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Hauts Grades

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Instruction du grade de Maître Maçon de la Marque (GODF)

3 Février 2014 , Rédigé par GODF Publié dans #Rites et rituels

Lors de la construction du Temple du Roi Salamon et avant l'institution des grades de Maître Maçon et de Passé Maître, 80.000 Maçons opératifs furent employés. Une partie taillait la pierre dans les carrières de Sarédatha, les autres construisaient le Temple. Il y avait en outre 30.000 mille hommes da corvée dans les forêts du Liban.

Afin que chacun de ces 110.000  travailleurs puisse être connu de ceux qui avaient la charge de les commander, que chaque partie de l'ouvrage puisse être soumise à l'examen le plus minutieux et que chaque Compagnon du Métier reçoive sans retard la récompense de son travail et de son habileté, ce nombre considérable fut partagé en 1.100 Loges de Compagnons du Métier et d'Apprentis Entrés. Les Compagnons du Métier dirigeaient les Apprentis Entrés et leur apprenaient à travailler. Au-dessus de tous ces ouvriers, 3.300 Ménatschim, nommés aussi Inspecteurs ou Maîtres de la Marque, avaient été placés, au nombre de trois par Loge. On les appelle maintenant généralement le Vénérable Maître, le Premier et le Deuxième Surveillants. (1)

Chaque Compagnon du Métier avait une marque personnelle par laquelle son Inspecteur immédiat reconnaissait son travail. De leur côté, les Inspecteurs possédaient une marque commune par laquelle ils montraient qu'ils approuvaient le travail d'un Compagnon. Ils avaient aussi d'autres marques qui leur servaient à indiquer les positions respectives des pierres.

Ainsi sans aucune difficulté le travail individuel de chacun était-il reconnu, sa perfection indiquée et sa place exacte donnée. La Marque du Maître était le triangle. C'est le symbole de Dieu, le Grand Géomètre et le Grand Inspecteur de l'Univers, à qui nous devons tous nous soumettre et que nous devons très humblement adorer.                 

Ces 300 Inspecteurs étaient eux-mêmes répartis en 100 Loges de 33, présidées par 300 Inspecteurs également appelés Ménutschim ou Maîtres de la Marque (2). Ils étaient nommés par Hiram Abif lui-même et c'est à eux qu'etait confié le soin de payer leur salaire aux autres ouvriers.

Lorsque les Compagnons du Métier et leurs Inspecteurs, ou Maîtres de la Marque, venaient recevoir leur salaire, les uns et les autres présentaient la main d'une manière différente et à un guichet différent. De cette façon si un Compagnon du Métier osait présenter la main à un guichet de Maître de la Marque, il était immédiatement démasqué comme imposteur, Armé d'une hache, le Deuxième Surveillant, placé à côté du Premier Surveillant, se tenait prêt à infliger le châtiment en prescrit. Ce dernier est une des parties du signe Pénal et, de même que l'autre partie, celle d'avoir l'oreille arrachée, était un châtiment en usage chez les Sidoniens.

Les Inspecteurs devaient examiner chaque pierre, non seulement du point de vue de sa qualité, en frappant dessus trois coups de maillet, et du point de vue de sa finition en la retournant mais aussi afin de s'assurer qu'elle avait été taillée exactement selon les tracés d'exécution. Ils la faisaient porter ensuite au Maître Inspecteur qui vérifiait si elle remplissait bien toutes ces conditions.

Si la pierre était jugée parfaite à tous les égards, recevait la marque du Maître de la Marque et était envoyée au Temple. Sinon, elle était re jetée. Deux Compagnons ou plus, en étaient chargés. Ils la prenaient chacun d'un côté et après l'avoir balancée trois fois en arrière et en avant.

elle était jetée au rebut . C'est de cela que provient le signe nommé signe de Rejet.

Les autres signes, à savoir le signe de Désolation et le signe de Gratitude, sont aussi anciens puisque leur emploi dans ce grade remonte, dit-on, à un événement qui se produisit lors de la construction du Temple du roi Salomon.

Tous les six jours de travail, les Maîtres de la Marque avaient coutume de se rendre chez le Grand Maître en exercice, Hiram Abif, afin de recevoir les tracés d'exécution et les instructions pour la poursuite de l'ouvrage. Il semble qu'une partie de ces tracés d'exécution ait été perdue. Mais un Compagnon du Métier intelligent et ingénieux, soit qu'il en ait vu un tracé complet, soit qu'il ait conçu une idée exacte d'après le reste de l'ouvrage, comprit d'une pierre d'une forme très particulière manquait pour achever le plan d'ensemble.

Dans le but sans doute de se distinguer en montrant un savoir inhabituel, il commença aussitôt à dégrossir une pierre de cette sorte. Il y consacra beaucoup de temps et de peine puis enfin il y grava sa marque. Quand on examina les tracés de l'exécution, on ne trouva aucune place pour cette pierre et le Compagnon du Métier, au lieu de gloire, ne recueillit que des paroles de reproche d'avoir perdu son temps.

On donna l'ordre de jeter la pierre, ce qui fut exécuté par deux compagnons du Métier forts contents de voir leur camarade puni de sa présomption.

En voyant l'injuste traitement de son travail, le Compagnon du Métier, attristé, s'appuya la main contre la joue et, laissant aller sa tête de ce côté, s'écria avec désolation : "Hélas, hélas, j'ai travaillé en vain !" C'est le troisième signe du grade et il est appelé signe de Désolation.

La pierre resta longtemps perdue au rebut. Cependant, le moment vint enfin où l'on eut besoin de la clef de l'Arc Sacré du Temple du Roi Salomon. C'est cette pierre dont le tracé d'exécution, comme il avait été dit, avait été égaré. On fit des recherches dans le Temple, mais en vain, et une enquête plus poussée montra qu'aucune pierre de cette forme n'y avait jamais été apportée.

L'Inspecteur de cette partie de l'Edifice envoya trouver l'Inspecteur des carrières à qui, pensait-il, on avait donné les tracés et les instructions pour cette part de l'ouvrage afin de demander pourquoi cette pierre n'avait pas été fournie avec les autres. L'Inspecteur des carrières répondit qu'il n'y avait pas de tracé pour une telle pierre parmi ceux qui lui avaient été confiés.

Le travail était interrompu. Hiram Abif en demanda la raison et en reçut l'explication. Il se souvint non seulement d'avoir exécuté le tracé et donné les instructions pour cette pierre remarquable, mais aussi de les avoir confiés lui-même au Maître de la Marque. Ce dernier fut réprimandé de sa négligence pour avoir perdu une partie des tracés ; mais en apprenant de quelle pierre il s'agissait, il se souvint qu'une de cette forme avait été taillée par un de ses ouvriers. Il en informa aussitôt Hiram Abif et ajouta que ne l'ayant pas trouvée dans ses tracés d'exécution, il avait refusé de la marquer et l'avait fait jeter. Hiram Abif envoya chercher le Compagnon du Métier qui avait taillé la pierre et, après ses réponses, comprit que de devait en effet être la pierre dont il avait besoin. Il ordonna qu'une recherche approfondie fut faite aussitôt à la carrière et on la retrouva enfin intacte.

Afin de montrer combien il était satisfait de l'habileté et de la capacité déployée par l'ingénieux Compagnon du Métier, Hiram Abif ordonna qu'il fût sans tarder avancé au grade distingué de Maître de la Marque. Selon les instructions d'Hiram Abif, le Compagnon du Métier grava ensuite la marque d'approbation du Maître de la Marque sur la pierre autour de la sienne et sur le pourtour huit lettres, sur lesquelles la tradition présente quelques hésitations car elles ne sont plus transmises dans leur langue d'origine mais dont on pensa généralement qu'elles correspondaient à : H.T.E.V.E.A R.S..

La pierre fut apportée au Temple avec beaucoup de pompe et de faste et tandis qu'on la mettait en place, le Maître de la Marque nouvellement reçu, dans une joyeuse extase, joignit les mains de la façon décrite pour le  quatrième signe du grade  et regardant vers le ciel s'exclama : "Dieu soit loué, j'ai bien marqué".

(1) Chroniques II, 2, vers, 17-18 :

"Salomon compta tous les étrangers qui étaient dans le pays d'Israël, et dont le dénombrement avait été fait par David, son père. On en trouva cent cinquante-trois mille six cents. Et il en prit soixante-dix mille pour porter les fardeaux, quatre-vingt mille pour tailler la pierre dans la montagne, et trois mille six cents pour surveiller et faire travailler le peuple".

Décompte :

- 70.000 pour porter les fardeaux

- 80.000 pour tailler les pierres dans la montagne

- 3.600 pour surveiller et faire travailler le peuple

soit 153.600 tous "étrangers". 

Rois I, 5, vers. 13-16 :

"Le roi Salomon leva sur tout Israël des hommes de corvée ; ils étaient au nombre de trente mille. Il les envoya, au Liban, dix mille par mois alternativement ; un mois au Liban et deux mois chez eux. Adonhiram était préposé sur les hommes de corvée. Salomon avait encore soixante-dix mille hommes qui portaient les fardeaux et quatre-vingt mille qui taillaient les pierres dans la montagne, sans compter les chefs, au nombre de trois cents, préposés par Salomon sur les travaux et chargés de surveiller les ouvriers. Le roi ordonna d'extraire de grandes et magnifiques pierres de taille pour  les fondements de la maison. Les ouvriers de Salomon, ceux de Hiram et les Guibliens les taillèrent et  préparèrent les bois et les pierres pour bâtir la maison." 

Décompte :

- 30.000 hommes de corvée dans le Liban (Israélites)

- 70.000 hommes qui portaient les fardeaux (Israélites aussi vraisemblablement)

- 80.000 hommes qui taillaient les pierres dans la montagne (Les ouvriers de Salomon, ceux de Hiram et les Guibliens les taillèrent...)

- 3.300 hommes préposés par Salomon sur les travaux et chargés de surveiller les ouvriers (plusieurs nationalités sans doute aussi, comme les précédents)

soit 183.000.

Le total de 113.300 donné par l'instruction du grade de Maître Maçon de la Marque correspond donc au Livre des Rois, à la condition de faire abstraction des 70.000 hommes qui portaient les fardeaux. Si l'on opérait la même soustraction dans les effectifs des Chroniques on n'arriverait qu'au total de 83.600.

On peut faire plusieurs remarques :

Il n'est pas légitime de ne pas soustraire également les trente mille hommes de corvée dans les forêts du Liban car il semble bien qu'ils coupaient les bois et ne taillaient pas la pierre. Pourquoi alors les faire entrer dans les effectifs des Loges des Maçons ?

Si l'on examine ces comptes on voit qu'il avait été formé 1.100 loges de cent membres (1.100 x 100 = 110.000). Avec 80.000 tailleurs de pierre seulement, on n'aurait pu trouver un nombre entier de membres (72,72). Est-ce la raison ?

Une différence remarquable entre les deux textes porte sur les nationalités.

- Pour les Chroniques tous les hommes employés à la construction du Temple étaient des étrangers.

- Pour le Livre des Rois, les hommes de corvée étaient exclusivement israélites. Il semble que ceux qui portaient les fardeaux l'étaient également. Par contre, il est clairement dit que les tailleurs de pierres étaient ouvriers de Salomon, ouvriers d'Hiram et Guibliens (habitants de Gébal ; on dit aussi Guiblites), 

(2) Selon que l'on inclut le chiffre des 300 inspecteurs dans ces 3.300 ou qu'on les y ajoute, on arrive au chiffre des Rois ou à celui des Chroniques (3.600). La première hypothèse est la plus vraisemblable puisque c'est au Livre des Rois comme on vient de le voir que se réfère le chiffre précédent de 113.000. 

(3) Hiram Tyrien, Enfant de la Veuve, Envoyé au Roi Salomon ; ou en anglais : Hiram Tyrien, Widow's Son, Sent To King Salomon (H.T.W.S.S.T.K.S.).

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Le Rite Ecossais Philosophique : description critique des éléments d'une Loge.(extrait)

31 Janvier 2014 , Rédigé par Jacques Litvine Publié dans #Rites et rituels

Analyse critique du rite philosophique aux grades symboliques.  

Bien que très proche du rite français, tant dans la disposition de la loge que celle des surveillants, le R.E.P. présente de nombreuses différences d'avec celui-ci.  

Les colonnes force, sagesse, beauté.  

· ..... "la loge est éclairée par trois grandes lumières que l'on nomme étoiles, placées en triangle autour du tapis de loge, c'est à dire, une du côté de l'Orient, à la droite en entrant dans la loge, la seconde du côté du premier surveillant ou du midi et la troisième du côté du second surveillant ou du nord" ... ou suivant le titre I art V et VI du Ms Calvet 3071: ...... " au milieu du Temple et sur le pavé, sera tracé avec de la craïe, le tableau connu de tout Maçon. Il y aura trois grands chandeliers portant chacun un flambeau: placés, l'un au coin du tableau entre l' Orient et le midi, les deux autres à l'Occident, l'un entre le midi & l'Ouest, l' autre entre l'Ouest & le Nord .... " Cette disposition observée actuellement au rite "moderne belge", diffère notamment du français qui les place au nord-est, sud-est et sud ouest. Les colonnes sagesse, force et beauté ou piliers, n'ont aucune origine biblique. Elles ne se rencontrent pas dans les Constitutions gothiques, n'apparaissent dans les manuels maçonnique qu'avec le pamphlet de- Prichard: "Masonry Dissected", puis il n'y est plus fait allusion, en Angleterre tout au moins, que dans un manuscrit; "Dialogue entre Simon et Philip" de 1740. En France, c'est avec le "Catéchisme des Francs-Maçons" qu'apparaissent effectivement les trois colonnes, confondues avec l'étoile flamboyante, pour la beauté, avec la colonne J pour la force et la colonne B, pour la sagesse. Presque toutes les divulgations françaises reprendront cette confusion, tant dans le "Maçon Démasqué" où il est dit à propos des colonnes J & B.: ...... "sur le chapiteau des colonnes (J & B.) et au point de l'orient, sont écrits les mots : Sagesse, Force, Beauté."

Ainsi que dans la "Maçonnerie Adonhiramite" où en page 21, le catéchisme identifie la colonne du septentrion avec la sagesse, en page 54 la colonne du midi avec la Force et assimile le tout en page 59 ... "soutenue par deux grands piliers" (sagesse et force). Le rituel reconstitué du Marquis de Gages datant de 1767 reprend la même imprécision symbolique. Mais dans la deuxième édition de "L'Ordre des Francs-Maçons trahis", datant de 1744, sur la planche II du Secret des Franc-Maçons, les trois lumières sont situées: deux à l'Orient sud et nord et une à l'Occident, sud, et sont indépendantes des colonnes. La distinction, ou, comme le dit Guy Verval, la dichotomie appartiendra aux rites Ecossais pour lesquels "Colonnes "et "Piliers "sont des entités différentes.

Le rite philosophique appuie sa description de la loge sur cette différence et le Règlement Général de la Maçonnerie Ecossaise de 1805, en page 2 art. 3, dit .... "Il y aura à l'Orient de la Loge, un siège élevé de trois marches au moins, surmonté d'un dais rouge ou bleu céleste, frangé de rouge et parsemé d'étoiles d'or, sur lequel se placera celui qui présidera la Loge. L'Orient sera décoré d'un soleil, d'une lune entourée d'étoiles et une étoile flamboyante avec la lettre connue des Maçons ... " et art. 4 ... "à l'Occident et à la porte extérieure du Temple seront les deux colonnes mystérieuses connues des Maçons. Dans l'intérieur du Temple, à l'extrémité des colonnes seront placés deux sièges élevés d'une marche au dessus des autre FF, lesquels seront occupés par les deux surveillants ... " puis l'art. 5 .... "Au milieu du Temple et sur le Pavé, .. ( .. ) .. environné de trois grands Chandeliers, portant chacun un flambeau, l'un au coin du tableau, entre l'Orient et le midi, les deux autres à l'Occident, l'un entre le Midi et l'Ouest, l'autre entre l'Ouest et le Nord .... " et l'assimilation des trois lumières aux trois flambeaux est définie dans l'article 6: · ..... " ..... ' sera présidée par un Frère que l'on nommera le Vénérable et par deux autres FF que l'on appellera Surveillants, lesquels représentent les trois lumières, ou les trois colonnes de la Loge ..... " Cette disposition sera observée tant à Marseille qu'à Paris. Pierre Noël, dans l'annuaire de 1984 souligne ce fait en page 60, bien qu'il signale dans le Règlement de la loge Saint Jean de la Vertu Persécutée en Avignon une position sud est, sud ouest et Nord-Ouest des trois chandeliers, ce que nous ne retrouverons ni dans les rituels de la Mère-Loge Ecossaise de Marseille, ni dans le manuscrit des Philalèthes, ni dans le texte souligné par Désaguliers (Ms Calvet 3071 1774) où la position est bien sud-est, N-E, N-O. Nous ajouterons une nouvelle source pour clore cette controverse, le Règlement Général de la Maçonnerie Ecossaise philosophique, scellé par Godefroid de la Tour d'Auvergne que nous a transmis René Désaguliers et qui en page 3 par. 5, reprend la même description. Le Catéchisme philosophique au degré d'apprenti définit l'interprétation:  

D - Qu'avez-vous vu quand on vous a donné la Lumière ?

R - Trois grandes Lumières: le Soleil, la Lune et le Vénérable.

D - A quoi servent ces Lumières?

R - Le Soleil à éclairer les FF. dans le jour, la Lune pendant la nuit, et le Vénérable dans le cours des travaux maçonniques.

D - N'avez-vous pas vu d'autres Lumières?

R - Trois grands flambeaux qui représentent le Vénérable et les deux Surveillants.  

Nous ne pouvons que constater cette différenciation, elle définit deux séries distinctes: les trois grandes Lumières sur lesquelles repose le Temple représentées par trois grands Chandeliers qui placés autour du tableau représentent la triade Sagesse Force et Beauté et sont associés au Vénérable Maître et aux deux surveillants, mais ne peuvent être assimilés au porche du Temple. Ceci se retrouve d'une manière nette dans le rituel du rite des Philalèthes, citant comme grade ultime de la maçonnerie Ecossaise celui de "Sublime Philosophie",

Dans son catéchisme au grade d'apprenti, nous lisons en page 30:  

D - Que représente le Temple?

R - Le Temple de Salomon.

D - Sur combien de colonnes était appuyé le Temple?

R - Sur trois colonnes

D - Comment s'appelaient-elles?

R - Force Sagesse et Beauté. La Force pour l'entreprise, la Sagesse pour l'exécution et la beauté pour l'ornement.

D - Combien y avaient-ils de colonnes dans le Temple?

R - Deux, la colonne J et la Colonne B.  

Voilà parfaitement exprimé, la notion des colonnes ou piliers-bases du Temple idéalisés par F-S-B et le porche du Temple où se rassemblent les Ouvriers de l'Œuvre. Aux rites Ecossais, l'association des trois grands piliers soutenant le Temple de Salomon, avec la Force, la Sagesse et la Beauté et aussi avec le Vénérable Maître et les Surveillants, est un fait que Pierre Noël décrit sous-tendant un élément vétéro-testamentaire qui ne se rencontre pas d'une manière précise dans le rite moderne.

Les loges anglaises considèrent la loge située au parvis du temple.

Preston dans ses lectures (clause 5, pp. 249) donne la version suivante: What name did he confer on them ? ... ' la colonne dans sa main droite, s'appelait "J", elle symbolise l'établissement, la solidité la permanence. La colonne dans sa main gauche (Salomon), il la nomma "B.", elle était l'emblème de la force du pouvoir et de la puissance. What were both considered ? Le nom de ces piliers se doit de démontrer la solidité de la bâtisse qu'Il avait érigée et que Dieu dans sa force veut confirmer (establish) et en faire sa maison à jamais. Les manuscrits anciens, du tout début de la Maçonnerie française, relevés par Verval "Toute l'Institution de la Franc-Maçonnerie"(1724), "Le grand Mystère des Francs-Maçons découverts"(1725), "L'institution des FRANC-MAÇONS" datant des mêmes années ainsi que "Toute l'Institution des Francs-Maçons ouverte" et toutes notent la colonne J à droite de la colonne B à gauche mais leur signification est différente, Jakin signifie "force" et Boaz" Beauté". La loge se tient au parvis du Temple et le Vénérable Maître fait face à l'Est pour regarder le soleil levant et les surveillants, face à l'Ouest pour contempler le soleil couchant ce qui est conforme à l'orientation biblique du Temple de Jérusalem. Plus tard, avec l'inversion des mots aux deux premiers degrés, cette disposition des deux colonnes porche du Temple fut inversée, et c'est cette nouvelle disposition qui rencontre les commentaires de Dyer et que les rites français de la moitié du 18èmesiècle adoptèrent. L' Ordre des Francs-Maçons Trahis expose dans ses planches J à Gauche en entrant et B, à droite. Les rituels philosophiques de 1774, de 82, de 1803 et celui des Philalèthes (1783 ?), également, et cela sera le cas des rites et rituels français, à l'exception du Rite Ecossais Ancien et Accepté lui procédera à l'inversion des colonnes, mais n'en modifiera pas la signification. n réalité, ce n'est pas tant l'inversion des colonnes qui est significative, mais la position de la loge par rapport au temple: le travail maçonnique s'effectue dans le temple et le Vénérable est ou le reflet du ou dans le Saint des Saints. Avant de continuer, j'aimerais soumettre aux réflexions une hypothèse sans doute critiquable, mais néanmoins curieuse. Dans le Temple actuel de la Respectable Loge "La parfaite Amitié no11", après le porche, derrière les colonnes, est placé un miroir couvrant le mur. Déplaçons ce miroir et plaçons le au niveau des colonnes J et B, comme s'il passait au milieu de celles-ci. Regardons l'image réfléchie du Temple virtuel. Le Vénérable en image a donc la colonne du Nord à sa droite, la colonne du Sud à sa gauche, il regarde le soleil levant et le porche est orné de deux colonnes J à gauche et B à droite ce reflet répond exactement à la disposition du Saint Temple de Jérusalem. Peut-on suggérer que la Loge n'est que le reflet d'une plus haute conception qui doit inspirer actes, paroles et pensées? Ne disons plus porche ou Saint des Saint, définitions difficiles et parfois grinçantes de la localisation de la Loge, mais reflet obligé de la Grande Loge au Haut des Cieux.  

Les Grandes Lumières.  

Les trois Grandes Lumières que les loges "Ancient" transformèrent ultérieurement en Bible, Equerre et Compas, étaient dans les premiers temps le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. Le rite philosophique comme le rite Ecossais Rectifié et le rite Français Traditionnel, en les maintenant, respectaient la symbolique traditionnelle des "Moderns". Ces trois lumières gardent un caractère trinitaire ou ternaire indiscutable, la Maçonnerie du l8èmesiècle, très chrétienne, s'inspirait largement des Ecritures, mais avait également d'autres sources originelles que nous définirons plus loin. Quid au rite Philosophique? Le Ms. des Philalèthes, donne dans son Catéchisme les instructions suivantes:  

Q - En entrant en Loge, qu'avés-vous vû ? .

R - Rien que l'esprit humain puisse comprendre.

Q - Quand on vous a dessillé les yeux, qu'avés-vous vû?

R - Trois grandes Lumières, le Soleil, la Lune et le grand Maître.

Q - Est-ce que le  Maître est une lumière?

R - Oui, de même que le Soleil éclaire le jour, la Lune, la nuit, le Maître éclaire la Loge.

Q - N'avés-vous pas vû de plus grandes Lumières?

R - Oui, j'ai vu la Sainte Bible, qui est le vrai flambeau de nos âmes pour nous conduire dans la voie du Salut. 

Cette "plus grande Lumière" n'est pas sans rappeler le Catéchisme du Dialogue entre Simon et Philip, que reprend Verva1 en page 181,  

Phil- Vous dites que vous avez vu trois grandes Lumières, n'avez vous pas vu d'autres Lumières?

Sim- Si, une qui surpassait de loin le Soleil et la Lune.

Phil- Qu'était-ce?

Sim- La Lumière de l'Evangile.  

Les Instructions du premier grade de la Mère-Loge Ecossaise à l'Orient d'Avignon datant de 1774, donnent les réponses suivantes:  

Q - Qu'avez-vous vu quand on vous a donné la Lumière?

R - Trois grandes Lumières: le Soleil, La Lune et le Vénérable.

Q - A quoi servent ces Lumières ?

R - Le Soleil à éclairer les Frères le jour, la Lune, de nuit et le Vénérable en Loge sur les travaux Maçonniques.

Q - N'avez-vous point vu d'autres Lumières ?

R - Trois grands Flambeaux qui représentent le Vénérable et les deux Surveillants.

