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Dieu d'Abraham, d’Isaac, de Jacob : une invocation très chrétienne

22 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Dans leurs prières et invocations, les Elus Coens font le plus souvent appel au « Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob ».

Cette formule particulière, quoique parfois usitée dans la liturgie de l’Eglise, doit retenir toute notre attention dans la mesure où elle amène celui qui l’utilise à rappeler que la puissance, la justice et la miséricorde divines s’appliquèrent dans l’histoire de l’humanité sur les trois patriarches cités issus de la même lignée de père en fils.

· Sur Abraham par l’alliance que Dieu fit avec lui et qu’il rendit réversible sur tout le peuple hébreux en promettant à Abraham une grande descendance : «Voici quelle est mon alliance avec toi. Tu deviendras le père d’un grand nombre de nations. On ne t'appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d'un grand nombre de nations.» (Gen. 15, 4-5)

· Puis sur Isaac dont Dieu demanda le sacrifice libre. « Dieu dit : « Prends ton fils unique, celui que tu aimes, Isaac. Va-t-en au pays de Moriah et là offre-le en holocauste sur l’une des montagnes que je t’indiquerai. » (Gen. 22, 2). Ce sacrifice Lui fut accordé par son père Abraham et accepté librement par Isaac qui fit ainsi le sacrifice de sa volonté qui fut le seul que Dieu acceptât : « Puis Abraham tendit la main et prit le couteau pour égorger son fils. Alors l’ange de l’Eternel l’appela depuis le ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange dit : « Ne porte pas la main sur l’enfant et ne lui fais rien, car je sais maintenant que tu crains Dieu et que tu ne m’as pas refusé ton fils unique.» (Gen. 22, 11-12)

· Enfin sur Jacob, fils d’Isaac, qui malgré ses usurpations et ses nombreuses prévarications fut gratifié de la vision des cieux par l’intercession des anges de l’Eternel : «Il fit un rêve : une échelle était appuyée sur la terre et son sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. L’Eternel se tenait au-dessus d’elle.» (Gen. 28, 12)

Le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob est donc bien le Dieu qui œuvre sans cesse à renouveler l’alliance qu’il a faite avec son peuple au travers des patriarches élus en les gratifiant de toutes ses grâces à la hauteur des épreuves auxquelles ils sont parfois soumis et qu’ils acceptent dans leur crainte de l’Eternel. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob et le Dieu de l’Ancienne Alliance, de cette alliance qui se transmet sur la postérité de ces mêmes patriarches et à travers elle sur toute l’humanité sur laquelle il répand ses bénédictions. Même le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est-il uniquement le Dieu de l’Ancienne Alliance ?

Rien n’est moins sûr et nous allons le montrer. En effet, revenons sur chacun des Patriarches susmentionnés et regardons dans l’Ecriture et avec Martinès de Pasqually quel est le type réel de ceux-ci.

Relativement à Abraham, Martinès nous dit dans son Traité de la Réintégration :

« Vous savez que le nom d'Abram fut changé en celui d'Abraham. Le premier nom signifie un père charnel terrestre, élevé au-dessus des pères ordinaires de postérités matérielles terrestres ; aussi il n'y a jamais eu parmi les pères particuliers temporels un homme plus élevé en postérité charnelle qu'Abram. (…) Il est vrai qu'Abraham a succédé en ceci au défaut d'Adam, puisque d'Abraham est véritablement sortie une postérité de Dieu. C'est, en effet, dans la société d'Abraham que le Créateur a fait son élection générale et particulière : la première, pour manifester sa justice, et l'autre, pour manifester sa gloire. »

Martinès enseigne ainsi qu’Abram fut le père d’une postérité charnelle mais qu’Abraham fut quant à lui père d’une postérité de Dieu. Ceci est totalement conforme à l’Ecriture Sainte qui dit :

«Voici quelle est mon alliance avec toi. Tu deviendras le père d’un grand nombre de nations. On ne t'appellera plus Abram, mais ton nom sera Abraham, car je te rends père d'un grand nombre de nations. » (Gen. 17, 4-5) et aussi : « Après l'avoir conduit dehors, il [Dieu] dit: «Regarde vers le ciel et compte les étoiles, si tu peux les compter.» Il lui affirma: *«Telle sera ta descendance.» (Gen. 15, 5)

Ce dont nous déduisons qu’Abraham, père d’une multitude indénombrable, est le type de toute paternité spirituelle par l’alliance que Dieu fait avec sa descendance ainsi que temporelle. Il est donc le type du Créateur, du Père éternel.

Isaac, premier fils d’Abraham et de sa femme stérile Sara, fut engendré quant à lui selon l’esprit de Dieu. En effet, n’est-il pas dit dans l’Ecriture :

« Dieu dit à Abraham: «Quant à ta femme Saraï, tu ne l'appelleras plus Saraï, car son nom est Sara. Je la bénirai et je te donnerai même un fils à travers elle. Je la bénirai et elle donnera naissance à des nations; des rois seront issus d'elle.» (Gen. 17, 15)

Isaac est donc le fils engendré dans l’Esprit et non dans la passion des sens. Aussi, fut-il dès sa naissance dévoué à Dieu, comme Abel, fils d’Adam le fut en son temps. Tout comme Abel, il voua sa vie au culte et à la réconciliation de ses pères et de l’humanité comme nous l’indique le Traité :

« Il [Isaac] lui dit [à Abraham], selon l'instruction intérieure qu'il en avait reçue de l'intellect spirituel divin, qu'il était temps qu'il fît usage de toutes les sciences divines dont il était instruit et qu'il offrît un sacrifice à l'Eternel. Abraham lui répondit : "Qu'il soit fait, mon fils, ainsi que tu le désires, et que le sacrifice que tu te proposes d'offrir au Créateur serve d'expiation aux hommes de la terre, pour qu'ils soient remis en grâce, qu'ils rentrent dans leurs vertus premières, et qu'ils opèrent efficacement le culte divin pour lequel ils ont été créés."

Le culte qu’Isaac souhaita vouer à l’Eternel, et les sacrifices qu’il désira offrir furent portés à leur paroxisme quand Isaac accepta de porter en offrande à Dieu le sacrifice de sa vie suivant ce que nous dit l’Ecriture :

« Alors Isaac s'adressa à son père Abraham en disant: «Mon père!» Il répondit: «Me voici, mon fils!» Isaac reprit: «Voici le feu et le bois, mais où se trouve l'agneau pour l'holocauste?» Abraham répondit: «Mon fils, Dieu pourvoira lui-même à l'agneau pour l'holocauste.» Et ils continuèrent à marcher tous les deux ensemble. Lorsqu'ils furent arrivés à l'endroit que Dieu lui avait indiqué, Abraham y construisit un autel et rangea le bois. Il attacha son fils Isaac et le mit sur l'autel par-dessus le bois. (Gen. 22, 7-9)

Par ce sacrifice volontaire, le sacrificateur qu’il devait être devint le sacrifié. Isaac ne se débattit point et accepta ce que lui proposait son père. Il n’alla point contre la volonté de Dieu et de son père et fut donc sauvé par cet abandon, Dieu arrêtant le bras sacrificateur d’Abraham, ainsi qu’il est dit dans l’Ecriture (Gen. 22, 11-12). Isaac fut donc comme ressuscité de la mort que représentaient l’abnégation et l’abandon de sa volonté propre. En cela, il est le nouvel Abel, le type parfait du Christ qui fit don de sa volonté humaine en acceptant la coupe que lui proposait le Père.

La figure de Jacob est différente et plus complexe.

Le Traité fait de Jacob une représentation très caractéristique qui n’apparaît pas de façon aussi marquée dans l’Ecriture. Pour Martinès, Jacob est un usurpateur et un prévaricateur. L’Ecriture nous révèle qu’il est le tentateur de son frère qu’il manipule pour le supplanter (Gen. 25, 31-34) et dont il usurpe la bénédiction que devait lui donner leur père Isaac (Gen. 27, 6-40). Martinès le qualifie en ces termes :

« Je vous dirai donc qu'Abraham a fait le type du père divin et Isaac celui de fils de la Divinité. De même ces deux enfants d'Isaac font les types de la première et de la seconde émanation spirituelles faites par le Créateur et celles des esprits qui ont prévariqué. Jacob, quoique le second né, fut le premier conçu par Isaac. La seconde émanation qui fut faite après la prévarication des premiers esprits et celle du mineur spirituel que nous nommons Réaux, Roux ou Adam : Esaü, quoique premier né, fut le second fils conçu par Isaac. Les premiers esprits, ayant prévariqué contre le Créateur, le mineur ou le premier homme les supplanta spirituellement, et devint par là leur aîné. »

Pour Martinès, Jacob est donc le type des esprits prévaricateurs. Alors quelle place pour le Dieu de Jacob ? pourquoi Isaac aurait-il donné sa bénédiction à un esprit de confusion ? pourquoi l’Eternel aurait-il fait une alliance sans condition avec Jacob ?

