du temple de Salomon se tenait un G.
C’est la que l’on glorifiait, que l’on rendait hommage et honneur à l’enseignement que l’on pratiquait.
Jésus se tenait tout le temps au milieu du Temple. Il est mentionné au milieu et non au centre.
C’est au sein de celui-ci qu’il s’instruisit et s’imprégna des valeurs de son enseignement.
C’est la aussi qu’il dispensa une partie de son enseignement.
Revenons au rituel.
R - Cette Etoile avec la lettre G est considéré comme l’emblème du génie qui
élève aux grandes choses. Nous seront élevé au 3ème Degré .
R - Elle est le symbole, plus encore de ce feu sacré, de cette portion de lumière
dont le G.A.D.L’U. a formé nos âmes et aux rayons de laquelle nous
pouvons distinguer, connaître et pratiquer, la vérité et la justice.
R - La lettre G au centre représente de grandes et sublimes idées.
Sur ce point je ne suis pas d’accord. C’est l’Etoile qui représente les grandes et sublimes idées, la lettre G les honore, elle les fait briller comme une flamme.
R - L’Etoile Flamboyante, elle même est représenté dans notre loge par la colonne sagesse.
C’est la colonne du T.V. . Elle brille comme un soleil.
C’est la plus grande lumière possible que le Maître puisse dispenser dans la
loge et qu’un maçon puisse recevoir.
Dans l’instruction du grade il est dit :
- L’Etoile Flamboyante est l’emblème du G.A.D.L’U. qui brille d’une lumière qu’il n’emprunte que de lui seul.
Nous retiendront de ces cinq passages du rituel que :
L’Etoile Flamboyante n’est pas, mais comme elle en est l’emblème, elle représente le G.A.D.L’U. . Elle est l’emblème du génie, de cette portion de lumière issue de lui et qu’elle représente de grandes et sublimes idées et que cela est la plus grande Lumière que le T.V. puisse dispenser et que l’on peut recevoir.
Géométrie nous venant de grec GÊ signifiant Terre et de METRON Mesurer, elle ne peut pas être l’emblème, donc représenter Dieu. Elle ne peut qu’expliquer Dieu à travers sa création par l’étude des sciences et de la nature, voir le sens profond du 2ème degré.
Quand a la lumière qu’il n’emprunte que de lui-même, cela nous montre bien que le G.A.D.L’U. et ce qu’il peut bien représenter pour nous est la source, l’origine de tout.

Donc tout nous vient d’inspiration supérieure et le révélateur, l’emblème de Dieu, celle qui nous transmet, c’est l’Etoile Flamboyante. C’est le rayonnement de Vénus.
Le contenu de cette révélation est dans l’Etoile, c’est les Vertus.
Notre but sera leur Glorification. Nous devrons nous en imprégner dans le sein de ce Temple puis les faire briller à l’extérieur, le monde des ténèbres, comme une lumière. Mais on n’y est pas encore.
Il nous manque la révélation et notre élévation que nous allons vivre au 3ème degré.
Pour moi Vénus et ce qu’elle représente n’a rien à voir fondamentalement avec le 2ème degré puisque celui-ci est l’étude de Dieu a travers la science.

C’est en abordant le 3ème degré que nous allons découvrir que Vénus est bien le symbole central de ce degré et du rite Maçonnique.
Elle est liée aux naissances, à la renaissance.
C’est aussi pour moi le symbole originel, essentiel et central du rite Maçonnique.
Lorsque au 3ème degré nous pénétrons dans le temple, c’est à reculons. Nous nous trouvons là face à l’Occident face à Vénus qui se trouve en position d’Etoile du Soir. Elle est éteinte, tout comme elle devrait l’être au 2ème degré.
Nous sommes toujours éclairés par le Soleil et la Lune : Midi, Minuit.
En ce moment précis nous ne connaissons pas encore tout ce quelle représente. Quelle action qu’elle va avoir sur nous et quel influence sur notre devenir.
Nous travaillons toujours de midi à minuit, heure solaire.
Jusqu'à présent le premier degré semble être un rite d’initiation qui signifie commencement et surtout de secret. Nous ne devons rien divulguer.
Le deuxième est plus un rite d’approche de la connaissance de Dieu par l’étude de ses œuvres et l’étude des mystères cachés de la nature grâce à la science.
Science nous vient de Scientia qui signifie : savoir, connaissance.
Le troisième est lui véritablement un rite de révélation, voir de consécration ?
Peut être le mythe originel sur lequel a été créé le rite Maçonnique.
Nous nous trouvons ici au cœur de notre réalisation personnel. Nous allons être amené à mourir d’un état pour renaître en un autre.
On est bien nommé : néophyte. Néophyte viens de Néos nouveau et de Phuein faire naître. C’est un rite de passage, d élévation grâce à une renaissance.