Les commentaires de René Désaguliers concernant cette réponse rencontrent la proposition faite concernant les colonnes Force Sagesse-Beauté: les Flambeaux se trouvent associés au Vénérable et aux deux Surveillants, mais sont séparés des trois grandes Lumières. Ce fait a eté signalé comme caractéristique des rites Ecossais, mais Désaguliers souligne que ... "ce fait n'est pas encore explicité clairement ni peut-être même ressenti" ... et d'ajouter ... "c'est ici que commence la difficulté de la superposition de la Grande Loge des Anciens transportée en milieu continental où les habitudes des Modernes étaient fortement enracinées" .... Grâce à René Désaguliers, qui réussit à tracer et retrouver des rituels soigneusement enfouis dans le secret des bibliothèques, nous avons pris connaissance des manuscrits "officiels" des Loges des "Commandeurs du Mont-Thabor"59à l'Orient de Paris et "Les Militaires Réunis" à l'Orient de Versailles". Les réponses aux questions précédemment posées sont identiques à 1774 et resteront identiques en 1811 (L. de Marseille) et 1841 (Bruxelles). Prichard dans "Masonry dissected" cite le catéchisme datant de 1730 et cite les répliques suivantes:  

Q - Have you any lights in your Logde ?

A - Yes, three.

Q - What do they represent ?

A - Sun, Moon and Master-Mason.  

et il continue le questionnaire ou catéchisme en énumérant les fenêtres qu'il qualifie de Fixed Lights. Dyer retrace le cheminement historique et ésotérique de ce symbole bien particulier. Le candidat est tenu de recevoir et percevoir la "Lumière maçonnique" lors de son initiation et lorsque le bandeau tombe, il est invité à  découvrir des sources de lumière, bien spécifiques: les trois Grandes Lumières. D'après Dyer, en 1717, la Première Grande Loge considérait celles-ci comme étant les lumières situées à l'est, au sud et à l'ouest. Le Manuscrit "Wilkinson" datant de 1727, est le premier à les dénommer ainsi d'une manière formelle écrit Dyer et comme nous le citions plus haut ne reprend plus cette définition et donne aux fenêtres le sens suivant: des sources de lumières venant de ces points cardinaux et représentant le soleil aux différents points de sa course, différents des trois grandes lumières, le Soleil, la Lune ces deux grands luminaires de la nature, offerts par Dieu au Maçon spéculatif, afin qu'il puisse en temps étudier et travailler pour sa loge. Même dans l'obscurité, Loge et Fraternité sont présentes mais seul ces cadeaux du Grand Architecte permettent de jouir de leur présence physique. Le Vénérable Maître est alors la source la plus importante de Lumière, car il est celui qui indique et communique. Mackenzie reprend cette définition qu'il juge assez ancienne et ajoute que dans les loges modernes (il faut entendre actuelles, nous sommes en 1875) les trois fenêtres de l'Est du Sud et de l'Occident ont été remplacées par les petites lumières. Seules les fenêtres ou "Fixed -Lights" jettent un regard sur l'extérieur et laissent surtout les, rayons du Soleil pénétrer le monde sacré. Comment en est-on arrivé à assimiler les Grandes Lumières au Volume de la Loi Sacrée, l'équerre et le compas? Il s'agit plus que probablement d'un emprunt britannique, assez tardif. Dans la deuxième période du 18ème siècle, la Grande Loge des Ancients, probablement sous influence Irlandaise transforma ces trois grandes Lumières en "moins grandes lumières" et remplaça les trois grands luminaires par le Volume de la Loi Sacrée, l'équerre et le compas. La source physique de l'inspiration devenant emblématique, et spiritualiste, guidant le maçon spéculatif dans ses devoirs d'homme, de maçon dans ses responsabilités vis-à-vis de Dieu et de ses voisins. Dans Hiram la différence entre Grandes et "Moins Grandes (lesser Lights) est clairement indiquée:  

Q - When you was thus brought to Light, what were the first things you saw?

A - The Bible, Square and compass.

Q - What was it they told you they signified?

A - Three great Lights in Masonry.

Q - Explain them, Brother.

A - The Bible, to rule and govern our Faith, the Square, to square our actions, the Compass to keep us within the bounds with all men.

Q - What were the next things that was shewn to you ?

A - Three Candles, which I was told were three lesser Lights.

Q - What do they represent ?

À. - The Sun, Moon and Master-Mason.

Q - Why so, Brother ?

A - lt is the Sun to rule the day, the Moon to rule the night and the Master-Mason his Lodge.  

Cette interprétation typiquement "Ancient" fut acceptée, comme l'ensemble du rituel d'ailleurs lors de l'Union en 1813. Le Rite Ecossais ancien et accepté l'adopta et nous trouvons dans le Guide des Maçons Ecossais de 1820 :  

D- Lorsque vous eûtes reçu la Lumière, qu'est ce qui frappa votre vue?

R - Une Bible, une équerre et un compas.

D - Que vous dit-on qu'ils signifiaient ?

R - Trois grandes Lumières dans la maçonnerie.

Q - Expliquez-les moi.

R - La Bible règle et gouverne notre Loi, l'Equerre nos actions et le compas nous maintient dans les justes bornes envers tous les hommes et particulièrement envers nos Frères.

Q - Que vous montra-t-on ensuite?

R - Trois Sublimes Lumières de la Maçonnerie, le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge.  

Les rites Français traditionnel, Ecossais Rectifiés et Philosophiques, gardèrent l'usage des symboles "Moderns".  

L'Etoile Flamboyante et la Lettre "G"  

Dans une loge philosophique, comme au RER ou au rite Français Traditionnel, l'étoile est toujours présente mais non illuminée au premier grade. Le Manuscrit philosophique Trumps66, le plus récent en notre possession, commence son catéchisme après les questions préliminaires, bien entendu, au grade de Compagnon par ces mots:  

D - Pourquoi vous-êtes vous fait- recevoir Compagnon?

R - Pour connaître la lettre "G".

Q - Que signifie la lettre "G" ?

 R- Gloire, Grandeur et Géométrie. Gloire à Dieu, Grandeur au Vénérable et Géométrie à tous les Maçons.  

Le Catéchisme de 1808, de la Resp. Loge des Commandeurs du Mont - Thabor est absolument identique. Le manuscrit Calvet de 1786, rapporté par René Désaguliers dans Renaissance Traditionnelle donne une question et réponse identique quant au fond mais légèrement différente dans la forme.  

Q - Quand vous avés été reçu Compagnon, qu'avez-vous vû ?

R. - Une grande Lumière qui était produite par l'étoile flamboyante au milieu de laquelle ét le lettre "G".

Q - Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Compagnon?

R - Pour connaître la lettre "G".

Q - Que signifie la lettre "G" ?

R - Elle signifie Gloire, Grandeur et Géométrie. La Gloire à Dieu, Grandeur au Maître et Géométrie aux Ouvriers.  

Le manuscrit de 333 cite deux réponses, la première en page 40:  

Q - Qu'avés-vous vû en entrant en Loge?

R - La Lettre "G".

Q - Que signifie-t-elle ?

R - Géométrie, cinquième des Sciences.  

Mais en page 49, lors de l'interrogatoire du Compagnon désireux d'être élevé à la Maîtrise, et qui subit un tuilage bien différent du tuilage "symbolique" de nos loges actuelles dont la brièveté cache le plus souvent une ignorance redoutable, les questions diffèrent:  

D - Que signifie la lettre "G" qui est au milieu de l'étoile flamboyante?

R - Quelque chose de plus grand que vous et moi, GOD qui en Anglois, veut dire Dieu.  

Ce qui rappelle le dialogue de Prichard  

Q - Who doth that "G" denote ?

A- The Grand Architect of the Universe and Contriver of the Universe, or he that was taken up to the top of the Pinnacle of the Holy Temple.  

Au Second Degré, c'est le terme Géométrie qui revenant comme un leitmotiv lors de l'initiation, martèle le thème principal de ce grade. Le Cooke MS. que Georges Payne introduisit comme "le plus vieux manuscrit des Constitutions" lors d'un discours en 1721 (74) mentionne les sept arts libéraux et les sciences insistant sur le fait que la Géométrie est une des plus importantes et l'origine de tout. 

Preston exprimait la pensée que Maçonnerie et géométrie devaient signifier la même chose pour ceux qui étaient concernés et s'en inquiétaient: ... "originellement, Maçonnerie et Géométrie devaient être considérés comme synonymes.  lorsque concernant les Sciences en général. La géométrie bien que limitée à une partie de la science était considérée comme essentielle à toutes et symboles de connaissance" ... , Preston affirme que la "Free-Geometry" était sujet d'études dans un cadre moral ou philosophique pour les Maçons spéculatifs. Dans la biographie de Preston par Dyer, l'auteur cite les clauses 6,7 & 8 des discours sur le second Grade. Preston y parle longuement de la lettre "G". Pour Preston la lettre "G" signifie second Grade. Preston y parle longuement de la lettre "G"75. Pour Preston la lettre "G" signifie bien Géométrie et énonce dans le premier alinéa de la clause 9:  

  • Quelle est la signification morale de la géométrie?
  • Dans cette recherche, nous sommes en mesure de retrouver la nature sous ses formes diverses et dans ses recoins les plus secrets, comme si par le biais de cette science, il nous y était possible de découvrir la Sagesse, le Pouvoir et la Bonté du Grand Architecte de l'Univers et examiner avec un plaisir sans bornes, les proportions sublimes qui unissent et sanctifient les fruits de la création ...... ". 

Cette conception de la figure géométrique, se retrouve dans un des dialogue de Platon le plus connu car traduit par Cicéron en Latin, mais non le plus crédible, le Timée, qui reprenant le 13èmepostulat d'Euclide qui venait d'être révélé à l'époque, fait des triangles équilatéraux le chaos originel qui mis en place par Dieu ou le Démiurge, donnent naissance à l'Univers et aux éléments, illustrés par les "corps Platoniciens". Le "G" ne pouvait alors qu'être "GOD" ou «Genèse» et cette définition est reprise dans le catéchisme au troisième grade du rite Ecossais Philosophique. Le régulateur du rite Français (1801) rejoint la définition postulée: ... "elle (la lettre "G") est l'emblème du Grand Architecte de l'Univers qui brille d'une Lumière qu'il n'emprunte qu'à lui seul ... elle est aussi le symbole de cette portion de Lumière divine dont le Grand Architecte de l'Univers a formé nos âmes ... ". La lettre HG" est donc forcément l'initiale du Très-Haut, et la "Géométrie" prend la même signification que Genèse 1. Le malaise rencontré dans certains rituels du second grade provient d'une déviation dans la compréhension de la philosophie du grade, qui doit sceller le devenir de l'apprenti en le confirmant dans l'acceptation au sein de la Fraternité et en lui donnant une place et la ligne de conduite obligée par l'Etoile Flamboyante et l'étude de la Géométrie, prise dans le sens platonicien. La transformation de ce grade-clef en une apologie du Compagnonnage comme il est souvent devenu sous certaines constitutions est une erreur...

ACTA MACIONICA Volume 7 (5997)

 

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Les trois premiers grades du Rite Ecossais Philosophique

28 Janvier 2014 , Rédigé par Jacques Litvine Publié dans #Rites et rituels

Le premier grade.

 

La Loge étant formée toute la signification cérémonielle prend une valeur nouvelle et l'initiation revêt un instant sacré où l'impétrant naît à une vie nouvelle.

Comme à tous les rites, le principe ternaire, ou Trinitaire est de rigueur.

Le candidat est introduit par trois grands coups, le Vénérable lui demande par trois s'il persiste, après être sorti de la caverne où il communie avec la terre-Mère et sa conscience le candidat fera trois voyages initiatiques avant de prêter serment sur les trois lumières et être proclamé par trois fois.

L'ouverture et la fermeture ont été commentés avec les généralités, nous n'analyserons que la cérémonie proprement dite.

Le séjour dans la caverne est particulièrement important et au rite Philosophique bien codifié. Conçu pour amener le candidat à réaliser l'importance de sa démarche, il vise à ce que le futur maçon prenne conscience de son inimportance, de son insignifiance en dehors de, ou par comparaison avec l'humanité dont il n'est qu'un humble maillon.

Cette partie très importante de la cérémonie mettra l'ascension vers la lumière en valeur, mais aussi et surtout placera le candidat en "condition" pour qu'il reçoive celle-ci pleinement.

Le séjour dans la caverne est notablement sobre dans les détails, mais aussi plus éprouvant : pas de VITRIOL, pas de dessins, pas d'ossements, rien qu'un quignon de pain sec, un verre d'eau et une table avec du papier et un verre d'eau, éventuellement un sablier. Et les seuls contacts qu'il aura seront fait par deux FF inconnus du candidat afin de savoir s'il persiste à se  faire recevoir.

Le rite fait revêtir le candidat de lin blanc, n'est-il pas probe et libre, libre ... pas tout à fait: le pied droit en pantoufle, le pied gauche nu lui fait saisir la précarité de son existence et de sa situation en le déséquilibrant légèrement, la plante gauche dénudée, au contact de la terre lui rappelle sa dépendance totale vis à vis de celle-ci. Le genou droit dénudé lui permettra de prêter serment non seulement sur les symboles, mais mis à la terre", origine des "Mères" et comme le disait Goethe: il devrait trembler de prête serment sur de si redoutables fondations.

La poitrine dénudée montre que le cœur du candidat n'a rien à cacher et ose se montrer à nu aux yeux de ceux qu'il désire rejoindre. Accessoirement il témoigne de ce qu'il appartient bien au sexe masculin, mais là n'est pas le symbole principal, bien loin de là. La maçonnerie ne connaît pas le corps "matériel" en tant que tel, si ce n'est avec le profond respect pour l'âme qui l'habite.

Il est dépourvu de métaux, ceux-ci, outils de la civilisation, ne lui seront d'aucun secours en ce lieu sacré et le Temple ne fut-il pas bâti sans l'aide d'aucun outil de métal, la Jérusalem Céleste à laquelle il dédiera sa vie, à plus forte raison n'en requiert aucun.

L'introduction du candidat par trois grands coups appelle un interrogatoire sommaire quant à la personne du candidat conduit par le Vénérable, relayé par les surveillants. Au REP, il ne comporte aucune question quant à la religion du Candidat.

Les VOYAGES.            

Ceux-ci n'existent pas sous la forme connue par à peu près tous les rites continentaux au rite anglais. Ils proviennent probablement de la folie littéraire des XVIIèmeet XVIIIèmesiècles, avec le Télémaque de Fénelon, les voyages de Cyrus de Ramsay, le Séthos de Terasson et rappellent les épreuves initiatiques des Isiarques et d'Eleusis.

Les rites anglais adoptés par la Loge de réconciliation en 1813, connaissent effectivement les déambulations, mais celles-ci ne sont pas l'objet d'épreuves ni initiatiques ni "physiques" quelles qu'elles soient.

Le premier voyage amène une purification par l'eau. Ceci est le rite purificatoire primordial, l'impétrant doit se présenter lavé de toute souillure, les baptêmes par immersion ou par onction ne procèdent pas autrement.

Pratiqué d'une manière toute symbolique, ce voyage n'est pas accompagné comme au rite moderne d'un tintamarre qui lui ôte sa signification principielle pour en faire l'emblème du Chaos. Bousculer le candidat, lui mettre des obstacles sur la route qu'il parcourt les yeux bandés dans un chahut d'épées et de pieds tapés sur le sol, enlève en grande partie le sérieux e la cérémonie, la fait s'étioler dans l'esprit des assistants, mais surtout en change la signification profonde. Il s'agit au R.E.P d'une purification par l'eau lustrale et non d'un retour chaotique dans le monde profane.

A l'issue de ce premier voyage, conduit au son d'une musique relativement bruyante, quelques questions rituelles sont posées sur la conception du candidat quant aux DEVOIRS de l'homme.

Diablement important ce passage, car la morale actuelle oublie trop souvent les devoirs de l'homme pour ne penser qu'aux droits du citoyen. Le rôle du Maçon n'est-il pas cependant sa mise à la disposition de l'humanité et son travail un don à sa famille et à la société?

Les assistants se gardent bien d'interrompre ou de souffler la "bonne" réponse au candidat, qui reste seul devant les interrogations.

Le Vénérable s'il a obtenu une réponse satisfaisante fait alors procéder au second voyage qui est une PURIFICATION PAR LE FEU. A l'issue de celle-ci menée d'une façon symbolique, une flamme de bougie est promenée sur la main nue du candidat, d'autres questions sont posées par le Maître sur les raisons qui poussent le futur apprenti à vouloir entrer en loge.

Le troisième voyage crée la grande différence d'avec le rite moderne Français.

Au rite moderne, le candidat après avoir quitté la caverne, voyage par l'air dans un monde bruyant symbolisant le monde profane, puis dans un monde un peu plus éloigné de celui-ci, à l'issue duquel il est purifié par l'eau et enfin au troisième voyage, passé par les flammes purificatoires dans une sérénité enfin méritée.

Au rite philosophique comme au rite Français Traditionnel, la triade est fort différente. Pour bien situer l'impact de cette initiation, il faut se rappeler les Evangiles, notamment celui de Saint Jean, et si le premier voyage est un baptême par l'eau, le second voit l' impétrant purifié par le feu du Saint Esprit.

Une autre signification, kabbaliste, peut-être donnée à ceci, l'approche en sera faite lors d commentaires du grade de Maître.

Lavé de toutes souillures par l'eau baptismale, purification qu'il n'obtient qu'à la condition de souscrire aux devoirs essentiels de l'homme et d'en faire la preuve tant orale que morale par la qualité de ses réponses, le feu achève de métamorphoser le néophyte, s'il prouve la pleine conscience de sa démarche.

Ensuite vient l'épreuve ultime, l'alliance-baptême par le sang. Cette forme initiatique est une des plus anciennes de l'humanité, l'offrande du sang étant le don le plus sacré et le plus précieux et ce dans toutes les formes de pensée spirituelles.

Abraham offrait son fils au Seigneur; le sang des guerriers était versé pour la marche du Soleil Roi chez les Mayas comme chez les Aztèques et les alliances sacrées comme les "pactes" diaboliques ou non, n'étaient ils pas signés de mémoire d'homme par le sang, enfin, la Rédemption n'est-elle pas elle aussi un pacte de sang?

Cependant, avant cette offrande du sang à la Fraternité, un dernier voyage est accompli dans le silence le plus total.

Homme "pur" mais seul devant sa conscience, ainsi qu'il lui est fait préalablement remarquer, le candidat conduit toujours par le tranchant de l' épée du frère terrible symbole de la difficulté dans la voie de la vertu, voyage dans le noir et le silence.

Cette dernière déambulation est suivie d'une instruction ésotérique. Le Vénérable Maître l'instruit de l'Universalité de la famille Maçonnique, de la Fraternité profonde qui unit le Maçons.

Alors et alors seulement il lui est demandé de sceller son serment par l'offrande de son sang ou de sa vie en buvant le calice. Ce faisant il témoigne de son attachement définitif à l'Ordre dans1equel il désire entrer et prouve de son courage à en défendre les principes.

Les épreuves de l'eau baptismale, du feu purificateur et du sang qui scelle l'alliance, sont un triade initiatique relevant de l'antiquité la plus noble dans les pactes d'alliance entre l'humain et le divin.

La cérémonie se poursuivant l'impétrant, au rite écossais philosophique, est conduit dans sa robe blanche, symbole de la candeur de ses et des intentions de l'Ordre, à l'Occident. Les paroles du Vénérable changent de style, le ton se faisant plus affectueux, le candidat est rassuré quant au fait d'avoir les yeux bandés "qui n'enlève rien à sa dignité d'homme". Ensuite, instruction lui est faite par l'Orateur du serment traditionnel et ancestral , comprenant les pénalités anciennes, serment qui ne contient rien de contraire à l'Etat et à son Souverain ainsi qu'à la Religion (qui est ainsi évoquée pour la première fois) et assurance lui est demandée s'il "persiste s'engager formellement".

La Cérémonie, à la demande du candidat peut encore être interrompue à ce stade.

Il est évident que cette cérémonie initiatique, avec ses temps forts de purification et d'engagement suivis d'un serment dont le candidat a connaissance avant de le prêter et encore sous sa forme la plus sévère, est une cérémonie qui ne laisse subsister aucune équivoque ni aucune inconnue quant à son importance et sa portée, tant pour le néophyte que dans le chef des assistants.

Le candidat aura ensuite à prêter son serment, à l'Orient, le genou droit en terre en signe de communion avec celle-ci, mais le genou dans un équerre tournée vers l'Occident, car il est sous la protection de ceux qui sont déjà ses Frères un compas ouvert sur le cœur et il prononcera le serment devant" le Grand Architecte de l'Univers et la Respectable Assemblée" en le terminant par la phrase "Que Dieu me soit en aide" et en le scellant de ses lèvres sur le volume de la Sainte Loi.

Reconduit à l'Occident sous une voûte d'acier, la lumière lui sera accordée par le Vénérable au troisième coup de maillet et à cet instant, une lumière violente l'éblouira, lui rappelant comme le lui dira le Vénérable par sa fugacité, la vanité des gloires mondaines; la pipe à Lycopode du R.F.T et le "Sic Gloria Mundi" du rite écossais rectifié relèvent de la même démarche.

Le nouveau frère vient à la lumière dans le cercle des épées fraternelles qui lui rappellent une dernière fois la rectitude de pensée et d'action qui doivent obligatoirement animer les Franc-Maçons, ... mais aussi les remords qui ne manqueraient pas de lui percer le cœur s'il venait à manquer à son serment.

Il restera au jeune frère à être adoubé par le Vénérable, sur le front et par trois fois et à être reconduit au parvis pour reparaître en Loge, cette fois débarrassé de sa robe et correctement vêtu, mais toujours sans ses métaux.

Nouvel ouvrier à la Jérusalem Céleste, il doit apprendre, et le catéchisme le lui transmettra, que tous les outils de métaux en étaient bannis car impurs.

Il lui restera, pour que la cérémonie soit totale à recevoir son décor, les mots de passe et sacrés, les gestes et attouchements, et en prouver l'assimilation avant d'être proclamé devant la Loge debout, ce par trois fois.

Avant les paroles de bienvenue prononcées par le Frère Orateur, une instruction générale du grade doit obligatoirement être faite. Cette pièce d'anthologie maçonnique est, au rite philosophique, un réel credo maçonnique qui bien compris explique la dichotomie des Lumières, grandes et petites, la disposition de la loge.

Fermées par ses signes et acclamations ordinaires, cette cérémonie se terminera par la chaîne d'union en chantant le bonheur d'être Maçon.

En conclusion.

Cette cérémonie relève d'une philosophie basée sur des connaissances ésotériques qui ira au plus profond de l'âme lors des grades ultérieurs, et là est la différence d'avec les autres rites dits "modernes" qui font de la maçonnerie une fraternité charitable ou politique en en expurgeant les bases sacrées.

 

Le second grade.

 

Le second degré est contrairement au second grade des rites modernes qui se réfèrent sans arrêt au compagnonnage, un réel rituel de passage, en ce sens qu'il confirme le jeune maçon dans a fraternité et lui permet de s'approcher de l'initiation complète.

Si les écoles d'architecture des constructeurs de cathédrales, comme celle de Villard de Honnecourt se révélaient être une école d'initiation à la science de la pierre et les déplacements les compagnons et Maîtres motivés par les chantiers, le "tour de France" du Compagnon du XIXèmesiècle , Jacques ou Dévorant, est tout à fait différent et a une signification très différente.

Le compagnon cherche une formation complète en s' inscrivant dans diverses écoles afin d'en cerner les méthodes de travail et en connaître les différents secrets et en recevoir la morale. Il  s'agit non plus de déplacements motivés par des chantiers dirigés par un ou des Maîtres, mais un tour de formation revêtant certaines formes rituelles dans une apologie du travail bien fait et de l'ordre, bref, de la "belle ouvrage".

Les "Compagnons" tels que nous les connaissons sous leur forme actuelle, ne datent que du 19èmesiècle et le fameux "tour" également. Toute estimable que soit cette confrérie, elle n'a rien à voir avec la maçonnerie spéculative tant actuelle que passée et les "opératifs actuels" ont une vie, des activités et des idéaux bien à eux et qui ne relèvent pas Franc-maçonnerie ou franche maçonnerie née au 18èmesiècle.

Le compagnonnage actuel a emprunté ses rituels à la Franc-maçonnerie, et non le contraire. Que la Franc-maçonnerie tire son origine de sociétés opératives du XVII ou XVIIIèmesiècle est possible mais non prouvé, cela n'a d'ailleurs que peu d'importance, car nous n'en connaissons aucun des rituels.

La perte de la perception ésotérique dès les années 1850, fit que tout les rituels mais surtout ceux du second grade dévièrent puis se recherchèrent, mais dans un plan tellement différent du plan initial que ce second grade devint incompréhensible, quoiqu'en dise Wirth, Plantagenet ou Berteaux.

Dans les rituels philosophiques et Français Traditionnels qui datent du 18èmesiècle, l' apprenti apprend à s'approcher de la planche à tracer du Maître, par cinq voyages qui lui révèlent les cinq arts libéraux, et lui font gravir les cinq premières marches de l'escalier à vis.

Comme le dit Colin Dyer, les deux grades apprenti et compagnon, forment une suite logique et continue, l'apprenti au deuxième grade reçoit la révélation de l'étoile flamboyante, symbole de la divinité éternelle et omniprésente qui nous juge et nous apprécie suivant nos actions.