Cet épisode de l’Ancien testament est difficilement compréhensible si nous ne nous penchons pas de plus près vers l’Ecriture et l’ensemble des circonstances de la vie de Jacob et de son frère Esaü. Aussi, nous nous livrerons ici à une exégèse toute personnelle, s’éloignant un peu de celle de Martinès et qui, le cas échéant, se trouvera controversée.

Jacob, jumeau d’Esaü, après une certaine lutte dans le ventre de sa mère (Gen. 25, 22), naquit après son frère mais doit prévaloir sur le premier né. Le premier né, Esaü, est roux, poilu et symbolise la force de l’homme charnel, la forme corporelle (Gen. 25, 25). D’ailleurs, Esaü s’occupe de la chasse ainsi que de nourrir physiquement son père. Jacob lui reste auprès de son père Isaac et de sa mère Rebecca, dont il reçoit la tendresse et les instructions (Gen. 25, 27-28). Il est le type du mineur spirituel, celui qui création divine mais prévaricateur est enfermé dans toute forme corporelle qui en constitue la geôle ; n’est-il pas dit : « Il y a deux nations dans ton ventre, et deux peuples issus de toi se sépareront. Un de ces peuples sera plus fort que l’autre, et le plus grand sera asservi au plus petit » (Gen. 25, 23). Cependant, la destinée de ce mineur est de se rétablir dans ses droits, de dominer sur l’âme et le corps afin d’en maîtriser les passions – et les transformer en passions spirituelles - et en gouverner l’action, afin que les œuvres des hommes soient toutes spirituelles et tendent à accomplir la volonté de Dieu ; l’homme en sera ainsi glorifié, réintégré et déifié. C’est pourquoi Jacob naît en tenant le talon de son frère. Ce talon, signe de la supériorité, que Jacob tient dans sa main, montrant que ce pied ne pourrait pas le dominer ; talon qui est le lien avec le monde matériel et qu’il peut ainsi diriger et dompter ; mais talon qui est aussi celui destiné à écraser la tête du serpent (Gen. 25, 26) et qu’il se doit aussi de guider par ses bons conseils.

Jacob, mineur spirituel dégradé, souillé par ses péchés, supplante ensuite son frère Esaü, obtenant de lui son droit d’aînesse (Gen. 25, 30-33). Jacob obtient aussi, de surcroît, la bénédiction d’Isaac son père que ce dernier destinait logiquement à son frère aîné (Gen. 27, 1-30), ce qui rend Esaü soumis à Jacob. Alors Jacob est-il vraiment l’usurpateur que nous décrit Martinès de Pasqually dans son Traité en ces termes ?

« Je n'entrerai point dans le détail d'usurpation que Jacob a faite sur son frère Esaü : l'Ecriture en fait assez mention, puisqu'elle a donné à Jacob à ce sujet, le nom de supplanteur, et le fait est d'autant plus facile à concevoir que nous le voyons journellement s'opérer à nos yeux parmi les hommes qui ne cherchent qu'à se supplanter les uns les autres. (…) Mais la vraie prévarication de Jacob est d'avoir surpris la bonne foi de son père, d'avoir employé toutes ses facultés et tous les moyens possibles spirituels et temporels pour lire la pensée de son frère Esaü, d'avoir voulu s'opposer à l'action bonne de cette pensée avantageuse à son frère, de l'avoir supplanté par ce moyen dans tous ses droits spirituels, et de l'avoir réduit, lui et toute sa postérité, dans la sujétion et la privation divine.»

Si nous regardons de plus près les circonstances de ces évènements, la chose est loin d’être entendue.

En effet, Esaü attache si peu d’intérêt à son droit qu’il le troque pour de la nourriture, illustrant la façon dont le corps se détourne de l’esprit en se laissant dominer par ses besoins et tractions physiques et charnels. De plus, pour obtenir la bénédiction de son père, Jacob agit suivant les conseils de sa mère Rebecca soucieuse de ne pas voir la bénédiction d’Isaac accordée à un homme négligent et peu soucieux des choses spirituelles : ce n’est pas l’enveloppe corporelle qui nécessite la bénédiction divine et l’infusion de l’Esprit, mais le mineur lui-même afin de l’affranchir des intellects mauvais, de le nettoyer des souillures contractées par ses compromissions pour que rétabli dans ses droits et prérogatives il puisse développer son action spirituelle-temporelle et dominer sur le corps.

Alors même qu’Esaü, imprudent s’adonne au plaisir de la chasse, veillant à satisfaire aux contingences matérielles, Jacob, suivant le conseil de Rebecca, se revêt des plus beaux vêtements de son frère Esaü pour venir recevoir la bénédiction d’Isaac. Et c’est vraiment à la belle odeur émanant des luxueux vêtements qu’Isaac, vieillissant et presque aveugle, croit reconnaître Esaü (Gen. 27, 27). Ces circonstances nous apprennent que ce ne fut pas par le postiche de poils que portait Jacob que son père Isaac fut confondu mais par sa belle parure et son parfum. C’est par une apparence sainte et glorieuse – la parure s’apparentant à l’habit de lumière et donc au corps de gloire – que Jacob confondit Isaac, ce dernier faisant dans cette circonstance le type du Christ accordant sa bénédiction et ses grâces à l’homme ayant recouvré sa forme glorieuse et restauré l’image divine qu’il avait dégradée.

Isaac montre la voie et d’ailleurs ayant été averti de son erreur, il ne retira pas sa bénédiction à celui qui, agissant sous les conseils de la Sagesse divine – symbolisée par Rebecca – était venu la quérir (Gen. 27, 37-38). Ces dons lui furent accordés comme ils le furent ensuite par l’Eternel qui, dans une vision étendra son alliance et sa bénédiction sur Jacob en toutes circonstances : « Et voici que je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai de ce pays, car je ne t’abandonnerai point que je n’aie fait ce que je t’ai annoncé. » (Gen. 28, 15). Ce songe de Jacob d’une échelle angélique permettant d’accéder au Père n’est-il pas d’ailleurs tout simplement la vision de la communion que le mineur spirituel doit et peut recouvrer avec le Père par sa jonction à son bon compagnon, et à tout être spirituel, et que nous appelons réconciliation ? Jacob eut ce songe alors qu’il s’acheminait chez Laban, frère de Rebecca, vers une sorte d’exil. Exil ou lieu de purification et de fortification ?

Les deux fois sept années que Jacob passera chez Laban pour obtenir Rachel sont riches d’enseignements. Laban, « blanc » en hébreux, symbolise l’éclat de la lumière intellectuelle et spirituelle, la connaissance et l’intelligence. Il est frère de Rebecca tout comme l’Intelligence est sœur de la Sagesse. Laban éprouvera Jacob par des forfaits de même nature que les siens et ainsi favorisera sa repentance et la constance de ses intentions et de ses actes. Laban est généralement qualifié de menteur, de tricheur mais il ne fait que reproduire ce que Jacob a lui-même commis à l’encontre de son père et de son frère. Confronté à ces épreuves, Jacob acquerra au service de Laban de nouvelles forces et une plus grande intelligence spirituelles, réalisant au terme de sa servitude ne devoir qu’à Dieu la croissance de sa richesse et la sortie de son exil. Car après avoir conclu un marché avec Laban, il finit par réaliser, à l’issue d’un nouveau songe, que ce n’est pas du fait de ses propres connaissances et de sa propre intelligence qu’il put acquérir de nouvelles richesses en faisant croître son troupeau, mais que ce fut grâce à Dieu qui avait décidé de sa prospérité, du fait de l’alliance qu’il avait scellée avec lui.

En fait, cette époque de la vie de Jacob et les épreuves auxquelles il est soumis sont bien le reflet des épreuves qu’endure le mineur en parcourant les sept cercles d’expiation. Mais ce sont aussi les mêmes épreuves qui apporteront la vivification et la fortification spirituelle du mineur et sa réconciliation.

