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Hauts Grades

Articles avec #rites et rituels tag

Le Rite Œcuménique

16 Décembre 2012 , Rédigé par Kaddour Belkhamsa ( 33° ), Publié dans #Rites et rituels

Ce Rite plonge ses racines dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (Reaa) et étend sa ramure vers les différentes voies initiatiques islamiques.

Comme toute voie initiatique, se caractérisant par la transmission d’un sens caché obtenu au cours de rituels vécus, le Reaa, apparu au XVIIIème siècle, voile par ses mythes ceux de la Torah et des Évangiles. Les voies initiatiques islamiques en font de même pour le Coran.

En effet, depuis Abra[h]am jusqu’à Muhammad, toute Révélation, telle une vague qui flue puis reflue apporte avec elle ce qui émane du Principe à destination de tous, et laisse en se retirant, l’écume destinée à certains d’entre eux. Ce double visage exo-ésotérique (ceux qui sont placés sous l’influence du Centre et ceux qui entrent dans des « voyages » vers lui) constitue l’unité de cette Révélation, paradigme de l’unité Principielle.

Chaque voie initiatique est complète et totale dans le sillage de la Révélation dans laquelle elle a pris racine. Néanmoins, la succession des Révélations issues du même Centre, reprenant, amplifiant, et transcendant l’univers commun des mythes et des symboles, a de tout temps posé plus de problèmes à ceux qui sont dans la forme extérieure (la religion en fait) qu’à ceux dont le cheminement vers le Centre éloigne petit à petit de l’apparence.

Le XIIème siècle, fut une des rares périodes d’harmonie des voies initiatiques issues de la Torah, des Évangiles, et du Coran. En effet, chacune d’elle, dans le respect de sa propre spécificité, se rapprochait l’une de l’autre, à chaque fois qu’elles se rapprochaient du Centre commun. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny dont le nom sera promis à un bel avenir, en tirera profit à Tolède pour enrichir le substrat chrétien, qui se cristallisera dans l’Ordre du Temple, première apparition initiatique organisée dans le monde catholique.

La destruction de l’Ordre du Temple marqua la fin de l’unité entre l’exotérisme et l’ésotérisme catholique, et laissa la place à un morcellement de cette voie en différents courants. Ces derniers, tous excommuniés par l’église, ne cessèrent, jusqu’à ce jour, de revendiquer la détention de la « régularité », au nom de laquelle ils continuent d’exclure, sans autre forme de procès, les autres.

Au XVIIIème siècle, autre période de fracture du monde occidental, apparurent, sans ordre apparent ni intention évidente, un certain nombre de degrés initiatiques qui furent intégrés, classés, et adaptés dans des systèmes maçonniques. L’un d’eux fut le Reaa, dont certains degrés sont les plus pratiqués dans le monde aujourd’hui.

Le Reaa propose une remontée du temps, des cathédrales gothiques à MelkiTsedeqen passant par les ruines du Temple d’Hénoch, la Jérusalem des Temples, la Jérusalem céleste, le Tabernacle de Moïse, la Tour de Babel, etc. N’étant pas, comme la Qabale ou le Soufisme, un ordre initiatique adoubé à une Révélation, le Reaa propose une spirale de vagues fluantes et refluantes permettant une « réintégration » au Centre sans passer par l’exotérisme d’une religion. Il est, en ce sens, laïque, non pas dans le rejet des religions, mais dans une intégration, qui lui est propre, de leurs chemins initiatiques. Cela, bien entendu, n’empêche pas ses membres de pratiquer leur religion. Mais, ceux qui voudraient, en plus, suivre les voies initiatiques de leur religion (Qabale ou Soufisme) risquent de ne parvenir qu’à un état syncrétique.

La révélation Islamique apportée par Muhammad reprend et conclue l’ensemble des Révélations depuis MelkiTsedeq, en y intégrant le rôle messianique du Christ. Le Dieu de l’Islam se présente ainsi comme étant le Dieu de tous les Prophètes de la Torah et de celui du Christ. Il « réactualise » ainsi les Révélations passées tout en y mettant un terme. La pratique du Soufisme conduit ses membres vers le même Centre, dans l’intégration complète des deux aspects complémentaires de l’Islam.

L’affirmation de la fin des Révélations concerne au premier chef notre Ordre.

En effet, le Reaa propose un chemin spiralique, par vagues successives, des cathédrales gothiques à MelkiTsedeq. La fin du cycle des Révélations ne peut être que la fin d’un cyclique provoquant « un basculement des pôles». Ceci permet de refermer la chaîne restée ouverte à la Vierge noire, par l’ensemble des vagues mythiques spécifiques au Coran, en offrant un second chemin spiralique vers MelkiTsedeq passant par la Pierre noire (Kaaba).

Ces deux ailes des « karoubim», partant de la cathédrale gothique et remontant vers ce « vide» que le Créateur a fait en son sein, permettent d’atteindre le début et la fin de l’être.

Le Rite Œcuménique se propose ainsi de « boucler la boucle » en quelque sorte.

Source : http://grandorientarabe.blogspot.fr/2011/03/le-rite-cumenique.html

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Du Rite Oecuménique

16 Décembre 2012 , Rédigé par Goao Publié dans #Rites et rituels


Il est un constat désolant pour des défenseurs de la fraternité, c'est que très peu de français et européens de confession musulmane fréquentent les loges maçonniques, toutes obédiences confondues. Cette échec à la fraternité s'explique par de nombreuses raisons, mais il est évident que les rituels que la maçonnerie propose, les décors qui ornent nos locaux et les récits historiques ou mythologiques (Hiram) qui les soutiennent n'ont aucun point commun avec le monde Islamique. Les rappels à la symbolique chrétienne ou judaïque de nos rituels sont nombreux et parfois très explicitent (cf. le chevaleresque RER, le rite d'York...).
- Un frère (ou une sœur) de confession musulmane est forcément en perte totale de repères culturels. Rien, en effet, ne vient conforter son regard ou tisser un lien avec son passé, son histoire sociale et religieuse.
- Nos rituels occidentaux relatent des chroniques anciennes de la Bible, du Talmud ou nous parlent de kabbale dans une débauche de termes hébraïques et de références chrétiennes. Et plus l'on monte dans les hauts grades, plus cela se vérifie.
- Depuis l'affaire Dreyfus au XIXe siècle, l'image du « complot judéo-maçonnique » à laissé des traces persistantes qui évoquent trop souvent le juif comme une origine du mal, de la délinquance morale ou financière. N'est pas Satan qui veut, mais le juif de ces caricatures ne travaille pas seul puisqu'il fait corps avec le franc-maçon, qui élabore sans cesse d'infâmes complots contre la république dans la pénombre de ses ateliers.
- Tout ceci enfin tisse un lien fort avec l'état d'Israël où la maçonnerie aux racines juives est une machine assurément sioniste et anti-islamique, qui travaille à la gloire du judaïsme.
- Précisons encore que le protestantisme est largement représenté, depuis le texte fondateur des Constitutions d'Anderson au tout début du XVIIIe siècle, avec son lot de pré-requis non négociables sur la croyance en Dieu, celui des chrétiens naturellement.
Le rite Œcuménique est inspiré du Rite Écossais Ancien et Accepté et de l'ancienne maçonnerie musulmane opérative, ainsi que des branches initiatiques de l'Islam (soufis, druzes et ismaéliens). Il fait toujours appel aux symboles et références communs au judéo-christianisme mais emprunte également à la symbolique musulmane (comme, par exemple, des signes de reconnaissance, une symbolique des couleurs en Islam ou du voyage initiatique du Prophète). Les trois grandes religions du Livre sont ainsi également représentées afin que chacun s'enrichisse des pensées de l'autre. Il s’agit bien ici, et uniquement, d’instaurer des repères culturels communs afin que chacun trouve sa place dans le déroulement d’une tenue.

Il est composé de sept degrés*, précédés d'un état d'Aspirant / Mourid.
- Le 1° degré (Apprenti/Mubtad'i) est l'équivalent du 1° degré du REAA
- Le 2° degré (Compagnon/Mouqadem) est l'équivalent du 2° degré du REAA
- Le 3° degré (Maître/Nassib) est l'équivalent du 3° degré du REAA
- Le 4° degré (Maître Secret/Saïs= Vénérable) est l'équivalent du 4° degré du REAA
- Le 5° degré (Chevalier Rose-Croix /Naqib) est l'équivalent du 18° degré du REAA
- Le 6° degré (Chevalier Kadosch/Cheikh Aql) est l'équivalent du 30° degré du REAA
- Le 7° degré (Grand Commandeur / Al Qutb Al A'Azam) est l'équivalent au 33° degré du REEA

De son origine :
Le G.O.A.O. partage avec les obédiences maçonniques actuelles, l'héritage de nos pères fondateurs européens et se veut complémentaire car il est le seul, par son rite Œcuménique, à tisser un lien fort entre l'Orient et l'Occident. Il est en particulier l'héritier du Grand Orient Arabe
* Le Rite Oecuménique est composé de 7 degrés parceque le chiffre 7 est le plus haut degré de la Perfection:
- les premiers Grecs l'appelaient Septas ou Vénérable.
- Cicéron, initié dans les sciences des nombres,assure, dans le Songe de Scipion, qu'il n'est presque aucune chose dont ce nombre soit le noeud.
Il symbolise, dans la maîtrise, la chaîne morale qui unit la science maçonnique à la civilisation et au bonheur du genre humain.
- Suivant le Timée de Platon, l'origine de l'âme du monde y est renfermée.
- Les planètes étaient au nombre de 7; la lune qui occupait le 7ème rang parmi ces sphères est soumise à l'action du 7e nombre; sa révolution s'achève en 28 jours, total de l'addition des 7 premiers nombres; elle offre 4 phases principales de chaque 7 jours etc..
Chez les "Ismaéliens" où "Septimans"et autres "Batiniyyin" ( ésotériques) tout s'articule autour du chiffre 7 :
- 7 degrés d'émanation
- 7 cycles pour le temps
- 7 Prophètes ou "Nâtiqs" ( parleurs ):Adam, Noé, Abraham,Moïse,Jésus,Mohammed et l'Imam
- 7 sont les degrés de l'initiation
L'initiation Egyptienne avait 7 grades ou degrés:
1e degré: Pastophoris
2e degré: Néocoris
3e degré: La Porte de la mort
4e degré : Christophoris
5e degré: Balahate
6e degré: L'astronome devant la porte des Dieux
7e degré: Prophéta ou Sahénath Pancah
et bien d'autres particularités du 7 , qu'il devient le nombre sacré de la maîtrise maçonnique.

source : www.goao.org

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Apprentif des loges de Lyon (1772)

9 Décembre 2012 , Rédigé par Rituel 1772 Publié dans #Rites et rituels

Lorsque le jour de réception d'un profane est arrivé et que l'heure indiquée a sonné, le Vénérable entre en Loge, précédé de ses deux Surveillants, qui doivent examiner si personne ne s'est glissé et caché dans la Loge. S'en étant bien assuré, ils disent au Maître des Cérémonies de faire entrer tous les Frères en commençant par les plus hauts grades. Lorsque toute la Loge est assemblée, le Vénérable frappe un coup et dit :

« Mes Frères, aidez-moi à ouvrir la Loge. Frère premier Surveillant, quel est le devoir des Surveillants ?»

Le premier Surveillant : « C'est de voir si la Loge est couverte ».

Le Vénérable : « Frère premier Surveillant, assurez-vous de l'intérieur, tandis que le Frère deuxième Surveillant s'assurera de l'extérieur de la Loge.»

Le premier Surveillant dit au deuxième Surveillant :

« Frère deuxième Surveillant, tandis que je vais tuiler l'intérieur, ayez soin de tuiler l'extérieur de la Loge, écartez-en les profanes.»

Le Frère deuxième Surveillant ayant mis la Loge à couvert, frappe trois coups sur l'épaule du premier Surveillant et lui dit :

« Frère premier Surveillant, la Loge est couverte à l'extérieur.»

Le premier Surveillant dit :

« Vénérable, la Loge est parfaitement couverte, tant en dehors qu'en dedans, nul profane ne peut voir ni entendre nos mystères, nous pouvons commencer.»

Le Vénérable frappe trois coups et dit :

« A l'ordre, mes Frères.»

Le premier et le deuxième Surveillants répètent et tous les Frères en apprentif.

     

OUVERTURE DE LA LOGE  

Le Vénérable : «Frère premier Surveillant, que venez-vous faire ici ? »

Le premier Surveillant : «Vénérable, vaincre mes passions, soumettre mes volontés et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.»

Le Vénérable : «Etes-vous Maçon ? »

A. : «Mes Frères et compagnons me reconnaissent comme tel.»

D. : «A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ? »

A. : «Au signe, au mot et à l'attouchement.»

D. : «Qu'entendez-vous par signe ?»

A. : «Tout ce qui a rapport à mon obligation, ou bien toute équerre, niveau ou perpendiculaire. »

D. : «Qu'entendez-vous par attouchement ?»

A. : «Certaines manières réglées et mystérieuses prendre la main pour se reconnaître.»

D. : «Qu'entendez-vous par le mot ?»

A. : «Une parole consacrée et mystérieuse qui sert à nous faire reconnaître.»

D. : «Donnez-moi le signe d'appr\ »

On le donne

D. : «Que signifie-t-il ?»

A. : «Il me rappelle mon obligation et la peine à laquelle je me suis soumis qui est d'avoir la gorge coupée au cas que je devienne parjure.»

D. : «Donnez l'attouchement au Frère le plus voisin de colonne pour qu'il me parvienne par le midy. Le Frère deuxième Surveillant fera de même de son côté pour qu'il me parvienne par le septentrion.»

On le fait

Le Vénérable : «Quel est le mot d'app\ ?»

Le premier Surveillant : «Je vous le donnerai comme je l'ai reçu.»

On le donne

Le Vénérable : «Où se tient le Vénérable en Loge ?»

Le premier Surveillant : «A l'Orient.»

Le Vénérable : «Pourquoi ?»

Le premier Surveillant : «Comme le soleil commence sa carrière de ce côté, de même le Vénérable s'y tient pour ouvrir la Loge, I'éclairer et mettre les ouvriers au travail.»

Le Vénérable : «A quelle heure s'ouvre la Loge d'appr\ ? »

Le premier Surveillant : «A midi» (dans quelques Loges, on dit à la première heure).

Le Vénérable : «Quelle heure est-il ?»

Le premier Surveillant : «Midi plein» (la 1ère d'un jour très brillant).

Le Vénérable : «Pourquoi dites-vous cela ?»

Le premier Surveillant : «Parce que le grade d'apprentif est le premier.»

Le Vénérable frappe en app. et dit : «Puisqu'il est midi plein, Frères premier et deuxième Surveillants, avertissez chacun sur votre colonne que la Loge d'app\ est ouverte. »

En disant cela, le Vénérable et tout l'Orient font le signe d'app\

Le premier Surveillant interpelle les Frères qui sont sur sa colonne, chacun par ses qualités et grades, et dit que la Loge d'app\ est ouverte. En disant cela, il fait le signe d'app\ et tout le midy le fait en même temps que lui.

Le Vénérable Surveillant fait de même, ainsi que la colonne du Septentrion.

Le Vénérable et tous les Frères ayant fait ensemble la triple acclamation, s'écrient\\\ ...

 

FORMULE DE RECEPTION

Le Vénérable : «Mes Frères, nous sommes assemblés pour procéder à la réception au grade d'apprentif, de M. N. qui a été admis unanimement par le tenu de la dernière assemblée de laquelle le Frère secrétaire va vous lire le verbal.»

Le Frère secrétaire fait lecture dudit verbal.

Le Vénérable : «Mes Frères je vous prie de réitérer votre consentement si vous persistez dans la même intention. Si quelqu'un de vous a quelques raisons valables d'opposition, qu'il les dise hardiment, nous sommes tous Maçons, par conséquent discrets.»

Le Vénérable frappe un coup pour avertir les Frères de donner leur consentement en étendant la main droite sur le tracé de la Loge. Le consentement étant donné, le Vénérable députe un Frère pour préparer le profane, avant que le Frère Terrible sorte de la Loge.

Le Vénérable dit au Frère proposant : «Le discernement que cette Loge a toujours connu en vous, et le zèle que vous avez témoigné pour le service de l'art royal, nous sont garantie que le sujet proposé vous est parfaitement connu, et que vous nous répondez foi de Maçon des bonnes qualités du récipiendaire. C'est sur votre témoignage qu'il va être introduit, mais souvenez-vous que vous vous engagez formellement pour lui, et que vous nous répondez personnellement de ce profane. N'oubliez pas que vous vous engagez de plus à l'instruire de notre doctrine et de nos mystères. Je vous déclare au nom de cette Loge qu'il ne sera point admis à aucun autre grade, qu'il ne nous ait donné des preuves de sa condition, de sa sagesse, de son zèle. C'est à ces conditions m. c. f. que la Loge vous accepte pour répondant. Allez donc avec le Frère Préparateur le mettre dans l'état convenable à sa réception.»

Le Surveillant Proposant et le Frère Préparateur sortent ensemble et vont auprès du récipiendaire dans la Chambre des réflexions ; ils doivent l'aborder d'un air sérieux et poli. Le proposant lui fait une exhortation et lui dit qu'il espère n'avoir point à rougir de ce qu'il l'a proposé à la Loge. Il lui demande la rétribution prescrite par les règlements et le laisse entre les mains du Frère Préparateur. Il rentre en Loge et remet au Frère Trésorier les droits de réception de la part du Profane.

Le Surveillant Préparateur ayant fait quelques questions au récipiendaire, relatives à la démarche qu'il fait de se présenter pour être reçu, il doit lui présenter le danger des épreuves auxquelles il va être soumis et l'importance des obligations qu'il va contracter. Que la démarche qu'il fait est de la plus grande conséquence ; une fois engagé, il ne pourra plus s'en dédire, qu'il examine sérieusement ses dispositions, ses forces et son courage ; il est encore libre de se retirer, s'il a le moindre regret.

S'il le voit dans une ferme résolution, il lui dira d'un ton ferme :

« Monsieur, êtes-vous déterminé à obéir aveuglément et sans résistance, sur tout ce que je vais exiger de vous ? »

Si le récipiendaire répond OUI, le Surveillant Préparateur poursuit :

« Donnez-moi donc votre épée (s'il en a une), votre argent, votre montre, votre tabatière si elle est en métal, vos bagues, tous vos bijoux, vos boucles de souliers, de jarretière, même ceinture de culotte enfin tout ce que vous avez sur vous de métal sans oublier même les épingles. Cette précaution est absolument nécessaire.

Il ajoute, après avoir fait tout cela :

«Ce n'est pas encore assez Monsieur, il faut ôter vos jarretières, mettre votre soulier gauche en pantoufles, découvrir à nu votre genouil droit, quitter votre habit et votre veste, sortir votre bras gauche hors de la chemise, découvrir votre poitrine et votre mamelle gauche, vous voilà actuellement dans l'état où vous devez vous présenter. Voyez à présent, Monsieur, le cas que nous faisons des parures et des ajustements profanes. En ouvrant sur votre situation actuelle les yeux de l'âme, fermez ceux du corps, vous allez en être privé pour quelque temps. Heureux si le premier usage que vous en ferez est pour apercevoir la véritable lumière. Le bandeau mystérieux dont je vais les couvrir, va vous faire perdre de vue tous les objets qui ont jusqu'à présent fixé vos regards profanes. Etes-vous dans la ferme résolution de faire ce sacrifice à notre ordre ? Vous devez bien sentir que toutes ces préparations nous rendent absolument maîtres de vous. Vous êtes en notre pouvoir. c'est vous-même qui vous y êtes livré de votre propre mouvement, nous sommes assez généreux pour vous remettre en liberté si vous vous repentez de cette démarche. Nous n'exigerons pas même le secret de votre part sur ce qui s'est déjà passé. Ainsi, consultez-vous et ne faites rien dont vous dussiez vous repentir.»

Si le récipiendaire persiste, on lui met le bandeau sur les yeux en lui demandant sa parole d'honneur qu'il ne voit pas. En fait, le Frère Préparateur, le laissant en cet état à sa réflexion, rentre en Loge et vient rendre compte au Vénérable des dispositions du récipiendaire en lui apportant tous ses métaux.

Le Vénérable ayant donné ordre au Frère Préparateur d'aller chercher le profane, il va le prendre dans la Chambre des Réflexions par la main droite, lui fait appuyer de la gauche la pointe de l'épée sur la poitrine, en cet état le conduit jusqu'à la porte de la Loge à laquelle il frappe en Maçon. Le deuxième Surveillant en avertit le premier et celui-ci le Vénérable qui dit de voir ce que c'est. Le Vénérable Surveillant entrouvre et demande qui frappe ? Le Surveillant Préparateur répond : « C'est un gentilhomme profane qui demande à être reçu Maçon ». Le deuxième Surveillant referme et rend cette réponse au Vénérable par le premier Surveillant.

Le Vénérable dit :

«Demandez-lui son nom, son surnom, son pays, son âge, sa profession et sa religion.»

Le Frère Préparateur rend réponse à toutes ces questions.

Le Vénérable : «Demandez-lui encore s'il est dans les dispositions d'être fidèle à la Religion, à son Prince, à l'Etat, à l'Ordre du Maçon, d'aimer et de secourir ses Frères »

On rend réponse  

Le Vénérable : « Demandez au Frère Préparateur si ce profane est en état décent et s'il est soumis à toutes les épreuves que nous lui avons proposées.»

Le deuxième Surveillant lui ayant rendu réponse, le Vénérable frappe en Maçon et dit : «Introduisez le profane en la manière accoutumée.»

Le deuxième Surveillant ouvre la porte. Le Frère Préparateur ayant introduit le récipiendaire entre les deux Surveillants, lui dit : « C'est dans ce moment terrible M. , que vous devez vous armer de courage, j'ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour vous mettre en état d'être reçu Maçon, c'est à vous d'achever par votre fermeté et votre constance, la carrière que vous avez commencée. Je vous abandonne à présent pour ne vous plus revoir de ma vie, à moins que vous ne vous rendiez digne de devenir mon Frère. Adieu, Frère Surveillant, je vous remets ce profane, vous en répondez à présent ». Le Frère deuxième Surveillant lui met la main sur l'épaule gauche et lui saisit le bras gauche, il dit alors :

«Frère premier Surveillant, le profane est entre nos mains.»

Le premier Surveillant met sa main gauche sur l'épaule droite du récipiendaire et lui saisit le bras droit. Il dit alors :

«Vénérable, le profane est entre nos mains, nous sommes Maîtres de lui.»

Le Vénérable ayant frappé en Maçon, tous les Frères se lèvent et se tiennent debout sans remuer, cracher ni moucher. Alors, le Vénérable, s'adressant au récipiendaire, lui dit d'un ton ferme et imposant :

«M. N. N., que pensez-vous faire ici ?»

«N'est-ce point la fin de curiosité qui vous amène ici, parlez vrai ?»

«Quel autre motif a pu vous déterminer, vous qui n'avez aucune idée de nos mystères ?»

«Vous sentez-vous assez de force et de courage pour supporter les épreuves par lesquelles il vous faudra nécessairement passer, quelque violente qu'elles puissent être ?»

«Etes-vous dans la disposition sincère d'aimer vos Frères, de les secourir dans leur besoin, les aider de vos lumières et de vos conseils, de votre bourse même, autant que vos moyens vous le permettront et de risquer votre vie pour secourir un de vos Frères en danger de perdre la sienne ?»

«Pouvez-vous, sans indiscrétion et sans nommer personne, ni la donner à connaître, nous confier en nous racontant quelque trait de bienfaisance de votre part ? Vous ne devez pas comprendre sous ce titre l'aumône faite à un pauvre, dont l'importunité a été peut-être l'unique cause, il nous faut des faits réels et que vous puissiez accorder avec la discrétion d'un galant homme.»

Si le récipiendaire a cité quelque action bienfaisante de sa part, le Vénérable lui dira :

«Nous n'attendions par moins, Monsieur, de votre grandeur d'âme et de la noblesse des sentiments qui vous ont ouvert ce Temple de la bénéficience ; ce que vous venez de nous dire est d'un augure très flatteur pour notre Loge, voilà Monsieur, des actions qui nous assurent des qualités de nos candidats. Après une action d'humanité aussi belle, nous ne devons plus avoir de méfiance à votre égard, nos craintes commencent déjà à s'évanouir. Les épreuves qui vous restent à subir vont pour jamais nous attacher à vous par des liens indissolubles. Mais, avant d'aller plus loin, je dois vous assurer que la fausseté des imputations que des ennemis jaloux nous font chaque jour, les foudres du Vatican injustement lancées contre nos temples, en ont respecté les murs : une fausse prévention ayant fait élever des orages contre nous, la sagesse du Maçon les a dissipés, notre conduite et nos œuvres nous ont fait connaître. Etre fidèle à la Religion, à son Prince, à l'Etat, aimer ses Frères, les aider dans leurs besoins, étendre nos vues de bienfaisance jusque sur le profane, fuir et détester le vice, plaindre les vicieux sans les haïr, voilà en abrégé Monsieur quels sont nos devoirs, nos lois, notre morale, si dans la suite vous apercevez le contraire de ce que je vous dis vous pouvez vous devez même le révéler, le publier : ainsi, n'ayez aucun regret de vous engager dans un Ordre respectable, cet honneur et cette faveur insigne sont recherchés tous les jours par des princes, des nobles et des roturiers. Ils se font gloire de se donner le doux nom de Frère. Selon ce que vous venez d'entendre, quelles sont vos dispositions ? Parlez librement, nous ne demandons que des sujets sincères et vrais. Qu'une fausse honte de vous désister de votre entreprise, ne vous engage pas à faire une démarche qui put vous causer un repentir. Vous êtes libre de profiter de ce moment de liberté qui vous reste, elle va expirer et il ne nous sera plus possible de vous la rendre ; voulez-vous vous retirer, partir ? »  

On laisse le profane à ses réflexions pendant un moment, après lequel, s'il persiste, le Vénérable ordonne au Frère deuxième Surveillant de le faire voyager.  