Q - Que signifie la lettre "G"

R - Géométrie mais aussi "God" ce qui signifie Dieu en Anglois.

Dans les instructions de Browne, on trouve la lecture suivante:

La Géométrie est à l'origine des mathématiques et à la base de l'architecture, comprenant la Doctrine de toute diminution ou augmentation, c'est à dire, non seulement le Point, la ligne ou la superficie mais aussi le temps, l'espace, la vitesse et la Grandeur, en général.

Par l'étude de la cinquième science, base de la Maçonnerie, nous sommes amenés à reconnaître les œuvres inimitables du Souverain Grand Géomètre de l'Univers.

Le discours de Preston en 1741 à la consécration de la Vernon Kilwinning Lodge à Edinbourg (Dyer pp. 90-91), adopté comme instruction standard depuis lors, donne la dimension du second degré:

· ..... "la Géométrie, la plus noble et la première des sciences est la base sur laquelle est érigée la superstructure maçonnique. Par "Géométrie", nous pouvons tracer la Nature au travers de ses diverses formes, jusqu'à ses formes les plus secrètes. Par elle, nous sommes à même de découvrir le pouvoir, la sagesse, et la beauté du grand Artisan (artificer) de l'Univers, et admirer avec un plaisir ébloui les proportions sublimes qui relient et bénissent cette vaste entreprise. ( ... ) ... des mondes sans nombre existent autour de nous, tous conçus par le même Artiste Divin ( ... ). l'observation de la nature et des proportions superbes, peuvent inciter de prime abord l'homme à imiter le plan divin et étudier la symétrie et l'ordre des choses. Cela crée des sociétés et donne naissance aux arts utiles. ( ... ) . plus tard, l'architecte dessine les plans qui améliorés par la pratique et l'expérience donneront des chefs d'œuvre qui feront l'admiration des générations futures .... "

Le Vénérable Maître, lors de la cérémonie, attire l'attention du futur compagnon sur la lettre "G" et lui tient discours sur l'importance de la Géométrie, la plus noble des sciences, mais une géométrie prise dans le sens ontologique, non pas dans le sens mathématique.

Tout se fait par cinq: batterie, celle d'apprenti plus deux longues, les voyages, la découverte des cinq arts libéraux, l'escalade de l'escalier à vis, mais tout en maçonnerie symbolique ne se fait-il pas par 3, 5, 7 ?

Un point important de la cérémonie est que au fur et à mesure de l'approche par le candidat de la révélation du cinquième "art" et de la lettre "G", il lui est donné ordre de frapper la pierre cubique à pointe sur la colonne du sud, en apprenti.

Que signifie?

La pierre cubique à pointe a une signification bien particulière. Pierre: il y aurait une belle planche à écrire au sujet de la pierre, qui suivant la légende de Prométhée a  conservé une odeur humaine.

La pierre brute, d'origine divine, vient du ciel et muée en pierre polie, remonte vers son Dieu.

Le Temple, ainsi devait être bâti en pierre brute (Exode 20,25).

La pierre taillée est œuvre humaine, cubique elle est féminine, conique elle est masculine.

Symbole de la terre-mère elle est synonyme de connaissance et correspond au sel des alchimistes.

La pierre cubique à pointe, présente un tout.

La pierre de base, symbole de liberté et du divin qui est homme, est sel et homme. Le fait d'être surmontée par une autre pierre masculine en fait un édifice spirituel, une pierre-principe dressée mais aussi une clef de voûte, c'est à dire, une pierre fondamentale, pierre d'achèvement, de couronnement, mais aussi d'accomplissement du Grand Œuvre, car pierre principe, elle résume l'alliance entre le dynamique et le statique, entre le masculin et le féminin, entre le divin et l' homme. Mise sous la hache, et elle est parfois représentée ainsi, elle évoque la liaison intime avec le divin, elle est la pierre philosophale.

L'apprenti, au cours de ses trois derniers voyages y affûtera ses outils, c'est à dire qu'il apprendra tout doucement à communiquer avec la spiritualité qui est en lui par l'entremise des symboles qu'il lui appartient de percer, et qui lui sont confiés.

La cérémonie prend alors un tour plus spiritualiste. Un tuilage assez poussé fait suite, le candidat doit confirmer l'assimilation de la symbolique d'apprenti. Souffler les réponses au futur compagnon, comme il-est bien souvent de coutume est une faute impardonnable. La cérémonie ou confirmation de la connaissance s'interpénètre avec une leçon symbolique où le Vénérable Maître montre au futur compagnon, au départ de ces connaissances essentielles la voie divine et où il lui apprend parles symboles à "s'instruire dans la Géométrie", seule voie vers la perfection, en affûtant les outils qui lui sont confiés et qui sont des vertus morales que pierre vivante il possède mais doit percevoir et extérioriser, sur la pierre parfaite, la pierre philosophale qui lui permettra de concevoir l'œuvre divine.

Après ces révélations, il lui sera alors seulement permit de gravir les cinq premières marches de l'escalier à vis.

 

Le troisième Grade.

 

En vérité si je renais, Osiris renaît

Il importe à chaque homme de faire mourir son être charnel pour faire revivre le Dieu qu'il porte en lui, et qu'il a précisément tué, aveuglé par ses sens ou tyrannisé par ses passions ou par ses préjugés.

Q - Que cachez-vous?

R - Le secret des Maçons et de la Maçonnerie.

Q - Où gardez-vous ce secret ?

R - Dans le cœur.

Q - Y a-t-il une clef pour y entrer '?

R - Oui, Très Respectable.

Q - Où gardez vous cette clef ?

R - Dans une boite de corail en forme d'ARCHE, qui ne s'ouvre et ne se ferme qu'avec d'autres clefs d'ivoire.

Q - De quel métal est celle du cœur?

R - D'aucun, c'est une langue accoutumée aux bons rapports.

Le degré de Maître, dit-on, est un degré de mort et de résurrection.

Waite fait remarquer que avant tout, bien que sous la forme d'une légende, nous assistons en ce grade à l'érection d'une bâtisse, le Temple de Salomon, création de l'esprit et de la loi morale, et non pas à l'érection d'un monument personnel.

De ce fait, nous rencontrons quelque chose de très différent des deux premiers degrés.

Le troisième et dernier grade, est vraiment un degré de mort, un retour vers le néant, et même si une résurrection est évoquée, elle l'est au travers d'une notion de pourriture du corps, de corruption de la matière. Ceci doit être rapproché de la notion de nature et de son ultime secret.

Le mot de substitution lui-même, n'est pas seulement un mot de "mort", mais aussi de pourriture.

M .. B .. : la chair quitte les os, donc un mot de passage, quant à la résurrection qui est jouée par le candidat à la maîtrise, elle est un fait personnel à celui-ci et non une image emblématique de mort et résurrection.

L'initiation, qui ici prend son plein sens se joue sur deux plans, un plan mythique, la construction de la Jérusalem Céleste, et un plan psychologique personnel à la personne du Candidat QUI N'EST PAS LE MAITRE ARCHITECTE.

Le plan mythique est basé sur un petit épisode de l'ancien testament (Rois, 1-7-13) et cet épisode est à prendre au second degré: est-ce bien d'Hiram qu'il s'agit ou plusieurs démarches analogiques sont-elles possibles?

Hiram, fils d'une Veuve de la tribu de Nephtali représente pour Trescases101l'archétype du héros, né d'une femme représentant la terre, et d'un Dieu représentant le Ciel, soit: Comme tout héros, réalisé entre ciel et terre, ou comme tout Maçon accompli entre l'équerre et le compas. Dans Roi. il est donné fils de forgeron donc fils de la lignée de Caïn, c'est à dire d'une race supérieure à celle d'Adam.102

Cette filiation rappelle des légendes qui nous ramènent aux premiers contes héroïques de l'humanité: l'épopée de Guilgamesh, mais surtout celle d'Isis, veuve de son époux et frère, errant de l'Occident à l'Orient, par toute la terre pour rassembler ce qui est épars et ressusciter la lumière.

C'est la résurrection du Christ montrant la voie du salut possible, c'est Elie implorant Yavhé: Mon Dieu fais revenir en lui l'âme de cet enfant, qui était le fils de la veuve de Sérepta; c'est l'effort qu'il appartient à chacun d'entre nous de faire pour ressusciter une conscience morte en réveillant un subconscient endormi.

Autre exemple tiré de la Biblel03du fils d'une veuve de Naïn que le Christ rappela à la vie. Le Seigneur dit: "Je te le dis, lève-toi ... et il se leva et se mit à parler". Cet épisode pose la question non de la parole perdue mais de la parole vivante, éternelle, en qui vivent toutes choses et qui prononce la vie dans la mortl04.... "Quand le Verbe parle dans l'âme et que l'âme répond dans le verbe vivant, le fils vivant revient dans l'âme." Mais ceci est peut-être autre chose à laquelle même ce degré ne peut répondre.

Lors de l'élévation à la maîtrise, le candidat joue le rôle du Maître, souffre avec et pour lui, pour avoir voulu tenir sa parole et respecter ses engagements.

La vie charnelle ici, s'éteint et est effacée pour faire place à quelque chose de pire, une chose putride pour laquelle rien ne peut être fait.

La chair quitte les os.

Ce n'est donc plus une mort et une renaissance, mais une mort et une naissance spirituelle, ce n'est pas le mort, mais la mort qu'il ressuscite: ce n'est donc plus ainsi qu'il est souvent avancé une résurrection spirituelle au travers d'une autre vie, mais un adoubement, une élévation et réunion définitive avec des pairs, une nouvelle vie consacrée par la surconscience et par le Verbe.

Ainsi, au rite écossais philosophique, en entrant dans la chambre des Maîtres, le candidat, "traverse le corps du Maître": en réalité, il rejoint un autre espace, un autre plan spirituel en passant au delà de la pourriture pour, par une marche sénestrogyre, descendre vers son propre enfer. Il commence sa propre introspection élucidante105, il pénètre son subconscient et alors, pourra-t-il peut-être atteindre la surconscience, sous l'œil d'Horus, l'œil qui voit tout, lucidité parfaite d'une conscience sans complaisance. Par la marche sinistre il atteindra le fond le sa propre horreur.

De là, symboliquement, la différence qui est faite en loge philosophique entre le "corps" pourriture initiatique, porte du retour et, le "cœur" du Maître, lequel scellé dans une obélisque présente en Loge glorifie la cérémonie.

En fait, l'initiation subie est assez analogue dans une certaine mesure à la passion du Christ. "Ce qui fut en Lui était la vie

Et la vie était la Lumière des hommes"(Jean).

Si, et Jean l'affirme, Chrestos était la Lumière, tuée par la haine que l'homme dans son conditionnement imparfait porte à cette Lumière de Vérité, il meurt sur la croix en tant qu'être de chair pour ressusciter en esprit après TROIS jours, étant descendu aux enfers .

Hiram est mort, la parole est perdue.

Au rite écossais philosophique, le candidat subit une cérémonie en deux temps. Le premier temps, concerne une acceptation éventuelle des Maîtres quant à l'élévation du Candidat. Celui-ci, placé devant le tombeau-obélisque s'entend interroger sur les buts et principes  l'art royal. Puis, est prié de voyager par trois fois autour de la loge, pendant que les Maîtres formant la chaîne autour du cercueil, c'est à dire de la porte des enfers, font circuler le mot de Maître en tapant du pied, à la façon des Lévites qui par leur bruit empêchaient la foule d'entendre le Grand Prêtre qui appelait Dieu par le nom sacré et mystérieux.

Le candidat admis en théorie, peut alors se retourner et traversant le tombeau, commence la seconde partie de l'initiation, le récit de la légende Hiramique.

La parole, pour lui, est perdue.

La parole ...... donc le logos, la lumière, l'intelligence, la raison, mais aussi, suivant la tradition Johannite le commencement, le principe animant, ...

... il était au commencement avec Dieu

Et le verbe était Dieu.

La connaissance du mot du Maître est donc la connaissance de la volonté divine telle qu'elle se manifeste dans la vie, c'est la connaissance du sens de la vie et le fait de n'en pas connaître le sens relève d'une absence de perception, d'une absence de compréhension.

La parole existe, le mot est connu des seuls initiés et pourtant, le candidat reste dans les ténèbres.

Seule la légende qu'il revit lui parvient: les mauvais compagnons ont tué Hiram pour lui arracher une parcelle de compréhension. Mais quoi donc? Le sens de la vie, la volonté de Dieu est-elle du domaine réservé? Et il appartiendra au candidat de comprendre que le cercueil dans lequel il gît est l'emblème de son égoïsme, de ses idées préconçues, de son enfer en fait, il est mort en esprit et son destin comme celui des trois mauvais compagnons devient sans intérêt. S'il ne fait aucun effort personnel, il restera prisonnier des ténèbres, privé du verbe qui est vie et lumière.

C'est alors que les Maîtres sur ordre du Très Respectable iront à la recherche de ce qui peut rappeler le Maître. Et ici, commence pour le futur maître, une remontée lente de sa propre misère vers la lumière. Après un instant de désintégration totale, un recentrage de la personnalité débute.

Après le noir et le silence, le martèlement des talons, sourd mais en cercle le cercueil en étant le point de convergence marche cette fois dextrogyre, indique au candidat qu'il est en fait le centre et la clef de l'initiation.

Les travaux dans la loge sont suspendus, car la Lumière est perdue. Les sept Maîtres dirigés par le Très Respectable assisté du F. Terrible referont le chemin de la lumière, ils se dirigeront vers l'Orient pour rassembler ce qui est épars 107, et avec la découverte de la branche d'acacia, symbole d'immortalité mais rappelant aussi la branche d'Olivier, symbole Noachite gage de paix retrouvée et signe annonciateur de l'Alliance (Trescases. pp. 170),

·         Alliance de Yahvé avec son peuple

·         Alliance du candidat avec l'Ordre Initiatique

·         Alliance de l'homme avec lui-même.

Ils découvriront, puis relèveront le candidat qui aura acquis son recentrage vital.

Reprenons la disposition d'une chambre de Maître au rite philosophique. Le corps du Maître n'est pas en réalité le tombeau de celui-ci mais un substitut où gît le candidat. le tombeau c'est l'Obélisque où est scellé le cœur d'Hiram et qui de l'Occident, tel l'œil d'Horus mène la cérémonie.

Le candidat lui est couché à même la terre et est ainsi au centre de l'Univers, dans l'axe du monde et se confondant avec la terre-mère. Qui est-il et que fait-il?

Il est l'éternel renouveau en quête de sa vie nouvelle, il est la graine qui se charge d'énergie, il est celui qui est sur le point de retrouver un sens à une vie nouvelle à laquelle il aspire mais ne peut encore concevoir.

Pour ce faire, il doit drainer en lui toute l'énergie accumulée au cours des initiations préliminaires.

Au premier grade, on lui aura appris à gravir les TROIS marches de l'escalier à vis, échelle de Jacob menant celui qui en a la persévérance à la plus sublime des transcendances, la sienne propre.

1 aura appris à connaître le Delta lumineux, symbole du TROIS, "élan vital, tel qu'il s'exprime incarné en lui-même (Trescases) par les trois pulsions qui se doivent d'être spiritualisées.

Parvenu à l'état de Compagnon, il a gravi les cinq premières marches de l'escalier, aura vu le rayonnement de 1'étoile à cinq branches et aura ainsi appris à connaître les cinq arts qui lui permettent d'ordonner son fonctionnement spirituel et concevoir les moyens de réaliser SON Temple spirituel.

Le chiffre SEPT, chiffre de mort et de destruction lui sera confié lors de sa descente en ses propres enfers, au centre de lui-même, loin de toutes les vanités.

Les trois tentatives de résurrection, la dernière étant la seule à réussir, ont suivant Trescases une signification bien établie.

Le second surveillant, gardien de la porte et surveillant de la colonne J ... colonne d'introspection et de méditation silencieuse, juge le candidat et ne peut que constater que l'imagination créant les pulsions primaires n'est toujours pas bridée, rectifiée ce qui est peut-être plus juste, il montre le ciel au candidat mais celui-ci qui n'est pas prêt ne peut y accéder: la chair quitte les os.

Le premier surveillant: maître de la colonne B ... , colonne de la force extravertie, tire le médius du candidat, fait en quelque sorte le contre signe, il lui demande s'il a "spiritualisé ses désirs pour les transformer en connaissance et amour", mais le candidat prisonnier de la erre, ne peut encore comprendre car il reste prisonnier de son subconscient. "La chair quitte les os".

Les cinq points de la Maîtrise: prouvent que rien n'est possible pour l'homme seul, c'est une apologie de la fraternité, le Maître rétablit le nouveau Maître dans le pentagramme droit et lui fait découvrir, s'il n'en avait pas encore pris conscience dans sa position de stagnation, la force de l'amour fraternel et de la solidarité et lui fait ainsi connaître le nombre 7.

Le nouveau maître apprendra mais bien plus tard, que le mot de Maître est la "parole" expression de la volonté divine.

En attendant, en jeune maître, il lui sera donné un mot de substitution qui doit le mettre su la voie, car comme le disait notre F. Raoul Berteaux le mot sacré substitué est un mot en "M" appelant le souffle créateur (OOM)

Berteaux attribuait énormément d'importance au "nom": nommer, c'est créer... "toute chose  naît, pour chacun de nous, à l'instant où nous en prenons conscience et la prise de conscience est témoignée par notre aptitude à nommer la chose."

Le candidat est donc mis sur la voie de la perfection par la révélation d'un mot qui ne peut être que le miroir du mot qu'il lui faudra chercher, de la pensée qu' il lui faudra épouser, du souffle vital qu'il lui faudra connaître.

Et, au rite philosophique, les Maîtres confirmés le connaissent, ce mot qui les unit à la vie mais aussi d'éternité en éternité dans la queste de la Lumière.

 

ACTA MACIONICA Volume 7 (5997)

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Franc-Maçonnerie américaine

22 Janvier 2014 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

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Rite York

3 Novembre 2013 , Rédigé par GLNF Publié dans #Rites et rituels

Nous retraçons la vie du Rite York, tout d’abord sur son continent d’origine, l’Amérique du Nord, puis en France, avant de développer les spécificités ainsi que la spiritualité d’un rite méconnu et plutôt minoritaire au sein de la GLNF.

La pratique des rituels maçonniques dans les Loges américaines

Les Américains appellent « Rite York » tout le système de grades complémentaires, ou « side-degrees », ce qui entraine en France certaines confusions de langage entre « l’usage de rituels d’origine nord-américaine au sein des Loges Symboliques » d’une part, comme c’est le cas à la G.L.N.F., et d’autre part la pratique du système complémentaire précité. Les Loges américaines utilisent, quant à elle, ce qu’elles appellent « le Rituel des Maçons Anciens Francs et Acceptés » ou « des Maçons Francs et Acceptés », selon que la Grande Loge descende des Anciens ou des Modernes, ou plus simplement encore, le Rituel de la Grande Loge de New York, du Missouri, etc. Chaque Grande Loge possède un rituel « officiel », généralement déposé dans le coffre-fort du Grand Secrétaire, mais tolère des « Us & Coutumes » spécifiques à chaque Loge dès lors qu’ils ne sont pas en contradictions avec le rituel officiel. Les Grands « Lecturers » Nationaux et de Districts, qui sont des rituélistes confirmés, visitent annuellement les Loges et s’assurent que ces dernières ouvrent, ferment, et confèrent les grades de manière adéquate. Les Loges ayant été consacrées avant la création de la Grande Loge de leur Etat peuvent garder leur rituel d’origine. Il en va de même des Loges créées avant la parution du rituel officiel, ce qui crée une mosaïque parfois surprenante pour les visiteurs. La Grande Loge de l’Etat de New York est typique de ces pratiques : la « Saint John Lodge » No. 1 utilise un rituel très proche d’Emulation ; les officiers de la « Independant Royal Arch Lodge » No. 2 sont décorés en Maçons de la Sainte Arche Royale ; le rituel de la Loge « Union Française » No. 17, dans la langue de Molière, a intégré des éléments du Rite Français, apportés par d’anciens colons des Antilles émigrés à New York. Dans l’Etat du Missouri, une Loge est très fière de conserver l’usage, pour son Vénérable Maître, d’une toque de fourrure à la Davy Crockett en lieu et place du traditionnel haut-de-forme, afin de rappeler à tous qu’elle fut fondée par des trappeurs. N’ayant jamais eu à se cacher, la Franc-Maçonnerie américaine foisonne d’exemples pittoresques et atypiques qui font aussi sa richesse et soulignent la tolérance des Grandes Loges. Ainsi, au sein d’un même Etat, ou d’un Etat à l’autre, le Frère visiteur reconnaitra immédiatement la trame rituelle qu’il pratique à la G.L.N.F., et dont le fonds est commun à la plupart des Loges. II retrouvera invariablement un autel central et les sièges du Vénérable Maître et des Surveillants aux endroits habituels, mais sera peut-être surpris de constater l’absence de « dogmes » quant à l’agencement des Loges, de la disposition des autres officiers, et de certains points particuliers du rituel, notamment des déplacements, surtout s’il s’agit de très anciennes Loges. Les Frères américains s’accommodent très facilement de ces différences puisque la phraséologie est quasi-semblable. Un Frère 1er Diacre d’une Loge du Wisconsin peut très facilement occuper la même fonction dans une Loge de l’American-Canadian Grand Lodge en Allemagne, pratiquant le rituel Texan, après que le Vénérable Maître lui ait expliqué en quelques minutes comment se déroulaient les déambulations. Les questions-réponses entre officiers d’origines maçonniques différentes n’altèrent en rien les cérémonies puisqu’à quelques différences mineures près dans les formulations, ce qui est demandé et répondu est tout à fait compatible. Depuis l'«Affaire Morgan», soi-disant ancien capitaine, et prétendument assassiné par des Francs-Maçons le 11 septembre 1826 après qu'il ait menacé de révéler « les authentiques secrets du Métier», et face aux campagnes antimaçonniques que les Loges enduraient et à la multitude de faux- Frères en possession des attouchements et mots de tous les grades, les ateliers prirent l'habitude d'ouvrir, de fermer, et de traiter toutes les affaires administratives au grade de maître. Cette tendance est toujours largement pratiquée, même si beaucoup de Grandes Loges permettent aujourd'hui l'ouverture et la fermeture des travaux au grade d’apprenti. Sur le plan purement des rituels, les Grandes Loges ont toutes des politiques différentes. Certaines interdisent toute forme d’impression, justifiant cette décision par l’application stricte de l’Obligation solennelle que contractent les Apprentis. D’autres autorisent une impression codée où n’apparaissent que les premières lettres de chaque mot, ou de « Moniteurs ». D’autres enfin autorisent l’impression des rituels « en clair », comme la Grande Loge de Nova-Scotia, mais elles sont rarissimes. Ces restrictions créent, et ont toujours créé des difficultés certaines dans la transmission orale des rituels, obligeant les Loges à mettre en place un système d’instruction personnalisée des Frères. Rappelons que chaque augmentation de salaire est assujettie à la présentation d’un travail sur la bonne connaissance du grade précédent, sous forme de questions-réponses. L’absence quasi-systématique de support écrit a de tout temps obligé les Loges à utiliser les services d’un « mentor » pour accompagner les jeunes Frères, ou de mettre en place des Comités d’Instruction pour leur faire apprendre leurs « preuves de compétences » (proof of proficiency). La grande déperdition de membres, amorcée depuis les années 1960, aggravée par l’interdiction de publier les rituels, a obligé certaines Grandes Loges, comme les Loges placées sous leurs auspices, à modifier leur mode de fonctionnement. Il est maintenant devenu de plus en plus courant de voir s’organiser partout aux Etats-Unis des « one day class », où tous les candidats présentés par les Loges d’un Etat, ou de plusieurs Districts au sein d’un Etat, reçoivent ensemble les trois grades symboliques au cours d’une seule journée, conférés par une équipe de rituélistes confirmés et performants. Les Grandes Loges réfractaires au principe de la « one day class » ont organisé des « Degree Teams », au niveau National ou de District, pour aller conférer les grades dans les ateliers en difficulté. Au niveau des Loges, la pratique du « par cœur » étant de règle pour les officiers, il est extrêmement courant de voir aussi le même principe de « Degree Team » pour chaque grade, le Vénérable Maître en chaire n’ayant au pire qu’à ouvrir, fermer, et gérer les affaires courantes de la Loge. Les augmentations de salaire sont généralement très rapides, surtout en comparaison avec les rites continentaux européens, et il est très courant pour les Maîtres d’être élevés trois mois après leur initiation, mais rappelons que durant ce laps de temps, il a reçu une instruction personnelle et consistante. Tout ce qui précède s’applique également aux juridictions de grades complémentaires, principalement les Grands Chapitres d’Arche Royale, les Grands Conseils Cryptiques et les Grandes Commanderies, formant l’essentiel du « Rite York », et permettant aux candidats de progresser harmonieusement. Il semble que cette appellation de « Rite York » soit destinée à donner un pendant au Rite Ecossais Ancien & Accepté.