Ces épreuves nous apprennent que c’est uniquement de l’Intelligence divine, par le vecteur de toute intelligence créée, que le mineur spirituel recevra toute illumination, toute connaissance, tout intellect ou pensée et toute intelligence spirituelle pendant sept nouvelles années d’illumination et de fortification par la grâce. Alors, le mineur sortira de son « exil » ou plutôt de son lieu de rédemption et de réconciliation. Et fort des connaissances, des dons reçus et de l’assistance divine continuelle, le mineur viendra instruire, guider et diriger l’âme et le corps de l’homme auquel il désire de façon ardente redonner « la belle forme dont il est susceptible »

Le retour de Jacob vers son frère Esaü, suite à l’appel fait par le Seigneur (Gen. 31, 11-13) est alors l’occasion de nouveaux enseignements et d’une nouvelle révélation qui sera quant à elle déterminante.

Jacob semble fuir Laban car étrangement ce dernier paraît afficher une certaine jalousie de tous les biens accumulés par Jacob. Semble jaloux car ayant poursuivi Jacob, il ne l’attaqua point mais vint au-devant de lui pour lui reprocher de ne pas s’être congédié de lui et de sa famille. Jaloux de la jalousie de Dieu envers le mineur habité par l’Esprit quand il est dit : « C’est avec jalousie que Dieu aime l’Esprit qui habite en nous. » (Jac. 4, 5) Mais au-delà de cette jalousie relative ce que vient réclamer Laban se sont les théraphim emportés par Rachel (Gen. 31,19 et 31,34). Ces objets de divination et d’oracle, symbolisant la connaissance que l’on désire d’acquérir, le message de Laban est clair : il n’appartient pas à l’homme de posséder ces théraphim, comme il est considéré comme péché d’orgueil du mineur de penser qu’une quelconque connaissance puisse venir directement de lui alors qu’il n’acquiert toute connaissance que par la volonté et l’action divines. Jacob, à qui Rachel avait dissimulé ce vol, ne convoitait en rien les théraphim comme le mineur réintégré ayant recouvré l’image divine ne prétend en rien détenir ses puissances, vertus et connaissances par son propre et unique pouvoir.

Enfin, la révélation finale arrive avec le dernier songe de Jacob, préalablement à sa rencontre avec Esaü. Jacob rêve d’un combat contre un ange ayant pris l’apparence d’un homme (Gen. 32, 25). Que nous enseigne ce songe ? Jacob lutte contre l’ange, le domine par les forces qu’il a acquises dans son séjour chez Laban montrant ainsi la supériorité recouvrée de l’homme réconcilié par rapport à l’ange. Alors l’ange marque Jacob à la hanche en la lui déboîtant, soulignant ainsi le sceau divin qui marque tout homme et la faiblesse du mineur spirituel dès lors qu’il n’est pas soutenu par l’Esprit. Ainsi, la victoire de Jacob est toute relative car sans l’Esprit de Dieu, point de victoire. Et réalisant cette vérité, Jacob, mineur spirituel, demande la bénédiction de l’ange c'est-à-dire demande à Dieu que jamais ne lui soit ôté son Esprit afin de le rendre victorieux en tout combat et en toute circonstance. Ce qui lui est accordé, Dieu dans son immutabilité ne revenant pas sur sa promesse faite d’accompagner et soutenir Jacob dans toutes les circonstances de sa vie (Gen. 28, 15).

Ainsi vivifié de la force de l’Esprit, Jacob ira à la rencontre de son frère Esaü. Mais avant même de le rencontrer, et dans la crainte du courroux de son frère qu’il souhaitait apaiser, Jacob fera offrir par ses serviteurs les troupeaux et le bétail qui l’accompagnent. Cependant Esaü n’avait manqué de rien pendant l’exil de Jacob et s’était enrichi jusqu’à dire ne pas avoir besoin des richesses proposées (Gen. 33, 9) Car en effet, les dons de la grâce et des énergies divines ne s’attachent pas uniquement à l’esprit de l’homme, à son âme spirituelle que nous appelons mineur, mais aussi à son âme psychique, affective, vitale et à sa forme corporelle. Ces énergies et ses grâces se répandent sur l’homme dans son intégralité, le vivifiant dans toutes ses composantes, car Dieu n’a pas fait l’homme pur esprit mais corps, âme et esprit et c’est l’homme entier qu’il veut restaurer, réhabiliter et glorifier. Malgré cela, conscient de la valeur de ce cadeau il l’accepta.

Jacob est ainsi le type du mineur spirituel rétabli dans ses puissances et vertus qui, grâce aux dons spirituels recouvrés, désire procéder à la réédification de l’homme dans son intégrale triplicité de corps, âme et esprit. Mais il est bien compréhensible que ce même mineur, ayant déjà succombé à l’attraction des pulsions et passions de l’âme et de la chair, redoute cette nouvelle rencontre qu’il devra cette fois dominer. Bien heureusement, il est maintenant armé des grâces de l’Esprit et des forces nouvelles qu’il confère et dont il désire accorder le bénéfice à toutes les parties constitutives de l’homme afin de les sacraliser et les réconcilier. Par ces grâces, le mineur opère alors une traction spirituelle dans l’âme passive et le corps ; il en prend l’ascendant et opère ainsi la réintégration complète de l’homme qui fait suite à la sienne propre.

Jacob retrouvera alors dans de joyeuses circonstances son frère Esaü, symbolisant ainsi la joie de la réunion spirituelle du mineur réhabilité et fortifié par la grâce de l’Esprit-Saint avec le corps et l’âme passive, qu’il peut maintenant guider avec douceur et constance et avec lesquels il désire de faire la plus parfaite alliance. Le mineur apporte ainsi en offrande à l’âme et à la chair tous ses dons et richesses spirituels afin de concourir à leur glorification et à la déification de l’homme. Ainsi est il écrit : « Je t’ai regardé comme on regarde Dieu et tu m’as accueilli favorablement. » (Gen. 33, 10)

Ces grâces et dons sont ceux de l’Esprit-Saint que nous pouvons reconnaître dans les différentes circonstances de la vie de Jacob :

·         La Crainte de Dieu quand, après son combat avec l’ange, Jacob s’écrit « J’ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauvée » (Gen. 32, 31) reconnaissant la grâce divine accordée au pécheur et dont il doit attendre sans cesse les bienfaits, le jugement qui est celui de Dieu, qu’il doit craindre à tout moment, ainsi que la miséricorde dont il est le bénéficiaire.

·         La Piété par la bénédiction qu’il demande à l’ange, bien qu’il en soit victorieux dans son combat (Gen. 32, 27-30), et par les différents autels qu’il éleva en culte à l’Eternel. (Gen. 28, 18), (Gen. 33,20).

·         La Force par sa victoire dans son combat avec l’ange (Gen. 32, 25-27) et le courage qui fut le sien pour aller à la rencontre de son frère afin d’opérer sa réconciliation.

·         La Science dans le projet qu’il soumet à Laban pour sa rémunération et l’accroissement de leurs patrimoines respectifs (Gen. 30, 31-33) ; dans la façon dont il favorise la « fructification » et l’accroissement de ses propres biens en favorisant par des branches à demi-pelées la reproduction de son troupeau (Gen. 30, 37-43) connaissances divines issues de la vision qu’il eut de l’accouplement des boucs et brebis (Gen. 31, 10-13) et de la révélation du dessein de Laban qui essayait de le tromper.

·         Le Conseil par la vision qu’il eut et à laquelle il se conforma de quitter le pays de Laban (Gen. 31, 3).

·         L’Intelligence par la vision qu’il eut du monde céleste, des hiérarchies angéliques et de leurs mystères dans le songe de l’échelle (Gen. 28, 12-13).

·         La Sagesse, salaire de toutes ces épreuves, et qui est le don par lequel Jacob se trouve durant tout le long de sa vie gratifié de l’Esprit par l’alliance que Dieu avait faite avec lui.

Ainsi Jacob est le type du mineur habité par l’Esprit, guidé par l’Esprit et qui finalement remet sa vie entre les mains de Dieu et de son Esprit. Il est le type du mineur recevant les grâces de l’Esprit par lesquelles il reçoit toute connaissance et toute illumination, toute force et toute consolation.

Alors, certains diront que nous nous éloignons de l’exégèse de Martinès. Ceci est vrai, car à l’étude nous devons bien reconnaître que cette exégèse mérite quelques rectifications :

- sur la forme par la relative liberté que Martinès prend dans le Traité par rapport à la chronologie des évènements, inversant les différents songes de Jacob et plaçant ainsi son combat avec l’ange antérieurement à la vision de l’échelle, ce qui altère significativement le sens et la portée de ces songes ;

- sur le fond en passant sous silence le long exil de Jacob chez Laban et surtout en donnant la primauté de la grâce aux esprits déchus au lieu de l’attribuer à l’homme, inversant ainsi toute la vision eschatologique traditionnelle. Martinès rentre même en contradiction avec sa propre vision de la réintégration et du rôle du premier Adam qui devait œuvrer à la réhabilitation des esprits déchus. Et en dépit de la chute de l’homme, cette économie du salut ne changera pas. Le Christ est venu sauver et rétablir les hommes dans leurs vertus, pouvoirs et puissances afin que ceux-ci, forts de l’Esprit-Saint, puissent œuvrer de nouveau à la réintégration universelle des tous les êtres créés.