On va bien nous faire naître à nouveau.
Nous mourrons et quittons un état grossier basé sur l’apparence des choses.
Nous avons recherché les mystères cachés de la nature.
On nous met donc après notre entrée dans le Temple dans un état de non vie. Nous allons vivre notre mort.
L’instruction du 2ème degré.
- L’Etoile Flamboyante était au milieu,c'est-à-dire au sein du Temple et éclairait le centre d’où part la Vraie Lumière.
Lorsque nous mourrons nous nous trouvons au centre du Temple, inerte et pourtant libre et prêt pour toute nouvelle renaissance qui va se traduire par une élévation de notre perception et conception spirituelle et morale du monde. Mais cela nous ne pouvons le réaliser nous même et personne ne peut nous aider.
Les surveillants n’ont pu nous relever par l’attouchement d’apprenti et de compagnon : la chaire quitte les os.

Notre renaissance ne peut pas être d’origine humaine.
C’est la que le T.V. symbolisant l’Etoile Flamboyante, Vénus, l’épouse divine du Soleil va intervenir. Rien n’est possible sans lui et ce qu’il représente.
Nous n’avons pu et nul n’a pu nous relever. Seul le T.V. symbolisant l’Etoile Flamboyante, Vénus, pourra nous relever et nous faire renaître « néophyte » à une nouvelle vie élevée.
Souvenons nous ce que Hyram symbolise : Hay signifiant vie et Ram signifiant élevée. Hyram signifie donc : vie élevée.
Hyram renaissant en nous, c’est bien une nouvelle vie élevé qui naît en nous même. Nous renaissons grâce à une nouvelle vie qui naît en nous.

L’aide des deux surveillants ne peut être qu’une aide technique pour aider a relever le néophyte.
Ils ont montré leurs échecs précédemment. Ils ne peuvent représenter que ce qui est du domaine de l’humain, donc du relatif.
En réalité le T.V. relève seul le néophyte, car c’est ce qu’il représente qui permet la transmutation, la renaissance.

Nous avons été relevés par le T.V. et face à lui, c’est à dire face à Vénus, dans son rayonnement, grâce aux cinq points parfait de la maîtrise.
Ces cinq points sont les points de rencontre que le soleil et Vénus ont dans le ciel lors de leur course annuel. Les anciens appelaient ses cinq rencontres :
les noces divines du Dieu Soleil et de son épouse divine Vénus.
Dés lors l’Etoile doit rayonner à l’Orient et pour toujours. N’oublions pas qu’elle est l’emblème du T.V. . Désormais c’est sous son rayonnement que nous allons vivre une nouvelle vie élevée.
Notre renaissance fait partie du Divin, donc du domaine de l’absolu.
Les apprentis marchaient de l’Occident vers l’Orient pour chercher la Lumière.
Les maîtres eux ayant baignés et relevés dans cette Lumière au centre du Temple, marchent désormais de l’Orient vers l’Occident pour la répandre.
Apprenti nous étions en tête de la colonne du Nord, à l’Est. Point du solstice d’été.
Compagnon nous étions en tête de la colonne du Sud, à l’Est. Point du solstice
d’hiver.

Solstice nous vient de Sol, soleil et de Stare, arrêt. C’est l’arrêt du Soleil dans sa course. Apprenti et Compagnon nous agissons bien dans un temps défini limité et mesuré. Midi, minuit les deux solstices du jour.

Nous nous trouvons maintenant au centre du Temple. Nous nous trouvons être le troisième point, celui d’où part les ombres portées du Soleil lors des 2 solstices. Ces ombres portées forment le Delta quand nous les réunissons. C’est pour cela que le Delta était sacré pour les anciens et l’est toujours pour nous car il est la création divine du dieu Soleil.
Pour atteindre la maîtrise nous avons occupé successivement les trois points, les trois angles qui forment le Delta. Le troisième point étant a l’origine des deux autres. Nous sommes avec ce troisième point à la création. Nous devenons créateur, voir comme le créateur.

Ce n’est pas pour rien que notre temple est orienté sur le levé du soleil au solstice d’hiver. Nous nous trouvons bien dans une loge de Saint Jean, celle de Jean l’ Evangéliste. Il est orienté pour laisser entrer une lumière. La lumière du soleil certes, mais nous avons trois fenêtres qui symbolisent les étapes du Soleil, mais c’est surtout celle de l’Orient qui est plus concernée, car elle est aussi consacrée au rôle de Vénus lors des solstices. C’est elle qui laisse entrer son rayonnement jusqu’au Saint des Saints, ce qui représenter pour nous l’Orient, le Dé’b’ir, le lieu de la parole.