Le deuxième Surveillant prend alors le récipiendaire et le fait voyager trois fois autour de la Loge, en commençant par le Septentrion et finissant par le Midi. Après chaque tour, les Frères secouent leur tablier. Le récipiendaire ayant fini ses voyages, le Vénérable Surveillant dit : « Frère premier Surveillant, je vous remets le profane, commencez vos fonctions, les miennes sont finies.»  

Le Vénérable dit alors au premier Surveillant de reconduire le profane à l'Orient. Le récipiendaire étant alors au pied du trône, le Vénérable lui dit : « Monsieur, les épreuves que vous avez subies sont légères en comparaison de celles que vous avez à essuyer, je vous en avertis afin que vous puissiez agir en pleine liberté ; persistez-vous avec le même courage que vous avez témoigné jusqu'à présent ? »  

Après la réponse du candidat, on le fait asseoir sur un tabouret et le Vénérable lui adresse le discours suivant :

« Monsieur, I'empressement que vous avez montré pour entrer dans le très ancien, très respectable et illustre Ordre des Frères Maçons et le témoignage authentique que notre cher Frère, votre proposant, nous a rendu de vos qualités, nous font un présage heureux que vous possédez les vertus nécessaires pour parvenir au Temple de la Vérité. Mais, avant de vous dévoiler nos mystères sacrés, il faut qu'au nom de cette respectable société, dont j'ai l'avantage d'être le chef, j'entre avec vous dans le détail des qualités qui doivent caractériser un vrai Maçon. Sans chercher à combattre les préjugés répandus contre notre Ordre, préjugés dont la fausseté se démontre au premier examen, je vais m'attacher uniquement à vous rappeler les dispositions que nous exigeons de vous et les règles auxquelles il faudra nécessairement vous soumettre pour arriver à la perfection dont il est le but. Tous les législateurs politiques n'ont pu former des établissements durables ; quelque sages qu'aient été leurs lois, elles n'ont pu s'étendre dans tous les pays et dans tous les siècles. Comme elles avaient dans chaque Etat des vues particulières, elles n'ont pu devenir universelles, ni convenir au goût et au génie de chaque nation. L'amour de la patrie mal entendu et la diversité des intérêts, détruisant bientôt chez les uns et les autres, l'amour de l'humanité. Dès lors, le monde entier, qui dans sa primitive institution ne devait former qu'une république universelle, dont chaque nation était une famille et chaque particulier un enfant, vit la discorde, la haine, la jalousie, l'orgueil, le vil intérêt lui déchirer le flanc ; tous les membres épars de ce grand corps sanguinolent et se détruisant bientôt par eux-mêmes. Ce fut pour faire revivre et répandre ces anciennes maximes, prises dans la nature même de l'homme, que notre Ordre fut établi. Voulant par là, réunir tous les hommes d'un esprit éclairé et d'une humeur douce et agréable, non seulement par l'amour des beaux arts, mais encore plus par les principes de la vertu la plus éprouvée. Telle a été Monsieur, l'intention de nos ancêtres, quelle obligation n'avons-nous pas à ces hommes supérieurs, qui uniquement guidés par le désir d'un bien général, ont imaginé un établissement dont le seul but est la réunion des esprits et des œuvres cimentée par les liens de la plus solide vertu ? La saine morale est l'étude la plus essentielle de notre société. Les beaux arts et la contemplation de la nature viennent ensuite nous distraire agréablement en élevant notre esprit vers le Créateur. Si les Ordres religieux furent établis pour rendre les hommes plus parfaits, les Ordres militaires pour inspirer l'amour de la gloire ; l'Ordre des Francs-Maçons fut institué pour former des hommes aimables, de bons citoyens et de bons sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles observateurs des lois de l'amitié et plus amateurs de la vertu, que des récompenses qui lui sont dues. Nous bannissons de nos Loges toutes disputes pouvant altérer la tranquillité de l'esprit, la douceur des mœurs et les sentiments d'amitié que nous devons à nos Frères. C'est là qu'uniquement occupés du soin de nous instruire, nous pratiquons le bien et démasquons le vice. C'est là que l'orgueil est forcé de plier et qu'une aimable égalité est substituée aux vains titres de grandeur et de noblesse. C'est là enfin, que la Charité, la mère et le principe des autres vertus, y brille dans tout son éclat et embellit un Ordre dont elle est le soutien et le fondement. Loin de rien entreprendre contre les intérêts de la Religion, du Prince et de l'Etat, nos vœux les plus sincères ne tendent qu'à la gloire du suprême architecte de l'univers, qu'à la prospérité du souverain qui nous gouverne et à la splendeur de l'Etat dans lequel nous vivons. Mais un profond silence sur des matières si respectables nous est expressément ordonné, sous peine d'exclusion irrévocable. Enfin, les dernières qualités que nous exigeons encore de vous, sont une discrétion à toute épreuve sur tous les secrets qui vous ont été révélés, une volonté ferme et constante d'aimer vos Frères, de les protéger, de les secourir dans leurs besoins, de les éclairer de vos lumières, de les édifier par vos bons exemples, de sacrifier tout ressentiment personnel, et de rechercher en un mot, tout ce qui peut contribuer à la paix, à la concorde et à l'union de la Société. Je ne sais Monsieur, si j'aurai réussi dans le plan que je viens de vous offrir des obligations que vous allez contracter, mon dessein a été de vous frayer la voie que vous devez suivre, j'espère que l'ardeur que vous témoignez suppléera à tout ce qui me reste à vous dire. Puisse le Grand Architecte de l'Univers, nous accorder toute la satisfaction que nous nous promettons, et que votre initiation s'accomplisse pour la plus grande gloire, la prospérité de l'Ordre et votre avancement dans la perfection. Selon ce que je viens de vous dire, Monsieur, êtes-vous résolu de prononcer avec toute la liberté d'esprit, l'engagement et l'obligation que je vais vous dicter ? Etes-vous dans la ferme résolution et la signer et sceller de votre sang ? En ce cas-là, Monsieur, mettez-vous à genoux, pour venir vous-même, découvrez la place de votre cœur, à nu ; la pointe de ce compas doit reposer dessus, tandis que vous prononcerez le serment redoutable qui va vous ouvrir la porte de notre Temple. Levez la main droite vers le trône de l'Etre Suprême qui vous voit et vous entend, répétez avec moi.»  

A l'instant où le profane va prononcer son engagement, le Vénérable frappe le coup de silence, tous les Frères s'approchent en tournant sur lui la pointe de leurs épées. Le premier Surveillant dit alors brusquement au récipiendaire :

«Arrête, téméraire ! Tu vas prononcer l'arrêt de mort. Tremble dans ce moment redoutable. Si ton cœur n'est pas d'accord avec ta bouche, retire-toi.»

Le Vénérable lui fait répéter mot à mot la formule suivante :

 

FORMULE

«Oui ! grand Dieu, je promets d'être fidèle à ta sainte religion, à mon souverain et à ma patrie, d'aimer et de secourir mes Frères dans leurs besoins, autant que mes facultés et la providence me le permettront. Je promets un attachement et une fidélité inviolables à l'Ordre respectable du Franc-Maçon. Je promets, en homme d'honneur, de garder très étroitement le secret sur les mystères qui me seront confiés, étant résolu fermement, de perdre plutôt la vie que de révéler à un profane, rien de ce qui a rapport à la Maçonnerie. Plutôt que de manquer à ma parole, je préférerai avoir la gorge coupée, mon corps brûlé et mes cendres jetées au vent. Que le Grand Architecte de l'Univers soit à mon aide et me préserve d'oublier mes engagements.»

Le Vénérable dit ensuite :

«Vous voilà maintenant engagé d'une manière irrévocable, il n'est plus en votre pouvoir de vous rétracter, vous nous appartenez bien légitimement, puisque vous vous êtes donné volontairement à nous. Je compte qu'en répétant avec moi, vous avez senti la force et l'étendue des obligations que vous contractiez et que vous êtes bien dans l'intention de les exécuter. Voyons à présent si votre sang est aussi pris que votre volonté.»

En donnant trois coups de maillet sur la tête du compas qui repose sur son cœur, il lui dit :

«Par le pouvoir dont cette respectable Loge m'a revêtu, je vous reçois Maçon. Levez-vous. Le titre de Frère va désormais vous appartenir et je vais proclamer votre admission aux quatre parties de ce Temple.»

«Frères premier et deuxième Surveillants, Vénérables passés Maîtres, Vénérable en exercice, Off. Dign\ M en F\ G\ qui composez cette R\ L\ reconnaissez le F\ N pour apprentif Maçon et applaudissons à son admission.»

On fait la triple acclamation.

«Frère premier Surveillant, reconduisez le Frère à l'Occident et mettez-le en état de voir la Lumière.»

Le premier Frère l'emmène à l'Occident, lui ôte les bandeaux et ne les laisse tomber que lorsque le Vénérable a frappé le troisième coup du signal, à l'instant deux Frères placés aux deux côtés du récipiendaire jettent sur une bougie allumée une pincée de poix résinée, pour faire une grande flamme au moment où il voit le jour. Lorsque le bandeau est levé, le premier Surveillant dit au Vénérable : «Tout est prêt». Les Frères ont eu soin de tourner la pointe de leurs épées contre le récipiendaire et le Vénérable dit : «Mon Frère, ces épées dont vous voyez la pointe dirigée contre votre cœur, vous annoncent le châtiment qui vous serait réservé si jamais vous deveniez indiscret, de même qu'elles vous assurent du secours que vous devez attendre de vos Frères, si vous étiez dans le cas d'en avoir besoin.»

Le Vénérable frappe ou remet les épées : le Patron du récipiendaire vient l'embrasser et le conduit hors de la Loge pour le faire habiller. Il le conduit ensuite entre les deux Surveillants, lesquels avertissent le Vénérable que le récipiendaire demande à être revêtu en Maçon. Le Vénérable ordonne à son Frère premier Surveillant de faire monter les trois marches d'escalier et de faire avancer le récipiendaire par trois pas d'app\. Le récipiendaire étant en face du Vénérable, le Vénérable dit :

« M\ C\ F\ vous entrez dans un nouveau monde, bien différent de celui dont vous sortez. Il faut vous dépouiller de toutes les passions qui pourraient affaiblir les heureuses dispositions que nous avons remarquées en vous, décoré des ornements maçonniques dont nous allons vous revêtir. Faites-nous connaître de plus en plus votre zèle et votre attachement à vos devoirs, que vous êtes digne de la faveur signalée que nous allons vous faire, et justifier notre choix par votre exactitude à les remplir. Je vais commencer à vous dévoiler nos mystères, mais ne croyez pas parvenir tout d'un coup dans le sanctuaire de la vérité. Un voile épais vous la cachera encore longtemps (ou pendant quelque temps), ce n'est que dans le dernier des hauts grades, que vous la verrez toute nue ; nous allons seulement vous confier quelques objets de la Maçonnerie qu'on appelle allégorique, méritez par votre conduite que nos emblèmes vous soient expliqués.»

 

HISTOIRE DU GRADE

«Quoique notre Ordre soit fort ancien, pour des raisons que vous saurez ensuite, nos ancêtres ont jugé à propos de fixer la première époque de la Maçonnerie à la construction du Temple, sous le règne de Salomon. Comme cet édifice était considérable, il était nécessaire d'établir un Ordre pour faire exécuter sans confusion tous les différents ouvrages. Le sage roi établit donc différentes classes d'ouvriers à qui il confia les différents travaux. La première classe était celle des apprentifs. Leur devoir était d'aider les compagnons et de dégrossir les pierres brutes, enfin on les chargea des ouvrages plus aisés, comme de porter les matériaux dont on pouvait avoir besoin. On leur donna un tablier, qui est la marque de tout Maçon, un signe, un attouchement et un mot pour se faire reconnaître, car sans cette précaution, il aurait été impossible de les distinguer des autres pour payer chaque fois le salaire convenu.

«Il fut assigné à chaque classe un lieu où ce payement devait leur être fait. Les apprentifs se rendirent auprès d'une colonne nommée JAKIN, qui était à gauche du parvis du Temple. Là, après avoir donné le signe, le mot et l'attouchement convenus, ils recevaient leurs salaires. Ce sont ces mêmes signes, attouchement et mot qui sont parvenus jusqu'à nous sous le secret le plus inviolable et que je vais vous communiquer.»

Le Vénérable la lui donne

« Je vous revêts de ce tablier, plus noble et plus ancien que le cordon de la Toison d'Or et que vous devrez toujours, porter en Loge. Sa blancheur vous dénote la conduite d'un vrai Maçon. Je vous donne aussi ces gants, symbole de la pureté des mœurs d'un Maçon dont les mains ne doivent jamais se prêter à aucune action malhonnête. Quoique dans nos Loges nous n'admettions pas de femmes, cependant le cœur d'un Maçon est sujet à des faiblesses attachées à notre nature. Il peut aimer, il doit estimer le beau sexe. Je vous remets donc ce gant de femme, M\ F\ R\ à condition que vous ne le donniez qu'à une personne estimable par ses mœurs et en qui vous aurez remarqué des qualités dignes de fixer le cœur d'un galant homme. Etant assuré à présent de la générosité de votre âme, je n'hésite plus à vous rendre vos métaux et vos bijoux, persuadé de la disposition où vous êtes à les sacrifier au soulagement de vos Frères dans le besoin.

«Je vous félicite (en l'embrassant) à présent M\ C\ F\ du bonheur que vous avez d'être Maçon. C'est un avantage bien grand pour vous et vous le reconnaîtrez un jour. Allez vous faire connaître à vos Frères.»

Le Surveillant des Cérémonies conduit le récipiendaire à tous les Surveillants de la Loge auxquels il donne le signe, le mot et l'attouchement. Il revient ensuite le dire au Vénérable qui lui dit : « Il me reste à vous donner le mot de passe pour entrer dans nos Loges : allez vous placer M\ C\ F\ pour entendre l'instruction que va vous donner le C\ F\ orateur, au nom de la Loge».

 

DISCOURS DE L'ORATEUR

Le discours fini, on ramène le récipiendaire entre les Surveillants pour lui expliquer le tableau, ensuite le Vénérable ordonne au Frère premier Surveillant de le faire travailler sur la pierre brute. Il le fait en apprentif, après quoi on applaudit au travail du N\ Récipiendaire.

Le Vénérable ordonne ensuite au Frère Surveillant de faire la lecture des règlements que le N\ doit signer.

S'il n'y a plus de travail à faire, on ferme la Loge de la manière suivante, cependant le Vénérable invite auparavant le récipiendaire à signaler son entrée dans l'Ordre, par quelque aumône en faveur des pauvres ; le récipiendaire ayant donné l'exemple, on fait courir le tronc des pauvres.

     

INSTRUCTION

Le Vénérable D. : «Etes-vous Maçon ?»

Le 1er Surveillant : « Mes Frères et compagnons me reconnaissent pour tel.»

D. : «Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Maçon ?»

N. : «Parce que j'étais dans les ténèbres et que j'ai voulu voir la lumière.»

D. : «Qui vous a engagé à vous faire recevoir Maçon ?»

N. : «Mon propre désir et ma sincère volonté.»

D. : «Que vous en a-t-il coûté ?»

N. : «La Lumière et mes métaux.»

D. : «A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ?»

N. : «Au signe, au mot et à l'attouchement.»

D. : «Donnez-moi le signe ; on le donne »

D. : «Que signifie-t-il ?»

N. : «Il me rappelle mon obligation par laquelle j'ai consenti à avoir la gorge coupée, si je deviens parjure à mes engagements.»

D. : «Donnez-moi l'attouchement.»

N. : «On le donne au Vénérable Surveillant.»

D. : «Donnez-moi le mot.»

N. : «Je vous le donnerai comme je l'ai reçu» (on l'épelle).

D. : «Que veut dire ce mot ?»

N. : «Le Seigneur est mon espérance.»

D. : «D'où vient ce mot ?»

N. : «D'une colonne qui était à la gauche du parvis du Temple auprès de laquelle les Apprentifs allaient recevoir leur salaire.»

D. : « Quel est le mot de passe d'Apprentif ?»

N. : « TUBALCAIN.»

D. : «Que veut dire ce mot ?»

N. : «C'est le nom du premier ouvrier dont il soit fait parler dans l'écriture.»

D. : «Qu'entendez-vous par signe ?»

N. : «Tout équerre, niveau ou perpendiculaire.»

D. : «Qu'entendez-vous par attouchement ?»

N. : «J'entends la façon de se prendre la main pour se reconnaître entre Frères.»

D. : «Qu'entendez-vous par parole ?»

N. : «Un mot sacré et mystérieux qui sert à me faire reconnaître pour Apprentif.»

D. : «Quel est le point parfait de votre entrée ?»

N. : C'est la manière de se camper et de marcher en Maçon.»

D. : «Qui vous a introduit en Loge ? »

N. : «Un gentilhomme de mes amis, que j'ai ensuite reconnu pour Maçon.»

D. : «Comment avez-vous été annoncé en Loge ?»

N. : «Par trois grands coups.»

D. : «Que signifient-ils ?»

N. : «Trois passages de l'Ecriture Sainte : Demandez et vous recevrez ; Cherchez et vous trouverez ; Frappez et on vous ouvrira.»

D. : «Que vous ont produit ces trois coups ?»

N. : «Le deuxième Surveillant qui m'a fait voyager 3 fois d'Occident en Orient par le Septentrion et 3 fois d'Orient en Occident par le Midy.»

D. : «Quand êtes-vous entré en Loge, qu'avez-vous vu ?»

N. : «Rien que l'esprit humain puisse comprendre.»

D. : «Pourquoi ?»

N. : «Parce que j'étais privé de la véritable Lumière.»

D. : «Comment étiez-vous habillé, quand on vous a introduit en Loge ?»

N. : «J'étais nu, ni vêtu, ni chaussé, ni déchaussé mais cependant d'une manière décente et séparé de tous métaux.»

D. : «Pourquoi étiez-vous séparé de tous métaux ?»

N. : «Parce que dans le temps où l'on construisit le Temple de Salomon, tous les matériaux étaient taillés et prêts à être mis en œuvre, de sorte que l'on n'entendit frapper aucun coup de marteau.»

D. : «Pourquoi dans ce voyage mystérieux, vous faisait-on lever le pied et baisser la tête ? »

N. : «Parce que lors de la construction, il fallait lever le pied pour passer sur les matériaux et baisser la tête pour passer sous les échafauds.»

D. : «Qu'avez-vous fait après vos voyages ?»

N. : «J'ai contracté une obligation à laquelle je serai fidèle même au péril de ma vie.»

D. : «Où vous a-t-on conduit après cette obligation ?»

N. : «Aux extrémités des ouvrages pour voir la Lumière.»

D. : «Quand on vous a donné la Lumière, qu'avez-vous vu ?»

N. : «Trois grandes Lumières le soleil, la lune et l'étoile flamboyante ou le Vénérable »

D. : «Expliquez-moi cela ?»

N. : «Comme le soleil éclaire pendant le jour et la lune pendant la nuit, de même l'étoile flamboyante ou le Vénérable, préside à la Loge pour l'éclairer de ses sages conseils et de ses lumières.»

D. : «Comment êtes-vous parvenu au Temple ?»

N. : «Par un escalier à 3 marches et par 3 pas en équerre, à la manière des Maçons.»

D. : «Que signifient ces 3 marches et ces 3 pas ?»

N. : «Les 3 voyages mystérieux, ou l'épreuve que l'on m'a fait subir.»

D. : «Comment voyagent les Apprentifs ?»

N. : «D'Occident en Orient pour chercher la Lumière.»

D. : «Comment vous appelez-vous ?»

N. : «HORUS, qui veut dire silence.»

D. : «Quel âge avez-vous ?»

N. : «Trois ans et plus.»

D. : «Qu'est-ce que cela veut dire ?»

N. : «Les années d'épreuve que l'on exigeait jadis avant d'être reçu Maçon.»

D. : «Dans quelle Loge avez-vous été reçu ?»

N. : «Dans une Loge juste et parfaite.»

D. : «Qu'appelez-vous une Loge juste et parfaite ?»

N. : «Trois la forment - Cinq la composent - Sept la rendent juste et parfaite.»

D. : « Comment appelez-vous votre Loge ?»

N. : «La Loge Saint-Jean.»

D. : «Ou est-elle située ?»

N. : «Dans un lieu saint et sacré, tel que la Vallée de Josaphat.»

D. : «Sur quoi est-elle fondée ?»

N. : «Sur trois grandes colonnes : SAGESSE, FORCE et BEAUTE ; sagesse pour entreprendre, force pour exécuter, beauté pour orner.»

D. : «Quelle est la forme de votre Loge ?»

N. : «La même que celle d'un globe.»

D. : «Quelle est sa longueur ?»

N. : «De l'Orient à l'Occident.»

D. : «Quelle est sa largeur ?»

N. : «Du Septentrion au Midi.»

D. : «Quelle est sa profondeur ?»

N. : «Depuis la surface jusqu'au centre.»

D. : «Sa hauteur ?»

N. : «Un espace immense.»

D. : «Qu'entendez-vous par là ?»

N. : «Que le globe terrestre renferme tous les Maçons, lesquels ne composent qu'une seule et même Loge.»

D. : «Où se tient le Vénérable en Loge ?»

N. : «A l'Orient.»

D. : «Pourquoi ?»

N. : «Comme le soleil ouvre sa carrière de ce côté, de même le Vénérable s'y tient pour ouvrir la Loge, mettre les ouvriers en œuvre et les éclairer de sa Lumière.»

D. : «Où se tiennent les Frères Surveillants ?»

N. : «A l'Occident.»

D. : «Pourquoi ?»

N. : «Comme le soleil termine sa carrière de ce côté, de même les Surveillants s'y tiennent pour fermer la Loge, payer les ouvriers et les envoyer contents.»

D. : «Où se tiennent les Apprentifs ?»

N. : «Au Septentrion.»

D. : «Pourquoi ?»

N. : «Afin que de ce côté obscur ils puissent considérer les travaux des compagnons.»

D. : «Avez-vous reçu des gages ?»

N. : «Oui, Vénérable.»

D. : «Où les avez-vous reçus ?»

N. : «A la colonne J.»

D. : «A quelle heure se ferme la Loge ?»

N. : «A minuit.»

D. : «Quelle heure est-il ?»

N. : «Minuit plein.»

Le Vénérable frappe trois coups et dit : «Puisque la Loge se ferme à minuit, et qu'il est minuit plein, Frères premier et deuxième Surveillants, avertissez chacun sur votre colonne que la Loge d'Apprentif est fermée » , en disant cela, le Vénérable et tout l'Orient font le signe d'apprentif.

Le premier Surveillant frappe et annonce que la Loge est fermée. Il fait le signe, de même que la colonne du midy.

On fait la triple acclamation.

Le deuxième Surveillant fait de même avec le Septentrion.

 

(Bibliothèque de Lyon. Fonds Costes. ms 5937 (307)

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Les trois coups distincts (1760)

9 Décembre 2012 , Rédigé par les 3 coups distincts Publié dans #Rites et rituels

Catéchisme caractéristique des Anciens Devoirs de la maçonnerie opérative anglaise, daté de 1760 et intitulé « Les Trois coups distincts »  

Ce texte est le reflet de la tendance religieuse qui animait depuis 1756, la toute débutante maçonnerie spéculative en ce pays (publication à cette date de l’Ahiman Rezon, pamphlet en réaction de la maçonnerie philosophique et non confessionnelle illustrée par les Constitutions d’Anderson de 1720).
A cet égard, il marque une rupture en se positionnant comme un catéchisme symbolique entaché de religiosité. Il donne une nouvelle orientation à la maçonnerie anglaise.
 

« Les Trois coups distincts » est l’un des premiers textes à évoquer un certain nombre de thèmes qui connaîtront une extraordinaire diffusion dans la maçonnerie mondiale au cours des deux siècles suivants, en particulier au Rite Ecossais Ancien et Accepté. Parmi ces thème, retenons entre autres celui très spirituel des oppositions rencontrées sur le chemin.  