Introduction du Rite York en France

Les soldats du Corps Expéditionnaire Américain (AEF), commandés par le Général John J. Pershing, entrèrent en guerre aux côtés de la France à partir du 7 avril 1917. Ils emmenèrent avec eux neuf Loges Militaires, dont certaines travaillèrent en France jusqu’à l’armistice du 11 novembre 1918, et en Allemagne durant l’occupation. La dernière Loge Militaire, sous Patente octroyée par la Grande Loge de Virginie, cessa ses travaux en 1922. Nous ignorons si des Frères français participèrent ou non aux travaux de ces Loges américaines, mais il est avéré que Pershing et Joffre étaient tous deux des Maçons. Après la guerre, en 1929, les Officiers des forces armées américaines en poste à Paris créèrent un Chapitre de « National Sojourners » sous les titres et numéro distinctif de « Paris No. 98 », toujours en activité à ce jour. Ces clubs maçonniques, créés pendant la guerre de 1898 contre l’Espagne, étaient destinés à rassembler les Officiers et Sous-officiers Maçons épars, à la fois pour tisser un lien social entre les Frères et contourner certaines difficultés administratives, aggravées par l’éloignement et le turnover propre aux armées. En effet, et c’est toujours le cas aujourd’hui, la plupart des Grandes Loges américaines interdisaient la double appartenance, et les Frères étaient alors dans l'obligation de démissionner de leur Grande Loge d'origine, et muni d’un exeat, pouvaient alors demander leur admission dans une nouvelle Grande Loge. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les troupes américaines débarquent en France, à la fois dans le Sud et en Normandie, elles n’emportent pas cette fois de Loges Militaires, surement par le fait de l’existence de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et ses Colonies. Aux lendemains de la guerre, et en raison de l’adhésion de la France au Traité de l’Atlantique Nord amorcé en 1948, les troupes américaines et canadiennes des trois corps d’armée stationnées en France sont de plus en plus nombreuses, et comprennent beaucoup de Maçons désireux d’ouvrir des Loges sur leur lieu de garnison. La décision de transporter le siège du commandement général à Paris en 1952 renforce cette tendance. Comme ils en avaient l’habitude, nos Frères américains créèrent des clubs de National Sojourners, principalement entre 1953 et 1958, dans les grandes villes de garnison comme Fontainebleau, Châteauroux, La Rochelle et Poitier, et reçurent parallèlement des Patentes de la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et ses Colonies. La plupart des Loges adoptèrent naturellement le rituel de la Grande Loge de Nouvelle-Ecosse, ou Nova-Scotia, qui avait l’avantage d’être celui de la Grande Loge de New York imprimé « en clair » en langue anglaise. Certaines Loges utilisèrent d’autres rituels, notamment californien et texan, retranscrits de mémoire par les officiers des Loges à partir du fonds commun de celui de Nouvelle-Ecosse. Comme le souligne à juste titre le TRF Michel Gortchakoff dans son étude du Rite York, les Loges « Lafayette No. 51 » et « Général John Pershing No. 62 », notamment, ont continué de fonctionner sans interruption avec le rituel de Nova-Scotia en anglais jusqu’en 1966. De la même manière, les Respectables Loges « Stability/Concorde No 29/42 » ont toujours travaillé en anglais, avec le rituel de la Grande Loge de Californie. L'Espagne, alors sous dictature franquiste, interdisait la pratique de la Franc-Maçonnerie sur son territoire, et les soldats américains des bases de l'OTAN se tournèrent alors vers la G.L.N.F pour activer des Loges près de la frontière, ce qui fut notamment le cas pour Liberty No 70, crée en 1960 à Biarritz, puis déplacée sur la base aérienne de Torrejon, près de Madrid. D'autres Loges, John J. Kestly No. 60 et George Washington No. 69 ont également fonctionné sur la base de Rota, près de Cadix. Après le départ des troupes de l’OTAN en 1966, la plupart des Loges « américaines » de la G.L.N.F en France, auxquelles appartenaient aussi des Frères français, ont continué de travailler à l’aide de traductions parfois approximatives des rituels pratiqués, dont celui de Nova-Scotia. Par la suite, de nouvelles Loges de la G.L.N.F décidèrent alors de pratiquer elles aussi ce rituel américain. Et citant à nouveau M. Gortchakoff : « (…) les nouveaux ateliers qui ont été créés, travaillant dans cet esprit, ont été dits également du Rite de Nova Scotia, mais du fait des adaptations à certains usages de la Grande Loge Nationale Française d'une part, et d'autre part d'improvisations rendues nécessaires par l'occultation de certains passages, par les approximations de traduction, et surtout par le manque de transmission orale dans la gestuelle (signes, saluts, déplacements, emplacements de certains symboles), par la mise en place de facto de certains usages, aucune des loges dites de Nova Scotia en France ne travaille réellement au Rite de la Grande Loge de Nova Scotia », même si l’essence, ou fonds du rituel, est bien purement américaine. Par la suite, de nombreuses traductions différentes du même rituel originel furent dispersées par les Frères au gré de la création des Loges, et plusieurs rituels différents sont encore en service aujourd’hui. L’oralité étant la règle dans les ateliers pratiquant le système américain, tout changement de rituel est très difficile à mettre en place puisque les Frères fondateurs d’une Loge importent naturellement le rituel qu’ils connaissent par cœur dans les ateliers nouvellement créés. Ainsi il n’est pas rare de voir, dans une même Province de la G.L.N.F, des ateliers « York » utiliser des rituels différents, certes très proches dans l’esprit, mais comportant suffisamment d'écarts en termes de phraséologie, de disposition des officiers ou de déplacements, pour qu'un réapprentissage partiel soit nécessaire.

Pratique du Rite York à la G.L.N.F et spécificités du rituel

Les Loges pratiquant le «rite York » sont immédiatement reconnaissables à la présence d’un Autel central encadré par trois chandeliers afin de marquer l'importance du Volume de la Loi Sacrée. En effet, le «rite York » est articulé autour de la Bible qui, à la différence des autres Rites, est placée au centre physique de la Loge, spécificité que l'on retrouve dans tous les grades du système. Son ouverture et sa fermeture, ainsi que les passages d'un Livre à l'autre, selon ce que commande le rituel, font l'objet d'un cérémoniel très particulière et unique dans le paysage maçonnique. Il n'est pas rare de voir d'autres Volumes de la Loi Sacrée, comme le Coran, la Torah ou les Upanishad, ou d'autres encore, disposés sur l'Autel central des Loges York, aux côtés de la Bible. Comme dans toutes les Loges, les Obligations solennelles se contractent sur la Bible. Toutefois, et il s'agit là d'autres spécificités du York, les déambulations se font également autour de la Bible, et les Signes du Serment, ou « Due Gard » font systématiquement référence aux positions des mains sur cette dernière. De même, de longs passages rituels rappellent aux candidats les obligations qu'ils doivent à la Bible, protection, étude des devoirs contenus, etc. Même si la coutume s'est perdue dans la plupart des ateliers de la G.L.N.F, il est toujours d'usage, dans toutes les Loges américaines, d'offrir une Bible dédicacée par tous les Frères présents aux candidats nouvellement élevés au grade de Maître Maçon.

Spiritualité du Rite York

Le rituel York insiste particulièrement sur la présence de la Bible dans la Loge, et donc dans la vie des Frères, en la plaçant au centre de l'atelier et au cœur même de l'engagement maçonnique. Une longue exhortation sur la Bible, unique parmi tous les rituels maçonniques, prend place immédiatement après l'Obligation solennelle du 1er grade et rappelle cette importance : « S’il arrivait jamais que l’athée, l’infidèle, l’irréligieux ou le libertin, puisse arracher la Bible de nos Autels, (...) alors nous ne pourrions plus prétendre au noble titre de Maçons Anciens, Francs, et Acceptés. Mais tant que cette Sainte Lumière brillera sur nos Autels, tant qu’elle illuminera le chemin que suivent les Francs-Maçons des rayons dorés de la Vérité (...), la Franc-Maçonnerie pourra vivre et exercer son influence bénéfique sur l’humanité. Montez donc une garde vigilante devant ce Livre de la Loi Sacrée et Immuable, comme s’il s’agissait de votre vie même. Défendez-le comme vous défendriez le drapeau de votre pays, vivez selon ses enseignements divins, avec son assurance éternelle d’une immortalité bénie ». Selon les grades, la Bible est ouverte à des passages différents, comme suit : Psaume 133, au grade d'Apprenti , Amos 7, au grade Compagnon, Ecclésiaste 12, au grade de Maître Maçon. Ce choix marque les étapes rituelles que traverse le candidat dans sa progression maçonnique et spirituelle, de la joie des Frères à se retrouver ensemble, jusqu'à la fin de l'existence. Ces passages sont également lus par le Chapelain lors des cérémonies de réception dans les trois grades. Loin d'être morbide, le concept de la mort inéluctable du corps physique et de la vie éternelle de l'âme est annoncée clairement dès le 1er grade, lors de la remise du tablier au jeune Frère Apprenti : « Il est désormais vôtre, à vous de le porter tout au long d’une vie honorable, et à votre mort, qu’il soit déposé dans le cercueil qui contiendra votre dépouille mortelle (...), et lorsque votre âme tremblante se tiendra seule et nue devant le grand trône blanc pour y recevoir le jugement des actes de votre vie terrestre, puisse-t-il être votre lot d’être accueilli par ces mots, de celui qui est le Juge Suprême : sois le bienvenu, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Seigneur ». L'omniprésence divine transparait également dans les décors des Frères et de la Loge, notamment par la présence d'un Œil-qui-voit-tout brodé ou imprimé sur la bavette des tabliers des Maîtres Maçons, et de la lettre « G » à l'Orient. Le Frère qui conduit les candidats est un Diacre (du mot anglais « Deacon ») et non un « Expert » comme on peut en trouver dans certaines traductions approximatives. Le mot Diacre est utilisé dans son sens premier et religieux de servant d'autel, d'assistant cérémoniel et de messager de la parole divine. C'est lui en effet, qui par ordre du Vénérable Maître, ouvre en grand la porte de la Loge pour l'entrée du candidat en déclarant : « Qu’il entre, au nom du Seigneur, dans cette Respectable Loge et qu’il soit reçu selon les formes anciennes et dûment établies ».

Ateliers complémentaires du Rite York

Le Rite York permet un parcours initiatique harmonieux au travers de ses différents degrés, à travers la Parole, perdue en Loge, retrouvée à l'Arche Royale, préservée au Cryptique, et sublimée à l'Ordre du Temple. Voici comment est organisé le système York en France.

Les Loges symboliques confèrent les grades d(e) :

§  Apprenti

§  Compagnon

§  Maître Maçon

Les Chapitres d'Arche Royale confèrent les grades d(e) :

§  Maître de Marque

§  Passé Maître Virtuel

§  Très Excellent Maître

§  Maçon de l'Arche Royale

Les Conseils Cryptiques, ou Conseils de Maîtres Royaux et Choisis, confèrent les grades de :

§  Maître Royal

§  Maître Choisi

§  Super-Excellent Maître

Les Commanderies de l'Ordre du Temple confèrent les grades de :

§  Chevalier de l'Ordre Illustre de la Croix Rouge

§  Chevalier de l'Ordre du Temple

§  Chevalier de Malte

§  Le Chapitre de l'Ordre Souverain des Chevaliers Précepteurs (O.S.C.P) confère le grade de Chevalier Précepteur aux Commandeurs (et Précepteurs) ayant présidé une Commanderie (ou Préceptorie) de l'Ordre du Temple, en sus de celle de Précepteur Installé.

Le Prieuré K.Y.C.H (Knights of the York Cross of Honour) confère le grade de Chevalier de la Croix d'Honneur York aux Frères ayant présidé une Loge, un Chapitre d'Arche Royale, un Conseil Cryptique et une Commanderie de l'Ordre du Temple.

Notons enfin l'Ordre de la Croix Rouge de Constantin et de ses Ordres agrégés du Saint Sépulcre et de Saint Jean l'Evangéliste, qui complètent harmonieusement les grades de Loge, de Chapitre, et de Conseil en leur donnant une signification chrétienne.

Source : www.glnf.asso.fr

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Le Guide des Maçons Ecossais

16 Mai 2013 , Rédigé par Jerome Colin Publié dans #Rites et rituels

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers…

Au moment de frapper à la porte du temple on choisit rarement son
obédience, encore plus rarement sa Loge, qui d’entre nous peut se vanter d’avoir
choisi son rite ? Ainsi certains sont initiés selon des rites extrêmement
répandus, d’autres selon des rites plus rares.
Le Guide Des Maçons Ecossais de Rite Ancien et Accepté (GDM) est de
ceux-là. Autrefois pratiqué selon diverses acceptions dans les loges d’obédience
écossaise, il est aujourd’hui hélas frappé de désuétude.
La rareté a le mérite d’entraîner l’originalité mais la rareté peut
avoir un aspect pervers : L’absence de connaissance précise. Surtout que, dans
le cas du GDM, cette absence de connaissance vient justement du fait qu’étant
frappé de désuétude les références à ce rituel se perdent. En cas de contentieux
sur sa pratique la solution se résume à une décision discrétionnaire du VM. et
chaque Loge peut le pratiquer alors à sa manière.
Sans doute me direz vous que la forme ne saurait primer sur le fond et que
l’important dans le travail effectué en loge est le parcours initiatique. Mais
si le rituel a le mérite de fédérer ce qui est épars, il est aussi le véhicule
de la transmission initiatique, une transmission verticale fixée. La verticalité
nécessite dès lors un référentiel précis, référentiel plutôt floue dans le cas
du GDM.
Conscient de tout cela, le VM de l’année 6000/6001 de « La Foi maçonnique
n°1017 » m’a chargé au début de son vénéralat, de mener des recherches sur le
GDM pour en faire le référent manquant.
Pas question pourtant de m’attribuer des lauriers que je ne mérite
pas. Car, disposant de mon rituel comme base de recherche, je n’avais pas à
mener une investigation pour retrouver des manuscrits et autres ouvrages
éparpillés dont il est tiré. La plupart de ces ouvrages sont conservés à la
bibliothèque Richelieu, à la Bibliothèque François Mitterand, ou à la
bibliothèque du Grand Orient. La piste était tracée, je n’avais plus qu’à la
suivre…
Après une petite année de recherche mes FF, je suis en mesure de vous
proposer un voyage à travers le temps. Fermez les yeux et imaginez : Vous êtes à
la fin de l’été 1830. Louis-Philippe D’Orléans vient juste de monter sur le
trône de France après une nouvelle révolte. C’est le début de ce qu’on appelle
déjà la Monarchie de juillet.
Mais quid de la Franc-maçonnerie à cette époque ?

1 : LE CONTEXTE MACONNIQUE DE L’EPOQUE ET LA GENESE DU GUIDE DES MACONS :

Pour bien comprendre les événements maçonniques qui vont se
dérouler, il est nécessaire de revenir sur le cheminement du Grand Orient de
France.
Après la mort du comte de Clermont le 16 juin 1771, le Grand Orient de
France est fondé le 26 juin 1773. La nouvelle organisation ne tarde pas à signer
une alliance avec le Directoire du Rite Ecossais Rectifié en 1776 et avec la
Mère-Loge de Ecossaise de France pour le Rite Ecossais Philosophique. C’est à
partir de 1782 que se créer la Chambre des grades, une commission qui commence
l’élaboration du Rite du Grand Orient qui deviendra le Rite Français avec 3
grades symboliques et un chapitre en 5 ordres.
Mais bien des loges écossaises ne l’entendaient pas de cette oreille comme
les loges écossaises de Douai, de Marseille et certaines de Paris, avec à leur
tête le F:. Antoine-Firmin Abraham. Ces loges entrèrent donc en résistance.
Une résistance telle que, le 12 novembre 1802, le GODF prend un décret
déclarant irrégulières les Loges ne pratiquant pas un rite reconnu par lui. Or
les seuls rites reconnus par le GODF étaient les rites modernes, plus
particulièrement le Rite Français tel que défini par l’ouvrage intitulé «Le
régulateur du maçon » publié en 1801. De ce fait, les loges pratiquant les rites
anciens se retrouvent excommuniées.
Il existe peut-être une autre raison à ce décret. Une raison plus
politique... … Il faut savoir que les militaires français noyautent les Loges et
savent que la paix d’Amiens avec les Anglais n’est qu’illusoire. D’où la
méfiance envers ce qui viendrait d’Angleterre. Du reste Napoléon Bonaparte,
alors seulement 1er Consul, se méfie de ce qui à l’air de venir d’Angleterre et,
sans s’informer plus, il fait savoir bientôt que le « rite écossais et ces hauts
grades écossais » ne lui disent rien qui vaille.
Les loges pratiquant le rite écossais étaient peu répandues à cette
époque mais, même les loges écossaises à cette époque, pratiquent une maçonnerie
de type moderne. Plusieurs documents en témoignent. Ainsi l’ouvrage de 1742 « Le
secret des francs-maçons », ou le manuscrit daté de 1763, intitulé « Rituel du
marquis de Gage »
Le Rite écossais en France à l’époque se nommait
Rite Ecossais
Philosophique.
Le Rite Ecossais Philosophique fut créé dans le sud de la
France, à Avignon, voire à Marseille, vers 1774. Il ressemble en bien des points
aux rites modernes : Les surveillants sont tous les deux à l’Ouest, les mots
sacrés sont dans les mêmes ordres que dans la maçonnerie des modernes comme nous
les verrons plus tard. Pas grand chose à voir avec les anciens mais les loges
pratiquant les rites selon les anciens usages existaient tout de même et leur
vivacité a permis la survie de ces rites.

Pour se faire, une loge bordelaise nommée « La parfaite Loge d’Ecosse de
St Jean de Jérusalem » et qui portait le titre de « Mère-Loge Ecossaise »
accorde en 1749 une patente à plusieurs frères pour répandre les grades écossais
dans le nouveau monde tandis que la Mère-Loge Ecossaise de Bordeaux continuerait
son œuvre en France.
Outre atlantique justement, c’est en 1795 que le comte Alexandre François
Auguste De Grasse, marquis de Tilly met au point un projet de « Suprême
Conseil pour les Indes Occidentales Françaises ». Le REAA comprend à l’époque 25
grades. Il passera à 32 puis à 33. Le 4 décembre 1802, une lettre intitulée « Le
manifeste » annonce la création depuis le 31 mai 1801 du Suprême Conseil de
Charleston. Ce premier Suprême Conseil américain se composait, après cooptation,
de John Mitchel, Frédérick Dalcho, Emmanuel De la Motta, Abraham Alexander,
Batholomew Bowen, Israêl de Lieben, Isaac Auld, Moses Levy, James Moultrie et
Alexandre De Grasse-Tilly. Le Rite Ecossais Ancien Accepté devient
officiellement un système initiatique dirigé par un Suprême Conseil coopté et
organisé selon un système de 33 degrés tel que défini par les grandes
constitutions de 1786 édictées, selon une convenance, par le Roi Frédéric II de
Prusse. Ce premier Suprême Conseil donnera lui-même naissance au Suprême Conseil
de St Domingue (l’actuel Haïti) et à d’autres.
En apprenant les agissements du GODF et le décret du 12 novembre 1802,
Alexandre De Grasse-Tilly revient en France pour y implanter son rite. Il
débarque à Bordeaux le 4 juillet 1804 et arrive à Paris à la fin du mois. Notons
au passage que le comte a connu quelques déboires et se retrouve ruiné. Il devra
pour survivre faire beaucoup de concessions, y compris au niveau maçonnique, ce
qui expliquerait bien des choses. Quoi qu’il en soit, le 22 septembre 1804[5],
c’est avec l’assistance de ses frères français et de nombreux frères américains,
qu’il fonde le Suprême Conseil de France et le 22 octobre suivant, il réunit le
convent de la « Grande Loge Ecossaise du Rite Ancien Accepté »
Sous l’impulsion de Napoléon, encore lui, la Grande Loge Ecossaise du Rite
Ancien Accepté signe un concordat avec le GODF, concordat qui ne durera guère
que quelques mois, le temps de créer une loge éphémère, avant que la scission ne
revienne. A la fin de l’année 1804 le Suprême Conseil reprend son
indépendance et 60 Loges symboliques du GODF le quitte et choisissent de le
suivre dans sa démarche.
Mais ce Suprême Conseil doit se doter d’un système de grades symboliques
dispensés dans les Loges bleues. C’est ainsi qu’en réponse au « Régulateur du
maçon » les trois premiers grades du rite ancien font l’objet d’une rédaction et
d’une édition. Ce texte n’est autre que le « Guide Des Maçons Ecossais de Rite
Ancien Accepté » dont l’édition originale imprimée se divise en 3 cahiers. Un
pour chaque Surveillant et un pour le Vénérable le plus complet des trois.

Cet ouvrage semble à première vue avoir été rédigé dans une période
se situant entre 1804, date de fondation du Suprême Conseil de France, et 1812.
Le doute quant à sa date vient, d’une part, de sa propre datation qui est
« 18:. », et d’autre part, de sa partie contenant le rituel de table et ne
mentionnant personne en particulier si ce n’est « sa majesté et son auguste
famille », sans mention du souverain en question.
Pour lever ce doute il faut se référer à un autre rituel, celui d’une loge
nommée « La Triple Unité Ecossaise »  un rituel daté de décembre 1804. Ce
rituel de la Triple Unité Ecossaise est identique au Guide. Son Vénérable Maître
était le F:. Fondeviolles qui fut reçu au 33e degré par Alexandre de
Grasse-Tilly lui-même. Ainsi le Guide daterait, lui, bel et bien 1804, que cette
version de 1804 en soit l’originale ou une copie.
Le Guide s’inspire largement de la maçonnerie pratiquée par les anciens et
telle que décrite dans l’ouvrage « Trois coups distincts » (« Three Distincts
Knocks ») daté de 1760, la grande référence des rites anciens. Ces rites anciens
étaient d’ailleurs pratiqués en Caroline du Sud, à Charleston plus exactement.
Le Guide critique d’ailleurs violemment le « Régulateur du maçon » pour la
publicité qui lui est faite et prend à contre pied la déchristianisation –
Certes temporaire à cause de la révolution - opérée par les rites modernes même
si, nous le verrons plus tard, il en a assimilé bien des éléments. Il a
également assimilé le Rite Ecossais Philosophique que pratiquaient les Loges
écossaises de France au XVIIIe siècle. La raison de ces assimilations est
simple, Alexandre de Grasse-Tilly, ruiné, a du faire de nombreux compromis avec
le système en place pour pouvoir manger et vivre aux Invalides.
Le Guide veut rechristianiser la maçonnerie. Il y est dit que les trois
grandes lumières sont l’équerre et le compas posés sur la Bible. De plus dans
l’instruction d’apprenti, il est fait mention de l’évangile qui fut d’abord
prêchée à l’Est pour se répandre à l’Ouest ainsi que le dit l’instruction de
« Trois coups distincts »…
Le GODF, le Suprême Conseil, les 33 degrés… Vous, vous êtes bien
loin de ça…
Imaginez-vous ce soir de 1830 vous rendant à votre Loge pour la tenue
régulière. Vous profitez du confort du fiacre qui vous y emmène pour feuilleter
la 2e édition d’un ouvrage sorti il y a 10 ans, un livre nommé « Le Tuileur »
écrit par un certain Vuillaume. Vous congédiez le fiacre et vous entrez dans le
temple. La plupart de vos FF:. y sont déjà, V:. M:. en tête, tous les officiers
sont présent également et il y en a beaucoup… Pour ne pas perdre de temps, vous
vous hâtez de laisser votre redingote au vestiaire, vous passez votre tablier de
peau peinte, vous enfilez vos gants blancs et vous prenez place sur la colonne
la plus proche, sur un fauteuil à la dernière mode : en acajou et aux angles
arrondis.
Les travaux ne vont plus tarder à commencer.

