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Hauts Grades

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Les ordres de sagesse du rite français - Le corpus des degrés et la spécificité du Ve Ordre

23 Mai 2017 , Rédigé par CL Publié dans #Rites et rituels

Le Grand Chapitre Général de France

Le 2 février 1784, sept Chapitres parisiens de Rose-Croix, souchés sur des loges du Grand Orient, se regroupent pour former le Grand Chapitre Général. Ces Chapitres fondateurs ont pour nom : La réunion des amis intimes, Les amis intimes, Les frères unis de Saint Henry, L’amitié, L’harmonie, Salomon et La Trinité. Le grand Chapitre Général se présente comme une fédération des Chapitres de hauts grades en France : « Lesdits sept souverains chapitres ne se sont et ne sont congrégés que dans le désir et le dessein de former entre eux un grand Chapitre Général qui réunit à perpétuité, en France, sous son régime et sous son gouvernement, tous les souverains Chapitres qui y existent à présent et y existeront à l’avenir, afin de réformer l’Acéphalité qui les caractérise et d’en purger les abus ». Ce texte illustre le caractère anarchique du développement des grades écossais et la pluralité des systèmes mis en place.

Les 81 membres fondateurs du Grand Chapitre Général appartiennent, selon l’historien Matthieu Baumier « à une bourgeoisie de professions libérales essentiellement, physionomie familière dans le Paris maçonnique de la fin du XVIIIème siècle où métiers de justice, de finance et du négoce dominent amplement ». Ils sont porteurs des idées des Lumières et tenants d’une forme de déisme éclairé, de religion naturelle, avec reconnaissance d’un Grand Architecte de l’Univers qui n’est pas un Dieu révélé. Un certain nombre d’entre eux sont officiers du Grand Orient, ce qui leur dénie toute volonté d’indépendance vis-à-vis de cette Obédience. Le 8 avril 1784, l’élection des quinze officiers constituant l’exécutif de la structure portent Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau à la fonction de Président, sous la dénomination de Très Sage et Grand Maître. Il sera réélu à cette fonction le 8 mai 1787. Le rôle assigné au Grand Chapitre Général est celui dévolu précédemment à la Chambre des Grades. Les statuts et règlements généraux arrêtés le 19 mars 1784, prévoient explicitement cinq ordres, ou ensemble de grades:

« Le Grand Chapitre Général renfermera toutes ses connaissances dans cinq ordres.

Le 1er ordre comprendra tous les intermédiaires de la maîtrise à l’Élu. L’Élu en sera le complément

Le 2e ordre comprendra l’Écossais, tous Écossais possibles, et ce qui y est relatif

Le 3e ordre comprendra le Chevalier d’Orient, et ce qui y a rapport

Le 4° ordre comprendra le Rose-Croix, et ce qui y est relatif

Le 5e Ordre comprendra tous les grades physiques et métaphysiques et tous les systèmes, particulièrement ceux adoptés par des associations maçonniques en vigueur ».

Les quatre premiers ordres sont constitués en « conseils » et ont pour vocation de réaliser les cérémonies de passage d’un ordre à l’autre. Les procès-verbaux des réunions desdits conseils témoignent qu’il n’y a pas présentation de travaux symboliques, hormis des discours de l’orateur du Conseil. Le V° ordre est composé de 27 membres, qui composent le « bureau de correspondance, et le comité du Grand Chapitre Général » : toutes les affaires concernant celui-ci sont ainsi envoyées à ce niveau sommital pour y être préparées et discutées à l’effet de lui en rendre compte. Deux classes y sont distinguées : « Attendu que les connaissances provenant des divers systèmes entrainent un travail suivi et des lumières qu’on ne peut acquérir que successivement et à force de zèle et d’assiduité, le 5e Ordre sera subdivisé. Sa subdivision sera de neuf, lesquels seront élus par l’assemblée des membres composant ledit 5e Ordre. […]. Cette subdivision s’occupera essentiellement de classer chaque grade suivant l’ordre auquel il appartient, ainsi que toutes les connaissances maçonniques de telle nature qu’elles puissent être. ».

Le 18 avril 1784, il est procédé à l’élection des membres du V° Ordre : Roëttiers de Montaleau est nommé Président. Il sera réélu à cette charge le 8 mai 1787. Le V° ordre est ainsi une forme d’académie des grades « écossais », ayant pour rôle de classer les grades existants et de réduire en un seul les grades d’une même famille. La codification proposée pour les quatre ordres n’excluait cependant pas la pratique de grades intermédiaires dans certains Chapitres. Les procès-verbaux des réunions du 24 avril 1784 au 4 décembre 1787 ont été redécouverts très récemment par le Grand Orient de France, parmi les archives maçonniques restituées par la Russie. Ils ont été publiés par Pierre Mollier, Directeur du service Bibliothèque, Archives, Musée du Grand Orient de France, dans la revue Renaissance Traditionnelle. Ils confirment le rôle de l’assemblée du V° Ordre comme lieu de gestion administrative du Grand Chapitre Général : préparation des décisions en matière de candidatures, affiliations, passages d’un ordre à l’autre, agrégation de Chapitres, finances et agrément des rituels établis pour les ordres. Il semble, ainsi que l’écrit Pierre Mollier, que les travaux du V° Ordre ne se tenaient pas selon un rituel ou un grade particulier (travaux « ouverts » et « fermés en la manière accoutumée »). De même, aucune cérémonie initiatique n’accompagnait l’élection à cet ordre. On peut en conclure qu’il s’agissait ainsi d’un grade administratif.

Entre 1784 et 1786, le Grand Chapitre Général finalisera la fixation d’un rituel pour chacun des quatre premiers ordres, en prenant appui sur les travaux de la Chambre des Grades : Élu Secret, Grand Élu Écossais, Chevalier d’Orient et Souverain Prince de Rose-Croix. Ces rituels seront imprimés en 1801 dans un recueil intitulé « Régulateur des Chevaliers Maçons ». Les procès-verbaux du V° ordre laissent à penser que Roëttiers de Montaleau aura rédigé lui-même les rituels des premier, deuxième et quatrième ordres. Le Grand Chapitre Général ne fut qu’une parenthèse de l’histoire : dès le 17 février 1786, le Grand Orient décidait qu’il lui serait rattaché. On notera avec amusement l’anagramme donné, plus que tardivement au Grand Chapitre Général par la Chambre des Grades le 4 décembre 1787 : « Granit de l’écharpe ». Était-ce pour fermer définitivement la parenthèse ?

Le Souverain Chapitre Métropolitain

La réunion (ou plus exactement la ré-union) du Grand Chapitre Général au Grand Orient n’intervient que le 2 février 1788. Il est ainsi fait don à la puissance maçonnique alors dominante d’un système de hauts grades structuré (cinq ordres) et de plusieurs dizaines de chapitres implantés en France et dans ses colonies. Aussitôt est installé le « Chapitre Métropolitain », à qui des lettres capitulaires ont été accordées à des fins de régularité. Cette nouvelle structure poursuit les travaux du Grand Chapitre Général avec le même mode de fonctionnement et les mêmes animateurs, Roëttiers de Montaleau restant le Président du Chapitre Métropolitain et du V° Ordre jusqu’à sa mort le 30 janvier 1808. Mais le Chapitre Métropolitain, appelé communément « Souverain Chapitre Métropolitain », n’échappera pas à la tourmente révolutionnaire : ses travaux sont en effet interrompus en avril 1792 et ne reprendront qu’en avril 1797 : « Diverses propositions ont été faites pour le bien et la régularité des travaux du Chapitre Métropolitain et leur rendre le lustre et l’activité si essentiels au bien de l’Ordre en général. Elles ont été renvoyées à une commission. » La lecture des procès-verbaux des réunions du Comité des 27 (exécutif de la structure) révèle cependant des difficultés profondes dès l’année 1800 :

- Problèmes financiers dus à un arriéré important de cotisations des membres du Chapitre Métropolitain ; réunions des conseils des quatre ordres sans décor maçonnique adapté, conduisant le Président, appelé Très Sage, à proposer « pour le bien particulier et la gloire du Chapitre Métropolitain tendant à ce que les séances soient tenues dans les 4 ordres avec le plus de décence et d’apparat possible, en raison de quoi il serait très nécessaire de le pourvoir de tous les vêtements et ornements indispensables à sa splendeur», ce que ne permettaient pas à ce moment les finances de la structure ; chapitres fondateurs en déshérence : « Le T\S\ a encore parlé des chapitres fondateurs ; et après avoir représenté à l’assemblée que la plupart des chapitres se trouvant depuis longtemps sans activité par l’effet des circonstances, il a fait sortir l’importance qu’il y aurait à inviter ceux de l’O\ de Paris à se rapprocher du centre commun en se réunissant au Chapitre métropolitain en remplacement de ceux qui par l’effet des mêmes circonstances ne font plus corps avec lui. » ; pratique de rituels anciens et non reconnus depuis 1786 : « depuis que le G\O\ avait réuni à ses attributions la Maç\ des hauts grades, et avait déterminé ceux qu’il reconnaitrait, divers chapitres de sa correspondance continuaient à travailler suivant l’ancien rite en conservant des grades qui ne font plus partie de la Maç\ française, et en donnant aux ff. : initiés dans leur sein, des mots, signes et attouchements qui ne sont plus en usage au G\ O\ » ; difficultés à établir des Règlements Généraux propres au Chapitre Métropolitain, qui ne seront approuvés qu’en 1804.

Cette même année, le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), né aux États Unis s’implante en France : contrairement au Rit pratiqué par le Chapitre Métropolitain (trois grades symboliques et quatre ordres, chacun d’entre eux étant un regroupement synthétique de grades), le REAA est analytique : il est en effet organisé en 33 degrés (les trois grades symboliques et trente grades au-delà du grade de maître). Il confère des hauts grades au-delà du grade de Rose-Croix, grade terminal du Rit (qui sera dénommé quelques années plus tard Rite Français pour être distingué du REAA). A quelques exceptions près, le patrimoine maçonnique utilisé par les deux rites est le même, piochant dans les hauts grades développés en France à partir de 1740. Fidèle à sa volonté de contrôler la franc-maçonnerie, le Grand Orient crée en son sein le 21 juillet 1805 un Grand Directoire des Rites, « composé d’autant de membres qu’il y aura de rites ». La riposte ne se fera pas attendre : le Rite Écossais reprit son indépendance, en termes d’administration des grades supérieurs au 18ème degré.

Le Souverain Chapitre Métropolitain se devait de réagir, afin de maintenir le positionnement du Rit ancien Pour cela, il lui fallait tout à la fois désigner pour chef suprême du Rit le Grand Maître du Grand Orient de France, Cambacérès, se réorganiser et se positionner en termes de hauts grades au-delà de celui de Rose-Croix. Le premier point fut acquis lors du Comité d’administration du 17 avril 1807, les deux autres l’avaient été par des décisions prises à l’assemblée générale du 20 décembre 1806 :

« Le Très Sage [Roëttiers de Montaleau] a fait plusieurs propositions, toutes tendantes au bien général de ce Respectable Atelier Chapitre Métropolitain et à ranimer l’activité de ses travaux par les motifs les plus propres à le faire remonter à sa première splendeur. Le premier moyen qu’il a proposé, a été de passer l’éponge sur l’intégralité de l’arriéré des cotisations, en convertissant cet objet en un don gratuit librement offert, et à réduire cet objet pour la suite à une cotisation annuelle de 6 francs, payables d’avance. [….]. Le Très Sage a fait observer que les circonstances paraissant exiger de faire connaitre au G\O\ que le Chapitre professait des connaissances maçonniques jusqu’à 81 degrés distribués par séries et renfermés dans cinq ordres et que jaloux de contribuer à repousser l’abus de les prodiguer, l’invitait à organiser des chapitres supérieurs qui ne conférassent les hauts grades au-dessus de ceux sous le titre de Rose-Croix, que jusqu’à un degré limité. »

La nomenclature de 81 grades du Chapitre Métropolitain est ainsi fixée : neuf séries de neuf grades classées par famille (voir dernier chapitre). Le V° ordre exerce enfin (mais un peu tard) le rôle qui lui avait été dévolu dès 1784. Cela est acté par ses propres statuts approuvés en décembre 1807, aux termes desquels il est structuré en deux classes. La première est composée d’un conseil de neuf membres, « gardien des cahiers maçonniques, des règlements et archives du Chapitre Métropolitain » et « possédant les plus hauts grades ». Il faut comprendre que ce conseil avait vocation à réunir les porteurs des grades sommitaux des divers systèmes maçonniques du Grand Orient, et à conférer lesdits grades. Les cahiers des 81 grades sont déposés dans une arche à deux clefs, établie au lieu des séances du Conseil des IX. On ne sait si le projet ultérieur du Frère Gastebois père de faire des IX une classe d’ « Initiés dans les profonds mystères » aura pu être concrétisé. Un rituel de ce grade (62ème de la nomenclature) semble le confirmer, puisque l’un de ses exemplaires comporte la mention « dernier grade du 5ème ordre du Souverain Chapitre Métropolitain ». On notera avec intérêt que ce grade était le dernier du Rite en 33 degrés du comte de Clermont daté de 1768. Dans ce rituel, l’un des mots de reconnaissance est « Panapotheon » (que l’on peut traduire par élevé au plus haut niveau). Une deuxième classe, dite des Prosélytes, est composée de 27 membres nommés par le conseil des IX. Elle n’est convoquée que pour procéder à des réceptions de Prosélytes ou pour communication des lumières contenues dans les huit premières séries, la neuvième étant réservée à la classe des IX. Les rituels de cette dernière série appartiennent à la tradition hermétique, vraisemblablement peu compatible avec le rationalisme encyclopédique des dirigeants du Chapitre Métropolitain.

Cette forme de confiscation de la connaissance nous interroge. Les Prosélytes étaient-il jugés ne pas avoir les connaissances suffisantes pour appréhender ces sujets ? Fallait-il dérober aux yeux du « vulgaire » un patrimoine dérangeant, issu de la tradition hermétique? Une réponse peut être donnée par la vocation des membres du Conseil des IX d’être porteurs des grades sommitaux des divers Rites. On remarquera par ailleurs la procédure de recrutement des Prosélytes, qui doivent avoir déposé au conseil des matériaux dignes d’être déposés dans l’arche et des réponses à des « proponenda» communiqués à l’avance :

1° pourquoi la voute de nos Loges est-elle décorée par l’image de la lune, du soleil et des étoiles ?

2° pourquoi prenons-nous le nom de francs-maçons ?

3° quelle est l’allégorie cachée sous la figure du Triple Triangle, bijou des officiers du Grand Orient ?