Le T.V. au centre du De’b’ir est frappé par cette lumière. Il nous la transmet à son tour lorsqu’il nous relève au centre du temple.
C’est aussi cette lumière et ce qu’elle représente pour nous, c'est-à-dire les Vertus, qui éclaire nos travaux a travers le T.V. .
C’est bien à l’Orient que se lève la lumière du jour et Vénus nous en annonce son levé.

Peut-on dés lors être surpris lorsque au 1er Ordre, lors de l’ouverture des travaux ayant été relevé dans la lumière de Vénus ont nous demande :
Q - Quelle heure est-il ?
R - L’Etoile du Jour qui apparaît nous annonce que le Soleil va se lever.
Ceci correspond exactement a ce qui se passe dans le ciel si vous observez le cycle de Vénus lors du solstice d’hiver. En Etoile du Matin elle se lève avant le Soleil, et on peut alors dire sans se tromper qu’elle annonce son levé, ainsi que celui du jour.

Nous avons été relevé dans la lumière de Vénus dans son rayonnement, sa Gloire. Symboliquement comme Gloire signifie : renommée brillante que mérite les vertus, être relevé pour nous représente la prise de conscience de la valeur de ses vérités d’origine élevés. Il nous faut les atteindre s’en imprégner tel est notre devoir pour l’instant.
C’est pour cela que je pense qu’il est important que toute élévation que nous pratiquons au 3ème degré se réalise au solstice d’hiver, le 21 serait parfait. Le Temple est orienté pour cela et le rite semble avoir été créé pour que le néophyte renaisse dans la lumière de Vénus. Alors après il pourra Glorifier le G.A.D.L’U. et les Vertus qu’il représente pour nous.
Le rituel nous dit lors de l’exaltation deux phrases d’une grande importantes:
R - L’assassinat de l’architecte nous a privé des Vertus et de la Lumière.
Il conduisait les travaux du temple qui devait abriter la Lumière Divine et
au sein duquel ont devait la louer.
Le temple qu’il construisait devait obligatoirement être orienté sur le levé conjoint du Soleil et de Vénus au solstice d’hiver. Mais sur un levé bien précis où tout les 8 ans Vénus se levé 24 minutes avant le soleil. Elle est alors a sa déclinaison la plus base 23.16 et se trouve aussi dans sa luminosité la plus grande 99,5.
Cette Lumière Divine particulière est nommé par les Hébreux : la Shékinah .

La Shékinah, c’est Vénus qui apparaît cycliquement plus brillante une fois tout les 480 ans. Vénus se trouve alors en conjonction avec Mercure lors de son levé.
Mais elle a aussi d’autres apparitions intermédiaires moins cycliquement rythmées avec Mercure ainsi qu’avec d’autres planètes.
Le rituel
R - L’architecte mort l’Etoile du Matin n’appelle plus les ouvriers au travail.
Mort, l’Etoile est en position d’Etoile du Soir, elle est à l’Occident. Puisque nous ne travaillons pas sous cette apparence, elle est éteinte. N’étant plus dans son rayonnement nous ne pouvons réaliser notre élévation. Les Vertus ne peuvent plus nous éclairer et être Glorifiées.
Nous ne pouvons continuer l’édification de notre Temple pour abriter son rayonnement, sa Gloire, ces valeurs élevées que nous avons reçu au 3ème degré.
Hyram renaissant en nous. Nous nous trouvons dans le rayonnement de l’Etoile Vénus. L’Etoile dés lors doit être allumée et doit se situer à l’Orient pour éclairer notre chemin.
Dés lors les Vertus peuvent revivre en nous. Nous en devenons les porteurs. Elles nous élèvent spirituellement.

Nous travaillons pour acquérir les Vertus qui sont d’origine essentielles et primordiale donc Divine, elles sont pures et parfaites.
Nous oeuvrons a l’édification du Temple pour louer la Gloire du G.A.D.L’U., celui-ci symbolisant de hautes valeurs, les Vertus que nous honorons.
Bien des rites maçonniques travaillent a la Gloire du G.A.D.L’U. .
D’autres l’on malheureusement supprimé. Ce qui peut faire dévier les Frères dans leur quête originelle. Perdre de vue l’absolu et rester dans le relatif.
Toujours dans le rituel.
Q - Quand êtes vous partis ?
R - Avant le jour.
Q - Qui vous éclairait ?
R - L’Etoile du Matin.
Le Soleil n’étant pas encore levé, nous sommes bien sous le signe de Vénus au solstice d’hiver.
C’est désormais elle qui veille sur nous et éclaire notre chemin.
Q - Que signifie l’Etoile du Matin ?
R - L’heure du départ.
C’est donc pour nous notre nouvel l’heure d’œuvrer, un nouveau départ, une nouvelle étape dans notre quête.