Il n’en reste pas moins que l’intuition de Martinès est la bonne relativement au rôle prédominant de l’Esprit chez Jacob, même si l’exposé nécessite quelque commentaire. C’est pourquoi, malgré notre manque de convergence apparent par rapport à la doctrine de Martinès de Pasqually, nous concluons avec lui :

« Dans cette invocation, Jacob reconnaît véritablement Abraham comme type du Créateur par la multitude de puissances spirituelles qui lui furent données. Il reconnaît Isaac comme le type du Fils divin ou de l'action divine dans la grande postérité de Dieu qui provint de lui, dans laquelle l'élection et la manifestation de la gloire divine s'est opérée. Et par lui-même Jacob reconnaît le vrai type de l'Esprit, par les grandes merveilles que le Créateur avait faites pour lui, en lui montrant à découvert la gloire divine. »

Nous pouvons donc conclure que par les personnes d’Abraham, Isaac et Jacob, les Elus Coens invoquent dans leurs prières la sainte et indivisible Trinité très chrétienne dont l’action et les bienfaits sont appelés à s’étendre sur tous les frères.

Ainsi, cette formulation de prière, bien que d’apparence vétéro-testamentaire, souligne l’aspect résolument chrétien de l’Ordre des Elus Coens.

Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

 

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Un conflit peut-il engendrer la Fraternité?

20 Octobre 2012 , Rédigé par Louis Peye Publié dans #spiritualité

La Bulle « IN EMINENTI » du Pape Clément XII, en 1738, excommunie les premiers Francs-maçons. «Condamnation de la Société appelée – Liberi Muratori – ou – Francs-Maçons – sous peine d’excommunication encourue par le seul fait dont l’absolution est réservée au Souverain Pontife, si ce n’est l’article de la mort.»

« En raison du secret de leurs assemblées et pour d’autres motifs justes et raisonnables de nous connus. »

Benoit XIV avec celle de « PROVIDAS » la complète, en 1751, tout comme Pie VI, en 1776, en raison de la philosophie des Lumières.

Léon XIII, en 1884, dans son Encyclique « HUMANUM GENUS » reproche à son tour, l’anticléricalisme, le positivisme et le rationalisme du G.*.O.*.D.*.F.*.

En 1915, Benoit XV réaffirme l’excommunication des Francs-Maçons par le fait même de leur adhésion à une « Secte Maçonnique ».

Un fait nouveau apparaît en 1961 avec la réception du Jésuite, le R.P. RIQUET qui provoque la démission de son V.*.M.*. Marius LEPAGE de sa R.*. L.*. du G.*.O.*.D.*.F.*. En 1961 se prépare le concile œcuménique de Vatican II. Marius LEPAGE organise à Laval une conférence en Loge, une Tenue Blanche fermée, au cours de laquelle le Révérend Père Riquet vient présenter son point de vue en tant que catholique sur l’athéisme. Cette TBF reçoit l’accord de l’évêque de Laval ainsi que celui du G.*.O.*.D.*.F.*. comme il se doit. Toutefois, l’Obédience n’avait pas anticipé l’émotion suscitée dans ses rangs et que la presse nationale de l’époque reprend. Or devant l’ampleur de l’écho, le G.*.O.*.D.*.F.*. affirme que la conférence a pris la forme d’une simple réunion à caractère privé et qu’il n’y a eu aucun cérémonial maçonnique…. Ce qui soulèvera des réactions vives de nombreuses Loges de l’Obédience et en particulier dans le Sud-ouest. Cela aboutit à une suspension du Vénérable Maître organisateur, devant les instances disciplinaires de G.*.O.*.D.*.F.*. Marius LEPAGE sera acquitté par ces mêmes instances le 23 septembre 1961 ; et malgré l’Appel interjeté par le Conseil de l’Ordre. Il sera définitivement blanchi le 18 décembre 1961.

Ainsi, l’opposition est consommée mais change de camp. En 1974, le Canon 2335, ne vise plus que les Chrétiens agissant contre l’Eglise, ce qui n’est pas le cas de la Maçonnerie anglaise ni de la G.*.L.*.N.*.F.*. Dès lors les ecclésiastiques peuvent recevoir l’Initiation, après dispense de leur évêque dans les Loges dites Régulières où la croyance en un Dieu créateur est affirmée, en principe.

En 1983, le nouveau code 1184 ne mentionne plus les F.*.M.*. et ne maintient de ce fait plus leur excommunication ainsi :

« Seuls doivent être punis d’une juste peine, ceux qui donnent leurs noms à une association qui se livre à des complots contre l’Eglise. Les promoteurs ou dirigeants d’une telle association seront punis de l’interdit. »

Si le code de 1917 prévoyait 42 cas d’excommunication, le nouveau Code n’en reconnaît désormais plus que 7 : hérésie, apostasie, schisme avortement, sacrilège contre l’Eucharistie, violence physique contre le Pape, absolution du complice pour péché charnel et avortement, consécration illicite d’un évêque, violation du secret de la confession.

Chacun appréciera à sa juste valeur les nouveaux cas d’excommunication. Ces sept nouveaux cas mériteraient un large débat, j’en suis conscient. Cependant il faut noter qu’il n’est plus fait mention des Francs-maçons. Pourtant les Pères – haut placés dans la hiérarchie du Vatican - par l’intermédiaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, rappellent que les catholiques qui s’inscrivent dans une Loge sont : « en état de péché grave et ne peuvent, de ce fait, accéder à la communion ». Ce qui explique les difficultés pour certaine Obédience d’ériger une Loge sur le territoire monégasque.

La conclusion, pour l’Ecossais reconnu comme tel par ses FF et SS, sera l’affaire de l’excommunication. Elle sera donc réglée dans le secret de son âme et conscience (que Rome lui reproche). Avec tolérance et fraternité. Le F.*. Ecossais demande au G.*.A.*.D.*.L.*.U.*. de pardonner ceux-là mêmes qui jettent des anathèmes parce qu’ils ne savent pas toujours ce qu’ils font. Cet Ecossais invite surtout les FF et les SS à participer aux Tenues – à la condition qu’ils se sentent des Hommes libres dans des Loges Libres. – Peut-on, aujourd’hui, l’affirmer lorsque certaine Obédience jette l’anathème sur des FF .*. dont la ligne de conduite n’est pas celle préconisée par le Grand Maître ? A certains, reste le choix entre se soumettre ou se démettre - Ceci afin d’asseoir leur propre opinion et ne point prendre les mots des représentants d’une foi, qu’ils soient enrubannés ou calottés, pour la Réalité révélée. Le premier devoir d’un homme adulte est le doute : soyons tolérant face à la croyance en… La vie n’est que perpétuels changement, transformation et la vérité d’hier n’éclaire plus le scientifique d’aujourd’hui. La vie n’est qu’une suite de catharsis, d’abréactions d’eurêka, de découvertes où la vérité se montre différente selon l’angle sous lequel on la découvre.

Que nous disent les Bulles papales ?

Les Bulles d’exclusions contre la Franc-maçonnerie sont nombreuses. Le sujet est traité dans différents média écrits ou audio-visuels. Le sujet fait « vendre » et recueille toujours autant d’intérêt. Ce fameux secret reste secret malgré les Tenues Blanches Ouvertes, les actualités qui sourdent des Obédiences comme celles qui transpirent soit à la G.*.L.*.N.*.F.*. ou au G.*.O.*.D.*.F.*.….. et malgré que toutes les Obédiences aient traité ce sujet.

Combien de Francs-maçons, de Sœurs, de Frères qui appartiennent à un Rite, à un courant chrétien sont concernés par l’excommunication ?

Certains ne se sont jamais posé la question. En effet qu’est-ce que l’Excommunication ? C'est-à-dire « la privation des sacrements ». Autrement dit la suppression pour un F.*. ou une S.*., ou une Loge, une Obédience, ayant entre autres, la fonction de maintenir les Hommes, en bonne communication « les uns avec les autres ».

Ces groupes de FF.*. de toutes croyances autour de « Rites secrets », font référence à un Grand Architecte De l’Univers, entre autres. Chacun ici, mettant dans ces termes ce qu’il entend.