4° pourquoi les nombres 3, 5, 7, 9, 21, 27, 81 sont-ils particulièrement adoptés en Maçonnerie ? »

L’énoncé de ces sujets démontre à l’évidence que leur niveau initiatique est limité aux grades symboliques au sein des chapitres du début du XIXème siècle. Il ne se déroule en effet dans les conseils des quatre ordres toujours pas de travaux symboliques, hormis les réceptions. Les passages d’ordre s’effectuent par ailleurs dans des délais parfois très rapprochés. L’entrée dans la classe des Prosélytes se fait par la réception au grade de Chevalier du Soleil, dernier grade de la 8ème série. Pierre Mollier a recensé 80 cahiers de ce grade copiés au XVIIIème siècle et répartis en trois familles. De par la multiplicité des rituels, l’auteur voit dans le Chevalier du Soleil « un grade à géométrie variable : double enseignement, permettant plusieurs utilisations du grade selon la sensibilité et l’objectif de ceux qui le pratiquaient, Ce grade témoigne de par son contenu double, de l’ancienneté de 2 courants marginaux au 18° : FM « philosophique », cad déiste et rationaliste, et FM hermétique, mais qui se pérenniseront dans la FM française ».

Ce grade traduit le stade ultime de l’initiation., soit par la réalisation du Grand Œuvre Philosophique dans les rituels hermétiques : « il faut pour y parvenir avoir écrasé le serpent de l’ignorance mondaine, et extirper de son cœur jusqu’aux moindres racines du préjugé et de l’erreur pour être admis au nombre des enfants de la vérité », soit par la volonté de « dépouiller le vieil homme, secouer les préjugés, enfants de l’erreur, voir la vraie lumière, et chercher la vérité » dans les rituels philosophiques. Les notes de Gastebois père nous éclairent sur le rituel utilisé pour la réception au V° ordre : « conférer le grade de Chevalier du Soleil, suivant le cahier du Sublime Elu de la Vérité ». Son analyse permet de le classer sans ambigüité parmi les rituels philosophiques.

Le V° ordre, structuré pour la première fois fin 1807, fonctionne sans Roëttiers de Montaleau, décédé le 31 janvier 1808. Les procès-verbaux des réunions du 18 décembre 1807 au 1er juin 1813 retracent des travaux consacrés pour leur plus grande part à la réception de Chevaliers Rose-Croix dans la classe des Prosélytes. Quelques débats se tiennent encore « sur le mode à adopter pour faire reprendre au Rit ancien le lustre qui lui appartient, par la collation des grades supérieurs qu’il possède au-delà de celui de S\ P \ CH\ R\C \ », confirmant la préoccupation de positionnement par rapport au Rite Écossais.

Quant aux procès-verbaux des assemblées de 4ème ordre du 1er semestre 1814, ils font état d’une stagnation des travaux du Chapitre Métropolitain et d’une situation de quasi faillite de la structure, les loyers impayés la contraignant à restituer le 1er janvier 1815 les locaux à leur propriétaire, avec archivage des effets du V° ordre. A la même époque, le Grand Orient de France décide de reprendre l’administration de l’ensemble des hauts grades sous sa coupe Un Grand Consistoire des Rites sera installé fin 1815, qui deviendra le Grand Collège des Rites en 1826. En 1823, le Chapitre Métropolitain renoncera à son titre et choisira de s’intituler Chapitre des Gaules la patente du 30ème degré du Rit Écossais Ancien et Accepté lui étant accordée à cette occasion.

Le V° ordre cessera ainsi toute activité à la Restauration qui interviendra en avril 1814 avec l’avènement de Louis XVIII, avant d’être réveillé à la fin du XXème siècle, mais cela relève d’une autre partie de son histoire…

C L

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Brian Boru : roi d'Irlande et grand guerrier

19 Septembre 2014 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

Les effets néfastes des invasions vikings sur l'Église d'Irlande ne doivent pas être exagérés, puisque les centres monastiques de cette dernière, par ailleurs extrêmement politisée, pâtissaient autant des saccages causés par les rivalités des rois irlandais que par les assauts de ces Vikings.

Les "hommes du Nord", ainsi qu'ils se désignaient eux-mêmes, apportèrent à la vie irlandaise de nombreuses et positives contributions. Ils fondèrent les premières villes, initièrent les Irlandais à l'usage de la monnaie et à leurs techniques navales supérieures. Certains de leurs établissements se transformèrent en villes florissantes qui développèrent le commerce de l'île et firent connaître nouveaux styles et nouveaux décors à ses artistes et ses artisans. Dublin devint l'un des ports les plus prospères d'Europe occidentale.

Les hommes du Nord gouvernaient en général l'arrière-pays de leurs cités, ce qui les conduisait à supplanter certains petits royaumes locaux. Leur suprématie sur le Munster contribua peut-être au déclin de la dynastie régnante des Eôganachta au profit des chefs des Dal Cais, qui contrôlaient la région stratégique du bassin inférieur du Shannon. Le premier de ces rois qui parvint à un réel pouvoir fut Cennétig mac Lorcàin, roi de Thomond (le nord du Munster) à sa mort en 951. Lui succéda son fils Mathgamain, qui imposa sa loi à l'est du Munster et aux Vikings de Limerick et Waterford. Lorsque Mathgamain mourut en 976, son frère Brian Boru monta sur le trône. On le considère comme le plus grand des hauts-rois d'Irlande.

Brian se hissa rapidement sur la plus haute marche du pouvoir, éclipsant les Eoganachta, ses rivaux, pour se proclamer roi du Munster tout entier. Il représentait dès lors une menace pour le haut-roi d'Irlande en titre, Màel Sechnaill mac Domnaill, de la tribu des Ui Néill du Sud, qui le reconnut roi de la moitié Sud de l'Irlande (Leth Moga), en 997, avant de se soumettre, en 1002. Brian entreprit, à partir de 1005, d'asseoir sa souveraineté sur l'île en se couronnant "empereur des Irlandais". La révolte des hommes du Leinster et des Vikings de Dublin, auxquels se joignirent d'autres Vikings de Man et des îles occidentales, provoqua en 1014 la bataille de Clontarf, grande victoire pour Brian Boru... qui y périt cependant.

Il laissait une oeuvre considérable. L'Irlande du début de l'époque médiévale ne possédait pas de monarque capable de régner sur l'île tout entière ; les Ui Nèill, qui en dominaient la moitié nord (Leth Cuinn) parvenaient souvent à contraindre les différents rois de province à se soumettre. Brian Boru, en se couronnant haut-roi de toute l'Irlande, mit fin au monopole des Ui Néill sur le titre. D'autres, au cours des générations suivantes, tentèrent de suivre son exemple, mais aucun ne réussit à l'égaler.

CHRONOLOGIE

La relative prospérité de l’Irlande ne peut que susciter l’intérêt des Vikings. Leurs razzias vont bientôt terroriser le pays, dont les chefs sont incapables d’assurer la protection, et entamer la richesse des monastères insulaires, cibles privilégiées des hommes du Nord. Mais en s’installant puis en s’assimilant progressivement à la population locale, les Norvégiens et les Danois ne tardent pas à tisser des réseaux commerciaux maritimes qui ajoutent à la prospérité d’une économie jusqu’alors largement pastorale. Dublin devient, en ces temps obscurs, l’un des ports les plus actifs d’Europe occidentale.

795 : Première apparition des Vikings qui attaquent notamment Iona. Chaque printemps marque bientôt le retour de ces raids de pillage, avant que les pirates ne fondent des bases permanentes, points de départ de fructueuses expéditions vers l’intérieur. L’infériorité de l’armement, le manque d’unité politique et la rivalité entre les O’Neill de Tara au nord et les Eoghan de Cashel au sud ont raison de toute velléité de résistance de la part des populations gaéliques. La crainte s’empare de l’ensemble de la population, comme de ce moine qui écrit : "Le vent est farouche cette nuit. Du moins les guerriers sauvages de Norvège ne courront pas les mers d’Irlande."

806 : Les moines d’Iona abandonnent leur île, trop exposée aux pillards, pour Downpatrick et Kells.

830 : Torgeist, un chef norvégien, saccage Armagh.

841 : L’une des bases d’opération des Norvégiens, située près d’un gué de branchages sur la Liffey, devient Dublin. Les Vikings sont ainsi les fondateurs des villes dont l’Irlande était jusqu’alors entièrement dépourvue. Dans les années suivantes naissent Waterford à l’embouchure de la Suir, Cork près de l’embouchure de la Lee, Limerick près de celle du Shannon…

848 : Mael-Sechnaill, haut-roi (ard ri) d’Irlande, écrase une armée viking à Forach dans le comté de Meath.

IXe siècle : Formation d’alliances généralement peu durables entre les roitelets locaux et les Scandinaves, marquant un premier pas vers la fusion. C’est à cette époque que s’élèvent les fameuses tours rondes en pierre, qui servaient sans doute d’abri et de réserve en cas d’attaque.

900 - 908 : Cormac Mac Culinan, roi-évêque de Cashel, rédige le plus ancien dictionnaire comparé européen de langue vernaculaire.

902 : Les Vikings sont chassés de Dublin avant de s’y établir de nouveau quelques années plus tard.

908 : Bataille de Belach Mughna qui voit la victoire des O’Neill de Tara au nord sur les Eoganachta de Cashel au sud.

914 : Seconde vague d’invasions vikings, davantage concentrée dans le sud, autour de Waterford.

967 : Brian Boru, roitelet d’un tuath du Munster, chasse les Danois de Limerick avec l’aide de son frère, Mahon.

976 : Brian Boru devient roi de Cashel et entreprend la conquête du Leinster.

999 : Brian Boru défait les hommes du Leinster à Glenn Mama.

1002 : Brian Boru oblige le ard ri Malachy II à lui céder la dignité suprême, avant de se proclamer "empereur des Irlandais". Pour la première fois depuis cinq siècles, la couronne de ard ri échappe à la famille des O’Neill.

1014 : L’épouse répudiée de Brian Boru forme une coalition contre lui. Profitant de ces querelles internes, les Danois débarquent en Irlande, dans l’idée de mettre un terme à la tentative d’unification qui menace la sécurité de leurs bases. La bataille de Clontarf, le 23 avril, marque la défaite des Scandinaves et de leurs alliés du Leinster. Mais Brian Boru est assassiné dans sa tente par un fuyard au moment du triomphe. Désormais néanmoins, les hommes du Nord n’allaient plus constituer une menace et allaient progressivement s’assimiler à la population irlandaise.

1014 - 1022 : Les O’Neill reprennent le titre d’ard ri.

1022 - 1103 : Les descendants de Brian Boru, les O’Brien, occupent la dignité de hauts rois, toujours disputée avec les O’Neill et les O’Connor, rois du Connaught. La confusion politique la plus totale règne en Irlande jusqu’en 1070, aucun roi de province ne réunissant assez de puissance pour soumettre ses ennemis et rendre quelque légitimité au trône.

1052 : Le roi du Leinster chasse le dernier roi scandinave de Dublin, qui devient la capitale effective du pays, en supplantant définitivement Tara.

1072 - 1086 : Le petit-fils de Brian Boru revendique la royauté suprême.

Source : http://www.theatrum-belli.com

Commentaire : l’histoire de Brian Boru est utilisée dans le rituel de l’Order of Eri un side-degree. Un de mes ancêtres O’Kelly a pris part à la bataille de Clontarf en 1014.

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Willermoz roturier : une première explication

22 Juillet 2014 , Rédigé par mcyvard Publié dans #Rites et rituels

 

Pourquoi, lorsque l'on a les moyens financiers d'être anobli ne pas acheter une charge qui offre cet anoblissement ? revoyons la hiérarchie de base : écuyer, la pire des situations
enviée par le bourgeois, méprisée par ceux qui sont nés et puis, il y a écuyer et écuyer
il faut être "écuyer" dans une famille qui a déjà pris rang dans la noblesse, soit en servant au palais, soit en servant à l'armée ou dans la justice... pour commencer à recevoir un début de reconnaissance donc, pour écuyer que l'on soit et officiellement, on n'aura pas plus
d'accès à la noblesse véritable pour autant chevalier, pas mieux
et ceux qui estiment que les premiers maçons furent adoubés par un  chevalier à la chevalerie sont dans le même cas que ceux qui se font  adouber dans un hôtel par un noble titré et reconnu parfois par amitié. Soyons sérieux, en plus de l'adoubement qui ne fait pas le sang bleu, le rang est nécessaire, rang qu'il faut pouvoir tenir.
J'ai sur le mont (localité Hersin Coupigny) de Coupigny l'exemple d'un chevalier qui est allé aux croisades, vivant sur une terre noble, ses descendants devenus simples "cultivateurs" ne réclamaient plus rien de l'état auquel ils pouvaient prétendre en pauvres nobles, mais
préféraient vivre de leurs cultures.
Willermoz est un commerçant qui sait bien que l'achat d'une "noblesse" ne lui permettra plus de commercer s'il veut tenir rang de gentilhomme or, son commerce a du lui paraitre plus important que la noblesse qui ne lui aurait sans doute rien donné de plus que ses charges de grand bourgeois dans sa ville, et par exemple, il aurait pu accéder à une noblesse dite de cloche offerte par les magistratures aux "maires" des villes. S'il ne l'a pas fait, sa famille posait-elle problème, les origines sont parfois importantes pour l'accès à une charge noble de qualité... le prix peut s'avérer dissuasif, même avec une belle fortune. Par ailleurs, ses fréquentations fraternelles devaient lui offrir les mêmes ressources.
Est-ce qu'une noblesse légale lui convenait, à lui? n'était-il pas mieux placé en commerçant qui pouvait vendre ses produits à ses frères nobles?
Final : l'un de ses papiers montre-t-il un intérêt réel pour la noblesse offerte par le roi et ses charges ?

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Portraits de chanoinesses, avec de nouveaux documents sur l'Agent Inconnu

22 Juillet 2014 , Rédigé par Françoise HAUDIDIER Publié dans #Rites et rituels

"Où ai-je appris à écrire ? Dans le Silence d’une retraite, accablée d’une longue maladie et ne considérant qu’un dépérissement prochain. J’ai cru à la batterie qui me surprit et effraya ma raison. Seule, et en présence du Tout-Puissant, j’ai invoqué mon ange gardien, et la batterie m’a répondu. Voilà le commencement. Alors je le confesse, et je me le suis souvent reproché".

