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Les Cathares

27 Mars 2015 , Rédigé par A/S Publié dans #Planches


Si le fait, pour certains hommes, de s’interroger d’une manière lancinante, aiguë, sur l’origine et l’horrible omniprésence si multiforme du mal sur la terre, constitue une expérience universelle qui resurgit à toutes les époques, il faut assigner au dualisme religieux proprement dit une filiation historique qui remonte à l’Iran.
On remontrait tout d’abord à Zoroastre, qui vécut vers 600 avant notre ère : sa révélation fait bien, du monde et du temps, le théâtre de l’affrontement historique des deux principes opposés.
Au IIIe siècle après Jésus-Christ apparaîtra le manichéisme, que l’on peut considérer comme la vraie source première et précise du catharisme. Il s’agit du système de Mani ou Manès, autre grand réformateur iranien, qui vécut au IIIe siècle de notre ère. Mani, qui se proclamait le quatrième grand missionné divin (après Zoroastre, Bouddha et Jésus), développait avec une logique impitoyable la doctrine dualiste : deux principes engendrés et équivalents dont l’affrontement donne naissance au douloureux drame historique qui est l’existence même du monde sensible, de la matière
Le manichéisme se répandra très vite en Occident, mais pour y connaître d’atroces persécutions : compte tenu de la possibilité de quelques noyaux très secrets de survivance, il sera même pratiquement éliminé d’Europe occidentale, quand s’épanouira bien plus tard le catharisme. Celui-ci surgira donc à la suite d’une nouvelle vague de dualisme. Vague manichéenne sans nul doute à l’origine, mais qui se présentera sur les (?) idéologiques. Le catharisme proprement dit, dont la période d’épanouissement va du XIe au XIVe siècle après Jésus-Christ, comprend en fait quatre ordres historiques (par ordre d’apparition) :
Les Pauliciens, les Bogomiles, les Patarins et enfin les Cathares proprement dits. La même religion dualiste, certes, mais dont l’histoire, voire complète, nous mènerait de l’empire byzantin et des Balkans
l’Italie, puis à l’Europe occidentale : France et Catalogne principalement, mais avec des noyaux en Grande-Bretagne et en Allemagne.
Quant aux Albigeois, c’est tout simplement le nom géographique qui fut donné aux Cathares quand ils se répandirent dans le Languedoc. En fait, d’ailleurs, la ville même d’Albi fut relativement peu touchée par le catharisme : le nom fut donné sans doute après l’échec du colloque de Lombers, ville voisine d’Albi, tenu en 1157 au cours duquel des théologiens catholiques n’avaient pas réussi à convaincre les hérétiques. Si le pays albigeois proprement dit connut, certes, un développement réel (à Cordes par exemple), un épanouissement tout aussi important eut lieu dans d’autres parties du Languedoc et de l’Occitanie.
De toute manière, l’albigéisme marqua bien la phase la plus dramatique du catharisme, celle de son épanouissement dans toute l’Occitanie et en fait tous les pays de langue d’Oc, mais aussi celle de sa destinée suprêmement tragique. L’atroce drame albigeois couvre en fait trois générations, qui virent l’apogée et la ruine de la civilisation méridionale à laquelle la spiritualité cathare avait si étroitement lié son sort. On ne doit pas oublier cette longue durée de la terrible « Croisade des Albigeois » : drame atroce au cours duquel la cruauté et la haine se déchaînèrent d’une manière particulièrement inexpiable. Inutile de nous étendre sur les massacres et les atrocités commises par les soi-disant « Croisés » venus du Nord sur l’impitoyable répression ecclésiastique qui - lorsque l’Occitanie une fois conquise - s’acharna à traquer l’hérésie dans toutes les classes sociales.
Nous rappellerons uniquement et seulement l’hallucinant épisode qui suivit la prise du château de Montségur : l’énorme bûcher du 16 mars 1244 qui fit 210 victimes. Mais, à Lavaur, n’avait-on pas fait mieux avec 400 Parfaits brûlés vifs d’un seul coup ! Mais ce fut bien supérieur à la sombre période médiévale en matière d’extermination massive d’êtres humains jugés « nuisibles », le XXe siècle devait faire bien mieux encore si on peut dire.
Pourquoi les Cathares furent-ils l’objet d’une « croisade » tellement impitoyable ?
Comme les Templiers, ils furent victimes de la tiare et de la couronne. Comme les premiers, les Cathares avaient dû affronter la même accusation odieuse (« quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage », dit le proverbe populaire) : les Parfaits cathares furent accusés de sodomie, sans doute parce qu’ils allaient toujours par deux dans leur terrible évangélisation. Accusation odieuse et absurde contre des hommes qui n’avaient fait vœu de totale pureté physique.
Cathare vient en effet du grec (catharsis), ce mot signifie pur : purs, les « Parfaits » l’étaient ; nous verrons tout à l’heure la profondeur de leur ascétisme. Mais, durs pour eux-mêmes, ils étaient charité, amour, indulgence pour les autres, quelles que fussent leurs faiblesses : les « Parfaits » étaient surnommés les « bons hommes » par la population où ils exerçaient leur apostolat. Mais pourquoi le Languedoc, l’Occitanie reçurent-ils avec tant d’ardeur la prédication cathare ? A quoi cela tenait-il ? En partie, certes, à l’admirable organisation et à l’efficacité de la prédication des « Parfaits », qui étaient en liaison avec les dualistes d’Italie et même des Balkans. Par exemple, les Cathares tiendront un concile en 1167 à Saint-Félix-de-Carman ; parmi les participants présents, l’évêque Bogomile Nicetas venu spécialement de Bulgarie.
L’actif commence entre l’Occitanie et l’Europe orientale, qui favorisa d’ailleurs le développement du catharisme. D’autre part, n’oublions pas que les données politiques et sociales, très importantes (le particularisme méridional équivalait pratiquement à une indépendance de fait) de l’Occitanie étaient vues d’un très mauvais oeil par les seigneurs du Nord, et encore par le pouvoir royal. Nous n’hésiterons donc pas à dire que, même s’il n’y avait pas eu de catharisme, la conquête du Languedoc se serait trouvée engagée tôt ou tard par le pouvoir royal sous un prétexte quelconque. Comme pour le drame templier, on trouve dans la racine du drame cathare une impitoyable question de raison d’Etat.
Le catharisme prit vite figure d’une Église nationale, symbole de l’indépendance occitane. D’ailleurs, bien des catholiques languedociens luttèrent contre les envahisseurs venus du Nord : ne croyons pas que les troupes qui résistèrent si longtemps à l’annexion brutale étaient toutes composées de Cathares.
L’Occitanie était appelée tôt ou tard, répétons-le, à devenir une proie bien tentante pour le pouvoir royal
Mais pourquoi un tel succès du catharisme en Languedoc.
L’Église catholique, avant les efforts que devait déployer Saint-Domingue pour en réformer ses mœurs, était tombée bien bas dans le Languedoc : le clergé, et même les moines, donnèrent un exemple assez peu édifiant ; d’où, par le contrecoup normal, le grand prestige des Cathares auprès de la population. Pourtant il peut sembler paradoxal de voir l’Occitanie - où s’est développée une civilisation très raffinée et très luxurieuse, une douceur de vivre quelque peu indulgente aux faiblesses humaines - faire un accueil aussi enthousiaste à des maîtres spirituels qui prêchent sans compromission le total renoncement aux plaisirs charnels, un ascétisme très strict.
Mais, ne l’oublions pas, les Parfaits n’étaient qu’une faible minorité : s’ils prêchent certes au définitif et au total renoncement des joies de ce monde, ils ne forçaient personne à se conformer à leur exemple si pur, en raison même de leur respect intégral d’une éthique de non-violence, de charité absolue. Ils n’étaient guère gênants en fait pour tous ceux qui, eux, cherchaient des « accommodements »
D’autre part, il faut noter la sympathie manifestée tout naturellement à la spiritualité cathare par les troubadours méridionaux, ces chantres d’un amour courtois totalement libérés des conditionnements charnels. Écoutons UC de Saint-Circ : « prenez ma vie en hommage belle et Dieu merci, pourvu que vous m’accordiez que par vous au ciel je tende ! » et aussi Guiraut de Calernson : « dans le palais où elle siège (la Dame) sont cinq portes : celui qui peut ouvrir les deux premières passe aisément les trois autres, mais il lui est difficile d’en sortir. Et vit dans la joie celui qui peut y rester. On n’y accède que par quatre degrés très doux, mais là n’entre ni vilain, ni malotru, ces gens-là sont logés dans les faubourgs, lesquels occupent plus de la moitié du monde.
Un autre troubadour, Guiraut Riquier, donna de ce beau passage le commentaire suivant, très précis dans sa concision : « les cinq portes sont Désir, Prières, Servir, Baiser et Faire par là où l’amour périt ».
Amour platonique de la « Dame « choisie par le troubadour par excellence (la Reine du Ciel et de la Terre). Queste initiatique du Saint Graal : ces splendides doctrines de l’ésotérisme des troubadours ne pouvaient que rendre ceux-ci aptes à comprendre l’entière spiritualité ascétique des Cathares.
Comme, même dans la clarté la plus aveugle, il se glisse malgré tout un peu d’ombre sournoise, signalons que le zèle de certains seigneurs méridionaux a favorisé les Cathares et ne fut pas toujours (certes, le cas a existé chez les plus nobles figures) dû à des motifs spirituels ; en confisquant les biens de l’Église catholique, ils n’avaient pas à en faire don aux « bons hommes » qui, non seulement ne possédaient rien mais qui n’avaient fait voeu de pauvreté totale ; d’où bénéfice total pour le seigneur qui procédait à la sécularisation.
On devait retrouver une même utilisation des circonstances éminemment pure en elle-même lors de la Réforme : le zèle avec lequel certains seigneurs et souverains allemands procédaient à de fructueuses sécularisations des biens conventionnels laissait supposer des motifs pas toujours très clairs à leur conversion tellement rapide du (?)
Mais revenons aux Cathares. Quelle était donc leur doctrine ?


I - LA DOCTRINE CATHARE

Le catharisme peut être défini, au point de vue spirituel et philosophique, comme étant un dualisme religieux. Laissons la parole à un texte cathare, le livre des ND Principes (texte publié par René Nelli dans son livre Écritures cathares, pages 172-173) :
« Que les gens instruits lisent donc les Écritures et, sans aucun doute, ils se convaincront qu’il existe un lieu mauvais - seigneurs et créateurs - qui est la source et la cause de tous les maux (...), sans quoi il leur faudrait nécessairement confesser que c’est le vrai Dieu lui-même - celui qui est la lumière et qui est bon et sain, celui qui est la fontaine de vie et l’origine de toute douceur, de toute suavité et de toute justice - qui serait la cause de toute iniquité et toute injustice, et que tout ce qui est opposé à ce Dieu, comme étant son contraire, procéderait en réalité de lui seul : c’est qu’aucun sage n’aurait jamais la sottise de soutenir dualiste sans équivoque ni compromission ».
C’est pourquoi nous devons nécessairement reconnaître qu’il existe un autre principe, le principe du mal, que ce principe paraît animer Dieu contre sa nature et la créature contre son Dieu ; et qu’il pousse Dieu à vouloir y désirer ce que, de lui-même, il ne voudrait nullement. D’où il résulte que, sous cette (?) que l’Ennemi malin, le vrai Dieu veut qu’il souffre, se repent, sert ses propres créatures et peut-être, aidé par elles (p. 96), nul échappatoire n’est possible. Il est donc évident que tout ce que l’on trouve de beau dans la créature de Dieu vient directement de lui et par lui. C’est lui qui a donné son être au bien et qui en est la cause (...). Mais le mal, s’il se rencontre dans le peuple de Dieu, ne provient pas du vrai Dieu ni ne se manifeste par lui : ce n’est pas Dieu qui l’a fait exister, car il n’est pas sa cause et ne l’a jamais été (p. 101). Impossible autrement d’expliquer le mal. On doit donc considérer ici que nul en ce monde ne peut nous montrer le Dieu mauvais, d’une façon visible et temporelle, pas plus qu’ailleurs que le Dieu bon, mais que c’est par l’effet que l’on connaît la cause (p. 161).
Mais il est extrêmement important de préciser que les Cathares n’entendaient pas en fait (malgré certaines expressions suscitant la confusion) l’existence des « deux Dieux » de puissance égale, mais bien plutôt de deux principes. La nuance est capitale. A cet égard, nous laisserons la parole à l’adversaire qu’aurait affronté Saint Augustin dans ses polémiques, l’évêque manichéen Faustus de Milède. Voici, tel qu’il se trouve reproduit dans le contrat Faustum, le dialogue qui s’engagea contre le théologien dualiste et le grand champion de l’Église catholique: « croyez-vous qu’il y ait deux Dieux lorsqu’il n’y en a qu’un seul ? Il n’y a absolument qu’un seul Dieu. Dieu vient donc que l’on nous a entendus dire « deux Dieux », mais sur quoi fondez-vous le soupçon ? Vous affirmez deux principes, l’un du bien et l’autre du mal. Il est vrai que nous connaissons deux principes, mais qu’il n’y en a qu’un que nous appelons Dieu ; nous nommons l’autre Hylé ou la matière ou, comme on dit plus communément, le démon. Or, si on prétendait que c’est là qu’on établit qu’il y a deux Dieux, vous prétendez aussi qu’un médecin qui traite de la santé et de la maladie établit qu’il y a deux « santés », d’où un philosophe qui discourt du bien et du mal, de l’abondance et de la pauvreté, soutient qu’il y a deux « biens » et deux « abondances ».
Pour comprendre le véritable sens du dualisme spirituel, on se rapportera avec profit aux beaux ouvrages d’un auteur qui, de nos jours, renoue si intrépidement avec l’ascétisme critique dans toute sa rigueur : J.-C. Salémi (livre publié par les Editions Ondes Vives, 26, rue Louis Blanc, Saint-Leu-la-Fôret, Val d’Oise). Leurs études ouvrent d’importants éclaircissements capables de mener à une claire compréhension des fondements même de l’aspect spiritualité cathare.
On pourrait aussi concevoir que le mal, la privation, entrent dans le plan deux Plans. Le dualisme cathare tel que nous le connaissons aurait-il, dans son aspect ésotérique, débouché sur une doctrine de la complémentarité de ses deux principes, conçus comme « main droite » et « main gauche » de Dieu ? C’est la question que nous osons soulever. De toute manière, le dualisme est, sur le plan du monde sensible où nous vivons, quelque chose d’indéniable et de combien tragique. Nous voyons s’affronter le Bien, c’est-à-dire l’Etre à la suprême puissance ; et le Mal qui, lui, tend vers le non-être : le principe même de la négation, de la corruption, de la destruction - le principe inhérent de la matière en elle-même. Comme le disait un autre théologien manichéen, adversaire de Saint Augustin, Fortuna : « quant à l’autre principe, nous l’appelons matière ou, un terme plus connu et plus usité, démon ».
Dans cette perspective, qu’est-ce qu’est l’âme humaine ? C’est une étincelle de lumière captive des ténèbres, un ange déchu (animalisé), une essence lumineuse tragiquement emprisonnée dans le corps. A la fin du présent cycle terrestre se produire la grande consécration purificatrice. Voici un passage du traité cathare, la Cène secrète, Version Vienne (Nelli, Écritures cathares, page 66) :
« Et alors, avec la permission du père, une ténébreuse géhenne de noirceur et de feu sortira des profondeurs de la terre, qui consumera toute chose depuis les plus basses parties de la terre jusqu’au firmament de l’air ». Le « feu noir » émanant de la terre devra finalement consumer le monde. Ainsi se terminera enfin la période de la manifestation terrestre, du temps matériel, durant laquelle les esprits se trouvent emprisonnés dans la chair de ces appétits animaux.
Selon les théologiens cathares, Jésus-Christ n’avait pas pris en fait un corps physique : il n’était venu qu’en apparence (c’est la doctrine appelée docétisme par la théologie catholique). Les Cathares refusaient donc de vénérer le crucifix. A ce propos, on pourrait songer à ce rite bien irritant du reniement de la Croix, que l’on reprochera aux Templiers lors du procès. C’est du moins une question intéressante à poser.
Voici maintenant la pure et dure éthique cathare. Dans la perspective dualiste qui en est le fondement, la procréation se trouvera considérée comme négative par essence (nécessaire seulement d’une manière transitoire comme le terrible moyen de punition des âmes déchues) : l’enfantement a pour résultat de faire descendre les âmes dans la matière, de les emprisonner dans le corps animal.
Dès qu’il a été illuminé par la Vérité, l’homme devrait - selon l’éthique cathare - vivre désormais dans l’ascétisme le plus rigoureux : détachement volontaire de toutes les conditions charnelles, à commencer par le sexe. De même, la non-violence intégrale s’imposera au Parfait : tuer, c’est risquer d’interrompre la pénitence, l’épreuve purificatrice un esprit incarné. Les Cathares croyaient non seulement à la réincarnation dans des corps humains, mais (dans des cas vraiment très graves du moins) à la métempsycose de certaines âmes et en des corps animaux. L’ascétisme total s’impose. Dans un rituel occitan (Nelli, Écritures cathares, p. 213), nous lisons :
« O Seigneur, juge et condamne les vices de la chair. N’aies pas pitié de la chair née de corruption, mais aies pitié de l’esprit mis en prison ».
Et, d’autres passages du même document, en page 221 : « il convient également que vous haïssiez ce monde et ses oeuvres, ainsi que les choses qui sont de lui (...) ».
Mais s’ils invitaient ainsi l‘humanité à s’engager dans cette dure voie du total renoncement, les Cathares ne cherchaient nullement à imposer cet idéal, à contraindre les hommes ordinaires (avec toutes leurs lamentables faiblesses), à vaincre sans pitié leurs désirs corporels : pour la plupart des hommes, nécessité de plusieurs vies avant de mériter le Consolamentum (nous verrons ce que désigne ce mot).
Au début de la Croisade des Albigeois, il y avait quelques milliers de Parfaits ; et on connaît deux cas seulement d’abjuration. On ne peut qu’admirer une foi aussi pure et ardente qui suscite tant de martyrs intrépides.
Pour se distinguer des humbles Croyants, les Parfaits se ceignaient d’une corde et portaient une grande pèlerine noire. Au moment des persécutions, ils gardèrent seulement la corde cachée sous leurs vêtements ordinaires. Les femmes, comme les hommes, pouvaient accéder au rang de Parfaits.
Pourquoi ce nom de Parfaits chez des êtres qui rejettent tout orgueil personnel ? Outre que les Parfaits se trouvaient devenir la résistance privilégiée (mais impersonnelle) de l’esprit saint, l’expression « Parfaits Chrétiens » doit être entendue en songeant au latin Perfectos, qui signifie tout simplement « Accomplir ». Les Parfaits se trouvaient passer au-delà des joies et des devoirs du monde profane.
A la tête de chaque communauté cathare il y avait un diacre et à la tête de l’Église cathare, un évêque. L’Église cathare avait-elle un chef suprême ? On a pu le penser.