Respect Député.*. Maître.*. et mes B.*.A.*.F.*., je vous fais grâce d’une litanie longue et fastidieuse de ces autres dates et chiffres dont parfois les FF.*. sont si friands.

Permettez-moi de vous parler d’une période de référence où est née et s’est développée notre maçonnerie, dite «Ancienne et Moderne» : suite à la Maçonnerie Opérative.

Sept Papes essentiellement de 1738 à 1984 se sont efforcés d’actualiser l’excommunication en argumentant les motifs et en ajoutant des accusations de plus en plus graves contre la Maçonnerie.

Le premier pape condamnant l’Ordre maçonnique est le Pape Clément XII avec sa bulle de 1738. Le premier grief invoqué concerne le serment sur la Bible. Cette dernière souvent ouverte (pas toujours), à la page de l’Evangile selon Saint Jean, dans les Loges travaillant au REAA.

Je vous rappelle que dans toutes les Obédiences ou presque, des FF.*. travaillent dans des Loges dites de St Jean. Or St Jean était compagnon du Christ. Ses écrits font partie du Nouveau Testament et l’ésotérisme selon St Jean ne pouvait être QUE chrétien, Alors, pourquoi cette vindicte papale ?

Il existe 7 millions de FF.*. et SS.*. Maçons dans le monde. Combien de FF.*. ne prêtent pas serment, sur la Bible ou autres livres sacrés ? On peut considérer que sur 7 millions de Maçons, environ 6 millions appartiennent à des Loges dites Régulières – ie reconnues par la Maçonnerie Anglaise au sein de l’U.G.L.E.

Si ces 6 millions appartiennent à des Loges Régulières, elles devraient être Théistes – qui admettent l’existence d’un Dieu – en dehors de toute révélation, et les Déistes, - qui croit en Dieu sans dépendre d’une religion révélée -, hors des organisations religieuses administrées - alors combien sont-ils ?

Dans les fondements les plus anciens en Occident, la Foi est d’incidence Chrétienne.

Les Constitutions d’Anderson en expriment pour la 1ère fois (en 1723) les grands principes. Nous trouverons des traces, en 1750, de la formulation géniale des R.*.E.*.R.*. qui apparaît comme une sorte de réaction chrétienne.

Gardons à l’esprit qu’il y a actuellement 1 milliard de chrétiens ou catholiques dans le monde.

C’est à la fin du Convent de Wilhelmsbad en 1782 que le Rite Ecossais Rectifié est constitué, que le Serment spirituel et chevaleresque de l’Ordre des Chevaliers bienfaisants de la Cité Sainte est solidement établi sur des bases renouvelées.

Resp.*. D.*.M.*., il existe plusieurs sortes d’actes pontificaux : les décrets, les lettres, les Bulles (scellées avec du plomb), les Brefs (scellés avec de la cire)

Les Bulles sont des actes très importants :

    canonisation – élection

    convocation de concile

    suppression – condamnation

En fait Bulle, également appelée Bulla veut dire (sceau de plomb). Toutes ces Bulles sont notées dans le code du Droit Canon, enregistrées, numérotées, paraphées.

Dans le nouveau code du Droit Canon, il n’y a que 1752 articles. Cela veut dire que le Canon n° 2235, se trouve dans l’ancien Code du droit canon.

Stupéfiante Bulle !

Stupéfiant article que l’article 2235 de LEON XIII, promulgué en 1917. Publié officiellement et qui condamne toute la Maçonnerie en ces termes. Je cite :

« Ceux qui adhèrent à la Secte maçonnique ou autres associations du même genre, du même style qui complotent conte l’Eglise encourent l’excommunication».

Le Pape Benoit XIV successeur de Clément XII, confirme l’excommunication dans sa constitution apostolique sous forme de Bulle –« Providas romano-rum ponificum »- du 18 mai 1751.

Au moment où le Vatican condamne la F.*.M.*., n’oublions pas les Jésuites qui combattent les Protestants. Aujourd’hui il existe 360 millions de Protestants, dont environ 115 millions en Europe.

L’idéal Andersonnien est parfaitement vécu. Les Francs-maçons en général, les F.*.F.*. de différentes confessions et les FF.*..*. chrétiens ou autres fréquentent de plus en plus de Loges.

Ils s’appellent tous ‘Frère’ ou ‘Sœur’ entre eux !

Ce qui ne plait guère aux Papes et les condamnations pleuvent. Les Vénérables Maîtres donnent de plus en plus la lumière et chaque Pape en ajoute un peu plus.

Mes Très Chers Frères, combien de Papes nous condamnent et bien évidement je ne peux tous les énumérer. Il faut ajouter les lettres Encycliques, les lettres apostoliques, le Dictionnaire d’Apolgétique, l’Allocution consistoriale, la Constitution du 12 août 1869, l’Instruction de la Congrégation du Saint office, etc.

Mes B.*. A.*. F.*., il ne faut pas s’illusionner. Ce Pape Clément XII qui jette l’interdit sur notre Ordre est bien renseigné et sait, connait le danger que nous représentons, nous les Francs Maçons, ces libres penseurs. Il est le « berger » du « troupeau » de catholiques de par le monde. Dans ces deux termes, tout est dit. Un mouton, une vache, un cochon ont-ils une raison, une intelligence ? Heureusement, l’homme a un berger (le pape) qui le garde de ses ennemis et de lui-même.

Et dans le monde profane, les théistes, les déistes, les athées, les libres penseurs… ne sont pas tous d’accord entre eux. Cela fait beaucoup de monde et certains, parmi eux, sont influents.

Il est vrai que d’aucuns concourent merveilleusement bien à diviser et à entretenir cette division. Certains FF, certaines Obédiences, certains partis politiques, certaines « chapelles » y trouvent bon compte, évidement. Ils ont des Offices, des Charges, des Plateaux de respectabilité. Ils ont même des discussions hiérarchiques.

Comme si la hiérarchie ecclésiastique n’existait pas ?

« Savamment organisés, plusieurs types d’ordres, plusieurs degrés, plusieurs couleurs, avec des grades, ayant parfois une discipline sévère. Ces FF.*. seraient soumis à une JUSTICE maçonnique effroyable.

Lors de leurs cérémonies, ils permettent, ils doivent faire le serment de ne jamais révéler, à aucun moment, n’y d’aucune manière, le nom, le prénom de leurs « associés », de leur F.*. de leurs supérieurs. Voilà ce que disent les Papes. »

Société secrète et celle-ci s’appelle la F.*.M.*.

On projette ce que l’on est, vous dit le psychologue !

Mais ils ont des réunions clandestines… dans des Temples par exemple. Ne dit-on pas que certains ont droit au « Chapitre » - expression qui remonte au Moyen Age et fait allusion à la réunion des moines et chanoines. Celui qui avait droit au chapitre était celui qui participait à la prise de décisions et avait une voix de délibération comme les évêques-

    Qui sont-ils ?

    Que font-ils ?

    Que pensent-ils ?

    Que convoitent-ils ?

    Qu’est-ce qui est si important, de si secret que le commun des moines – ou des mortels - ne doit pas savoir ?

Heureusement que nous sommes loin de la loi sur la contraception, de celle sur l’adoption de l’Interruption Volontaire de Grossesse qui est accordé à la Femme. Chacun d’entre nous connaît la place de la Femme dans l’Ordre Catholique. Je n’évoque pas la Vierge Marie, non, mais bien celle qui influence l’homme commun de si mauvaise manière… affirme le Clergé.

La tolérance maçonnique est l’admission du dialogue, l’acceptation de la vision de l’Autre.

Laissons au Pape, laissons aux religieux, laissons aux hommes politiques la notion d’intolérance, la notion d’apostasie, les méfaits du groupe.

Quel dommage que certains FF placent la notion de religion, ou celle de l’Obédience, au niveau que nous connaissons aujourd’hui. Par manque de connaissance ou peur. Par des propos maladroits. Peu importe leur obédience ou leur pratique du rituel. Peu importe leur degré dans leur loge ou leur croyance.

Religion : qui relie les hommes entre eux, nous informe le dictionnaire.

Pour les FF.*. pratiquant le RER… Maitre Ecossais de St André, je pense que la problématique, de la Foi ou de la religion chrétienne ne se situe pas au niveau de l’Institution mais bien à celui de l’Individu, ou de la personne ou du Frère. C’est bien à chacun de choisir sa manière de croire en…, d’en parler, s’il le souhaite, de choisir ses actions, de les mener comme il l’entend, mais avec beaucoup de prudence : le Maçon est un être qui doute par essence.