 2 : LA DISPOSITION DE LA LOGE ET DES OFFICIERS :

Un regard circulaire vous permet de voir les différents officiers de
la Loge. Ils sont tous disposés selon les indications du livre : « Recueil
général des lois constitutionnelles du rite écossais et des différents grades
qui composent cet ordre maçonnique », un ouvrage manuscrit de 1812 comportant
toutes les indications sur le 1er degré du rite et sur la disposition de la loge
et des officiers. Ce livre n’a jamais été complété par les grades de
compagnon et de maître. Pourquoi ? Mystère…
Ce soir tout est conforme. Le Vénérable Maître est juché sur
l’estrade, à l’orient. Une estrade surélevée d’une hauteur de 3 marches et
fermée par une balustrade. Il porte le maillet, symbole d’autorité, une équerre
à son sautoir et un chapeau. Selon le manuscrit « Rituel écossais du 1er au 18e
degré » de 1820 il s’agit d’un chapeau Henry IV orné d’un plumet blanc et
d’une cocarde tricolore. Clin d’œil au RER ? le chapeau Henri IV est prescrit
pour les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte selon les rituels RER de
1787-1791.
Le chapeau paraît être l’ornement adéquat. Il s’assimile facilement à la
couronne, symbole de souveraineté et de pouvoir. Mais pas question de faire
porter une couronne au Vénérable Maître. A cette époque une couronne
rappellerait trop de mauvais souvenirs aux républicains et serait sans doute
perçue comme un sacrilège pour les royalistes.
Juste en bas de l’estrade se trouve un petit autel, appelé « autel des
serments » sur lequel trônent les trois grandes lumières de l’ordre : Le compas,
l’équerre et une bible ouverte au 12e chapitre du livre de Juges. Pourquoi ce
choix ? De prime abord on a du mal a priori à comprendre le rapport entre ces
quelques versets relatifs aux guerres entre les tribus d’Israël, plus exactement
sur la tribu d’Ephraïm, et la franc-maçonnerie. Mais une simple lecture de ce
passage permet de voir un rapport évident.
Le livre des juges, dans son chapitre 12, traite de la défaite d’Ephraïm, le 2nd fils de Joseph, face aux hommes de Galaad rassemblées par Jephthé. Suite à cette défaite, les hommes de la tribu d’Ephraïm voulaient fuir.
Si un homme d’Ephraïm se faisait prendre par les hommes de Galaad et niait sa
qualité d’Ephraïmites les Galaadites lui demandait de prononcer un certain mot.
Comme les Ephraïmites avaient un défaut de prononciation, ils ne pouvaient
prononcer ce mot correctement. La sanction était d’avoir la gorge coupée. Ce mot
n’est autre que le mot de passe du second degré que l’apprenti, au moment de sa
cérémonie de passage, est sensé déjà connaître...

Mais revenons en à la tenue. L’estrade sur lequel se tient la chaire
du roi Salomon a d’autres locataires. Il y a trois autres officiers, que le
manuscrit de 1812 désigne sous le vocable de « dignitaires ». A la droite du
Vénérable se trouve le secrétaire, à l’extrémité de l’estrade. Plus proche du
Vénérable siège le 1er diacre, armé d’une Hallebarde et qui sert de messager.
Pourquoi une hallebarde ? Il n’y a aucune explication officielle à ce sujet.
Pourtant, on peut trouver une explication symbolique : La hallebarde s’assimile
facilement à la lance. Or la lance est certes une arme mais c’est aussi dans
biens des traditions un ornement, une simple décoration. C’est le cas par
exemple pour les indiens d’Amérique pour lesquels la lance décorée montre le
rang social. Plus proche de nous, les « Beefs eaters » qui gardent les joyaux de
la couronne d’Angleterre ou les gardes suisses du pape, portent la hallebarde.
De plus il faut savoir que les gardes suisses, mais aussi les beef eaters, sont
les gardiens du sacré. La hallebarde serait alors l’arme sacrée par excellence.
Notons au sujet des diacres, puisqu’il y en a deux, que la présence
de ses officiers, décrits déjà dans « Trois coups distincts », atteste de la
conformité du GDM avec la maçonnerie des anciens. La présence de 2 diacres
œuvrant comme messager entre le Vénérable Maître et les surveillants apparaît
dans les premières constitutions irlandaises de 1730.
La fonction de diacre fut
reprise dès 1752 par les règlements de la Grande Loge des Anciens établit par
Lawrence Dermott.

A la gauche de l’estrade, on trouve l’Orateur, le détenteur de la Loi
comme l’atteste le bijoux de son cordon. A l’orient, on trouve enfin l’étendard
de la Loge et un grand nombre de sièges. Même si le recueil de 1812 ne les
mentionnent pas, il doit s’agir de sièges à destination des visiteurs importants
ou des membres d’honneur qui, eux, sont cités dans le même recueil. Du reste
l’original du « Guide des Maçons Ecossais » dit, dans le rituel d’ouverture, que
le Vénérable Maître «reconnaît pour maçon tous ceux qui sont à l’orient ». Cela
se limite-t-il au secrétaire, au diacre et à l’orateur ? Autre indice : Le
recueil de 1812 dit clairement que les Frères pratiquant les grades supérieurs
sont revêtus des attributs de ces grades, peut-être sont-ce les occupants des
sièges de l’Orient…
Juste en bas de cette estrade on trouve deux autres plateaux. A midi
celui du trésorier qui porte ses deux clefs en bijoux, et au septentrion celui
du Garde des sceaux. Ce dernier est l’assistant direct du secrétaire, il
conserve les archives de la loge, ses timbres et tampons. Son bijou consiste
simplement en une médaille de Loge.
Toujours plus à l’occident on trouve les Maîtres des cérémonies, car
il y en a deux : Le 1er en tête de la colonne du midi, portant sa canne
d’ambassade et dont le bijoux consiste en deux cannes entrecroisées. Son alter
ego lui fait face en tête de la colonne du septentrion. C’est surtout leur
voisin qui les différencie. Le 1er Maître des cérémonies à pour voisin de gauche
le 1er expert, portant une épée à la main et une règle coupant une épée en guise
de cordon. Le 2e Maître des cérémonies à pour voisin immédiat le porte-étendard
qui arbore un simple triangle en cordon. Ce dignitaire, à dire vrai, n’a aucun
office particulier pendant la tenue. Son rôle consiste, on le pense, à suivre le
Vénérable Maître lorsqu’il est en déplacement.
Toujours plus à l’occident, sur la colonne du midi, siège le 2nd
Surveillant derrière son plateau surélevé d’une marche. Il porte son éternel fil
à plomb autour du cou et tient le 3e maillet. Cette présence au midi du 2e
Surveillant atteste particulièrement du caractère ancien du GDM. Le « Trois
coups distincts », place expressément le 2e surveillant au midi « pour observer
au mieux le soleil culminant au méridien, pour appeler les hommes du travail au
repos, et de veiller à ce qu’ils reviennent en temps voulu, de sorte que leur
Maître en retire plaisir et profit. ». Cet ouvrage place également le 1er
surveillant à l’occident pour « clore la Loge, payer leur salaire aux ouvriers,
et les renvoyer de leur travail ». Plus loin dans le catéchisme des « Trois
coups… » il est dit que la colonne Force représente le 1er surveillant à
l’occident et la colonne Beauté le 2nd surveillant au midi. Dans les rites
modernes comme le rite français au contraire, les deux surveillants sont à
l’occident, un devant chaque colonne. Dans l’ouvrage de Prichard intitulé
« Massonry Dissected » de 1730 il est très clairement affirmé que les
surveillants sont à l’occident pour renvoyer les hommes du travail en ayant payé
leur salaire. Le « Régulateur du maçon » de 1801 emboîtera le pas des modernes.
Encore plus à l’occident, devant la colonne B:. , on trouve le 1er
Surveillant, juché sur une estrade de deux marches. Il porte le 2nd maillet et
un niveau en sautoir. Ce dignitaire est très entouré. A sa droite on trouve le
2nd diacre armé lui aussi d’une hallebarde, et qui sert de relais entre les deux
Surveillants. A sa gauche on trouve l’Hospitalier, et
« l’Architecte-vérificateur », ou « Architecte » tout court, qui est plus
spécialement chargé de la « maintenance » du temple : Gestion du stock de
bougies et des accessoires rituels, réparation du local s’il y a lieu, commande
des médailles de loges et attribution desdites aux membres de la Loge. Cet
officier porte un compas en sautoir. La fonction d’architecte disparaîtra très
rapidement : Dès 1849, lors de la réforme du Grand Orient de France. Un tel
officier est peu utile dans un temple comme celui de la rue Cadet, ou de la rue
Christine de Pisan, dans lesquels il y a une intendance.
Il faut enfin signaler la position même du 1er surveillant qui, à
l’origine, se situe juste en face du Vénérable Maître, dans l’axe de la chaire
du roi Salomon et du tableau de Loge. Cette position est en tout point conforme
aux usages des anciens. Alors qu’au XXI siècle, le 1er surveillant est souvent
décalé vers le Nord, tout comme le 2nd Surveillant vers l’Ouest. La raison
invoquée de nos jours est que chaque surveillant doit faire face à sa
colonnette.
Enfin, à l’occident, on trouve le 2nd Expert juste derrière le 1er
Surveillant, contre le mur devant la colonne B:. qui est le stricte alter ego de
son homologue à la tête de la colonne du midi. Pas loin de lui, devant l’autre
colonne, siège le Couvreur, armé de son épée. Une tradition veut que le couvreur
soit en général le précédent Vénérable Maître. En effet la fonction de Passé
Maître Immédiat n’existe pas au GDM.
Il y a enfin un dernier officier, il s'agit de l'économe qui est
chargé de la bonne organisation de l’agape et qui prend place sur l’une ou
l’autre colonne. L’économe est parfois appelé « Maître d’hôtel », ce qui sied
mieux à sa fonction.
Que d’officiers dans ce rituel direz-vous ? Pas moins de 20 se
repartissent le travail dans le temple sans compter les adjoints ou suppléants
éventuels ! Certes leurs fonctions sont strictement définies par le recueil de
1812. Le secrétaire fait la place tracée des travaux, le garde de sceaux
conserve et gère les archives de la Loge, le 2nd Surveillant scrute la colonne
du septentrion et se charge de l’instruction des apprentis, le 1er garde les 2
colonnes et se charge de l’instruction des compagnons, les Maîtres des
cérémonies procèdent aux cérémonies diverses : Initiations, passages,
élévations, etc… Tout cela dans un temple entretenu par l’architecte, préparé
par les apprentis sous le contrôle des maîtres des cérémonies, et vérifié par
les experts. Pourtant on ne peut tout de même pas s’empêcher de penser à la
confusion qui régnerait au cours des travaux si ceux-ci ne n’étaient pas réglés
au millimètre. On ne peut qu’en déduire l’importance d’autant plus grande du
rôle de V:. M:. au Guide des Maçons Ecossais, ses qualités d’équité et de
gestion doivent être d’autant plus grandes.
Quoi qu’il en soit, tout le monde est en place, le rituel commence…

3 : LE RITUEL D’OUVERTURE :

Au moment d’ouvrir les travaux, les bougies sont déjà allumés, les
officiers sont en place, y compris le VM. Le VM demande tout d’abord au 1er
Surveillant de s’assurer de la sécurité de la Loge puis de la qualité maçonnique
des gens qui garnissent les colonnes. Le GDM imprimé original ne mentionne pas
la façon dont les surveillants s’assurent de cette qualité, pas plus qu’il ne
mentionne la levée des FF:. ou du Vénérable Maître. Ce n’est que dans le
manuscrit de 1829 « Rite Ecossais Ancien & Accepté, rituels des 3 premiers
degrés selon les anciens cahiers » que l’on trouve la façon dont ce fait
cette vérification. Ils montent d’abord à l’orient pour y chercher
symboliquement la connaissance puis redescendent vers l’occident pour y
effectuer leur travail avant d’en rendre compte.
Enfin le mot sacré passe du Vénérable au 1er Surveillant puis au 2nd par
l’intermédiaire des Diacres. Le Vénérable se découvre le temps de prononcer la
formule rituel d’ouverture des travaux. Pour cela il s’arme d’une épée à la lame
droite et non d’une épée flamboyante, épée droite qu’il tient droite dans la
main gauche tandis que la main droite tient le maillet. Le Vénérable Maître
ouvre les travaux de façon autoritaire, en rappelant l’interdiction des
discussions politiques ou polémiques en loge, interdiction assortie de
sanctions. Il n’y a pas non plus, de formation d’un tétraèdre avec la canne du
Maître des Cérémonies et l’épée de l’Expert. Ce tétraèdre – au même titre que
l’épée flamboyante – est un élément d’hermétisme absent du GDM.
L’être au nom duquel les travaux sont ouverts diverge aussi avec le temps.
Dans le recueil de 1812 et le manuscrit « Rituel écossais » de 1820, les travaux
sont ouverts au nom de Dieu et de St Jean, il n’est nullement fait mention du
GADLU qui n’apparaît que dans le manuscrit de 1829. Les travaux, selon ce
dernier manuscrit seulement, sont ouverts comme dans notre rituel contemporain
au nom de « Dieu, GADLU et de St Jean d’Ecosse ». Notons au passage que
l’appellation de « St Jean d’Ecosse » est purement franco-française puisque les
« Trois coups distincts » ne parle que de St Jean…Quant à l’acclamation,
elle n’apparaît que dans le manuscrit de 1820 sous la forme « Houzzé » et celui
de 1829 sous l’écriture « Houzzaï ».
Que n’a-t-on pas dit sur cette acclamation mystérieuse : « Houzzé ».
On en a fait le simple synonyme de « Hourra », un dérivé de « Hoschée » -
L’acclamation Rose-Croix - un dérivé de l’hébreu « Ozé » qui signifie « Force »
et par extension « vie », ce qui rapprocherait le « Houzzé » du « Vivat » des
rites modernes. Delaunay, dans son tuileur, en a même fait une signification de
« Vive le roi » ce qui n’a rien d’étonnant lors de la restauration monarchique.
Certes le mot sacré du 1er degré n’est nullement mentionné lors de
l’ouverture, ni celui de compagnon et encore moins celui de Maître. Le mot du
1er degré ne figure dans aucun des textes, seule la 1ere lettre du mot est
mentionnée ce qui permet certes de comprendre que celui-ci est « Boaz ». L’ordre
des mots sacrés selon les anciens est donné très tôt par le manuscrit « Sloane
3329 » et le manuscrit de Trinity College. Tous deux datent du début du XVIIe
siècle et restituent cet ordre des mots sacrés avec « B » au premier degré. Dans
un autre texte fondateur des anciens, « Le sceau rompu » de 1745, on ne donne
pas le mot du premier degré mais l’intégralité de celui du second. Il n’y a
alors plus qu’à faire marcher l’esprit de déduction.
Pour retrouver l’intégralité des mots sacrés, il faut se référer aux
textes fondateur des rites anciens. Les « Trois coups distincts » (1760) donne
l’intégralité des mots sacrés des deux premiers grades avec B au 1er degré.
L’intégralité des mots est donnée à ceci près que le mot de compagnon est écrit
à L’anglaise[16]. Avant cela, deux ouvrages français nommés respectivement « Le
catéchisme des Francs Maçons » (1744) et « L’ordre des Francs Maçons trahi »
(1745) donne l’intégralité des mots sacrés des 1er et 2nd degré avec l’écriture
du mot de compagnon à la façon française.
Pour information il faut savoir qu’un des moyens de distinguer les
rites anciens des rites modernes est justement l’orthographe du mot « Boaz ».
« Boaz » est une orthographe typiquement ancienne à laquelle les modernes ont
substitué l’orthographe « Booz ». Les modernes qui ont d’ailleurs volontairement
inversé l’ordre des mots sacré des 1er et 2nd degrés comme en témoigne une
divulgation des secrets des modernes par le « manuscrit Sadler » de 1766,
divulgation faisant suite au « Massonry Dissected » de Prichard (1733).
Le GDM étant de nature ancienne, l’ordre et la prononciation des
mots sacrés dans les trois grades ne peut guère laisser de doute.

 4 : LES PRELIMINAIRES A L’INITIATION :

Avant d’aborder la cérémonie en elle-même, il faut s’arrêter un
instant sur toute la procédure qui a conduit le profane dans le cabinet de
réflexion. Le recueil de 1812 précise toute la démarche.
La demande d’initiation est déposée dans le sac aux propositions par
un F:. de l’atelier. Le postulant doit être âgé de 21 ans, mais le recueil
permet la candidature d’un postulant âgé de 20 ans seulement s’il est
louveton[18]. Suite à cette première attache le Vénérable Maître nomme trois
enquêteurs désignés sous le vocable de « commissaires » pour se rendre chez
le profane et s’assurer de sa bonne moralité et de sa bonne volonté.
Une incertitude existe quant à la teneur de la 3e attache : Passage
sous le bandeau ? Entretien en comité de Maîtres dans une salle humide ? Simple
confirmation de la 2e attache ? Faute de texte, on peut raisonnablement déclarer
qu’il y a une totale liberté des loges en la matière. Mais la 3e attache ne
saurait être escamotée puisqu’elle est prévue par le rituel de l’initiation
lui-même.
Pour ce qui est du scrutin, la règle est complexe. Selon le recueil
de 1812 le vote à boules est obligatoire lors de la 2e et de la 3e attache selon
les modalités suivantes : Si à l’issue du scrutin, il y a une boule noire dans
l’urne, il est procédé à un nouveau tour pour s’assurer qu’il n’y aucune erreur.
S’il y a encore deux boules noires dans l’urne, il est prévu que les FF:. qui
les ont mis rencontrent ultérieurement le Vénérable Maître et les Surveillants
pour exposer les raisons de leur refus. A l’issue de cette entretient, le V:.
M:. et les Surveillants tranchent et leur décision a force de Loi. S’il y a
trois boules noires ou plus dans l’urne, le scrutin est tout simplement
défavorable.
Notons que le recueil a prévu le cas du profane très connu des
membres de l’atelier. Dans ce cas, il sera dispensé d’enquête et seule la 3e
attache aura lieu. Mais dans ce cas, l’unanimité est requise.
Quoi qu’il en soit, une fois la loge acquise au profane, la cérémonie peut avoir lieu.

5 :L’INITIATION :

Pour l’initiation, le profane est amené sur les parvis du temple
après un long moment dans le cabinet de réflexions. Il a pu y lire les diverses
maximes inscrites sur les murs noirs, il avait sur la table en face de lui un
crâne et un « livre de morale », la sainte bible sans doute. Le sel, le souffre
et le mercure sont des éléments alchimiques de base absents de ce rituel qui se
veut, nous le verrons plus tard, très proche du métier symbolique.
Après un temps de réflexion le profane est introduit dans le temple
dans la vêture rituelle. Le voilà donc sans métaux, un bandeau sur les yeux, une
corde au cou, le sein et le genou gauche dénudé, le pied gauche en pantoufle.
Il est bientôt précipité dans la caverne après avoir accepté de
subir les épreuves et après avoir médité sur la sellette des réflexions qui
n’est autre que la pierre brute elle-même. La caverne est décrite dans le
recueil de 1812 qui en donne une description précise. Il s’agit seulement d’une
longue gouttière suffisamment large pour y faire tenir un homme assis. On met le
profane à un bout puis on lève la gouttière pour le faire glisser. En termes
clairs on lui fait faire du toboggan… L’épreuve de la caverne n’est pas sans
importance symbolique. Dans de nombreuses traditions initiatiques les cérémonies
débutent par un passage dans une caverne ou une fosse, à titre de punition dans
la logique platonicienne ou à titre de retraite purificatrice ce qui
conviendrait mieux à l’optique maçonnique. Ce passage « troglodyte » symbolise
une régression « ad uterum », un retour au ventre maternel pour une nouvelle
naissance. Au plan psychologique il s’agirait même d’une phase d’introspection
récapitulative avant la construction d’une nouvelle identité.
Au cours de la cérémonie de réception, après avoir subi l’épreuve du
calice d’amertume, on lui fait faire les 3 voyages. Trois voyages strictement
identiques durant lesquels le candidat est bousculé et durant lesquels les FF :.
font un vacarme épouvantable. Mais le vacarme du 3e voyage disparaît dés 1829.
Pourquoi cette suppression ? On s’accorde à dire que ce voyage correspond à la
première entrée dans le temple. On a alors du mal à comprendre pourquoi un tel
tumulte dans un lieu où règne la paix, la concorde et l’harmonie.
Au cours de ces voyages le profane sera purifié par l’eau et le feu mais
non par l’air ni par la terre. Il faut voir ici non pas un oubli d’une référence
alchimique mais une référence biblique. La candidat à l’initiation est assimilé
à une future victime d’un holocauste dans le temple de Jérusalem : il est donc
purifié par l’eau lustrale. Cette cérémonie biblique est décrite dans le
chapitre 19 du Livre des Nombres. Vient ensuite l’épreuve du feu dont la
signification est la suivante : Si la victime est impure, elle sera consumée. Si
elle est pure : le feu ne la détruira pas. Alors, seulement à ce moment, le feu
jouera alors le rôle d’un catalyseur de la transformation du profane au sacré,
du profane au maçon, du métal en or, petit clin d’œil à l’alchimie…
Pas question de décrire plus avant une cérémonie que vous connaissez
tous mes FF:. Laissez-moi seulement m’arrêter sur quelques points. En effet au
fil des transcriptions du rituel quelques éléments changent. Ainsi, lors du
« test de bienfaisance » les premières versions du rituel ne prévoient pas les
dons d’argent ridicules, seulement une offre généreuse. La formule « Monsieur le
denier de la veuve donné avec indigence est aussi agréable au GADLU que la pièce
d’or du riche… » n’apparaît pas, seule « Je n’en attendais pas moins monsieur,
de votre bon cœur... » est rédigé. Quant au sacrifice de sang, si les versions
plus récentes du rituel attribuent cette fonction à un F:. anonyme appelé F:.
chirurgien, le recueil de 1812 donne cette fonction à l’hospitalier. Il faut
noter que là encore le sacrifice de sang est un élément français qui date de la
2nde moitié du XVIIIe siècle mais il était déjà présent au Rite Ecossais
Philosophique.
Plus intéressant est la formule latine « Sic transit gloria mundi »
employée lors du retrait définitif du bandeau au candidat. Seule la version
imprimée du GDM laisse apparaître cette phrase « Sic transit gloria mundi »
[ainsi passe la gloire du monde]. D’où vient cette phrase ? Déjà présente dans
la Stricte Observance Templière bien avant le 1er empire, elle se retrouve de ce
fait au Rite Ecossais Rectifié. La maxime est tirée d’un des grands livres de la
mystique chrétienne : « L’imitation de Jésus Christ » qui contient un ensemble
de conseils pour la vie spirituelle et religieuse. Cet ouvrage est anonyme. On
l’a attribué tour à tour au chancelier de l’université de Paris, Jean Charlier
de Gerson (1363-1429), au moine allemand Thomas a Kempis (en réalité Thomas
Hemerken, 1380-1471), à L’abbé de Vercelli (Piemont) : Gersen, etc… Cet ouvrage
a été traduit de nombreuses fois, notamment par Corneille, mais c’est celle de
Félicté-Robert de Lamennais (1782-1854) fait autorité. Quant à ces paroles de
l’Imitation - « sic transit gloria mundi » - elles sont adressées au Pape lors
de son installation pour rappeler au souverain pontife la fragilité du pouvoir
temporel.
La lecture de la bible fourni son explication. Certains passages ne
sont guère tendres avec la notion de gloire. A commencer par l’Ecclésiaste qui
distingue clairement la gloire de Dieu de la gloire de l’homme qui ne serait
qu’une gloriole. Quelques exemples : « Mieux vaut une bonne réputation qu’un bon
parfum » (7-1), « Mieux vaut entendre la réprimande du sage que le chant des
insensés » (7-5).
Quant aux proverbes, au chapitre 25 verset 27 ils disent : « Il n’est pas
bon de manger beaucoup de miel, mais rechercher la gloire de l’autre est un
honneur ». Jean, au chapitre 12 de son évangile relatif à la résurrection de
Lazare parle de Jésus arrivant à Béthanie à dos d’âne. De même au Versets 42 et
suivant, Jean y traite des pharisiens qui aimaient plus la gloire des hommes que
la gloire de Dieu. Ce à quoi Jésus répond : « Celui qui croit en moi croit, non
pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé. Je suis venu comme une lumière afin
que quiconque croit en moi ne demeure point dans les ténèbres. ». Tout cela sans
compter avec l’instruction du second degré.
A la lumière de ces quelques lignes sacrées, une explication peut
s’imposer quant à la présence de la phrase « sic transit gloria mundi ». Elle
signifie à l’impétrant, d’une part que l’initiation incite à laisser là les
passions au profit de la réalisation personnelle, la gloire m’appartenant qu’à
Dieu. Et, d’autre part, que même s’il vient de recevoir la lumière, cette
lumière, aveuglante lors du retrait du bandeau, est éphémère et qu’il faudra
continuer l’initiation toute sa vie pour la maintenir ou la retrouver.
Pour en revenir à notre initiation selon le GDM, une fois le bandeau
retiré pour la seconde fois et le serment prêté, le VM communique à au nouveau
frère les mots, signes et attouchements du 1er degré du rite. Mais dans le
premier imprimé du GDM ainsi que dans les rituels écossais de 1820, le VM ajoute
la phrase suivante : « Mon F la maçonnerie est connue dans tout l’univers quoi
qu’elle soit divisée en deux rites : Anciens et moderne. Mais ils reposent sur
les mêmes principes. Nous travaillons sous le rite ancien ou écossais car il est
le même qui nous a été transmis par les 1er fondateurs de l’ordre et est de pure
essence de la maçonnerie. Voici les mots, signes et attouchements du rite
moderne ». Et sur ce il les lui communique, mais ces mots, signes et
attouchements ne sont pas plus indiqués que ceux du rite ancien. On peut tout de
même voir la volonté du Rite ancien de tendre la main au rite moderne malgré
l’opposition entre les deux. Opposition qui ne prendra fin qu’avec le traité de
1813. Sans doute est-ce là également une marque de la volonté de compromission
du comte de Grasse-Tilly pour pouvoir survivre décemment.
Enfin le nouveau F est proclamé, il prend place sur les colonnes,
sur un siège en acajou aux angles arrondis. Mais le nouveau F:. va devoir, comme
les autres apprentis, s’absenter momentanément car ce soir votre Loge monte au
2e degré pour un passage.