Degré d'apprenti

« Le maître : Y a-t-il un lien qui nous unit, mon frère ?
Réponse : Oui vénérable.
Maî.: Quel est ce lien mon frère ?
Rép.: C'est un secret.
Maî.: Quel est ce secret, mon frère ?
Rép.: La maçonnerie.
Maî.: Alors je suppose que vous êtes maçon.
Rép.: Mes frères et mes compagnons me reconnaissent et m'acceptent comme tel.
Maî.: Pouvez-vous me dire quel genre d'homme un maçon doit-il être ?
Rép.: Un homme né d'une femme libre.
Maî.: Où vous êtes-vous d'abord préparé pour devenir maçon ?
Rép.:Dans mon coeur.
Maî.: Comment avez-vous été admis ?
Rép.:Par trois coups distincts.
Maî.: Qu'est-ce qu'on vous a dit ?
Rép.: Qui va là ?
Maî.: Qu'avez-vous répondu, mon frère ?
Rép.: Quelqu'un qui demande à prendre part au bienfait de cette très respectable loge dédiée à saint Jean, comme ont fait beaucoup de frères et compagnons avant moi. Maî.: Comment espérez-vous l'obtenir ?
Rép.: En étant libre et de bonne réputation.
Maî.: Après avoir fait cette prière, qu'est-ce qu'on vous a dit ?
Rép.: On me demanda en qui j'ai mis ma confiance.
Maî.: Qu'avez-vous répondu, mon frère ?
Rép. En Dieu.
Maî. ; Que vous a-t-on dit ensuite ?
Rép.: On me prit par la main droite, on me dit de me lever et de me laisser guider sans crainte d'aucun danger.
Maî.: Après cela, que vous a-t-on demandé de faire ?
Rép.: On me fit faire trois fois le tour de la loge.
Maî.: Où avez-vous rencontré la première opposition ?
Maî.: Que vous a-t-il répondu ?
Rép.: Derrière le second surveillant au midi où je frappai trois coups comme je l'avais fait à la porte.
Maî. : Que vous a-t-il répondu ?
Rép. : Il a dit : Qui va là ?
Maî.: Qu'avez-vous répondu ?
Rép.: J'ai fait la même réponse qu'à la porte : C'est quelqu'un qui demande à être reçu.
Maî.: Où avez-vous rencontré la seconde opposition ?
Rép.: Derrière le premier surveillant à l'ouest où je répétai ce que j'avais dit à la porte. Il dit : Qui va là ? J'ai répondu que c'était quelqu'un qui demandait à être reçu.
Maî.: Où avez-vous rencontré la troisième opposition ?
Rép. :Derrière le maître à l'est, où je répétai la même chose qu'auparavant.
Maî.: Que vous fit faire le maître ?
Rép.: Il m'ordonna de retourner au premier surveillant à l'ouest pour y recevoir des instructions.
Maî.: Dites-moi, mon frère, après que vous avez prêté cette obligation, quelle est la première question qu'on vous a posée ?
Rép.: On me demanda quel était mon plus grand désir ?
Maî.: Et qu'avez-vous répondu ?
Rép.: Recevoir la lumière.
Maî.: Qui vous a conduit à la lumière ?
Rép.: Le maître et le reste des frères.
Mai.: Qu'avez-vous vu en premier lorsque vous avez reçu la lumière ?
Rép.: La Bible, l'équerre et le compas.
Maî.: Vous a-t-on dit ce qu'ils signifiaient ?
Rép.:Les trois grandes lumières de la maçonnerie.
Maî.: Expliquez-les, mon frère.
Rép.: La Bible dirige et gouverne notre foi; l'équerre sert à ajuster nos actions ; le compas doit nous maintenir dans une juste mesure avec tous les hommes, en particulier avec un frère.

Maî.: Que vous a-t-on dit ensuite ?
Rép.: Le maître m'a fait monter à l'angle nord-est de la loge, c'est-à-dire à sa droite.
Maî.:Vous a-t-il remis quelque chose ?
Rép. : Il m'a remis un tablier dont il me revêtit en me disant que c'était un signe d'innocence plus ancien que la Toison d'or ou que l'Aigle romaine, et plus honoré que l'Ordre de la Jarretière, ou que tout autre Ordre existant sous le soleil, qu'on pourrait me conférer à présent ou à l'avenir.
Maî.: Que vous montra-t-on encore ?
Rép.: Je m'assis à la droite du maître et il me montra les outils de l'apprenti entré.
Maî.: Quels étaient ces outils ?
Rép.: La règle à 24 divisions, l'équerre et le marteau ordi­naire ou maillet d'ajusteur.
Maî.: A quoi servent-ils ?
Rép.: L'équerre sert à régler mon travail, la règle à 24 divi­sions à le mesurer, le maillet à éliminer toute la matière superflue afin que l'équerre puisse s'y apposer et s'y ajuster aisément.
Maî.: Mon frère, puisque nous ne sommes pas tous des maçons opératifs, nous appliquons ces outils à nos moeurs; c'est ce que nous appelons spiritualisation. Expliquez cela.
Rép. : La règle à 24 divisions représente les 24 heures du jour.
Maî.: A quoi les passez-vous, mon frère ?
Rép. : Je passe six heures à travailler, six heures à servir Dieu, et six heures à rendre service à un frère ou à un ami tant que cela est en mon pouvoir sans porter préjudice ni à moi-même ni à ma famille.
Maî.: Vous m'avez dit, mon frère, que vous avez donné trois coups distincts à la porte. Pouvez-vous me dire ce qu'ils signifiaient ?
Rép.: Un certain passage de l'Ecriture.
Maî.: Quel est ce passage, mon frère ?
Rép.: Demande et tu recevras, cherche et tu trouveras, frappe et on t'ouvrira.
Maî.: Comment interprétez-vous ce texte en maçonnerie ?
Rép.: J'ai cherché dans mon esprit. J'ai demandé à un ami. J'ai frappé et la porte de la maçonnerie m'a été ouverte.
Maî.: Pourquoi a-t-on touché votre sein gauche dénudé avec une épée, une lance ou quelque autre arme ?
Rép. : Parce que c'est le sein gauche qui se trouve le plus près du coeur.
C'était un aiguillon visant davantage ma conscience que ma chair.
Maî.: Mon frère, nous avons longtemps parlé de loge. Dites-moi, qu'est-ce qui compose une loge ?
Rép. : Un certain nombre de maçons réunis ensemble pour travailler.
Maî.: Pouvez-vous me dire combien composent une loge ?
Rép.: Trois, cinq, sept ou onze.
Maî.: Pourquoi trois composent-ils une loge ?
Rép.: Parce qu'il y eut trois Grands-maîtres à la création du monde ainsi qu'à la création de ce noble morceau d'archi­tecture qu'est l'homme, lequel est si parfait dans ses propor­tions que les anciens conçurent leur architecture d'après les mêmes lois.
Maî.: Quelle est la seconde raison, mon frère ?
Rép.: Il y eut trois Grands-maîtres lors de la construction du temple de Salomon.
Maî.: Pourquoi cinq composent-ils une loge ?
Rép.: Parce que tout homme est pourvu de cinq sens.
Maî.: Quels sont les cinq sens ?
Rép.: L'ouïe, la vue, l'odorat, le goût et le toucher.
Maî.: A quoi vous servent ces cinq sens en maçonnerie ?
Rép.: L'ouïe, la vue et le toucher me sont très utiles.
Maî.: A quoi servent-ils, mon frère ?
Rép. : L'ouïe sert à entendre le mot, la vue à voir le signe, le toucher à sentir l'attouchement. Je peux de la sorte reconnaître un frère tant dans l'obscurité qu'en pleine lumière.
Maî.: Pourquoi sept composent-ils une loge ?
Rép.:Parce qu'il y a sept arts libéraux... /...
Mai.: Pourquoi onze composent-ils une loge, mon frère ?
Rép.: Parce qu'il y avait onze patriarches lorsque Joseph fut vendu en Égypte et considéré comme mort.
Mai.: Quelle est la deuxième raison, mon frère ?
Rép.: Il ne resta que onze apôtres après la trahison du Christ par Judas.
Maî.: Quelle forme a votre loge ?
Rép.: Celle d'un carré long.
Maî.: Quelle est sa longueur, mon frère ?
Rép.:Elle va de l'orient à l'occident.
Maî.: Quelle est sa largeur, mon frère ?
Rép.: Elle va du septentrion au midi.
Maî.: Quelle est sa hauteur, mon frère ?
Rép.: Elle va de la surface de la terre jusqu'au ciel.
Maî.: Quelle est sa profondeur, mon frère ?
Rép.: Elle va de la surface de la terre jusqu'à son centre.
Maî.: Pourquoi dit-on que la loge s'étend de la surface de la terre jusqu'à son centre ?
Rép.: Parce que la maçonnerie est universelle.
Maî.: Pourquoi votre loge est-elle orientée de l'orient à l'occident ?
Rép. : Parce que toutes les églises et chapelles le sont, ou devraient l'être.
Maî.: Pourquoi cela, mon frère ?
Rép.: Parce que l'Évangile a été d'abord prêché en orient avant de s'étendre à l'occident.
Maî.: Qu'est-ce qui soutient votre loge ?
Rép.:Trois grands piliers.
Maî.: Quel est leur nom ?
Rép. :Sagesse, force et beauté.
Maî.: Pourquoi dit-on que votre loge est soutenue par ces trois grands piliers : sagesse, force et beauté ?
Rép. : Parce que la sagesse, la force et la beauté contri­buent à l'achèvement de tout travail, et qu'on ne peut rien accomplir sans elles.
Maî.: Pourquoi en est-il ainsi, mon frère ?
Rép.: Parce que la sagesse conçoit, que la force soutient et que la beauté orne.
Maî.:Votre loge est-elle couverte ?
Rép. : Oui, par un dais orné de nuages de diverses cou­leurs. »

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Rituel et esprit maçonnique dans la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui

28 Novembre 2012 , Rédigé par B. C:., 33e Publié dans #Rites et rituels

Après les questions relatives à la nouvelle éthique, et à la possibilité pour les sciences humaines de dire ce qu’elle pourrait être, le Grand Collège avait confié à la Commission III de « Sources » mission de traiter la question « Rituel et esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui » L’exposé des motifs destiné à en préciser le sens était de suivant :

- Quelle est l’originalité de ce qu’on peut appeler l’esprit maçonnique ?

- La Franc-Maçonnerie ne saurait être enfermée dans une seule philosophie. Quelle proposition peut-elle dès lors faire pour répondre aux interrogations philosophiques et éthiques des Francs-Maçons ?

- Quel est le sens du rituel maçonnique ?

- Au fond, quelle est l’essence de la Maçonnerie ?

« Sources » propose un texte d’une ampleur et d’une importance considérables. C’est un texte essentiellement philosophique qui, à première approche, pourrait effrayer nombre de lecteurs peu habitués au langage de l’anthropologie et de la philosophie. Impression assurément trompeuse, car, au prix d’un effort d’attention un peu soutenu, tout homme de bonne culture doit pouvoir en tirer enseignement et profit. La table des matières très complète qui en expose le plan est un fil conducteur très utile.

Néanmoins, il est apparu opportun au Grand Collège qu’en soit faite une présentation qui, en en marquant les points forts, en facilite une lecture qui, seule, pourra révéler toutes ses richesses. En raison même de son importante dimension et de sa densité, il ne saurait être question d’en faire un résumé qui le suivrait d’une façon en quelque sorte linéaire. D’autant plus que le lecteur distrait ou insuffisamment attentif risquerait de considérer comme des redites ce qui est en fait une succession de reprises des mêmes idées, mais chaque fois placées sous un éclairage différent. C’est ainsi que, tout au long de ce texte, on trouvera l’exposé des conceptions du rite et de l’homme. Plusieurs fois également le lecteur trouvera des considérations sûr la méthode à employer pour mener à bien l’étude demandée.

C’est pourquoi nous avons choisi dans cette présentation de dégager les grands thèmes qui courent durant tout l’exposé, et dont la connaissance claire permettra au lecteur d’apprécier toutes les remarques incidentes qui s’y ajoutent et qui, à chaque fois, l’enrichissent de nouvelles facettes.

Nous avons cru bon de distinguer les thèmes suivants: Problèmes de méthode ; examen critique de la thèse de René Girard ; nature du rite et essence de l’homme ; rite et spiritualité maçonnique ; l’homme Franc-Maçon.

Encore ne pourrons-nous pousser trop loin l’analyse, car tous ces thèmes interfèrent les uns avec les autres. Il n’est que trop évident par exemple, que l’idée qu’on peut se faire du rite et de l’homme dépend étroitement du mode de connaissance adopté pour étudier l’un et l’autre. Inversement, on ne saurait cacher que le choix de ce mode de connaissance peut être lui-même largement influencé par l’idée préalable qu’on se fait de l’homme et de son essence.

Problèmes de méthode

S’interroger sur le rituel et l’esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui invite en effet la pensée à s’engager dans deux voies divergentes, mais non nécessairement opposées. Ou bien à partir d’une étude anthropologique, et qui se veut par conséquent scientifique et objective, des rites, à partir d’une typologie et d’une interprétation fonctionnelle de ceux-ci, on peut essayer de situer les rites maçonniques, d’en dégager la spécificité, et proposer une définition de ce qui fait l’originalité de l’esprit maçonnique. Ou bien, partant au contraire de l’esprit maçonnique, tel que nos pratiques rituelles et symboliques nous le font vivre et connaître, on peut essayer de dégager la métaphysique qui le sous-tend et qui l’anime, et par là même éclairer le sens de nos rites. On peut même aller plus loin. Fort de l’expérience vécue dont on peut penser qu’elle nous révèle sa vraie nature, on peut s’élever à une conception du rite en général, et, à partir de celle-ci, porter un jugement sur les diverses théories qui en proposent une interprétation. Pourquoi pas en effet ? La compréhension d’un certain type de comportement humain, en l’occurrence ici le comportement rituel, devrait-elle donc toujours et exclusivement être cherchée, ainsi que le fait l’anthropologie, dans ses origines oubliées, ou dans des structures inconscientes ? Ne seraient-ce pas plutôt ses formes les plus récentes, et peut-être de ce fait les plus accomplies, qui, soumises à une analyse phénoménologique serrée et lucide, sont susceptibles de nous en faire connaître le vrai sens ?

Il convient d’ouvrir ici une importante parenthèse. Ce n’est pas dévoiler un secret de dire que, depuis la naissance de l’Aréopage, les Frères de « Sources », en dépit des inévitables renouvellements, se partagent à peu près équitablement, lorsqu’il s’agit d’aborder les problèmes humains, entre ceux qui inclinent vers l’étude anthropologique, et ceux qui préfèrent l’approche philosophique. C’est pourquoi il importe de souligner le bel exemple d’esprit maçonnique donné par les Frères anthropologues de « Sources » qui, en présence d’un texte dont ils ne partagent peut-être pas toutes les thèses, ont reconnu l’éminent travail accompli par le Frère Rapporteur, et décidé de le présenter au nom de tous.

Assurément, le texte ne fait aucune concession à l’égard d’une approche anthropologique qui se voudrait exclusive de toute autre. On resterait alors, y est-il dit, tributaire du modèle d’une science de la matière, tel qu’H s’est constitué à partir de la Renaissance finissante, selon lequel penser scientifiquement, c’est penser par structures fermées, progressivement compliquées, et dès que possible mathématisables. Autant dire qu’on ne peut penser par structure que le mort, que ce qui se laisse traiter comme un objet technique, une matière inerte, et soumise au surplus (ce qui révèle la structure comme ne pouvant se poser comme autosuffisante dans l’être) à la loi insurmontable de la dégradation de son énergie d’inertie.

Sont donc récusées les doctrines philosophiques se réclamant du structuralisme qui, s’étant mises à l’école de l’anthropologie, ont proclamé dans le même temps et la mort de la philosophie et la mort de l’homme, et célébré la décadence de l’humanisme. « Le développement des sciences humaines, affirmait il y a vingt ans Michel Foucault, nous conduit beaucoup plutôt à une disparition de l’homme qu’à une apothéose. Elles ne nous découvrent pas l’homme dans sa vérité, dans ce qu’il peut avoir de positif. Ce qu’elles découvrent, c’est de grands systèmes de pensée, de grandes organisations formelles qui sont en quelque sorte comme le sol sur lequel les individualités historiques apparaissent. Nous voulons montrer que ce qu’il y a d’individuel, ce qu’il y a de vécu et de singulier chez l’homme, n’est qu’une sorte d’effet de surface au-dessus des grands systèmes formels sur lesquels flotte de temps en temps l’écume et l’image de l’existence propre ». (Émission télévisée « Lecture pour tous », 1966).

Il est bien évident qu’aborder l’étude des rites selon une telle perspective structuraliste ne peut qu’aboutir à faire voir en eux, ainsi que nous y invitent les dictionnaires, que des choses mortes, des pratiques dont le sens n’apparaît même plus à ceux qui en sont les acteurs, pas plus que n’apparaît au locuteur la façon dont s’organisent les phonèmes de sa parole. Son expérience vécue de Franc-Maçon, ainsi que ses convictions profondément humanistes, aux évidentes résonances existentialistes et personnalistes, commandaient impérieusement au Frère Rapporteur de s’engager dans une toute autre direction. C’est sans doute pour les mêmes raisons que les Frères de « Sources » l’ont suivi et ont voulu procéder avec lui à une herméneutique, c’est-à-dire à une recherche du sens. Recherche du sens des rites en général, et des rites maçonniques, en particulier, sans méconnaître pour autant les enseignements et les apports de l’étude anthropologique.

La thèse de René Girard.

Il rencontrait alors sur sa route une interprétation fonctionnaliste du rite qui eut un succès considérable, il y a une quinzaine d’années, celle que l’anthropologue René Girard a exposée dans son livre « La violence et le sacré ». Sa thèse est simple et tranchée : le rite est essentiellement archaïque ; sa fonction est d’assurer la cohésion sociale. Tous les rites en effet sont d’origine sacrificielle, et le sacrifice a pour fonction de détourner sur une victime émissaire la violence existant dans la société.

La violence a pour origine le désir. A la différence du besoin qui, lui, est inscrit dans la nature physiologique de l’homme, le désir est désir de s’emparer de ce que l’autre désire lui-même et possède. C’est en cela qu’il engendre la violence et la réciprocité des vengeances. Cycle sans fin, car le désir, à la différence du besoin, ne saurait être rassasié, et ne connaît pas de limites. Mais la violence est vite ressentie comme insupportable, et c’est pour en rompre l’enchaînement sans fin, que l’homme archaïque a imaginé le subterfuge de détourner et de concentrer la violence sur une victime émissaire. Ainsi, en même temps qu’elle sera détournée de son objet, la violence sera attribuée à une force étrangère et supérieure à l’homme, c’est-à-dire à la puissance même de la nature, considérée comme divine et sacrée. Mais pour être efficace, ce subterfuge doit demeurer inconscient. Le rite – et non seulement le rite sacrificiel – aurait donc surgi comme instrument magique d’exorcisme, et il serait à l’origine des religions archaïques, et du sentiment du sacré.

Girard ne nie pas pour autant toute transcendance. Mais il est un scientifique chrétien, et il réserve l’authenticité de sa visée à la seule religion chrétienne. Aux religions archaïques, il oppose la seule religion authentique à ses yeux, le christianisme, qui opère sur les hommes un peu à la façon d’une cure psychanalytique. Les hommes ne seront délivrés du désir générateur de violence qu’à partir du moment où il sera sublimé, transcendé, réorienté vers la Rédemption. Le sacrifice du fils de Dieu mettra fin à la longue série des errances violentes qui font la vie des sociétés primitives. En consentant à mourir par violence, le Christ-Dieu force les hommes à reconnaître ce qu’est la violence dans son horreur, et qu’elle est sans force devant l’Amour, seul libérateur et civilisateur.

Ainsi, comme celui de beaucoup de scientifiques chrétiens, le théisme de Girard le conduit au dualisme. Dieu est séparé de la Nature. La Nature physique peut alors être réduite à la seule matière, livrée à l’inertie mécanique et à l’entropie ; la nature humaine être livrée au mimétisme du désir et de la violence, avant de pouvoir être réhabilitée par la Rédemption. Dualisme bien commode pour qui veut concilier les exigences de la science et celles de la religion. Nous sommes loin de nos rites maçonniques qui, dès la première initiation, confient le néophyte aux quatre éléments, aux grandes forces de la Nature : la Terre, l’Eau, l’Air, le Feu.

Mais dénoncer les arrière-pensées de Girard ne suffit pas. Encore faut-il le rencontrer sur le terrain des faits et de leur interprétation. La critique du Frère Rapporteur portera sur deux points essentiels, et lui donnera l’occasion d’esquisser une tout autre conception de l’homme et de son rapport avec les rites : a) le caractère totalitaire et exclusif de la conception du rite selon Girard. b) sa conception du désir.

Peut-on vraiment affirmer que le rite n’a d’autre fonction que de verrouiller la violence afin de restaurer et d’assurer la cohésion d’un groupe ? Même dans le cas du rite sacrificiel, mort de l’animal ou même de l’homme, la mise à mort est-elle toujours recherchée comme éliminatrice d’un mal plus grand ? C’est le « toujours » qui fait ici problème. Ne pourrait-on au contraire la concevoir comme l’envers d’une renaissance ? Il est remarquable que Girard passe sous silence les rites agraires tels que les rogations, dans lesquels l’offrande s’accompagne d’un sacrifice de riz, de maïs, de rameaux ou de fleurs. La mort végétale y est offerte parce qu’elle apparaît comme la condition d’un renouvellement. La mort de la Nature n’est pas indice d’immobilité, mais d’une décomposition ouvrant la voie des germinations recréatrices.

Entrent également difficilement dans l’interprétation de Girard les cinq grands mythes fondateurs qu’on trouve présents dans toutes les sociétés humaines ; mariage, reconnaissance des enfants, entrée dans l’adolescence, élection des chefs, culte des morts. Ils apparaissent bien plutôt comme destinés à conférer à l’existence et à ses rythmes biologiques une valeur proprement humaine en assurant l’émergence de la Culture. D’une culture qui ne saurait être coupée de la nature, puisqu’ils visent tous à situer les actions humaines dans le mouvement des forces de vie de la nature, inséparablement en nous et hors de tous.

En ce qui concerne le désir, Girard a bien vu qu’il est autre chose que le besoin, et qu’il est le propre de l’homme. Certes le désir peut être mimétique et générateur de jalousie, de rivalité, et par conséquent de violence. Mais n’est-il que cela ? Est-il essentiellement cela ? Serait-il le signe de la chute originelle ? En même temps qu’il aurait conféré à l’homme son humanité, aurait-il donc fait de lui un être de faute ?

A ce pessimisme, inspiré par une certaine interprétation du christianisme, le rapport va opposer une conception toute différente du désir, dont les développements permettront de répondre à la question que tout Maçon se pose dans son parcours initiatique « Qu’est-ce que l’homme ? » si l’on se réfère à son étymologie latine « de sidus, sidera », le désir est tendance à refaire en soi l’étoile. Il est la quête d’une étoile, au sens d’une réalité qu’on éprouve symboliquement comme infiniment éloignée en perfection. Ce qui est alors désiré, c’est le déplacement de l’être vers cet objet projeté comme impossible à rejoindre. Le désir ne désire rien d’autre en définitive que lui-même. Le propre du désir est de s inventer selon une fécondité ouvreuse de perspectives d’actions, de raisons de vivre, de buts constitutifs de rôles. Si le désir est donc l’homme même, il fait alors apparaître celui-ci non comme être déjà fait, non comme objet constitué, mais comme surgissement, comme l’acte d’une essence portant en elle une puissance d’infini, et constamment en route sur le chemin de sa réalisation (mire, initium). Par nature, le désir est initiatique.

Une telle conception peut surprendre les esprits qui ne peuvent penser que par concepts aux contours arrêtés ; elle ne fait cependant que rejoindre toutes les grandes philosophies qui ont en effet compris l’homme de cette façon. L’homme est Amour dit le Platon du « Banquet ». Parcelle de l’âme du Monde, il est pneuma, tonos, souffle et tension, disent les anciens Stoïciens. Il est appétit infini de béatitude, dit St Thomas. Il porte en lui l’idée de Parfait, dit Descartes ; il est « mouvement pour aller plus loin », dit Malebranche.

Certes, et de façon plus prosaïque, le désir est aussi demande de biens matériels et finis. C’en est l’instance indispensable destinée à assurer la survie de chacun. De même peut-il se fixer, s’arrêter et s’exaspérer dans la recherche constante et toujours à refaire de ces biens, et devenir avidité. Sur ce point, notre société de consommation caractérisée par la production et par la demande effrénée et jalouse de biens ostentatoires, semblerait donner raison à René Girard. Mais là n’est pas la vérité du désir. C’en est une forme dévoyée. La recherche indéfinie des biens n’est qu’une manifestation décevante de cette puissance d’infini que le désir porte en lui. En fait le désir est l’essence de l’homme. Il est l’amour de soi d’un être qui se crée à travers un amour indissociable des êtres et des choses.

L’homme et le rite

C’est en fonction de cette conception de l’homme qu’on peut maintenant apprécier comme il convient la signification des rites. Tout désir vrai appelle le rite, ou y tend, pour la simple raison qu’il ne saurait exister comme tel sans le rite. C’est dans et par le rite que le désir parvient à affirmer les forces créatrices de la vie. Le rite, c’est le désir lui-même, tendant de soi, à se discipliner selon des figures de gestes et d’actions, capables de suggérer et même de commander des voies de prospection de son être, et par conséquent des voies d’espérance. Selon une perspective taoïste, on pourrait presque dire que si le désir est demande et recherche de la VOIE, le rite en est l’indicateur. Le rite est conducteur d’être et il établit en l’homme une nouvelle nature en l’introduisant dans le domaine de la Culture et de la spiritualité c’est-à-dire dans la vérité de son être. C’est ce que font, nous l’avons vu, les cinq grands rites fondateurs évoqués plus haut.

Et qu’on n’objecte pas l’existence de rites apparemment morts et figés, réduits à l’état de squelettes. Ils sont les vestiges d’un sens perdu qu’il est toujours possible de retrouver, voire de réactualiser, en en faisant une nouvelle lecture, ainsi qu’on le fait pour les oeuvres d’art. Qu’on n’objecte pas non plus l’étrangeté, la cruauté, l’apparente absurdité de certains rites qu’on peut observer dans les sociétés archaïques. Même cruels et aberrants, ils témoignent chez l’homme d’une volonté de renoncement à la primauté du besoin. Peut-être sont-ils aussi une défense contre l’angoisse qu’éprouve l’homme livré à lui-même devant un pouvoir d’innovation qui l’effraie. On peut comprendre qu’il cherche à reconstituer, par le système clos des normes où il tend à se stabiliser, l’équivalent du soutien qu’est l’instinct pour l’animal. Il tend alors à se forger une condition humaine définie par les règles d’un monde le plus possible arrêté.