Le 4éme degré nous garantit la matûrité des F.*. qui le composent. Bien que je me demande parfois, si la Force qui l’anime est proportionnelle à la TEMPERANCE, qu’instituaient nos guides, peut-être puisaient-ils celles-ci – prudence et tempérance – dans la Foi

    Foi chrétienne pour les uns

    Foi maçonnique pour les autres

    Foi en l’Homme pour certains

Il me semble que j’ai employé le mot « GUIDE » tout à l’heure ?

Il est vrai que j’aurais pu le remplacer par le terme « ANCIEN » - ancien et Moderne – cela vous rappelle des souvenirs n’est-ce pas ! Aux Anciens de 1730, entre autres… d’avoir supprimé les prières… et bien d’autres reproches bien-sûr : l’Epée, et les vertus cardinales Tempérance/Force – Justice/Prudence.

Rappelez-vous également ces querelles d’Anciens et des Modernes :

ó Pas sur le fait d’être Croyant, Déiste, Théiste ou Athée

mais seulement sur ce qu’ils n’avaient pas encore appris ou compris : la Justice, la Tolérance : ils n’avaient pas encore appris à se tolérer les uns et les autres.

Oui, mes B.*. A.*. F.*. notre Loge, dans son ensemble, est un Atelier, un laboratoire devrais-je dire, où les hommes apprennent à se connaître d’abord par la recherche de la compréhension du V.I.T.R.I.O.L. et, ensuite, à se reconnaître les uns les autres. Quel choc pour un montagnard de discuter avec un homme natif de Mimizan, d’un Lillois rencontrant un Marseillais. Nous avons tendance, par habitude, de traiter avec l’autre comme un autre soi-même, ayant vécu les mêmes aventures. Le psychologue parle de projection. Or, l’Autre est différent par nature. Nous avons, bien sûr des points communs par notre culture et chacun les interprète à sa façon. Un fait peut très bien être vécu négativement par l’un et positivement par son Frère. Cette constatation est importante. Ces diverses visions d’un fait sont l’expression d’une vérité multiple du Principe Un.

Rappelons-nous la naissance officielle de la Maçonnerie en Angleterre. Ces habitants sortaient d’une guerre où chaque parti défendait son point de vue. Que de dégâts. Des hommes de bonne volonté s’assirent autour d’une table et discutèrent, non de qui avait raison, mais du comment sortir de l’ornière et du pourquoi depuis des siècles, et du pourquoi des hommes se conduisaient uniquement à l’instar de l’instinct animal sans réflexion humaine. Certains allèrent plus loin. De notre civilisation chrétienne, ils allèrent rechercher dans la Bible les racines de notre humanité… de Jésus, ils remontèrent à Moïse, de Moïse à Joseph, de Joseph à la Civilisation Egyptienne… d’autres allant visiter la civilisation hellène, les Stoïciens. Tous avaient débordé des limites fixées par le curé de leur paroisse respective.

Un vrai Maçon ne recherche pas le Pouvoir, il l’a. Un vrai Maçon a le savoir qu’il cherche à renforcer et qu’il partage volontiers. Un vrai Maçon n’a de vouloir que d’inciter la volition chez l’autre à suivre son exemple : vivre sa vie, vivre son expérience et en tirer profit pour lui et ses semblables. Son but ultime est de rendre tout un chacun lumineux pour éclairer le chemin de l’autre en étant lui-même charismatique en toute humilité.

A la veille de la célébration du Cinquantenaire de notre Loge, tous les FF qui ont tous de la bonne volonté, qui sont toujours présents, soit sur les Colonnes soit présents parmi nous dans l’esprit, et toujours présents à l’appel, j’en suis convaincu, seront là… le moment venu.

En ce moment où quelques FF.*. semblent vaciller, chanceler, où quelques FF.*. doutent de toutes les valeurs, de l’esprit qui règne ici ou là, il est sage d’espérer.

Il faut que ces FF sachent que dans 50 ans encore, il y aura encore une fête chez nous. Ce qui est sûr c’est que ce sera grâce à

    Votre présence

    Votre participation

    Votre écoute

C’est notre F.*. A… qui disait : il faut que l’homme apprenne à écouter l’homme. C'est-à-dire s’ouvrir à l’Autre dans la générosité, la fraternité, la Bienfaisance.

Je crois qu’il est urgent, de faire passer un message d’AMOUR, de lancer un appel d’UNION à tous les FF pour que ces querelles, pour que les divisions ne soient qu’un souvenir, qu’un passage d’une ère à l’autre, d’une métamorphose, d’une compréhension pour l’acquisition de cette matûrité.

L’avenir n’appartient plus à l’excommunication, encore moins à la démission, mais bien à l’acceptation de l’autre dans toute sa différence. C’est celle-ci qui nous enrichit tous.

L’avenir nous appartient. Mais, encore une fois, faut-il se baser sur le passé ? Ce passé encore proche où, semble-t-il, les FF ont connu les conflits, les guerres. Guerres de religions, guerres mondiales, guerres civiles, conflits d’Obédiences, de Rites, avec des essaimages parfois douloureux. Oui si ce rappel nous assagit.

Quand les parents divorcent, même s’ils font semblant d’être consentants, il est indéniable que les enfants paient toujours un lourd tribut.

« Quand le corps souffre, l’esprit crie sa douleur ».

Rappelez-vous la dernière Bulle de Jean Paul II enregistré sur le nouveau code du Droit canon :

Canon 1184

« Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’église sera puni d’une juste peine, mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit »

Les Religions telles qu’elles se présentent à nous, le conflit, la non acceptation de l’Autre, peuvent-elles engendrer la Fraternité et la compréhension entre les hommes ?

J’ai dit

1984 en E.*. V.*

Source : http://louis.peye.over-blog.com/45-index.html

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Les Béatitudes

20 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

 Source : http://www.chevalerietemplieretraditionnelle.fr/

Les béatitudes sont un préambule. Elles indiquent les conditions préalables qui sont indispensables à l’acceptation de l’intelligence de la loi de salut, apportée par le Christ sur terre.

Celui qui ne commence pas par réformer ses vues sur la richesse, sur la valeur du plaisir, sur l’ambition terrestre, celui qui ne renverse pas radicalement dans son esprit l’échelle des valeurs humaines, basées sur une surestimation du temporel et un oubli étrange de Dieu, se met lui-même dans l’incapacité totale de comprendre l’esprit de l’Evangile et le message de Jésus.

Mais ce ne serait pas rendre justice à la pensée du Christ que de s’arrêter à ces premières considérations et de croire que les Béatitudes ne sont qu’une simple préface. Elles sont aussi un idéal, un but à poursuivre, tout au long de la vie chrétienne.

Nous devons certes commencer par nous détacher du monde et nous attacher aux vertus que sont la douceur, la piété, la patience, la pureté du cœur, l’esprit de paix… Mais ces vertus, il nous faudra les développer sans relâche, tout le long de notre vie. Dans la bouche du Christ, les Béatitudes sont avant tout un cri.

Enracinées dans les annonces prophétiques, elles développent en images la Bonne Nouvelle classées par Jésus : « le royaume des Cieux arrive ». Les Béatitudes résument la Bonne Nouvelle. Sans elles, le Sermon de la Montagne serait incompréhensible. Il va développer une doctrine pour des gens qui sont déjà en route. Elles exposent des exigences terribles mais elles apportent le Bonheur.

1) La première Béatitude

Elle est présentée sous deux formes un peu différentes par Saint Matthieu (« Bienheureux les pauvres en Esprit, parce que le royaume des Cieux est à vous ») et par Saint Luc (« Bienheureux vous qui êtes pauvres parce que le royaume des Cieux est à vous »). Ce qui augmenta la différence entre les deux textes, c’est que Saint Luc oppose à cette bénédiction de la pauvreté, une malédiction pour la richesse : « Mais malheur à vous les riches car vous tenez votre consolation ».

A première vue, on pourrait croire à une proclamation de la lutte des classes chère à Karl Marx. Ce serait là une erreur grave. Le sens immédiat de Saint Luc est que la richesse n’est qu’un faux bien et que celui qui s’y attache, y cherche sa propre consolation en s’assignant un idéal purement terrestre. En somme Saint Luc reprend le verset 24 du chapitre VI de l’Evangile selon Saint Matthieu : « Nul ne peut servir deux Maîtres : car ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et ne tiendra pas compte de l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ».