Marie Louise de Vallière à Jean-Baptiste Willermoz, 26 Juillet 1806

Nous sommes, tard dans la nuit, le Mardi 5 Avril 1785, Jean-Baptiste Willermoz et deux de ses proches : l’imprimeur éditeur Perisse Duluc et, car on ne le saura jamais, soit Paganucci comptable de son état, soit le lieutenant-colonel Gaspard de Savaron, ces trois personnes, reçoivent ce soir là, une bien étrange visite assortie d’une bien étrange révélation, qui encore aujourd’hui marque le Régime Ecossais Rectifié…

En effet, un messager, qui n’est autre que Pierre-Paul-Alexandre de Monspey se présente à eux. C’est un gentilhomme beaujolais, Commandeur de l’Ordre de Malte, membre de la Loge La Bienfaisance, Loge créée par Jean-Baptiste Willermoz, il est Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (Paulus eques a Monte Alto) et Grand Profès. Il apporte à Willermoz 11 cahiers rédigés par sa sœur Marie-Louise de Monspey dite Madame de Vallière, qui sous l’emprise d’une force extranaturelle et sous l’emprise de ce qu’elle appelle des "batteries", sortes de coups qu’elle reçoit dans son corps, écrit ce qu’un être supérieur lui fait écrire. Ces cahiers sont destinés à Willermoz lui-même, qui dans un premier temps est surpris, mais qui très vite eu égard à la foi qui est la sienne, eu égard à ses croyances et aux pratiques qui lui ont été enseignées par Martines de Pasqually ne peut douter de la véracité de ce miracle, qui de plus tombe bien, dans un contexte où en 1785 son système maçonnique est encore loin d’être stable…

Tout d’abord, parlons de Remiremont, c’est une petite ville de 8000 habitants aujourd’hui, et qui se trouve près d’Épinal. Cette petite ville présente la caractéristique de pouvoir suivre sans interruption, son histoire pendant quatorze siècles, depuis le monastère fondé au début du VIIème siècle dans cette montagne vosgienne, en passant par le plus prestigieux chapitre féminin noble d’Europe du XVIIIème siècle jusqu’à la ville actuelle. Abbesses et chanoinesses, " les Nobles Dames de Remiremont " ont laissé partout dans la ville leur empreinte prestigieuse…

En ce qui concerne l’histoire de Remiremont et de son Chapitre, je vous renvoie bien sur, pour ceux que cela intéressera, à l’article de Renaissance Traditionnelle : "Portrait de Chanoinesses" qui reprend le travail de Françoise Haudidier et vous pourrez trouver en notes, une histoire abrégée de ce même chapitre. Alors, que nous dit cet article, en fait le Chapitre était "une maison d’éducation pour filles qui n’avaient pas forcément la vocation religieuse, qui constituait un refuge pour des veuves, des amoureuses déçues, des princesses sans fortune, mais à qui l’abbaye dispensait à toutes, les honneurs dus à leur rang." Mais revenons à cette étude lorsqu’elle traite des chanoinesses de Monspey, car Mme de Vallière est l’une des ces Chanoinesses.

Elles sont filles du comte Joseph-Henry de Monspey originaire de Vallière en Beaujolais. Vous allez voir dans la présentation des cinq sœurs les difficultés de recherche, car les prénoms des sœurs sont très proches les uns des autres… On apprend de plus, que la seconde, va fonder une sorte, nous dit Françoise Haudidier, une sorte de république pastorale inspirée de l’Astrée ce roman fleuve du XVIIème, donnant pour rajouter un peu plus à la confusion, des surnoms de bergers ou de héros à chacune de ses sœurs ! Confusion renforcée par le fait qu’outre les prénoms ressemblant, le père leur donnera aussi un nom correspondant à l’une de ses terres. On retrouve donc :

  • Marie-Louise de Monspey dite "Eglé de Vallière" ou encore Madame de Vallière. C’est, je dirai, celle qui nous intéressera par ailleurs, elle est l’ainée des cinq sœurs qui toutes entreront au Chapitre et feront preuve à l’image des fameux cahiers d’une foi catholique puissante. Elle nait en 1731, mais n’entrera que la dernière au Chapitre en 1776.
  • Marie-Louise-Catherine de Monspey dite "Bergère Annette" ou "Annette de Charentey", née en 1734 et qui entre au chapitre en 1765
  • Marie-Reine-Aimée de Monspey ou "Laure de Vury", née en 1736 et entre au chapitre en 1766.
  • Pauline de Monspey ou "Pauline d’Arma" devenue chanoinesse en 1772, et
  • Catherine-Elise de Monspey ou "Sylvie d’Arigny" entrée elle en 1775 où elle succombera 7 ans plus tard de brûlures…

Les cinq sœurs passent pour avoir été des poétesses, la Maison de Monspey étant dite "chérie des muses" par Alice Joly, on sait leur intérêt pour la culture et la lecture de l’époque. Ce sont à la fois des bienfaitrices, qualifiées de "Bonnes fées" des pauvres, mais aussi de, on peut le dire avec une connotation qui nous est chère, de véritables "cherchantes", curieuses de tout en ce temps des Lumières. Elles lisent Buffon, "grattent" du côté des expériences de Lavoisier ou de celui des expériences de physique de l’abbé Nollet. Elles portent aussi et surtout, pour nous, un grand intérêt aux sociétés Mystiques Lyonnaises, au sein desquelles : les courants s’intéressant au magnétisme et aux guérisseurs, courants dans lesquels Mesmer, le Marquis de Puysegur et autres Cagliostro occupent une part prépondérante.

Nous l’avons dit Marie-Louise de Monspey entre au chapitre en 1776, elle est âgée de 45 ans, on sait qu’elle ne fait que de courts séjours à Remiremont.

Nous avons donc vu dans la première partie de ce travail, les liens entre Jean-Baptiste Willermoz et l’Agent Inconnu. Nous avons également parlé de l’épisode qui vit la substitution du mot du premier grade Tubalcaïn par Phaleg. Pourquoi sur plus d’une centaine de propositions Willermoz n’a-t-il quasiment retenu que celle là ? Alors intéressons nous de plus près, à la fois à l’aspect historique de cette substitution et bien sur à l’aspect symbolique de ce mot de ce nom devrait-je dire, tant en regard de l’histoire Biblique, de l’enseignement de Martines de Pasqually et de la transmission de cet enseignement par le vecteur Jean-Baptiste Willermoz, au Régime Ecossais Rectifié.

Alors tout d’abord et tout simplement en terme historiques, souvenons nous quelques instants de ce que dit l’Agent Inconnu à Willermoz au sujet de Tubalcaïn : "c’est un nom d’abomination", car Tubalcaïn est "coupable des plus honteuses prévarications", qu’il n’apprit l’art du travail des métaux et la maîtrise du feu que par des voies profanatrices et sataniques. Alors que se passe-t-il lorsque Willermoz reçoit cette injonction de l’Agent Inconnu de changer le mot ? Willermoz se plonge une nouvelle fois dans les Cahiers des Grades maçonniques, ce sont ceux qui avaient été définis au Convent des Gaules en 1778, et confirmés au Convent de Wilhemsbad en 1782. En fait Willermoz parait ennuyé avec cette révélation, on peut penser que déclarer ouvertement ce changement eut été montrer que tout le travail effectué depuis des années, l’avait été sous le sceau de l’esprit pervers. Alors il va tenter la substitution "en douce", arguant que la décision avait été prise à Wilhemsbad, et donc le dimanche 5 mai 1785 le Directoire Provincial d’Auvergne avec à sa tête le Chevalier Gaspard de Savaron officialise la décision. Avant cela Savaron lu la communication de Willermoz en vue de cette substitution, écoutons le Mystique Lyonnais :

"C’est que Tubalcain qui fut fils de Lamech le Bigame et de Stella fut le premier qui ait connu l’art de travailler avec le marteau et fut habile en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer, c’est pourquoi il est appelé l’inventeur, le Père de l’art de travailler les métaux… Mais on n’a pas remarqué que c’est une contradiction de donner à l’apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous ses métaux qui sont l’emblème des Vices. En effet d’un côté on lui apprend que ce n’est point sur les métaux que le vrai maçon doit travailler ; et de l’autre on le met dans le cas de croire que Tubalcain le père et l’inventeur du travail sur les métaux serait le premier instituteur de la maçonnerie élevée. Si Tubalcain fut le fondateur d’une initiation quelconque, on voit quel devrait être l’objet, et le but par ce qu’en dit l’Ecriture, et dans ce siècle où tant de maçons s’occupent de l’Alchimie, un Régime qui en connaît les dangers ne doit pas conserver un nom qui ne s’est perpétué que par l’ignorance, ou le défaut de plusieurs qui n’ont pas aperçu ce rapport et cette inconséquence, et sont encore par là liés à ceux qui s’occuperaient à imiter Tubalcain qui le premier a touché les métaux. Si de cette observation on pousse à l’examen du temps, auquel vécut Tubalcain, on voit que c’est avant le Déluge, fléau par lequel Dieu voulut effacer de dessus la terre les ouvrages des hommes. Tout ce qui remonte à cette époque ne doit pas paraître pur, et l’on doit craindre de tenir à quelques-uns de ceux qui ont attiré la colère de Dieu sur les hommes. Si l’initiation de Tubalcain s’est propagée, elle est impure, et il paraîtra important de rompre tous les rapports avec lui, puisqu’on fait quitter aux maçons tous les métaux, emblème vrai et retenu de tous les régimes, comme pour les séparer… C’est donc après le Déluge au temps de la confusion des langues qu’on trouve la raison de la fondation d’une initiation secrète qui a dû se perpétuer et qui est l’objet de la recherche des maçons. Une étude de la vérité faite dans des intentions pures a conduit à apprendre que c’est dans les documents de Sem qu’il faut chercher la fondation de la vraie initiation. Sem fut béni par Noé et l’on est fondé à croire que Phaleg, fils d’Heber et descendant de Sem, qui fut père de Tous les enfants de Geber, est le fondateur de la seule vraie initiation et ce motif parait déterminant pour substituer au nom de Tubalcain, celui de Phaleg. Cham, maudit par Noé, aura eu son initiation : tout l’atteste, et que son mot de ralliement ait été Tubalcain. Il est l’emblème des vices, et il convient aux enfants de Chanaan qui l’auront transmis ; mais on doit se rappeler qu’il est dit : "- Que Chanaan soit maudit, qu’il soit à l’égard de ses frères l’esclave des esclaves."

Jaloux de descendre de Sem les vrais maçons doivent s’empresser de se séparer à jamais des enfants de Chanaan…" Nous pourrions donc arrêter notre travail historico-symbolique, tellement tout est dit… Mais continuons un peu, et notamment avec la lecture du compte rendu du Directoire qui arrête unanimement, définitivement et pour toujours : "Que le nom de Tubalcain serait supprimé et remplacé par celui de Phaleg dont on donnerait l’explication vraie à l’apprenti, que ce changement aurait lieu pour la première assemblée de la Loge de la Bienfaisance et le plus tôt possible dans celle du district. Qu’à l’avenir il ne sera plus demandé ce mot de passe aux FF visiteurs, parce qu’on ne pourrait pas sans inconséquences les recevoir en donnant un mot proscrit. On se contentera des mots du Grand Orient de France plus secrets que celui de Tubalcain, en usant de tous les ménagements et remplissant les égards que la fraternité commande, ils se retireront et useront en tout de toutes les précautions que la prudence leur suggérera pour ne point blesser les Loges qui ne verraient pas le même danger à conserver ce mot proscrit parmi les frères du district.

Afin que les Loges constituées par le Directoire n’en prétendent cause d’ignorance et ayant à s’y conformer, expédition en forme sera envoyée à chacune d’elles, les invitant à ne point s’écarter sous quelque prétexte que ce puisse être de cet arrêté fait en connaissance de cause, comme aussi à déclarer dans un court délai si elles ont mis en exécution le changement dont il s’agit.

Arrêté que la présente délibération sera envoyée à S.A.S. le Sérénissime Grand Maître Général de l’Ordre, le Frère Prince Ferdinand Duc de Brunswick et à S.A.S. le Sérénissime Frère Prince Charles de Hesse-Cassel, persuadé que ces deux illustres frères de ce district dans le changement de mot de passe s’emploieront de tout leur pouvoir pour le faire adopter dans tous les établissements du Régime. Pareil envoi sera fait à sa grandeur le Maître Provincial du Ressort, le Sérénissime Frère Duc d’Havré et de Croÿ qui a approuvé les délibérations des Directoires, ayant eu communication particulière des motifs qui doivent le déterminer, le priant d’en maintenir de tout son pouvoir l’exécution.

Enfin comme ce changement tend à établir une différence essentielle, dans les recherches de la vérité maçonnique et que le mot de Tubalcain a été conservé sans y avoir fait beaucoup d’attention dans ce Régime, pour qu’il n’y ait point de différence, les autres Directoires seront invités à prendre en considération les motifs ci-dessus allégués, et à cet effet, copie en forme leur sera adressée par le Chancelier Général du Ressort, ce qui fera connaître la raison d‘un changement qui à défaut de motif pourrait paraître arbitraire et trop précipité ; le Directoire d’Auvergne cherchant tous les moyens de rapprochement de la vérité, et à entretenir les liens de fraternité".

C’est signé Willermoz aîné. Et suivi de la mention : "Expédition pour être déposée dans les archives de la respectable Loge de la Triple Union à l’Orient de Marseille, que je certifie conforme et véritable".

Ainsi aujourd’hui encore au Régime Ecossais Rectifié, et depuis 1785, puisque dans le rituel de 1782 il n’apparaît pas encore, "le mot des Apprentis qui leur sert de mot de reconnaissance est Phaleg", c’est ce mot qu’il faudrait utiliser en cas de tuilage par le Maître de Cérémonie. En effet les instructions par demande et réponses nous le rappellent : "c’est le nom du fondateur des bonnes et véritables Loges", mais surtout, il "sert aux Apprentis […] à leur faire obtenir l’entrée en Loge». Nous pouvons poser là le problème du mot de tuilage à répondre lors d’une visite dans une Loge qui ne serait pas rectifiée… Certes le Frère ou la Sœur Tuileur, Couvreur ou Expert garant de la couverture de cette Loge est censé connaître tous les mots de semestres de toutes les obédiences et tous les mots spécifiques de chaque rite, mais nous savons que la perfection n’est pas de ce monde, et souvent afin de faciliter l’accès, il convient de donner le mot d’Apprenti, à savoir pour l’Ordre Rectifié : Jakin. Et c’est ainsi à peu près tout ce que l’on trouve dans le rituel, les instructions, l’instruction morale sur Phaleg…

Nous l’avons vu, l’adoption de Phaleg n’est pas apparue lors d’un Convent, elle n’a été ratifiée par aucune autorité réellement légiférante, ainsi au sein même du Régime Ecossais Rectifié contemporain, il est des courants de pensée, dont Jean Saunier se fit le porte parole, tendant à vouloir supprimer purement et simplement Phaleg pour un retour à Tubalcaïn… Mais encore faudra-t-il avoir l’aplomb de s’opposer à Jean-Baptiste Willermoz…

Enfin, si l’on veut approfondir le symbolisme de ce nom, il nous faut nous tourner vers "la loi qui était conservée dans le sanctuaire du temple, et que tout franc-maçon doit méditer" à savoir la Bible, et sa lecture faite par Martines de Pasqually dont nous le savons, Willermoz fit l’enseignement sous-tendu de notre Régime Rectifié…