Mais si les rites archaïques n’étaient que cela, et si eux seuls devaient servir de modèles interprétatifs de tous les rites ; si les rites n’étaient qu’immobilisme et répétition, que viendrions-nous donc chercher en Maçonnerie ? Nous retrouvons ici les problèmes de méthode évoqués plus haut. Pourrions-nous vraiment nous prêter à des pratiques vides de sens, réduites à l’état de mômeries ou de simagrées si nous étions convaincus que l’interprétation qu’en donnent certains anthropologues était la bonne ? Notre connaissance vécue de la pratique rituelle apporte un témoignage de valeur au moins égale à celle des plus minutieuses observations des ethnologues. C’est pourquoi il convient de ne privilégier ni les croyances naïves ni les interprétations savantes qui s’attachent aux pratiques rituelles des sociétés archaïques.

En fait, rites et mythes créent et conservent à la fois. Par sa permanence, le rite semble exclure la nouveauté. Mais c’est oublier que cette permanence n’est là que pour canaliser et orienter dans la bonne voie cette constante mise en question de soi-même, cette exigence de création de soi qu’est le désir. C’est oublier aussi que c’est par le rite et par sa relation à la transcendance que se découvre et se détermine le sens du numineux, du sacré, du religieux, du divin. Nous invite aussi à le penser l’étymologie sanscrite « r’tam » du mot « rite », qui signifie : « ce qui est conforme à l’ordre cosmique «. Est sacré en effet tout ce qui intègre et fait vivre le Tout dans la partie, l’infini dans le fini, l’ordre cosmique dans un être particulier. Ainsi le rite relie-t-il l’individu à la société et à l’univers. Il existe une similitude étonnante entre le caractère ouvert et l’invitation novatrice du rite, et cet appel au dépassement de soi-même, à cette recherche de notre être vrai au delà de ce que nous sommes et de ce que nous paraissons être, qu’on peut considérer comme étant en nous la manifestation du divin.

Le rite introduit l’homme dans le domaine de la spiritualité véritable. Celle-ci ne consiste pas à se perdre dans la contemplation d’un idéal qui nous ferait oublier le réel, mais à faire surgir le pouvoir de transcendance qu’il porte en lui. De même nous introduit-il dans celui de la religiosité authentique. Non pas celle, pervertie ou détournée d’elle-même à laquelle invite le théisme professé par les religions de salut, mais celle qui nous intègre au mystère du Monde et nous fait non seulement participants, mais acteurs de sa force de fécondité et d’organisation. Et peut-être est-ce ainsi qu’il convient d’entendre la célèbre parole, reprise des Psaumes, que St Jean prête à Jésus « Vous êtes tous des dieux » (Jean, X 35). Le Franc-Maçon ne souscrit guère en effet aux saluts extérieurement rapportés. Et s’il veut être chrétien, son christianisme, en se vivant maçonniquement, sera toujours plus celui des ascensions sous la poussée de la force divine qui l’habite, que celui des rachats et des rédemptions condescendantes.

Rites et spiritualité maçonnique

Si telle est bien la nature du rite, il n’y a pas lieu d’établir une différence de nature entre rites prétendument profanes et rites maçonniques. Tous les rites véritables relèvent du sacré. Peut-être faut-il alors voir dans la Franc-Maçonnerie l’Ordre qui s’est donné pour mission, en tant que mainteneur de la Tradition initiatique, de préserver précautionneusement et religieusement une certaine image de l’homme. Rituélie et spiritualité maçonniques sont une seule et même chose. En faisant du rite l’essence même de son être et de sa manifestation, elle est le modèle idéal, le paradigme qui invite chaque homme à s’inventer et à se faire, dans le dialogue, et, plus largement, dans l’entraide des consciences. Elle rappelle que le rite est principiel, qu’il invite l’homme à toujours se recommencer, à toujours renaître, pour mieux se continuer et persévérer dans son être. La spiritualité non dogmatique qui est la sienne indique au postulant, puis à l’adepte, qu’une vie réussie ne peut être qu’une continuelle naissance. Elle lui apprend à se retourner sur son passé, non pour le répudier, ainsi que le voulaient les philosophies de l’histoire du 19e siècle (« … Du passé faisons table rase… »), mais pour le féconder en avenir.

Par ses rites, la Maçonnerie apprend à l’adepte à définir son désir, à chercher et à trouver ce qu’il veut vraiment, car trouver son vrai désir, c’est trouver ce qui libère au mieux les forces de son être. C’est pourquoi l’individu qui entreprend de se chercher selon son vrai désir est prêt à accepter pour sa vie une condition d’apprenti. En entrant en Maçonnerie, il va apprendre à penser par symboles. Il va prendre conscience que rites, symboles et mythes maçonniques, par leur puissance de suggestion métaphorique et imageante, proposent des représentations possibles de ce qui, en lui, est de l’ordre, non du fini, mais de l’infini, et qu’ils répondent ainsi à cette demande de soi, infiniment productrice de l’être même de l’homme, qu’est l’exigence initiatique. C’est une seule et même chose de parler d’exigence initiatique, et d’exigence de spiritualité.

Mais si l’on veut prendre une conscience plus claire de la façon dont la rituélie maçonnique pénètre et façonne la spiritualité maçonnique, et devient rectrice et éducatrice du désir, il convient d’examiner comment les rites opèrent et quelles fonctions ils assument.

On peut en distinguer trois. 1) Nos rites d’ouverture et de fermeture des travaux ont pour fonction de nous introduire dans le Temple, c’est-à-dire dans le Sacré, et ils nous invitent à nous faire nous-mêmes Temple. 2) Nos rites d’initiation proprement dits, c’est-à-dire d’intronisation dans nos différents grades, ont pour fonction, à travers leurs symbolismes successifs, d’ouvrir au sens initiatique de la vie, à inciter à aller toujours plus loin. 3) Quant à nos rites de célébration solsticiale et équinoxiale, ils nous apprennent que cette permanente et constante exigence de novation et de dépassement doit venir s inscrire dans les rythmes profonds de la Nature. Ils nous apprennent aussi que la Nature est en quelque sorte une réalité vivante, qu’elle est autre chose que cette matière, soumise à l’entropie, sur laquelle nous exerçons nos prouesses techniques, afin de la soumettre à notre appétit de puissance.

Trois initiations capitales introduisent l’impétrant dans le coeur de la spiritualité maçonnique, celle du 1er, celle du 3e et celle du 13e degrés.

Au premier degré, l’Apprenti acquiert le sens du Temple. Il lui est révélé que le Sacré et le Divin ne sont pas le monopole des seules religions exotériques, mais qu’ils sont inhérents à l’humanité tout entière. Par la méthode symbolique, il sera délivré d’un anthropomorphisme mal conçu, qui tend à faire de l’Etre, et de la Nature en son principe, une idole à forme humaine.

Avec l’enseignement du Maître Hiram, le troisième degré apprend que nous portons en nous un Etre qui est au delà de nous-mêmes, et auquel il faut savoir, si besoin est, sacrifier sa vie. Cette initiation s’éclaire au quatrième degré comme étant le sens du DEVOIR. Nous comprenons alors que notre être véritable est un devoir-être, qu’il est l’exigence d’un constant recommencement et dépassement de soi.

Ces deux grandes premières initiations portent en elles une conception de l’esprit qui est celle-là même de la grande tradition philosophique de l’Occident. Dans le « cogito », mais plus encore dans le doute méthodique qui le précède, Descartes découvre sa propre imperfection, c’est-à-dire son insuffisance d’être. La réalité de l’esprit se révèle ici comme style d’échappement et de reprise. Mais cette prise de conscience de l’imperfection renvoie à l’idée de l’être parfait, de l’être souverainement réel, c’est-à-dire de Dieu. L’Esprit se révèle à lui-même, non comme une réalité figée et fermée, mais comme un manque, et comme une aspiration à être plus. Quant à cette idée de perfection qui nous est donnée dans le temps même où nous prenons conscience de notre imperfection, elle n’est pas l’attribut d’un être aux contours finis et définitivement arrêtés, puisqu’elle est ce qui inspire et provoque en chaque être la force de transcendance qui l’anime. Spinoza, poussant jusqu’au bout les conséquences de l’analyse cartésienne, abandonne le théisme de son maître, concession aux idées du temps, pour retrouver l’inévitable panthéisme. Dieu est ici reconnu comme substance de tout ce qui est. Il est le Tout de la Nature, présent en chacune de ses modalités, c’est-à-dire en chaque être fini. Chez Bergson, on trouve aussi une conception de l’esprit fort proche, lorsqu’il définit celui-ci comme « une réalité qui est capable de tiret d’elle-même plus qu’elle ne contient, de se créer et de se recréer sans cesse ».

Avec la troisième grande initiation, celle du 13e degré, sont révélées la source et la vocation de l’Esprit. Toute activité vraie de l’Esprit porte en elle l’infinité de la Nature dans laquelle elle prend sa source, de façon, ainsi que le dît le rituel du grade, à permettre à chaque être de s intégrer à l’ordre de l’Univers.

On pourrait penser que cette philosophie de la Nature, sur laquelle débouche la spiritualité maçonnique, nous éloigne du concret, et est bien loin des préoccupations morales de la Franc-Maçonnerie. Il n’en est rien. En ouvrant nos consciences aux dimensions de l’Univers, elle établit au contraire leur fondement. Non seulement elle relativise les conflits qui nous opposent, mais elle fait comprendre à chaque adepte que la richesse de son être est faite de la richesse de tous les autres. En affirmant pour chacun son identité d’être avec l’Univers, elle nous enseigne que tous ensemble nous ne formons qu’un seul être, que nous sommes tous parents, parce que tout est en sympathie de droit dans le vaste univers. Il n’est pas de spiritualité sans exigence éthique. Le moindre acte de charité implique que le sujet s’identifie à une totalité et à une universalité qui le dépassent, et qu’il agisse conformément aux exigences de cette totalité et de cette universalité (cf. Kant, et l’universalisation de la maxime). Agir en homme, c’est agir en citoyen du monde. Tout le projet maçonnique consiste à ne jamais séparer, et même à fondre l’une dans l’autre, libération politique et libération méritée de l’intérieur de chaque personne, communauté d’amélioration matérielle, et communauté d’exigence ou de mise au travail spirituelle des hommes.

Tels sont les enseignements primordiaux du 13e degré. Les degrés suivants ne feront que développer ses conséquences. L’exaltation de l’Amour, qui caractérise le 18e degré, exprime dans un langage et au moyen d’un symbolisme différent cette parenté qui nous unit et qui nous a été révélée au 13e.

Il est naïf de croire que l’esprit maçonnique présente une originalité telle qu’il serait complètement étranger aux enseignements des grandes philosophies. Certes, on ne saurait l’enfermer dans aucune doctrine, mais on ne saurait méconnaître que, par sa recherche même, la Franc-Maçonnerie suppose une philosophie initiatique de l’homme qui présente des affinités profondes avec le platonisme et le stoïcisme, et, plus généralement, avec le climat intellectuel et spirituel de l’hellénisme alexandrin. Panthéisme et naturalisme spiritualiste semblent bien en être les caractéristiques essentielles. Mais aussi bien, n’est-ce pas là que convergent, malgré leurs très apparentes mais en définitive peu profondes différences, les ontologies qui sont restée fidèles à l’esprit même de la philosophie ? N’est-ce pas là aussi que peuvent se rencontrer les pensées et les sagesses de l’Orient et de l’Occident ? A condition bien sûr, qu’elles ne s’enferment, ni dans un spiritualisme refermé sur lui, ni dans un bouddhisme négateur de toute individualité.

Panthéisme et naturalisme, attitudes de pensée, beaucoup plus que doctrines aux contours arrêtés, sont seuls capables de fonder une morale du rôle, dans laquelle la liberté éclairée de chacun apportera sa contribution à la construction de l’ordre du monde et de la société. En tout cas, à la différence du théisme dont se réclament les religions exotériques, et dans lequel elles nous ont trop habitués à voir l’essence du « religieux », ils ne font pas courir le risque de déboucher sur des Révélations diverses et souvent ennemies, invoquées par des hommes qui se prétendront être les seuls vrais dépositaires de la Parole divine. On connaît trop hélas aujourd’hui les tentations totalitaires qui en sont la conséquence.

Il importe en tout cas que les Francs-Maçons soient bien convaincus qu’en accomplissant les rites, ils ne se détournent pas de leurs tâches exotériques et de leur volonté de progrès, pour se complaire dans une répétition stérile du passé. C’est au contraire en dégageant le sens dont ceux-ci sont porteurs, et en ayant la pleine conscience de l’esprit qui les anime, qu’ils comprendront les raisons de leurs actes, et qu’ils recevront de cette compréhension même une énergie supplémentaire dans l’accomplissement de leur devoir d’homme.

L’homme Franc-Maçon

Les considérations qui précèdent vont permettre de répondre de façon plus précise aux questions que tout Franc-Maçon ne manque pas de se poser: Que suis-je venu faire en Maçonnerie ? Qu’y ai-je trouvé que je n’aurais trouvé nulle part ailleurs ? Que devient-on quand on a été reçu Franc-Maçon ? Et d’abord, cette question préliminaire : pourquoi et comment devient-on Franc-Maçon ?

Le caractère ésotérique de la Franc-Maçonnerie, ainsi que celui, limité et élitiste de son recrutement, semblent à première vue peu compatibles avec sa prétention à délivrer un message universel. Y aurait-il une prédisposition à devenir Franc-Maçon, et cela réclamerait-il de l’impétrant des qualités spéciales ? On sait que, concernant l’initiation en général, Guénon répondait affirmativement à cette question. La réponse du rapport est beaucoup plus nuancée. Ce que la Franc-Maçonnerie regarde, dit-il, comme l’aptitude à s’instruire et à recevoir la Lumière, suppose en effet que le candidat présente des dispositions de caractère, autant qu’intellectuelles et culturelles. Mais elle le juge moins, qu’elle ne s’applique à déceler ce que ses qualités passées laissent augurer de ses qualités futures. Ainsi le veut-elle essentiellement loyal et probe, soucieux de la parole donnée et secourable aux hommes. Elle ne saurait accueillir ceux qui croiraient trouver en ses pratiques une espèce de thérapie de groupe destinée à régler des conflits d’existence, ou à compenser les échecs et les insatisfactions de la vie profane. De même devra-t-elle être circonspecte à l’égard de ceux, comme elle en a parfois hâtivement reçus, qui, fermés à l’esprit de la Tradition initiatique, ne consentiraient à ses rites et à ses symboles que pour autant qu’ils ne sont pour eux que des signes de reconnaissance entre membres d’une société secrète visant à établir un pouvoir occulte sur la société et sur l’Etat. L’élitisme avoué du recrutement maçonnique n’a d’autre signification que celle d’une élémentaire prudence à l’égard de ceux qui seront investis de la grave responsabilité de donner l’exemple de ce qu’est l’homme dans son essence et dans sa vérité universelle.

Mais aussi bien, la Franc-Maçonnerie transforme moins les êtres qui participent à ses travaux, qu’ils ne se transforment eux-mêmes, par la fréquentation assidue de la Loge. Les proches d’un Franc-Maçon reconnaissent volontiers que, peu à peu, la vie conduite selon les exigences de la Franc-Maçonnerie, lui ont permis de s’améliorer considérablement. Ses idées se sont élargies, son attitude s’est assouplie, sa démarche et ses intérêts sont apparus plus généreux. En s’ouvrant mieux au sens de l’universel, il a appris à s’interroger, à s’affranchir des passions envieuses qui pouvaient lui être restées, à accepter les différences entre les hommes, et à obtenir en lui, et pour lui-même, qu’elles se fécondent les unes par les autres.

Mais surtout le Franc-Maçon, introduit dans le Temple, et par conséquent dans le domaine du Sacré, accède à cette forme de religiosité qui a été définie plus haut. Tout en prenant conscience du divin qu’il porte en lui, il saura se garder de la tentation de vouloir le nommer et d’en donner une image qui prétendrait être la seule vraie. Distant à l’égard des représentations et des constructions idéologiques sur lesquelles tend à se fixer le besoin d’absolu qu’exige sa raison, il refusera ce que leur diversité et leur particularisme peuvent avoir de négateur. En deçà de ces représentations, il voudra toujours voir la source unique qui les a inspirées, la même qui sourd du plus profond de son être, et de chaque être, et dont nos pratiques rituelles et symboliques lui auront fait comprendre que la force vive qui en émane ne saurait s’arrêter et se fixer sur rien qui soit dicible, sur rien non plus qui justifie les passions fratricides que les hommes ont mis à vouloir les imposer.

Là en effet se situe le Centre d’Union. Aussi, en quête de l’intimité de son être, appliqué à la culture de soi-même, se sentira-t-il concerné par cette même quête qu’il pressent chez les autres, et voudra-t-il former avec eux la République initiatique qui devra servir de modèle à toute tentative de construction d’une république profane. Celle-ci ne peut avoir quelque chance d’exister et de se maintenir dans l’existence, qu’à condition que soit reçue et acceptée l’idée que tout changement social et humain doit commencer par une éducation de l’homme intérieur, et ne doit pas cesser d’en procéder.

Maître de lui-même, citoyen de la République initiatique, et par conséquent citoyen, non seulement de son pays, mais du monde, le Franc-Maçon ne pourra rester indifférent aux symptômes de décadence qui semblent atteindre notre civilisation. Il ne tombera pas dans l’erreur qui fut celle des Ordres spirituels qui, à partir de l’idée juste qu’il faut cultiver et approfondir son intériorité, ont fini par se couper de la vie réelle des hommes. Son action s’inscrira donc dans la continuité de la lutte qu’ont mené les prêtres de Thèbes ou d’Eleusis, Socrate, Jésus, Marc-Aurèle, et d’autres encore, pour faire exister une sociabilité permettant à chaque homme de tenir son rôle et d’accomplir son essence. Comme eux, il cultivera les vertus héroïques, à commencer par la Foi.

Foi que les efforts qu’il fait pour modifier son être intérieur ne sont pas vains, et qu’ils contribuent, ne serait-ce que par leur exemplarité à améliorer l’homme et la société.

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Nous espérons que cet aperçu n’aura pas trahi l’essentiel des idées et des thèmes développés dans le rapport de « Sources » auquel nous avons emprunté beaucoup. Ils ne sauraient surprendre un Franc-Maçon du Grand Collège des Rites qui trouvera dans leur exposé l’expression de ce qu’il savait déjà et qu’il portait en lui de façon plus ou moins claire. Mais, disons-le encore une fois, l’intérêt et la valeur de ce texte résident aussi dans les illustrations, les incidentes, les variations qui gravitent autour de ces thèmes, dans les développements importants que nous avons dû passer sous silence : la femme, la mixité, l’historicisme, la distinction du magique et du religieux, le sociologisme durkheimien, le naturalisme de Frazer… Ils résident dans la langue, dont les constructions, en apparence complexes et savantes, sont en fait toujours très claires, et dont le vocabulaire et les formulations sont d’une densité et d’une richesse qui appellent presque à chaque ligne la méditation. Le lecteur sera récompensé au centuple des efforts auxquels il aura dû consentir.

Ce texte devrait être un document de référence pour tout chercheur, Maçon ou Profane, curieux de connaître et d’approfondir l’esprit et la philosophie de la Franc-Maçonnerie.

Source : http://hiram3330.unblog.fr

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1er degré REAA Enquêtes et Parrainages

24 Novembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Rites et rituels

Enquêtes et Parrainages
Enquêtes et parrainages donnent un cadre réglementaire et moral à l’aventure humaine extraordinaire qu’est l’initiation maçonnique. Ils recadrent les premiers pas des postulants et leurs premiers échanges avec leurs Frères présentateurs et parrains. Au delà du principe d’une même règle pour tous, il s’agit de mettre les Maçons présents et futurs en état de transmettre et de recevoir l’initiation dans des conditions optimales, et de permettre à la Loge de croître en préservant son équilibre et son identité.

Les enquêteurs sont les gardiens du seuil de la Loge et de la Maçonnerie en général. Les parrains sont les passeurs et les garants de ceux et celles qui s’intègreront dans la grande Chaîne d’union, et deviendront peut-être un jour à leur tour enquêteurs et parrains d’autres maillons. Cette notion de passeur et de gardien, essentielle pour un groupe initiatique, trouve sa correspondance dans l’esprit de chaque Maçon confronté à des idées et paroles étrangères à ses connaissances, qu’il se doit d’appréhender avant de les intégrer en conscience, ou éventuellement de les écarter pour ne pas déséquilibrer son édifice intérieur.
Les enquêtes
Les enquêtes s’inscrivent dans les procédures précédant les initiations et les affiliations définies dans les art 124 et suivants des Règlements Généraux de la GLDF.
Art 124 : Toute initiation ou affiliation est précédée d’une demande signée par le candidat et contresignée par un Maître Maçon de la Loge …

Art 127 : Lorsque le Vénérable Maître a donné à la Loge connaissance de la demande d’initiation, sans toutefois faire connaître les noms des présentateurs, la Loge délibère sur la prise en considération. S’il n’y a pas d’opposition, cette prise en considération est assimilée à un premier tour de scrutin favorable et le Vénérable Maître désigne les trois enquêteurs …

Art 128 : Les enquêteurs désignés font chacun un rapport écrit dont le Vénérable Maître donne lecture à la Loge sans révéler le nom des auteurs. La signature des enquêteurs est détachée des rapports qui sont conservés au dossier de l’intéressé …

Art 137 : … Les rapports des enquêteurs et le testament du néophyte sont incinérés en présence du nouveau Frère, au cours de son initiation …

Ces articles fixent un cadre à des rencontres et des échanges d’idées entre le candidat et les enquêteurs, chacun jouant un rôle en total décalage par rapport à la vie courante. Il est en effet peu ordinaire de parler de soi à des inconnus qui, même avec bienveillance, peuvent nous interroger sur nous-même et d’emblée soulever les voiles de notre histoire. Pourtant on s’aperçoit après quelques années que l’essentiel de l’aventure maçonnique se concentre là en quelques heures, l’un s’appliquant à connaître l’autre, prémisses d’une approche plus profonde où l’Un dans son unité tendra un jour vers l’Autre dans son universalité.

En invitant les enquêteurs à découvrir les véritables motivations du postulant, les enquêtes permettent en effet d’aller au-delà des premières impressions d’une rencontre et de dépasser les limites d’une conversation ordinaire, et constituent de ce fait un double challenge. Pour le postulant, il s’agit d’être sincère, quelles que soient les questions posées. Mais il ne suffit pas d’être sincère pour être juste, car derrière des dates et des faits objectifs se cachent une dimension subjective et des ressentis qui nuancent souvent le sens du discours. Les idées qui circulent passent par les filtres subjectifs du postulant jusqu’à dessiner des traits de caractères parfois plus intéressants que les idées elles-mêmes. Les idées peuvent passer, mais la personnalité en capacité de porter ou non un projet de vie maçonnique est déjà là.

Pour l’enquêteur, tout en posant les questions recommandées par le formulaire, il s’agit de creuser les réponses, d’y percevoir une cohérence et peut-être même l’indicible. Si les meilleures des paroles sont dites avec le cœur, quel que soit leur contenu, les mots employés sont souvent révélateurs d’idées et de portes qu’il suffit de pousser pour mieux percevoir le candidat. L’enquêteur doit cependant veiller à ne pas aller trop loin dans son questionnement pour ne pas paraître indiscret et préserver ses secrets, pour ne pas dévoiler ce que le postulant doit découvrir lui-même en Maçonnerie, pour ne pas lui révéler ce qu’il recherche au fond de lui sans le savoir. Secret, dévoilement, révélation, trois niveaux d’approches complémentaires qui s’appliquent ici à mots couverts, et s’imposeront plus clairement au cours du cheminement initiatique.

Le ternaire omniprésent en Maçonnerie est déjà à l’œuvre pour construire un contenu et une structure aux enquêtes, les trois enquêteurs formant le premier triangle vivant rencontré par le candidat. Lui-même peut figurer le point central d’un triangle équilatéral vers lequel convergent le regard des enquêteurs placés aux trois points du triangle. Mais quelle part de lui-même peut-elle être visée et perçue conjointement sous trois angles différents : son savoir et ses idées, son parcours personnel et professionnel, même illustrés par un curriculum vitae riche et éloquent ? Le cœur seul peut jouer ce rôle de point focal et rallier à lui harmonieusement les perceptions diverses de ceux qui cherchent à le comprendre vraiment, et mieux encore à le connaître en vérité.

Les parrainages

Dans nos Loges, nous pratiquons généralement la cooptation. C’est le moyen traditionnel du parrainage qui présente l’avantage d’une connaissance préliminaire du candidat. Le Frère qui fait le lien entre lui et la Loge est le présentateur ou le parrain, avec une nuance entre l’un et l’autre. Le présentateur est le Frère Maître de la Loge qui présente un candidat sans forcément bien le connaître. Le parrain, lui, engage sa responsabilité personnelle vis à vis de la Loge. Même si le mot parrain a disparu de nos règlements et rituels avec le contreseing et l’engagement d’un Frère présentateur, Maître et membre de la Loge, l’idée de l’engagement auprès du candidat reste essentielle.