6 : LE PASSAGE :

L’ouverture au 2nd degré ne diffère guère au fil des temps. Elle est
d’ailleurs semblable à celle du 1er degré à quelques tournures de phrase près.
Seuls les mots sacrés changent, naturellement.
Pour la cérémonie de passage le GDM se veut extrêmement proche du métier,
il est proche en cela des rites anciens. Le candidat effectue 5 voyages au cours
desquels lui sont expliqué les différentes phases de la taille de la pierre et
de l’édification du temple. Initialement, il n’y avait que trois voyages. Ce
nombre de 5 voyages apparaît pour la 1ere fois dans un rite français provenance
indéterminé datant de 1756 et conservé par le Grand Orient de Belgique. Mais le
nombre de 5 voyages deviendra définitif en 1786 lors de la refonte des rites par
le GODF en 1786. Ce nombre de 5 voyages fut par la suite adopté par les
fondateurs du REAA et repris par le GDM.
Pour effectuer ces 5 voyages, le candidat compagnon prend successivement à
la main une série d’outils. C’est d’ailleurs la seule cérémonie et le seul
rituel dans les grades symboliques durant laquelle le candidat à les mains
pleines de plusieurs outils. Rappelons brièvement le contenu de ces voyages qui
représente les 5 années que durait l’apprentissage autrefois, dans les
confréries : Le premier est consacré à la coupe de la pierre, le candidat
effectue ce voyage muni d’un maillet et d’un ciseau à pierre . Le 2nd voyage est
consacré au tracée sur la pierre extraite des lignes propres à en donner la
coupe exacte à venir, le candidat fait le tour de la loge en tenant une règle
est un compas. Le 3e au transport de la pierre depuis la carrière jusqu’au
chantier et à la mise en place de cette pierre, ce voyage se fait avec un levier
et une règle. Le 4e tour de loge est consacré à la construction de l’édifice en
lui-même avec l’équerre et la règle. Quant au 5e voyage il est consacré à la
théorie générale de la construction. Et si les 4 premiers voyages se font avec
des outils à la main, le 5e se fait, lui, mains nues.
Cette progression est empreinte d’un certain bon sens : L’apprenti
commence par des tâches grossières ne demandant pas beaucoup d’expérience avant
d’affiner peu à peu sa technique pour déboucher sur la théorie, occupation plus
noble s’il en est.
D’aucun reprocherait aujourd’hui au GDM l’absence d’éléments plus
ésotériques. Ainsi les cartouches retournés lors de la même cérémonie au
« 1804 » ou au « 1802 » cartouches sur lesquels sont inscrit les 5 ordres
d’architectures, les 5 sens et les 7 sciences libérales. Ces cartouches ne sont
pourtant pas si récentes. Ils apparaissent sous la restauration, plus exactement
dans un rituel de 1843 publié par le Suprême Conseil de France. Il y avait même
plus de cartouches. Selon ce rituel, le 1er cartouche montrait les 5 sens, au
second voyage on montrait le 2e cartouche sur lequel étaient inscrit les ordres
d’architectures, le 3e cartouche traitait des 7 sciences libérales, le 4e
cartouche, lui était montré après les globes terrestre et céleste, il y était
inscrit des noms de philosophes comme Platon ou Solon. Le dernier de ces noms
inscrit était INRI. INRI signifie certes « Jésus de Nazareth, roi des Juifs »,
mais aussi « Igné Natura Renovatur Integra » c.a.d, selon la tradition
alchimique, « La nature renouvelle tout par le feu ».
Au GDM, ces cartouches sont inexistant. Mais les 5 sens et les 7 sciences
libérales figurent déjà dans l’instruction d’apprenti. L’initié aura
connaissance de ces éléments dès son apprentissage. Si on ajoute l’étoile
flamboyante et la lettre G apparaissant dans la cérémonie de passage, on peut
considérer que l’initié acquerra une connaissance symbolique suffisante une fois
fini sa période compagnonique.
Une fois le compagnon reçu dans son grade, on aura rabattu la
bavette de son tablier et il aura regagné la colonne du midi. Il devra quitter
aussitôt le temple avec les autres compagnons car votre loge procède à une
élévation.

7 : L’ELEVATION :

La Loge monte au 3e par la même cérémonie que celle du 1er et du 2nd
degré mais avec les mots de Maître. A ce degré les titres des FF:. changent. Les
FF:. prennent le titre de Vénérable Frères, les Surv:. celui de Très Vénérable
Frère et le Vénérable devient Très Respectable. Il faut sans doute voir en cela
une réminiscence de l’époque où le grade de Maître n’existait pas, il était
réservé au président de la Loge, les FF:. portant alors le grade de compagnon
mais connaissaient les secrets de l’actuel grade de Maître.
Pour la cérémonie d’élévation la Loge est tendue de noir, cela implique
qu’on tire un rideau à l’orient pour cacher la chaire du roi Salomon. On éteint
les lumières pour donner à la chambre du milieu un air lugubre, elle n’est
éclairée que par une bougie jaune dont l’emplacement n’est pas précisé. On
supposera seulement que cette bougie est à l’orient pour compenser l’absence de
lumière à l’orient qui est caché par un rideau noir. Cette bougie est néanmoins
cotoyée par un sablier, symbole du temps qui passe et mène irrémédiablement vers
la mort. Cette mort qui vient de frapper le Maître Hiram.
Le dernier maître élevé s’allonge dans un cercueil, recouvert d’un drap
noir. Le candidat est amené à reculons et la cérémonie peut commencer. Signalons
que le cercueil est une des particularités du REAA, Dans les autres rites les
personnes sont simplement allongées par terre. Le cercueil n’est pourtant pas
une invention du REAA, il existe aussi au Rite Suédois tel que rédigé dans les
années 1760-1770. Mais la présence de cette bière convient parfaitement au coté
théâtrale du REAA.
Plus intéressant, le GDM dans sa version imprimée non datée rajoute un
élément qui ne se retrouve plus dans le REAA contemporain. Une fois Hiram
assassiné le roi Salomon envoie une expédition de 12 compagnons à la recherche
du Maître. Cette expédition se scinde en 4 groupes qui partent respectivement au
Nord, au sud, à l’Est et à l’Ouest.
Ceci fait, voilà très exactement ce qui est stipulé : « Une de ces
quatre bandes descendit la rivière de Joppa (Aujourd’hui Jaffa) ; l’un d’eux
s’étant reposé sur une roche, il entendit de terribles lamentations par
l’ouverture du rocher. Prêtant l’oreille il entendit une voix qui disait :
« Oh ! Que j’eusse eu plutôt la gorge coupée, la langue arrachée jusqu’à la
racine, et que j’eusse été enterré dans le sable de la mer à la basse marée et à
une encablure de distance du rivage où la mer flue et reflue deux fois par jour,
plutôt que d’avoir été complice de la mort de notre respectable maître Hiram ! »
« Oh, dit un autre, que mon cœur eut été arraché de mon sein et jeté
pour servir de proie aux vautours, plutôt que d’avoir été complice de la mort
d’un aussi bon Maître. ! »
« Mais hélas, dit Jubélum : je l’ai frappé plus fort que vous deux
puisque c’est moi qui l’ai tué ! Que j’eusse eu mon corps séparé en deux, une
partie au midi et l’autre au Nord, et mes entrailles réduites en cendres et
jetées aux quatre vents, plutôt que d’avoir été le meurtrier de notre
respectable maître Hiram. »
Ce compagnon, après avoir entendu ces plaintes lamentables, appela
les deux autres compagnons, ils convinrent entr’eux d’entrer dans l’ouverture du
rocher, de se saisir des ouvriers et de les transporter devant le roi Salomon,
ce qu’ils exécutèrent.
Ces meurtriers avouèrent à Salomon ce qui s’était passé et ce qu’ils
avaient commis, et témoignèrent de ne pas survivre à leur forfait.
En conséquence, Salomon ordonna que leur propre sentence leur soit
exécutée, puisqu’ils avaient désigné eux-mêmes leur genre de mort, et ordonna
qu’il soit fait ainsi : Jubelas eut la gorge coupée, Jubelos eut le cœur
arraché, Jubelum eut le corps coupé en deux parties, l’une fut jetée au Nord,
l’autre au midi.
Salomon ayant ainsi vengé la mort du respectable maître Hiram-Abif
renvoya les mêmes compagnons pour remplir leur première mission. »
Ceci accompli, les 12 compagnons repartent pendant 5 jours et
rendent compte au roi Salomon de leur échec.
Voilà le seul élément vraiment remarquable du 3e degré du GDM qui ne
s’y retrouve plus aujourd’hui. Elle est pourtant toute droite issue de la partie
du catéchisme de maître dans les « Trois coups distincts ». Ce passage a
pourtant été supprimé en raison d’une contradiction totale avec les degrés
supérieurs.
Car le problème essentiel du GDM originel se situe là.
Le 3e degré du REAA actuel apprend que les compagnons étant rentrés sans
avoir découvert le cadavre d’Hiram, Salomon envoie 9 Maîtres qui, eux trouvent
le corps. Puis, dans un degré supérieur, l’on apprend que ces neuf Maîtres
retrouvent l’un des assassins du Maître Hiram. Aussitôt, l’un d’entre eux tue ce
compagnon et en rapporte la tête à Salomon. Lorsqu’il découvre le macabre
trophée que lui rapporte ce maître, il songe à le faire exécuter à son tour mais
finalement se ravise[23]. Quant aux deux autres compagnons, ils ne sont retrouvé
dans un autre degré.
On voit donc la totale opposition entre le 3e degré du Guide et les degrés
supérieurs du REAA. Voilà, mes FF:. où le bas blesse. Les degrés 4 à 33 ayant
été établi avant le Guide, comment ceux qui en sont les rédacteurs, les membres
du 1er Suprême Conseil Français, ont-ils pu commettre une telle erreur ? Des
hypothèses seront envisagées en conclusion.
On comprend néanmoins la suppression rapide de ce passage du GDM. Ce
rituel, dans sa version actuelle, n’a donc plus ce handicap.
Cela dit, une fois la cérémonie achevé, on communique enfin le mot de
Maître. Mais il s’agit là du mot substitué. Car le mot de Maître ne pouvait être
prononcé que par 3 personnes : Hiram roi de Tyr, Hiram Abif, et Salomon, or l’un
des trois est mort et le mot est perdu. D’où un mot substitué mis en place au
cas où Hiram, avant sa mort aurait révélé ce secret pour éviter son sort
funeste.
Quel est ce mot substitué ? Vu le caractère ancien du GDM, il n’y a aucun
doute que ce mot est « Mohabon », ce qui est proche du « Mohabone » des anciens.
A titre d’anecdote d’ailleurs le terme « Mohabone » évoque le vocable « Marrow
in the bone» , traduction : Moelle de l’os. Mohabon peut également se voir
comme une dérivation du vocable hébreu « Met aboneh », ce qui signifie :
« L’architecte est mort ».
A l’inverse il y a quelques éléments d’aujourd’hui qui n’y figuraient pas
à l’époque comme la phrase « Dieu merci le maître est retrouvé et il reparaît
plus radieux que jamais » lorsque le V:. M:. a relevé le nouveau maître. Cette
phrase est caractéristique de l’évolution ultérieure du REAA pour lequel la
fuite d’Hiram s’apparente à la course du soleil et pour lequel la relevée du
corps est une résurrection comme dans beaucoup de tradition symbolique.
Une fois le nouveau maître installé sur les colonnes, la loge peut
redescendre au 1er degré pour la fermeture des travaux.

8 : LA FERMETURE :

La fermeture des travaux est sans doute la seule partie du rituel
qui n’ai jamais grandement évolué. A un détail près pourtant : L’absence de
chaîne d’union. Celle-ci est n’est apparu dans les rites anciens que très
tardivement, car elle est, dans la première moitié du XIXe siècle, l’apanage des
rites modernes qui l’ont tiré du compagnonnage. Elle est néanmoins présente dans
l’Arche Royale des anciens et s’en est un élément essentiel. Une fois le serment
de silence prêté et les travaux clos, les frères quittent le temple pour une
agape rituelle en salle humide.

9 : CONCLUSION :

Revenons maintenant au XXIe siècle. Qu’est-il advenu du GDM ? Il a
continué d’être pratiqué tel que prescrit par le manuscrit de 1829 par la Grande
Loge de France jusqu’à une date oscillant entre la fin du XIXe siècle et le
début du XXeme siècle[26]. Depuis ce temps il a subi de nombreuses
modifications. La première date de 1893 avec Oswald Wirth qui a rajouté à ce
rituel proche du métier des éléments hermétiques et des références lourdes à la
kabbale, références propres à la mise en œuvre des degrés 4et plus du REAA. Au
fil de ces changements les diacres ont disparu avec la création de la Grande
Loge de France. Un rituel de 1905 ne les mentionne plus du tout. La
précipitation dans la caverne lors de l’initiation itou, la pavé mosaïque s’est
rétréci comme une peau de chagrin pour occuper le seul espace compris entre les
trois colonnettes allumées. Toutes ces modifications pour aboutir aux deux
versions des grades bleus contemporain du REAA pratiqués par la GLNF, versions
appelées respectivement « 1804 » alias « Cerbu », ou « 1802 » alias
« Trestournel » et datées toutes les deux de la 2nde moitié du XXe siècle.
Aujourd’hui, le Guide des Maçons n’a pas la qualité de REAA vis à
vis du Suprême Conseil Pour La France. Il lui reproche d’être en contradiction
avec les degrés 4 à 33. La contrariété originelle entre le 3e degré symbolique
et les degrés supérieurs en témoigne. Pourtant, il a été établie par les membres
du 1er Suprême Conseil au début du XIXe siècle. Comment a-t-on pu en arriver à
un tel antagonisme ? Que s’est-il passé ?
Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées :
-Que le Guide soit un élément marginal du REAA.
-Que le Guide soit un brouillon des grades symboliques du REAA., qu’il
appartienne à la protohistoire des grades symboliques du REAA, autrement dit le Guide
serait le « diplodocus » de ces grades symboliques.
-Qu’il soit un compromis politique de Grasse-Tilly pour pouvoir manger.
-Qu’il y ait une fin prévue pour ceux qui n’iront pas au delà du 3e degré,
une fin implicitement démentie ultérieurement.
-Ou alors tout simplement que le Guide des Maçons soit un rite à par
entière et non un simple rituel.
Nul ne peut prétendre détenir la vérité puisqu’aucun texte n’existe pour
accréditer telle ou telle hypothèse.
De nos jours donc, cinq Loges de la province de Paris-Grande-Arche et la
R:. L:. Fama Fraternitatis n°387 à l’orient de Paris sont les seules en France à
le conserver et à pratiquer le GDM sous une forme à peu près originelle. La
Belgique, par contre, pratique dans ses grades symboliques un REAA très proche
du Guide.
Certes ce rituel peut-être tout de même connu, grâce notamment au site
internet
http://reunir.free.fr qui diffuse entre autres les rituels les plus
anciens. De même quelques exemplaires imprimés ou manuscrits du GDM traînent
encore ça et là. L’un dort à la GLF, un autre dans les armoires du Suprême
Conseil pour la France de l’avenue de Villiers, un autre encore au Fond
Maçonnique de la Bibliothèque de France de la rue Richelieu, un autre enfin au
domicile personnel du bibliothécaire du Suprême Conseil de Belgique. Mais les 6
loges précités qui travaillent encore selon le Guide font figure de dernier
bastion de l’histoire.
Alors, mes FF:. , par delà tout ce qui peut être reproché à ce
rituel : son caractère proche du métier, trop proche pour certains peut-être,
l’absence d’hermétisme voire son coté brutal… Gardons le précieusement au titre
de prima matériae.

Source : Grande Loge Nationale Française Province de Paris-Grande-Arche
Orient de Suresnes Respectable Loge « La Foi maçonnique n°1017 »

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La position des colonnes au Rite Français

27 Avril 2013 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

Tous les rites que nous pratiquons font place à deux colonnes placées symboliquement à l'intérieur, à droite et à gauche de l'entrée ; l'une porte la lettre J, 1'autre la lettre B. Au delà de cette harmonie, une première dissonance apparaît, qui voit les rites modernes positionner la colonne J à gauche tandis que les rites anciens placent à gauche la colonne B. Attachons nous tout d'abord à comprendre l'origine de ces colonnes.Dans les documents maçonniques les plus anciens apparaissent une colonne en brique et une colonne en marbre, érigées par les fils de LAMECK pour y inscrire les arts et les sciences qu'ils avaient découverts, afin de les protéger du déluge.Flavius JOSEPH écrit dans les "Antiquités judaïques" : "Parce qu'ils avaient appris d'Adam que le monde périrait par l'eau et par le feu... ils bâtirent deux colonnes, l'une de brique, l'autre de pierre, sur lesquelles ils gravèrent les connaissances qu'ils avaient acquises".Le manuscrit COOKE, daté d'environ 1410, reprend la même idée : "Ayant appris que Dieu voulait se venger du péché par le feu ou par l’eau, ils s'efforcèrent de sauver les sciences qu'ils avaient inventées et se dirent qu'il existait une pierre qui résistait au feu qui s'appelait « Marbre » et une autre qui flottait sur l'eau qu'on appelait "lacerus" ...David STEVENSON, dans « Les origines de la Franc-Maçonnerie » indique à ce sujet : « Les deux colonnes des anciens devoirs représentent les colonnes sur lesquelles la connaissance vitale pour l'avenir de l’espèce humaine fut gravée ... Les légendes sur de telles colonnes sont originaires du moyen orient, elles représentaient une variante de l'idée d'une connaissance de valeurs issues du passé ». Ce premier symbolisme des colonnes tombe peu à peu en désuétude à partir des années 1725, du fait de l'importance prise par le développement du 3ème grade et la symbolique de l'édification du Temple de Salomon. La transition se constate dans la lecture du manuscrit DUMFRIES N° 4 (environ 1710), où l'on trouve à la fois une version simplifiée du récit originel et des explications détaillées sur les colonnes du Temple que SALOMON fit construire à Jérusalem. Le Rite Français conserve en partie la trace de la première légende, au travers du mot de passe d'Apprenti « TUBALCAIN », présenté dans l'instruction du premier grade comme le nom de celui des fils de LAMEKH qui inventa l'art de travailler les métaux. Au delà de cette référence à la symbolique d'origine, la présentation faite du tableau de Loge à tout nouvel Apprenti, indique clairement l'importance prise par le Temple de Jérusalem : "Vous voyez l'entrée du Temple que Salomon fit élever à Jérusalem à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, c'est lors de la construction de cet édifice fameux que, selon la tradition, la Franc-Maçonnerie reçut l'organisation qui est encore la sienne aujourd’hui... Vous voyez que l'entrée est précédée de deux colonnes et que celle du septentrion porte la lettre J, lettre initiale du mot sacré qui vient de vous être communiqué". Ce rapprochement entre colonne et mot sacré nous amène à étudier l'origine de ces mots. II convient de se rappeler qu'alors la Maçonnerie ne comportait que deux grades et que celui qui était dénommé « Maître » était le Maître de la Loge, c’est à dire le Vénérable. Le mot sacré était à la fois J et B qui ne constituait qu'un mot du premier grade dont l'un était la réponse à l'autre. Le manuscrit KEVAN indique : "Le mot est dans Roi, I - 7 - 21 dernier verset. Tout le verset et spécialement J et B." Le traité de Robert KIRK précise : « Le mot du Maçon est comme une tradition rabbinique en matière de commentaires sur J ET B, les deux colonnes élevées dans le temple de Salomon. » Les deux documents précités montrent l'unité du mot comprenant J et B. Le manuscrit SLOANE précise la façon dont il était donné : Question - Quel est votre nom ? Réponse : - J ou B. De même « A Mason's examination » de 1723 comporte la question : "Je suppose que vous avez été Apprenti" et la réponse : "J'ai vu J et B ". « The Whole Institutions of free masons opened » poursuit dans le même esprit : « Je vous salue bien Frères, j'ai grand désir de connaître votre nom. Réponse : « J et l'autre doit dire que le sien est B ». Toutefois avec l'apparition du grade de Maître, les rites ont éclaté J et B en        deux mots sacrés distincts, affectés l'un au premier grade, l'autre au second, et l'ont lié à l'une et l'autre des colonnes. Comment cette ventilation s'est elle opérée ? A partir de quelle symbolique ? Différentes hypothèses ont été évoquées. Nous repren­drons d'abord celle qui a le plus longtemps été retenue comme la clé explicative de la position inverse des colonnes entre les différents rites. Cette explication part du postulat que l'éclatement du mot J et B dont l'un répondait à l'autre en deux mots distincts, a amené B à être le mot d'Apprenti et J à être celui de Compagnon. Une divulgation de 1727, "A masons confession", indique en effet : "Concernant le mot, ils disent que B est le mot du Maçon et J un mot de Compagnon. Le premier est montré à un Apprenti lorsqu'il a prêté serment, le second est montré à celui qui a été Apprenti au moins pendant un an, quand il est admis à un degré supérieur dans leur Loge, après qu'il a prêté serment à nouveau". De là, la colonne des Apprentis située au nord aurait ainsi pris le nom de B alors que celle des Compagnons prenait la lettre J. A partir de cette position qui aurait été celle, à ses débuts, de la Grande Loge de Londres, une inversion aurait été volontairement produite du fait des désordres qui intervinrent dans les années 1730-1740, et amenèrent des imposteurs, ayant eu connaissance des mots, à s'introduire dans les assemblées maçonniques. Une décision aurait amené, afin de les piéger, cette inversion, suite à des plaintes réclamant la fin des désordres constatés. La dernière version des constitutions d'ANDERSON rapporte en effet que "quelques variations furent faites dans les formes établies" afin de mettre un terme aux abus constatés. La France, dont la jeune maçonnerie était très liée à la Grande Loge des Modernes, aurait ainsi suivi le mouvement d'inversion en 1740. Tel est, en tout état de cause, la disposition dans la première divulgation française de 1742 de l'abbé PERAU "le secret des Francs-maçons", qui positionne bien la colonne J côté Apprentis et la colonne B côté Compagnons au midi. Les tenants de cette hypothèse expliquent qu'ensuite la Grande loge des Modernes se rapprochant de sa rivale, la Grande Loge des Anciens, avait, déjà avant l'Act Of Union, rétabli la position originelle, mais que, du fait du blocus, la France n'en aurait pas eu connaissance ou qu'encore, du fait de l'antinomie profonde entre l'Angleterre et la France, le Grand Orient n`aurait pas souhaité suivre les mouvements britanniques, peu prisés au plus fort des guerres napoléoniennes. Face à cette explication qui connut ses heures de gloire mais parait actuellement rejetée par l'ensemble des historiens sérieux de la maçonnerie, l'explication qui émerge à l'issue d'un ensemble de recherches, est d'ordre symbolique. La différence entre les rites, vient d'une mise en oeuvre différente des symboles, dans une cohérence propre. L'origine symbolique de la colonne se trouve dans l'arbre qui, par ses racines souterraines, son tronc et ses branches qui s'élèvent vers le ciel, symbolise le lien entre ciel et terre. La prestance des grands arbres, leur robustesse, leur âge séculaire, la renaissance de leur feuillage à l'issue de chaque hiver, ont marqué l'antiquité qui attacha à leur majesté quelques sites. Ainsi à l'origine d'une géographie sacrée, ils évoquent comme le chêne de Saint Louis, l'endroit où l'on vient chercher justice, protection et communication. Avec les débuts de l’art de bâtir, la colonne a pris le pas sur l'arbre mais dans une position identique, c'est à dire que cette colonne était unique et n'intervenait pas pour soutenir quelque édifice ou même sculpture que ce soit. C'est dans cet esprit que des obélisques étaient dressées devant les Temples égyptiens et que deux colonnes furent dressées à l'entrée du Temple de Salomon, côté extérieur, afin de marquer l'axe de communication entre humain et divin - divin et humain. Située dans ce contexte symbolique, la position des colonnes, telle qu'elle est fixée pour les rites modernes, parait tout à fait conforme. Les travaux symboliques s'effectuent "en Loge" qui est la première phrase prononcée par le Vénérable à l'ouverture des travaux du premier grade du Rite Français. Le temple est à l'extérieur. C'est en fait l'humanité entière, conformément à l’article 4 de la règle en douze points de la Franc-Maçonnerie, qui constitue le Temple et son chantier. « La Franc-Maçonnerie vise par le perfectionnement moral de ses membres, à celui de l'humanité toute entière. » La colonne J, à l'intérieur de la Loge et à droite, la colonne B à gauche, sont conformes à la position biblique : A l'extérieur du temple, à droite pour J, à gauche pour B. Livre des rois : "Il dressa les colonnes aux portes du Temple, il dressa la colonne de droite et la nomma J, puis il dressa la colonne de gauche et la nomma B". Certes, sur le plan archéologique, il est faux de dire, comme le fait l'instruction du Rite Français au grade d’Apprenti, que la colonne J était placée au septentrion du Temple de Salomon. Elle était à droite et donc au midi. En effet les Temples de l'antiquité étaient orientés vers l'Est, le saint des Saints se situant à l'Ouest alors que nos Loges ont leur ouverture à l'Ouest et placent le Vénérable à l’Est. Mais dans le Rite Français, du coté Nord on trouve à l'Orient la Lune, sur le plateau du second Surveillant la sphère céleste, la colonne où siègent les Apprentis qui ne supportent qu'une faible lumière et travaillent en force à dégrossir la pierre brute ; c'est bien la colonne J qui en est le complément symbolique normal. A l'inverse sur la colonne du midi, nous trouvons le soleil, la sphère terrestre et les Compagnons à la recherche de leur chef d’oeuvre. La colonne B s'y place tout naturellement, si nous relisons la divulgation de 1725 « The Wolhe Institution of free masons opened » : "J signifie force et B beau ". Le manuscrit GRAHAM- MS de 1726 confirme au sujet des mots sacrés : « Leur nom signifie FORCE et leur réponse BEAUTE. » La conformité de cette position avec le Temple de Jérusalem ressort des écrits de PINHAS BEN YA'IR, Talmudiste du 2ème siècle après Jésus Christ qui, établissant une série de correspondances entre les parties du Temple et différents éléments de l'univers, met en rapport avec la colonne J la lune dont le rôle est d'établir le calendrier et les fêtes, et qui attribue à B le soleil qui jaillit sur le monde plein de puissance, révélant la beauté du monde. La place de l'Apprenti, dont il est dit dans le rituel du 2ème grade qu'il a travaillé à l'extérieur du Temple et s'est exercé à dégrossir la pierre brute, est bien au pied de la colonne J. La place du Compagnon auquel ce même rituel indique "c'est au travail de l'esprit que vous devez désormais vous livrer", trouve naturellement sa place prés de la colonne B. Si l'on se rappelle la première origine de la présence des colonnes, présentées comme connaissance de valeurs issues du passé et transmises à l'homme, la lecture des Anciens Devoirs éclairera plus encore sur le symbolisme auquel s'attache le Rite Français par rapport à J et B. Le DUMFRIES No 4 de 1710 indique : "Ces deux noms semblent désigner les deux Eglises des juifs et des gentils. Celle des juifs par J,    celle des gentils par B. The Whole institution of masony, déjà cité, précise en 1724 "J signifie force et B beau, et se rapportent aux deux fils d'Abraham, l'un de la femme libre et l'autre de l'esclave, et aussi aux deux Alliances, une des oeuvres et une de libre grâce". Ce dernier extrait fait immédiatement penser aux propos de Paul dans aux Galates : " Il est écrit qu'Abraham eut deux fils, un de l'esclave et un de la femme libre. Celui de l'esclave fut l'enfant de la chair, celui de la femme libre l'enfant de la promesse. Tout cela est allégorique car ces femmes sont les deux Alliances". La gravure célèbre d’Alexander SLADE (1754), "un maçon formé à l'aide des objets de sa Loge", comporte un élément qui prouve que l'éclairage des citations précédentes était bien celui qui était perçu à cette époque, car il place au bas de l'une des colonnes, la date de 1754, et au bas de l'autre celle de 5754, illustrant bien l'Ancien et le Nouveau Testament qui constituent la clé de nos travaux. L'Apprenti commence donc par la colonne J qui figure l'Ancien Testament et la force brutale de YAHWEH. Il est dans l'obscurité et entreprend la marche du fils de l'esclave. Le jour venu, après avoir dégrossi la pierre brute, il rejoindra la lumière de la Nouvelle Alliance et la marche du fils de la femme libre. Il contemplera la pierre cubique à pointe et recevra son salaire au prés de la colonne B, initiale de BOOZ, bisaïeul de DAVID et grand père de JESSE, dont ISAIE, annonçant le Messie, disait : " Il sortira un rejeton du tronc de JESSE et une fleur naîtra de ses racines." Nous renverrons enfin les curieux au musée de la Grande Loge Unie d'Angleterre, où ils pourront admirer un tablier du 18ème siècle prouvant bien que la symbolique d'origine du rite moderne est bien celle pratiquée au sein du Rite Français. On y distingue très nettement un fil à plomb tenu par une main entourée de nuages, associé à la sphère céleste alors qu'un niveau apparaît également mais associé à la sphère terrestre. Place des surveillants, place des symboles, place des colonnes, réalité de la Loge et conception du Temple, ne sont donc pas dues à des avatars historiques mais bien au profile d’un rite parfaitement cohérent, héritier de la Grande Loge Anglaise des Modernes.