Alors voyons qui est Phaleg que l’on rencontre aussi sous la forme Péleg. C’est dans Genèse X et XI que l’on rencontre Phaleg de la lignée de Sem qui est l’un des trois fils de Noé, mais qui surtout appartient à la lignée de Seth dont "la postérité fut nommée enfants de Dieu et non pas enfants des hommes » nous dit Martines de Pasqually. Phaleg est fils de Héber, celui là même nous dit Serge Caillet qui aurait donné l’hébreu. Arrêtons-nous un instant, car nous avons vu et nous comprenons aisément l’intérêt de se démarquer de la lignée Kaïnite porteuse d’un lourd fardeau. De la même manière, si l’on considère comme Chauvet que "le récit du Déluge, correspond à la partie finale, à l’effectuation du monde, qui devait se faire sous le d’Adamqui ayant failli à sa mission, sera remplacé par Noé, qui réalisera la Création telle que l’Eternel l’a voulue", ainsi on comprend aussi pourquoi c’est le Patronage d’un descendant de Sem et non pas d’un membre de la lignée de Cham qui va être choisi. On peut noter également au passage que si l’on prend pour an 1 de référence l’assassinat d’Abel par Caïn que Phaleg nait en 1757, soit 100 ans après la fin du Déluge. Au sujet de Phaleg, les grandes lignes que l’on rencontre dans la littérature, sont les suivantes : le nom tout d’abord selon l’origine hébraïque signifie alternativement : séparer, diviser (FaLaG) ; ruisseau, cours d’eau (FéLeG) ; moitié, fraction (FéLèG) ou enfin cours d’eau, courant, groupe ou à nouveau division, schisme (FéLaGaH), on pourra aussi voir dan la racine Phal la notion d’élection et de germination. La valeur numérique de Pélèg est 113, mais comme j’en suis bien incapable je n’insisterai pas sur les notions de valeurs numériques de type arithmosophie ou de type Guematria liées au nom de Phaleg, d’autres l’ont fait bien avant et bien mieux… Toutefois il est un élément qu’il nous faut envisager à ce point, c’est le lien entre Phaleg et la Tour de Babel dont il fut contemporain, sans en être en aucun cas comme cela peut être écrit parfois, l’architecte. Parlons brièvement de la Tour : on trouve dans la Genèse qu’elle fut construite afin de relier la terre et le ciel, par l’humanité qui devait être unie par une seule et même langue, et en l’occurrence celle d’Adam... Dieu prenant ombrage de cet excès de zèle, multiplia les langues, ce qui fait aussi de Héber nous l’avons vu, le père de l’Hébreux: dans la confusion, les hommes ne se comprenant plus, la construction s'arrêta, et les hommes furent dispersés à la surface de la terre. En fait dans la tradition juive, Phaleg, ancêtre d’Abram qui deviendra Abraham, père des croyants, Phaleg donc, prophétise ce que nous venons de décrire, à savoir la dispersion des constructeurs et ses conséquences… Phaleg est ainsi un rappel de ce que nous devons éviter, mais aussi de ce que nous avons à racheter, comme l’est "adhuc stat", comme l’est la Perpendiculaire, comme l’est l’axe Justice-Clémence Car outre le mystère de la naissance des langues, et épisode nous montre une nouvelle fois une application de la Justice Divine à la suite d’une nouvelle prévarication… En effet, une nouvelle fois nous touchons du doigt les dangers de vouloir se placer à l'égal de Dieu, de le défier par notre recherche de la connaissance. Notons toutefois ici, que cette fois la Chute n’est pas le fait d’une personne, comme Adam ou Caïn, mais d’œuvre d’un collectif, qui n’est ici rien d’autre que l’Humanité… Alors, on nous dit souvent au Régime Ecossais Rectifié, que ce travail sur la Pierre Brute que nous sommes tous individuellement, cette recherche de la Vérité, cette quête de ce qu’il y a dans notre Cœur, va nous aider égoïstement à nous réintégrer plus vite individuellement. J’ai ici la prétention de penser, que quelque part, ce travail individuel de la pratique des Vertus, même si pour quelques uns d’entre nous ne nous permettra pas d’être canonisés, ne sera en tous cas nullement inutile, dans le sens où quelque part il contribuera à la Réintégration, même lente, de l’humanité toute entière.

Source : Renaissance Traditionnelle N°48 – Octobre 1981. p 258 – Tome XII

Commentaires : Willermoz influencé par l’ « Agent Inconnu » ?.... Entre les « opérations » de Martines de Pasqually et les « batteries » de Marie Louise de Vallière il est facile de se perdre… La question est de savoir pourquoi un Frère aussi brillant s’est fourvoyé dans des élucubrations aussi farfelues.

Une autre question : Pourquoi Willermoz, entouré d’aristocrates et possédant des liens privilégiés avec un Duc et un Prince n’est jamais devenu Chevalier à minima ou noble ? Ne me dites pas que c’est parce qu’il ne l’a pas voulu ! Après avoir lu les livres d’Alice Joly et de René Le Forestier, je sais que Willermoz était ambitieux, pour la Franc-Maçonnerie et pour lui-même. Alors qui a la réponse ?

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Prière du 32ème du REAA et "Notre Père" dans nos rituels

21 Juillet 2014 , Rédigé par Rituels maçonniques Publié dans #Rites et rituels

« Notre Père, qui êtes présent partout dans l'Univers que vous avez créé, que nous savons être présent parmi nous, enseignez-nous à vous aimer avec ferveur, à vous servir dignement, à avoir foi dans votre bonté et dans votre sagesse et à espérer dans la destinée future de l'homme!  Puisse votre royaume de paix et d'amour fraternel venir sur cette terre quand vous le jugerez bon et, pendant que nous l'attendons, rendez nous patient et capable de dire sincèrement: "Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel". Faites grandir en nous, ce jour et tous les jours de notre vie, cette connaissance et cette vertu qui sont le pain spirituel de l'âme et, si quelqu'un nous induit en erreur ou nous fait du mal, rendez nous capable de lui pardonner pour que nous puissions sans honte vous demander de nous pardonner comme nous pardonnons à nos Frères. Donnez nous le courage et la patience et ne nous laissez pas succomber à la tentation ni sombrer dans le désespoir! Gardez nous de commettre l'erreur et le mal car nous sommes vos enfants faibles et errants qui ont besoin de votre soutien et de votre pardon. Acceptez notre amour, notre gratitude et notre adoration, et continuez de nous bénir, de nous protéger et de nous aider. AMEN, AMEN, AMEN, AMEN, AMEN.” 

Commentaire : cette prière du REAA me rappelle quelque chose. Et on dit que la Franc-maçonnerie n’est pas chrétienne ! 

A comparer avec celle du Chevalier du Temple (Knight Templar) haut grade maçonnique anglo-saxon :

« Notre Père Qui est aux Cieux, que Ton Nom soit sanctifié, que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite sur la terre comme aux cieux. Donne-nous aujourd’huinotre pain de ce jour. Pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre nous du malin, car à Toi seul appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire pour les siècles des siècles. A -MEN. » 

  • Curieux non ? Surtout si on rajoute celle de Très Excellent Maître Rite York: 

 "Notre Père qui es aux cieux, que Ton Nom soit sanctifié, que Ton Règne vienne, que Ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel, donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour et pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi, à ceux qui nous ont offensés, et ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal, car à Toi seul appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire pour les siècles des siècles. Amen."

Bien évidemment on la retrouve au grade de CBCS du RER :

« Notre Père qui est aux cieux, Que Ton Nom soit sanctifié Que Ton Règne vienne, Que Ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel. Pardonne-nous nos offenses Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé Ne nous laisse pas tomber en tentation, Mais délivre-nous du mal,  Ainsi soit-il ! »

 

Incroyable : REAA, EMULATION, YORK, RER, ça fait quand même beaucoup ! Qui a une explication ?

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Faut-il "marquer les angles" ?

22 Avril 2014 , Rédigé par R DACHEZ Publié dans #Rites et rituels

Une origine anglaise

Cette question est souvent posée car cette pratique, qui consiste à faire un léger arrêt pour former avec les pieds un angle droit lorsqu’on déambule autour de la loge, reçoit souvent des interprétations à la fois abusives et tout simplement erronées.

Il faut d’abord rappeler un fait très simple : l’usage de « marquer les angles » est d’origine purement anglaise – cela se dit « squaring the lodge » – et fut parfaitement inconnu de la tradition maçonnique française pendant tout le XVIIIème siècle, encore au XIXème et même pendant une bonne partie du XXème siècle…

A cette époque, un maçon français ne savait pas ce que signifiait "marquer les angles"...

Et encore, le squaring n’est-il pas universel ni observé de temps immémorial en Angleterre même : on ne le pratique que pendant les pérambulations du candidat, lors des cérémonies de réception aux trois grades, sous la conduite du Deuxième Diacre au premier grade et du Premier Diacre pour les deux grades suivants. En toute autre circonstance, on se déplace librement dans une loge anglaise, sans marquer les angles ni d’ailleurs respecter un sens de déambulation particulier. Dans la plupart des loges – mais pas dans toutes – l’espace central de la loge est d’ailleurs libre, car il n’y a pas de tableau au sol ni de chandeliers ou de colonnes au milieu de la loge. On sait en effet que le tableau du grade, en Angleterre, repose le plus souvent contre le plateau du Deuxième Surveillant, lequel siège au sud – mais c’est un usage que ne prescrit officiellement aucun rituel anglais.

Les meilleurs spécialistes du rituel, outre-Manche, de H. Inmann à Harry Carr en passant par E. H. Cartwright, ont plusieurs fois rappelé que cette façon de se déplacer ne doit pas donner lieu à des mouvements mécaniques qui confinent au grotesque. Il s’agit, soulignent-ils, de marquer avec un peu de gravité la solennité des cérémonies et non de singer on ne sait quel exercice militaire ou de se livrer à des contorsions inesthétiques. Il semble en fait que le squaring ne se soit vraiment répandu en Angleterre qu’après l’Union de 1813 qui a tendu vers une certaine standardisation du rituel, avec la montée en puissance de loges d’instruction comme la Loge de Perfectionnement Emulation de Londres, raffinant toujours davantage et visant à une perfection formelle toujours plus grande. Les auteurs anglais signalent aussi que certaines loges ont tendance à étendre le squaring mais que tout abus en ce domaine est à proscrire. Dans nombre d’autres cérémonies maçonniques que celles de réceptions aux trois grades (dédicace de locaux maçonniques, consécration de loges) on peut aussi observer à l’occasion de tels déplacements « à l’équerre ». Encore une fois, la tendance anglaise est de privilégier la retenue et de ne pas en faire un système.

La pratique de marquer les angles n’a en tout cas jamais fait partie des usages maçonniques français, ni dans le Rite Français – le plus ancien dans notre pays, dérivant du système de la première Grande Loge de 1717, introduit en France vers 1725 – ni dans le Rite Écossais Rectifié, très précisément codifié à la fin du XVIIIème siècle avec un grand raffinement rituel, toujours pratiqué de nos jours, et qui l’ignore absolument. On pourrait encore citer d’autres Rites disparus.

Une ancienneté … très récente !

La question se pose alors : quand et pourquoi a-t-ton introduit cet usage en France ? La plupart des textes demeurent muets mais il est assez facile de déduire que, comme beaucoup de pratiques rituelles jugées « très anciennes » dans certains Rites – comme le REAA notamment –, cela ne remonte guère au-delà des années 1950…

A cette époque la maçonnerie française, se relevant difficilement du traumatisme de la guerre, a commencé une réflexion sur elle-même, tant à la Grande Loge de France qu’au Grand Orient, les deux Obédiences alors très largement dominantes. Une volonté de « retour aux sources » s’est manifestée un peu partout et elle a pris des formes très diverses. On peut en donner quelques exemples.

La Bible, qui avait disparu de l’immense majorité des loges de la GLDF, fut de nouveau rendue obligatoire en 1953, et l’année précédente, un nouveau rituel y avait introduit l’allumage rituel des flambeaux, ce qui ne s’était jamais vu au REAA. Mais le GODF ne fut pas en reste : dès le milieu des années 1950, alors même qu’on publie le rituel « Groussier » qui marque un retour vers des formes rituelles plus substantielles dans le Rite Français, un petit groupe de Frères, sous la conduite éclairée de René Guilly, y commence un travail d’archéologie maçonnique qui devait aboutir au Rite Moderne Français Rétabli – devenu ensuite le Rite Français Traditionnel – visant à retrouver les formes symboliques, et plus encore l’esprit, de la première maçonnerie française du XVIIIème siècle.

Le fait de marquer les angles, du reste non documenté dans les rituels de cette période, a dû apparaître en même temps, sans aucun doute d’abord à la GLDF, déjà soucieuse de « régularité » et songeant à copier certaines pratiques anglaises jugées plus « traditionnelles » – sur un fond de solide méconnaissance des antécédents historiques de ces pratiques…

Avec la foi des convertis, on est même allé bien plus loin que les Anglais, qui ont pourtant inventé le squaring : on s’est mis à l’utiliser pour tout déplacement en loge, et naturellement en dehors des cérémonies elles-mêmes. On a même vu, par la suite, des loges du GODF, suivant pourtant la tradition purement continentale du Rite Français, se mettre à l’adopter par « rigueur rituélique » !