Il arrive aussi fréquemment qu’un Maître veuille présenter un candidat dans une autre Loge que la sienne. Il appartient au Vénérable Maître de cette autre Loge de demander à un Maître de faire sa connaissance en vue d’être prêt, si son opinion est favorable, à devenir son parrain. Si le candidat est accepté par la Loge, l’usage le plus satisfaisant moralement et régulièrement consiste à faire placer le « parrain d’origine » et le présentateur derrière l’impétrant, lors de la scène du miroir pendant l’initiation, puis de les placer tous deux à côté de lui lorsqu’il prête son serment solennel, et enfin que le présentateur prenne l’engagement prévu par le rituel de suivre le nouvel initié dans sa vie maçonnique.
Il y a également un nombre non négligeable de candidats qui se présentent spontanément, après avoir été attirés par ce qu’ils ont lu ou entendu au sujet de la Franc-Maçonnerie. Même s’il existe encore des Loges qui considèrent les candidats spontanés comme un trop grand facteur de risques, elles doivent au moins transmettre la demande au Grand Secrétariat, qui la fera suivre à une Loge proche du candidat. Il appartient à son Vénérable Maître de le confier à l’un des Frères de la Loge durant le temps nécessaire (un mois, six mois, un an), jusqu’à ce que le Frère désigné devienne son présentateur, et donc ipso facto son parrain. Ces candidats spontanés font pour la plupart d’excellents maçons.

L’engagement du parrain est un engagement moral, un acte par lequel il promet d’être présent aux côtés de son filleul pour le soutenir au cours de sa vie maçonnique et de son cheminement initiatique. Plus globalement l’engagement purement moral est un accord passé entre deux personnes qui subordonnent l’exécution de leurs obligations à leur loyauté respective. Si cet engagement moral ne crée pas véritablement un lien de droit, pouvant entraîner des sanctions juridiques en cas de non respect de cet engagement, il crée un lien de devoir tout aussi puissant qui met en devoir le parrain d’éclairer son filleul et de répondre aux questions qui ne trouvent pas de réponse en Loge.

Le parrain légitime surtout le questionnement intérieur du jeune initié, qui est le « pendant » des questions-réponses du rituel et des rapports qu’il entretient au sein de la Loge avec tous ses Frères et en particulier avec son instructeur le Frère Deuxième Surveillant. Au delà de la dimension humaine, des échanges à cœur ouvert et du réconfort parfois nécessaire quand le doute s’installe dans la vie maçonnique, la seule présence du parrain est un rappel permanent à la dimension intérieure du cœur, à l’enracinement de ce qui devient le Devoir, conduisant à passer de manière insensible du devoir faire au devoir être.

Les difficultés rencontrées symbolisées par les épreuves de l’initiation deviennent sous l’œil bienveillant et fraternel du parrain les indices d’un parcours personnel, d’une personnalité tendant à s’affirmer et à imprimer dans la Loge une marque à nulle autre pareille, rayonnant de sa propre lumière et réfléchissant celles des Frères, le tout ordonnancé par le rituel des Tenues et les liens fraternels. Et surtout l’empathie ambiante permet d’accepter et de reconnaître, au-delà des épreuves, les progrès et les changements à réaliser en soi-même, les avancées souhaitées ou promises mais non encore réalisées, et globalement les limites successives de l’évolution intérieure.

Dans une Loge d’hommes libres et de bonnes mœurs, la fraternité conforte l’action, alors que dans le monde profane les relations d’altérité conduisent souvent à la réaction, à la dépendance et aux rapports binaires potentiellement conflictuels. Dans sa Loge l’initié accepte ainsi plus aisément ses limites et reconnaît ses paliers de progression à travers le symbolisme des degrés du Rite auquel il travaille, en particulier ceux du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Et c’est paradoxalement en prenant conscience de ses limites qu’il peut tendre au-delà, l’être à la limite de lui-même révélant un autre être en puissance.

Enquêtes et parrainages se complètent pour donner un cadre pérenne aux prémisses de l’initiation maçonnique, pour que les dimensions humaine et initiatique s’équilibrent harmonieusement dès les premiers pas de l’impétrant. Plus ces « attaches » sont solides et plus les Maçons peuvent avancer d’un pas mesuré et « régulier » et trouvent aisément leurs marques dans leur Loge mère. Le cœur et les symboles s’y relient en permanence pour tracer un espace intermédiaire entre les prémisses de l’initiation et sa finalité, l’alpha et l’oméga de la présence en Loge.

Il appartient à chacun de mettre en lumière cet espace le temps des Tenues, où les moments les plus forts sont vécus lors des transmissions, des initiations en particulier. Tout compte depuis les premiers mots des enquêteurs et des parrains pour que s’accomplissent ces re-naissances.

Source : /www.patrick-carre-poesie.net/

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Le Rite Écossais Rectifié est-il traditionnel ?

23 Novembre 2012 , Rédigé par Patrick Geay Publié dans #Rites et rituels

Le statut du RER fut autrefois l’objet d’une longue controverse qui opposa, on le sait, J. Tourniac à D. Roman. Nous souhaiterions ici, non pas répéter ce qui a déjà été dit, mais approfondir l’examen des sources problématiques de ce Rite émanant principalement, sur le plan théorique, du « système » de Martinez de Pasqually.

Notre intention n’est pas, précisons le, de mettre en cause la régularitéinitiatique du RER, ni bien sûr ce qu’il a de commun avec les autres Rites maçonniques, pour ce qu’ils ont conservé de l’authentique tradition, mais de montrer en quoi les conceptions de Martinez, que nous estimons étrangères à celle-ci, ont engendré une sorte d’illusion quant à la valeur spirituelle réelle du RER.

Nous ne nous attarderons pas sur les remarques critiques de D. Roman concernant les innovations de Willermoz qu’il convient simplement de rappeler brièvement.

Il y avait tout d’abord le problème fameux du rejet de la filiation templière qui, lors du Convent de Wilhelmsbad, fit l’objet de commentaires et d’attitudes timorées pour le moins légères. Venait ensuite l’évocation de l’influence désastreuse du somnambulisme sur Willermoz qui suivra notamment le conseil de l’Agent (Mlle Rochette) de supprimer la référence à Tubalcaïn. Ce conseil reposait curieusement sur le fait que Tubalcaïn avait été « l’inventeur, le Père de l’art de travailler les métaux », ce qui aurait dû impliquer, en toute logique, l’exclusion du bronzier Hiram (I Roi, 7 : 13 et II Chroniques 2 :12) dont les rituels conservent pourtant le souvenir au RER...

Nous reviendrons plus loin sur d’autres difficultés relevant en particulier des Instructions secrètes pour lesquelles A. Faivre ne dissimulait pas son admiration, donnant ici un bel exemple de « l’histoire "laïque" » qu’il entend prôner, selon R. Dachez (RT, n°103/104, p.155)...

Le point sur lequel nous jugeons utile de nous arrêter à présent concerne les effets pervers des conceptions de Martinez de Pasqually sur la constitution du RER.

Plusieurs auteurs ont bien vu que ce dernier adoptait dans son Traité de la réintégration une vision très négative de la matière plus tard assimilée dans le RER « à un lieu de ténèbre ».

Bien que nous n’ayons pas à faire ici à un encratisme radical relevant du gnosticisme, nous retrouvons dans les spéculations, du reste très confuses, de Martinez et dont la provenance reste très incertaine, un ensemble de conceptions qui explique pourquoi R. Guénon pensait que l’initiation qu’avait reçue l’auteur du Traité était « limitée ».

Nous croyons même devoir ajouter que du point de vue métaphysique certaines idées de Martinez ne sont pas rigoureusement orthodoxes. Le fait de croire les êtres « libres et indépendants » (Traité, p.113) par exemple relève d’une forme de dualisme pouvant confiner au mécanisme. Plus loin, le Traité (p.117) dit clairement en ce sens que « le Créateur ne prend aucune part aux causes secondes spirituelles ». Qui plus est, (Traité, p .135), Martinez semble même borner la Toute Puissance divine puisqu’il n’est pas possible au Créateur « d’arrêter les causes secondes » !

Cette liberté totale d’Adam a d’ailleurs de curieuses conséquences, car afin de manifester « sa puissance orgueilleuse » Adam « créa une forme ténébreuse » qui dans le texte s’avère être « une femme » (Traité, p.141) ! Le nom de celle-ci « Ouva » (Traité, p.175) semble être une déformation d’Ève en hébreu (hawah). Toutefois cette conception n’apparaît nulle part dans la Cabale hébraïque.

Les expressions défavorables à l’égard de la matière apparaissent à de nombreux endroits (Traité, p.185, 189 , 191, 349, 473), « le corps de matière n’ayant aucune part à ce qui s’opère entre l’âme et l’esprit divin » (Traité, p.431), on apprend même que « sans cette prévarication première [ celle des esprits pervers] il n’y aurait point eu une création matérielle temporelle, soit terrestre soit céleste » (Traité, p.505). On mesure ici l’incompatibilité qui existe de fait entre une telle vision du monde sensible et une initiation de métier pour laquelle la transformation de la matière, suivant les lois de l’harmonie, est précisément le moyen d’accès à la vie spirituelle. Toujours est-il que cette vision explique l’hostilité bien connue des fondateur du RER pour l’alchimie que l’Instruction secrète des Profes a d’ailleurs tendance à confondre avec une grossière chimie.

Les conséquences de cette tendance anti-corporelle sont considérables sur le plan initiatique, car elle neutralise, du moins pour les spéculatifs, le processus de transmutation du corps en esprit et de l’esprit en corps qui s’avère être une constante universelle des différentes voies initiatiques.

Un autre problème majeur du Traité réside dans son exclusivisme chrétien faisant de l’histoire sainte, dans une perspective plus théologique qu’ésotérique, une progression lente de la révélation culminant dans le Christ : « tous les cultes passés n’étaient que des figures de ce qu’il a fait » (p.381).

La reprise de Martinez par Willermoz est sur ce point flagrante. Nous citons ici un long passage de l’Instruction secrète des Profes :

« A cette époque il existait sur la terre, comme il existe encore aujourd’hui, plusieurs espèces d’initiations des Gentils ou des Egyptiens, qui n’est qu’un criminel et monstrueux abus de la Science : et enfin l’initiation du Temple, établie par Moïse et perfectionnée par Salomon. C’est la même qui est parvenue jusqu’à nous sous le nom de Franc-maçonnerie. Elle diffère essentiellement de l’initiation chrétienne en ce qu’elle ne peut représenter que figurativement l’histoire de l’homme général et de l’univers ainsi que les rapports qui les unissent, tandis que cette dernière, beaucoup plus parfaite, présente le développement effectif des allégories et l’accomplissement réel des Mystères de la Religion primitive et universelle. »

Les implications de ce texte sont redoutables. D’une part il semble ignorer, malgré une allusion finale à la Religion primitive, la véritable doctrine de l’unité des formes traditionnelles ; ensuite, il confond religion chrétienne et « initiation chrétienne » ; enfin il paraît mettre celle-ci (c’est-à-dire la religion) en deçà de la Maçonnerie, ce qui expliquerait bien des dérives allant dans le sens d’une « exotérisation », mais aussi dans le sens d’une volonté de concevoir un " grade " chevaleresque (celui de CBCS) qui se place au-delà de la Maçonnerie, en quasi rupture avec celle-ci, afin de se consacrer « à la défense de notre sainte religion chrétienne » comme le dit le Convent de Wilhelmsbad (RT, n°103/104, p.167) ! A ne pas en douter il y a là un véritable renversement de l’ordre normal des choses, pour ne pas dire plus...

Le jugement sévère de Guénon sur Willermoz paraît donc tout à fait justifié et l’admiration de Tourniac pour le RER, à l’inverse, complètement disproportionnée.

Bien d’autres anomalies auraient pu être relevées comme l’interversion des mots d’Apprenti et de Compagnon ; le sens négatif que prend le nombre cinq dans le RER etc... Autant d’éléments qui devraient permettre de réviser totalement l’idée d’une conciliation entre « l’essence du Rite Rectifié et l’universalité des principes métaphysiques exposés par Guénon ».

Précisément, comme nous l’avons vu avec le problème du statut de la "matière" chez Martinez ce concordisme est impossible. Bien que les sources du Traité de la réintégration soient encore mal connues il est probable que l’influence d’Origène avancée par J. de Maistre soit réelle, sans être la seule. Son anti-iconisme (Ch. Schönborn, L’icône du Christ, Cerf, 1986, p.77-85) coïncide d’ailleurs assez bien avec les positions martineziennes. Il était d’ailleurs recommandé de lire, entre autres, les œuvres d’Origène dans l’Ordre des Elus Coëns...

Se pose enfin la question de l’origine véritable des pratiques instaurées par Martinez dans son groupe.

Toujours est-il que pour les différentes raisons invoquées dans ce court article, l’orthodoxie traditionnelle du RER doit très sérieusement être mis en doute, et c’est pourquoi nous craignons fortement, contrairement à ce que dit G. Sandri, que ce Rite et ses adhérents ne soient nullement qualifiés pour « corriger et redresser les abus et les relâchements qui se sont glissés dans l’Ordre des Francs-Maçons ».

Pour conclure, on peut donc légitimement s’interroger sur la fidélité du RER à l’Ecossisme jacobite primitif, dont il est issu via la Stricte Observance, et qui revendiquait notamment une « lointaine filiation avec les anciens Templiers »...

  

Source : http://www.regle-abraham.com/francais/regabtext.htm

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Ecossisme

22 Novembre 2012 , Rédigé par P\ M\ G.O. Le Havre 33° Publié dans #Rites et rituels

Avant propos ; ou prolégomènes :
L’écossisme serait le creuset initial de la F.M. dont les origines remonteraient à l’époque du « peuple des poteries cannelées orcadiennes » ( Orcades : archipel de G.B. N.E. de l’Ecosse ) et, aux temps des Egyptiens avec leurs relations à l’astronomie, notamment aux cycles Vénusiens, que l’ancien testament reprend dans ce qu’il appelle « la divine Shékinah » : la sainte lumière ; laquelle donnera le nom aux St Clair d’Ecosse.
La tradition Ecossaise vient donc de l’astronomie et de l’astrologie, toutes deux ayant comme croyance séculaire que la position des astres célestes affectent les actions des individus sur terre. L’écossisme maçonnique, est donc bien antérieur à la création le 24 juin 1717 de la Grande loge unie d’Angleterre ! Il y eut vers 1598, en Ecosse, la création « des statuts et ordonnances devant être observés par tous les maîtres maçons de ce royaume » par William Schaw sous Jacques 6 d’Ecosse, qui devint en 1603 James 1er d’Angleterre.
Cette conception maçonnique, aurait été véhiculée par les templiers, introduite en Ecosse après la mort de Jacques de Molay ; tradition Nazôréenne ( qui est la véritable histoire de J.C.) et, tradition opposée à celle de la G.L. unie d’Angleterre ; car elle prétend ( entre autre) que cette tradition spéculative a façonné des L.L. opératives de bâtisseurs ; il s’en suit l’opposition des « anciens » et des « modernes » où les « anciens sont les L.L. unies d’Angleterre, et les « modernes les L.L. Ecossaises.
Dans l’écossisme, à cause de l’héritage et de la destruction des templiers, on trouve une vive opposition à Rome, au Vatican. Opposition que l’on retrouvera pour d’autres raisons chez les Anglicans. Donc dualité des deux maçonneries ( Anglaise et Ecossaise ) que certains auteurs retrouvent dans la guerre de sécession du Nord contre le Sud en Amérique.
Deux thèses aussi confuses l’une que l’autre sont en concurrence pour l’établissement en France de l’écossisme : celle de l’implantation par le retour de Grasse-tilly et Hacquet venant des Antilles ; et, celle des Jacobites exilés à cause de la prise de pouvoir en 1714 de George de Hanovre .
Si l’on s’intéresse d’un peu près à l’histoire, il paraît évident que la maçonnerie ne date pas de 1717 ; cette date là ; la création de la G.L.U.A. ; ne serait qu’une réaction ; les « anciens » et les « modernes » est une opposition farouche de dynastie Stuarts, Hanovre, Nassau, politique, philosophico-idéologique, scientifique, républicains et traditionalistes théologiques, opposition Anglo - Ecossaise.
Ce que nous appelons aujourd’hui l’écossisme, n’a pas grand-chose à voir avec ce que l’on peut en supposer à l’étude du passé historique ; ( archéologie, histoire, bibliographie)
Pourquoi écossisme :
Une certaine forme de civilisation remonterait à l’époque « du peuple des poteries cannelées orcadiennes ». Ici référence à l’archéologie, et aux datations possibles par les techniques les plus modernes. Peuple situé en Ecosse, Irlande, d’où les recherches font ressortir que leur technologie de construction en pierre est un acte spirituel ; l’astronomie en est leur base calquée sur l’observation du soleil et de Vénus( équinoxes, solstices ) . Une scientifique actuelle soutiens la thèse que les fresques des grottes paléolithiques prouvent les connaissances astronomiques des hommes de la proto histoire.
Cette forme de civilisation est véhiculée vers le moyen orient favorisant l’évolution des Sumériens, puis, l’ensemble des autres sociétés : Egyptiennes, Hébraïques, que les templiers ont fréquentées, vécues et assimilées à leurs rituels ; et, ramenées en Europe, surtout en Ecosse où Hugues de Payns était le gendre de Jaques 6 d’Ecosse.
Le livre d’Enoch reprend les enseignements anciens où Vénus était l’astre suprême, possédait la divine lumière, ce qui a donné : « la divine Sékinah » ; laquelle, fût ensuite associée à l’astre solaire ; le tout formant un ensemble de connaissances détenu par des érudits, « prêtres » druides etc… lequel a été enseigné à des corporations opératives de bâtisseurs, lesquelles se sont organisées en fonction de leurs connaissances : apprentis, compagnons, maîtres. Les templiers ont été les gestionnaires de ces constructions, donc de ces connaissances, de leurs origines, et, plus tard, de ce qu’ils ont dénommé : « la vraie histoire de Jésus » ( de tradition Nazoréenne ) . Ils ont été les dépositaires et les transmetteurs de mythes, de symboles et de rites que ne pouvait accepter le dogme Romain. Cela associé à leur richesse matérielle provoquera la convoitise de la royauté et de la papauté, amenant leur ruine et leur destruction.
Les rescapés se sont réfugiés en Ecosse où les traditions templières étaient vivaces, les familles nobiliaires Ecossaises étant liées aux premiers templiers et à leurs traditions ; à noter que le nom de la famille St Clair, dont la présidence de la grande loge Ecossaise leur revenait de droit, vient de « saint lumière », donc, de la shekinah Hébraïque et du peuple des poteries cannelées.
Une lutte féroce était engagée entre les dynasties des Hanovre, celle des Stuarts, et celle des Nassau pour la domination du royaume : Angleterre et Ecosse. Le terme de Jacobite vient de cette époque où, leurs membres soutiennent Jacques 2 ( 1688 ) contre Guillaume de Nassau ; puis, les Stuarts contre les Hanovre.
En 1714, Georges de Hanovre devint roi de Grande Bretagne, écartant les catholiques Stuarts. Les jacobites s’exilèrent surtout en France et en Europe. Les fissures de la société se reflèteront dans la maçonnerie elle-même, amenant les pro Hanovriens à la dominer pour briser le monopole jacobite en créant en 1717 la G.L.U.A. ; laquelle, n’eut rien de plus urgent que de supprimer tous les anciens écrits, et, de proclamer en 1723 une constitution qui fût celle d’Anderson et de Désagulier que nous connaissons tous .
Les jacobites venus en France et en Europe, ont-ils crée des L.L. avec leur rituel, et, notamment une continuité de grades au-delà du 3ème ? Les membres de ces supposées L.L. étant Ecossais, ont-ils apposé leur titre où ont-ils été qualifiés d’écossais dans leur rite maçonnique ??
Ces Ecossais nobles pour la plus part se sont-ils engagés dans la guerre de sécession Nord Américaine, transportant leurs loges, leurs rites, leur maçonnerie ? Laquelle serait revenue en France avec Grasse Tilly et Hacquet ; il n’y a pas d‘études sérieuses à ce sujet ; d’où, les remarques d’André Doré dans son ouvrage : « vérités et légendes de l’histoire maçonnique ».
En tout état de cause plusieurs remarques s’imposent au sujet de la maçonnerie en général et de l’écossisme en particulier.
 La maçonnerie n’a pas été crée par la G.L.U.A.
On doit en discuter ses origines.
Des origines de ce qu’est l’écossisme et de son installation en France rien n’est clair ; il y a des différences entre ce que l’on peut supposer être l’écossisme et les bases de la G.L.U.A.
Avons-nous conservé certaines de ces différences ?
Dans le contexte de ce qu’est la maçonnerie actuelle et l’écossisme en particulier, des évolutions sont-elles possibles, nécessaires, ou impératives ?
La maçonnerie n’a pas été crée par la G.L.U.A. Quelles sont ses origines :
Dans notre héritage maçonnique, dont le syncrétisme édulcore les origines, s’il ne les falsifie pas, nous n’avons pas comme habitude de nous attarder sur les mythes celtes avec tous leurs symboles relatifs au bois, à la forêt ; notre F. Jacques Brengues a fait une étude sur le sujet dans : « la franc-maçonnerie du bois » ; ce qui n’a en rien modifié nos certitudes : n’allons pas chercher au-delà de 1717 ! ! Il existe bien un « rite forestier des modernes » ; mais, il ne semble pas que nos rituels s’en inspirent. Et …sans chercher à être iconoclaste, pourquoi ne pas se servir des matériaux et outils modernes mêlés aux anciens traditionnels pour définir une autre symbolique en rapport avec notre temps, et compréhensible par tous ?
Nous trouvons dans nos symboles de nombreuses réminiscences nous reliant à la civilisation celtique ; faut-il les méconnaître, faut-il les exalter ?
La chrétienté a été, et, est toujours, étouffante, « castatrice » , dominante, dogmatique. Le maçon doit s’en émanciper sans pour autant la renier; son identification peut être comparée à celle du chêne celtique, chêne sacré aux racines aussi touffues que son feuillage avec toute la symbolique s’y rattachant. Les regards passéistes, traditionalistes conservateurs, sont aussi nécessaires et dangereux que l’évolutionnisme débridé !
La néguentropie est la règle de toute société, si nous n’évoluons pas nous mourrons ; entropie égale sclérose et nécrose.
Reprenons nos bases, nos traditions, jusqu’au plus loin qu’il soit possible, redécouvrons la shékinah, les Celtes, les Egyptiens, et toutes les autres civilisations ; orientales, africaines, ou autres, pour en syncrétiser cet ensemble sur les bases de « la déclaration des droits de l’homme et du citoyen », pour une religion laïque, fraternelle, mondiale. Il parait évident qu’à priori l’on doive définir ce que l’on entend par « Maçonnerie »
Peut-être qu’ici nous devrions parler de « prémisses maçonnique » . Si dans le vécu actuel des diverses obédiences nous rencontrons des constantes ; on peut aussi observer de grandes différences ; avons-nous un « principe originel » ? Oui ; une connaissance ésotérique transmise par initiation, destinée à un cercle fermé , cercle élitiste par excellence ! Connaissances au prime abord astronomiques, qui ont évolué vers l’astrologie, lesquelles ont servi de bases au calcul, aux mathématiques et à l’édification de monuments dévolus à diverses formes de religiosité. Cet ensemble de principes est bien antérieur à 1717 ! Trouve-t-on des documents le prouvant ? Oui ! rarissimes certes, et pourquoi ? Nous l’avons évoqué en cours de Pl.
Les thèses officielles sont que la F.M. ou, « les F.M. » découle(nt) des constitutions d’Anderson, de 1723 suite à la création de la G.L.U.A. en1717 eh bien non !! En Ecosse sous jacques 6 , son confident, et précepteur, William Schaw reçoit le titre de « surveillant général des maçons » et, crée en 1598 : « des statuts et ordonnances devant être acceptés par tous les maîtres maçons de ce royaume » ; statuts et ordonnances consultables dans les actes de la L. N° 1 de Mary’s Chapel à Edimbourg. Suivent ensuite une première « charte St Clair » en 1602, et, une seconde en 1630 qui cite les L.L. de Dundee, de Glasgow, de Ayr, et de Sirling .
Autre document : en 1658 John Mylne « maître maçon, de la L. de Scone » répond à sa majesté Jaques 6 « en tant qu’homme libre, maçon, et compagnon » Ref, « Des templiers aux F.M. » P. 149 Michael Baigent – Richard Leigh
Pourquoi un rejet de ces faits connus, surtout à l’époque ? Nous tombons toujours sur les mêmes raisons ; politiques, religieuses, certainement le sectarisme, l’intégrisme, le pouvoir absolu avec ses conséquences.
La lutte faisait rage entre les dynasties des Stuarts, des Nassau, des Hanovre, et les F.M. soutenant l’un ou l’autre clan ; elles n’étaient issues d’ailleurs que de l’un ou de l’autre clan , et, à peu près exclusivement de nobles. Donc peu après 1723 les « anciens » (Hanovriens) étant établis, détruisirent les documents faisant référence aux « modernes » (Jacobites) .
Des origines de ce qu’est l’écossisme, et de son installation en France, rien n’est clair, il y a des différences entre ce que l’on peut supposer être l’écossisme, et la G.L.U.A.
Des origines de ce qu’est l’écossisme, de son arrivée en France, rien n’est clair ; ce chapitre a été survolé au cours de la Pl. ; André Doré, et, plus tard Jean Petit s’y sont longuement penchés ; c’était la maçonnerie telle que nous la connaissons aujourd’hui qui s’implantait ; un vrai fouillis !!
Entre les origines jacobites et la G.L.U.A. nous trouvons le pouvoir catholique Nazôréen d’héritage templier d’une part ; et, Anglican Hanovrien d’autre part.
Deux conceptions du « pouvoir » ; car ce sont bien de part leur recrutement, des structures de « pouvoir » dont il s’agit. L’une basée sur une tradition qu’il convient de redécouvrir, que l’on a sans doute tenté d’éradiquer ; l’autre sur le dogme Romain classique accommodé à la sauce Anglicane. Les unit ; la croyance en une divinité créatrice et gestionnaire de l’humanité, divinité masculine dogmatique, puisque n’admettant pas que l’on puisse être sincère, honnête, moral, et digne d’intérêt, si l’on n’est pas de sexe masculin, et si le doute nous habite quant à cette forme de croyance.
Avons-nous conservé certaines de ces « différences »et, dans le contexte de ce qu’est la maçonnerie actuelle, et, l’écossisme en particulier, des évolutions sont-elles possibles, nécessaires, ou impératives ?
Quelques références historiques anciennes
Nos rituels sont issus du langage des mythes, lesquels sont magiques et rattachés aux cérémonies religieuses en hommage à la déesse Lune . Ce langage fût corrompu au temps du minoen ( civilisation crétoise ou minoenne du nom du roi Minos, laquelle va de 2700 à 1200 Avt J.C. ) quand le patriarcat substitua le matriarcat ; d’où remodelage et falsification des mythes. La mythologie celtique fût supplantée par celle des Grecs ; elle s’opposa à ces mythes originaux, imposa Apollon comme matière d’illumination spirituelle . Il y a imbrication des anciennes religions celtiques, grecques, et hébraïques ; donc connexion entre les mythes primitifs, hébreux, grecs, et celtes par la conquête du peuple égéen pour en arriver à la prêtrise réservée aux mâles des araméens ou des indo-européens, puis du monothéisme, où Jupiter est le père, Vesta la mère, déesse à identifier à Vénus et Diane à Némi. Jupiter est dieu du chêne ; dans les sociétés primitives le père et la mère dans une cérémonie autour du feu sont représentés par un grand pontife et une prêtresse avec un bâton pointu et un bâton percé.
Une certaine rituélique maçonnique remonte à ces sources par la couleur des décors ; le blanc couleur de la déesse blanche, sa principale couleur, associée à la nouvelle lune, déesse de la naissance et de la croissance ; la pleine lune, déesse rouge, est celle de l’amour et du combat ; la vieille lune, est déesse noire de la mort et de nuit ; les trois menhirs dits « les trois femmes » de Moeltre Hill au pays de Galles rapellent ces 3 couleurs.
Ce culte de la déesse blanche lunaire est à rapprocher de celui de Vénus déesse blanche elle aussi. Puis, le passage du matriarcat au patriarcat, peut, en maçonnerie, être symbolisé par les deux colonnes du temple de Salomon, Jachin et Boaz ; l’un étant la lune, mère ; l’autre, le soleil, père.
En tradition Celtique, jachin associé à la lettre I est synonyme de mort ; nous retrouvons là, la symbolique maçonnique de la mort de l’apprenti, en jachin, pour se transmuter sous le rouge du soleil, du feu, en boaz.
Toute cette mythologie, remonte en terre d’Ecosse, et d’Irlande, pays celtique, et, aussi celui « des poteries cannelées orcadiennes ». Pays des druides, des traditions transmises oralement, et du culte des arbres, de leur utilisation dans les monuments religieux ; et, que nous retrouvons dans la construction du temple de Salomon par les cèdres du Liban ! Nos traditions sont donc bien antérieures à 1723 ; d’où…à penser que l’écossisme serait le gardien de la tradition … ?
Les LL\ dites loges de St Jean font référence au calendrier celte dont la seconde moitié de l’année débutait en Juillet, après 7 jours où l’on avait sacrifié en le brûlant, le chêne roi du 24 Juin.
La maçonnerie du bois nous fait remonter aux celtes où le premier arbre est l’épicéa, arbre femelle, et consacré en Grèce à Artémis, la déesse lune, ( voir une concordance avec la colonne jachin ).
Est-ce que c’est par ce que Vénus séduisit Anchise, pour sa perte, comme la reine des abeilles séduit, et émascule le bourdon, que le monothéisme est devenu patriarcal ?
En certains lieux, selon GRAVES, les dolmens servaient de porte basse sacrée sous lesquels les postulants devaient ramper avant l’initiation, autre coïncidence ! ?
Comme dans le culte des arbres, les forestiers ménageaient une clairière pour leur cérémonie en coupant les « houppiers » ; terme retrouvé dans la houppe dentelée des temples maçonniques.
Les peuples dits « barbares », autres que Grecs ou Romains, dans les périodes 3.500 à 1050 Avt J.C. tels les Lyciens, les Cariens, ou les Egéen, pratiquaient la filiation matrilinéaire, avec prédominance de « la grande prêtresse », la déesse blanche.
D’après James Fraser : « la légende, le dogme, et le rituel chrétien, sont le résultat de l’affinage d’un grand corps de croyances primitives et même barbares ; le seul élément original du christianisme est le personnage de Jésus. »
Dans « le canon hébraïque des arbres » selon Fraser, la grenade fruit du grenadier, est le seul à pouvoir être introduit dans le saint des saints ». Comme ce que l’on trouve au sommet des colonnes du temple de Salomon .
Le patriarcat importé de l’est, apporte le mariage individuel ; il n’existait avant, que des mariages en groupes de tous les membres féminins avec tous les membres masculins d’une même société totémique. Le stade purement patriarcal est celui du judaïsme tardif, puis du judéo-christianisme.
La déesse blanche est cruelle, capricieuse, et inconstante ; la vierge chrétienne est douce, constante, et…chaste ! Donc rien à voir .
Voila des thèmes sur lesquels j’ai tenté d’apporter ma contribution, au cours de diverses Pl. , et qui, méritent de sérieuses réflexions. Est-ce suffisant d’avoir inclus « la liberté absolue de conscience » en 1877 pour faire de la maçonnerie un pôle de rassemblement, de formation, de réflexion, et d’action sur l’individu en particulier, et la société en général ?