II - CEREMONIE DU RITE

Le culte public de l’Église cathare était extrêmement simple : par son dépouillement, il peut ainsi être considéré comme une sorte de préfiguration des formes les plus radicales du protestantisme. Mais, outre la cérémonie habituelle de la liturgie chrétienne, les lieux de culte cathare servaient de théâtre à deux pratiques dans lesquelles il est loisible de voir les deux degrés successifs d’une initiation, bien qu’il s’agisse de cérémonies publiques.
Premièrement, la tradition de l’oraison dominicale devait, devant l’assemblée des fidèles, d’abord d’être présenté par son parrain (d’ordinaire le doyen de la communauté appelé ancien). Le Croyant écoutait l’explication du rituel ; c’est alors que s’accomplissait le rite de la remise des Évangiles. Le Croyant faisait enfin son melioramentum, c’est-à-dire une demande de bénédiction et de pardon des fautes par les Parfaits.
Deuxièmement, l’entrée dans la catégorie des Parfaits ou Élus se faisait par le baptême spirituel spécial, appelé Consolamentum (Consolation). Après un discours, le ministre plaçait le livre des Évangiles sur la tête du récipiendaire. Chacun des assistants parvenu au degré de Parfait devait, lui aussi, apposer la main droite (nous retrouvons ici un rite essentiel du christianisme primitif). Le maître des cérémonies lisait le prologue de l’Évangile de Saint Jean dans son texte latin. On récitait plusieurs fois l’oraison dominicale, accompagnée de formules spéciales d’adoration. Avant de se séparer, le nouveau Parfait échangeait le baiser de paix avec les participants et recevait une pénitence liturgique, le Servicium.
Le Consolamentum avait pour but de réunir l’âme à l’esprit saint (le noyau divin de la personnalité). Le Parfait devait vivre dès lors dans un ascétisme total : s’il retombait dans le péché, l’expiration était très dure. Devant la gravité des engagements pris, on comprend que de nombreux fidèles aient attendu le tout dernier moment pour se faire consoler. On a accusé les Cathares de conseiller, si un malade que l’on croyait mourant se rétablissait, le suicide par inanition (problème de l’endurât). Cette accusation semble fausse. Citons le rituel occitan (Nelli, Écritures cathares, P. 277).
« Si le malade maintenant survit, les Chrétiens doivent le présenter à l’Ordre et prier pour qu’il se fasse consoler de nouveau le plus tôt qu’il pourra : et sur ce point qu’il suive sa volonté ».
Existe-t-il, en outre, des rites initiatiques extrêmement secrets qui marquaient autant de degrés accessibles ? Le célèbre château fort de Montségur (dans l’Ariège) recèle dans son plan même la possibilité de repérer avec une très grande précision les positions principales du soleil à son lever au cours de l’année. Tout laisse supposer qu’avant de devenir par la force des choses une forteresse, le château de Montségur était en réalité le grand temple solaire des hauts initiés cathares (1), le site ayant d’ailleurs été (on constate toujours le phénomène de la superposition temporelle des voies initiatiques) un haut-lieu solaire bien avant l’avènement du christianisme.
De même, certaines grottes pyrénéennes à peintures symboliques semblent avoir été utilisées par les Cathares comme labyrinthe initiatique.
On devrait songer aussi au rapport possible entre les Cathares de la société hermétique chrétienne des fidèles d’Amon, dont le Dante en fit partie. Signalons pour mémoire le fameux problème du Trésor des Cathares : son existence n’a rien d’impossible mais (en réservant la tradition selon laquelle le Saint Graal serait caché sous la colline de Montségur) - dirions-nous - pourquoi y cacher à tout prix la formidable richesse matérielle ? On pense à des manuscrits ou à des objets initiatiques.

III - LA SURVIVANCE DU CATHARISME

Les historiens universitaires nient d’ordinaire la survivance du catharisme depuis la réduction des forteresses de Montségur et de Querifus, puis surtout l’impitoyable « ratissage » subséquent de toute l’Occitanie par les inquisiteurs. En fait, et si, pour certains néo-cathares d’aujourd’hui, il s’agit d’une simple résurgence sentimentale, il semble que - pour parler familièrement - les inquisiteurs n’aient pas « eu » tous les Cathares. l’Histoire récente a pu prouver que, même avec les moyens policiers les plus perfectionnés, on n’arrive jamais à supprimer totalement des groupes, voire des collectivités entières que l’on veut exterminer. Il semble que la survivance secrète du catharisme se soit faite de deux manières : d’une part par des petits noyaux ayant réussi à se terrer et, surtout, à n’être pas « repérés » (2) ; d’autre part, grâce à l’intégration d’apports initiatiques cathares dans les diverses filiations ésotériques. Nous touchons ici au problème des liens du catharisme avec la chevalerie du Graal, puis avec les Templiers, avec la rose-croix. Par contre, par exemple le musée cathare d’Ussat-les-Bains a été organisé par une branche actuelle du rosicrucianisme qui se réclame précisément des Cathares. Signalons aussi l’intérêt actif de Frédéric Mistral, dans les faits libres pour les traditions cathares. Quoi qu’il en soit, les citharistes semblent plus que jamais fasciner le public. En effet, il ne s’agit plus seulement d’une curiosité intérieure aux fervents de la spiritualité et de l’ésotérisme, mais de l’histoire de France.

A/S

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE.
- Serge Hutin. Les Cathares. (Article).
- Cahiers d’Etudes Cathares. Revue. A Arques ; dans l’Aude.
- Pierre Durban. Actualités du catharisme.
- Paul Cassé. Mes ancêtres les Cathares.
- Duc de Lévis-Mirepoix. Montségur. Roman. Le livre de Poche. Paris.
- Maurice Maigre. Le trésor des Albigeois. Fasquelle Editeur.
- René Nelli. Écritures cathares. Denoël Éditeur ; Paris.
- Denis de Rougemont. L’Amour et l’Occident. Plon, Éditeur ; Paris.
- Henri-Charles Puech. Le manichéisme. Musée Guimet. Paris.

Source : www.ledifice.net

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La Spiritualité est une construction du Rite

25 Mars 2015 , Rédigé par C/P Publié dans #Planches

« Chaque homme dans sa nuit, marche vers sa lumière » nous a dit Julien GREEN.
Démarche maçonnique symbolisée par l’Evangile de Jean I verset 9 : « La lumière véritable éclairant tout homme venant à ce monde »

DE LA SPIRITUALITE

Depuis que l’homme est doté de raison, il cherche à calmer son angoisse existentielle en tentant de comprendre les mystères attachés à tout ce qui le constitue et l’entoure. Pour les matérialistes, comme pour certains de nos décideurs de la société dite civile, ces nantis de toutes les vérités dont nous supportons les logorrhées de certitudes, les hommes finiront un jour grâce à la science pour les uns et grâce à l’inéluctable avancée de la médiocrité pour les autres, par se débarrasser de tout ce qui à leurs yeux constitue un complexe encombrant de mythologie, de religion et de philosophie, contenant des valeurs humanistes, de la Tradition, bref, tout ce qui relève en fait de l’exception. Or c’est justement tout ceci qui reste inaccessible à la science et qui s’explique en faisant intervenir une substance immatérielle nommée Esprit. « Substance » qualifiée de supérieure à la matière en ce sens qu’elle ne fait pas intervenir les notions d’espace et de temps, tout en restant dépendante au principe de causalité. Voilà donc comment depuis des lustres, cohabitent et s’interpénètrent deux aspects de l’Univers : esprit et matière. Et le propre de la spiritualité est d’affirmer que le monde sensible est l’envers du monde réel qui est lui, de nature spirituelle. Une telle conception appelle la croyance en une conscience, une volonté globale qui est l’Univers. Pour les religions, c’est Dieu. Pour nous, c’est le G\A\de l’U\, puisqu’en ce qui nous concerne, la croyance en un Principe Créateur telle que l’a formulée la Déclaration des Principes du Convent de Lausanne en son article premier, le 22 septembre 1875, ne se positionne pas en contradiction avec la Connaissance Scientifique la plus avancée qui pour sa part, en expliquant le « comment » des phénomènes, n’apporte aucune réponse au « pourquoi » ? Et Saint Augustin de confirmer: « le mystère n’est pas ce que l’on ne peut pas comprendre, c’est ce que l’on n’aura jamais fini de comprendre. » Passer de cette dualité Esprit – Matière à l’unité que nous convoitons, relève d’un chalenge que chacun d’entre nous s’applique à faire sien en Loge, par le travail, la persévérance et l’assiduité dans la permanence d’un questionnement individuel au choc de nos différences.
Cependant ;
Cependant aujourd’hui, hors ces lieux de privilège, un grand nombre de nos contemporains ont rompu avec le transcendantal, ont fait du consumérisme et de l’oisiveté un projet, ont installé le besoin de tout en lieu et place du désir de l’essentiel, ont assis le vulgaire sous la lampe et descendu l’exception à la cave, se cultivent avec Cauet, ont ôté au père et à la mère réunis la logique naturelle du projet d’enfanter, ont fait de l’indignation la réponse universelle à toute agression, ont délégué à la société l’administration de leur vie par des conventions figées dans la sénilité du dogme caché sous la poussière de la peur des différences, creusant en cela le lit inconfortable des désillusions et des frustrations, mères de la solitude et de l’envie. Ils ont perdu le rêve d’une forme d’éternité, ils ont désacralisé la famille, la valeur de l’effort, la foi, pour instituer un rapport nouveau à la réussite passant par la disponibilité à l’oisiveté et le pouvoir de la consommer sans modération. Objectif week-end dans un premier temps, retraite dans un second, octroi du droit à la dépendance dans un troisième. Pourtant ; Pourtant, pour Mircea Eliade : l’Homme s’est construit à partir du Sacré et en Luc IV verset 4 nous lisons « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain ». Et Oswald WIRTH parle de « Cette aspiration de l’intelligence humaine à pénétrer l’insondable mystère dont elle est entourée est une des principales voies traditionnelles de l’enseignement initiatique ». C’est rechercher la vérité et se contenter de n’en entrevoir qu’une facette au moins celle du discernement qui nous évite la confusion des valeurs, dans le doux pastel que le monde profane sait nous peindre sous le dogme de la tolérance de tout, c’est à dire le respect de rien. Et le renard de nous dire que l’on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux que nous traduisons par le visible n’est que la manifestation de l’invisible. Ce que Platon confirme par ceci: « Aveugles ceux qui s’arrêtent aux choses matérielles et qui ne comprennent pas que seul l’invisible est réel. » Telle est la clameur de la voix du dedans conduisant au chemin du dessus.

DE LA SPIRITUALITE DU RITE: l’ECOSSISME

L’Ecossisme est l’un de ces chemins d’élévation spirituelle, un moyen d’enrichissement et d’approfondissement de soi et de ses connaissances au travers des initiations successives ayant pour but le perfectionnement individuel d’abord, la relation à autrui par l’amour ensuite, ces deux concepts constituant les fondations d’une action dans le monde profane. Ainsi se définit le R\E\A\A\ selon une trilogie peut-être un peu lapidaire, Connaissance, Amour et Action. Sans la Tradition et le symbolisme, l’Ecossisme perdrait toute signification et toute raison d’être. Paul NAUDON écrit : « La tradition conduit aujourd’hui tous les hommes qui pensent que la perfection, l’unité, l’absolu, le Principe auquel ils aspirent, qu’on l’appelle Dieu ou G\A\D\L\U\ ou la Raison, se construit dans le devenir par la progression vers la Connaissance ». Le R\E\A\A\ qui laisse à chacun sa liberté d’interprétation, permet d’acquérir par le travail, le silence et ce qui réunit ces deux derniers, la méditation, des fragments de la Perfection. Une fois assimilées les bases du cursus initiatique ici en Loge, le F\M\ de sa propre et libre volonté a le devoir alors, de poursuivre un chemin dépourvu de repères matériels, dans une humilité permanente, le respect du sacré, la volonté de construire toute forme d’outil susceptible de promouvoir un monde de liberté et de justice. Sans se soucier de son intérêt, le F\M\ s’engage à consacrer toute son énergie à la poursuite des buts que se sont fixés l’Ordre, notamment le triomphe du bien sur le mal, de l’ordre sur l’anarchie, de la raison sur les préjugés, de la sagesse sur les passions, de la liberté d’expression sur la pensée unique enfin la litanie des refus de soumission à tous les despotismes et dogmatismes. Il s’engage en outre à œuvrer au rapprochement des hommes, mais pas n’importe lesquels et n’importe comment, se soustrayant ainsi d’évidence et de raison à l’ineptie d’un absolu d’amour et de probité. C’est tout simplement ce qu’il y a de plus difficile et c’est tout simplement la définition de l’Art Royal exercé avec fierté. Fierté, fille du désir et de la joie et ici le devoir de travailler au privilège de ne se tenir debout qu’au prix de quelques partis pris. Et pour ma part, je trouve que l’entropie grandissante entrant en l’homme profane par diverses portes dérobées et parmi les plus anodines, le relativisme moral pour ne citer que lui, rend le travail de transformation de la pierre tel que nous le propose le R\E\A\A\de plus en plus difficile.
La mansuétude érigée en principe préalable et non en alternative d’exception, l’intérêt partisan déguisé en tolérance, anesthésient doucement le devoir d’exigence dont nos textes et leurs auteurs ont pourtant voulu peindre aux couleurs de notre perfection spécifique, c’est à dire baignée :
de notre l’humilité personnelle à Apprendre,
de l’Amour de nos FF\à partager,
et de l’Action à entreprendre, tout simplement parce que c’est nous et parce que ce sont eux. Faire l’économie de cette difficulté nous dévierait du sens que nous donnons à notre démarche d’initié, ici et ailleurs mais toujours en nous, celle de permettre à notre spiritualité spécifique d’agir sur notre comportement d’abord et de laisser déteindre alentour le désir d’élévation de l’homme. Celui-ci est au centre de ce cercle, dans sa totale liberté de conscience et liberté de pensée, fruits du siècle des Lumières qui rappelons-le, se sont définis au travers de deux concepts que sont l’affirmation de l’individualisme et l’émancipation de la pensée. L’initiation, est une véritable ouverture sur la spiritualité qui verra son éclosion lente au fil des degrés successifs franchis par le F\M\car il s’agit de trouver une motivation exaltante pouvant donner un sens « supérieur » à notre vie, ce sens qui justifie la promesse de s’ouvrir sur « le vaste domaine de la pensée et de l’action. » L’initiation est LA clé ouvrant cet espace possible d’une naissance à quelque chose de nouveau pour autant, pour autant que l’implication personnelle et assidue à la pratique du Rite soit un profond désir d’appartenir à ce privilège d’accepter d’abandonner pour grandir et le faire dans le partage d’une émotion. L’émotion, porte d’entrée de soi, chemin pavé du don de soi, vitrine de tout de soi, première couleur de l’initiation, dernier témoignage avant la porte d’Orient et qui sait, une autre route... La récitation d’une nomenclature d’obligations assermentées en loge, à quelque degré que ce soit, ne constitue pas le creuset de solutions à nos problèmes, mais crée un lieu d’apprentissage aux techniques humaines, d’exposition de soi par la réflexion et l’échange, en d’autres termes, de recherche spirituelle par la confrontation de nos différences et la construction de notre vie sur les ruines de nos certitudes. D’éveils en élans, de doutes en lassitudes, nous cheminons vers un perpétuel devenir dont nous espérons une perfection comme salaire symbolique de nos efforts. Une perfection que la sagesse de notre assiduité, la beauté de notre entreprise et la force de nos convictions d’excellence, ont ancré dans l’acceptation, quand même de la raison. Laquelle ? Celle de la conscience d’une mesure individuelle, certes orientée vers le haut, mais pétrie de l’humilité d’être limitée. Le R\E\A\A\ relève en cela du domaine de l’Esprit et renvoie chacun de nous à ce que Paolo COELO appelle sa légende personnelle. Nous l’édifions cette légende, sur nos fondations cognitives et comportementales singulières, nous la confortons au ciment de notre complicité plurielle. Parfait, mais dès lors que nous avons conscience que la seule orientation de notre quête se situe naturellement vers les zones à découvrir.
Des espaces éloignés de l’occident de nos origines : du septentrion de notre réflexion,
du midi de nos découvertes, et de l’orient de notre destin. Que reste-t-il sinon la conversion du regard vers la voûte étoilée pour passer de l’humble postulant plongé dans les ténèbres au porteur de la Lumière de Jean ? Et Henri TORT-NOUGUES de préciser : « La maçonnerie est un humanisme qui a une triple ambition : former des hommes par un constant effort de perfectionnement, celle de proposer une véritable communion entre les FF\ et celle de manifester un attachement sans faille à la Tradition ». Et il poursuit en ces termes : « Cet humanisme ne peut se concevoir sans le principe Créateur, ce principe spirituel que nous nommons G\A\de L’U\ car la Maçonnerie correspond à la base métaphysique des Religions et à leur contenu ésotérique. » Qui dit Rite, pense Ordre, donc rigueur et qui plus est récurrence de celle-ci, administrée par les Rituels, documents qui fixent les éléments constitutifs du Rite. Ils véhiculent la pensée traditionnelle et permettent à ceux qui s’imprègnent de leur signification, d’accéder à des niveaux supérieurs de compréhension des phénomènes qui les touchent et dont ils n’auraient aucune approche d’analyse sans leur propositions, leurs suggestions auxquelles ils renvoient. C’est la raison pour laquelle, il faut se garder des tentations d’actualisation, de mise à jour de ces éléments fondamentaux, témoins de la TRADITION qui représente l’essence même du R\E\A\A\.