Dés que Vénus se lève, il est pour l’Elu l’heure d’œuvrer grâce à l’acquisition de nouvelles valeurs élevées. Ces valeurs nous aiderons à nous élever dans la mesure où nous les vivrons et les feront rayonner hors du Temple.
L’Etoile du Matin se levant à l’Orient nous annonce un nouveau jour qui commence avec de nouvelles valeurs élevées, donc d’origine Divine.
NEKAM, VENGANCE.
La vengeance c’est faire du mal pour châtier. Châtier c'est punir sévèrement, mais c’est aussi l’action de rendre pur et correct.
Alors oui, VENGEANCE, en ce 1er Ordre nous avons châtié les Vices et faisons briller les Vertus.
Ce n’est plus midi, minuit les deux solstices du jour. Notre temps imparti coupé en deux, une partie éclairée par le Soleil et l’autre éclairé par la Lune.
Maintenant c’est, nous l’avons vu plus haut, voir le T.V. symbolisant l’Etoile Flamboyante au 1er degré, c’est en tout temps que nous oeuvrons à l’avènement de ces valeurs élevées et spirituelles qui nous habitent étant dans le rayonnement de Vénus.
Si le message biblique est basé sur l’Amour voir la Cène, pour nous aujourd’hui le message est : les Vertus.

L’Etoile du Matin, Vénus, symbolisait l’Amour. C’est toujours vrai aujourd’hui dans le monde profane, elle était l’épouse du Soleil. Des rites sacrés lui étaient consacrés et organisés à l’équinoxe de printemps, 21- 22 Mars pour que les naissances aient lieu au solstice d’hiver, 21 Décembre.
Au 3ème degré nous avons respecté ce rite, dans sa deuxième partie, renaître au solstice d’hiver dans le rayonnement de Vénus.
Nous avons pu renaître à une vie élevée dans le rayonnement de Vénus et désormais les Vertus symbolisées par le G.A.D.L’U. nous éclairent.
Mais il nous reste encore à Glorifier, c'est-à-dire faire connaître ces Vertus avant d’être Glorifié par elles, c'est-à-dire être reconnu comme des hommes vertueux et de bonne moralité.
N’est ce pas la les qualités que l’on demande a un véritable Maçon :
Être libre et de bonnes mœurs.

J’ai dit T\S\ et P\M\

G\ B\

Cette étude ne peut être complète que si l’on la continue en prenant en compte les 3 autres ordres. Ce travail ne pouvant alors être présenté qu’au 4ème Ordre.

Vénus a dans le ciel un cycle de 8 ans. On trouve dans les textes bibliques d’autres périodes vénusiennes :
8 x 5 = 40 ans
40 x 12 = 480 ans
480 x 3 = 1440 ans
Toutes ces périodes sont des unité de mesure du Temps.

Dans son cycle de 8 ans Vénus est 4 fois Etoile du soir et 4 fois Etoile du matin.
Le matin elle se lève toujours avant le Soleil en retrouvant approximativement la même place.

Mais tous les 8 ans elle retrouve sa place exacte. C’est la qu’elle est la plus basse et la plus brillante. Elle se lève 24 minutes avant le Soleil. C’est sa position qui est considéré comme la plus sacrée. C’est ce jour la, à cette heure la qu’il faut naître où renaître.
Tout les 480 ans elle se lève avec mercure son rayonnement double, c’est la Shékinah hébraïque. C’est pour cela que le Temple de Salomon fût construit.
La Shékinah à d’autres apparitions moins cycliques.

L’étoile avec la lettre G
L’emblème du géni qui élève au grande choses.
Feu sacré, portion de lumière qui forge nos âmes.
Ses rayons nous éclaire, nous fait pratiquer et connaître.
Représente de grandes et sublimes idées.
La plus grande lumière possible que le Maître puisse dispenser et que l’on puisse recevoir.
La lumière de l’étoile représente le G.A.D.L’U. et aussi issu de lui-même.

L’assassinat de l’architecte nous a privé des vertus et de la lumière.

Source : www.ledifice.net

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