Source : http://logephenix66.over-blog.org/article-la-position-des-colonnes-au-rite-francais-62815051.html

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Marque, Arche Royale, Cryptiques... Aperçu sur les 'Side Degrees'de la Maçonnerie Anglo-saxonne

6 Mars 2013 , Rédigé par Philippe R. et Philippe M. Publié dans #Rites et rituels

Le propos de cet exposé est de vous présenter un "survol" des systèmes maçonniques pratiqués en Angleterre -au-delà- des 3 premiers grades.
Nous nous limiterons à l'Angleterre, même si nous serons parfois amenés à parler de l'Irlande, de l'Ecosse, de la France ou d'autres orients encore.
Nous ne pourrons pas aborder ici les spécificités de toutes ses constitutions qui sont parfois très différentes.
Tous les systèmes possèdent un ensemble de grades au-delà des 3 premiers. Comme si le génie maçonnique d'un rite ne pouvait se satisfaire de 3 grades pour s'exprimer...
- RER continue avec MESA, Ecuyer Novice, CBCS et plus...
- Rite Français possède 4 voir 5 ordres après les 3 premiers grades
- REAA: 33 degrés
- Memphis Misraïm peut monter jusqu'à 99 grades. Champion toutes catégories !
- Rite Swendenborg: 6 grades
- Rite Suédois: 12 grades
- Rite Brésilien (!): 33 degrés...

L'Angleterre, comme les autres pays possède aussi des systèmes maçonniques "beyond the craft" (titre d'un best seller de Keith Jackson sur le sujet + Delving Further Beyond the Craft du Rev. Neville Barker Cryer)
En Angleterre on ne parle pas de Hauts Grades, c’est une expression qui est typiquement continentale, d’ailleurs les anglais eux-mêmes lorsqu’ils parlent de nos Hauts Grades (le plus souvent ceux du REAA), ils parlent de High Degrees, mais pour les grades anglais au-delà du 3° grade, ils parlent d'additionnal degrees, d'extra-craft degrees, de side-degrees.
En fait le terme de 'side degrees' n’est pas le plus usité, mais en France le terme de side degrees a bien plu parce qu’il est assez explicite. Il montre bien que ces grades sont 'à côt' et non 'au-dessus'.
c’est un concept que l’on n’a pas réellement en France, le concept de craft, c'est-à-dire de métier. Pour les anglais, la maçonnerie, ce sont les 3 premiers grades et les 3 premiers grades seulement ! Et les anglais ont unterme pour celà: The Craft. Le Métier.
Le reste c’est 'beyond the Craft', au-delà du Métier !
Tous ces grades sont des grades complémentaires qui viennent abonder,, éclairer les 3 premiers grades, et qui en tout cas ne se situent pas au dessus ! C’est un concept qui est important à retenir parce qu’il détermine une véritable différence dans la manière d’aborder ces grades entre l’Angleterre et les pays anglo-saxon en général et le continent.

D'ailleurs, à leurs débuts, tous les hauts grades que nous connaissons n'étaient pas si 'hauts', ils n'ont été 'rangés' ainsi, parfois de façon très arbitraire, qu'au XIX° siècle pour la plupart.
Le XVIII° siècle a été très prolifique en création de grades, car c'est à ce moment que la plupart de ces grades sont apparus. Ils se sont ensuite solidifiés au cours du temps et ont souvent ensuite « intégré » un système - ou plusieurs
Alors pourquoi une telle floraison de grades à ce siècle ?
En fait, pour la plupart de ces grades, il ne s'agit pas d'inventions à proprement parler mais plutôt d'émergences de pratiques différentes, de légendes qui n'ont pas été retenues par les systèmes du moment et qui se constitueront en grades pour pouvoir exister.
En Angleterre au XVIIIème donc, comme partout où la maçonnerie s'est installée (France, Allemagne, toute l'Europe, mais aussi les Etats-Unis), les grades vont fleurir.
Mais il va falloir compter avec une composante qui va aller grandissant dans le siècle:
La « Grandelogisation » de la Maçonnerie va créer des structures de pouvoir qui vont vouloir contrôler cette Maçonnerie. Quitte à ce qu'il y ait affrontement.
Ce sera le cas avec les Grandes Loges des Antients et les Modernes qui s'affronteront pendant près de 70 ans. Retenons l'exemple de l'Arche royale: Les modernes s'opposeront farouchement à l'Arche Royale promue par les Antients cequ n'empêchera pas de nombreux grands officiers des modernes à fréquenter des Chapitres de l'Arche Royale. Ce qui montre bien que cette réprobation est plus affaire de contrôle et de pouvoir qu'un problème purement maçonnique.
Les pratiques « différentes » vont forcément avoir de plus en plus de mal à trouver leur place.
Et cela va être encore moins facile avec l'arrivée du Duc de Sussex, grand architecte de l'union de 1813 au poste de Grand Maître de la Grande Loge (désormais) Unie d'Angleterre qu'il mènera d'une main de fer durant 30 ans
Cette Union des deux Grandes Loges de 1813 va avoir non seulement une influence profonde sur les grades bleus anglais, mais aussi sur tous les autres grades pratiqués en dehors des 3 bleus.
Relisons l'article 2 des Articles de l'Union de 1813,
"La pure et Ancienne Maçonnerie consiste en trois grades et pas plus, c'est à dire ceux d'Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon y compris l'Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale . Cet article n'a pas pour intention d'empêcher une Loge ou un Chapitre de tenir une réunion à quelque grade que ce soit des Ordres de Chevalerie selon avec les constitutions des dits Ordres ."
Voici un article qui paraît très consensuel, dans la mesure où l'on intègre par un tour de passe-passe rhétorique, l'Arche Royale aux 3 premiers grades et semble autoriser la pratique des grades chevaleresques.
La réalité est toute autre.
Si l'Arche Royale va effectivement bénéficier d'un régime de faveur, tel ne va pas être le cas des autres grades. En lisant bien cet article, on y voit bien que ceux-ci ne font pas partie de « la pure et ancienne Maçonnerie »Mais ce qui n'est pas dit, c'est que le Duc de Sussex a décidé de les mettre sous le boisseau.
Comment ?
Simplement en devenant (aussi) le Grand Superintendent of the Grand Conclave of Knights Templar et en ne réunissant ce Grand Conclave qu'une fois en 30 ans.
D'autre part, en plaçant des hommes à lui partout ou cela était possible pour contrôler la plupart des autres grades

Pourquoi ?
La manoeuvre de Sussex est claire
1/ Après plus de 60 ans de luttes fratricides entre le 2 Grandes Loges rivales et des négociations à n'en plus finir pour arriver à un accord, il n'est pas question, maintenant que la Maçonnerie a retrouvé une unité, de perdre quelque contrôle que ce soit sur tout ce qui s'y passe. Sussex aura donc toutes les manettes en main. Toutes.
2/ En ce début de XIX° siècle, l'heure est au rassemblement. Le Royaume Uni a vu le jour en 1801 et regroupe désormais l'Angleterre, le Pays de Galles, l'Ecosse et l'Irlande. Une union difficile mais enfin réalisée.
Par ailleurs, grâce à son empire colonial, le Royaume-Uni devient la nation la plus puissante au monde.
Nous avons donc d'un côté, un royaume fraîchement uni regroupant, anglicans, presbytériens et catholiques, tous chrétiens, mais avec des interprétations parfois tout à fait différentes du Nouveau Testament. De l'autre, un Royaume en pleine expansion coloniale, englobant sous sa bannière juifs, musulman, sikhs, bouddhistes et indouhistes
Il n'est pas question que la Maçonnerie puisse être un ferment de désunion. Au contraire.
Sussex va donc à la fois « déchristianiser » les rituels partout ou il le peut et couper les ailes de tous les grades « indéchristianisables » comme bien sûr les grades chevalresques (mais aussi ceux du REAA dont il demandera et obtiendra une patente -française - pour la Grande Bretagne. Il la laissera de même en sommeil)
Les références maçonniques seront désormais partout exclusivement vétéro-testamentaires, ceci étant plus acceptable par tous.
Et on insistera sur la croyance en un Grand Architecte « indenominational », ouvrant ainsi la porte des loges à toutes les composantes du Royaume-Uni et de son Empire.
Quand le Duc de Sussex décedera en 1843, il laissera une Maçonnerie anglaise forte et unifiée. Comme il la voulait.
Le comte de Zetland qui lui succèdera à la Grande Maîtrise (pendant 26 ans) conservera globalement une ligne fidèle à son prédécesseur, mais la Maçonnerie anglaise étant désormais plus solide, elle était prête à laisser un peu de place aux nombreux grades qui vont désormais s'organiser en structures indépendantes, sous le regard désormais bienveillant (mais toujours vigilant) de la Grande Loge Unie d'Angleterre.
Après ce bref rappel historique, nous allons « passer en revue » rapidement les principaux side-degrees présents en Angleterre.

L'Arche Royale

Et nous allons commencer par le moins « side-degree » des « side-degrees »: L'Arche Royale
Il est le moins « side-degree » des « side-degrees » parce que, comme le dit l'article 2 de l'Union de 1813: « La pure et Ancienne Maçonnerie consiste en trois grades et pas plus, c'est à dire ceux d'Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon y compris l'Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale. »L'Arche Royale est en effet à la fois « en dedans » et « en dehors » des 3 grades bleus.
Comment est-ce possible ?
Pour mieux comprendre, il faut à la fois en savoir plus sur ce grade lui même et ses sur sources.
L'Arche Royale est aujourd'hui le corps maçonnique anglais le plus puissant après la GLUA avec plus de 100 000 membres
Les locaux du Supreme Grand Chapter of Royal Arch Masons of England se trouvent au 60 Great Queen St à Londres, c'est à dire au même endroit que ceux de la GLUA , le numéro de téléphone est le +44 20 7831 9811, c'est à dire le même que celui de la GLUA. Le 1er Grand Principal est le Prince Edward George Nicholas Paul Patrick, Duke de Kent, Grand Maître de la GLUA
Le Pro. 1er Grand Principal est Peter Geoffrey Lowndes, Pro Grand Master de la GLUA.
Le Grand Scribe Esdras est Nigel Brown, Grand Secrétaire de la GLUA...
Je m'arrête là...
Contrairement à beaucoup d'autres constitutions qui demandent aux nouveaux compagnons d'être Maîtres Maçons de la Marque, voire aussi Passé-Maître, voire aussi Excellent Maître (passage des voiles), les qualifications pour devenir Compagnon de l'Arche Royale en Angleterre se limitent à 4 semaines révolues de Maîtrise. Ce qui rend ce grade forcement très accessible.
Ce n'est pas innocemment que les Anglais placent l'Arche Royale dans la continuité immédiate du 3° grade. L'Arche Royale est en effet pratiquée comme le « prolongement » du 3° grade, puisque l'on y retrouve ce que l'on a perdu au 3° grade...
Quel est l'argument de ce grade ?
Nous sommes pendant la construction du 2° Temple, après l'exil à Babylone. Le candidat, parvenu à Jérusalem va participer aux travaux et faire une importante découverte.
Selon la légende de Philostorge. (arianiste) auteur « histoire ecclésiastique »
Le chapitre est dirigé par un ensemble de 3 principaux représentant Zorobabel, le Roi, Aggée, le Prophète et Josué, le Grand Prêtre.
Il s'agit certainement de l'une des plus belles cérémonies de tout le corpus maçonnique anglais. Ce n'est pas pour rien que Laurence Dermott, l'auteur d'Ahiman Rezon (les constitutions des Ancients) dira de l'Arche Royale: « qu'il croit profondément qu'elle est la Racine, le Coeur et la Moëlle de la Franc-Maçonnerie » (which I firmly believe to be the Root, Heart, and Marrow of Free-Masonry) Ce n'est pas pour rien que les Antients défendront bec et ongles l'Arche Royale pendant près de 70 ans en Angleterre, quitte à devoir créer une Grande Loge rivale...
Alors justement, d'où nous vient cette Arche Royale ?
Nous n'en entendons parler en Angleterre que sur la fin des années 1740, et par ceux qui, justement, formeront plus tard la Grande Loge des Ancients avec comme principal reproche le fait que la Grande Loge qu'ils appelleront des « Modernes » ne pratiquait pas l'Arche Royale.
Un grand nombre de ces maçons non-intégrés à Grande Loge de Londres (Laurence Dermott en tête) sont d'origine Irlandaise. C'est donc de ce côté que nous avons tendance à aller chercher des origines possibles à notre Arche Royale. Il semble en effet que ces maçons Irlandais ne retrouvaient pas à Londres les pratiques qu'ils connaissaient en Irlande.
Quelle était donc cette pratique Irlandaise ?
Philip Crossle, Past Senior Grand Deacon de la Grand Loge d'Irlande dans "The Irish Rite" Address to The Manchester Association for Masonic Research, publié le 31 mars 1927 avance la théorie suivante:
si l'on pratique en Irlande dès les années 1730 un système à 3 grades - Apprenti, Compagnon, Maître - ces mots ne recouvrent en fait pas les mêmes contenus que les grades anglais.
En effet, le grade d'apprenti Irlandais inclurait les grades d'apprenti et compagnon anglais, le grade de compagnon serait celui de Maître et celui de Maître comprendrait en fait l'installation secrète, l'Arche Royale et un groupe de grades le la Red Cross of Constantine.
Voici une théorie qui explique tout, enfin et qui a été beaucoup reprise il y a peu, comme si on la redécouvrait.
Voilà donc une théorie qui explique tout.
Une théorie que l'on retrouve un peu partout en France depuis ces dernières années, même dans les revues que l'on croyait les plus sérieuses.
Le problème est que l'on ne vous dit jamais que cette théorie a été immédiatement controversée dès 1930 par John Heron Lepper, dans AQC n° 42 .
Et John Heron Lepper n'est pas n'importe qui. Il est Fondateur et Passé-Maître de la Loge de Recherche CC de la Grande Loge d'Irlande, LA Loge de Recherche Irlandaise mais il est aussi le cosignataire avec ce même Philip Crossle de « The History of the Grand Lodge of Free and Accepted Masons of Ireland » publié en1925. Il connait bien Crossle et démonte dans cet article des AQC ses théories en dénonçant le fait que Crossle ne s'appuie sur aucun document et qu'il ne fait que bâtir sur des suppositions et des supputations. Il faut bien reconnaître que lorsque l'on lit l'article de l'article de Crossle, on ne trouve rien de concret venant étayer les constructions mentales de celui-ci.
J'avoue avoir été déçu de voir « s'envoler » cette théorie que je trouvais aussi très séduisante. Il est dommage que certains aient propagé cette théorie en France sans avoir été jusqu'au bout des recherches possibles...
J'’en parlais avec Patrick tout à l’heure « Il faut nous remettre en contact avec nos amis Irlandais des loges de recherche parce que là il reste vraiment beaucoup de travail à accomplir sur ces sujets ! »
Bref, les sources de l'Arche Royale ne semblent pas encore vraiment découvertes...

La Maçonnerie de la Marque

Passons à un autre « side-degree» qui a connu une belle carrière (sans jeu de mot) en Angleterre: La Maçonnerie de la Marque
La Marque, c'est aujourd'hui 45 000 membres en Angleterre.
Et le Grand Maître est... le Duc de Kent
Signalons aussi que The Grand Lodge of Mark Master Masons of England and Wales and its Districts and Lodges Overseas abrite en ses locaux de nombreux autres « side-degrees»:
Order of The Secret Monitor, Allied Masonic Degrees, Knights Templar, Royal & Secret Masters, Knights beneficent of The Holy City, Scarlet Cord, Red Cross of Constantine, Royal Order of Scotland, Knight Masons et bien sûr aussi les Royal Ark Mariners qui est un grade conféré en Angleterre par La Marque, mais nous verrons cela plus tard.
Comme le dit très justement John Oakley-Smith, DPGM de la Province of Hertfordshire: « La GLUA encourage les Maîtres Maçons à compléter leur 3° grade par l'exaltation à l'Arche Royale; elle ne fait aucune suggestion concernant le fait qu'un compagnon devrait compléter son 2° grade par un avancement à la Marque. Malgré tout, nous espérons que tous les Maîtres maçons voudront le faire car c'est simplement un accident de l'histoire qui fait qu'en Angleterre et au Pays de Galles, celui qui est exalté à l'Arche Royale n'a pas reçu précédemment le grade de la Marque. »
Oui, le Grade de la Marque est bien positionné comme un complément du 2° grade.
D'ailleurs, en Ecosse, il est pratiqué en loge bleue, comme complément du grade de compagnon. D'ailleurs, il faut dire aussi que la Marque a failli être intégrée à la GLUA.
En effet, en mars 1856 (quelques années après le mort de Sussex), la Grande Loge présenta une motion disant que la Marque pourrait être « un bon complément du Grade de Compagnon du Métier », malheureusement à la session de juin, la motion ne fut pas adoptée.
Une Grande Loge des Maçons de la Marque fut donc crée ce même mois de juin.
La Marque plonge ses racines dans les plus anciennes pratiques de la Maçonnerie.
On trouve des Marques de Maçon sur de très nombreux monuments, partout en Europe. Elles servaient à identifier celui qui avait taillé la pierre.
Dès 1598, William Schaw, Maître des Travaux du roi Jacques VI d'Écosse, qui va organiser les loges Ecossaises, note dans les fameux statuts qui portent son nom (article XIII):
« Le jour de la réception dudit Compagnon du Métier où Maître sera dument enregistré son nom et sa marque, ils seront inscrits dans le livre avec les noms de six qui l'ont admis et des apprentis entrés. »
Robert Moray premier initié connu en FM Initié en le 20 mai 1641 alors qu'il est général. Sur le sol anglais (Newcastle) mais par une délégation de la Loge d'Edimbourg.
Scientifique écossais. Il a aussi été diplomate, espion, et philosophe. L'un des fondateurs de la Royal Society Enterré Abbaye de Westmister
Marque pentagramme agapè. Il la conservera sa vie durant.
Il faudra pourtant attendre 1758 pour apparaisse au détour d'un réglement de la Loge Doric Kilwinning, un article mentionnant les coûts « d admitted’ an ‘Entrid Apprentice’, ‘passint to a felow Craft’, ‘Raising to Master’ and ‘made a Mark Master’ »
En 1769, les procès verbaux du Chapitre de l'Arche Royale Poenix de Portsmouth mentionnent clairement une réception à la Marque
« Le Grand Maître Provincial ayant récemment reçu la Marque a fait des frères Maçons de la Marque et Maîtres de la Marque. Et chacun a choisi sa Marque. Il nous a aussi enseignéla manière d'écrire en chiffres qui est utilisée à ce grade... »
Remarquons que les deux grades de la Marque sont déjà présents.
Le rituel de la Marque pratiqué aujourd'hui est un rituel qui conserve des aspects très opératifs.
Le candidat est chargé de tailler sa pierre.
La cérémonie est vraiment étonnante.
L'un de ses interêts est de ne pas avoir été trop déchristianisé et ses racines chrétiennes transparaissent souvent clairement.

Royal Ark Mariner.

Comme nous le disions plus haut, en Angleterre, spécifiquement, la Marque confère aussi le Grade de Royal Ark Mariner.
Chaque loge de RAM est d'ailleurs souchée sur une loge de la Marque et en porte aussi le nom.
Le thème de ce grade developpe l'histoire de Noé et de son Arche.
Je dois signaler que la légende noachite est très ancienne. La légende très proche de celle d'hiram est mentionnée dès 1723 dans le manuscrit « Graham ». Il témoigne déjà de l'existence d'une légende présentant plusieurs points communs avec la légende d'Hiram, mais c'est alors Noé qui y tient la place centrale. Il y est notamment question d'une perte consécutive à son décès ainsi que de la tentative de ses trois fils de relever son corps.
La première mention du grade est attestée en 1790 dans les comptes rendus d'une réunion tenue à Bath.
Un Grand Master's Royal Ark Council a été créé en 1872, sous la protection de la GL de la Marque.