DE LA CONSTRUCTION DANS L’UNIVERSEL

Alors, maintenant, comment passer de ce temporel limité dont nous sommes conscients aussi de son confort par le partage de convictions communes, à l’Universel, destination de notre action ? Sinon, pourquoi tant d’efforts ? De l’Universel, il nous appartient d’en dresser les plans en bons Architectes. Ceux d’une construction orientée selon le mot d’Henri Thort Nougues, orientée par le sens que nous donnons à une vie en quête de « complétude ». Une vie, notre vie, puisque nous comprenons très vite qu’il ne s’agira toujours que de celle-ci, comprise comme un Univers complet, une entité singulière partie d’une autre plurielle, l’ensemble constituant un tout pensant et agissant. Et l’Autre n’est plus appréhendé comme un être dans sa différence d’état mais dans sa dimension en devenir, pièce agissante de cette noosphère définie par THELIARD de CHARDIN, sphère humaine entourant une autre plus petite, l’Univers. Cet esprit de fraternité dans la communion d’excellence, EST une des constructions de notre Rite dans l’Universel. Il est une des racines Traditionnelles que le R\E\A\A\ outil de réalisation intérieure spirituelle, enfonce dans les fondements religieux et philosophiques de l’humanité. Et nous savons que la force de ces fondements repose pour l’essentiel dans la spécificité de ne reposer sur aucune révélation particulière et n’en reconnaître aucune. Ces fondamentaux ne s’appuient sur aucun dogme mais n’en rejettent aucun. Très probablement en raison du fait que dès sa naissance, notre Rite a intégré l’humanisme occidental, lui-même issu de la convergence de la philosophie grecque, du droit romain et des préceptes du judéo-christianisme. Et cela s’opère en sacralisant le Temple lors de chaque tenue en son temps tout aussi sacré. Le Rite a l’ambition de faire des « Vagabonds de l’Esprit », chers à Oswald WIRTH des chercheurs de Spiritualité, des hommes qui vivent un cheminement allant de l’extérieur vers l’intérieur et de l’ intérieur vers le supérieur, vivre en donnant à leur existence un sens anagogique. Avoir la foi maçonnique, c’est transcender la contingence vulgaire de la matérialité temporelle comme spatiale par l’apprentissage long et opiniâtre du silence, de l’écoute, du renoncement, de la raison, de l’intuition, tous contenus dans ce qui se résume dans la Connaissance, pour vivre d’amour non contemplatif, mais d’action. La foi de Paul, « celle de posséder ce que l’on espère et de connaître des réalités que l’on ne voit pas ». Le concept de G\A\D\L\U\clé de voûte de l’Ecossisme dans sa signification générique de Principe créateur (Convent de Lausanne de 1875) participe à cette diffusion universelle en ce sens qu’il est un formidable symbole œcuménique de rassemblement de tous les courants de pensées, ce que nous définissons comme une spiritualité laïque puisque nous donnons à la laïcité son sens premier: la reconnaissance de toutes les différences et la tolérance de leur expression au non du respect des nôtres.
Que pour le théiste, ce soit Dieu,
que pour le spiritualiste, ce soit l’intelligence supérieure,
que pour l’agnostique, ce soit la conscience collective de l’humanité,
que pour le matérialiste ce soit l’œuvre du hasard et de la nécessité,
tant mieux, si chacun témoigne d’une humilité qui ne renonce pas à la dignité.
« Découvrir en soi une parcelle de Lumière qui participe à la Lumière du monde, » c’est ce que nous appelons travailler à la G\du G\A\de l’U\

CONCLUSION

Puisque rien ne s’apprend qui ne se vit, notre monde a besoin d’une spiritualité vivante, ouverte sur la Tradition, afin que prospèrent la tolérance, la fraternité et l’Amour, mais aussi que se revalorise l’éthique et que s’harmonisent les comportements. Et à cette fin, que pouvons-nous entreprendre d’autre que le témoignage singulier et non collectif, actif et non contemplatif, d’hommes engagés, impliqués, baignés de convictions, étanches aux blessures et renoncements qu’elles espèrent, attentifs enfin aux adaptations que le temps impose à la méthode entreprise, c’est à dire mettre le discours au service du message. Avec la Foi en la perfectibilité de l’homme, avec la ferme espérance dans l’avenir, nous devons nous libérer progressivement de nos insuffisances afin d’établir en nous et hors de nous cet équilibre difficile entre matériel et spirituel afin d’obtenir la prédominance de ce dernier. En spiritualistes engagés, nous agissons sous la directive de Luc pour qui « Personne n’allume une lampe pour la mettre dans un endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur un support afin que ceux qui entrent voient la Lumière ». Voilà qui est œuvrer à la construction d’une spiritualité dans l’Universel.

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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Hiram et ses Frères (1)

23 Mars 2015 , Rédigé par Roger Dachez Publié dans #Planches

Si l’on choisit d’entrer dans le pays des légendes maçonniques, d’explorer une contrée peuplée d’êtres singuliers, aux aventures peu ordinaires, et d’aller à la découverte de lieux tous plus étonnants et plus secrets les uns que les autres, alors, à tout seigneur tout honneur : Hiram, à n’en pas douter sera notre première rencontre. Légende première en effet, au sens chronologique du terme, mais sans doute aussi légende fondatrice. Avant et après, la maçonnerie spéculative n’est plus tout à fait la même. L’expression même de maçonnerie spéculative, dont l’ambiguïté ne sera jamais suffisamment soulignée, nous rappelle précisément qu’un des nombreux problèmes, sinon à résoudre tout à fait, du moins à éclairer quelque peu, concerne l’ancienneté même de cette légende, et les rapports qu’elle aurait pu entretenir avec un fond légendaire traditionnel, ce que l’on appelle depuis la fin du XIXe siècle un folklore, propre aux communautés de bâtisseurs depuis le Moyen Âge. Dans le cadre de cet exposé, il n’est évidemment pas question d’épuiser un sujet aussi vaste et dont les contours sont du reste délicats à définir. Je me permettrai de rappeler les travaux que j’y ai consacrés, dans la revue Renaissance Traditionnelle, depuis déjà plus de vingt ans.[1]

Je souhaiterais aborder ici la question des sources possibles de cette légende et proposer quelques hypothèses vraisemblables quant aux circonstances de sa constitution. Je voudrais aussi dans un second temps examiner en quoi l’introduction de cette légende, dans les premières années du XVIIIe siècle a, d’une certaine manière, profondément modifié la nature même de la jeune institution maçonnique pré-spéculative ou pour mieux dire, proto-spéculative. Tels sont en effet les enjeux historiques de l’apparition du grade de Maître entre 1725 et 1730.

Les antécédents du nom de l’Architecte dans les Anciens Devoirs

Le premier problème est celui du nom même d’Hiram comme désignant l’architecte dont le drame nous est révélé dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, La Maçonnerie Disséquée, publiée à Londres en 1730. L’importance de la divulgation de Prichard n’est pas seulement de révéler pour la première fois un système en trois grades, culminant avec le grade de Maître – The Master’s Part. Son originalité profonde est bien de proposer la première version connue et cohérente de la légende qui devait désormais constituer le cœur de ce grade. La première source à laquelle il convient de puiser est celle des Anciens Devoirs. Dans la première génération de ces textes, celle qui contient le Regius (c. 1390) et le Cooke (c. 1420), il existe bien une histoire traditionnelle du Métier qui, notamment dans le second de ces manuscrits, renferme de nombreuses données bibliques ou patristiques. En aucun endroit cependant on ne mentionne un architecte du Temple de Salomon, et moins encore son nom. Le Ms Cooke contient seulement cette indication : « Et lors de l’édification du Temple à l’époque de Salomon, il est dit dans la Bible, au 3è livre des Rois chapitre cinq, que Salomon avait quatre-vingt mille maçons à l’ouvrage. Et le fils du roi de Tyr était le maître maçon. ». La mention précise du nom de cet artiste n’apparaît que dans la deuxième génération des Anciens Devoirs, celle qui s’ouvre avec le Ms Grand Lodge n° 1, daté de 1583. Dans le récit historique qui y figure, on trouve en effet le passage suivant : « Et après le décès du Roi David, Salomon qui était le fils du Roi David, acheva le Temple que son père avait commencé. Et il fit chercher des Maçons dans diverses contrées, et les assembla, de sorte qu’il eut quatre-vingt mille ouvriers, qui travaillaient la pierre et s’appelaient des Maçons, et il choisit trois mille d’entre eux qui furent désignés pour être les Maîtres et Gouverneurs de ses ouvrages. De plus il y avait un Roi d’un autre royaume qui s’appelait Iram et qui aimait beaucoup le Roi Salomon et lui envoya du bois de charpente pour ses ouvrages. Et il possédait un fils nommé Anyone [quelqu’un] qui était Maître en Géométrie, chef de tous ses Maçons, et Maître des gravures et sculptures et de tous les autres procédés de la Maçonnerie utilisés pour le Temple. Et ceci est rapporté dans la Bible au troisième chapitre du quatrième Livre des Rois.2 ». D’emblée, l’apparition de celui qui est appelé « chef des Maçons » – ou « Maître en Géométrie » – du Temple pose un problème quant à son identité. Le mot Anyone, qui signifie simplement quelqu’un, ne nous renseigne guère. On doit naturellement s’interroger sur cette appellation pour le moins énigmatique. Sachant que le Ms Grand Lodge n° 1 est probablement la copie d’un texte plus ancien, il se peut simplement que le terme Anyone soit dû au fait que le scripteur n’a pas pu lire correctement le nom qui figurait sur le manuscrit original. On retrouve en effet, à partir de cette époque, le nom de l’architecte dans plusieurs versions des Anciens Devoirs. Les variantes observées sont assez nombreuses :

  • dans trois textes, de 1600, 1670, 1700, on trouve le terme Amon;
  • dans une série de six textes, de 1670, 1680, 1693, 1700, 1702 et 1750, ce personnage se nomme Aynon ;
  • trois versions, de 1670, 1680, 1690, donnent Aymon;
  • on peut encore en rapprocher le texte de 1600 qui porte A Man;
  • il faut également signaler des cas extrêmement divergents, tels que le texte de 1677 avec Apleo, de 1701 avec Ajuon, ou même celui de 1714 avec Benaim.

Pour rendre compte de l’origine et de la signification probable de ces termes, deux hypothèses principales ont été soulevées. La première, la plus naturelle, propose de voir dans ces différents termes une série de corruptions successives du nom d’Hiram. On pourrait ainsi suggérer la chaîne suivante : Hiram – Iram – Yram – Yrane – Ynane – Ynone – Aynone – Anyone. Selon cette thèse, le Maître des Maçons des Anciens Devoirs se serait toujours appelé Hiram, comme l’indique la Bible à laquelle ces textes se réfèrent explicitement, mais son nom n’aurait à aucun moment été orthographié correctement de 1583 à 1675 environ… C’est en effet à partir de cette dernière date que certains manuscrits donnent au personnage le nom qu’il porte dans la Bible. Cette mention n’est présente que dans dix-huit versions postérieures à 1675, et dont beaucoup sont même postérieures à 1723, date à laquelle, nous le reverrons, apparaît l’appellation Hiram Abif. L’hypothèse d’un Hiram primitif – et naturellement attendu – puis corrompu et seulement retrouvé à la fin du XVIIe siècle est philologiquement ingénieuse, mais difficilement convaincante, il faut le reconnaître. On ne peut toutefois totalement l’exclure. La seconde hypothèse, est que ces différents noms ne sont en effet que des corruptions d’un nom qui n’est pas Hiram, mais qui fait cependant référence à un personnage important du Métier. En d’autres termes il faudrait admettre que, bien que le nom de l’homme envoyé par Hiram de Tyr soit effectivement, dans la Bible, Hiram, les Anciens Devoirs lui en auraient, depuis au moins la fin du XVIe siècle, donné un autre, lié cependant aussi à la tradition du Métier. On a notamment retenu, comme forme initiale possible, le nom Amon, considérant que les formes Aynon, Aymon, s’expliqueraient ainsi très facilement par une minime erreur de graphie de la lettre M. Mais pourquoi ce nom? Amon apparaît en effet dans la Bible (Proverbes, 8, 30). Et en hébreu amon (aleph, mem, vav, noun) signifie ouvrier, artisan ou artiste, mais aussi architecte, ou encore tuteur, maître d’ouvrage. Dans le texte biblique, la Sagesse se présente ainsi : « […] quand II [le Seigneur] traça les fondements de la terre, je fus maître d’œuvre à son côté » (version T.O.B). Le sens d’artisan, collaborant à l’œuvre, semble le plus classiquement retenu, notamment dans la Vulgate, reflétant les conceptions les plus anciennes en ce domaine, et dont proviennent toutes les citations bibliques médiévales, où Saint-Jérôme dit : « Quando appendabat fundamenta terrae, Cum eo eram, cuncta componens. ce que l’on peut rendre par : « Tandis qu’il établissait les fondements de la terre, J’étais avec lui, rassemblant toutes choses. » Si cette hypothèse concernant Amon est séduisante, elle se heurte cependant à quelques objections : c’est d’abord la forme la moins souvent attestée dans les nombreuses versions des Anciens Devoirs, et surtout elle n’a jamais été connue comme telle dans les bibles occidentales, puisque amon est un nom commun, par conséquent toujours traduit (artisan, architecte, etc.). Il ressort donc de cette analyse que l’hypothèse Amon est avant tout un exercice d’érudition hébraïque qui ne tient pas compte des conditions dans lesquelles les textes des Anciens Devoirs ont été rédigés et transmis. Aymon, identique phonétiquement, en anglais, à Amon, peut dès lors être proposé comme forme initiale du nom de l’architecte. Aymon peut à son tour, par une faute identique à celle que l’on vient de mentionner, expliquer la forme Aynon, et très facilement aussi les formes Amon, ou Anon. Nous pouvons donc suggérer, en première approche, que les Anciens Devoirs portent témoignage qu’il existait dans le Métier une tradition conférant au maître d’œuvre du Temple un nom qui pourrait être Aymon. (à suivre)

[1] Une première version de cet article a été présentée lors du IVème Colloque du Cercle Renaissance Traditionnelle, à Paris, en octobre 2001. L’ensemble de mes travaux sur ce sujet ont été rassemblés dans Hiram et ses Frères – Essai sur les origines du grade de Maître, Véga, 2010.

Roger Dachez

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com

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Tradition ?

20 Mars 2015 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Parce que souchée sur une histoire de plusieurs siècles, parce qu’utilisant des référents plus ou moins constants, on peut se demander en quoi la franc-maçonnerie participe des diverses définitions du mot « tradition ». La tradition est à entendre comme transmission. Le verbe latin tradere, qui a donné à la fois les mots tradition et trahison, signifie avant tout : transmettre. Et ce qui est transmis c’est à la fois un contenu et des modes opératoires. Les cerner, c’est comprendre ce qui est offert, ce qui est retenu. Nous nous poserons 2 questions : La franc-maçonnerie est-elle une tradition ? et si oui est-ce une tradition particulière.

A) La franc-maçonnerie est-elle une tradition ?

Nous allons tenter d’y répondre en confrontant l’esprit de la maçonnerie avec les définitions du dictionnaire

Selon une 1ère Définition : La tradition désigne une doctrine, pratique religieuse ou morale, transmise de siècle en siècle, originellement par la parole et par l’exemple. La franc-maçonnerie ne répond qu’en partie à cette définition. Si notre culture est orale, nos rituels, eux, sont des catéchismes écrits ; si nous connaissons les vertus de l’exemplarité, on ne peut toutefois considérer qu’elle transmet une doctrine. Il appert que sa principale caractéristique tient à l’assertion bien connue : « la franc-maçonnerie n’invoque aucun dogme ». En corollaire : la franc-maçonnerie n’est pas dogmatique. Contrairement à ce que l’on entend quelquefois dans l’un ou l’autre morceau d’architecture, la franc-maçonnerie n’est pas une doctrine car une doctrine présuppose une transmission des dogmes. La franc-maçonnerie transmet des questions et elle laisse à chacun le soin d’apporter ses réponses et son argumentation. Les plus grands philosophes sont ceux qui n’ont cessé de douter d’eux-mêmes et de se renouveler tout au long de leur carrière. La loge est le réceptacle à l’intérieur duquel peuvent mûrir des pensées grâce au ferment irremplaçable de la liberté et des échanges. Cet héritage, ce sont aussi les valeurs auxquelles nous restons attachés, tout en les relativisant: la vérité, le sens, la dialectique historique porteuse d’espérance, le progrès, la liberté de conscience, le sens critique, la raison, la science, le respect d’autrui, la fraternité. Ces ferments de l’éthique maçonnique, ce sont eux, qui nous ont attirés vers elle. Peut-on les considérer comme un corps de doctrine ?

Selon une 2ème Définition : la tradition c’est une information, plus ou moins légendaire relative au passé, transmise, d’abord oralement de génération, en génération. Les champs synonymiques de « légende » et de « mythe », placent d’emblée la franc-maçonnerie au cœur de cette définition. Les références au temple de Salomon, à ses colonnes, à son architecte Hiram, indiquent clairement des sources légendaires. A noter que ce n’est qu’en 1730, sur fond d’opposition religieuse, que la Grande Loge d’Angleterre, en majorité anglicane, remplace la légende du relèvement du corps de Noé par ses fils évoquée par les presbytériens dans le manuscrit Graham de 1726, par celle d’un meurtre, celle d’Hiram.

Selon une 3ème Définition de l’ Encyclop. univ. t. 16 1973, p. 230 : La tradition est l'héritage par lequel le passé se survit dans le présent. Les psychodrames des rituels d’initiation mettent en scène des temps mythiques, ceux des commencements. Dans la démarche cyclique, les faits se réalisent à nouveau réellement. Ce n'est pas une simple commémoration, mais une réitération. Les personnages du mythe ou de la légende sont rendus présents, on devient leur contemporain.

Selon une 4ème Définition : la tradition c’est une manière de penser, de faire ou d’agir qui est un héritage du passé. Elle est alors liée à la coutume, à l’habitude voire à l’usage. Le formalisme de nos rituels pourrait être de cette tradition-là car il permet d’actualiser par le présent ce qui vient d’avant. Toutefois, tout en étant semblable ce n’est plus tout à fait la même chose, comme le fruit n’est plus la fleur qui l’a porté. La tradition, ce n'est pas un passé irréductible à la raison et à la réflexion de ceux qui nous ont précédés, qui nous contraindrait de tout son poids ; pour nous c'est le processus par lequel se constitue une expérience vivante et adaptable. L’homme libéré n’a pas de modèle préexistant, parce qu’il n’existe que par une actualisation sans cesse renouvelée de son devenir. Ce serait abuser étrangement que croire en la possibilité de ramener, à un concept unique et transcendant, les variétés d’initiations, bien que cette idée d’une unité ne soit pas absente de certains textes fondateurs de la maçonnerie. Les rites ne sont que des voies particulières de la démarche, ils peuvent différer, le processus initiatique se développera sur des multiples plans, moraux, intellectuels, psychologiques, spirituels, intérieurs et extérieurs. Mais il est indéniable qu’il y a des fondements communs constitutifs de la franc-maçonnerie qui nous sont transmis : l’initiation, la tolérance et la fraternité. Rappelons les en quelques mots. L’ initiation qui veut nous faire passer de l’homme de la nature à l’homme de la culture, du vieil homme à l’homme nouveau. Elle veut susciter une nouvelle naissance et la rendre possible. Et pour atteindre ce but, elle doit utiliser certains moyens, se soumettre à certaines conditions : la première condition, extrinsèque, de toute initiation aux «mystères de la Franc-Maçonnerie », est d’être un homme « né libre et de bonnes mœurs ». La deuxième condition, intrinsèque celle-là, est la mort symbolique du sujet à initier, comme le rappelle Eliade : «La majorité des épreuves initiatiques impliquent une mort rituelle, suivie d’une nouvelle naissance »

La tolérance et la fraternité, ces deux notions vont pouvoir révéler ce qu’elles sont, à celui qui, comme Rabelais le préconise, ose rompre l’os pour en déguster la "substantifique moelle". Il en ressort, à notre sens, que la tolérance consiste à accepter que ceux, qui sont comme nous en quête de leur Graal, poursuivent une voie aussi valable que la notre, quelle que soit la direction qu’ils empruntent, car la même quête de la Lumière nous unit… pour autant que nous cherchions tous la lumière… Ce qui permet, aux compagnons de la quête de se séparer sans dommage, est le fait que tous sont unis, vivifiés par la même Tradition. La fraternité c’est quand "l’autre", l’ennemi potentiel, est considéré comme une modalité de ce qui est, une part du Tout dont nous sommes aussi une partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent "compassion", marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ces dernières deviendront l’expression d’une conscience, d’une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique.

B) La spécificité de la Franc-maçonnerie s’appuie-t-elle sur une tradition particulière ?