Trêve de fraternelle ironie : c’est incontestablement un usage qui peut donner une certaine dignité dans les travaux, et c’est pour cela qu’il a été inventé. Il a été introduit originellement pour rappeler au candidat qu’il « trace » la loge par son parcours symbolique lors de sa réception aux différents grades. Si l’on veut en faire un usage constant, pourquoi pas ? Mais à condition de comprendre et de ne pas oublier qu’il s’agit d’une convention récente, que toute la tradition maçonnique française, depuis ses origines, s’en est passée, et qu’en ce domaine tout zèle intempestif risque fort de produire un effet contraire à celui qu’on recherchait…

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/rites/

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Rite York : Lecture historique et symbolisme du Grade de Maître

21 Février 2014 , Rédigé par Rite York GLNF Publié dans #Rites et rituels

V.M. L'histoire Sainte nous apprend qu'il a été décidé, par le Conseil des Infiniment Sages qu'un Temple devait être bâti à Jérusalem, et qu'il serait érigé à la Gloire de Dieu, et dédié à son Saint Nom. Le Grand Honneur et le Distingué Privilège d'accomplir cette tâche sacrée échut à David, Roi d'Israël, car, nous enseignent les Saintes Écritures, il avait accompli d'innombrables guerres et fait en abondance couler le sang de ses ennemis. Nous apprenons aussi, d'après la même source sacrée, que le Dieu d'Israël avait promis à David, que de ses reins sortirait la graine de celui qui serait son serviteur. Cette promesse divine et mémorable fut par la suite accomplie par Salomon, par sa carrière et par sa prospérité splendide et inégalée. Après que le Roi David eût rejoint ses pères, et que les derniers honneurs eussent été rendus à sa mémoire, Salomon maintint le sceptre d'Israël, la paix régna dans ses frontières, et les enfants d'Israël purent contempler avec une particulière satisfaction les résultats de sa sagesse, qui fit l'étonnement et le respect du monde.            Dans le second mois de la quatrième année de son règne, Salomon commença la construction de l'édifice, dont les difficultés d'exécution avaient été imaginées pour susciter l'étonnement et l'admiration des générations futures. Il était situé sur le Mont Moriah, à proximité de l'endroit ou Abraham était sur le point d'offrir à son fils Isaac en sacrifice, là où David avait rencontré et apaisé l'Ange Exterminateur, et était visible depuis l'aire de battage de Ornan le Jebusien. Dans le même temps le Roi Salomon reçut une lettre de félicitations d'Hiram, Roi de Tyr, qui lui offrait tout ce qui était en son pouvoir pour l'assister, et lui manifestait son fervent désir de participer à la gloire du Trône d'Israël. Ainsi progressait la construction de l'édifice, sous la direction de notre ancien G.M. opératif H.A., avec l'aide de H.R.d.T. Il était bien proche d'être terminé quand quelques ouvriers, désireux d'arracher au G.M.H.A. le mot secret de M.M., l'assassinèrent. Ainsi, pendant une courte période, la construction de l'édifice fut interrompue. Nous vous avons déjà raconté dans la deuxième partie de ce degré, la conspiration des 3 scélérats et des douze comp., la recherche et la découverte finale du corps de notre G.M.H.A. Les Saintes Écritures nous apprennent ensuite comment les restes de notre G.M.H.A. furent relevés de leur humble lieu de repos, emmenés en grande pompe jusqu'au Temple, et déposés aussi près du Saint des Saints que la Loi Israélite ne le permettait. Sur la tombe fut érigé un monument du marbre le plus fin qui fut, comprenant une colonne brisée, une vierge en pleurs, tenant dans la main droite une branche d'acacia et dans la main gauche une urne, devant elle un livre ouvert, derrière elle, le Temps qui défait et compte les boucles de ses cheveux. La colonne brisée symbolisait le fait que l'un des piliers de la Franc-Maçonnerie venait de s'écrouler, la vierge en pleurs symbolisait la mort prématurée de notre G.M.H.A, la branche d'acacia ce qui avait conduit à la découverte espérée de ses restes mortels, l'urne, le fait que ses cendres avaient été déposées en lieu sûr, le livre ouvert le fait que sa mémoire resterait éternellement parmi les maçons et le Temps rappelait que, malgré la mort d'Hiram et la perte du mot sacré, le temps, la patience et la persévérance qui accomplissent toutes choses, permettraient qu'un jour peut-être le véritable mot soit redécouvert et mis en Lumière. Ainsi, je viens de vous raconter la légende de la mort de Hiram Abif, une histoire vénérée en souvenir des jours anciens, et qui est considérée par les maçons avec un respect particulier, non seulement pour l'histoire en elle même, mais surtout pour la doctrine solennelle et sublime dont elle entend imprégner nos âmes et consciences : la résurrection du corps et l'immortalité de l'âme. Durant la construction du Temple, deux événements remarquables se produisirent : le premier nous est rapporté par l'histoire Sainte qui nous apprend que l'on n'entendit jamais le son d'aucune hache, marteau, ou autre objet métallique. Le second nous est rapporté par Joseph qui nous apprend que pendant les sept années que durèrent la construction du Temple, il ne plut jamais, sauf pendant la nuit et pendant que les ouvriers étaient au repos. Nous considérons ceci comme une manifestation frappante de la bienveillante sollicitude de la Divine Providence. L'on rapporte que le bâtiment était soutenu par quatorze cent cinquante trois colonnes et deux mille neuf cent six piliers, tous taillés dans le marbre le plus pur. Pour sa construction, furent employés trois Grands Maîtres assistés de trois mille trois cents Maîtres ou surveillants de l'ouvrage, quatre vingt mille compagnons ou tailleurs de pierre qui travaillèrent dans les carrières et les montagnes, et soixante dix mille apprentis ou porteurs de fardeaux. La Sagesse du R.S. permis que tous soient groupés et disposés de telle façon qu'aucune envie, discorde ou confusion, ne viennent jamais entraver la paix et la bonne entente qui régna en permanence parmi les travailleurs. Mon Frère, ceci nous amène à l'étude d'une deuxième sorte de symboles qui contient de multiples enseignements, tous forts instructifs et de grande valeur.  

LES TROIS COLONNES

Les Trois Colonnes vous ont déjà été expliquées, dans un degré précédent, et elles représentaient la Sagesse, la Force et la Beauté. Elles sont, dans ce degré revêtues d'une signification encore plus grande. Elles représentent nos Trois Anciens Grands Maîtres, Salomon Roi d'Israël, Hiram Roi de Tyr, et Hiram Abif. La Colonne Sagesse représente Salomon, Roi d'Israël, dont la Sagesse permit l'édification du Temple, et grâce auquel son nom fut honoré et exalté. La Colonne Force représente Hiram, Roi de Tyr qui aida le Roi Salomon dans l'accomplissement de sa difficile tâche, et la Colonne Beauté représente Hiram Abif, le fils de la veuve, de la tribu de Nephtali qui, grâce à ses talents d'artiste permit au Temple d'être si magnifiquement orné.  Les Apprentis tiennent leur réunion au Rez-de-Chaussée du Temple du Roi Salomon. Sept en constituent une Loge : Un Maître Maçon et six Apprentis ou Compagnons.  Les Compagnons tiennent leur réunion dans la chambre du milieu du Temple du Roi Salomon. Cinq la constitue, deux Maîtres Maçons et trois Compagnons. Les Maîtres Maçons tiennent leur assemblée dans le Saint des Saints inachevé du Temple du Roi Salomon, trois constituent une Loge. 

              LES TROIS MARCHES

Les Trois Marches qui délimitent le plateau du Vénérable sont les symboles de la vie humaine : l'enfance, l'âge viril et la vieillesse. Comme pour l'enfance, en tant qu'Apprenti nous devons occuper notre esprit à l'acquisition des connaissances usuelles. Comme dans l'âge viril, en tant que Compagnons, nous devons utiliser notre connaissance au service de Dieu, de notre prochain et de nous-mêmes afin que, parvenu à la vieillesse, nous puissions jouir de l'heureuse conclusion d'une existence de droiture et mourir dans l'espérance d'une immortalité glorieuse. 

L'ENCENSOIR

L'encensoir est le symbole d'un coeur pur, toujours prêt à présenter des offrandes au Seigneur et, de même l'encens se consume en dégageant une chaleur radieuse, de même, notre coeur doit toujours être prêt à brûler et à s'enflammer de gratitude envers notre Divin Créateur, pour les nombreux bienfaits et réconforts qu'il nous a accordés. 

LA RUCHE

La Ruche symbolise l'industrie et enseigne la pratique de cette vertu à tous les hommes. De même, nous venons au monde êtres intelligents et raisonnables, de même, devons-nous toujours être des êtres industrieux, jamais satisfaits par l'oisiveté, alors que nos Frères sont dans le besoin, et toujours désireux de pouvoir les secourir. Si nous observons la nature, nous découvrons l'homme dans son enfance, plus démuni que la plus primitive des créatures. Il gît, pendant des jours, des mois, des années, totalement incapable de subvenir à ses propres besoins ou de se protéger de l'attaque des animaux sauvages, et même de s'abriter des vicissitudes du temps. Il a certainement plu au Créateur Suprême de la Terre et des Cieux de faire en sorte que les hommes dépendent les uns des autres. Comme la dépendance est l'un des liens les plus puissants de la Société, les hommes ont été à dessein créés interdépendants pour se procurer aide et protection, afin qu'ils puissent mieux jouir de l'opportunité qui leur est offerte de nouer des liens d'amour et d'amitié. C'est ainsi que l'homme fut formé à la vie sociale et active, l’œuvre la plus utile de Dieu. Celui qui s'abaisse lui-même, en n'apportant pas sa propre contribution à la somme des connaissances et de la compréhension humaine, peut être considéré comme un membre inutile de la famille humaine et indigne de notre protection en tant que Maçon. 

LE LIVRE DES CONSTITUTIONS

 Le Livre des Constitutions, protégé par l'épée du Tuileur, nous rappelle que nous devons demeurer très vigilants, et être très prudents, dans nos pensées, nos actes et nos paroles et plus particulièrement au sujet de la Franc-Maçonnerie en présence de ses ennemis, nous remémorant sans cesse ces véritables vertus Maçonniques : le silence et la circonspection. 

L'ÉPÉE ET LE COEUR NU

L'épée pointée sur le coeur nu nous rappelle que, tôt ou tard, la justice nous atteindra, même si nos actes, pensées et paroles peuvent demeurer cachés aux yeux des hommes. Cependant celui qui voit tout, qui commande au Soleil, à la Lune et aux Étoiles, et sous la direction de qui, même les comètes les plus reculées, accomplissent leur prodigieuse révolution, fouille jusqu'au tréfonds du coeur humain, et nous accordera notre récompense, conformément à nos mérites. 

              L'ANCRE ET L'ARCHE

L'Ancre et l'Arche sont les symboles d'un espoir mérité et d'une existence bien remplie. Ils symbolisent : cet Arche Divin qui nous conduit par delà les Océans déchaînés de l'affliction là où l'Ancre nous permet de nous arrêter dans ce havre de paix où les méchants cessent leur persécution, et où les faibles trouvent le repos. 

LE QUARANTE SEPTIÈME PROBLÈME

 Le Quarante Septième Problème d'Euclide apprend aux maçons à aimer les arts et les sciences. 

LE SABLIER

Le Sablier symbolise la vie humaine. Voyez avec quelle douceur le sable s'écoule calmement, mais aussi avec quelle rapidité notre vie va vers sa fin. Nous ne pouvons pas sans étonnement contempler les infimes particules qui sont contenues dans cet objet, comment elles disparaissent imperceptiblement. Et cependant, à notre grand étonnement, elles ont toutes disparues dans l'intervalle minime d'une heure. Ainsi disparaissent les hommes ! Aujourd'hui il explose tels les bourgeons en feuilles tendres comme l'espoir, demain il sera fleurs éclatantes, témoignages de son épanouissement, alors que le surlendemain une légère gelée flétrira la jeune pousse, et alors qu'il se croyait au début de son épanouissement, il tombe à terre telle la feuille d'automne, qui vient fertiliser notre mère la terre. 

LA FAUX

La Faux symbolise le temps, qui tranche les fils tenus de la vie et nous transporte dans l'éternité. Voyez quel carnage la Faux dévastatrice du Temps a accompli parmi les humains. Si par bonheur nous échappons aux nombreuses maladies infantiles, aux périls de l'adolescence, et qu’avec force et vigueur nous atteignons l'âge viril, inexorablement nous serons bientôt abattus par la Faux dévastatrice du temps, et nous serons réunis en ce pays où nos pères nous ont précédés. J'attire maintenant votre attention sur le troisième et dernier groupe d'emblèmes et de symboles, qui est aussi sacré que les autres parties du d° qui vient de vous être conféré, et je souhaite que vous vous en souveniez comme tel. 

LE MAILLET, LA PELLE, LE CERCUEIL, LA BRANCHE D'ACACIA

Le Maillet symbolise l'outil par lequel notre G.M.H.A. fut assassiné. La Pelle, symbolise celle qui fut utilisée pour creuser sa tombe, et qui nous enseigne que, sous peu, un instrument similaire pourrait fort bien être utilisé pour creuser notre propre tombe.        Le Cercueil, celui qui contenait les restes de sa dépouille mortelle. Ceci mon Frère, sont des symboles saisissants qui, pour un esprit réfléchi, fournissent de sérieux sujets de méditation. Mais lorsque nous nous référons à la branche d'acacia, qui fut trouvée en fleurs sur la tombe de notre G.M.H.A., nous sommes amenés à nous souvenir qu'il existe une partie de nous-mêmes qui survivra à la tombe et ne périra jamais, jamais, jamais.

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Maitresse Parfaite et Sublime Ecossaise

18 Février 2014 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #Rites et rituels

MAITRESSE PARFAITE. (4e Grade).

 

Décoration de la loge. Tenture en drap cramoisi; le trône, le dais, le siège, sont de même étoffe, avec galons et franges en or.

La loge représente l'intérieur du tabernacle, dressé par Moïse dans le désert.

Au bas et un peu en avant du trône, sont deux colonnes torses : celle du côté de l'Afrique représente la colonne de feu qui dirigeait, pendant la nuit, les Israélites dans le désert. Elle est creuse et transparente pour pouvoir être rendue lumineuse.

La colonne du côté de l'Amérique représente la nue qui les protégeait pendant le jour, elle semble se perdre en ondes légères dans le plafond, image du ciel.

Ces deux colonnes sont réunies à leur sommet par un cintre représentant l’arc-en-ciel.

Dans un angle, est l'autel du Feu ou de la Vérité, sur lequel sont plusieurs vases antiques, au milieu est une cassolette où brûlent des parfums ; devant, est un plat pour recevoir les offrandes.

A côté, sur une table, sont un maillet et une boite, comme dans la maîtrise, mais au lieu d'un cœur, on trouve, tracés sur des tablettes, ces mots hébreux : Emeneth, hur, cana, signifiant vérité, liberté, zèle, et le mot grec enbulos, prudence.

Sur le pavé, est le tableau du grade représentant : le songe de Pharaon, lorsqu'il vit 7 épis pleins et 7 vides ; Joseph se réconciliant avec ses frères; plusieurs hommes avec des tabliers et tenant une truelle qu'ils emploient à pétrir la terre pour faire des briques ; Moïse exposé dans une corbeille sur les eaux du Nil ; et la fille de Pharaon qui, en venant pour se baigner, le fait retirer; sur le devant, Moïse et Aaron à la tète des Israélites, au moment de la submersion de l'armée d'Egypte dans les flots de la mer Rouge.

Titres. Le G\Me représente Moïse et la G\Msse, sa femme Séphora (en hébreu Tsephorah, avis vel passer, fille de Raguel ou Jéthro, prêtre des Madianites. Exod., ch. 2, v. 21 ; ch. 4, v. 25, et ch. 18, v. 2).

Le F\ déposit\ est nommé Aaron (en hébreu Aharon, monssive montanus, (fils d'Amron, fils de Cahath, fils de Lévi, frère de Moïse. Exod., ch. 6, v. 20).

Ordre. Les FF\ tiennent l'épée nue de la main droite, la pointe haute ; les Sœurs tiennent également la baguette élevée, appuyée contre l'épaule droite.

Signe. Mettre la main gauche dans son sein (les sœurs sur la poitrine) ; la retirer, regarder le dessus, avec l'air de l'étonnement ; mettre la main sous le tablier, et l'ayant retirée, la regarder en dedans avec un signe de joie. Ce mouvement rappelle ce que fit Moïse sur le mont Horeb, où il vit sa main couverte de lèpre et guérie sur-le-champ.