Les Grades Cryptiques

Ces grades étaient déjà pratiqués « confidentiellement » en Angleterre dès la fin du XVIII° siècle mais le Grand Conseil n'a été créé en qu'en 1873 en vertu d'une charte émise par le Grand Conseil de New York. Le grade est administré depuis le Mark Masons’ Hall, à Londres.
Ces grades Cryptiques connaissent un véritable succès en Angleterre.
Les candidats doivent être à la fois Maître de la Marque et Compagnon de l'Arche Royale.
Cet ordre délivre 4 grades illustrant tous des épisodes bibliques se situant entre 974 et 534 avant JC. Ils se situent entre l'épisode de la Marque (1° temple) et l'Arche Royale (2° temple)
1. Sélect Master

Le grade s'attache aux mesures prises par les Trois Grands Maîtres pour préserver les secrets authentiques du Maître Maçon
2. Royal Master

Fait référence aux tentatives d'un certain compagnon du métier pour obtenir les secrets. Peu de temps avant sa mort, Hiram Abif explique qu'avec de la patience et de l'industrie, il sera, en temps voulu, de les recevoir. Ce discours est considéré comme l'un des plus beaux moments de rituel maçonnique
3.Most Excellent Master
L'achèvement du Temple et l'installation de l'Arche de l'alliance dans le Saint des Saints
4. Super Excellent Master
La destruction du premier temple par Nabuchodonosor et l'enterrement des secrets sous les décombres.

The Secret Monitor or Brotherhood of David and Jonathan

Ce grade est basé sur l'amitié remarquable entre David et Jonathan.
Il est peut-être originaire d'Écosse, a été développé à New York, puis il est revenu en Grande Bretagne et en Angleterre à la fin du 18ème siècle.
Pendant un temps, le grade dépendait du Grand Conseil des Grades Maçonniques Alliés, mais en 1931 le Grand Conseil de l'Ordre du Moniteur Secret prit son indépendance. L'Ordre est administré à partir de Mark Masons’ Hall. Les candidats doivent être maîtres maçons de bonne réputation.
L'ordre vit en ce moment un problème d'homonymie avec David et Jonathan qui est un mouvement chrétien homosexuel

Allied Masonic Degrees

Le Grand Conseil de l'Ordre des Grades Maçonniques Alliés a été créé dans les années 1870 et le siège est à Mark Masons’ Hall.
Le but était, pour plusieurs grades peu pratiqués, d'unir leurs forces dans un même ordre.
Depuis 1931, l'Ordre délivre 5 grades:
1. St. Lawrence the Martyr: Ce grade apprend la valeur de la force et de l'humilité face à l'adversité comme en témoigne le martyre de Saint-Laurent.
2. Knight of Constantinople. Le grade se déroule sous le règne de l'empereur Constantin le Grand. Il enseigne les vertus de l'humilité et de l'égalité.
3. Grand Tilers of Solomon or Masons Elect of Twenty-seven. Ce grade présente une certaine similitude avec le grade Cryptique de Select Master. Il met en garde contre les dangers de la négligence et du jugement hâtif.
4. The Red Cross of Babylon. Ce grade est probablement l'un des plus anciens, début XVIII7me vraissemblablement. (Voir plus haut). Il est profondément mystique et est généralement associé à l'Arche Royale. Il souligne l'importance de la fidélité, de l'intégrité et de la Vérité.
5. The Holy Order of the Grand High Priest. est aussi un grade ancien (du même type que la Red Cross of Babylon) et est aussi étroitement associé à l'Arche royale. La cérémonie est dramatique et il est d'une nature profonde et spirituelle.
Les candidats à l'Ordre doit être à la fois Maîtres de la Marque et Compagnons de l'Arche Royale.

The Operatives The Worpshipful Society of Free Masons, Rought Masons, Walkers, Slators, Paviors, Plainsteres, and Bricklayers

Cette « société » a une histoire des plus étonnantes.
En 1909, Clémént Stretton, maçon très actif de la GLUA, annonça avoir été admis en 1867, soit 4 ans avant son initiation, dans une loge entièrement opérative et secrète.
Cette société en serait la continuation.
Le rituel est plus archaïque que celui de la Maçonnerie symbolique,
Il contient des instructions pratiques qui lui donnet forcément une couleur opérative.
Il y a 7 degrés, à savoir.
I ,Indentured Apprentice (apprenti sous contrat )
II, Fellow of the Craf;
III, Super-Fellow, Fitter & Marker (monteur et marqueur);
IV, Super-Fellow, Fitter & Marker (Monteur poseur);
V, Intendent, Overseer, Super Intendent & Warden;
VI, Passed Master;
VII, Master Mason dont trois sont Grand Maîtres Maçons.

Un candidat à la Société doit être maître maçon, un maître maçon de la Marque et Compagnon de l'Arche Royale.

Knights Templar The United Religious, Military and Masonic Orders of the Temple and St. John of Jerusalem, Palestine, Rhodes and Malta, of England and Wales and Provinces Overseas

L'Ordre, originaire de France, est actif en Angleterre depuis 1777.
Il s'organisera en Grand Conclave dès 1791. Mais (voir plus haut) le Duc de Sussex en prenant le contrôle, il connaitra une période de sommeil pendant presque 30 ans. Il survivra gr-âce à la persistance de quelques irréductbles Perceptories.
L'Ordre se compose de deux degrés:
Knights Templar et Knights of Malta Le candidat au premier grade est dans la position d'un pèlerin voyageant symboliquement à travers les difficultés et les dangers jusqu'à ce qu'il soit reçu comme un chevalier.
Ce grade enseigne l'humilité et demande instamment au candidat de vivre sa vie comme un chevalier chrétien. Le second grade se déroule au moment où les chevaliers venus de Palestine atteingnent leur dernière demeure à Malte. Les enseignements insistent sur leurs vertus chrétiennes.
Les cérémonies sont très spectaculaires et l'apparat des vêtures rajoutent à la solennité.

CBCS Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte Knight Benevolent of the Holy City

Une forme de Régime Ecossais Rectifié existe bel et bien en Angleterre. L'ordre est évidemment assez « confidentiel », mais présent.
Il délivre les grades de:
Scot.
Master of St Andrew
Perf. Master of St Andrew
Squire Novice
Knight Benevolent of the Holy City

Il faut être Knight Templar pour être reçu à ces grades.

Holy Royal Arch Knight Templar Priest Ordre des Chevaliers Prêtres du Temple et de la Sainte Arche Royale


Le siège de l'Ordre est à York d'où il administre l'Ordre en Angleterre, Ecosse, Pays de Galles, des parties de l'Europe, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et bien d'autres parties du Commonwealth et l'Amérique du Sud.
L'ordre est un ordre chrétien et le candidat doit être maître installé, Compagnon de l'Arche Royale et Chevalier du Temple.
L'ordre réunit 30 grades, dont les plus anciens (irlandais) datent de la fin du XVIII° siècle.
La plus grande partie des travaux réalisés dans les Tabernacles lors des cérémonies consiste en la lecture de l'Écriture.
Tenue de parade se compose d'une tunique blanche (la même que celle d'un chevalier du Temple), un manteau de couleur blanche et une mitre.

Red Cross of Constantine Croix Rouge de Constantin

The Masonic and Military Order of the Red Cross of Constantine and the Orders of the Holy Sepulchre and of St. John the Evangelist
Même si les grades pratiqués sont attestés des le début du XIXème siècle, l'ordre ne s'est formé qu'en 1865
L'Ordre est un grade Chevalerie Chrétienne.
Les candidats doivent être maîtres maçons et Compagnons de l'Arche Royale.
Lors de leur installation, ils prennent part à la victoire miraculeuse de Constantin le Grand sur l' empereur Maxence et sa conversion ultérieure au christianisme. Le candidat découvre ensuite de la bannière de Constantin, après sa vision dans le ciel, Dès lors, il devient Chevalier de la Croix-Rouge de Constantin.
Le candidat est ensuite conduit dans un sanctuaire des Chevaliers du Saint-Sépulcre ou il assiste à la découverte de la vraie croix par sainte Hélène mère de Constantin dans la période entre la Crucifixion et de la Résurrection du Christ.
L dernière partie de la cérémonie concerne la découverte d'un livre d'une importance singulière et la formation des Chevaliers de St Jean l'Evangéliste, au moment de l'empereur romain Julien l'Apostat.

The Ancient and Accepted Rite Rite Ecossais Ancien et Accepté - Rose+Croix

Le Suprême Conseil pour l'Angleterre et le Pays de Galles a été créé qu'en 1845 en vertu d'un brevet du Conseil suprême de la juridiction maçonnique du Nord des États-Unis d'Amérique.
Le rite se compose de 33 degrés mais seuls sont pratiqués les 18°, 30°, 31°, 32° et 33° degrés. Les degrés de 4 à 17 et de 19 à 29 sont donnés 'par communication'.
Les candidats doivent être chrétiens

Societas Rosicruciana in Anglia

La société est organisée en neuf grades.
Cette « société » est assez atypique en Angleterre. En plus de travailler les cérémonies, les membres sont invités à prendre une part active à la réflexion sur les grands problèmes de la vie.Ainsi, l'objet de la société est de rassembler des francs-maçons dans une optique philosophique d'érudition dans le sens le plus large.
L'admission à la société est limitée à maîtres maçons qui croient dans les principes fondamentaux de la foi trinitaire chrétienne.

Royal Order of Scotland Ordre Royal d’Ecosse

Le Royal Order of Scotland fait partie des plus anciens Ordres maçonniques. Sa pratique est attestée à Londres dès 1740 .
La Grande Loge d'Edimbourg contrôle les 90 Grandes Loges provinciales situées dans de nombreuses régions du monde. L'Ordre a toujours proclamé que le roi des Ecossais en était le Grand Maître héréditaire.
Le Royal Order of Scotland compte deux grades, à savoir:
1. Le Heredom de Kilwinning, conféré par le Grand chapitre provincial.
2. Knighthood of the Rosy Cross(Chevalier de la Rose-Croix), conféré par la Grande Loge provinciale.
Le Royal Order of Scotland affirme que ses rituels sont restés inchangés depuis plus de 260 ans.
Le rituel est récité presque entièrement sous forme de catéchismes qui riment.
L'adhésion à cet ordre chrétien ne se fait que sur invitation.
Le candidat doit etre maître maçon depuis au moins cinq ans et être membre de la Rose-Croix et / ou la Croix-Rouge de Constantin et / ou des chevaliers du Temple.

Order of the Red Branch of ERI

Cet ordre dit être issu d'un ordre très ancien en Irlande patronné par les rois de l'Irlande
En fait, cet ordre a été composé par le très inventif Bro. John Yarker (1833-1913).
Il developpe 3 grades:
Man-at-Arms Esquire Knight
Le thème du grade et rataché à l'histoire du héros Irlandais Brian Boru

Rite of Baldwin of Seven Degrees

Le rite de Baldwynn tient une position tout à fait particulière dans la maçonnerie anglaise puisqu'il n'est pratiqué qu'à Bristol

 Source : http://www.rudyard-kipling.fr/Travaux-side-degrees-de-la-maconnerie-anglaise.html

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A propos de l’Installation Secrète du Vénérable Maître

20 Février 2013 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

Je dois donc maintenant vous parler de la cérémonie d'installation secrète. Cérémonie d'installation secrète dont je ne peux rien vous dire parce que justement... elle est secrète.
Cela pourrait donc être très court, mais nous allons essayer d'aborder quelques éléments permettant de mieux pouvoir approcher et situer cette cérémonie dans l'ensemble du corpus maçonnique que nous développons.
Alors justement, que peut-on dire cette cérémonie ?
Et bien, sans dévoiler quoi que ce soit, nous pouvons dire que cette cérémonie comporte:
1/ une légende propre
2/ un serment particulier
3/ un mot particulier
4/ un signe particulier
5/ et un attouchement particulier.
A part ça, ce n'est pas un grade !
En fait, cette cérémonie possède toute les composantes d'un grade. Mais n'est pas un grade, car, comme vous le savez, la maçonnerie est composée de 3 grades et 3 grades seulement, y compris l'Arc Royal ! C'est en effet, avec cette formule magique que l'on est arrivé à mettre d'accord les Anciens et les Modernes lors de l'Union de 1813. On allait pas non plus en rajouter...
Alors d'où nous vient cette cérémonie, et quelles en sont les sources ?
Dès les Constitutions de 1723, quelques éléments nous permettent de savoir qu'il existait à cette date une cérémonie d'installation.
Page 71 de ces Constitutions de 1723,, se trouve un postscriptum intitulé: "Manière de constituer une nouvelle loge ainsi qu'elle est pratiqué par sa Grace le Duc de Warthon, le très vénérable Grand Maitre actuel, conformément aux anciens usages des maçons"
Dans ce postscriptum, une phrase se distingue comme réellement intéressante :
« Le Grand Maitre interrogera le candidat à la chaire de la façon suivante : Vous soumettez vous à ces obligation ainsi que les maitres de loge l'on fait de tout temps ? Quand le Candidat aura donné la certitude de sa cordiale soumission à ces devoirs, le Grand Maitre
l'installera suivant certaine cérémonie significative et d'ancien usage »
En fait, tout ceci ne nous apprend pas grand-chose, si ce n'est qu'il existe effectivement dès le tout début du XVIIIème siècle des usages d'installations. C'est tout ce que nous pourrons réellement apprendre avec certitude de ce post-scriptum.
Il faudra attendre les années 1740/50 et la création de la « Grande Loge des Antients » pour entendre à nouveau parler d'une cérémonie d'installation secrète.
Je vais très rapidement résumer cet épisode car nous n'avons pas le temps de rentrer dans les détails. Comme vous le savez en 1717, 4 loges se réunissent, forment une Grande Loge.
Cette Grande Loge va connaître un succès certain. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu, à côté de cette Grande Loge, d'autres loges « non affiliées » qui continuaient à exister et d'autres encore qui continuaient à se former ...
En tous les cas, ce que l'on sait, c'est que petit à petit, on va de plus en plus entendre parler de ces loges. Notons que dans ces loges se trouvent beaucoup d'écossais et d'irlandais, et que ceux-ci possédaient aussi leurs propres traditions.
A moment donné ces loges vont décider, elles aussi, de se constituer en Grande Loge. Elles choisiront de se faire appeler la « Grande Loge des Antients »
- 1 - , parce qu'à cette époque-là, ce qui était important c'était d'être ancien, et surtout pas moderne. Par moquerie, elles vont appeler la Grande Loge de Londres et de Westminster, déjà existante, la « Grande Loge des Modernes » !
Dans les différents reproches et récriminations que ces «Antients » ont envers la Grande Loge des Modernes, il faut citer l'Arc Royal, bien sûr, mais aussi le fait que elle ne pratiquait plus la cérémonie d'installation secrète.
« Avoir laissé tomber en désuétude la cérémonie ésotérique de l'installation du maitre, quoique quelques une de leurs loges aient pratiquée de bonnes heures une telle cérémonie et continuent, de leur propre initiative à le faire. »
- 2 - Pour les « Antients », cette cérémonie d'installation secrète est capitale ! Elle est très importante parce qu'elle est en fait, pour eux, l'antichambre de l'Arc Royal et on sait à quel point pour les « Ancients » l'Arc Royal est incontournable ! Lawrence Dermott qui sera la cheville ouvrière de cette « Grande Loge des Antients », pendant de très nombreuses années d'ailleurs, dira lui-même dans Ahiman Rezon (les constitutions de la Grande Loge des Antients ) que « l'Arc Royal est la moëlle de la maçonnerie » - 3 -.Lorsque ces « Ancients » vont créer leur Grande Loge , ils pratiqueront bien évidemment cette cérémonie. Mais ce qui est aussi intéressant à noter, c'est que par 'capillarité', je dirais, et bien un bon nombre de loges de la Grande Loge dite des « Moderns » vont elles aussi commencer à pratiquer cette installation secrète.
Ce qui fait (je vais très vite mais il nous faut résumer car le temps passe ... ) que lors de l'Union, en 1813, entre ces 2 grandes loges, le problème de l'installation secrète ne sera pas un problème ! C'est à dire que très vite dans la loge de promulgation, on acceptera le principe de pratiquer une installation et une installation secrète.
Voilà en bref, dirons-nous, comment les choses ont pu se passer...
Reste un élément intéressant que je voudrais rapidement aborder ici, il s'agit du mot de cette installation secrète !
Alors, je ne vais pas vous donner ce mot, bien évidement mais...
Là aussi je vais faire devoir faire un petit retour en arrière.
En 1717, au tout départ, nous étions en fait, dans un système qui ne comprenait que 2 grades : celui d'Apprenti Entré et celui d'Homme du Métier ou Maître.
Le terme de 'Maître', à ce moment-là, désignait une qualité. On disait 'Maître', exactement comme on aurait pu dire 'Chef d'entreprise' aujourd'hui.
Cette structuration est issue (et je parle sous le contrôle de notre Frère Patrick, ici présent, qui connait très bien tout cela , puisqu'il est le traducteur choisi par David Stevenson 
- 4 - ) d'un système qui nous vient de l'Ecosse basé sur un double système Incorporation / Loge qui fait que lorsque l'on était Maître dans l'Incorporation, on le restait dans la Loge.
On a donc 2 grades. A moment donné, le grade d'apprenti va tout doucement se scinder en 2 pour donner un grade d'apprenti et un autre de compagnon.
D'ailleurs c'est à ce moment que le « J » et le « B » qui à l'origine formaient ensemble le Mot du Maçon vont se retrouver séparés. L'interversion que l'on connait encore aujourd'hui de ces deux mots selon le rite prend ici ses sources.
Notre frère René Guilly a excellemment expliqué tout cela dans l'un de ses ouvrages sur les colonnes, que je vous convie à lire dans le détail.

 - 5 - Le grade de Maître, lui, va se trouver doté d'une légende et pour ce qui nous occupe, nous allons assister pendant un certain temps une sorte de concurrence entre deux mots différents pour ce grade. Un mot en « MB », qui a fini par gagner, et un mot en « G », que d'ailleurs un certain nombre de loges françaises possèdent toujours avec certaines modifications parfois mais avec la même racine. Ce mot « G » s'est en fait recyclé dans la cérémonie d'installation secrète.
Il est assez étonnant de voir que grâce à ce recyclage (ce n'est pas le seul il y en a beaucoup d'autres en maçonnerie) ce mot en » G » est resté au niveau du 3ème grade dans certains corpus maçonniques et est monté jusqu'à l'installation secrète dans d'autres.
Alors, je ne rentrerais pas dans le détail de ce qu'a pu être l'installation secrète en France. Si l'on fait des études assez poussées, des éléments fragmentaires ici et là plaidant pour l'existence de formes d'installation (Il n'est pas de notre objet de les traiter ici). Il y a de plus eu, de manière claire, aux alentours des années 1760, une installation secrète qui s'est passé en France sous la forme d'une cérémonie appelée "Vénérable Maitre de toutes les Loges, ou Maitre ad vitam" et qui s'est, elle aussi recyclée, puisqu'elle constitue aujourd'hui l'argument du 20ème grade du REAA (Le REAA a recyclée beaucoup de matériel dans ses Hauts Grades).
Quand on lit ce 20ème degré (puisque au REAA on dit degré) il est bien dit qu'il s'agit d'une cérémonie d'installation qui n'étant plus pratiquée en France se retrouve là et a voulu être perpétuée. Il faut savoir aussi qu'en France, la position du Vénérable Maître est assez différente de celle de l'Angleterre dans la mesure où, en France, la fonction de Vénérable Maitre est une fonction ad vitam. Lorsque l'on accède à la dignité de Vénérable Maitre et on le reste toute sa vie, on peut garder une loge toute sa vie si c'est nécessaire.
Bref, en France, l'installation secrète n'a pas fleuri...
L'installation secrète refera son apparition en France de manière tout a fait anecdotique. Ce sera en 1901, avec la création de la première loge Emulation en France: l'Anglo-Saxon Lodge, au sein de la Grande Loge de France (elle existe toujours). Et forcément cette loge pratiquait l'installation secrète. Il faut bien voir que l'installation secrète telle que nous la connaissons est une tradition totalement anglaise, de type Emulation.
Alors, quand en 1913 s'est créé la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies (qui deviendra la GLNF), un certain nombre de loges Emulation ont commencé à voir le jour, et cette cérémonie d'installation secrète a donc commencé à se répandre en France.
Au début, alors qu'il n'y avait que quelques Loges, cette installation secrète, celle-ci passait inaperçue. Mais à un certain moment, un problème a commencé à se poser.
Lequel ?
Un Vénérable du Rite Français ou du REAA, par exemple, qui venait visiter une loge Emulation d'installation devait sortir à un certain moment de la cérémonie parce qu'il n'avait pas reçu l'installation secrète. Voilà ce qui effectivement pouvait causer un certain problème
Dans certaines obédiences telles que la GLNF Opéra par exemple, (aujourd'hui la GLTSO), se sont créés des loges spécifiques de maitres installés dans lesquelles le grade était délivré aux frères qui avaient été reçu vénérables dans d'autres rites. .
La Grande Loge Nationale Française, elle, a choisi, non pas créer une loge de maitre installé, mais de donner ce grade de maitre installé à tous les Vénérables dans tous les rites. Ceci, en établissant une cérémonie d'installation secrète commune à tous les rites.
Cette installation secrète s'est aujourd'hui propagée dans de nombreuses obédiences et de nombreux rites. Avec bonheur parfois. Parfois moins...
Mais j'arrive à la fin du temps qui m'était imparti.
J'ai essayé de vous dire ce que je pouvais vous dire sur cette cérémonie secrète. J'ai essayé d'être le plus concis possible. Je vous renverrais sur le site rudyard-kipling.fr pour vous diriger vers quelque documentation pour pouvoir aller plus loin sur ce sujet. Je veux à nouveau saluer ici mon Maître René Guilly qui faisait paraître dès 1961, dans une revue qui s'appelle "le symbolisme", dans le numéro 353, un travail déjà totalement complet sur cette cérémonie d'installation secrète alors qu'à l'époque, quasiment personne ne savait même de quoi il s'agissait.-
6 -

1
- The Grand Lodge of the Most Ancient and Honourable Fraternity of Free and Accepted Masons (according to the Old Constitutions granted by His Royal Highness Prince Edwin, at York, Anno Domini nine hundred and twenty six, and in the year of Masonry four thousand nine hundred and twenty six)
2
- Bernard.
E. Jones. « Freemason's Guide and Compendium»(Londres, Harrap, nouv. éd. 1956)
3
- Laurence Dermott – Ahiman Rezon « cette partie de la maçonnerie communément appelée Arche Royale (qui est, je le crois fermement, la s, le coeur et la moelle de la franc-maçonnerie) »that Part of Masonry commonly called the Royal Arch (which I firmly believe to be the Root, Heart, and Marrow of Free-Masonry)
4
- Les premiers francs-maçons , Les loges écossaises originelles et leurs membres David Stevenson (Auteur), Patrick Sautrot (Traduction). Editions Ivoire-clair. 2000
5
- Les deux grandes colonnes de la franc-maconnerie. René Desaguliers (Auteur) Dervy 1997
6
- Notes sur la cérémonie ésotérique d'installation des Maîtres de Loges par René GUILLY. Revue «LE SYMBOLISME» numéro 353, année 1961

Bibliographie complémentaire:

- The Freemason At Work.
Harry Carr. 1976. Lewis Masonic.
- A commentary on the Freemasonic Ritual. Dr E. H Cartwright, 1947. Fenrose Ldt.
- The Degrees of Pure and Ancient Freemasonry. Robert Freke Gould. Ars Quatuor Coronatorum. Volume16. 1903
- The Origin of the ‘Ancients’. H. Saddler Ars Quatuor Coronatorum. Volume 85. 1972
- The Development of Installation at Bristol. E. Ward. Ars Quatuor Coronatorum. Volume 71. 1958
- The Installation Ceremony N. B. Spencer. Ars Quatuor Coronatorum. Volume 72. 1959
- The Evolution of the Installation Ceremony and Ritual. Harry Carr. Ars Quatuor Coronatorum. Volume 89. 1976
- The Ceremony of Installation.
H. C. Booth. Ars Quatuor Coronatorum. Volume 89. 1976

Commentaire : comme d’habitude un très beau travail ! Certains Frères devraient s’en inspirer pour comprendre l’importance de cette cérémonie qui suit le Franc-Maçon toute sa vie.

source : http://www.rudyard-kipling.fr/Travaux-installation-secrete-du-venerable-maitre.html

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Citation de René Désaguliers

12 Février 2013 , Rédigé par René Désaguliers Publié dans #Rites et rituels

Le régime Ecossais rectifié ne saurait être considéré comme un rite maçonnique ordinaire. Seul sans doute de son espèce, c’est un rite de pensée, de pensée spirituelle et théosophique. C’est délibérément que les fondateurs – et entre tous J.B. Willermozont tenté sur le tronc vigoureux mais désordonné et creux de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle la pensée mystique et théurgique de Martines de Pasqually. Par cet acte, le devenir d’une partie de la FM s’est trouvé engagé dans une voie différente, difficile, mais ô combien exaltante. C’est un fait historique qu’il faut reconnaitre. C’est une donnée de la Maçonnerie française qu’il est dangereux, surtout lorsqu’on prétend appartenir à ce régime, de méconnaitre. Que s’écartent ceux qui s’indignent ou s’effraient. Que les autres cherchent, travaillent et méditent.

René Désaguliers, Renaissance Traditionnelle, n°10, avril 1961.

Source : http://initiationetvoyages.wordpress.com/tag/rer/

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