Son universalisme en récuse l’idée. Si, à n’en pas douter, les sources des textes fondateurs de la maçonnerie écossaise et anglaise sont chrétiennes, l’ouverture de la Franc-maçonnerie à l’universalisme a développé un intérêt pour l’étude des religions, qui peut n’en être qu’historique. Et comprendre diverses approches spirituelles permet souvent de mieux comprendre sa propre spiritualité. Il existe un temps propre à la Tradition maçonnique, mais ce temps-là, indéfinissable, c’est un temps de vie dans l’immédiat, un temps apodictique énoncé par le rituel, aux trois premiers grades, entre midi et minuit. La Tradition maçonnique serait alors un éternel présent qui nous obligerait ainsi à sortir de l’historicité. Cette Tradition implique nécessairement la résistance aux modes, facteurs de datation et de fragilité. Sortir du temps classique et de l’historicité, est-ce à dire que la Tradition se soit refermée sur elle-même, sourde et aveugle aux mouvements de la société profane, ou qu’elle serait inaccessible à tous changements ? Certes, elle ne peut pas être passéiste, ce serait réintroduire le temps profane mais on pourrait être tenté de lui reprocher son fixisme, son conservatisme ou son immobilisme. Comme ce serait mal la connaître ! La Tradition c’est le noyau peu altérable qui fonde la franc-maçonnerie. Elle en assume la solidité et la continuité, la pérennité, la transtemporalité. Mais entendons-nous bien : Tradition n’est pas traditionalisme. Ce serait la réduire, à un attachement aux valeurs, aux croyances du passé transmises par une seule tradition, comme en donne la définition du Robert. Les croyances sur lesquelles furent fondées les différentes obédiences, à travers l’histoire de la maçonnerie spéculative, ont non seulement évoluées mais se sont inspirées de philosophies et de spiritualités souvent opposées les unes aux autres. Quelle source oserait se prévaloir sur les autres ? Pire encore si on considère le traditionalisme en tant que, et je cite le dictionnaire : Doctrine d'après laquelle on doit conserver les formes politiques et religieuses traditionnelles, lors même qu'on ne saurait les justifier intellectuellement. La Tradition maçonnique n’est pas dans de tels contenus car elle n’est surtout pas dogmatique ni étroitement prescriptive. La tradition maçonnique est mouvement, démarche, méthode au sein de loge au moyen des rituels. La Loge maçonnique veut donner à l’homme d’aujourd’hui, comme elle a donné à celui d’hier, les outils symboliques qui lui permettront de se retrouver dans sa vérité et de se conquérir dans sa liberté. L’initiation maçonnique nous permettra d’entrer dans la voie. Mais c’est à nous seul qu’il appartient de « suivre la voie », à nous seul qu’il appartient par notre effort et notre patience, notre intelligence et notre volonté, de passer de l’initiation « virtuelle » à l’initiation «réelle», de transformer une promesse en une réalité, une espérance en une certitude, un chemin de connaissance en un chemin de vie ; c’est une invitation au travail qui incombe au maçon. Le rituel, quant à lui, induit des postures cognitives telles que les secteurs de la réalité et du savoir, qui sont concernés par l’attitude, constituent avant tout des “mystères” construits par lui ; ces “mystères” donnent un sens à l’individu, au monde qui l’entoure et qu’il transformera, selon son appropriation, à travers ses activités maçonniques et profanes. Et c’est dans la chaîne d’union que se reçoivent et se déversent, dans la posture physique de l’entrelacs des mains, ce flux d’augmentation de l’être obtenu au cours des tenues. Tel est l’esprit de la tradition de la Franc-maçonnerie . L'intelligence spirituelle viendra ôter le voile de la lettre, ou le voile qu'est la lettre, afin d'en dégager l'esprit. Alors qu’importe la lettre ? Sans présumer d’une spécificité unique de la Tradition maçonnique, nous pouvons dire que celle de notre respectable loge se situe sur le terrain de l’éthique et de l’humanisme. Les épreuves spéculatives, auxquelles nous nous soumettons et que nous traversons le plus souvent avec succès, sont des indications de l’exigence de la vie elle-même et de la nécessaire confrontation de notre capacité à les surmonter, si nous voulons témoigner au dehors d’une façon d’être conforme à ce que nous éprouvons dans les temples, d’en être responsables. Arrêtons-nous un instant, avec Annick de Souzenelle, sur ce dernier terme, « responsable », pivot de l'éthique, dont l'échelle des valeurs est le moyen. Laissons-le se révéler. Il contient deux sens cachés : res-ponsa que l'on peut rendre par "quelque chose qui a du poids, du prix, de l'importance", et res-ponsa qui est "ce que l'on épouse, ce à quoi l'on est uni par amour". Au cœur de la responsabilité, il y a donc le prix et l'amour, la valeur et la joie. C'est à un rapport à la Création riche de ces qualités que conduit une échelle des valeurs harmonieuse et cohérente avec le réel. Pour conclure, au regard des définitions, la franc-maçonnerie serait, dirions nous, une tradition non traditionaliste. C’est dans la déclaration des principes des obédiences que se retrouve ce fond sur lequel se fait le consensus d’une manière d’être franc-maçon et que nous pourrions appeler la tradition maçonnique.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

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L'initiation maçonnique

18 Mars 2015 , Rédigé par Jean-Pierre BAYARD Publié dans #Planches

Chacun d'entre nous s'est posé les mêmes et éternelles questions : d'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? Nos réflexions prennent des sens bien différents selon notre formation philosophique ou religieuse, mais tous, nous avons le désir d'accéder à un état supérieur grâce à notre perfectionnement, obtenu le plus souvent par une méthode initiatique. C'est ainsi que l'on se réfère à la Tradition primordiale dont le courant paraît remonter de plus en plus loin au fur et à mesure de nos découvertes archéologiques. On reconnaît implicitement l'existence d'une réalité supérieure se reliant à l'ordre cosmique. La recherche spirituelle qui unit corps, âme et esprit peut ainsi satisfaire à la fois l'intelligence et le cœur. La Franc-maçonnerie est l'un des ordres initiatiques traditionnels utilisant le symbolisme universel et prônant la fraternité. L'initiation doit se vivre intensément, d'une manière absolument personnelle ; il doit y avoir participation active, effective, non littéraire ou scénique ; certains groupes en font une représentation théâtrale, allant jusqu'à faire jouer ce "mystère" devant les sujets à initier ; ceux-ci ne sont alors que des spectateurs plus ou moins réceptifs ; ils ne subissent pas directement cet influx, le choc créé par la puissance des rituels. Etymologiquement, initier évoque l'idée de commencement, de mise sur la voie, en signifiant aussi le désir de mener cette action à son terme, à sa perfection. Dans les groupes spiritualistes, l'initiation s'entoure de rites et de symboles, basés sur la pratique d'un métier - la maçonnerie se dit l'héritière des constructeurs du temple de Salomon, puis de ceux qui ont élevé les cathédrales. Cette participation entraîne une mort à ce qui a été sommairement acquis et à une renaissance, à un authentique recommencement dans un cadre élargi. "Mort et résurrection" reste le thème initiatique par excellence. La société initiatique recrute parmi les "hommes libres et de bonnes mœurs ; elle lutte contre l'ignorance sous toutes ses formes ; elle est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi des personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles". Ses rituels, basés sur les rites d'un métier, enseignent et placent l'individu sur le plan de la compréhension de l'autre, plan que l'on peut qualifier d'horizontal ; l'être apprend à se maîtriser, à savoir écouter en tirant profit, mais aussi en sachant discuter, confronter les idées et même les critiquer. L'attitude du franc-maçon reste sobre ; calme, il parle sans grands gestes, sans intonations déplacées. Cet être sait ainsi s'élever sur un plan spirituel. On songe alors à une dimension verticale. Le franc-maçon se place au croisement de ces deux axes tout comme la rose y est située sur la croix. Il acquiert les possibilités de devenir l'Homme Universel, c'est-à-dire un citoyen du monde. Tout maçon qui veut suivre la voie Traditionnelle doit cependant avoir certaines aptitudes, un désir conscient d'approfondir son identité, dans la simplicité de son raisonnement qui œuvre dans un esprit de conciliation et de fraternité, en recherchant l'équilibre pour ceux qui l'entourent. S'il veut bénéficier de cette harmonie intérieure, il doit se rattacher à une organisation Traditionnelle régulière, mais par "régularité" il ne faut pas envisager un impératif historique ou doctrinal : seule la pensée spirituelle puise dans la Tradition. Le travail s'opère graduellement, au milieu de compagnons de route. On accède ainsi à une véritable fraternité initiatique, solidaire et agissante. De cette large plate-forme spirituelle, la Franc-maçonnerie atteint son rôle de centre d'union, dépassant largement le contexte des idées d'une époque ou d'une religion particulière. Le véritable initié doit dépasser toutes les contingences d'un moment pour évoquer ce qui est immuable. Nous ne pouvons oublier que la présence de l'homme sur notre planète est actuellement évaluée à douze ou quatorze millions d'années et que les vestiges de sa vie ont près de trois millions d'années : voici de quoi nous rendre humbles en prenant conscience qu'à chaque époque l'homme a cherché à s'élever, à se perfectionner, qu'il a utilisé des rites. La Franc-maçonnerie est une ascèse. Elle n'est dépositaire d'aucune révélation et un magistère maçonnique n'existe pas. L'ordre ne donne aucun mot d'ordre. Le maçon qui reflète le rêve du collectif n'est soumis à aucun impératif. Il n'a pas à se plier à une idéologie officielle et il n'est pas un "soldat de la propagande". Au contraire, il doit conserver son individualité qui doit être agissante, car en puisant dans l'esprit de ce qui est éternel, on se réalise en soi, mais on organise aussi le devenir. Dans son idéal spirituel, la maçonnerie utilise comme allégorie l'image de la pierre brute que l'on taille pour la rendre cubique ; mais cette pierre, maintenant polie, ne peut rester isolée. Elle doit être ajustée à d'autres éléments. Par leur équilibre, leur beauté, nous constituons la cathédrale, le temple. Du perfectionnement individuel, nous parvenons à l'idéal de la communauté. L'univers est lui-même un ensemble construit harmonieusement et rigoureusement. Comme au Moyen-Age, nous pouvons évoquer le Grand Horloger du Monde, le Grand Architecte de l'Univers. Comme l'écrit la Grande Loge de France : "L'initiation permet le passage des ténèbres à la lumière. Elle a pour principe de faire descendre l'homme en lui-même, afin qu'il découvre les dimensions de sa vie intérieure, sa place dans le cosmos, le sens de son destin. L'initiation est une longue quête qui amène le franc-maçon, affermi dans sa démarche, à la conquête du Beau, du Vrai, du Juste. La méthode maçonnique repose sur la compréhension et l'utilisation des symboles traditionnels". Les symboles ont une importance vivifiante. Ce langage muet qui parle à l'âme et au cœur est partout présent. Il figure dans les éléments de la nature, du cosmos et les hommes en ont fait des applications dans les proportions de leurs temples, de leurs édifices, dans ces volumes, ces orientations, ces décorations où vivent la mystique des nombres, les gammes de la couleur, le rythme des sons, toute une harmonie architecturale où le trait suggère et donne l'équilibre. Le symbole vit et imprègne chaque être qui cherche à en percer le mystère. Il est la base vivante de l'initiation. Ainsi, tout en restant attentifs à la vie contemporaine, à l'évolution de nos idées et de nos recherches scientifiques, abreuvons-nous aux sources de la connaissance, de notre foi en la perfectibilité de l'homme. Soyons les aventuriers de la pensée créatrice, celle qui est toujours mouvante et qui rive notre rêve de l'humain.

Source : http://www.sagesse-marseille.com/

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Chevalerie initiatique et chevalerie maçonnique

16 Mars 2015 Publié dans #Planches

Le plus simple pour aborder la compréhension d’une chevalerie initiatique est d’étudier la comparaison avec les restes des ordres chevaleresque civils, la tradition chevaleresque elle-même, et la chevalerie maçonnique développée dans des degrés que les francs-maçons eux mêmes disent ne plus rien à voir avec la Franc-maçonnerie. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec, voyons tout d’abord la chevalerie maçonnique. Dans tous les grands rites, on commence avec les degrés du métier, on continue avec un degré (ou une série de degrés) de transition qui est lié à une révélation, parfois apocalyptique, puis on termine sur des degrés d’une chevalerie spirituelle, ou de chevalier saint. On pourrait faire des études comparables avec le double degré de Maître Écossais de Saint André dans le Rite Écossais Rectifié, avec le Rite Écossais Ancien et Accepté, ou le Rite français, mais nous nous limiterons au Rite York déjà évoqué. L’évocation dans un rituel, toujours de la Sainte Arche Royale, de «la vaillance de ces hommes valeureux qui, la truelle à la main et le glaive au côté, étaient toujours prêts à défendre le sanctuaire contre les attaques non provoquées de leurs adversaires», appelle quelques commentaires. Tout d'abord, dans le rite « des maçons anciens francs et acceptés », comme dans le rite Émulation, c'est une des rares fois où l'on fait allusion à un glaive en maçonnerie de métier. Celui-ci est d'ailleurs présent, à l’Arche, sur le tapis de loge, et c'est sur le commentaire de ce tapis que se fait le discours du Deuxième Principal; dans la logique de ce rite, c'est à ce point précis que se trouve la jonction avec la tradition chevaleresque. Le maçon, pour défendre son œuvre, et surtout lorsqu'il s'agit d'une œuvre sainte, est habilité à porter l'épée et à s'en servir. Pour ceux qui connaissent la logique des grades complémentaires maçonniques, lorsqu'ils entrent dans la chevalerie du Temple, ils sont admis dans les commanderies en tant que pèlerins de l'Arche Royale. Il en va de même pour la Croix-Rouge de Constantin, l'ordre du Saint-Sépulcre, et l'ordre de Saint-Jean l'Évangéliste. La démarche des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte est analogue. Tous ces ordres sont maçonniques, même lorsqu’ils sont les homonymes d’ordres non maçonniques, certaines analogies prêtant à confusion. Rappelons cette tradition rapportant que les templiers pourchassés en France 1312, auraient trouvé refuge dans des loges maçonniques, notamment en Écosse. À la suite de la bataille de Bannockburn (1314) où le rôle de ces templiers aurait été décisif, Robert le Bruce aurait constitué un ordre à leur intention, de cette légende vient « l’Ordre Royal d’Écosse ». Au XVIIIème siècle, des chevaliers authentiques en mal de spiritualité se sont amalgamés à des loges en mal de reconnaissance nobiliaire, et d’une tradition chevaleresque authentique. Ainsi, la Stricte Observance Templière, les Chevaliers du Chapitre de Clermont auraient rejoint les Maîtres Maçons de Lyon pour former le Rite Écossais Rectifié avec ses Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. On connaît le Discours du Chevaliers Ramsay qui évoque l’origine croisée des Franc-maçons. On peut faire tout un développement au sujet des « maçons chevaliers », dont le nom peut aussi s'inverser en proposant des « chevaliers constructeurs ». Il existe aussi ce degré, déjà évoqué, appelé les Prêtres Chevaliers du Temple de la Sainte Arche Royale (selon la traduction) dont certains font remonter l'origine en Irlande en 1700. Cet axe de réflexion sur la chevalerie maçonnique prend toute sa dimension lorsque l'on se rappelle qu'en Angleterre, comme dans les pays nordiques, et particulièrement la Suède, ce sont les membres de la famille royale, quand ce n'est pas le souverain lui-même, qui est Grand Maître de l'Ordre maçonnique. Nous avons déjà cité le Roi d’Écosse Jacques Stuart, en exil en France à Saint Germain, selon de possibles origines des grades dits Écossais, aurait peut-être bien distribué quelques titres de Chevaliers qui se sont transmis dans certaines loges par des degrés spécifiques. Des titres chevaleresques maçonniques, qui sont alors délivrés, sous des patentes bien définies, sous l'autorité consciente de souverains légitimes, perdent tout caractère arbitraire, et peuvent reposer la question d'une valeur dépassant le cadre maçonnique. Ainsi, notamment l’Ordre Royal d’Écosse en serait un exemple particulièrement flagrant ; de même le 11ème degré du Rite Suédois qui confèrerait un titre de valeur civile, le Roi de Suède étant le Grand Maître. Enfin, la reconnaissance de la qualité nobiliaire d’un chevalier n’est actuellement admise que s’il a été conféré par une famille régnante, ou un État souverain. Or, cet état de fait n’est qu’assez récent, et en opposition avec les origines de la Chevalerie. La noblesse est héréditaire, pas la chevalerie. Ce qui définit la transmission chevaleresque, c’est la reconnaissance par d’autres chevaliers. Le jacobinisme des souverains les a poussés à s’approprier ce droit de reconnaissance, et à l’imposer à leurs sujets. Le conflit reste ouvert entre des usages immémoriaux et les règlements modernes ; car, qu’est ce qui empêcherait certaines anciennes familles, ayant régné, parfois bien longtemps, de promouvoir un ordre chevaleresque dans leur maison comme cela s’est fait dans le temps ? L’une des missions originelles de la noblesse n’est pas de se reproduire en cercle fermé, mais d’attirer à elle les individus de qualité, détectés dans la roture. La mise en place de barrières étanches ou inadaptées a été l’une des causes des révolutions. Le « Bourgeois Gentilhomme » de Molière en est la caricature. Sur le plan moral, c'est au niveau chevaleresque que vont se trouver exaltées certaines vertus comme la charité, la bienfaisance, la protection de la veuve, de l'orphelin et celle du pèlerin, avec tout le développement du rôle hospitalier de ceux qui sont à la fois des chevaliers et des pèlerins. Mais le maçon doit également trouver, là, les limites à la notion d’une tolérance qui lui a été longtemps inculquée. Si le chantier, l'œuvre en cours, ou les principes de l'institution sont en danger, alors il doit sortir l'épée et se battre, jusqu'à la mort s'il le faut, si le seuil de tolérance a été dépassé. On enseigne ainsi au chevalier constructeur que, si la grande guerre sainte «existe», la petite guerre sainte étant celle où l'on doit tuer des hommes pour survivre, on est avant tout confronté à une guerre intérieure, contre notre pluralité, voir dualité, où l'on doit écouter, apprendre et se maîtriser, tant que les principes essentiels ne sont pas en péril. Ceci est encore une démonstration du fait que ce message s'adresse à tous, toutes confessions confondues, à partir du moment où nous sommes des hommes fidèles à nos engagements envers la Divinité comme envers notre prochain. Les armes ne sont pas un moyen de principe, mais le dernier recours qui trouve sa justification lorsque les hommes ne peuvent plus communiquer, que tout a été dit et que l'on se retrouve encore en danger. Pour ceux qui ont appris le maniement des armes, nous savons que la meilleure épée est celle qui reste au fourreau, et ce qui la fait sortir de son fourreau n'est pas en général la vaillance, mais la peur. La plus grande des notions de courage, c'est d'affronter ses adversaires sans sortir les armes, mais avec une œuvre constructive qui est souvent plus efficace que les paroles inconsistantes. Dans l'escalade de la violence entre deux parties, celui qui tire l'épée est, en général, celui qui pense avoir été provoqué au-delà de toutes limites, ce qui le met en danger. Ces notions sont importantes lorsque l'on devient en maçonnerie, symboliquement, un membre du Grand Sanhédrin, faisant partie des princes et chefs du peuple. Ces notions de pouvoir, de riposte et d'agression rentrent dans le cercle de nos responsabilités, il faut savoir les interpréter et les traiter avec sang-froid. Ainsi, à des niveaux définis, certains ne sont-ils pas relevés de leurs vœux, et donc de leurs précédents engagements ? Ne passe-t-on pas ainsi de la morale à l’éthique ? Nous comprenons pourquoi, dans la Franc-maçonnerie moderne, en quittant le métier pour la profession, quelques uns sont perdus devant le changement de règles. La confusion est d’ailleurs entretenue par certaines obligations reprises en « copier-coller » comme pour meubler des vides, ou des incompréhensions. Il est pourtant indubitable, que plus on progresse, plus les obligations que l’on attend de nous reposent sur notre conduite et nos choix, plus que sur nos actes et nos idées. Les résultats prévalent parfois dans la philosophie de l’action. L’armement chevaleresque, avec une dimension sacerdotale déclinée de façon variable, constitue l’étape ultime de l’initiation maçonnique, qui est, rappelons-le, une initiation de métier, donc « roturienne ». Peut-être la transmission nobiliaire aurait-elle perdue son caractère initiatique? Serait-ce une explication à ce que les membres de la Royal Society venaient chercher dans les loges au 17ème siècle. ? Les trois premiers degrés relèvent du métier, et enseignent le B.A. BA du symbolisme, le Craft des Anglo-saxons, comparable à l’œuvre au Noir. La Sainte Arche Royale développe, de façon progressive, les fondements du sacerdoce ; au-delà de la transmission, c’est une reconnaissance de l’initié comme Prince et Chef du Peuple, œuvre au Blanc. Puis la philosophie de l’action constitue la preuve matérielle des idées métaphysiques précédemment acquises, au travers soit de la Chevalerie, soit de la pratique sacrificielle, c’est l’œuvre au Rouge. Le cycle est alors complet.