Source : www.ledifice.net

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Rite Français : intervention de Pierre Noël

22 Novembre 2012 , Rédigé par Pierre Noël 33° Publié dans #Rites et rituels

En France, où rien n'est jamais simple, la situation de la maçonnerie, à l'aube du XIXème siècle, était particulièrement complexe.

Après la mort du comte de Clermont (16 juin 1771), cinquième Grand Maître de la « Grande Loge de Paris, dite de France », un schisme divisa la franc-maçonnerie française. Le Grand-Orient de France avait été fondé en 1773 par une assemblée de députés des loges de Paris et des provinces réunis en « Grande Loge Nationale » sous la direction énergique du duc de Montmorency-Luxembourg. Après l'adoption, le 26 juin de cette année-là, de nouveaux statuts qui prévoyaient, entre autres, l'amovibilité des maîtres de loge, le duc de Chartres, cousin du Roi, fut installé le 22 octobre. Mais la Grande Loge Nationale n'avait pu rallier à ses vues tous les maîtres de loges parisiens dont certains étaient, on peut les comprendre, très attachés à l'inamovibilité de leur fonction, privilège que voulait supprimer la jeune obédience. Les rebelles se constituèrent donc en « Très Respectable Grande Loge de France », ou plutôt affirmèrent continuer la Grande Loge, laquelle souvent se qualifia de « Grand-Orient de Clermont », voire « seul grand et unique Grand-Orient de France ». Le 10 septembre 1773, elle annonça la liste de ses Grands Officiers, ne reconnaissant pour Grand Maître que le défunt comte de Clermont et pour administrateur-général le duc de Montmorency-Luxembourg, lequel ne put que protester contre l'abus fait de son nom.

Schisme donc, lequel dura jusqu'en 1799, sans cependant que diffèrent les rituels et les grades pratiqués. Cette maçonnerie-là était bien « française », c'est à dire « moderne », dans la droite ligne de l'héritage britannique quoique accommodée à l'imagination latine, et ce depuis les premières divulgations parisiennes. Prenons garde d'y voir l'équivalent du schisme anglais, anciens contre modernes, qui faisait rage de l'autre côté de la Manche, moins encore de cette fracture toujours béante qui sépare aujourd'hui maçonneries « libérale » et, si l'on veut, « dogmatique ». La différence était surtout sociologique : la Grande Loge était parisienne, roturière et bourgeoise, le Grand-Orient national, aristocratique et de bon ton, dans ses cercles dirigeants tout au moins.

Les deux obédiences firent preuve d'un grand libéralisme en matière de rituels, qu'ils fussent pratiqués dans les loges bleues ou les chapitres. Le Grand-Orient passa un traité d'alliance avec les directoires du Rite Ecossais Rectifié en 1776, leur laissant le contrôle de leurs loges, et, en 1781, avec la loge parisienne de Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social, Mère-Loge pour la France du Rite Ecossais Philosophique, à qui il laissa faculté d'affilier à ses hauts-grades les loges qui le désireraient.

Le Grand-Orient n'en constitua pas moins, le 18 janvier 1782, une « Chambre des Grades » qui, en un louable effort, élabora un Rite « du Grand-Orient », plus tard dénommé Rite Français, qui fut adopté en Assemblée Générale au début de l'année 1786. Les trois grades bleus furent alors codifiés, mais ils ne seront édités collectivement qu'en 1801, en un recueil de trois cahiers, pour le vénérable et les deux surveillants, intitulé « Le Régulateur du Maçon ».

L'avant-propos du rituel de 1786 souligne la volonté de la chambre des grades de codifier un ensemble rituel unique à l'usage des loges de l'obédience :

Un autre point non moins important est l'uniformité depuis longtemps désirée, dans la manière de procéder à l'initiation. Animé de ces principes, le G\ O\ de France, s'est enfin occupé de la rédaction d'un protocole d'initiation aux trois premiers grades, ou grades symboliques. Il a cru devoir ramener la maçonnerie à ces usages anciens que quelque novateurs ont essaÿé d'altérer, et d'établir ces premières et importantes initiations dans leur authentique et respectable pureté. Les loges de sa correspondance doivent donc s'y conformer de point en point...

En outre, le Grand-Orient reconnaissait cinq « Ordres » supérieurs, gérés par un Grand Chapitre Général de France que le Grand-Orient s'incorpora en 1786 ou 1787. Les quatre premiers « Ordres », Elu, Ecossais, Chevalier d'Orient et Rose-Croix, reprenaient les degrés supérieurs apparus dans les années 1740-1760 à la fécondité sans pareille. Le cinquième, de même, « comprenait tous les grades physiques et métaphysiques de tous les systèmes particulièrement ceux adoptés par des associations maçonniques en vigueur ». En clair tous les grades supérieurs au Rose-Croix étaient réunis dans ce 5e Ordre, le Kadosch excepté qui avait été reconnu « faux, fanatique et détestable » en 1766.

Le Grand-Orient, soit en son Grand Chapitre soit par ses traités d'alliance avec les directoires Ecossais Rectifiés et la loge-mère du Contrat Social, se voulait donc le dépositaire et le gardien de tous les grades « Ecossais » pratiqués à Paris et en province. Le cinquième Ordre devait se réunir le premier mardi de chaque mois mais on ne sait s'il ne le fit jamais. Certains le croient et pensent qu'il travaillait au grade de Chevalier du Soleil.

La révolution passa par-là, qui donna aux frères d'autres préoccupations que de maçonner à l'unisson. Après la tourmente terroriste, le Grand-Orient reprit ses travaux en 1796 sous l'impulsion d'Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau (1748-1808) qui refusa la succession du duc d'Orléans, lequel avait renié l'ordre dès février 1793 et fut guillotiné le 3 novembre de la même année. Devenu « Grand Vénérable », Roëttiers eut à cœur, non seulement la résurrection du Grand-Orient, mais aussi la réunion des deux grands corps maçonniques d'avant la révolution. Il y réussit par le concordat d'union, signé par des commissaires des deux obédiences le 21 mai 1799, puis sanctionné par le Grand-Orient le 23 mai et par la Grande Loge dans une assemblée extraordinaire le 9 juin. La réunion des deux G.O. de France fut consommée dans l'allégresse le 22 juin 1799.

1.1 La résistance écossaise

Quelques loges « Ecossaises » ne partageaient pas ce bel enthousiasme.

La résistance s'incarna en un homme, Antoine-Firmin Abraham (1753-1818), « chevalier de tous les Ordres maçonniques ». Né à Montreuil-sur-mer le 3 septembre 1753, premier commis de la marine et secrétaire de La Fidèle Union à Morlaix, créateur de la loge Les Elèves de Minerve le 1er février 1802, « il fut le premier qui eut le courage en France d'arborer l'étendard de l'Ecossisme ».

De 1800 à 1802, il fit paraître le « Miroir de la Vérité, dédié à tous les Maçons », en quatre volumes dont le contenu est énuméré dans la bibliographie de Fesch. Le 3ème volume contient la plupart de ses écrits sur l'écossisme : Première circulaire à tous les Maç\ Ecoss\ en France - Circulaire de la R\ L\ de la Parfaite Union, O\ de Douay et sa profession de foi sur l'Ecoss\- Motifs du traité d'union entre le G\ O\ de France et les directoires français - Réflexions sur l'existence du soi-disant G\ Chap\ Général de France... Abraham ne mâchait pas ses mots : sa condamnation du Rite Français était sans appel. Dans sa « Circulaire aux Maçons Ecossais » (juin 1802), il écrivait notamment :

« Les hauts-grade, en France, ne ressemblent en rien à ceux reconnus dans l'Allemagne, la Russie, la Prusse, la Suède, le Danemark, les Etats-Unis d'Amérique, l'Angleterre, l'Irlande et l'Ecosses ; le Rhin et les mers sont devenus, pour les Francs-Maçons, ce que le Styx fut pour les anciens, la séparation des vivants et des morts... Je vous invite vivement à notifier au Grand-Orient de France, de concert avec les maçons Ecossais, votre ferme et inébranlable résolution de conserver, dans votre atelier, ce Rit précieux en ce qui concerne les hauts-grades » (Miroir de la Vérité, Tome III : 64-67, cité par Lantoine, II, 135).

La diatribe mérite qu'on s'y arrête. En effet, que dit-elle sinon que les hauts-grades du GODF n'étaient pas ceux pratiqués dans les pays étrangers, contrairement aux hauts-grades « Ecossais ». Or, les degrés additionnels anglo-saxons, Royal Arch, Mark ou Knight Templar pour ne parler que d'eux, répandus en Angleterre et aux Etats-Unis, n'étaient pas les hauts-grades « Ecossais » de France !

L'Ecosse connaissait certes l'Ordre d'Hérédom de Kilwinning, implanté en France à Rouen et Paris avant la révolution, mais elle ignorait tout des innovations « Ecossaises ». Les pays germaniques avaient vu l'essor des Ordres templiers issus de la Stricte Observance, revus par Eckleff en Suède, Zinnendorf en Prusse et Willermoz à Lyon. Certains grades « Ecossais », le Rose-Croix notamment, étaient connus outre-manche mais ils ne différaient guère de leur homologue du Grand-Orient. Bref, Abraham se trompait de cible.

La question se pose, légitime : qu'étaient ces loges « Ecossaises » sinon des loges conférant des hauts-grades ? Connaissaient-elles une forme particulière de grades bleus, c'est à dire une méthode spécifique d'amener les impétrants à la maîtrise qui les différencie des loges classiques du temps ? Certes, dans les pays de langue anglaise cohabitaient, plutôt mal, deux traditions, celle de la Grande Loge de 1717, dite des « Modernes », et celle de la Grande Loge « selon les anciennes constitutions », fondée en 1751 à Londres par des maçons irlandais. Si on peut, par analogie, parler à leur sujet de « Rite ancien » et de « Rite moderne », ce serait une faute d'extrapoler cette situation au continent. « Ecossais » et « ancien » n'étaient pas synonymes, pas plus d'ailleurs que « Français » et « moderne » ! Cela dit, l'influence « ancienne » était inexistante en France et tous les rituels continentaux du XVIII siècle, qu'ils se disent « Ecossais » ou non, se rattachaient peu ou prou à la tradition « moderne », sans cependant la copier servilement.

1.2 Rite Moderne et Rite Ancien

Pendant plusieurs décennies, la « première » Grande Loge fondée à Londres en 1717 fit la loi en Angleterre. C'est à elle que l'on doit la tripartition des grades et l'introduction de la légende d'Hiram, véritables landmarks sans laquelle il ne peut y avoir de franc-maçonnerie. Ses rituels ne sont connus que par des divulgations, dont la plus essentielle reste le « Masonry dissected » de Samuel Prichard (1730). Lorsque la maçonnerie fut introduite en France, les premiers adeptes de ce qui devait devenir la Grande Loge de France en adoptèrent tout naturellement les usages avant de les adapter et de les développer selon leur sensibilité propre. Ils en gardèrent l'essentiel, qui reste aujourd'hui la base même du Rite Français :

Les deux surveillants sont placés à l'ouest de la loge. Le ternaire Soleil-Lune-Vénérable sont les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, représentées par les trois chandeliers d'angle placés autour du tableau de la loge. La loge est supportée par trois colonnes (Sagesse-Force-Beauté)

Les « mots » J\...et B\...sont ceux respectivement des 1er et 2ème grades. Au 3ème grade, « l'ancien mot de maître », Jéhovah, n'est pas « perdu » mais seulement remplacé par un mot de circonstance, M\... B\... La clef du grade est l'expérience mystique que connaît le néophyte lorsqu'il est couché dans la tombe qui porte le nom du Très-Haut.

En 1751 fut instituée, à Londres toujours, la « Très Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons Francs et Accepté », dont les membres étaient pour la plupart d'origine irlandaise. Cette innovation vint rompre la belle unité britannique, d'autant que les Grandes Loges d'Irlande et d'Ecosse la reconnurent bientôt la jeune obédience comme seule régulière, car seule fidèle aux « anciens usages ». De fait, leur bouillant Grand Secrétaire, Laurence Dermott, n'eut de cesse qu'il n'ait dénoncé les « déviations » de la première Grande Loge, leur reprochant pêle-mêle d'avoir simplifié et déchristianisé les rituels, omis les prières, inversé les mots sacrés des premier et deuxième grades, abandonné la cérémonie « secrète » d'installation d'un vénérable et, surtout, rejeté le grade de Royal Arch. Sans trop de vergogne, il qualifia de « Modern » les tenants de la plus ancienne Grande Loge, ce qui permit de nommer « Antient », ou Ancienne, sa toute récente obédience.

En 1760, une autre divulgation, les « Three Distinct Knocks... », révéla la teneur des rituels « anciens dont les différences essentielles avec le Rite moderne méritent d'être soulignées : Le premier et le second surveillant ont chacun en main une colonne de 20 pouces, qui représentent les deux colonnes du Temple de Salomon.

Le second surveillant est placé au milieu de la colonne du midi, tandis que le premier surveillant se tient à l'ouest (ils sont en fait postés devant les portes du temple)). Ils sont assistés par deux diacres, fonction d'origine irlandaise, l'un situé à la droite du vénérable, l'autre à la droite du premier surveillant.

Les chandeliers, toujours associés au ternaire soleil-lune-maître de la loge mais dénommés petites lumières (lesser Lights), sont placés à la droite du vénérable et des surveillants. La bible, l'équerre et le compas, placés sur l'autel devant le vénérable, sont appelés Grandes Lumières de (ou plutôt « dans ») la Maçonnerie ».

Les mots sacrés sont B\...au 1er grade et J\...au 2ème.

L'ancien mot de maître est perdu par la mort d'Hiram car il faut être trois pour le prononcer (c'est la fameuse « règle de trois » déjà évoquée dans les premiers catéchismes britanniques). Salomon et le roi de Tyr ne peuvent donc plus le communiquer aux nouveaux maîtres qui doivent se contenter d'un mot de substitution.

La France, à l'époque, ne connut rien de ces développements et continua, comme par le passé, à ne pratiquer que le Rite moderne, embelli, augmenté, enrichi certes, mais fondamentalement identique à lui-même. L'écossisme que prônait Abraham n'était finalement rien d'autre, pour les grades bleus, qu'un avatar du Rite moderne de Prichard.

Fig. 1 : Comparaison des rites moderne et ancien

1.3 L'anathème du Grand-Orient

Abraham ne manquait pas de partisans. Outre sa loge, les Elèves de Minerve, et celle de La Parfaite Union de Douai, il pouvait compter sur l'appui de la Mère-Loge Ecossaise de Marseille qui n'avait jamais reconnu l'autorité du GODF, du chapitre provincial d'Hérédom de Kilwinning, fondé à Rouen en 1786, et de quelques loges, telle La Réunion des Etrangers à Paris, fondée en 1784 par un maçon danois. Le mouvement prit suffisamment d'ampleur pour que le GODF décide, le 12 novembre 1802, de formuler un arrêté déclarant irrégulières les loges professant des Rites étrangers à ceux reconnus par lui et défendant aux loges de sa juridiction de leur donner asile et de communiquer avec elles sous peine d'être rayées de ses tableaux. Cet arrêté appela la protestation de la Parfaite Union de Douai (18 décembre 1802) et celle (21 février 1803) de la Réunion des Etrangers qui se déclara choquée d'avoir été taxée d'irrégularité « sur sa persévérance à conserver le titre de Loge Ecossaise ».

Elle l'avait pris dès 1788 et repris lors de son réveil... Les principaux officiers du G\ O\ y étaient accueillis avec tous les honneurs consacrés par l'usage, et jamais ils n'ont témoigné la moindre peine de voir le Vivat de leurs remercîments couvert par le Houzay Ecossais. La R\ L\, persuadée que l'humeur ou le caprice de quelques officiers du G\ O\ ne peut changer la nature et l'essence des choses ; que l'Ecossisme est le seul Rit qui ait conservé dans toute leur pureté les principes et les Statuts qui nous ont été transmis de la Montagne Sainte qui est indubitablement le berceau de notre Ordre ; que les autres Rits n'en sont que des déviations plus ou moins éloignées...a pris le parti qui lui convenoit, et qu'elle a dû prendre, celui de se procurer le droit incontestable de rester L\ Ecossaise » (Gout, 1985 : 31).

Mais cela ne nous apprend pas en quoi cette maçonnerie « Ecossaise » différait de celle du Grand-Orient. Il ne suffit pas de fulminer un anathème. Encore faut-il qu'il repose sur des faits précis. Force est de constater que nous restons sur notre faim car aucun des protagonistes de l'époque n'apporte d'éléments substantiels au débat. Constater que le Houzay remplaçait dans les loges Ecossaises le Vivat français peut paraître insuffisant et l'évocation de la montagne (imaginaire) d'Hérédom, « berceau indubitable de l'Ordre », ne peut raisonnablement être considéré comme un véritable casus belli. En-dehors de toutes considérations proprement rituelles, les différences essentielles résidaient dans le refus d'utiliser les rituels rédigés par le GODF et dans les prérogatives accordées aux détenteurs des hauts-grades Ecossais. L'usage ne datait pas d'hier et les « Règlements généraux » établis en 1743 «pour servir de règle à toutes les loges du royaume » évoquaient déjà, pour les réfuter d'ailleurs, les prétentions et prérogatives des Maîtres Ecossais. L'usage s'en était cependant largement répandu. Ce qui permit à Gout d'écrire :

Une loge Ecossaise, c'était en effet une loge bleue restée fidèle aux rituels des degrés symboliques antérieurs à l'instauration du Rite Français, uns loge au sein de laquelle les Frères revêtus des hauts-grades recevaient des honneurs particuliers ; et qui, en général, croyaient observer les usages de l'ancienne maçonnerie d'Ecosse.

On pourrait ajouter à cette description la conviction, déjà affirmée dans le discours du chevalier Ramsay (1686-1743) et reprise par la plupart des systèmes de hauts-grades continentaux, que l'origine de la Franc-maçonnerie devait se chercher au temps des croisades et non chez les opératifs des siècles passés.

1.4 Le Rite Ecossais Philosophique

Les adversaires du Rite Français ne constituaient pas un corps homogène et rien ne permet d'affirmer que leurs loges pratiquaient un rituel uniforme. Il suffit d'ailleurs de constater que certains des composants de cette mouvance, l'Ordre d'Heredom de Kilwinning notamment, étaient eux-mêmes des organismes de hauts-grades, sans rituel bleu défini. Le Rite Ecossais Philosophique (REP), pratiqué par certains, était probablement ce qui ressemblait le plus à un Rite aux contours reconnaissables.

D'origine avignonnaise, voire marseillaise, apparu vers 1774, ce Rite était celui de la loge parisienne de Saint Jean du Contrat Social créée en 1770 et travaillant selon les rituels d'Avignon depuis 1776. Elle avait, en 1781, négocié avec le GODF un concordat qui lui accordait le droit de créer des ateliers supérieurs de son Rite en France et des loges bleues à l'étranger. Bien que la loge soit tombée en sommeil durant la révolution, son Rite s'était maintenu dans quelques loges de France et notamment dans la Parfaite Union de Douai qui le pratiquait depuis 1784.

Les rituels du REP sont connus. La bibliothèque du Suprême Conseil pour la Belgique en conserve plusieurs exemplaires, identiques à ceux publiés il y a 20 ans par R\ Désaguliers, provenant de la loge d'Avignon, Saint Jean de la Vertu persécutée.

Leur lecture montre que ces rituels ne différaient guère de ceux en usage dans les loges françaises du temps. Les « instructions » d'Avignon et du Régulateur ne diffèrent que par la présentation et l'ordre des questions-réponses.

J'en reprendrai les éléments principaux

Les officiers sont disposés selon l'usage « moderne » : le vénérable à l'Orient, le 1er surveillant au Sud-ouest devant la colonne B, le 2ème surveillant au Nord-Ouest devant la colonne J\.

Les mots sacrés sont « J... » au 1er grade, « B... » au 2ème grade et « M... » au 3ème grade. L'inversion des mots décidée par la Grande Loge des Modernes en 1730 (ou 1739) était respectée, comme elle le sera dans toutes les loges françaises au XVIII siècle, y compris dans les loges « écossaises ».