Attouchement. 1° Présenter le dessus delà main gauche, en faisant le signe. On répond en faisant de même.

2° Mettre la main sous le tablier, la retirer et montrer le dedans. Réponse par le même signe.

3° Passer la main sur celle du tuileur, et la ramener, en glissant, jusqu'au bout des doigts.

Mot de passe. Beth-gabara ou abara (en hébr. Beth-Heber, maison de passage ou alethé, vérité).

Mot sacré. Achitob (hébr. Ahhitoub, frère de bonté) ou Sigé, silence. Des rituels disent Achirab, c'est une faute.

Batterie. 7 coups, par 6 + 1.

Acclamation. Eva !

Cordon. Bleu moiré, porté en sautoir, auquel pend une étoile à 5 pointes avec les lettres : D. C. U. P. L., qui signifient : discrètes, constamment unies par l’estime.

Bijou. Un maillet d'or. Chaque sœur, à son admission, reçoit une alliance d'or, sur laquelle est gravé le mot sacré, et une paire de jarretières en taffetas ou satin blanc ; sur chacune est brodé en or un cœur, avec cette devise sur l'une, la vertu nous unit, et sur l'autre, le ciel nous récompense.

Habillement. Le G\ Me et le F\ déposit\ sont revêtus de l'habit de gr\ prêtre. Les FF\ et les Sœurs, comme dans le grade précédent. Les SS\ ont, de plus, une baguette à la main.

Questions d'ordre. D. Êtes-vous parfaite ?

R. Guidée par l'Éternel, je suis sortie de l'esclavage.

D. Qu'entendez-vous par cet esclavage ?

R. La captivité où nous languissons dans le siècle, figurée par celle des Israélites, en Egypte. Le vrai maçon se regarde, dans le monde, comme dans une terre étrangère, il gémit dans sa captivité, il n'aspire qu'après sa véritable patrie. (Cette morale est d'un cafard et non d'une Maçonne.)

D. Assujettie à ce corps fragile, comment pouvez-vous dire que vous êtes libre ?

R. L'initiation à nos mystères a dessillé mes yeux. J'ai secoué le joug des passions; la raison m'éclaire, et son flambeau perçant le voile dont la volupté masque le vice, m'en découvre toute l'horreur.

Observation. Un tel grade, portant la dénomination de parfaite, et dans lequel figure l'autel de la vérité, devait être un cadre heureux pour développer la vraie morale, celle qui doit servir de guide à la néophyte, et lui ouvrir la voie du progrès et de la perfectibilité. Au lieu de cela, qu'y trouve-t-on ? Un obscurantisme jésuitique, une niaiserie abrutissante qui nous dispense de rien rapporter de plus des dix-huit autres questions du rituel.

Les travaux s'ouvrent et se ferment comme dans la maîtrise.

Loge de table. Le maître s'appelle Respectable, les deux officiers Vénérables, et tous les autres : Mon cher frère, ma chère sœur.

Les verres se nomment des Étoiles.

Le vin et l'eau, des tonnes de déluge rouge, blanc. (Est-ce assez absurde ?) Le pain, du bois de l'arche.

On dit vider les étoiles avec les dignités écossaises par 4. (Nombre des vœux des jésuites, et c'est en l'honneur de ces vœux que les maçonnes doivent vider des étoiles !!)

Exercice. On porte l'étoile en 2 temps à la bouche, on la vide en deux temps, et on la pose sur la table en deux autres temps. On frappe 4 fois dans les mains, et l'on dit 2 fois : qu'il vive ! Il faut convenir que pour un grade de Parfaite, ces transformations de noms, loin d'être heureuses, sont par trop ridicules.

 

 SUBLIME ECOSSAISE (5e Grade)

 

Décoration de la loge. Il faut deux appartements pour les réceptions, ou bien on dispose la tenture de manière à pouvoir en changer promptement la couleur, soit en retournant les panneaux, soit en relevant les draperies.

Pour le premier point de la réception, la tenture est verte, parsemée d'étoiles d'or, galons et franges en or.

II y a 9 lumières : 7 ensemble et 2 séparées.

Pour le second point, la tenture est, comme pour les réceptions habituelles, couleur ponceau, galons et franges en or.

Outre les lumières exigées dans les grades précédents, il y a 3 lampes, chacune de 3 lumières suspendues au plafond, deux sont à l'Asie et la troisième à l'Europe, du côté de l'Afrique.

Sur l'autel est un vase où brûle de l'esprit de vin pendant la réception.

Titres. Le Me représente le grand-prêtre Éliacim (en hébr. Êliakim, résurrection de Dieu), gouverneur de Béthulie. Le ler surv\ représente Ozias (en hébr. Gosiah, force du Seigneur), prince de Juda. La sœur récipiendaire représente Judith (en hébr. Jehaudith, laudans.)

Signe. Saisir ses cheveux de la main gauche et faire de la droite le simulacre de se couper le cou.

Attouchement. S'entrelacer mutuellement le petit doigt de la main droite.

Mot de passe. Vazao (interior vel intimus), nom d'un des eunuques d'Holopherne, celui qui introduisit Judith dans la tente {Judith, ch. 12, v. 1).

Mot de reconnaissance. La vallée de Béthulie m'est connue.

Maitresses paroles. Sigé et Alethé, qu'on interprète ainsi : silence, vérité.

Marche. Sept pas, qui représentent les 7 vertus : amitié, union, soumission, discrétion, fidélité, prudence, tempérance, auxquelles sont opposés les 7 vices : haîne, discorde, orgueil, indiscrétion, perfidie, étourderie, médisance.

Batterie. Deux coups égaux.

Acclamation. Judith, répété 2 fois.

Age. Je passe cinq lustres.

Temps du travail. De l'entrée de la nuit à l'apparition du jour.

Habillement. Le président porte une longue robe blanche. Une large ceinture verte et ponceau fait deux fois le tour du corps, les bouts retombent jusqu'à terre du côté gauche, et sont rejetés sur l'épaule gauche pendant le cours des travaux. Sur la poitrine est une plaque d'or où sont gravées les lettres D\ V\ qui signifient, discrétion, vérité. Cette plaque est fixée par 4 chaînes qui passent sur le cou et sous les bras. Il est coiffé d'une tiare blanche en lin ; il a sur le front un bandeau jaune, sur lequel sont peints ou brodés les mots Kadosch Adonaï (consacré au Seigneur).

Cordon. Les sœurs portent le cordon écossais, ponceau moiré en écharpe, passant de droite à gauche ; au bas est suspendu un glaive attaché avec une rosette verte ; sur le devant sont brodées en argent 5 étoiles à 5 pointes ; il est fixé sur l'épaule avec une rosette blanche.

Bijoux. Outre le glaive suspendu au cordon, les sœurs portent une truelle en or qui s'attache sur la poitrine au côté gauche avec une faveur bleue. Du côté droit, sont attachés, avec une faveur couleur ponceau, un ciseau, un marteau et un anneau d'or ou alliance.

Tablier blanc, doublure ponceau, bordure verte ou bien doublure bleue, bordure ponceau, la bavette verte. On peut y broder divers attributs de l'adoption. Le maillet et le ciseau désignent la maîtrise ; le globe marque l'écossisme, et le sabre, la lance ; la tète de mort et le sac dénotent, dit le rituel, la sublime écossaise (le meurtre de Judith).

 

Tarleau. Béthulie et son grand-prêtre, avec ses habitants ; Judith, allant au camp, avec sa servante, qui porte un sac ; Judith coupant la tête d'Holoferne (capitaine Fort), dans sa tente.

Chambre de préparation. Sur une table est le tableau et un livre de prières ; de plus, une cuve pleine d'eau.

Une sœur fait à la récipiendaire les questions suivantes, tirées des grades précédents :

D. Pourquoi nos signes s'appliquent-ils presque uniquement sur les sens ?

R. C'est pour nous apprendre à n'en faire qu'un bon usage.

D. Expliquez-moi cet usage ?

R. 1°L'odorat. Les parfums les plus exquis sont comptés pour rien en loge, puisqu'on ne s'y met en bonne odeur que par la pratique des vertus.

2° L'ouïe. Tout bon maçon et bonne maçonne doivent fermer l'oreille à la calomnie, à la médisance, et à tous propos qui peuvent alarmer la prudence et la chasteté.

3° Le Gout. Quand les maçons et les maçonnes prennent des repas en loge, c'est comme les premiers fidèles, pour réparer leurs forces, rester ensemble, et s'exciter à la vertu, sans s'arrêter à la délicatesse des mets.

4° La Vue. Lorsqu'un maçon considère la beauté de ses sœurs, il ne doit être touché d'un si bel assemblage que pour les vertus de l'âme, et doit respecter en elles l'ouvrage accompli d'un créateur.

5° Le Toucher. Chaque fois que nous nous prenons la main, nous nous renouvelons tacitement le traité que nous avons fait de secourir mutuellement dans les dangers et dans le besoin.

Ouverture de la Loge. Le grand-prêtre frappe deux coups qui sont répétés par les surv\ et dit :

D. Quel doit être le soin des maçons et maçonnes ?

R. C'est de voir si l'on est en sûreté.

D. Quel est le devoir des bons maçons et maçonnes ?

R. Travailler, obéir et se taire.

D. Quelle heure est-il ?

R. Le point du jour.

« Puisqu'il est le point du jour et l'heure où tout bon maçon et maçonne doivent se mettre à l'ouvrage, avertissez les frères et sœurs que la loge de Sublime-Écossaise est ouverte. A l'exemple de Judith, veillons, travaillons et prions : Veillons, afin que nos ennemis ne nous surprennent pas et que nous soyons toujours prêts à les repousser. Travaillons pour réparer lès brèches faites à notre âme et nous éviter l'oisiveté d'où découlent tous les vices. Prions, afin que le Grand-Archiprêtre de l'Univers nous affermisse de plus en plus dans l'union, la concorde et la paix. »

— La récipiendaire, la tête couverte d'un drap noir saupoudré de cendre, arrive à la porte du temple. Elle est arrêtée par un garde qui en avertit le 2e surv\. Celui-ci va vers elle et lui dit :

D. Que voulez-vous ?

R. Je veux parler au grand-prêtre et aux principaux du peuple.

D. Qui êtes-vous ?

R. Judith.

D. De quelle nation ?

R. Femme juive de la tribu de Siméon.

Il l'introduit entre les deux colonnes.

Les frères et les sœurs restent assis, ayant la main droite sur le cœur, la gauche sur le front et la tête baissée pour simuler la douloureuse consternation qu'on éprouvait en Béthulie avant la sortie de Judith.

Le grand-prêtre dit à la récipiendaire :

D. Que demandez-vous ?

R. Que vous me fassiez ouvrir les portes de la ville pendant cette nuit, et que tout le peuple prie pour moi pendant cinq jours. Alors je vous apporterai des nouvelles sûres de la Béthulie. Je vous conjure de ne point rendre la ville avant ce temps.

Le grand-prêtre : « Allez en paix et que le Seigneur soit avec vous ! »

Elle sort et rentre dans la salle de préparation. Elle quitte son drap noir, se lave et revêt ses ornements. Elle prend de la main droite un sabre, de la gauche une tète de mort peinte, qui avaient été déposés pendant qu'elle était en loge.

(C'est alors qu'il faut changer la tenture verte en rouge.)

A son retour en loge, elle crie à la porte : Victoire ! victoire ! Le garde en avertit le second surveillant qui le dit au premier; celui-ci informe le grand-prêtre qu'on a crié deux fois Victoire ! à la porte de la loge.

Le grand-prêtre : Faites voir qui a crié ainsi.

R. C'est Judith.

Le grand-prêtre : Faites-la entrer ; mes frères et nus sœurs, soyons debout.

Judith est introduite. « Loué soit le Grand-Archiprétre de l'Univers, qui n'a point abandonné ceux qui espèrent en lai, qui a accompli par sa servante la miséricorde qu'il a promise à la nation d'Israël, et qui a tué cette nuit, par ma main, l'ennemi de son peuple (Elle montre la tête de mort). »

Le grand-prêtre : « Faites-la avancer par les sept pas, au pied de l'autel, pour prêter son obligation.

Elle donne la tête de mort au maître des cérémonies, qui la met au bout d'une lance placée contre l'autel. »

Obligation. Je promets, sous les mêmes obligations des grades précédents, de garder un secret inviolable sur celui qu'on me confère. Je promets d'aimer, protéger et secourir mes frères et sœurs dans toutes les occasions, même au péril de ma vie. Je promets toutes ces choses sur ma parole d'honneur, et je consens, si j'étais capable d'y manquer, d'encourir le mépris, la honte et l'infamie réservés aux parjures. Que Dieu me soit en aide !

Le grand-prêtre décore la récipiendaire du grand cordon vert, en disant : « Je vous décore de cet ornement ; sa couleur, symbole de l'espérance, doit vous attacher de plus en plus à nos préceptes. »

Il lui donne les gants et lui attache le tablier, ajoutant : « Ma vénérable sœur, la couleur de ces ornements vous désigne, par sa blancheur, l'innocence et la pureté des bons maçons et maçonnes. »

Enfin, il lui donne les signes, attouchement, paroles, mot de passe, et dit :

« Vous voilà, ma vénérable sœur, parvenue au dernier grade de la maçonnerie d'adoption. Tous les membres de cette resp\ loge ont concouru à ce qu'il vous fût accordé, parce qu'ils ont été édifiés de votre zèle à remplir vos devoirs dans les grades précédents. Celui-ci, par sa supériorité, vous oblige à de nouveaux efforts. Ne vous ralentissez pas, et que l'on puisse dire de vous, chère sœur, si elle possède tous les grades de la maçonnerie, c'est qu'elle est douée de toutes les vertus. »

Il la fait asseoir à côté de lui, et donne la parole à l'orateur qui développe le principe du grade.

Historique. Nabuchodonosor, roi des Assyriens, ayant vaincu Arphaxad, roi des Mèdes, conçut le dessein d'asservir tous les peuples de la terre. Il envoya d'abord des ambassadeurs dans tous les pays voisins de son empire, pour les engager à se soumettre de bonne volonté. Mais tous refusèrent et même chassèrent avec mépris les ambassadeurs. Il résolut de s'en venger et de les réduire par la force.

Holopherne, général de ses armées, fut chargé de la conduite de cette grande entreprise. Ce capitaine se mit aussitôt en marche avec une armée de 120,000 hommes de pied et de 120,000 archers. Tout se soumit par la frayeur qu'il inspirait.

Les enfants d'Israël, apprenant ce qu'il faisait souffrir aux peuples et aux villes qui avaient subi le joug, tremblaient de peur qu'il en fît autant à Jérusalem et au temple du Seigneur. Ils se hâtèrent de mettre les villes et bourgades en état de défense, et s'étant emparé des montagnes par où Ton pouvait passer pour aller à Jérusalem, ils en gardèrent soigneusement tous les défilés.