Source : http://www.tombelaine.sitew.fr

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Les 5° et 6° grades : Maître Parfait et Secrétaire Intime

13 Mars 2015 , Rédigé par JMA Publié dans #Planches

Le grade de Maître Parfait (5° grade)

Le 3ème grade nous confère la plénitude de la qualité de Maître maçon et constitue le socle de la première installation dans le long et difficile processus de la recherche initiatique… Dans cette quête personnelle de recherche, d’amélioration et d’épanouissement, certains de nos frères estiment ce socle suffisant … Cette liberté, ce choix, n’est pas le nôtre, même si nous nous sommes interrogés sur la pertinence de poursuivre nos travaux au-delà du 3ème grade. Dés lors, les travaux que nous accomplissons dans le cadre du Grand Collège des Rites au REAA sont-ils superflus ? A la base de tout progrès, on retrouve, à mon avis, comme constante de l’esprit d’humain, la recherche d’amélioration, et de perfection. En ce sens, l’introspection, la recherche d’altérité, les confrontations, les échanges permanents, constituent l’amorce des paliers successifs qui nous sont proposés dans l’approche de ce lent et infini apprentissage. Certes il s’agit là de réflexions purement symboliques, mais nécessaires comme le dit l’historien d’Art Emile MALE en affirmant que “ Le symbolisme nous montre une chose et nous incite à en voir une autre » Mais j’en viens au sujet de cette planche et tout d’abord au cinquième grade, celui de Maître Parfait. Les deux grades de maître secret et de maître parfait semblent indissociables. A l’origine, les quatrième et cinquième grades n’en formaient qu’un seul, qui ouvrait sur le cycle de la maçonnerie de perfection. Puis, la pratique du grade de maître parfait a précédé celle de maître secret au XVIII°. Cela n’est qu’à compter de la fin du XIX° siècle que le mode de fonctionnement fut inversé et que le grade de Maître parfait fut dissocié de celui de maître secret et ne fut plus transmis que par communication. Le grade de maître parfait a pour thème l’inhumation d’Hiram.

La légende

Raconte que lorsque le Roi Salomon fût informé que le corps d’Hiram avait été retrouvé et déposé dans la partie la plus basse du temple, il décida de conserver ses précieux restes. Il demanda alors à Adonhiram d’organiser pour son ami des funérailles en grande pompe. Il défendit d’effacer les traces de sang qui avaient été répandues dans le temple jusqu’à ce qu’on ait tiré vengeance des assassins. Adonhiram, nommé grand architecte en chef des ouvrages, fournit le plan d’un monument de marbre blanc et noir devant être élevé à la mémoire du Maître disparu. Ce mausolée fut érigé en neuf jours. Le cœur d’Hiram fut déposé dans une urne placée au sommet d’un obélisque triangulaire : l’urne était transpercée par une épée. Quand justice lui fut rendue, le corps d’Hiram Abif fut alors déposé sur un mausolée, recouvert par une pierre triangulaire sur laquelle étaient gravées les lettres JMB (Iod, Mem, Beth) et une branche d’acacia disposée au dessus de ces lettres, écrites en hébreu. Trois jours après les funérailles, le roi Salomon contempla les 2 monuments et levant les bras au ciel, il s’écria : TOUT EST PARFAIT.

Le thème central

La notion de perfection qui est abordée à ce grade désigne l’état de ce qui est complètement achevé. La perfection a valeur d’exemple. Elle fut incarnée en la personne du Maître disparu. La perfection est donc le thème central de ce grade par lequel chaque maître est invité à se surpasser sans cesse pour approcher toujours plus prés son idéal.

La symbolique

Ce grade de Maître parfait qui raconte et commémore l’enterrement de Maître Hiram, présente des éléments constants entre ses différentes versions historiques qui sont :

  1. la couleur verte de la loge et des décors
  2. la quadrature du cercle
  3. le Saint des Saints
  4. la symbolique numérique basée sur le nombre 4 et ses multiples
  5. le tableau du grade qui comprend 4 ou 3 cercles concentriques à distances égales, au centre desquels se trouve une pierre carrée ou cubique, avec au centre gravée la lettre J. cette lettre J correspond à Jod, première lettre du tétragramme.

Alors que le maître secret travaille dans la pénombre et que les larmes d’argent rappellent la perte douloureuse du Maître, le maître parfait a surmonté positivement cette douleur. Toute la loge est tendue de vert, couleur qui rappelle la décomposition, la mort, mais aussi l’espérance et la germination de l’acacia. Le Maître parfait trouve surtout la solution du problème posé par la quadrature du cercle philosophique en retrouvant le mot du Maître qui est le tétragramme sacré Iod, Hé, Vau, Hé. On apprend ainsi que l’accomplissement du Devoir est la réalisation du principe élevé qui est en chacun de nous. Le maître parfait prend conscience de ce que la clé de la connaissance réside dans la participation directe et immédiate avec le Principe. La quadrature du cercle au sens que lui donnaient les anciens, consiste à trouver un carré équivalent à un cercle. Ce problème de mathématique est insoluble, ce qui fut démontré au XX° siécle. Ce symbole montre que l’idéal complet de la perfection est inaccessible en ce monde. La quadrature devrait permettre, par construction géométrique avec seulement l’équerre et le compas, de rendre identiques les surfaces du cercle et du carré, en recherchant ’un carré dont la surface serait exactement égale à celle d’un cercle donné. Cette recherche ne saurait se faire sans le nombre Pi dont on sait qu’il est irrationnel, la succession de ses décimales étant indéfinie. Bien que ou parce que mathématiquement impossible, la quadrature du cercle est entre autres pour les alchimistes et les philosophes un exercice de méditation pour symboliser le passage du terrestre au céleste. Le cercle symbolise le divin, le carré symbolise la terre. Rechercher la quadrature du cercle reviendrait ainsi à chercher les rapports entre la création et le créateur. Le Saint des Saints fait référence à la conception du judaïsme. Il correspond à la partie la plus intérieure du Temple de Jérusalem, la plus sacrée, où se manifeste la présence divine, et où seulement peut se manifester le nom de l’Eternel. La présence d’un cadavre dans le Saint des Saints le rendrait impur ce qui est inconcevable.

La perfection, la quadrature du cercle et le Saint des Saints sont intimement reliés dans tous les rituels de Maître Parfait. Le nombre 4 montre bien que le maître parfait est de plein pied dans la connaissance et la maîtrise de la matière qu’il doit maîtriser pour se parfaire. Quatre est le premier des nombres carrés et le premier des nombres parfaits.
Le nombre 4 marque la stabilité et la durabilité dans l’œuvre à accomplir. C’est le nombre de la Terre. Ce nombre pair représente la solidité, l'organisation et l’universalité représentée par les 4 éléments de la tradition occidentale, les 4 directions de l’espace, les 4 points cardinaux.

Les trois cercles.

Ils sont l’emblème de la divinité qui n’a ni commencement, ni fin. Ces trois cercles enferment un cube. Dans la tradition architecturale, le cube est proprement la forme de la première pierre d’un édifice, la pierre fondamentale posée au niveau le plus bas sur laquelle reposera toute la structure de cet édifice et qui en assurera la stabilité. Cette pierre vive, c’est le Maître qui doit acquérir la perfection de l’art du trait, d’en trouver les principes qui permettent de retrouver l’art du grand Géomètre de l’Univers. Dans le rituel, à la question, êtes vous maître parfait, celui-ci répond, j’ai vu le cercle et sa quadrature dans le Saint des Saints. Par cette réponse le maître parfait affirme par là la connaissance du maçon, homme de métier, dans l’art du Trait .En se référant aux écritures bibliques, il dit que l’homme fut créé à l’image de Dieu. Ceci lui confère ipso facto un rang exceptionnel au sommet de toute création. Cet état de perfection initial permet à l’être d’espérer reconquérir, malgré la chute dans la manifestation, une unité et une réalité données à l’origine. Matthieu, le seul évangéliste a utilisé le qualificatif de parfait a dit : soyez parfait comme votre père céleste est parfait. On peut envisager que la perfection humaine en ce monde est partielle, relative, inaccomplie et approximative par rapport à la perfection du Verbe initial. Devenir réellement maître parfait peut être considéré comme une sympathique Utopie. Mais cet appel à la perfection illustre précisément notre recherche permanente en quête de savoir, de recherche et d’amélioration, de soi et de la société. Le maître parfait est censé accéder dans le Saint des Saints où se trouve le nom de l’éternel, autant dire accéder virtuellement à l’état de perfection, puisque ce privilège n’est dévoilé qu’aux parfaits. Il atteint ainsi la perfection des secrets de la maîtrise. En plaçant le cœur d’Hiram au sommet de l’obélisque dans une urne, il est suggéré au maître parfait de séparer son cœur spirituel de son corps, de la matérialité, de gouverner ses actions, de purifier son cœur, pour tendre à l a perfection. Les maîtres parfaits sont reconnus comme des maîtres particulièrement habiles qui se voient confier la construction du tombeau d’Hiram sous la direction d’Adonhiram.

Venons en à présent au sixième grade, de Secrétaire Intime.

Le grade de Secrétaire Intime (6° grade)

Ce grade de secrétaire intime est également appelé Maître parfait par curiosité. Le grade de secrétaire intime a précisément pour thème la curiosité.

La légende

En échange des bois du Liban et des pierres taillées fournies par Hiram, roi de Tyr, pour la construction de son temple, le Roi Salomon s’était engagé à lui donner une province. Hiram de Tyr la visite et n’y trouve qu’un sol aride et une population sauvage. Il revient au palais de Salomon, traverse furieux la salle des gardes et fait irruption dans la salle où Salomon, seul, pleure la mort d’Hiram. Craignant pour la sécurité de son maître, Johaben, le plus dévoué des serviteurs du roi Salomon, l’a suivi et écoute à la porte. Hiram de Tyr le découvre et se croyant espionner, veut le mettre à mort. Salomon le retient, le raisonne, et fait enfermer son serviteur Les deux rois reprennent leurs discussions et Salomon explique qu’il a l’intention de reconstruire les villes de la province cédée. Les deux rois après l’avoir entendu, font de Johaben leur secrétaire intime qui rédige alors leur traité d’alliance. Dés lors, un nouveau ternaire se met en place, dans lequel le secrétaire intime remplace Hiram Abi.

Le thème central

Ce grade illustre donc la différence entre deux formes de curiosité, l’une positive, l’autre négative et démontre ainsi que la curiosité au service d’une cause juste peut être un facteur stimulant pour l’intelligence et utile sur le chemin de la Vérité. En filigrane, sont également suggérés les thèmes des apparences et de leur rejet ainsi que celui du caractère sacré de la promesse faite.

La symbolique s’organise autour de trois axes majeurs.

  1. Le zèle pris pour de la curiosité
  2. L’alliance, la promesse, la perfection
  3. les trois triangles entrelacés

La curiosité est ici, on l’a compris, au service de la recherche de la vérité, curiosité bien sûr de découvrir le secret des autres mais surtout désir de protéger son maître de la colère d’Hyram de Ty. Johaben, homme de confiance de Salomon, justifie sa fonction par son zèle et son courage. La discussion véhémente entre les deux rois porte sur le respect de la parole donnée. Plusieurs interprétations sont données concernant la transmission du Mot du Maçon, du maître en réalité : La première serait que le mot que Johaben surprend doit être changé. Le mot n’est pas perdu, mais sa transmission est suspendue. La seconde serait que le mot est perdu avec la mort d’Hiram, le mot correspondant à la conception globale de l’oeuvre, et qu’il faut le retrouver : le mot de substitution ne donne qu’un aspect partiel de la conception globale. La dernière serait que ceux qui connaissent le mot ne sont plus que deux au lieu de trois (qui dirigent la loge), ce qui interrompt la communication. Johaben entend le mot, mais pour être digne de devenir maître il doit surmonter l’épreuve de la mort. L’alliance, la promesse, la perfection sont trois notions très liées, l’alliance représentant une sorte d’aspect symbolique de l’absolu, l’alliance se réalisant par un traité entre les deux souverains, doublé d’un caractère sacré établissant un lien de perfection entre deux rois et leur secrétaire. Les trois triangles entrelacés représentent la restauration du triangle directeur du chantier désormais constitué par Salomon, hiram de Tyr et Johaben, investi de la confiance de ses maîtres auprès desquels il remplace Hiram Abi, Tous trois sont détenteurs de la parole du Maître, parole qui ne peut être transmise que s’ils sont réunis, ce qui atteste du caractère indissoluble de leur alliance. On peut y voir aussi le symbole de la dénomination du trois fois puissant qui agit en lieu et place du Roi Salomon.

Analyse

La curiosité apparaît donc essentielle sur le chemin de la vérité. Le rituel du grade explique au maçon qu’il y a en lui un Hiram de Tyr, raisonneur, travailleur, concret, un Salomon, plus sage, spiritualiste, ésotérique, et un témoin au service du meilleur de nous, Johaben, dévoué, intelligent, fidèle, comme une troisième force, réduite à observer.. Il existe deux sortes de curiosité, l’une vaine et condamnable, l’autre utile, qui excite l’intelligence pour connaître la Vérité, la curiosité la plus noble étant celle de l’initié qui cherche sans cesse. L’idéal d’atteinte de la perfection doit être approché par le travail, l’accomplissement du devoir mais, et c’est nouveau, aussi par la curiosité, non pas celle connotée péjorativement, mais la curiosité intellectuelle doublée de courage, celle qui pousse vers l’avant, déplace les limites, celle là même qui anime les artistes, les chercheurs, qui requiert et conduit à plus de lucidité, dont R.Char nous a dit si bien qu’elle est la blessure la plus rapprochée du soleil….

Pour conclure….

Mes bien aimés frères, autrefois, nos prédécesseurs examinaient et travaillaient à tous les grades avant que ceux-ci ne soient ensuite transmis par communication. Cette méthode, plus adaptée à la vie moderne, nous permet seulement d’approcher ces grades. C’est pourquoi ce type de travail est nécessaire pour que ne se perde pas l’enseignement de chaque grade. Si ces digressions symboliques vous ont semblé redondantes, ou fastidieuses, vous vous voudrez bien me le pardonner fraternellement…Quant à moi, je vous remercie de m’avoir permis ce retour sur moi-même dans ma quête personnelle, et je le sais toujours inaboutie, de l’initiation. J’espère avec Georges Sand, que cette planche vous aura donné « envie de mourir de curiosité » et de vous replonger avec intérêt dans l’examen de ces grades intermédiaires dont la légende emprunte à notre culture philosophique et religieuse pour nous enseigner les voies de la perfection, de la curiosité, de la loyauté, du respect de la parole donnée dans une forme suggérée laissant la part belle à notre sensibilité personnelle et à notre imagination.

Jean Michel Archimbaud.

11 novembre 2005.

Source : http://emsomipy.free.fr/

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Quelques symboles

11 Mars 2015 Publié dans #Planches

À titre d’exemple, de la méthode à suivre, nous allons aborder quelques symboles liés à certaines traditions initiatiques, et à certains ordres de chevalerie. Peu importe d’où ils viennent, car ce sont les principes, les enchaînements, les mécanismes qui doivent solliciter notre attention.

L'AUTEL

L’autel est un des éléments fréquents de tout exercice de spiritualité. L’un des premiers autels est la pierre du sacrifice d’Abraham, puis la Pierre de Béthel, ointe par Jacob qui avait dormi dessus lors de sa vision. La quête spirituelle arrivant dans une phase de pratique nécessite, nous en reparlerons ailleurs, une action de type sacrificiel. Qui dit sacrifice, dit autel. L’autel est à l’origine une pierre cubique, ou une table de pierre où l’animal est abattu, dépecé, les morceaux préservés à Dieu sont brûlés. Il devient le centre du Temple. Tout sacrifice étant l’aboutissement d’une action violente, fut-elle symbolique, la présence d’un autel est un signe de la reconnaissance de la nature humaine dans ses traits positifs ou négatifs. En Franc-maçonnerie, on parle dans certains rites d’un autel des serments, qui supporte la Bible, l’équerre et le compas. Chez les Chrétiens, l’autel est cette table de Pierre centrale, la surface sur laquelle la Messe est dite. Par extension on considère souvent comme un autel une table sur laquelle quelques objets sacrés sont disposés, un Graal, une statue. Or, souvent l’autel ou certains de ses éléments sont voilés, comme l’iconostase chez les chrétiens orientaux, comme le Saint des Saints occulté derrière le rideau du Temple de Jérusalem, ou du Tabernacle dans le désert…