La pauvreté, loin d’être une tare, une calamité, le signe d’une négligence de Dieu, doit être considérée, au contraire, comme la condition préalable de l’admission au royaume des Cieux. Cependant de toute évidence, ce n’est pas le fait d’être pauvre que le Christ béatifie. Celui qui est pauvre mais qui envie la richesse, qui la désire avec ardeur n’est pas pauvre au sens de Jésus et ne peut être qualifié de Bienheureux. Il s’agit surtout de la vertu de pauvreté et non d’une situation de fait. La pauvreté est le détachement des richesses. Elle est l’esprit de pauvreté.

Dès lors, nous ne sommes pas surpris de rencontrer dans le texte de Matthieu la variante « Bienheureux les pauvres en esprit… ». Ce que le texte de Saint Luc ne livre qu’à la méditation, celui de Saint Matthieu nous le donne immédiatement, il s’agit de la pauvreté acceptée procédant du détachement des richesses.

Il importe aussi de se souvenir des circonstances dans lesquelles Jésus a donné son enseignement, de l’auditoire auquel il s’adressait, des adversaires qu’il combattait, des préjugés qu’il voulait détruire.

Les Pharisiens identifiaient la pauvreté spirituelle et la pauvreté temporelle en ce sens qu’ils faisaient de la seconde la conséquence de la première. Pour eux, la richesse était un signe de Sainteté, de la prédilection de Dieu. Jésus montre, par contre, que pauvreté spirituelle et pauvreté temporelle ne sont pas liées.

Le sens profond de la première Béatitude est donc le suivant : « Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté qui attachent du prix uniquement aux biens spirituels ».

Dans la mystique orthodoxe, la pauvreté est la renonciation à l’acquisition. Elle complète la pureté et l’obéissance aux lois divines pour parvenir à la prière pure. Il s’agit donc de lutter contre l’esprit de propriété, contre la passion d’acquérir. Ce renoncement est essentiel, il détache des choses matérielles, non pas dans leur utilisation mais dans l’amour que l’on peut leur porter.

Cet engagement du Chrétien imite et identifie à Dieu, en passant par le Christ dont Saint Matthieu nous dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des abris, mais le Fils Homme n’a pas où appuyer sa tête » (VIII.19).

L’Archimandrite Sophrony affirme que « la pauvreté contribue à libérer l’âme et l’intellect des pesantes images de la matière ».

2) La seconde Béatitude

La douceur apparaît comme le fruit du détachement des richesses car si la pauvreté est bien comprise et bien acceptée, les pauvres en esprit ne voient les choses et les êtres qu’un Dieu. Or c’est en Dieu, que la Fraternité humaine devient réalité évidente. Dans sa première Epître, Saint Jean écrit : Voici à quoi se reconnaissent les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la Justice ne vient pas de Dieu, non plus celui qui n’aime pas son frère. Car voici le commandement que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres ».

Il n’est pas très difficile de ramener les deux premières Béatitudes aux deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain. Car si Jésus béatifie l’esprit de pauvreté, ce n’est que comme condition de l’amour de Dieu. Jésus promet aux doux la possession de la Terre. Il est clair que celle-ci n’est pas la terre matérielle mais ce que la Tradition appelle Terre Sainte, terre des Saints, terre des Bienheureux, terre d’Immortalité, la Jérusalem Céleste. Dans la pensée de Jésus, les deux premières Béatitudes posaient son enseignement en contraste frappant avec la doctrine des Pharisiens.

3) La troisième Béatitude

Saint Matthieu nous propose : « Bienheureux ceux qui sont dans l’affliction, car ils seront consolés ». Et Saint Luc : « Bienheureux vous qui pleurez maintenant car vous rirez. Et il ajoute : Malheur à vous qui riez maintenant car vous serez dans le deuil et dans les larmes ». Si on réfléchi à la forme antithétique prise par Jésus, on saisit que la grande erreur des hommes qui placent leur idéal dans la fortune et l’acquisition des Biens de ce monde, c’est qu’ils prennent à rebours la volonté divine. On dirait que Dieu prend plaisir à contrarier nos manières de voir ! Mais il serait absurde de regarder Dieu comme un contrariant.
Dieu entend avant tout nous éduquer. Et nous retrouvons la loi du Karma. Etymologiquement, KARMA veut dire acte, action. La loi du Karma, appelée aussi loi de causalité, loi de réciprocité des effets, loi de compensation, loi de choc en retour ou fonction d’échange, est la transposition dans le domaine psychique des lois de cause à effet, d’action et de réaction qui régissent les phénomènes matériels. Dans le domaine matériel, toute cause produit un effet et tout effet a une cause, toute action engendre une réaction.
Dans le domaine psychique, toute pensée, toute parole, toute action déclenche un processus semblable qui fait refluer sur nous ce que nous avons émis. Ainsi l’homme récolte ce qu’il a semé. La loi du Karma nous rend le Bien pour le Bien et le Mal pour le Mal car c’est une erreur de croire qu’elle agit uniquement dans le sens négatif. Une bonne pensée, une bonne parole, une bonne action augmente notre crédit karmique. Une mauvaise pensée, une mauvaise parole, une mauvaise action augmente notre dette karmique. Loi simple, efficace, incorruptible, la loi du Karma ne cherche pas à punir mais à éduquer. Elle nous oblige à façonner notre avenir avec notre passé et notre présent. Elle a donc pour but de nous aider à évoluer en nous faisant prendre conscience, à travers notre expérience vécue, de notre bonne ou mauvaise insertion dans l’ordre voulu par Dieu. La loi karmique, même si elle est rigoureuse, veut avant tout stimuler l’être humain sur le chemin qui conduit à Dieu. C’est donc dans la loi du Karma qu’il faut chercher l’explication des fléaux individuels (maladies, douleurs, souffrances morales, humiliations) et des fléaux collectifs (guerres, épidémies, catastrophes naturelles).

Il est aussi évident, qu’étant donné que l’homme ne peut s’élever en une seule existence, au niveau du Divin, que l’âme doit passer par un certain nombre d’incarnations pour qu’elle puisse enfin, purifiée de la dette karmique, s’unir à Dieu. Karma et réincarnation sont donc des processus étroitement liés et indissociables.

4) La quatrième Béatitude

Il faut mettre en contraste le Texte de Matthieu : « Bienheureux ceux qui sont affamés et assoiffés de Justice car ils seront rassasiés » et celui de Luc : « Bienheureux vous qui êtes maintenant affamés car vous serez rassasiés » complété par la malédiction : « Malheur à vous qui êtes repus maintenant car vous aurez faim ». Il est clair que Jésus condamne ceux qui sont repus parce qu’ils mettent leur confiance dans leurs biens matériels ! Jésus ne promet pas à ses disciples qu’ils seront rassasiés matériellement mais spirituellement. C’est pourquoi Matthieu précise en ajoutant « de Justice). Le mot justice n’a pas ici la signification : rendre à chacun ce qui lui est dû. Il ne signifie pas avantage la justice divine.
Souvent employé dans l’écriture, le substantif veut dire l’état de ceux qui sont en paix avec Dieu. Justice est donc perfection, sainteté.

Le but final de la vie mystique est de rendre à l’âme sa véritable nature spirituelle dans l’union avec Dieu. Toute progression culmine dans ce que la religion orthodoxe appelle la divinisation ou la déification. L’histoire de l’homme créée à l’image et la ressemblance de Dieu peut se schématiser en trois périodes :

- sa naissance dans l’immortalité divine

- sa mort par la faute adamique

- sa renaissance dans la lumière divine à travers la rédemption.

C’est pourquoi, Clément d’Alexandrie écrit : « Le Verbe De Dieu s’est fait homme pour que tu apprennes d’un homme comment l’homme peut devenir Dieu ». Et selon Saint Jean dans son Evangile : « Jésus leur répliqua : n’est-il pas écrit dans votre loi : Vous êtes des Dieux ? Si elle a appelé dieux ceux à qui fut adressée la parole divine – et l’écriture ne peut pas être abrogée – à moi que le père a consacré pour m’envoyer dans le monde vous dites : tu blasphèmes parce que j’ai dit : Je suis le Fils de Dieu » (X-34.35.36).

5) La cinquième Béatitude

Elle est propre au texte de Matthieu : « Bienheureux les miséricordieux car il leur sera fait miséricorde ». La miséricorde n’était pas une vertu inconnue de l’ancien testament. Mais on ne saurait dire qu’elle fut toujours en honneur chez les Juifs.

La doctrine des Pharisiens affirmait que la pauvreté était une punition divine. Pourtant la miséricorde est le fruit direct de l’amour du prochain , or l’amour du prochain et l’amour de Dieu sont inséparables.

6) La sixième Béatitude

Elle est également propre à Matthieu : « Bienheureux ceux dont le cœur est pur car ils verront Dieu ».