Les trois grandes lumières sont le soleil, la lune et le maître de la loge. Les mots de passe, communiqués pendant la cérémonie, sont « Tub... » au 1er grade, « Schi... » au 2ème grades et « Gib... » au 3ème grade.

Les voyages du candidat au 1er grade sont marqués par les purifications par l'eau et le feu. La lettre G, dévoilée au 2ème grade, signifie « Gloire à Dieu, Grandeur au Vén\ et Géométrie à tous les Maçons ». Elle désigne le Grand Architecte de l'Univers.

Point essentiel, la version de la légende d'Hiram est celle qui était en usage en France depuis l'introduction du grade de maître : l'ancien Mot de Maître, Jehova, n'est pas perdu lors de la disparition de l'architecte. Il est seulement remplacé par un mot de substitution M...B... Ceci est un élément fondamental car le Rite des « Anciens » affirmait au contraire que seuls trois le connaissaient. La mort d'Hiram empêchait qu'il fût encore communiqué et le choix d'un mot de substitution devenait ainsi bien plus qu'une marque de prudence.

Si Rite Ecossais et Rite Français étaient foncièrement identiques, il nous faut cependant souligner une différence conséquente : la disposition des grands chandeliers autour du tapis de la loge, décrite par les Règlements généraux de la Respectable mère Loge Saint Jean d'Ecosse de la Vertu persécutée, à « l'Orient d'Avignon », datés de 1774, cités par René Désaguliers dans son article essentiel de 1983.

Au milieu du Temple et sur le pavé, séra tracé avec de la craïe, le tableau connu de tout Maçon. Il y aura trois grands chandelliers portant chacun un flambeau : placés, l'un au coin du tableau, entre l'Orient et le midi ; les deux autres à l'Occident, l'un entre le midi et l'Oüest, l'autre entre l'Oüest et le Nord.

Or cette disposition, SE-SO-NO, qui nous paraît familière puisque c'est celle du Rite Moderne Belge, n'était pas celle des premières loges françaises. Les « tableaux » illustrant les premières divulgations et les gravures célèbres de Lebas montrent invariablement les chandeliers aux angles NE-SE-SO. Dans la confession de John Coustos aux inquisiteurs portugais, en 1743, nous lisons que le vénérable maître, siégeant à l'Est, était flanqué de deux bougies tandis qu'une troisième brillait à l'Ouest auprès de deux surveillants, disposition confirmée par les divulgations françaises, à condition de bien les lire :

Dans les Loges régulières et bien achalandées, ces Chandeliers hauts comme des Chandeliers d'Autel, sont communément de forme triangulaire et décorés des attributs de la Maçonnerie. Les quatre points Cardinaux marqués sur le Dessein règlent la place des trois Cierges, du Grand Maître et des deux surveillants. On met une de ces lumières à l'Orient, l'autre au Midi, et la troisième à l'Occident. Le Grand-Maître se place à l'Orient, entre la lumière d'Orient et celle du Midi.

Les loges du GODF avaient conservé cette disposition comme le montrent les illustrations du « Régulateur du Maçon » (1801) : la loge d'apprenti y est éclairée par trois bougies portées par trois grands chandeliers triangulaires placés aux angles N\ E\, S\ E\ et S\ O\. Il s'agit là d'un autre exemple de la fidélité du « Rite Français » aux traditions de la Grande Loge anglaise dite des Modernes puisque cette disposition était celle des « nouvelles loges selon les instructions de Désaguliers », selon un texte fondamental anglais du début du siècle précédent. Les loges françaises suivaient ainsi la coutume de la maçonnerie dite plus tard « moderne », celle de la Grande Loge de 1717.

La signification de ces lumières était donnée par Prichard qui, dans son « Masonry dissected » de 1730, écrivait :

Q. Have you any Lights in your Lodge ? A. Yes, Three.
Q. What do they represent ? A. Sun, Moon and Master-Mason.
N\ B\ These Lights are three large Candles placed on high Candlesticks (my italics).
Q. Why so ? A. Sun to rule the Day, Moon the Night, and Master-Mason his Lodge.
Les rituels français avaient fait un pas de plus en les dénommant « Grandes Lumières »
Que vîtes-vous lorsque vous fûtes reçu maçon ?
Trois Grandes Lumières disposées en équerre, l'une à l'Orient, l'autre à l'Occident et la troisième au Midi.
Que signifient ces trois Grandes Lumières ?
Le soleil, la lune et le maître de la loge.
Si la loge anglaise était éclairée par trois lumières, elle était supportée par trois « piliers », Sagesse, Force et Beauté, représentées par le vénérable maître et les deux surveillants. Les deux Grandes Loges « Moderne » et « Ancienne » étaient, pour une fois, d'accord sur ce point. Les divulgations des années 1760 (The Three distinct Knocks Or the Door of the most Antient Free-Masonry [...]) et de 1762 (Jachin and Boaz or an authentic key to the door of Free-Masonry [....]) rapportaient le même dialogue :

Mas. What supports your Lodge ?
Ans. Three great Pillars.
Mas. What are their Names ?
Ans. Wisdom, Strength and Beauty.
Mas. Who doth the Pillar of Wisdom represent ?
Ans. The Master in the East.
Mas. Who doth the Pillar of Strength represent ?
Ans. The Senior Warden [in the West].
Mas. Who doth the Pillar of Beauty represent ?
Ans. The Junior Warden [in the South].

Les premières divulgations françaises allaient plus loin et affirmaient l'assimilation de ces « piliers » aux colonnes J et B du temple de Salomon (« pillar » se traduit indifféremment par colonne ou pilier, alors qu'en français, colonne désigne un support de forme circulaire, pilier désignant un support de forme quelconque). Lorsqu'il décrit le tableau de la loge, le « Nouveau Catéchisme des Francs-Maçons » (p.41) est très explicite :

Au dessous [de la fenêtre d'Orient], où ils supposent un troisième Pilier, Beauté. Sur l'une des deux Colonnes réelles, Force et un grand J. qui veut dire JaKhin, et sur l'autre Sagesse et un grand B\ qui veut dire Booz, et dans le centre de l'Etoile Flamboyante paroit un grand G\.

Oublions la disposition variable, et parfois fantaisiste, de Sagesse, Force et Beauté. L'important est l'assimilation des « supports » de la loge aux deux colonnes J\ et B\ du temple de Salomon et leur association très forte aux deux surveillants. Le rituel de compagnon (1767) de la loge du marquis de Gages, La Vraie et Parfaite Harmonie à l'orient de Mons ne disait rien d'autre :

La colonne des apprentis porte les lettres J-F pour Jakin et Force ; la colonne des compagnons les lettres B-B pour Boaz et Beauté.

En résumé, la loge française :

est supportée par trois colonnes, Sagesse-Force-Beauté, dont deux ne sont autres que les colonnes, J et B, du temple de Salomon, auxquelles sont associées les Surveillants, la troisième, imaginaire, l'étant au Maître de la loge ;

elle est éclairée par trois lumières disposées en équerre aux angles de la loge : le soleil, la lune et le Maître de la loge.

Le déplacement des lumières dans la loge avignonnaise modifiait radicalement la géographie de la loge et les associations symboliques qu'elle recelait. En effet, l'article suivant des Règlements généraux stipulait :

Toute assemblée de Maçons sera appelée Loge et sera présidée par un frère qu'on nommera Vénérable, et par deux autres frères qu'on appellera Surveillants qui représentent les Trois Lumières ou les Trois Colonnes de la Loge, laquelle aura encore pour Officiers un Orateur, un Secrétaire, un trésorier, un garde des Timbres et Sceaux, deux Maîtres des Cérémonies, un Maître Ordonnateur des Banquets et deux Infirmiers et Aumôniers (souligné par moi).

Alors que les colonnes et les lumières constituent deux ternaires distincts dans la loge Française, ils sont ici fondus en un ensemble unique réunissant les trois officiers principaux, les chandeliers et les supports de la loge, ensemble illustré par la disposition nouvelle des chandeliers d'angle. Tout naturellement, les colonnes J et B en perdront leur fonction de support de la loge.

L'instruction du grade d'apprenti du Rite Ecossais Philosophique contient en germe l'annonce de cette fusion :

D : Qu'avez-vous vu quand on vous a donné la Lumière ?
R : Trois grandes lumières ; le Soleil, la Lune et le Vén\...
D : N'avez-vous point vu d'autres Lumières ?
R : Trois grands flambeaux qui représentent le Vén\ et les Surv\
Ceci permit à R\ Désaguliers d'écrire en 1983 :

C'est à mon sens, cette disposition des chandeliers-colonnes autour du tapis-carré long et leur association étroite avec le Vénérable et les deux Surveillants qui fonda le « Rite Ecossais » pour les trois premiers grades.

Concluons rapidement :

Dans une loge Ecossaise,
- le Vénérable Maître et les deux Surveillants sont à la fois lumières (les grands chandeliers) et colonnes (Sagesse-Force-Beauté, supports de la loge),
- les trois grands chandeliers, par un glissement sémantique bien compréhensible, deviennent donc aussi les trois piliers-supports de la loge,
- les deux colonnes J et B perdent leur signification originelle pour n'être plus que les colonnes des apprentis et des compagnons,
- le ternaire traditionnel, Soleil-Lune-Vénérable Maître, est maintenu mais son association aux chandeliers a disparu.

Le tout peut être résumé par une grille assez simple :      

La seule différence significative est la fusion, au Rite Ecossais, des colonnes et des lumières, fusion induite par leur déplacement aux mêmes angles que les colonnes.

Rien dans tout cela ne justifie la condamnation d'Abraham. La maçonnerie « Ecossaise » différait peut être de la maçonnerie française classique, mais pas d'une façon aussi radicale que le prétendait le chantre de l'écossisme. Toutes deux relevaient de l'influence du « Rite Moderne » introduit en France avec l'Ordre maçonnique mais adapté aux sensibilités locales. Le point de rupture ne se trouvait pas dans les rituels des grades bleus mais bien dans le désir de conférer, comme par le passé, les hauts-grades dans les loges et le refus de l'autorité « dogmatique » du Grand-Orient. Il n'est pas exagéré, me semble-t-il, d'avancer que la résistance des loges Ecossaises fut provoquée par la volonté centralisatrice du GODF et non par l'abandon d'une certaine tradition initiatique imaginaire.

Quoiqu'il en soit l'ostracisme du Grand-Orient prépara le terreau qui permit l'éclosion, en France, d'un Rite jusque là inédit, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, car, sans l'appui inconditionnel des « Ecossais » condamnés par le Grand-Orient, les protagonistes de 1804 n'auraient pu mener leur entreprise à bien.

Rite moderne

Rite ancien

Mots de passe

Communiqués durant la cérémonie, avec les autres « secrets ».

Communiqués au candidat avant l'entrée dans la loge.

Disposition des colonnes

J au nord-ouest, B au sud-ouest

B au sud-ouest, J au nord-ouest

Mots sacrés

J au 1er grade, B au 2ème grade

B au 1er grade, J au 2ème grade

Disposition des surveillants

Tous deux à l'ouest, le 1er au sud, le 2ème au nord

Le 1er à l'ouest, le 2ème au sud

Diacres

Absents

Présents

Grandes Lumières

Soleil, lune, maître de la loge

Bible, équerre, compas

« Ancien » mot du maître

Substitué mais connu

Substitué car perdu (règle de trois)

Rite Français

Rite Ecossais

Disposition des colonnes

J au NO, B au SO

J au NO, B au SO

Disposition des surveillants

J au NO, B au SO

J au NO, B au SO

Disposition des lumières (flambeaux d'angle)

NE, SE, SO

SE, SO, NO

Acclamation

Vivat, Vivat, Vivat

Houzey, Houzey, Houzey

Grandes lumières

Soleil, lune, maître de la loge

Soleil, lune, maître de la loge

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Rites et rituels laïques

21 Novembre 2012 , Rédigé par Loge Averroes Publié dans #Rites et rituels

Y a t-il des rites et rituels laïques ? La question est redoutable.
De quoi parle-t-on quand on parle de « rites » ? J’irai vite sur cette question déjà abordée mais elle a ici une importance déterminante. De même de quoi parle-t-on quand on parle de laïcité ? S’agit-il d’une option philosophique anti religieuse ou anti-églises, mais dans ce cas , que serait le sacré d’une option qui dénie le droit à la transcendance d’orienter la société ? Est-ce un cadre d’organisation mais dans ce cas, comment célébrer un cadre juridique et constitutionnel ?
Qu’on me permette ici de faire un aparté profane, mais la laïcité n’est pas un symbole maçonnique mais un concept politique. Pour savoir de quoi on parle, faisons un peu de politique.

Qu’est ce que la laïcité ? ...

Un problème de perception

La laïcité est un cadre d’organisation des rapports Etat/religion. Mais elle est souvent perçue ou ressentie comme une option philosophique, anti religieuse voire athée. Ainsi le pilier laïque en Belgique ou les revendications des « atheists » américains qui se présentent comme laïques. Ainsi lit-on dans un article récent du Courrier International : « Plus de deux mois après avoir érigé un panneau proclamant : “Vous ne croyez pas en Dieu ? Vous n’êtes pas seul”, les treize membres du comité directeur de l’organisation athée Secular Humanists of the Lowcountry [Humanistes laï­ques du Lowcountry] se sont réunis dans le salon de Laura et d’Alex Kasman pour débattre des retombées de leur geste ». De même, en Anglais, le mot « laïcité » se traduit par « secularism » soit un recul de l’influence religieuse.

L’Histoire de la laïcité française

L’histoire de la laïcité française est autrement complexe : la « religion naturelle » des philosophes se voulait le cadre d’exercice de la tolérance. Le Grand Architecte des franc-maçons  se nourrit de ces influences, de Rousseau à Kant. Dans les Constitutions d’Anderson, on lit : « quoique dans les temps anciens les maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la religion de ce pays ou de cette nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des hommes bons et loyaux, hommes d'honneur et de probité, quels que soient les dénominations ou croyances qui puissent les distinguer ».

Le Grandd Architecte De L’Univers (Gadlu) a fait l’objet d’élaborations théoriques diverses, mais le fond est là : soit le GADLU est le dieu des philosophes, le « grand horloger » de Voltaire, soit la religion apparaît comme le synonyme de la morale (la Loi qui fonde « l’impératif catégorique»chez Kant) et nécessaire à la cohésion sociale, voire même, ou encore ce Dieu minimal, débarrassé de l’intolérance que promeut la version libérale du protestantisme avec Desmons et Ferdinand Buisson.

Cette religion naturelle est devenue avec la révolution un projet de « religion civile »
C’est Rousseau qui explicite la notion de religion civile. Dans le « Contrat social » 1762, il parle d’une profession de foi sur des sentiments « sans lesquels il est impossible d’être bon citoyen ni sujet fidèle ». La Religion civile est donc la clé de voûte du contrat social. Pour Rousseau, une société républicaine ne saurait être édifiée sans l’appui d’une transcendance; il s’agit de sacraliser l’être ensemble collectif.
Sur cette conception, 2 options s’ouvrent. Soit les valeurs républicaines appellent une transcendance qui les surplombe, c’est le culte éphémère de l’Etre suprême avec Robespierre, ou encore le « in God we trust » américain, soit la République se suffit à elle-même, elle est elle-même sacralisée.

Sur le premier point, il faut rappeler cet épisode oublié du Culte de l’être Suprême .
Le culte de la Raison, le culte de l'Être Suprême, ou le théophilanthropisme sont, en France, un ensemble d'événements et fêtes civiques et religieux qui eurent lieu de fin 1792 à 1794 (surtout les ans II et III de la Révolution), souvent à l'instigation de personnalités anti-catholiques. Philosophiquement, ces cultes procèdent du syncrétisme des Lumières, du déisme de Voltaire, et surtout des idées de Rousseau, dont s'inspirait Robespierre.
Après les massacres de septembre (2 septembre 1792), plusieurs églises furent transformées en temples de la Raison, notamment l'église Saint-Paul Saint-Louis dans le Marais. Le "culte" s'est manifesté en 1793 et 1794 (an II et III) par des cortèges carnavalesques, des dépouillements d'églises, des cérémonies iconoclastes, des cérémonies aux martyrs, etc. Le culte de la Raison a commencé à se développer en province, particulièrement à Lyon et dans le Centre, où il était organisé par des représentants en mission souvent proches de l'hébertisme. Le mouvement se radicalisa en arrivant à Paris avec la fête de la Liberté à la cathédrale Notre-Dame le 10 novembre 1793, organisé par Pierre-Gaspard Chaumette. Le "culte" était célébré par une beauté appelée déesse de la Raison.
Un décret du 18 floréal an II (7 mai 1794), adopté par la Convention montagnarde sur un rapport de Robespierre (Comité de salut public) instituait un calendrier de fêtes républicaines marquant les valeurs dont se réclamait la République et se substituant aux fêtes catholiques. En outre, elle établissait le culte à l'Être Suprême, qui se juxtaposait au culte de la Raison.
Robespierre, déiste, avait vivement attaqué les tendances athées et la politique de déchristianisation des ultra-révolutionnaires (hébertistes), qui avaient institué le Culte de la Raison fin 1793.Il leur opposa une religion naturelle - reconnaissance de l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme - et un culte rationnel (institution des fêtes consacrées aux vertus civiques) dont le but était, selon lui, "de développer le civisme et la morale républicaine".
Le culte de l'Être Suprême était un culte déiste, influencé par la pensée des philosophes du Siècle des Lumières, et consistait en une "religion" qui n’interagissait pas avec le monde et n’intervenait pas dans la destinée des hommes.
La fête de l'Être suprême, célébrée le 20 prairial an II (8 juin 1794), est, pour quelques heures, la manifestation de cette unanimité mystique, morale et civique que Maximilien de Robespierre envisage pour l'avenir comme condition de la paix et du bonheur. La fête de l'Être suprême connut un grand succès à travers la France
Ce jour-là, des Tuileries au Champ-de-Mars, la musique de François-Joseph Gossec et d'Étienne Nicolas Méhul rythment la marche. Robespierre précède les députés de la Convention dont il est le président. Il avance seul, et pour la circonstance il a revêtu un habit bleu céleste serré d'une écharpe tricolore. Il tient un bouquet de fleurs et d'épis à la main. La foule immense, venue communier aussi à ce grand spectacle, est ordonnancée par Jacques-Louis David. Devant la statue de la Sagesse, Robespierre met le feu aux mannequins qui symbolisent l'Athéisme, l'Ambition, l'Égoïsme et la fausse Simplicité.

Ce point d’histoire est essentiel, puisqu’il rappelle la tentation de créer une religion substitutive aux cultes historiques. En effet, l’épisode révolutionnaire n’st pas isolé. Tout au long du XIX° siècle, cette idée court. Pendant un demi siècle divers responsables du GODF développent un corpus tendant à faire de la maçonnerie La Religion. La F.M. serait pour eux la forme achevée de la religion naturelle, une religion universelle. Le GADLU est alors de plus en plus identifié au Dieu de Saint-Simon, à celui des utopistes Cabet et Fourier, de Pierre Leroux, fondateur du mot « socialisme » , de George Sand, bref un Dieu créateur, infiniment bon. Il n’est pas rien que ce mouvement pour une religion réconciliée avec la raison et la tolérance ait trouvé écho chez les inventeurs du socialisme utopique ou républicain, qu’il soit en phase aussi avec l’idée d’un pont entre Orient et Occident porté par le saint-simonisme, dont le canal de Suez creusé par Ferdinand de Lesseps fait image et qu’illustre l’adhésion de l’Emir Abdelkader, soufi et chef d’Etat, à la Franc-maçonnerie, dans la même période où il assiste à l’nauguration justement de ce canal de Suez.
Rappelons aussi la création d’une religion et d’une église positiviste inventée par Auguste Comte et qui donna la devise « ordem et progresso » au Brésil où ce culte subsiste à Rio et Porto Alegre
Sur le second point, la République fut une religion civile avec son culte des saints ( Jeanne d’Arc, Pasteur, De Gaulle) des morts ( de la grande guerre) sa foi dans le progrès et ses icônes Marianne et le drapeau, sans oublier les arbres de la liberté de 1848.
Cette religion civile républicaine refusant la diversité au profit d’un citoyen abstrait est surement l’impensé de la laïcité française.
Enfin, comme l’indique Jean-Paul Willaime, on peut observer des synchrétismes entre religion civique et la « common religion ». C’est un peu le cas en France avec les déclarations de laïcité positive du Président et sa reconnaissance de l’héritage religieux de la France, ou encore sur le fait que le calendrier fait des fêtes catholiques des jours fériés. Le thème développé par Marcel Gauchet de la « religion de la sortie de la religion » (le christianisme se prolongeant dans l’humanisme et les droits de l’homme avec Frédéric Lenoir ou avec Gauchet préparant l’avènement de l’individu et donc la société moderne post-religieuse) contribue à cette « catholaïcité ».

Les libres penseurs se divisèrent en 2 tendances, spritualistes partisans d’une religion non sectaire ( de Hugo au culte positiviste créé par Auguste Comte ) et rationalistes combattant l’obscurantisme des églises et promouvant la raison et la science.

La loi de 1905 fixe une doctrine qui n’investit pas l’Etat d’une option philosophique (religion naturelle ou rationalisme athée) mais définit la laïcité comme un cadre. Loi de compromis, elle rompt avec la tentation anti-religieuse et coupe partiellement avec l’invention d’une religion civile de substitution .

La laïcité comme cadre

 

Cette définition de la laïcité rassemble 2 principes, la liberté de conscience qui inclut la liberté religieuse et suppose le droit à l’émancipation de tout dogme, et la séparation qui suppose un Etat neutre, ni religieux, ni athée ou agnostique.

Cette articulation exclut donc toute promotion d’une option philosophique et religieuse sans pour autant être une définition seulement négative. La laïcité n’est pas l’athéisme mais n’est pas non plus la neutralité. Elle prend parti pour la raison critique et la liberté individuelle.

La laïcité distingue la religion qui relève du privé et l’espace public. Cette notion fait l’objet de contresens divers: le « privé » n’est pas seulement l’intime ou le cercle familial ; Loi de 1905 : « la République garantit le libre exercice des cultes » ; la distinction privé/public n’exclut pas l’exercice de libertés religieuses collectives ni la participation des autorités religieuses au débat public; elle exclut la soumission de l’espace public à un dogme. De même, on doit distinguer espace public civil et espace public institué, d’où les restrictions à la liberté religieuse à l’école ou pour les fonctionnaires.

La Laïcité est en débat.
Voici quelques axes de ce débat: la notion de » laïcité ouverte » renvoie à plusieurs choses différentes

  • La volonté de certains de conférer aux leaders religieux une autorité morale et à la religion une utilité sociale, notion des pays protestants
  • La volonté de combiner laïcité et diversité culturelle par une laïcité interculturelle( cf Jean Baubérot)
  • Le risque de dérive laïciste, obsédée par le communautarisme et hostile aux intégrismes au risque de la stigmatisation. Christine Kintzler, professeur à Lille, 3 a résumé ces débats en montrant en quoi la distinction entre espace public institué et l’espace public de la société civile est au cœur de ces questions.

« Mais la dérive symétrique existe : vouloir étendre le principe d’abstention à une partie de la société civile, vouloir par exemple interdire les affichages religieux dans un commerce, dans un lieu public comme un restaurant… Cette dérive, que j’appelle « l’ultra-laïcisme », a existé dans l’histoire de la laïcité, elle est restée discrète de nos jours tant que la question de la laïcité scolaire a occupé le devant de la scène...En gros je pense que cette extension serait contraire à la finalité même de la laïcité, qui a pour effet de rendre possible la coexistence des libertés dans le cadre du droit commun. Porter un voile ou une croix ou un drapeau noir à la boutonnière dans un hôtel, esquisser un discret signe de croix avant le repas, c’est un droit, je dois pouvoir le tolérer même si ça me choque, même si ça ne me plaît pas (d’ailleurs à quoi bon la liberté si elle ne bénéficie qu’à ce qui a mon assentiment ?). En revanche, faire sa prière à haute voix dans le salon commun d’un hôtel ou imposer la récitation du Benedicite au début du repas dans un restaurant, c’est empiéter sur le droit d’autrui, c’est un trouble à l’ordre public qu’on ne doit pas tolérer. »

Un modèle convergent européen

La laïcité est-elle un particularisme français face à l’Europe ou est-elle universalisable en devenant européenne ? pour certains l’exception affronte l’Europe et doit soit s’en protéger soit la conquérir  , pour d’autres l’exception française n’est qu’un relativisme local.
A l’évidence, la laïcité et l’Europe ne s’opposent pas.Il est possible de dégager un contenu commun qui pourrait être la combinaison des principes d’adhésion (les groupes particuliers participent de la société plus large) d’autonomie ( les personnes sont libres) de non-discrimination (égalité de traîtement entre les cultures) Mais il faut peut-être aller plus loin et regarder le Québec inventer une « laïcité interculturelle » pratiquant avec la méthode délibérative des « accomodements raisonnables » une laïcité soucieuse de la pluralité de la société et organisant l’interculturalisme comme alternative au multiculturalisme qui sépare. C’est ce que décrit le dernier ouvrage de Jean Baubérot « une laïcité interculturelle ».