L'HEXAGRAMME

Très souvent, l’hexagramme est représenté comme la suite du Pentalpha, ce qui relève que d’une réalité très étroite, et peu symbolique : le 6 succède au 5 ! L’hexagramme occidental est sans rapport avec les hexagrammes chinois du Yi King, au nombre de soixante-quatre, et qui sont une sorte d'alphabet symbolique. Attention au syncrétisme. La figure de l’hexagone permet de tracer l'hexagramme, par l'entrelacement de deux triangles équilatéraux. Il est ainsi connu dans les milieux cabalistes comme étant le bouclier de David, ou le sceau de Salomon. Il correspond à la jonction équilibrée du triangle spirituel, base en haut, et du triangle humain ou matériel, base en bas. C'est également un symbole alchimique enseignant que « ce qui est en bas est comme ce qui est en haut», pas identique, mais semblable. Une image ou un reflet n'a jamais été une réalité, l'apparence n'étant jamais la vérité. C'est l’équilibre des contraires, un état de stabilité. Nous noterons que les étoiles à sept branches, additionnant alors un triangle et un carré apparaissent dans d’autres degrés adjacents de l’Arche Royale. Cette figure à sept points ne peut pas être tracée par construction géométrique, ceci indiquant encore un changement de plan et une nouvelle dimension, où le chiffre 7 règne en maître. Cette séquence des figures du triangle à heptagone est une clé de la géométrie appliquée à l’initiation. Voyons à présent la dynamique des deux triangles, ou le rapport du monde d’en haut avec celui d’en bas. Deux triangles égaux et équilatéraux s’affrontent par un sommet de telle façon que les côtés se trouvent dans le prolongement l’un de l’autre, à l’image d’un X. Les forces opposées ne se mélangent pas, mais ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Les deux mondes se regardent dans un miroir ou tout est inversé. Les triangles s’interpénètrent jusqu’à ce que les pointes touchent les bases opposées en leur milieu. C’est le Sceau de Salomon, le fils, ou Bouclier de David, le père, il est représenté par deux triangles inversés égaux et équilatéraux, dont chacun des côtés de l’un coupe les côtés de l’autre en leur milieu. C’est une figure statique, équilibre des forces contraires, avec une zone commune en hexagone, et des pointes particulières aux deux mondes. Si le mouvement se poursuit, les deux bases se confondent et la figure forme un parallélogramme caractéristique : un losange. La base commune représentant une humanité sans cesse en conflit entre le monde du haut et celui du bas. La Shékina est parfois représentée comme un triangle équilatéral avec un second triangle interne formé par les lignes joignant les milieux des trois côtés. Cette figure est remarquable, et très représentative d’un ésotérisme traditionnel et initiatique. On obtient en effet trois petits triangles à chaque extrémité et un quatrième inversé au centre. Ce schéma est dynamique, orienté, et multiplicateur. La signification en est la suivante : En assemblant trois éléments d'une façon particulière, on crée un quatrième élément inversé par rapport aux trois autres. Ceci est un grand secret la géométrie, car il s'agit là d'une des voies de la matérialisation ou de la création de certains éléments. C'est en assemblant leurs trois Noms divins et en joignant leurs trois prières, orientées vers le haut, vers Dieu, que les initiés vont provoquer la manifestation d'un quatrième élément orienté vers le bas, et attirer la bénédiction sur l'œuvre entreprise. Nous démontrons ainsi comment « l'union des trois » que nous avons déjà abordée dans un précédent chapitre peut permettre la sacralisation d'un lieu, ou d'une personne, ou d'un événement. On sort ainsi complètement de la notion d'égrégore, qui ne saurait dépasser le niveau des participants rassemblés, pour entrer dans la notion de manifestation. « Quand le Disciple est prêt, le Maître apparaît. » Notons dans le symbolisme du « 4 », comment opère le processus initiatique quant à certains noms divins. Voyons la composition du premier tétragramme YHWH : trois lettres dont l’une est redoublée. Voyons dans la Kabbale hébraïque l’une des significations des premières lettres du tétragramme : le YOD représente la semence, la potentialité, l'impulsion fondamentale, le premier HÉ est la matière dans laquelle le Yod agit pour matérialiser, réaliser ou créer, le VAV est l’action qui matérialise le Yod dans le HÉ. Mais, la quatrième lettre, le second HÉ, par sa redondance, boucle le cycle de manifestation en cours et prépare le cycle suivant où il servirait de « Yod », qu’il remplace, pour la nouvelle création dans la triade suivante. Le nom d’Allah est aussi un tétragramme. Les deux « a » sont différents, le second modifié par la lettre « h », mais les deux « l » sont identiques. Nous nous trouvons ainsi en présence de trois lettres dont celle centrale est redoublée. Coïncidence ? Bien que nous n'en ayons trouvé trace nulle part, nous pourrions proposer une interprétation qui n'engage que nous du tétragramme chrétien INRI, trois lettres dont l’une est redoublée: il donnerait une redondance de la première lettre. Ceci pourrait se concevoir dans une Kabbale de type chrétien, où le triangle inversé joue un grand rôle, notamment chez les hermétistes et les alchimistes (Igne Natura Renovatur Integra). La notion de réintégration, et de retour au principe, est alors primordiale. Un autre tétragramme à lettre redoublée, maçonnique celui-ci, existe avec les initiales : J.B.M.B. Pour toute personne ayant une petite teinture de biologie, l’allusion à un codage à quatre lettre (mais pas de redoublement) évoque d’emblée les mécanismes de l’organisation et de multiplication de l’A.D.N. (Acide Désoxyribo-Nucléïque). Tout ce qui vit sur terre possède une molécule d’A.D.N. ou de d’A.R.N. (Acide Ribo-Nucléïque), dont la clé est constituée par quatre acides aminés, l’adénine, la thiamine, la guanine et la cytosine. Les combinaisons A.T.G.C. sont les bases du génome de tout ce qui vit. Ces molécules sont la clé de la fabrication de toutes les protéines qui sont les éléments spécifiques de la vie. S’il y a protéine, il y a vie. Toute protéine est constituée de la combinaison d’une vingtaine d’acides aminés, soit vingt lettres dont quatre de bases pour exprimer toute vie. Intéressant pour les kabbalistes ? L’ADN forme une double hélice, et l’A.R.N. une simple hélice. Ce schéma hélicoïdal, en escalier à colimaçon évoquant le caducée des médecins et pharmaciens. Il a inspiré quelques réflexions à Jérémy Narby dans son livre « le Serpent Cosmique ». À la lumière de ce qui précède, on ne peut être qu’admiratif devant les messages cachés dans les symboles et mythes initiatiques, et expliquant pourquoi il ne faut pas trop y toucher. Le triangle équilatéral symbole de Dieu représente aussi les pouvoirs créateurs, protecteurs et destructeurs de la Divinité. Le pouvoir créateur et protecteur de la Divinité est bien connu de tous, et parfaitement admis, mais le troisième pouvoir, celui de destruction, tant redouté, est généralement refusé, ou oublié volontairement, par les profanes. Quand il est mis en exergue, on parle de divinité maléfique comme Baal ou Shiva. Le Dieu vengeur de la Bible ne fait pas recette auprès des fidèles. Seuls ceux qui sont morts une première fois, et qui sont deux fois nés, ont une connaissance, du moins partielle, de la nécessité et de la place de la destruction dans l'œuvre de la création. Nous sommes dans un processus continu de la création divine, dont la composante du temps n’est qu’une variable. L'architecte pour construire doit raser ce qui existait auparavant, et s'il construit en terre vierge, c'est alors la nature elle-même qu'il doit détruire. Le jardinier sait qu'il faut tailler et couper, que si le blé ne meure, il ne peut renaître au centuple. L'homme de l’art, dont le discernement permet de comprendre sa propre place dans le projet divin, donne un ordre nouveau à ce qui l'entoure. La création est un acte permanent dépassant la temporalité, et la vie elle-même n'existe que par équilibre avec la mort; car pour passer d'un état à un autre, il faut forcément quitter le précédent. Ce que Dieu a donné, Il le reprend toujours, et Il est le seul à pouvoir juger, en dehors des cycles temporels, de ce qui est juste ou de ce qui ne l'est pas. L'homme est né de la poussière et retournera à la poussière. Que sont en face de cela nos plaisirs, nos joies, nos peurs et nos tristesses individuelles? Tout, si elles restent à l'échelle de notre humanité personnelle, rien, si elles viennent s'inscrire dans le plan d'ensemble de la création du Grand Architecte de l'Univers. C'est donc à nous de faire l'effort de reconnaître et d'admettre le plan divin afin d'inscrire nos sentiments dans son harmonie universelle. Cette voie nous est donnée par la révélation de la volonté divine, exprimée le petit triangle inversé dans le grand, exprimant l'essentiel des grands principes du plan créateur divin, ainsi que les règles de conduite nous permettant d'être des «co-laborateurs» du Grand Architecte de l'Univers.

LE TAU ET LA CROIX

Dans certains rituels, tour à tour, le tau est une marque, un signe, puis un symbole de la vie. Mais, le tau en forme de T est aussi l’un des modèles de la croix le plus répandu lors du premier siècle du christianisme. La croix est un symbole d’origine égyptienne, bien connu dans sa version de la croix ansée. Cette croix reste toujours le symbole préféré des franciscains avec cette forme très spécifique. Dans le symbole de la croix, le support vertical représente l’axis mundi, l’axe du monde, mais peut-être plutôt des mondes. La branche transversale est le symbole du croisement avec un plan de l’existence. Certaines croix sont encore plus directives, en précisant deux ou trois niveaux, par deux ou trois barres transversales, pouvant être respectivement de longueur variable. Nous n’allons pas explorer tous les cas de figure, mais attirons l’attention sur les croix orthodoxes, avec : une barre inférieure de crucifixion des pieds, généralement oblique, représentant le monde matériel dans sa dualité, où nos actes sont pesés, reposant sur un crâne, à la fois le Golgatha, mais aussi la mort, terme inéluctable de toute vie matérielle. la barre transversale des bras qui symbolise le monde des chrétiens, de la religion, du salut des multitudes, de l’exotérisme. Le Soleil et la Lune sont parfois représentés au-delà des mains. et enfin la barre supérieure, panneau de l’inscription INRI, dont les bras sont courts, symétriques et perpendiculaires, indiquant la voie du petit nombre des élus, ou de l’ésotérisme. « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus » La croix en forme de tau est celle qui se rapproche le plus de la réalité historique. Un poteau de torture, fiché dans le sol, restait en permanence sur le lieu des exécutions. Seul le bras horizontal était amovible, simple planche peut-être, ajouté pour les crucifixions. Cette croix en tau représente pour les moines franciscains l’épanouissement de l’Être sur les plans supérieurs, au plus simple, sans entrer dans une cosmogonie complexe, ou plus directement le changement de plan nécessaire à la révélation. C’est comme regarder la surface lorsque l’on est au fond du puits. La croix à quatre branches représente la matérialité, le chiffre 4, et même l'axis mundi; par contre la croix sans sommet, ou tau, se réfère à la fois au symbolisme du binaire et du ternaire, d'une façon qui rappelle assez le symbole de la rose-croix, car en fait, la barre horizontale représente l'épanouissement lorsque l'on est arrivé au sommet de sa quête, l'axe vertical représentant l'élévation spirituelle de l'être. C’est le passage de la dualité au ternaire. C'est ainsi sans surprise que l'on retrouve souvent des caducées en forme de tau avec un serpent cloué dessus, ce qui n'est pas sans évoquer en plus le serpent d'airain de Moïse dans le désert. Le tau est évoqué aussi dans l'Ancien Testament, dans la prophétie d'Ézéchiel : «Passe au milieu de la ville et fais une marque sur le front de tous ceux qui se lamentent...». La tradition rapporte encore que, si Isaac fut épargné lors de son sacrifice, ceci fut dû au fait que le bois qu'il portait sur ses épaules lui donnait une silhouette en forme de tau. L'ancienne lettre tav en hébreu se rapprochait tout à fait de la lettre tau en grec, alors que le thêta présente une forme complètement différente. Il semble que le tav en hébreu a toujours été un signe pour marquer quelque chose, tout comme dans l'alphabet moderne on utilise le « X » en forme de croix de Saint-André. Cette lettre tav aurait préfiguré la marque apposée comme signature par ceux qui ne savaient pas écrire. Dans la franc-maçonnerie de l’Arche Royale, on ne peut évoquer le symbole du triple tau sans songer au sigle I.H.S. avec soit une croix, soit un tau surmontant le H. Ce trigramme, connu depuis de nombreux siècles, a maintes interprétations selon les traditions . Les plus connues : soit Iesus Hominum Salvator, soit In Hoc Salus, le tau surmontant alors le H. Ce graphisme rappellerait ausssi le « In Hoc Signo Vincet » de l'empereur Constantin, ensuite une erreur de translittération depuis le grecque, à la place de IESOU en abréviation IHS, d’autres significations encore ont été proposées : Instar Homini summus, In Homini Salus, Imago Hominis deuS. Le symbole du tau venant des disciples de Saint François d'Assise, celui qui parlait le langage des oiseaux, il revêt vraisemblablement une connotation ésotérique très proche de nos recherches les plus profondes. Les chrismes, et le symbole du poisson, sont également des combinaisons de jeux de lettres. Le symbole de la croix ansée des Égyptiens diffère du symbolisme du tau en raison de cette boucle, qui est une image parfaite de ce qui n'a ni commencement ni fin dans le temps. Nous retrouvons sur une pierre à graver des premiers siècles après Jésus-Christ, un chrisme, dont l'axe vertical en forme de tau est particulièrement suggestif, d'autant plus que nous voyons, dans la partie inférieure au pied de cette croix, le mot Salus également évoqué dans In Hoc Salus. Chez les chevaliers, remontant au temps des croisades, l’épée avec sa garde droite classique forment une croix que l’on n’hésite pas à prier avant le combat, et que l’on fiche sur une tombe en guise de crucifix. Les sabres ou autres coutelas n’ont pas ce symbolisme. Quant à la croix dite de Malte adoptée par les marchands d’Almafi, ce symbole des quatre pointes de flèches se touchant au centre, certains évoquent une origine carthaginoise avec Tanit ! Le terme de croisade inclut le symbole de la croix, mais il s’est étendu en matière de navigation au terme de croisière.

LA BANNIÈRE

En dehors de l’aspect du voile déjà abordé, la bannière a un rôle de fédération de personnes qui se placent en dessous. La principale référence biblique à des bannières se rapporte aux douze tribus de l’Armée d’Israël, et donc aux douze fils du Patriarche Jacob. Le symbolisme de ces douze bannières doit être étudié en les considérant de deux façons différentes; d'une part les douze bannières représentant les douze tribus, et d'autre part les quatre étendards de tête des quatre divisions de l'armée d'Israël. Il n’y a pas de superpositions strictes des douze bannières avec les douze fils de Jacob, puisque la Tribu de Levi n’aura pas de territoire en Canaan, et que les deux fils de Joseph (Manassé et Ephraïm) se partageront la tribu de leur père. La bénédiction de Jacob, comme les bénédictions précédentes de la Genèse, donne des indications particulièrement intéressantes sur les invocations des forces mobilisées. En ce qui concerne les quatre bannières représentant un bœuf, un homme, un lion, un aigle, leur signification est universelle. Elles ont inspiré les armoiries de toutes les plus grandes familles en Europe. On ne peut manquer la référence à la vision du prophète Isaïe, dans cette célèbre théophanie où les anges, au milieu des cercles de feu, présentent quatre faces : une face d'homme, celle d'un taureau, celle d'un aigle, et celle d'un lion. Ces quatre «vivants» ont été repris dans le christianisme, et symbolisent les quatre évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean. Les symboles sont respectivement, l'aigle pour Saint Jean, le Lion de Saint Marc, le bœuf pour Saint Matthieu, et l'homme pour Saint Luc. Ces quatre symboles se retrouvent présents, non sans raisons, en Franc-maçonnerie dans les armoiries de la Grande Loge des Anciens et sont donc toujours en bonne place dans les armoiries de la Grande Loge unie d'Angleterre. Le taureau ou le bœuf est symbole de sacrifice et de fertilité. On sait que dans le pays de Canaan, celui de Melkisédeq vraisemblablement, Dieu était El, représenté par le taureau de la fertilité, encore appelé le Compatissant. Le boeuf Apis a le même rôle dans la mythologie égyptienne. Ephraim est de même un symbole de fertilité. L'aigle avec son œil qui voit évoque le prophétisme. L’aigle représente la tribu de Dan, qui veut dire juge. Les Juges, comme les Prophètes sont en communication directe avec Dieu ; l’aigle exprime la rapidité et la promptitude avec lesquelles les volontés de Dieu sont exécutées. L'homme est dans la plénitude de ses pouvoirs adamiques : royal, prophétique et sacerdotal. Il peut parfois se présenter comme un ange. Mais, l’homme est au-dessus des anges, car il a son libre arbitre. Il est ainsi représenté comme Ruben, dans toute son humanité, dans sa grandeur comme dans sa petitesse. Le lion couché est l’emblème de la tribu princière de Juda, de la lignée royale de David et donc du Christ. Dans le Degré de Chevalier de l’Epée, attenant à l’Arche Royale, citons le rêve de Cyrus : Dans mon rêve, j’ai vu un lion prêt à m’attaquer et à me dévorer et à quelques pas de là Nabuchodonosor et Beltshazzar se tenaient enchaînés. Ils étaient comme frappés d’admiration devant une Gloire évoquant la splendeur du mot sacré que les maçons donnent au Grand Architecte de l’Univers. Dans les cieux, apparut un aigle tenant dans ses serres un ordre : ”Rends la liberté aux captifs sinon tu perdras ton trône.” Cette association de l’aigle et du lion peut être sujet de réflexion. Le lion est le symbole de Babylone, mais aussi des Perses. La louve romaine, le coq gaulois, le léopard normand sont des restes de ces attributs. Au Rite Écossais Rectifié, dans les rituels de J. B. Willermoz, lors de la cérémonie de Maître écossais de Saint-André, un tableau est présenté au candidat, figurant un lion couché dans une grotte, jouant avec des instruments d'architecture sous un ciel d'orage. Cette référence au lion est donc une constante caractéristique du candidat sur le chemin de la redécouverte de la parole perdue. À Babylone, comme à Persepolis, les représentations des lions, taureaux, aigles, etc… sont multiples, associant souvent celles-ci en des animaux mythiques, sphinx, griffons, licornes. La porte d’Ishtar en est couverte, il faut avoir visité Babylone et vu le Lion de pierre terrassant son ennemi à la porte du désert pour comprendre la puissance de ce symbole. Les Chérubins qui gardent l’entrée du Jardin d’Eden sont parfois représentés sous forme de taureaux ailés. Les Égyptiens eux-mêmes présentent leurs dieux avec des têtes d’animaux. Si, effectivement, le lion représente la royauté, le taureau exprime la fertilité, comme animal de sacrifice , le sacerdoce , et l’aigle indique la volonté divine, comme le prophète, alors, ces trois animaux évoquent les dignités vers lesquelles tend notre humanité. Ainsi le tétramorphe peut-il être considéré, dès les anciens temps, comme la représentation d’une spiritualité universelle ou œcuménique.

Source : http://www.tombelaine.sitew.fr

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Le Maître Secret

9 Mars 2015 , Rédigé par Marc R Publié dans #Planches

Le grade de Maître Secret est centré sur une ascèse intérieure qui permet une compréhension plus élargie de la notion de devoir.

Quel est ce devoir, est-ce un devoir envers lui-même ? Est-ce un devoir envers les autres ? Est-ce un devoir complètement dénué d'objectif ?

1 ) UN DEVOIR ENVERS SOI-MÊME

Si, pour le Maître Secret, il "n'y a de devoir qu'envers soi-même", c'est d'abord pour souligner l'absolue liberté de l'être humain. Rien, aucune disposition légale, aucun code social ne saurait restreindre cette liberté, fondamentale. Cette liberté se décline en liberté de penser, liberté de croire ou de ne pas croire, etc. Nous verrons plus loin que cette liberté n'a de l'intérêt que si elle est tournée vers l'autre.

Ensuite, interrogeons-nous sur la nécessité pour l'Homme de se fixer un devoir, de le remplir… En effet, en homme libre, nous devons toujours tout passer au crible de la pertinence.

Pour répondre positivement à cette question, établissons un parallèle avec le développement de l'enfant. Lorsqu'il appréhende le monde, l'enfant ne se sent pas de devoirs. Il n'a que des droits, pense-t-il. L'attention de ses parents, de son proche entourage est centrée sur lui. Aussi, ne s'intéresse-t-il pas aux autres –sauf en termes de rivalité, de jalousie peut-être. L'enfant ne se sent pas "redevable". Pourquoi se créerait-il des devoirs quand tout lui est facilité ? L'enfant est naturellement égoïste. En avançant en âge, le contact avec le monde extérieur- celui-ci n'étant pas forcément facilitateur-, le conduit à réfléchir à son rapport à l'autre. Il découvre le sens de la réciprocité. Puis il y trouve de l'intérêt quand il comprend que les bonnes relations interpersonnelles passent par un échange fondé sur l'équité. Peu à peu, à travers la découverte du monde et grâce à l'éducation, il développe une sensibilité qui le conduit à la prise de conscience suivante : s'il reçoit, c'est parce que d'autres lui donnent. Dans cette lente émergence, son égoïsme naturel laisse place progressivement à la perception du devoir. Pour l'adulte qu'il devient, cette prise de conscience constitue, déjà, une étape importante dans l'accomplissement du devoir.