Holopherne apprit avec étonnement que les enfants d'Israël se préparaient à lui résister. Il demanda à ceux de sa suite ce que c'était que ce peuple qui refusait de suivre l'exemple de toutes autres. Achior, roi des Ammanites, fit un excellent discours sur la grandeur du roi des Juifs et sur les merveilles par les quelles il avait fait paraître sa puissance dans tous les temps.

Il l'assura que tant que ce peuple servait fidèlement son Dieu, il était toujours invincible, et qu'à moins qu'ils l'eussent irrité, il tenterait inutilement de les forcer.

Holopherne et tous ses officiers, indignés du discours d'Achior, lui firent lier les mains et l'attachèrent à un arbre au pied de la montagne de Béthulie.

Les Israélites l'ayant aperçu, descendirent de la montagne, le délièrent, l'amenèrent dans la ville, où il raconta le sujet des mauvais traitements qu'il avait reçus.

Après qu'il eut fini de parler, tous les Béthusiens se prosternèrent le visage contre terre, en s'écriant : « Seigneur tout puissant, Dieu du ciel et de la terre, considérez l'orgueil de nos ennemis, et voyez l'obéissance, la misère et l'état où sont réduits ceux qui vous sont consacrés. Faites voir que vous n'abandonnez point ceux qui attendent tout de votre miséricorde, et qu'au contraire ceux qui présument trop d'eux-mêmes et qui se glorifient de leurs propres forces, succombent. »

Or, il y avait, en ce temps-là, une veuve, nommée Judith, fort riche et parfaitement belle, qui, depuis son veuvage, vivait retirée, soumise au jeûne et au cilice ; s'étant depuis longtemps fortifiée par de saints exercices, elle se sentit, dans cette extrémité, poussée d'un désir qui ne pouvait venir que de Dieu.

Elle se présenta au grand-prêtre et à tout le peuple assemblé ; elle leur reprocha amèrement le peu de confiance qu'ils avaient en Dieu, en voulant rendre leur ville dans cinq jours, s'il ne venait point de secours. Elle leur déclara qu'elle avait un dessein, mais qu'elle ne pouvait le révéler, et leur demanda seulement de prier Dieu pour elle pendant quelle serait hors de la ville.

Elle rentra chez elle, se mit en prières, le corps vêtu d'un cilice couvert de cendres ; puis, elle se leva, prit ses plus beaux vêtements et se parfuma de parfums exquis. Comme aucun mauvais principe n'était dans son cœur, il semblait que Dieu répandait de nouveaux charmes sur son visage, pour la rendre plus belle.

Vers le point du jour, Judith, suivie d'une de ses femmes, se fit ouvrir les portes de la ville, descendit la montagne et fut menée à Holopherne. Ce général fut si charmé de sa beauté, qu'il ordonna qu'on la conduisit dans la tente, où étaient ses tréors, et qu'on lui donnât tout ce qu'elle désirerait.

Le quatrième jour, Holopherne fit un grand festin. Il y invita Judith pour laquelle il avait conçu une vive passion. Il fut si transporté de joie en la revoyant, qu'il but à l'excès et s'enivra. Tous ses officiers le voyant endormi se retirèrent.

Alors Judith ne pensa plus qu'à mettre son dessein à exécution. Elle s'approcha doucement du lit d'Holopherne, se saisit d'un sabre attaché à l'une des colonnes, et prenant Holopherne par les cheveux, elle dit : Seigneur, mon Dieu, fortifiez-moi dans ce moment ! Aussitôt elle le frappa de deux coups, et lui trancha la tète qu'elle donna à sa servante pour la mettre dans un sac.

Toutes deux sortirent du camp et revinrent à la porte de Béthulie, où Judith ayant été reconnue par les gardes, on la reçut aux flambeaux.

Elle fit son entrée tenant par les cheveux la tète sanglante d'Holopherne, et criant victoire ! Tout le peuple jeta de grands cris de joie, pour bénir Dieu d'une délivrance si inattendue, et pour relever la gloire de celle qui s'était si sensiblement exposée pour leur salut. (Livre de Judith, ch. 16.)

« Tout ce que vous avez vu et fait, vénérable sœur, dans votre réception, est précisément tout ce qui fut exécuté par Judith et dont je viens de vous faire le récit.

Veuillez, maintenant, prêter toute votre attention à l'instruction du grade. »

INSTRUCTION.

D. Êtes-vous Sublime-Écossaise ?

R. Oui, je le suis.

D. A quoi le connaitrai-je ?

R. Aux signe, attouchement et paroles.

D. Où avez-vous été reçue ?

R. Dans la ville de Béthulie .

D. Quel motif vous engagea à vous faire recevoir ?

R. La liberté de tous mes frères et sœurs.

D. Quel était leur tyran ?

R. Holopherne, général des armées de Nabuchodonosor.

D. Comment êtes-vous venue à bout de votre entreprise ?

R. En veillant, espérant et priant.

D. Qu'ont produit ces moyens ?

R. En veillant, j'ai cherché le moment favorable ; en espérant, je l'ai attendu avec confiance; en priant, j'ai obtenu du G\ Archiprêtre de l'U\ le courage et la force qui m'étaient nécessaires.

D. Quelle était- votre intention ?

R. De faire périr Holopherne, lorsque j'en trouverais l'occasion.

D. Quand se présenta cette occasion ?

R. Au moment où Holopherne, livré au vin et au sommeil, fut abandonné par ses gardes. Alors je pris son sabre et lui tranchai la tête.

D. Que signifient les sept pas pour arriver à l’autel ?

R. Les 7 qualités inséparables de tous maçons et maçonnes, savoir :

L'Amitié, sentiment que nous devons avoir pour tous nos frères et sœurs ;

L'Union, la pierre fondamentale de notre société ;

La Soumission, nécessaire pour recevoir, sans murmurer, les arrêts de la loge ;

La Discrétion, pour éviter les supercheries des profanes et garder nos secrets ;

La Fidélité, indispensable pour observer nos obligations ;

La Prudence, pour régler nos actions, afin que les envieux de nos plaisirs ne trouvent aucun moyen de blâmer notre conduite.

Et la Tempérance, pour éviter tout excès également nuisible au corps et à l'esprit.

D. Quels sont les 7 défauts opposés à ces qualités ?

R. La Haine que nous ne devons porter à aucun de nos FF\ et SS\, quelque insulte que nous ayons reçue ;

La Discorde, trop contraire à notre institution pour ne pas l'éviter ;

L'Orgueil, qui doit être banni de nos cœurs comme funeste à l'humanité :

L'Indiscrétion, qui doit être inconnue dans notre ordre où tout est mystère et secret.

La Perfidie, vice trop odieux pour ne pas nous être en horreur.

L'Étourderie, comme cause de querelles sans nombre.

Et la Médisance, qui est un vice si bas qu'il n'est point étonnant que les maçons et maçonnes, dont tout le soin est de tendre à la perfection, la fuient comme une peste sociale.

D. Expliquez-moi le tableau ?

R. Béthulie est la figure du vrai bonheur qu'on ne peut conserver qu'avec des soins et du travail. Le grand-prêtre est l'image de l'âme ; Judith et sa servante, celle de ses facultés. Les principaux du peuple et le peuple assemblé représentent le corps et ses membres. L'armée d'Holopherne représente les passions qui nous environnent et les charmes de Judith les illusions qui nous séduisent.

D. Que signifient la conduite et le mauvais traitement d'Achias ?

R. Que tout maçon et maçonne doivent plutôt s'exposer à souffrir la persécution que de s'écarter de la vérité, quand on les oblige à parler; qu'ils doivent, par des discours prudents, tâcher de ramener ceux qui sont dans l'erreur ; sa délivrance par les Israélites, c'est la charité que nous devons avoir tant pour nos ennemis que pour nos amis.

D. Donnez-moi la parole et l'application que vous en faites ?

R. Sigé, qui veut dire Silence, parce que nous devons écouter en silence et avec attention les leçons du grand-prêtre et que nous ne devons pas même les révéler aux FF\ et aux SS\ absents.

D. Dites-moi le mot de passe et son application ?

R. Alethé, qui signifie vérité et que tous les rapports que nous nous croyons obligées de faire au grand-prêtre, des fautes et négligences de nos FF\ et SS\, pour qu'ils y remédient, doivent être dans la plus stricte vérité. (Discipline des Jésuites.)

D. Comment vous nommez-vous et d'où êtes-vous ?

R. Judith, femme de la tribu de Siméon.

Clôture. Même cérémonial que pour l'ouverture.

Loge de Table. Elle est éclairée par 7 lumières ou lustres. Les verres se nomment Coupes. On vide la coupe en la prenant de la main gauche; de la droite, on prend le sabre qu'on passe, en deux temps, sur les bords de la coupe comme pour raser son contenu. Puis, on laisse tomber le sabre, et, de la main droite, on vide la coupe que l'on pose sur la table en deux temps ; et l'on frappe 2 fois des mains, en criant : Victoire, victoire!

Modèle d'un certificat. L. D. M. (Loge de Maçonnes.)

Du jardin d'Éden, côté de l'Orient, d'où sort la première lumière de la Loge des Dames, sous le titre distinctif de par les nombres mystérieux connus des seuls éclairés ;

Nous, chefs terrestres, dirigeant la sublime et respectable Loge des Dames, ayant connu le zèle et l'empressement, pour parvenir au suprême degré de lumière maçonn\, de la vénérable S\..., âgée de..., native de..., professant la religion....

Après avoir jugé de sa capacité, vie et mœurs, avec un scrupuleux examen de sa conduite tant en loge que dans le monde, et sachant qu'elle a satisfait à tous les devoirs exigibles en sa qualité de maçonne ;

Faisons savoir que nous l'avons admise aux grades d'apprentie, compagnonne, maîtresse, maîtresse parfaite et sublime écossaise. Mandons à tous nos FF\ et SS\ maçons et maçonnes de la reconnaître comme telle et d'ajouter foi au présent certificat que nous lui délivrons pour servir et valoir ce que de raison ; lequel nous avons signé de notre main, fait décorer du sceau de notre respectable loge et contre signé par notre secrétaire.

Donné au jardin d'Éden, du côté de l'Orient, le...jour de la...semaine du...mois de l'année maçonnique cinq mille huit cent...et du calcul vulgaire le...mil huit cent...

N..., président. — N..., S\ grande-maîtresse. — N..., grand-inspecteur. — N..., S\ grande-inspectrice. Scellé par nous garde des sceaux et archives, N... — Par mandement de la R\ L\, N..., secrétaire. — Ne varietur. — N…

source : les Editions de l'Edifice

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Les rituels

17 Février 2014 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

Les rituels désignent les cahiers qui sont utilisés par les loges pour conduire les travaux des cérémonies maçonniques. Les rituels se distinguent du Rite, ou Régime, qui est lui, un ensemble de grades ainsi qu'une certaine manière de pratiquer le rituel. Lorsqu'il atteint ses objectifs, le rituel est l'outil fondamental de la méthode maçonnique.

Le premier objectif du rituel est de délimiter l'activité maçonnique, en la distinguant du monde profane. Superficiellement, la délimitation est spatiale : c'est le temple, (qui n'est pas une église). En profondeur, la délimitation est temporelle (entre le début et la fin des travaux). La Loge désigne à la fois le lieu où se réunit rituellement le groupe ainsi que le groupe lui-même. Il suffit de "tracer" les symboles du grade sur le sol pour qu'une cérémonie puisse se tenir. Le lieu est donc transitoirement consacré dès lors que le groupe est réuni pour y travailler rituellement.

Le second objectif du rituel est d'organiser le travail de la Loge en le rattachant aux valeurs de l'Ordre. Superficiellement, le rituel est contraignant. En profondeur, la règle acceptée par tous permet l'expression de la liberté et de l'égalité de chacun, condition de l'épanouissement de la fraternité. Le rituel nous rattache à la Tradition.

Le troisième objectif du rituel est de donner vie au symbolisme maçonnique, en centrant le travail maçonnique sur l'Homme, préoccupation primordiale des francs-maçons. Superficiellement, le rituel gère la forme des travaux de la Loge de manière purement organisationnelle et opératoire. En profondeur, le rituel a un sens, une richesse fondamentale, car il est symbolique et invite chacun à découvrir et à méditer l'enseignement dont il est porteur.

Le rituel est ainsi un élément constitutif de la vie de la Loge. Il faut donc respecter les rituels afin de pouvoir atteindre les objectifs qui viennent d'être définis et de donner de la substance au travail maçonnique, sans toutefois perdre de vue que les rituels sont un moyen et non une fin. Ainsi, le rituel est-il un élément nécessaire mais non suffisant pour le travail maçonnique et pour la vie harmonieuse de la Loge. Car nous ne sommes pas une secte et la franc-maçonnerie n'est pas un culte. Notre but est à la fois le travail spéculatif, (écoute, réflexion, discours) et l'action, vers l'idéal individuel de perfection vers lequel nous tendons et que nous sommes pourtant certains de ne jamais atteindre.

Certains francs-maçons ont vis à vis du rituel une attitude étrange, en considérant, parfois même avec une certaine véhémence, que toute idée de modification des rituels serait proprement "sacrilège". Une telle attitude est porteuse d'une certaine intolérance et pourrait rappeler celle des fidèles d'une fraternité intégriste qui a investi une église de Paris où bat le cœur des dévots de la tradition et du latin, clercs en soutane et militants d'extrême droite.

Or, l'étude de la franc-maçonnerie et particulièrement celle des rituels et des grades, nous apprend qu'ils constituent un jardin immense et touffu, riche des essences les plus exotiques et les plus étranges. On y découvre également que les rituels ont été rédigés par des hommes, certes sensibles aux modes intellectuelles, mais aussi parfois à la vanité. Et même si elle peut sembler difficile à entendre, il faut bien reconnaître cette évidence, "en restant toutefois indulgents pour tout ce qui vient au secours de la faiblesse humaine", comme le dit Albert Lantoine, (le plus grand historien de la franc-maçonnerie française).

Les rituels maçonniques peuvent d'autant moins être considérés comme porteurs d'une vérité intangible, que La Vérité ne peut pas être écrite une fois pour toutes dans "UN LIVRE" (ou un rituel). Car la Vérité, pour les francs-maçons, est comme un horizon et sa quête est celle de l'inaccessible. C'est afin de ne pas mettre de limite à cette recherche que la référence obligatoire au Grand Architecte de l'Univers a été supprimée des rituels du Grand Orient de France depuis 1877. A cette époque, à la fin de la cérémonie de réception au premier degré, le Vénérable s'adressait alors au nouveau récipiendaire en ces termes :

"Frère nouvellement initié, les formes que nous venons d'employer pour votre initiation diffèrent notablement de celles dont nous usions jadis et que vous pourrez encore voir employer dans certaines loges de France ou des pays étrangers. L'initiation se faisait fort simplement dans les loges françaises au dix-huitième siècle. On l'a beaucoup compliquée, au commencement du dix-neuvième, en y mêlant des particularités que l'on croyait empruntées aux initiations de l'ancienne Egypte. On cherchait à éprouver le courage du récipiendaire par des moyens terrifiants.