Aujourd’hui, il s’agit certes de défendre la laïcité mais surtout de l’approfondir. Dans ce cas, la laïcité trouve son contenu positif dans l’universalisme des droits de l’homme (cf rapport Badinter). Elle oppose l’idée de l’émancipation à une conception religieuse de la société qui refuse le droit aux hommes de délibérer librement leurs règles par l’usage d’un débat éclairé par la Raison.
Mais au-delà, il s’agit aujourd’hui pour la laïcité de se mobiliser contre les nouvelles barbaries, fondamentalismes religieux, comme le culte du Dieu Mammon d’une société qui réduit l’humain à une marchandise.
Derrière le supposé « retour du religieux, il y a à la fois l’exigence d’être reconnu dans ses identités multiples surtout quand elles sont méprisées et la réaction face à une modernité arroganteface à quoi la tentation est forte de se replier sur des références figées et autoritaires.
Comme le dit Edgar Morin, « la laïcité doit créer un espace public de tolérance et de pluralisme » « la laïcité est d’abord la « problématicité permanente », le questionnement ininterrompu »

Cette laïcité fondée sur l’idée que l’homme est d’abord une conscience, elle me semble pouvoir être partagée par beaucoup.

Les rites

Qu’est ce qu’un rite ?
Pour Wikipedia, un rite ou rituel est une séquence d'actions stéréotypées, chargées de signification (action « symbolique »), et organisées dans le temps. Le rite n'est pas spontané : au contraire, il est réglé, fixé, codifié, et le respect de la règle garantit l'efficacité du rituel.. Le rite est un élément d'un rituel.
Les rituels peuvent intervenir dans la plupart des circonstances de la vie. On distingue ainsi des rituels sacrés (messe, prière…) et des rituels profanes (vœux de Nouvel An, manifestations sportives…); des rituels sociaux (rites de politesse, discours de promotion ou de fin d'année...) et des rituels privés (rites de la toilette, de la séduction…). On pourrait dire que tout rite est “religieux” (donc sacré) si l'on se fie au double sens étymologique de "relier" et "se recueillir", s'unir volontairement à la tradition que le rite consacre.
Les rites de passage également nommés rites initiatiques accompagnent dans beaucoup de sociétés humaines les changements "biologiques" et "sociaux" d'un individu.
Chaque religion ou confession a codifié, au fil des siècles, les gestes qui lui sont propres pour la célébration de son culte. Par la pratique de ces rites, les fidèles reconnaissent leur adhésion intérieure et extérieure à ce culte. Les occasions rituelles les plus connues sont:

On voit donc que les définitions ordinaires mettent l’accent sur l’aspect extérieur du rite, son caractère figé, conservateur, stéréotypé. De même, elles proposent une conception élargi du concept.
De même, le Larousse insiste sur « l’ensemble de règles » pour définir le rite, et le rituel est défini commel’ensemble des rites.
Dans le champ maçonnique, le rite, REAA ou RER etc, se traduit dans des rituels, référentiels qui codifient des cérémonies.
Mais si on se tient à une définition trop large du rite/rituel, on ne s’en sort pas. On ne peut traiter ensemble la messe, le rituel d’ouverture, les rites dits de passage, et le rituel débat du second tour des présidentielles, la rituelle et défunte cérémonie de distribution des prix, la rituelle dinde de Noel ou le rituel des supporters footballistiques.
Ce qui relie des différents aspects sociaux, c’est la répétition, la règle, le cérémonial, la tradition aussi.
Mais nous devons intégrer une autre notion qui est celle de sacré.
Le rituel est ce qui relie au sacré, il constitue l’alliance de l’horizontalité en constituant la communauté par la cérémonie, et de la verticalité en reliant cette communauté à une transcendance.
On conviendra certes que la dinde de Noël constitue le cercle familial et relie chaque famille à la sainte famille à Noel, on conviendra qu’il y a du dyonisiaque dans un concert d’ACDC, mais on sent bien qu’il s’agit là d’une exension qui dilue le concept, sauf à dire une banalité du type, le sacré est à chaque coin de rue.
Nous devons revenir à notre question : si le rite est d’abord ce qui relie au sacré, peut-il y avoir du sacré hors du religieux et quelle est la spécificité du sacré maçonnique ?
A ce stade, il nous faut parler de la théorie de René Girard qui a fait du meurtre du bouc émissaire le noyau dur des rites constituant la communauté et l’origine même du sacré.
Si deux individus désirent la même chose il y en aura bientôt un troisième, un quatrième. Le processus fait facilement boule de neige. L’objet est vite oublié, les rivalités mimétiques se propagent, et le conflit mimétique se transforme en antagonisme généralisé : le chaos, l'indifférenciation, « la guerre de tous contre tous » de Hobbes, ce que Girard appelle la crise mimétique. Comment cette crise peut-elle se résoudre, comment la paix peut-elle revenir ?
Pour Girard, cette énigme ne fait qu’un avec le problème de l’apparition du sacré. C’est précisément au paroxysme de la crise de tous contre tous que peut intervenir un mécanisme salvateur : le tous contre tous violent peut se transformer en un tous contre un. S'il ne se déclenche pas, c'est la destruction du groupe. Pourquoi mécanisme ? C'est qu'il ne dépend de personne mais découle du mimétisme lui-même. Plus les rivalités mimétiques s'exaspèrent, plus les rivaux tendent à oublier les objets qui en furent l'origine, plus ils sont fascinés les uns par les autres. À ce stade de fascination haineuse la sélection d’antagonistes va se faire de plus en plus contingente, instable, rapidement changeante, et il se pourra alors qu'un individu, parce qu'un de ses caractères le favorise, focalise alors sur lui l'appétit de violence. Que cette polarisation s'amorce, et par un effet boule de neige mimétique elle s'emballe : la communauté tout entière (unanime !) se trouve alors rassemblée contre un individu unique.
Ainsi la violence à son paroxysme aura alors tendance à se focaliser sur une victime arbitraire et l’unanimité se faire contre elle. L’élimination de la victime fait tomber brutalement l’appétit de violence dont chacun était possédé l’instant d’avant et laisse le groupe subitement apaisé et hébété. La victime gît devant le groupe, apparaissant tout à la fois comme la responsable de la crise et l'auteur de ce miracle de la paix retrouvée. Elle devient sacrée c'est-à-dire porteuse du pouvoir prodigieux de déchaîner la crise comme de ramener la paix. C’est la genèse du religieux archaïque que René Girard vient de découvrir : du sacrifice rituel comme répétition de l’événement originaire, du mythe comme récit de cet évènement, des interdits qui sont l’interdiction d’accès à tous les objets à l’origine des rivalités qui ont dégénéré dans cette crise absolument traumatisante. Cette élaboration religieuse se fait progressivement au long de la répétition des crises mimétiques dont la résolution n’apporte la paix que de façon temporaire. L’élaboration des rites et des interdits constitue une sorte de savoir empirique sur la violence.
Si les explorateurs et ethnologues n’ont pu être les témoins de semblables faits qui remontent à la nuit des temps, les preuves indirectes abondent, comme l’universalité du sacrifice rituel dans toutes les communautés humaines et les innombrables mythes qui ont été recueillis chez les peuples les plus divers. Si la théorie est vraie, alors on trouvera dans le mythe des caractères récurrents : on y verra une victime-dieu, qui est coupable, qui porte des traits préférentiels de sélection victimaire (par exemple une infirmité), qui est à l’origine de l’engendrement de l’ordre qui régit le groupe. Et René Girard trouve ces éléments dans les nombreux mythes, à commencer par celui d’Œdipe.
Dans Des choses cachées René Girard aborde pour la première fois le christianisme et la Bible.
Les Evangiles se présentent apparemment comme n’importe quel récit mythique, avec une victime-dieu lynchée par une foule unanime, événement remémoré ensuite par les sectateurs de ce culte par le sacrifice rituel – symbolique celui-là – eucharistique. Le parallèle est parfait sauf sur un point : la victime est innocente. Le récit mythique est construit sur le mensonge de la culpabilité de la victime en tant qu’il est récit de l’événement vu dans la perspective des lyncheurs unanimes. C’est la méconnaissance indispensable à l’efficacité de la violence sacrificielle.
La « bonne nouvelle » évangélique affirme clairement l’innocence de la victime, devenant ainsi, en s’attaquant à la méconnaissance, le germe de la destruction de l’ordre sacrificiel sur lequel repose l’équilibre des sociétés. Déjà l’Ancien Testament montre ce retournement des récits mythiques dans le sens de l’innocence des victimes (Abel, Joseph, Job, Suzanne...) et les Hébreux ont pris conscience de la singularité de leur tradition religieuse. Avec les Evangiles, c’est en toute clarté que sont dévoilées ces « choses cachées depuis la fondation du monde » (Mathieu 13, 35), la fondation de l’ordre du monde sur le meurtre, décrit dans toute sa laideur repoussante dans le récit de la Passion.
Le Christ achève ainsi le mouvement enclenché par Abraham : celui-ci avait substitué l’agneau à son fils, le sacrifice animal remplaçant métaphoriquement le sacrifice humain. La symbolisation fait reculer la violence.
Mais la scène crucifixion/Résurrection va plus loin : elle poursuit le mécanisme de symbolisation par l’Eucharistie : » ceci est mon corps », le pain remplace la chair et nous ne tuons plus le mouton mais en plus, la victime innocente meurt pour nous tous et nous libère par l’Amour du cycle victimaire : elle est la victime une fois pour toutes et par la résurrection, elle traverse la mort.
Si donc on dépasse la conception du rite fondée sur son apparence extérieure : répétition, fixation, stéréotype pour se concentrer sur ce qu’il fabrique, à savoir l’institution du sacré, on trouve chez Girard un modèle explicatif séduisant. Le sacré, c’est le sacrifice, comme le dit l’étymologie.
On pourrait dire que le mythe d’Hiram confirme cette hypothèse.
Mais est-ce si simple ? Si « le rite est l’habitude mise en place par l’approbation commune dans la manière de mener les sacrifices « , si le mot « sacrifice » veut dire « ce qui rend sacré » , si « rite » vient de l’étymologie sanskrite « r’tam » « ce qui est conforme à l’ordre cosmique » soit ce qui relie à l’universel, ce qui relie le particulier au tout et fait vivre le tout dans la partie, doit-on en conclure que le sacré passe toujours par le meurtre du bouc émissaire ?
Il semble que pour valider son hypothèse, René Girard limite son analyse aux rites archaïques.
Tristan Muret dans « Vivre le Rite » propose une autre typologie à partir d’une autre définition.
« Le rite est le désir lui-même tendant de soi à se discipliner selon des figures, des gestes et des actions capables de suggérer, et même de commander, pour l'homme, des voies de prospection de son être et, par conséquent, les voies d'espérance. Tout désir vrai appelle en lui le rite, ou y tend, pour la simple raison qu'il ne saurait exister comme tel sans le rite. C’est dans et par le rite que le désir parvient à affirmer les forces créatrices de la vie, s’éduque et grandit, accède à sa droiture. »
Le rite serait ainsi l'ensemble des cérémonies visant à situer les actions humaines dans le mouvement des forces de vie de la nature, dans l'élan de la fécondité réglée de la nature, inséparablement en nous et hors de nous ; ces rites visent à protéger, fortifier, cultiver, assurer en soit les forces de vie, à contribuer à leur renouvellement auto créateur. Dans cette conception, le désir révèle que le but d'un être est non de parvenir mais de surgir. » Vous êtes comme des dieux » fit dire saint Matthieu à Jésus. Spinoza fait de la joie le principe fondateur de l'affirmation de la vie. Nietzsche nous dit » deviens ce que tu es » et Sartre nous appelle à nous autocréer par l’exercice de notre difficile liberté.
Dans cette conception, le rite apparaît moins comme la répétition d'un sacrifice, conception qui traduit une grille de lecture finalement chrétienne autour de la chute et de la rédemption, mais comme l'affirmation des forces de vie. Nul sacrifice dans la cérémonie d'initiation si ce n'est que nous faisons mourir en nous le vieil homme pour renaître à la vie. Nous « laissons les métaux à la porte du temple » pour mieux entrer dans la vraie vie. Cet auto sacrifice n'a pas pour but de fonder la communauté sur le meurtre mais elle constitue au contraire une Assomption de la vie.
C'est ainsi que l'on peut désormais analyser les rites fondateurs que sont le rite du mariage, celui de la reconnaissance des enfants, les rites d'entrée dans l'adolescence et dans la sphère des responsabilités adultes, celui de l'élection du chef et enfin le culte des morts
Le rite du mariage relie l'état de nature sexuelle à une conception cultivée de l'amour : respect mutuel, stabilité, responsabilité vis-à-vis du conjoint comme vis-à-vis des enfants. Au-delà du besoin, l'individu dans le mariage devient une personne qui assume librement un rôle, une personne, c'est-à-dire un être de volonté.
Le rite de la reconnaissance des enfants procède de la même volonté de passage de l'animalité à la culture afin d'assurer la transmission. De même pour les rites d'adolescence. Les rites d'élection obligent à organiser et à accepter une hiérarchie confiant à certains « élus » la conduite de la communauté du fait qu'ils ont acquis par degrès les valeurs qui leur permettent d'assumer ce devoir.
Enfin le culte des morts vise à donner un sens à la mort pour la communauté, à préparer chacun a sa propre mort, et à replacer le mort dans la longue chaîne des humains.

Selon cette conception, le rite ne vise pas seulement à adapter l'individu à des savoirs et règles préexistants, comme il s'agit pour les rites de passage.. Le rite de passage fait accéder l'enfant ou l'adolescent a un statut préétabli, il lui assigne une place, il est par essence normatif et conservateur. Le rite tel que nous le concevons est ambivalent. Il est à la fois adaptateur à un système de règles mais uniquement parce que cette soumission aux règles est la condition de la libération de l'énergie créatrice. Le rite montre que la règle loin d'enfermer permet l'émancipation.
L'initiation maçonnique apparaît donc comme un humanisme initiatique permettant par le rite la libération de l'individu.
Le rite maçonnique se traduit par trois catégories de rituels.

  • - les rituels d'ouverture et de fermeture qui sont des rituels d'institution du sacré séparé du profane.
  • - les rituels d'initiation permettant à la personne de progresser par degrès.
  • - les rituels solsticiaux qui rattachent le temps de l'homme au temps de la nature.

Ces 3 types de rituels peuvent-ils inspirer des actes de sacralisation extérieurs au Temple ?

Des rites et rituels laïques ?

Résumons-nous : nous avons vu dans une première partie que le concept de laïcité ne décrit pas une option philosophique opposée à l'emprise religieuse mais un concept fondé sur le double principe de séparation entre l'État et le religieux et surtout de liberté de conscience incluant la liberté religieuse. Loin d'être un cadre vide, la laïcité est aussi l'expression de valeurs fondatrices fondées sur le droit à l'émancipation des individus, la capacité de la raison à organiser la société. Elle s'oppose donc à toute option communautariste, dogmatique, autoritaire et totalitaire.
Aussi nous pouvons désormais définir le mot laïque.

Il désigne donc d'abord ce cadre d'organisation. Par extension il désigne un mouvement de pensée qui a affirmé face à l'emprise religieuse le pouvoir du libre arbitre, de la liberté de conscience. L'histoire montre que ce mouvement ne fut pas seulement matérialiste, athée, positiviste, scientiste, mais aussi spiritualiste, allant même jusqu'à rêver de l'institution d'une nouvelle religion universelle, religion naturelle, des philosophes, civile. Enfin il faut rappeler que laïque vient de « laios », le peuple ; serait » laïque » les choses communes à tous.

Dans un second temps j'ai défini le rite en montrant d'abord les dangers d'une conception descriptive et extérieure des rites qui placerait le rite du côté de la conservation, de la tradition, de l'archaïsme, pour tout dire du ringard. De même j'ai montré la nécessité de ne pas confondre ce qui est rituel au sens de ce qui est habituel et ce qui relève du rite au sens qu'il a à voir avec le sacré. Nous ne mélangerons donc pas ici la dinde de Noël et le mythe d’Hiram. De même j'ai montré la fécondité de la théorie du bouc émissaire de René Girard mais aussi ses limites pour finalement proposer une conception du rite à la fois ordre et libération dont le rite maçonnique peut apparaître comme la quintessence.

À partir de là nous pouvons enfin à répondre à la question : peut-il exister des rites et rituels laïques ?

En premier lieu je serai tenté de dire que le rite et rituel laïque par excellence c'est le rite maçonnique. En effet j'ai montré que le rite maçonnique est celui-là même qui pousse le plus loin l'affirmation de la vie, de la joie, de la liberté et de l'émancipation. En ce sens le rite maçonnique rejoint totalement la conception de la laïcité fondée sur le principe d'émancipation par la liberté de conscience. De même le rite maçonnique démontre que pour surgire le sacré doit se séparer du profane. En ce sens il cantonne le rite dans le Temple et ne s'impose pas dans l'espace public. Aujourd'hui aucun d'entre nous n'imagine faire du credo maçonnique la nouvelle religion universelle substitutive des religions historiques. Le temps n'est pas venu où franc-maçonnerie et humanité se confondront.

Dans un second temps je me poserai la question du savoir si la question des rites et rituels laïques renvoie en fait aux problématiques de célébration du sacré républicain. En effet j'ai montré que la république a fonctionné dans l'histoire comme religion civile. Elle eut ses cérémonies et rites de passage .

Régis Debray dans son ouvrage « le Moment Fraternité » fonde son analyse sur le fait qu'il a existé une religion civile républicaine qui a donné son aura à un nous d’élite, souvent dominateur et longtemps sûr de lui. » Cette religion civile républicaine s'est fondée sur le sacré dont Régis Debray dit » si l'on rencontre du sacré, partout où s'est formée une communauté durable, c'est en vertu d'actes humains de sacralisation. Le sacral n'est pas l'émanation d'un être, mais le produit d'un faire. »
Aussi la religion civile républicaine a sacralisé la république par des actes et cérémonies respectueuses des principes de sacralisation. Régis Debray décrit ces principes à travers plusieurs observations.
Première observation : là où il y a du sacré, il y a une enceinte. Et là où la clôture s'efface, ligne, seuil ou dénivelé, le sacré disparaît. Ainsi dans la République en est-il de la séparation de l'école et de la société ou du secret de l'isoloir.

Deuxième observation : là où il y a nous, il y a une sacralité ; et là où le « nous » se disloque, le sacré s’estompe.

Troisième observation : il n'y a pas de sacralité sans une absence cruciale, vers laquelle lever les yeux. Là où et quand ce point sublime s'efface, le sacré s'estompe. Ainsi donc de la patrie. Les mémorials de la guerre rattachent verticalement les morts et les survivants à une idée transcendante de nation et de patrie, la France cette personne réelle, célébrée par le général De Gaulle, bref une transcendance au sens minimal de

« ce qui se tient par delà ». Régis Debray dit » les stades, dit-on parfois, ce sont les cathédrales de la modernité. Par le volume et l'audace des constructions, c'est incontestable. Ils se ressemblent tous ? Les vaisseaux gothiques aussi. Ce sont des enceintes fermées, en forme d'anneau ou ovoïde, des foules s'y rassemblent volontairement, fidèles appelés fans mais pas pour longtemps: même si les spectateurs pratiquent le soutien sans participation, les cérémonies sportives obéissent, elles aussi, à un rituel fixé d'avance, tout ce qu'il faut pour une bonne effervescence. Sauf le point d'incomplétude. Les cathédrales ont une flèche, les palais, une hampe, les stades n'ont rien qui dépasse. Pas de verticale, pas d'appel d'air, pas de dédicace. Le rituel sportif fait le plein, soit, mais c'est le vide qui lui manque, par défaut d'ancêtres et de recul. À l'ordinaire, les jeux du stade n'ont rien à raconter, que de plan et de plat. Sans passé ni futur, effaçant l'histoire, ses spasmes collectifs, célébrations courtes et sans sillage, s'épuisent dans l'instant et ne font pas d'enfants . »

Observons donc que la société du spectacle, la disparition ici de la guerre, l'effacement de la nation, le culte de l'individu, ont dissous cette religion civile républicaine, dont la IIIe République fut le coeur. Inventer des rites et rituels laïques serait dans cette acception recréer cette religion civile républicaine. On peut en effet regretter la cérémonie annuelle de distribution des prix. Il ne manque pas non plus de bonnes âmes pour regretter la disparition du service militaire comme rite de passage à l'adulte.
Mais faut-il regretter le service militaire, ses petits chefs imbéciles, ses humiliations sordides, sa masculinité trouble. Ou faut-il se cacher que le seul véritable rite de passage du service militaire est la visite collective au bordel. Ne faut-il pas entendre dans le regret de la disparition du service militaire l'idée réactionnaire que nos jeunes auraient besoin d'une bonne guerre pour devenir adulte, en tout cas pour les survivants. Pour le dire tout net je ne suis pas sûr que la restauration des cérémonies républicaines soit conforme à notre idée du rite humaniste qui accorde la règle et l'émancipation. Je ne vois ici que la soumission au groupe, à la règle et à la hiérarchie. Il n'appartient pas aux maçons d'inviter de nouveau les citoyens à mourir pour la patrie.

Il faudrait donc imaginer des cérémonies laïques qui permettraient aux citoyens de combiner la participation au groupe et le droit à l'émancipation. On peut effectivement imaginer de nouvelles formes de cérémonies de distribution des prix qui ne récompenseraient pas seulement les meilleurs élèves, au risque de ne pas imaginer ce que ressentent alors les mauvais élèves, mais aussi les bonnes actions de solidarité, les projets collectifs, les talents les plus divers et les plus singuliers, on peut encore imaginer des cérémonies en l'honneur des jeunes et moins jeunes qui deviennent français, qu'ils aient 18 ans ou qu'ils aient acquis la nationalité française, à condition de ne pas transformer le droit à la langue en une obligation de parler français pour ne pas être exclu, on peut enfin imaginer un service civil universel qui remplacerait le service militaire pour inviter les jeunes à faire la démonstration que c'est en servant les autres qu’on se procure le plus grand plaisir, et qu'on devient soi-même en voyageant loin. Mais attention encore à ce que l'idée de refonder des rites et rituels laïques c'est-à-dire constitutifs d'une religion civile républicaine ne soit pas une tentative ringarde de restauration d'un ordre ancien que nous aurions bien tort d'idéaliser.

Enfin, troisième temps, on doit se poser la question des rites et rituels, mariage et funérailles, tels qu'ils existent aujourd'hui. Longtemps ces cérémonies eurent un contenu religieux. Afin d'offrir une alternative à ceux qui ne se reconnaissent pas dans une religion révélée, la franc-maçonnerie a mis en place des rituels par exemple de reconnaissance du conjoint ou de l'enfant montrant par là qu'il y a un besoin qui n'est pas satisfait. En effet il ne serait pas juste que parce que je n'accepte pas une religion révélée, le caractère sacré des funérailles, du mariage, ou de la reconnaissance des enfants me soit interdit. Mais il reste à inventer les rites et rituels qui, en dehors du temple maçonnique, proposerait donc ce sacré sans religion, cette spiritualité laïque auquel ont droit agnostiques et athées.
Martine Segalen a montré dans son ouvrage « les confréries dans la France contemporaine » l'existence dans le monde rural de « confréries de charité » qui accompagnaient les morts en solidarité. Cette tradition perdure encore dans la région de Béthune.
Par ailleurs l'histoire de la libre pensée en France formidablement racontée par Jacqueline Lalouette montre en quoi la mort sans prêtre, les obsèques civiles et autres cérémonies civiles telles que baptême et mariage ont fait l'objet de combats nombreux. Ainsi furent civiles les obsèques du père d'Émile Littré, du père puis de la fille de Michelet, de la mère d'Edgar Quinet, de Lamennais, du père Enfantin, de Proudhon, de Sainte-Beuve, et de Barbès, en 1870. Et je tiens des rituels laïques édictés par les associations laïques de Mouscron pour le mariage et les funérailles. Chacun qui a vécu les funérailles dans un crématorium a saisi la faiblesse de ces cérémonies par rapport à ce qu’offre l'église. Décor et décorum, musique et encens, le faste relatif de la cérémonie religieuse apparaît plus respectueux des morts et des vivants que le fonctionnalisme froid du service public de funérailles. Mais il faut aussi constater que les rituels de cérémonie civile pèchent souvent par la faiblesse de leur symbolisme et de leur langage. J'imagine volontiers qu'une collaboration entre francs-maçons et artistes serait à même d'inventer les cérémonies civiles qui dans une société post-religieuse permettrait à ceux qui le veulent de s'inscrire dans une sacralité.
Dans les Constitutions d’Anderson,
« quoique dans les temps anciens les maçons fussent astreints dans chaque pays d'appartenir à la religion de ce pays ou de cette nation, quelle qu'elle fût, il est cependant considéré maintenant comme plus expédient de les soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière, et qui consiste à être des hommes bons et loyaux, hommes d'honneur et de probité, quels que soient les dénominations ou croyances qui puissent les distinguer »

Les racines de la France sont essentiellement chrétiennes.

[...] Un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent.
[...] La morale laïque risque toujours de s’épuiser quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini.
[...] J’appelle de mes vœux l’avènement d’une laïcité positive, c’est-à-dire d’une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, à celle de croire et de ne pas croire, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout
[...] Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. [...] »

« Considérant que la laïcité a beaucoup de difficultés à s’imposer en Europe du fait du poids de l’histoire, des cultures et des institutions religieuses sur la vie de la société contemporaine des divers états qui la composent, nous entendons travailler à la promouvoir, dans la mesure même où nous la considérons comme l’indispensable ferment de la construction culturelle d’un ensemble politique cohérent…
Constatant que seule la France dans la sphère européenne a inscrit dans sa constitution cette laïcité fondée sur les droits de l’homme, la séparation des églises et de l’état et le refus du relativisme culturel, nous cherchons à en faire progresser l’avancement comme principe d’organisation de toute société humaine et condition d’une vie sociale libérée des contraintes imposées par les organisations religieuses. » Statuts de l’IDERNE.

Source : http://averroes-roubaix.org/listes-des-conferences/56-rites-et-rituels.html

 

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