Qu'en est-il pour le Maçon et, plus encore, pour le Maître Secret ?

Le Franc-maçon fait le pari de l'espérance en l'Homme. Pour le Maçon, une "lumière intérieure" réside au fond de tout être. Cette lumière correspond au "soi-même". En tout homme, il existe une flamme secrète, l'essence même, ce qui est quand on retire le poids des strates sociales, celui des convenances, celui du mensonge. Cette partie de l'Homme, infrangible, est ce que nous appelons le "soi-même". Aussi, le Devoir du Maçon, du Maître Secret, est-il d'abord de faire grandir cette lumière. Comme souvent en Maçonnerie, ce symbole s'inscrit dans la culture chrétienne. Dans la Genèse, l’interprétation symbolique du Fiat Lux est ordonnancement du chaos. Pour le Franc-maçon, cette lumière correspond à sa volonté d'ordonnancer son être, lui aussi chaotique, c'est à dire de le maîtriser (outre qu'il correspond à un grade, le mot Maître a un sens…)

Quelle forme le Maître Secret doit-il donner au Devoir ?

Homme éclairé, il doit développer une haute idée de son Être –ce qui ne signifie pas pour autant qu'elle soit méprisante vis-à-vis d'autrui, bien au contraire. Cette idée est celle de la dignité, du respect de ce qu'il est. Il est le seul à pouvoir, en conscience, définir à quel niveau il place cette idée. L'existence le ramène sans cesse à sa seule dimension matérielle. Loin de négliger la satisfaction des besoins physiologiques, corporels, pécuniaires, il doit sans cesse favoriser sa dimension spirituelle. La démarche consistant à tenter d'élever son esprit, est, en effet, moins évidente pour tout un chacun. Seule la volonté permet de l'entreprendre. Cette démarche, volontaire, constitue une véritable ascèse : loin de constituer un privilège, la capacité qu'il se donne de progresser continuellement place le Maître Secret face à lui-même. Ainsi, le corollaire de sa démarche est bien l'humilité. Enfin, croyant en l'Homme -un Homme capable de s'élever toujours-, conscient de la nécessité du Devoir qu'il s'est lui-même fixé, le Maître Secret doit donner une manifestation à ce Devoir. Comme il est plus facile de prendre une résolution que de l'accomplir, le Devoir consiste également à mesurer en permanence l'écart entre l'ambition de l'objectif et sa concrétisation.

2) UN DEVOIR ENVERS LES AUTRES

La liberté du Maçon est maîtrisée. Elle est placée au service du bien-être, le sien, celui des autres. Je découvre que le chemin initiatique proposé à l'impétrant dispose d'une cohérence propre. Je découvre que le 4e grade poursuit le 1er. Je remonte au jour où j'ai reçu la lumière.

Le maçon nouvellement initié que j'étais a été longuement intrigué par la l'obligation fixée à tout Franc-maçon par la Constitution du G\O\D\F\: "le respect des autres ET de soi-même". En effet, si j'étais déjà respectueux d'autrui, je pensais l'être de moi-même. L'étais-je suffisamment ? Comme souvent nos formules maçonniques reposent sur une bipolarité [exemple : l'amélioration de l'Homme ET de la Société]. Pour les comprendre, il ne faut surtout pas tronçonner nos formules. Trop souvent, les FF\ comprennent que l'Autre doit être respecté, ils comprennent aussi qu'il faut avoir du respect pour soi, mais font-ils le lien entre les deux pôles ? Pour que cette formule prenne son sens, il faut considérer que le respect de l'autre est inséparable du respect que l'on se porte. Que, par un incessant va-et-vient, ils se renforcent. Dans l'absolu et au fond de l'Être.

En Maçonnerie, la notion de Devoir relève également de cette bipolarité. Je ne peux penser les autres sans penser moi-même. Pour reprendre la comparaison avec l'enfant, il faut que je me connaisse bien avant de comprendre les autres. La descente en soi-même constitue, aussi, l'appréhension du "fonctionnement" de l'être humain. Ce "fonctionnement" concerne aussi bien la raison que les sentiments, l'intellect que l'émotion, communs à tout être humain..

Au plan symbolique, le Maçon parcourt un chemin, nous évoquons "la voie initiatique". Ainsi, au 4e Degré, quand les Maîtres Secrets interrogent celui qui vient de les rejoindre, ils lui demandent :

-Que cherchiez-vous au cours de ces voyages ?

En faisant allusion à ceux qu'il a accomplis de l'initiation jusqu'au grade de Maître.

Et le Maître Secret parcourt " la grande route du Devoir"

Outre que, pour moi, le symbole de chemin, de voie, de route indique que l'Idéal maçonnique est, d'abord, celui du progrès, il implique que l'être humain se déplace d'un point à un autre. Aussi, en termes de Devoir, doit-il partir de lui-même pour aller vers l'Autre. L'intérêt de ce parcours, de ce voyage, est qu'il perçoit, chemin faisant, qu'il est unique en même temps qu'il fait partie d'un tout. Un tout d'abord compris comme l'Espèce humaine. Puis, s'il cherche et s'en trouve éclairé, il comprend qu'il fait partie de la Nature, du cosmos, au même titre que le vivant, le monde végétal et minéral. Il comprend aussi que la Nature est constituée aussi bien de matière que d'esprit. Si, à travers cette prise de conscience, l'Homme gagne en humilité, il gagne aussi en force. Car, devenant conscient qu'il fait partie d'un tout, il affronte plus facilement les contingences existentielles, à commencer par la mort –celles des autres surtout-. Aussi, le Devoir envers soi-même n'est-il que le Devoir envers l'Autre. L'ensemble des autres. Le rituel du Maître Secret nous enseigne que Ce Devoir (le Devoir envers soi-même), primordial, unique entraîne inéluctablement tous les autres devoirs, ceux qui concernent le monde dans ses multiples aspects. Le monde ?

Comment ne pas citer les Écritures : "Aime ton prochain comme toi-même !" Outre l'amour que je dois lui porter, ajoutons le Devoir.

3) LE BUT DU DEVOIR

"Là où est le Devoir, sont tous les devoirs d'où découle le comportement du Maître Secret.", précise le rituel du 4. Avec le secret, le devoir constitue la caractéristique du grade.

Déjà, jusqu'au 3, le franc-maçon avait des devoirs. Devoir envers ses FF\ (la solidarité). Il est cependant curieux d'observer que cette notion de devoir est bien souvent confondue avec celle d'obligation, par exemple l'obligation d'assister aux Tenues, de payer sa cotisation, etc. Toutes choses qui, finalement, peuvent apparenter nos LL\ bleues à des groupes profanes. Si les obligations constituent des nécessités, elles sont bien en dessous des Devoirs.

Dans la société civile (le pays, la ville, le quartier) que nous formons, l'évocation des devoirs est moins "porteuse" que celles des Droits. Le temps n'est plus où la Citoyenneté reposait, elle aussi, sur la bipolarité "Droits-Devoirs"… Aussi, pour la plupart des hommes et des femmes qui composent notre Société, au Devoir se sont substituées la simple obligation, voire la contrainte (le Code de la route, le Code des impôts, le Règlement de la SNCF, le Plan d'occupation des sols,…). Si nous dépassons cette confusion courante, nous voyons bien que le Devoir relève de la Morale. Et "la Franc-maçonnerie a pour objet (…) l'étude de la morale, …" (article premier de la Constitution du G\O\D\F\).

Quel peut être le premier Devoir du Maçon envers lui-même ?

Il doit travailler. Citons le F\Guérillot : "Ceux qui gravissent ces degrés doivent "travailler", au sens maçonnique du terme. L'initiation est le fruit du rituel et de l'effort. Qui ne cherche pas à comprendre ce que disent les "mots", ce que cachent les symboles, ne progresse pas. Pire, il régresse, il oublie ce qu'il a entrevu, il ressent une sorte d'engourdissement, il sommeille sur les colonnes. Et, au terme de cette déchéance, il finit par se croire "initié" parce qu'il porte un tablier et un sautoir, dont il ne voit même plus la pacotille…"1

Alors, que disent les "mots" ? J'ai eu l'occasion de dire à mes FF\ Maîtres Secrets que, depuis mon élévation au 3, j'avais moi-même fini, au fil des années, par m'habituer à la parole substituée (Makbennah). Sans en être conscient, j'avais donc fini par m'endormir sur les colonnes ! Aussi, le rappel au Devoir est-il salutaire. Quand les Maîtres Secrets interrogent celui qui vient de les rejoindre et qu'ils lui demandent :

-Que cherchiez-vous au cours de ces voyages ?

Le nouveau Maître Secret répond :

-La Vérité et la Parole Perdue.

Le rituel ajoute : "La Parole Perdue est la connaissance du Devoir complet des anciens Initiés." Au bout du chemin initiatique, le Maçon connaîtra-t-il le "nom de l'ineffable" ? La Maçonnerie est ancrée dans la tradition judéo-chrétienne. Aussi le "mot", la "parole", le "nom" ont-ils une grande importance. "Au commencement était le verbe". Les hébreux ne prononcent jamais le nom de l'Être supérieur. Les Maçons eux-mêmes ne savent "ni lire ni écrire". La méthode maçonnique consiste à donner les lettres une à une. Aussi, quand les Maîtres Secrets interrogent celui qui vient de les rejoindre et qu'ils lui demandent :

"-L'avez-vous retrouvée ?

-Non, mais je viens me joindre aux Maîtres Secrets pour travailler à ce but, en suivant imperturbablement la route du Devoir."

La retrouvera-t-il un jour ?

Si elle est "connaissance du Devoir complet", comment expliquer l'importance symbolique d'une parole, réputée perdue ?

La parole peut n'être qu'illusion, qu'apparence. N'est-elle pas, dans un premier temps, "substituée" ? La parole est bien souvent trompeuse. Comme la lumière trop brillante peut aveugler. Certains ne se servent-ils pas de la parole pour détourner de la Vérité ? En effet, la parole peut être mensonge. Pour ne pas s'égarer, le Maçon doit sans cesse revenir au rituel. Celui-ci précise : "-La Vérité ET la Parole Perdue". Le Maçon retrouve ainsi la bipolarité évoquée plus haut. Car, pour le Maître Secret, la parole ne peut être que la parole vraie. Parole et Vérité se complètent. Comme se complètent Vérité et Devoir, dans le rituel lorsqu'il explique : " La Vérité est la lumière placée à la portée de tout homme qui veut ouvrir les yeux et regarder la grande route du Devoir." Le "comportement du Maître Secret" passe par une volonté ferme d'allier, dans sa recherche, "parole" et "Vérité". Je l'interprète comme une recherche permanente de l'adéquation entre mes dires et mes actes, entre la réflexion ET l'action. Je comprends ce comportement comme la détermination d'être UN dans la synthèse –harmonieuse- de ma chair et de mon esprit, ces deux pôles d'une même personnalité. Effort, devoir, ascèse intérieure. Humilité aussi. Car, au 4e degré, le Maçon recherche le Devoir "sans songer à une récompense, pour la seule satisfaction de la Conscience." Au plan philosophique, la conscience est la "connaissance intuitive que chacun a de ce qui est bien et mal, et qui le pousse à porter des jugements de valeur morale sur ses actes."2

L'objectif du Devoir du Maître Secret, consiste, à travers sa recherche, à approcher le Bien.

F\Marc Ripoll

1 Claude Guérillot : La Légende d'Hiram. Selon le Rite de Perfection et le Rite Ecossais Ancien et Accepté. Guy Trédaniel Editeur. Paris 2003

2 Le ROBERT.

Source : http://truelle74.blogspot.fr/

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L'évolution du RER au Grade de Maître Ecossais de St André

6 Mars 2015 Publié dans #Planches

Dans la première partie de cette planche, j'ai tenté d'analyser et de vérifier la spécificité du R.E.R., rite chrétien, telle que l'on peut la découvrir, l'approfondir, au cours de l'étude des trois rituels des premiers grades reçus dans loges bleues. Il s'agit maintenant de rechercher, à la lecture et à l'analyse du rituel du dernier grade de Maître écossais de Saint-André, ce qui pourrait confirmer ou infirmer, rapprocher ou différencier, celui-ci de ceux-là, dans le caractère chrétien du rite. Encore que je ne veuille pas tomber dans le travers souvent constaté, dénoncé, d'une simple compilation, il me faut rappeler ici, aussi succinctement que possible, la genèse de ce rite. Dans la correspondance qu'il entretient le 10 septembre 1810, avec son Altesse Charles de HESSE, Jean-Baptiste WILLERMOZ, l'informe du retard pris par la mission que celui-ci lui a confiée de rédiger ce rituel. Il avait été convenu de formuler préalablement les instructions des deux grades de l'Ordre Intérieur, avant d'établir celui de ce 4ème grade de transition, de charnière, de liaison entre les grades reçus dans les loges bleues - compte tenu de l'importance, que de ce fait il revêtait. La réflexion menée par la commission des Frères Lyonnais que Jean-Baptiste WILLERMOZ s'était adjoints, avait pratiquement été menée à son terme, quand ces derniers, éminents notables locaux, furent convoqués et appelés à participer aux États Généraux convoqués par le Roi à Versailles en 1789. C'est donc sur ces bases certes, dont il était le seul dépositaire, qu'alors J.B.W rédigea seul, entre 1804 et 1809, le rituel du grade de Maître Écossais de Saint-André. L'on ne saurait mieux en faire la synthèse, avec celle du rituel qui s'y attache, qu'en citant J.B.W lui-même : « Nous n'avons chez nous qu'un seul grade supérieur et intermédiaire entre les trois grades des loges bleues et l'Ordre Intérieur, dénommé comme je l'ai dit : de Maître Écossais de Saint-André. Notre Maître Écossais retrace et met en action dans sa réception, toutes les grandes époques historiques survenues au Temple de Salomon et à la nation élue : la destruction, la captivité, le retour et le combat de l'autre ; car nous ne perdons jamais de vue les révolutions de ce Temple Unique ni le grand Maître Hiram, tous ces objets sont mis en scène sous les yeux du candidat par divers tableaux, dont la dernière figure le passage de la loi ancienne à la nouvelle, par Saint-André qui quitta son premier Maître Jean le baptiste pour suivre invariablement Jésus-Christ ; ainsi finissent les symboles ». (Les parties soulignées le sont par moi). Sur l'aspect christique du rite, il est par ailleurs écrit en préambule du Rituel du Grand Prieuré des Gaules : « […] privé de la récapitulation magistrale des grades symboliques qu'elle comporte ; privé d'autre part de ce rappel particulièrement précis et solennel du caractère chrétien du Régime Rectifié, en même temps que son œcuménisme, le quatrième grade ne jouerait pas pleinement son rôle de sommet de la Maçonnerie symbolique et de préparation à l'Ordre Intérieur si fortement souligné par WILLERMOZ dans ces lettres ». (Èques a Corona Caduca). Sauf à prétendre pouvoir rédiger un ouvrage intelligent de 400 pages qui en fasse l'analyse exhaustive, ce dont je n'ai ni la compétence ni les moyens, je vais me contenter modestement - au fil de l'eau - lors de la lecture de ce rituel et de ce qui s'y rapporte, de vous faire part des réflexions qu'elles appellent de ma part, (qui sont miennes, n'engagent donc que moi) en espérant susciter chez le lecteur l'envie de les approfondir. Elles ne peuvent, évidemment, qu'être en rapport direct avec l'objet principal et exclusif de la présente quête : l'Évolution (souhaitée, souhaitable ?) du Rite et du Régime Écossais Rectifié, dans sa spécificité chrétienne. D'ores et déjà, l'on peut confirmer sans crainte : à l'évidence il ressort encore plus dans le rituel du 4ème grade que : le R.E.R. est bien un rite chrétien, œcuménique. (Le Robert : « qui se rapporte à l'œcuménisme, mouvement visant à l'union de toutes les églises chrétiennes »). [Et seulement d'elles, si je puis me permettre de le rajouter].

Le grade de Maître Écossais de Saint-André est le lien, entre les grades symboliques de la maçonnerie bleue et l'Ordre Intérieur. Il symbolise en Saint-André, disciple de Jean (le Précurseur) puis celui de Jésus-Christ, le passage de l'ancienne loi - celle des dix commandements donnés à Moïses - à la nouvelle, celle révélée par Jésus : la « Bonne Nouvelle », la Toute Simple, la Belle, sa Loi d'Amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force, et de toute ta pensée, et ton prochain comme toi-même » [(Luc 10.27]. Fermez les guillemets (anglais), point à la ligne. Tout y est dit et tout y est compris. L'Alliance Nouvelle, non plus réservée au seul peuple « Élu », est étendue à tous les hommes du Peuple de Dieu. Par son immolation volontaire, unique et totale, Jésus l'Agneau pascal pur et sans tache, la substitue aux sacrifices expiatoires de l'ancienne loi du peuple d'Israël, pour l'éternité et le rachat de tous les péchés du monde et ceux du nouveau Peuple de Dieu. La lecture du rituel du 4ème grade débute par la préparation du Temple où l'on notera, toujours et encore : Sur l'autel d'Orient, la Bible ouverte au premier chapitre de l'Évangile de Jean. Lors de la réception du candidat, on lui demande toujours de décliner son nom de baptême, son nom civil, ses lieux de naissance et de domicile. Lors de l'introduction dans le Temple pour sa réception, le candidat enchaîné « avec les signes de la servitude, comme étant esclave des passions et des vices qui dégradent l'humanité », va entendre le premier discours du Respectable Député Maître : Il lui indique « pourquoi et comment ce peuple [élu] si privilégié étant devenu rebelle, ayant méconnu la toute puissance qui le soutenait, ayant méprisé les lois qu'il en avait reçues [celles données à Moïse], mérite d'être puni par la perte de ses brillantes prérogatives qui le distinguaient de tous les autres peuples et d'être abandonné à lui-même ». Nabuchodonosor va assiéger Jérusalem, détruire son Temple ; il devient inconsciemment, le bras armé de la justice de Dieu et son exécuteur. Après avoir satisfait aux questions du Respectable Député Maître, le candidat est alors invité à prononcer son engagement d'Ordre : « Je promets sur le Saint-Évangile, devant Dieu et en présence de mes Frères, d'être fidèle à la Sainte Religion que j'ai déclaré professer en entrant dans l'Ordre… » [La religion chrétienne]. Si dans la première partie de la planche, l'on a déjà constaté le caractère chrétien du R.E.R. aux trois premiers grades symboliques de la Maçonnerie bleue, force nous est faite de constater à nouveau, qu'au 4ème grade des loges vertes, intermédiaire entre ceux-ci et ceux qui suivront, ce caractère est affirmé, confirmé sans nuance. Armé de la Force, de la Tempérance, de la Justice et de la Prudence, le nouveau Maître dans un Ordre chrétien, va participer à la reconstruction du nouveau Temple - celui de la nouvelle alliance, celui et celle de Jésus-Christ. Il va retrouver sur la lame d'or précieuse, le mot sacré qui était perdu, et qui lui sera révélé par l'Esprit. Il est donné alors au candidat d'entendre le second discours du Respectable Député Maître, dont on retiendra pour l'essentiel : « Le Suprême Architecte de l'Univers avait voulu punir, châtier mais non perdre entièrement la Nation Choisie - le peuple d'Israël - qui conserva toujours, même dans la plus grande humiliation, le caractère indélébile qui la distinguait de toutes les autres ». Zorobabel va reconstruire le Temple ; Néhémie va envoyer quérir le mot sacré qui avait été perdu, le feu conservé par la Prêtres et leurs descendances, dans le puits qui les recelait. Ils n'y puisèrent qu'une eau souillée, boueuse, épaisse, mais qu'avec confiance il répandit sur l'autel. Aussitôt elle s'embrasa, et consuma ruina l'holocauste (le Robert : « sacrifice religieux sanglant »), celui/ceux de l'ancienne loi, à laquelle est substituée la nouvelle. Dans ce passage du discours, l'on voit bien qu'il s'agit là et maintenant, à ce grade précisément, de la religion chrétienne, celle du Nouveau Testament, dont la filiation directe avec la religion juive reste sans ambiguïté. Les juifs rappellent toujours que Jésus était bien des leurs. Certes, mais nos opinions sur ce point divergent nettement. Dans la pensée juive, Jésus est un hérétique, un révolutionnaire, même pas un prophète, [comme dans l'Islam] ; la religion qu'il prêche n'est qu'un judaïsme faux, édulcoré, décadent de révolté. Le judaïsme récuse inébranlablement : la divinité de Jésus et la messianité du Christ. Alors que pour nous, et avec nous, pour de nombreux penseurs de confession israélite - Spinoza, Bergson - le christianisme est l'aboutissement du judaïsme, son achèvement, sa sublimation. C'est ce qu'ont écrit Saint Augustin, Saint Thomas d'Aquin, Sainte Thérèse et enfin Élisabeth Stein - juive convertie au christianisme - que le Très Saint-Père Jean Paul II vient de béatifier. Après avoir fait connaître au nouveau Maître les signes et attouchements, les mots particuliers du grade, qui lui permettront de connaître et de se faire reconnaître des frères de sa classe, le Respectable Député Maître va lui faire entendre le troisième discours.