On simulait la quadruple purification par les quatre éléments des anciens, c'est à dire par la terre, l'air, l'eau et le feu. Le récipiendaire était à moitié dévêtu. Parfois, il était introduit dans le temple, couché dans un cercueil; parfois, on le faisait passer au travers d'un diaphragme en papier, pour symboliser son passage à une vie nouvelle. Dans le temple, il entendait des clameurs sourdes, des chocs violents, des bruits imitant la grêle et le tonnerre, des cliquetis d'épées. Il rencontrait des obstacles sous ses pieds. Il était précipité d'un lieu élevé, mais retenu par des mains secourables. On lui trempait les mains dans l'eau, quelquefois le bras jusqu'au coude. On lui faisait vider un calice d'amertume. On le faisait passer au milieu des flammes. On lui demandait de se soumettre à l'application d'un fer rouge. On réclamait de lui une obligation écrite et signée de son sang. Parfois, on le soumettait à des épreuves plus pénibles encore et plus effrayantes.

Vous ne devrez donc pas vous étonner, s'il vous arrive de vous trouver en présence de quelque pratique de ce genre. Vous n'en serez pas troublé, non plus, sachant que le progrès est lent et que l'évolution humaine est complexe". - Rituel de réception au premier degré du Grand Orient De France de 1887.

Cent vingt ans plus tard, on constate combien ce propos reste d'une étonnante actualité ...

A l'origine, les fondateurs de la franc-maçonnerie ont choisi la Bible comme référence, car il était indispensable de donner à l'institution maçonnique des origines très anciennes. Ce qui permettait accessoirement de ne pas effaroucher les candidats et de se protéger contre les persécutions. Un siècle plus tard, le génie des fondateurs du Rite Ecossais Ancien Accepté fut de briser l'antagonisme millénaire entre le judaïsme et le christianisme, entre l'église et la synagogue, en consacrant, dans tout l'itinéraire qu'il propose, la complémentarité de l'ancien et du nouveau testament : Amour de la Vérité, pour les grades vétéro-testamentaires et Amour de l'Humanité pour les grades "dits" de Chevalerie.

Une réflexion, qui proposerait aujourd'hui aux athées, aux agnostiques et aux musulmans, un symbolisme maçonnique dégagé des références catholico-hébraïsantes peut paraître sacrilège pour certains. Elle n'en serait pas moins innovante et prospective pour la grande famille des compagnons du Temple Invisible, voyageurs de l'absolu, qui est soudée par tout ce qu'elle a vécu, ce qu'elle vit, mais davantage encore parce qui lui reste à découvrir et à dire, même autrement ...

Source : http://www.troispoints.info

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Maître Maçon de la Marque : explication du Tableau du grade (GODF)

4 Février 2014 , Rédigé par GODF Publié dans #Rites et rituels

Les marques utilisées par les Maîtres Maçons de Marque, bien que très variées par le détail des figures adoptées, comme par leur aspect d'ensemble, sont pour la plupart du temps inspirées des ornements, emblèmes, bijoux et outils en usage dans l'Ordre et symbolisant les différents enseignements moraux de la Franc-Maçonnerie. 

Chacun des anciens Maçons opératifs, employés à la construction du Temple du Roi Salomon pouvait reconnaître son propre travail par la marque ou le symbole qui y était gravé et de la même façon l'Inspecteur identifiait le travail de chaque Homme du Métier.

De tous les objets et emblèmes utilisés, ceux qui vont suivre ont été retenus comme particulièrement représentatifs des enseignements de cette branche de notre Ordre ancien et nous allons en donner l'explication symbolique.

1. LE LIVRE DE LA LOI SACRÉE. Il occupe la première place car tout le système maçonnique repose sur lui comme sur des fondations. Les Saintes Ecritures doivent diriger notre foi. Sur elles nos candidats prêtent leur Obligation. Elles nous furent données par Dieu l'image parfaite de la vérité et de la justice afin de nous permettre de régler nos vies et nos actions par les préceptes divins qu'elles contiennent. Ces Paroles de lumière maçonnique sont nos guides les plus sûrs et, en nous apprenant à remplir tous les devoirs de l'homme, elles nous enseignent à faire de nos corps des temples du bonheur.

2. L'OEIL QUI VOIT TOUT. Il nous fait souvenir de la vigilance incessante du Grand Inspecteur de l'Univers qui, comme nous l'avons appris, quelles que soient notre croyance et notre origine, non seulement a été créé toutes les choses mais préside aussi à leur préservation. Quelles que soient nos fautes, de quelque façon que nous puissions négliger les diverses tâches qui nous sont assignées dans nos positions respectives, que la paresse ou l'indifférence nous amène à ne plus entendre l'appel du devoir, l'oeil de l'omniscience qui ne se relâche et ne dort jamais exerce une surveillance infatigable sur les actes et les affaires de toute l'espèce humaine. Ces considérations doivent nous inciter à tout moment à veiller sur nos pas, à être prudent dans notre conduite, à éviter le médire. Nous montrerons ainsi dans nos actes, à chaque instant de notre vie, que sommes profondément conscients d'être toujours sous l'oeil qui voit tout du Tout-Puissant.

3. LE CISEAU. C'est l'emblème de la discipline et de l'éducation. Dans son état premier, l'esprit est informe et rugueux comme la pierre brute. Et de même que, par son action sur la surface extérieure de la pierre brute, le ciseau en révèle beautés ignorées, de même l'éducation fait apparaître les vertus cachées de l'esprit et met en lumière la perfection de la connaissance humaine, ce qui est notre devoir envers Dieu et envers les hommes. 

4. LA PERPENDICULAIRE. Elle est employée par les Maçons opératifs pour vérifier et rectifier les verticales lorsqu'on les élève sur les fondements appropriés. Mais, en tant que Maçons spéculatifs, nous nous en servons pour indiquer la justesse et la droiture de nos actes. De même que l'édifice qui n'est pas vertical est instable et doit nécessairement s'écrouler, de même l'homme dont la vie ne repose pas sur des principes rigoureux mais oscille au gré des impératifs incertains de l'intérêt ou de la passion doit rapidement se perdre dans l'estime des personnes de bien. A l'opposé, l'homme droit et rigoureux qui résiste aux attaques de l'adversité et aux séductions de la prospérité ne s'écarte ni sur la droite ni sur la gauche du droit chemin du devoir. Celui-là restera toujours ferme sous les plus terribles coups du sort et n'aura à redouter ni l'atteinte des envieux ni la calomnie des méchants.

5. LE MAILLET. On s'en sert dans la pratique pour enlever toutes les parties saillantes inutiles. Du point de vue moral, il nous enseigne à corriger les écarts, à adopter une conduite calme dans les voies de la discipline et à apprendre à nous contenter de ce que nous avons. Ce que le maillet est à l'ouvrier, la raison lumineuse l'est au Maçon spéculatif. Elle freine l'ambition, elle nous enseigne à modérer nos désirs et à favoriser l'harmonie de l'amour fraternel.

6. LA TRUELLE. Cet outil sert en Maçonnerie opérative à répandre le ciment qui unit en un seul bloc toutes les parties de l'édifice. Symboliquement, il nous enseigne à répandre le ciment de l'affection et de la prévenance qui unit tous les membres de la famille maçonnique, où qu'ils se trouvent sur la surface de la terre, en une grande confrérie d'Amour fraternel, de bienfaisance et de vérité.

7. L'ÉCHELLE DE JACOB. C'est le symbole de l'espoir que comme Maçons nous entretenons d'atteindre les cieux après une vie juste en ce monde sublunaire. Cette échelle est composée d'un certain nombre d'échelons dont les trois principaux symbolisent les trois vertus théologales : la Foi, l'Espérance et la Charité. Le premier de ces échelons représente notre foi dans le Volume de la Loi Sacrée. Par l'observance des enseignements contenus dans ce Livre de la Loi Sacrée. Au moye, des doctrines contenues dans ce Livre Saint, nous devenons capables d'atteindre le second qui représente l'Espérance. Ceci fait naturellement naître en nous le désir d'obtenir notre part des promesses bénies de salut. Le troisième et dernier échelon qui représente la Charité, embrasse le tout. Car le Maçon qui possède cette vertu dans le sens le plus large peut être à juste titre considéré comme ayant atteint le point le plus élevé de sa carrière.

8. LA REGLE DE VINGT QUATRE POUCES. Elle sert aux Maçons opératifs à mesurer leur ouvrage. Pour nous, Maçons spéculatifs, elle symbolise la meilleure utilisation des vingt-quatre heures du jour : une partie à prier Dieu Tout-Puissant, une autre à travailler et à nous reposer, une autre enfin à aider à un ami ou à un Frère dans le besoin sans pour autant négliger nos intérêts ou ceux de nos proches.

9. L'ÉQUERRE ET LE COMPAS. Ils peuvent être ainsi interprétés. L'équerre nous enseigne à régler nos vie et nos actions par la règle maçonnique et à mettre notre conduite en accord avec les préceptes de la vertu. Le compas nous enseigne à tracer une juste limite à nos désirs à chaque moment de notre vie en sorte que, nous élevant par le mérite, nous puissions vivre entourés de respect et laisser des regrets après notre mort.

10. LE SABLIER. Cet emblème nous rappelle, par l'écoulement rapide de ses grains de sable, le caractère passager de l'existence humaine. Même si nous avons le bonheur d'échapper aux nombreux dangers qui menacent l'enfance et à l'adolescence et si nous arrivons plein de santé et de vigueur à l'âge d'homme, nous devons malgré cela quitter un jour cette scène où nous ne passons que pour être éprouvés. Efforçons-nous donc de nous améliorer pendant le temps qu'il nous reste à vivre afin que lorsque nous serons appelés de cette terre pour être jugés, nous soyons admis à place dans ces contrées bénies où règnent la vie et la lumière éternelles.

11. LA CORDE ET L'ANCRE. Ils sont l'emblème d'un espoir solide puisant ses racines dans les actes d'une vie juste. Ils  représentent aussi cette corde et de cette ancre spirituelles par lesquelles nous mouillerons en sécurité dans un port paisible où "le méchant cesse de poursuivre et celui qui est fatigué trouve le repos" et où nous pouvons espérer être accueillis avec cette joyeuse bienvenue : "Tu as bien agi, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de Ton Seigneur".

12. LE NIVEAU. Cet instrument sert aux les Maçons opératifs à placer et à contrôler les horizontales. Pour nous, c'est l'emblème de l'égalité. Devant Dieu, qui seul est grand, tous les hommes sont égaux, sujets aux mêmes infirmités, se hâtant vers le même but et en se préparant à être jugés par la même loi immuable. Souvenons-nous donc toujours que, de quelque façon que nous puissions différer maintenant en rang et en fortune, nous sommes tous Frères et qu'un temps viendra où toutes les distinctions disparaîtront, sauf celles de la piété et de la bonté.

13. LA HACHE. C'était un instrument de châtiment utilisé par diverses nations. Elle occupe une place importante dans ce grade comme emblème de l'office du Second Surveillant. Muni de cette arme, l'ancien Second Surveillant devait se tenir à la gauche de l'ancien Premier Surveillant pendant le paiement de leur salaire aux ouvriers des différentes classes employés à la construction du Temple du Roi Salomon. Et si on décelait un imposteur, c'est-à-dire un ouvrier tentant d'obtenir par fraude le salaire d'une classe supérieure, il était chargé d'infliger le châtiment encouru. Ceci doit nous enseigner à éviter l'écueil de la tromperie ou de l'imposture en agissant ouvertement et loyalement devant nos Compagnons en sorte qu'ayant une conscience en ordre nous ne craignions point d'être découverts ou dénoncés. Ainsi nous pourrons avancer hardiment, sachant que nous n'avons offensé ni Dieu ni nos semblables.

14. LE TRIANGLE ÉQUILATÉRAL. C'est la plus parfaite de toutes les figures géométriques. Il a été adopté par toutes les anciennes nations comme un symbole de la divinité et il conserve cette signification en Maçonnerie. Dans la Maçonnerie de Marque, il sert plus particulièrement à indiquer l'approbation du travail par le Maître. C'est pourquoi cet emblème doit nous inciter à remplir avec zèle nos devoirs, à la fois envers Dieu et envers nos semblables, en sorte que, lorsque nous quitterons notre labeur ici-bas, nous puissions être trouvés dignes de recevoir la marque d'approbation du Grand Inspecteur de l'Univers.

Le chiffre ou l'alphabet que vous voyez utilisé est généralement considéré comme d'origine maçonnique et certains pensent qu'il appartient plus particulièrement au grade de la Marque. Il peut être utilisé en différentes combinaisons et comme moyen de correspondre après communication des instructions nécessaires sur la façon de servir qui ne doivent être données qu'oralement.

Les pierres cubique, rectangulaire et la clef d'Arc occupent une place de choix dans le tableau pour les enseignements que leur usage dans la cérémonie d'Avancement a gravé dans vos esprits et qui, nous l'espérons, ne s'en sont pas effacés.

Le rayon de soleil frappant le dôme du Temple a une signification importante et propre à ce grade, mais l'explication ne peut en être donnée qu'à ceux qui sont admis à la position imminente de Vénérable Maître d'une Loge de Maîtres Maçons de la Marque.

Les scènes représentées sur le tableau rappellent diverses circonstances des travaux de la construction du Temple : sur les sols argileux entre Soccoth et Zarédatha, dans les forêts du Liban et près des rivages escarpés de Jaffa. Elles ont été déjà minutieusement expliquées durant la cérémonie d'Avancement.

L'inscription en haut du tableau "Lapis reprobatus caput anguli" (1) nous rappelle avec force de vérité fondamentale inculquée dans ce beau grade la faillibilité du jugement humain et la réconfortante assurance que nous tirons de notre croyance en un juge céleste. C'est devant son tribunal impartial et, nous en sommes persuadés, miséricordieux que là-haut, notre travail devra être jugé. Dieu ne voit pas comme l'homme. Même si nous nous efforçons honnêtement de conformer notre conduite aux plans tracés pour nous guider, en les interprétant au mieux de notre capacité à l'aide de la lumière imparfaite qui nous a été accordée, nous risquons d'être jugés injustement et demeurer incompris de nos semblables soumis à l'erreur. Mais nous pouvons placer toute notre confiance en Son tribunal et attendre notre récompense de Celui qui est aussi miséricordieux qu'Il est infaillible.

(1) La pierre rejetée est devenue la pierre angulaire. Cette phrase est extraite de Psaumes CXIII, verset 22. Elle peut également figurer en hébreu. Elle se prononce alors : "EVEN MÄHASOÜ HABONIM HAŸETÄH LEROSH PINNÂH". Elle signifie : "La pierre que les bâtisseurs avaient rejetée est devenue la principale de l'angle".

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