Propos d'actualité s'il en est, dont j'extraie l'essentiel :

« Le Temple de Jérusalem est le grand type de la Franc-maçonnerie qui s'est renouvelée sous divers noms, sous diverses formes et à différentes époques. Les Francs-maçons tirent leur origine de ce Temple même. Les révolutions qui lui sont survenues, nous retracent celles qu’ont éprouvées en différents temps l'Ordre des francs-maçons, le plus ancien et le plus respectable qui ne fût jamais. C'est sous ce rapport historique que nous allons poursuivre votre instruction. Pour peu que vous ayez réfléchi sur les causes morales qui ont occasionné les révolutions du type même, vous avez aussi connu [reconnu], celles qui ont dû en produire dans l'Ordre maçonnique et qui pourraient encore en causer la ruine. Dés que le relâchement fût introduit dans l'Ordre maçonnique, dés que l'on se permit d'y admettre des sujets peu disposés à en suivre ses principes fondamentaux, ses règles, sa morale, ses pratiques, on négligea les vertus qu'il prescrit et on introduisit les vices qui avaient jusque-là été relégués dans la société profane. En cet état, l'envie, la cupidité, la calomnie lui suscita de puissants ennemis. « L'unité des principes qui l'avaient fait respecter jusqu'alors avait disparu – Faut-il s'étonner qu'il cessât d'être respecté lui-même lorsqu'il fut déchiré par ses propres membres ? » « Mais comme dans cette douloureuse révolution du Temple, ses fondements furent encore conservés, de même les vrais Maçons qui ont conservé comme Esdras, le Livre Saint de la Loi pour méditer avec fruit, qui ont su que le Feu Sacré n'était pas éteint et pouvait se ranimer encore, cédant pour un temps au torrent des circonstances, ont gardé soigneusement le dépôt précieux qui leur était transmis. Lorsqu'ils ont vu les Maçons égarés se repentir de leurs fautes, à l'exemple des Israélites, et gémir sous les abus qui s'étaient introduits presque partout, alors ils ont fait reparaître dans tous leur éclat ces règles primitives conservées dans leur pureté fondamentale. Mais avant de les publier et pour ne point les exposer à de nouvelles profanations, nouveaux Esdras, ils ont fait ressentir au peuple Maçon la nécessité de se reformer, de purger les loges et leurs travaux, des innovations que le second état de l'Ordre avait introduit d'abus et de systèmes nuls, faux ou dangereux, qui ne tendaient qu'à défigurer de plus en plus le saint but fondamental de l'institution. Alors le temple a été réédifié ; le mot sacré a été retrouvé, et la franc-maçonnerie a repris un lustre nouveau qu'elle conservera tant que les maçons ne perdront pas de vue les principes invariables sur lesquels elle est fondée ». Que le grand Architecte vous entende, et comme le dit mon B.A. et R.F. Lucien G\ « […] qu'il vous inonde de la rosée bienfaisante de sa Grâce ». Sont alors décrits les différents tableaux du grade, dont le quatrième et dernier qui se termine par : « Vous y voyez un carré parfait qui figure l'enceinte de la Nouvelle Jérusalem décrite par Saint Jean l'Évangéliste ; au milieu de cette enceinte une montagne qui figure la Nouvelle Sion céleste, et sur son sommet, l'Agneau Triomphant, avec son étendard blanc et rouge, environné de la gloire qui lui appartient, désigné par les lettres A. D, initiales des mots caractéristiques : Agnus Dei. Au bas du même tableau, vous voyez une figure de Saint André sur la croix, qui caractérise ce patron spécial de la classe à laquelle vous appartenez aujourd'hui. Je vous laisse ici, mon Cher Frère, à vos propres réflexions… ». Si j'ai crû devoir reproduire ici la plus grande partie de ce rituel - au risque de lasser le lecteur - c'est que je crains que le temps qui passe en ait usé le dessin jusqu'à la trame. Sans attendre, sans qu'il soit nécessaire de souligner encore plus le caractère chrétien de ce rituel du 4ème grade (qu'en principe tout Maître Maçon de Saint-André ne saurait, ni oublier, ni ignorer - ni encore moins interpréter), je crois que l'on peut d'ores et déjà, sans grand risque et sans ambiguïté aucune, affirmer à nouveau que : Chez nous en tous les cas, le R.E.R. est bien le Rite spécifique de la Franc-maçonnerie chrétienne, catholique et œcuménique, ouverte à tous les Frères de cette confession, qu'ils soient romains, orthodoxes, réformés, anglicans…et à quelque Église chrétienne qu'ils appartiennent. S'il fallait encore convaincre quelques sceptiques argumentant des Landmarks, de l'universalité de la Franc-maçonnerie, de la tolérance qui la caractérise, reprenons encore et pour la dernière fois, les instructions du grade, dont vous apprécierez l'importance encore et toujours d'actualité : « Malgré tous ces rapports de l'institution primitive avec la religion, les lois maçonniques interdisent expressément dans les loges toutes discussions sur les matières de la religion, de politique, et de toutes sciences profanes. Cette règle est infiniment sage et doit être conservée, car nos loges sont partout des écoles de morale religieuse, patriotique, où l'on apprend à exercer la bienfaisance dans toute son étendue, et non point des écoles de théologie, de politique, ni d'autres objets profanes. D'un autre coté, vu la diversité des opinions humaines dans tous les genres, ces lois ont du interdire toutes discussions qui pourraient tendre à troubler la paix, l'union et la concorde fraternelle… Cependant malgré ces sages réserves, l'Ordre n'a jamais voulu vous laisser penser qu'il fût indifférent en matière de religion. Il vous a souvent prouvé le contraire, car lorsqu'il vous a été présenté pour être admis, par la première des trois questions préparatoires qui vous furent posées il vous fît demander ce que vous pensiez de la religion chrétienne, dont vous aviez déclaré faire profession. L'ordre mon Frère est essentiellement tolérant et ne veut que des déclarations libres. Il considère comme Frères tous les Maçon qui portent le nom de chrétien, et qui ne le déshonorent pas, à quelque communion chrétienne qu'ils appartiennent. « Les tableaux mis sous vos yeux, les explications que vous avez faites et les instructions que vous recevez depuis longtemps, vous font assez connaître pourquoi les juifs, les mahométans et tous ceux qui ne professent pas la religion chrétienne ne sont point admissibles dans nos loges » [sic]. Car il est évident que l'admission d'hommes tant recommandables soient-ils par ailleurs, mais qui ne peuvent donner pour la validité de leurs engagements dans l'Ordre, la seule garantie qu'il exige partout depuis un temps immémorial, serait une contradiction inconcevable dans ses principes et dans sa doctrine. Si un usage contraire s'est introduit dans quelques loges, c'est un abus, c'est une sorte de scandale, qui ne peut être attribués qu'à l'ignorance absolue des principes fondamentaux de l'institution maçonnique [sic]. Certes vos Frères qui vous ont instruit précédemment, vous ont dit alors privément, nous le disons aujourd'hui tout haut et sans mystère, parce que le moment est venu de le dire : - Oui ! L'Ordre est chrétien, il doit l'être, il ne peut admettre dans son sein que des chrétiens, ou des hommes bien disposés à le devenir de bonne foi ». Craignons que le temps qui passe ait pu faire oublier chez les meilleurs d'entre nous, le sens, la substantifique moelle des ces instructions et des serments pris sur la Sainte Bible. Je vous ai livré ici le résultat de la réflexion à laquelle m'a invité le Respectable Député Maître qui m'a reçu Maître Macon de Saint André il y a maintenant presque 20 ans, à la seule lumière de ce qui m'a été donné de connaître à travers les rituels des 4 premiers grades du R.E.R., et à la seule reçue aux états des premiers grades de l'Ordre Intérieur.

Conclusion et fin

Ceci posé, d'une manière je l'espère suffisamment claire, il n'en demeure pas moins qu'un problème qui n'est pas nouveau, subsiste. Il ressort d'un constat, peut-être un peu primaire et a priori simpliste - mais bien réel encore de nos jours (Liban, Palestine-Israël, Kosovo, Afrique du Sud, Algérie, Soudan, Indonésie, Érythrée, Zaïre…ET Irlande) - que les Religions (avec un grand « R »), n'ont apporté à notre société humaine, que dissensions, oppositions, heurts, le plus souvent alimentés, sous-tendus par l'intérêt, et la conquête du pouvoir [pour ne pas dire toujours, ce qui à mon sens ne pourrait les disculper même partiellement]. Par Religions avec un grand « R », entendons les Religions Révélées, celle reçues par la Parole : « Tu es heureux, Simon fils de Jonas ; car ce ne sont ni le sang, ni la chair qui t'ont révélé cela, mais c'est mon Père qui est dans les cieux ». Elles sont chronologiquement, et se veulent être par ailleurs : - Dans le judaïsme : la Révélation est de tradition abrahamique ; par son père Abraham, elle est la mère de toutes les autres, et première d'entre elles, elle ne souffre pas que l'on conteste sa primauté. Les dix commandements donnés verbalement à Moïse doivent prévaloir, et depuis 20 siècles ils fondent la loi juive écrite dans le Pentateuque, et la loi orale consignée dans le Talmud ; telles quelles et depuis, les exégètes de la Bible continuent toujours à en faire la critique et l'interprétation, dans l'espérance messianique, jusqu'à la fin du temps. – Dans le christianisme : la Révélation est la Parole Vivante même de Dieu ; dans l'incarnation du Dieu-Homme, Jésus le Christ - engendré non pas crée, de même nature que le Père, par Lui elle nous est délivrée. Elle a précédé la Création de l'Univers par le Verbe, par Dieu ; […] « Dieu dit que la lumière soit et la lumière fût, et Dieu vit que la lumière était bonne ». Elle sera rapportée, dite, vécue, parlée, méditée par les siens, avant d'être consignée par écrit dans les Évangiles. Jésus prêche un œcuménisme affirmé, l'unité profonde de la famille chrétienne, dans laquelle il veut voir les prémices de la réconciliation universelle accomplie dans/par son sacrifice suprême ; dans sa loi d'Amour entre eux, les chrétiens devraient convaincre les non-chrétiens de se joindre à eux, de parvenir à la foi, de se rallier à son église. – Dans l'islam : le Coran pour les musulmans, est la Parole incréée de Dieu. Il joue le rôle de l'incarnation dans le christianisme et de l'espérance messianique dans le judaïsme orthodoxe. Il/elle est la liaison entre l'incréée et la création. Comme tel, il est intraduisible - tous les musulmans du monde prient dans sa langue originelle - l'arabe classique - alors que la Bible est le Livre le plus traduit de l'histoire du monde. Dieu est invariable, indescriptible, ineffable, inimaginable (non reproductible puisque ineffable), innommable autrement que par le biais des 99 adjectifs qualificatifs qui sont attribués à son Nom que l’on ne peut évoquer. Comme Moise, Mohamed l'a reçue et délivrée. Venant en dernier des porte-parole de Dieu, ses adeptes nous assurent qu'il vient affirmer, rétablir le message divin dans ce qu'il a été ou mal reçu, ou déformé par les « infidèles ». Ces Églises sont sûres de leur primauté, de leur meilleur et bon droit ; l'on n'a pas à imaginer les malheurs et les souffrances qu'elles gênèrent - l'histoire passée et celle de tous les jours nous en apportent notre lot quotidien. Intrinsèquement dogmatiques, péremptoires de nature, elles ne souffrent pas longtemps le dialogue, et ce d'autant moins comme je l'ai précédemment souligné, qu’elles sont toujours sous-tendues par des intérêts politiques, économiques et quelques fois racistes - ce qui n'arrange rien. Certes, l'étroitesse de leurs convictions doctrinaires, sûrement source d'intolérance, empêche, éloigne - tout au moins rend plus difficile - le rapprochement de ce qu'il devrait y avoir de profondément commun entre toutes les religions : l'amour des hommes entre eux, de quelque confession qu'ils soient. Mais de là à dire, qu'une nécessité de dialogue entre tous les hommes de religions ou de confessions différentes, implique de facto une réduction immédiate a minima de l’une et pas des autres, il y a un pas ; qu'il faille que pour ce faire, nous les chrétiens, dussions tirer un trait sur ce que nous avons de plus précieux : la foi par fondement, (le Robert : « le fait de croire à un principe par une adhésion totale, profonde de l'esprit et du cœur qui emporte la certitude »), immédiate et sans mélange, en la seule parole que Dieu fait homme soit venu nous apporter, il y a un abîme (pour moi, en tous cas). Le dogme ecclésial, aussi pénible soit-il à admettre, aussi dangereux et néfaste fusse-t-il dans ses œuvres, est un pas nécessaire vers l'acceptation à terme, par et après la compréhension de cette parole. Ne serait-ce que parce qu'elle est un Nouveau message, une Nouvelle Alliance, une Révélation (le Robert : « phénomène par lequel des vérités cachées jusqu’alors, sont révélées aux hommes d’une manière surnaturelle »). donc avec tout ce que ce terme entend. De là à imaginer, à penser (je suis ? <=> je pense !), à rêver dans une béatitude « rousseauiste-voltairienne », d'une société sans Religion (avec le grand « R » de Révélation), il n'y a un pas déjà franchi par d'autres, avec le succès et les résultats que l'on sait ; auxquels je me refuse et auxquels je ne vous invite pas. Un exemple nous en est donné par le « Réseau Voltaire » des affidés d'une Obédience non reconnue, dont le propre dogmatisme, l'intolérance, l'aigreur et l'acharnement qu'ils mettent à combattre toute Religion dans ce qu'elle a de fondement, toute Maçonnerie Régulière, en ce qu'elle est adossée à une croyance en un Dieu Unique qu'ils ont renié depuis longtemps, est sans commune mesure avec ce que l'on pourrait craindre par ailleurs. Dire, penser à une religion (de relegere : rassembler, ou de religare : relier) sans dogme : c'est déjà dogmatique. Elle aura ses certitudes, ses assurances, ses exigences, les même que celles des Religions auxquelles l'on voudrait la substituer, les mêmes que celles qu'on leurs reproche. L'on a déjà assisté à l'Office d'un Robespierre, célébré au Champ de Mars à la gloire de la déesse Raison ; prêchée avec l'efficace persuasion et la conviction d'un « Maître des Cérémonies » dénommé Guillotin. Je préfère m'abstenir, tenter l'impasse ! Donc, sur le sujet qui nous intéresse depuis l'origine de cette réflexion : faut-il revisiter le Rite Écossais Rectifié, parce qu'il affirme son fondement sur la seule religion chrétienne œcuménique ? « That is the question », [qu'apparemment Anderson ne s'est pas posée], Je dirais volontiers : – « Si sont exclues – et je suis sûr qu'elles le sont – toutes motivations sous-jacentes éventuelles, je n'y vois aucun intérêt évident ». – « Le Rite Écossais Rectifié, est le seul Rite pratiqué dans les Obédiences régulières, qui se réfère à une Religion Révélée précise : le christianisme. Tous les autres Rites et ils sont suffisamment nombreux, y sont largement ouverts à tout homme de Dieu (sans exclusive)- pour peu qu'il soit au moins libre et de bonnes mœurs - où il pourra à loisir s'adonner à toutes recherches de nature à l'élever spirituellement ». – « S'il s'agit de ne rechercher son « salut en maçonnerie » que dans ce type de « religion » (avec un « r » minuscule), il faut s'affilier une Obédience « irrégulière » non reconnue - l'on n'y sera pas seul ; les « frères » d’une d’elles s'y compteraient 40.000 aux dernières nouvelles ; on y prêterait serment sur la Déclaration des Droits de l'Homme (il paraît…), et sur les « Constitutions » (statuts) de l'Association 1901 domiciliée Rue Cadet (ce sont les mauvaises langues qui le disent…) ; j'en connais beaucoup de respectables (égarés…?) Qui s’y plaisent. Certes ils n'y découvrent pas les mêmes options, n'effectuent pas le même parcours, n'ont pas les mêmes objectifs qui sont les miens - ceux que l’ai choisis - et je le pense les vôtres ; ceux qui me satisfont parfaitement et pleinement, au sein de la GLNF et du GPDG ». PS : Si j’avais été sûr de détenir la Vérité, je n’aurais pas employé le conditionnel aussi souvent. Si j’ai pu paraître trop direct - peut-être provoquant aux yeux de certains - ce ne serait que pour susciter une réflexion, une réponse peut-être, un échange de points de vue pourquoi pas ? Permettez-moi de citer J. C BOLOGNE (Les sept Vies de Maître ECKHART) : « Toutes les idées ont été conçues en Dieu de toute Éternité » [celles des autres et…les miennes !].

Bibliographie :

La Sainte Bible. Les rituels des trois premiers grades du R.E.R. commentés – Guigue. Le rituel du grade de Maître Écossais de Saint-André – GPDG. Encyclopédia Universalis. Pierre Chaunu : Ce que je crois - Ed. Grasset. Le Forestier : La Franc-maçonnerie Templière et Occultiste - Ed. Aubier Paris. J.C Bologne : Les sept vies de Maître Eckhart - Ed. du Rocher. Règlement intérieur de la GLNF.

Source : www. ledifice.net

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