Il ne faut pas croire que dans cette Béatitude, il s’agit de la chasteté. D’ailleurs l’usage de donner à la chasteté, le nom pureté est récent. Dans le langage biblique la pureté du cœur est l’absence de toute cupidité mauvaise, de toute malhonnêteté, de tout crime, de toute faute et de toute attache au mal. J.V.Andrae dans les « Noces chimique de Christian Rosencreutz » donne d’ailleurs ce singulier conseil : « Examine toi, toi-même. Si tu n’est pas purifié assidûment, les Noces te feront grand dommage. Malheur à celui qui s’attarde là-bas. Que celui qui est trop léger s’abstienne ».

7) La septième Béatitude

Elle est toujours propre à Saint Matthieu : « Bienheureux les pacifiques (ou les artisans de la Paix) car ils seront appelés Fils de Dieu ». Le terme grec qui est traduit par pacifique ne se rencontre qu’une seule fois dans la Bible. Dans Saint Matthieu, il ne possède pas ce sens restreint mais signifie « ami d la Paix entre les hommes ».

Il ne s’agit donc pas uniquement de l’homme paisible qui reste chez soi en paix, mais du pacifique qui recherche la Paix et la fait régner autour de Dieu par son amour de la Justice et par son esprit de droiture. Compris de la sort, le mot qualifie le véritable disciple du Christ dont les qualités sont la droiture, la loyauté, l’esprit de Justice, l’amour de la fraternité, la recherche de la concorde.

8) La huitième Béatitude

Elle est formulé de deux façons dans Saint Matthieu : « Bienheureux ceux qui endurent des persécutions. Bienheureux serez-vous quand on vous insultera ».

Les sept Béatitudes précédentes ne considéraient que l’aspect céleste, la huitième est relative à la vie des Chrétiens ici-bas. Jésus avertit les Chrétiens qu’ils ne doivent pas s’attendre au bonheur sur la terre Il les prévient que les Béatitudes tirent tout leur valeur de l’approbation divine. Du côté humain, on ne peut espérer que blâmes, contradictions, persécutions.

9) Symbolisme du nombre huit

Les Béatitudes sont au nombre de huit. Universellement, ce nombre est celui de l’équilibre cosmique. C’est en effet le nombre des directions cardinales et collatérales de l’Espace (E-SE-S-SO-O-NO-N-NE), des rayons de la Roue celtique, des Trigrammes du Yi-King, des Sentiers de la sagesse bouddhique, des rais de l’étoile de Compostelle.

Le nombre huit est aussi le symbole du Soleil (les plus anciennes représentations solaires sont figurées par un disque d’où émanent huit rais). Par voie de conséquence, huit est le symbole de l’or. C’est aussi le nombre du Verbe et celui du Christ (le nom de Jésus en Grec a pour valeur numérique 888).

La vertu solaire passant pour guérir tous les maux, le nombre huit est celui de la guérison et de la Rédemption puisque celle-ci régénère la nature humaine. Dans l’Egypte ancienne, le dieu Thot était le Seigneur du nombre huit, de la sagesse incarnée.

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Les rose-croix ou le complot des sages

15 Octobre 2012 , Rédigé par Pierre Montloin et Jean-Pierre Bayard Publié dans #spiritualité

Les rose-croix ou le complot des sages 1

A Francfort-sur-le-Main, en 1628 parut un ouvrage intitulé Summum bonum qui fit grand bruit, par toute l’Europe, dans le monde savant. Il était signé Joachim Fizzio, pseudonyme de Robert Fludd. Quand on posa à l’auteur la question : « Etes-vous Rose-Croix ? », il répondit : « Je ne l’ai, en vérité, pas mérité, cependant cette bénédiction dépend de la grâce de dieu ». Robert Fludd, était un médecin et hermétiste anglais (1574-1637). Naudé, le bibliothécaire de Louis XIII affirma que les Rose-Croix s’engageaient notamment à exercer gratuitement la médecine, à se réunir une fois chaque année, à tenir leurs assemblée secrète. Ils confessaient que le pape est l’Antechrist. Hargrave Jennings écrivit « The Rosicrucians, their rites and mysteries » en 1870. Il affirma que les rose-croix se refusaient aux affections humaines, qu’ils considéraient les femmes comme des êtres inférieurs, ils ne recherchaient pas les honneurs, parce que aucune gloire humaine n’était convenable pour eux. Dans toutes les matières ils élargissaient à l’infini l’horizon intellectuel. Edward-George, first baronet of Bulwer Lytton (1803-1873) fut imperator de la Societas Rosicruciana in Anglia et considéra ses connaissances ésotériques dans « Zanoni ». (en réalité Bulwer Lytton se vit attribuer ce titre de façon honorifique mais il le refusa ce que Bayard ne sait pas).

L’Europe, la France et Paris en 1623

Au début du XVIIè siècle, les troubles religieux ont démontré qu’il n’y avait pas une France, mais des Frances, prêtres les unes et les autres à recouvrer leur indépendance. Par un balancement psychosociologique souvent constaté, ce qu’a perdu le christianisme profite aux sorcières, aux charlatans, escrocs. Puis arrive le cartésianisme qui reste attaché à l’Etre. Dans le tourbillon de la pensée religieuse et philosophique, le jansénisme va bientôt se manifester. Paradoxalement, il donnera naissance à un mysticisme trouble et incontrôlé. Gabriel Naudé (1600-1652) raconte ce qui s’est passé à l’été 1623. Dans son « Instruction à la France sur la vérité des frères de la rose-croix » (1623) il évoque les affiches où étaient écrit : « Nous, députés du collège principal des frères de la roze-croix, faisons séjour visible et invisible dans cette ville par la grâce du Très-Haut, vers lequel se tourne les cœurs des juste. Nous montrons et enseignons, sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues du pays où nous vouons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d’erreur de mort ». Le peuple ne sachant pas lire ne réagit point. Le clergé s’inquiéta car les affiches sentaient le huguenot. Ces derniers seuls usaient communément de l’expression biblique « Très-Haut ». D’autres affiches appelaient le intéressés à rejoindre la rose-croix. Cette « campagne d’affichage » porta fruit. Voilà les chamailleries qui reprennent entre papistes et huguenots. Gabriel Naudé enquête. Il affirme que les rose-croix ne sont sujets ni à la faim, ni à la soif, ni à la vieillesse, ni aux maladies, ni à aucune incommodité de la nature, qu’ils ont un livre dans lequel ils peuvent apprendre tout ce qui est dans les autres livres faits ou à faire, qu’ils peuvent forcer les esprits et les démons les plus puissants de se mettre à leur service et attirer à eux, par la vertu de leur chant, les perles et les pierres précieuses, que dieu les a couverts d’un nuage pour les dérober à leurs ennemis, qu’ils confessaient publiquement que le pape est l’antéchrist, qu’ils reconnaissent la 4è monarchie et l’empereur des Romains pour leur chef et celui de tous les chrétiens, que leurs trésors sont inépuisables. Ce rêve du Saint Empire, de la 4è monarchie, d’une ultime période du monde était le reflet du grand dessein de Gibelins, dont Frédéric de Hohenstaufer, Dante, Joachim de Flore avaient été les interprètes. Un seul pouvoir temporel, une seule autorité spirituelle, une Eglise soustraite au césaro-papisme. Naudé rapporte les vœux de ceux qu’on commençait de nommer les frères de l’Invisible collège ou même les Invisibles : exercer la médecine charitablement, se vêtir suivant les usages des pays où l’on se trouve, se rendre, une fois tous les ans, au lieu de leur assemblée générale, se choisir un successeur capable de tenir sa place et de le représenter, avoir le caractère de la rose-croix pour signe de reconnaissance entre eux et pour symbole de leur congrégation, prendre les précautions nécessaires pour que le lieu de leur sépulcre soit inconnu, tenir leur société secrète et cachée pendant 120 ans. Les rose-croix en prophétisant la fin du règne de l’or, posaient déjà la question sociale. Il y a dans cette malédiction des richesses temporelles, un avant-goût, du communisme, un écho des espérances anabaptistes, une condamnation implicite du luthérianisme si attaché à la bénédiction de la réussite matérielle.

Les textes fondamentaux de la rose-croix

La rose-croix venait d’Allemagne. A cette époque sévissait la guerre de Trente ans. Les origines en étaient religieuses. La paix d’Augsbourg (3/10/1655) n’avait marqué qu’une trêve précaire entre les puissances catholiques et protestantes. L’empereur Ferdinand II, en 1618 tente de restaurer le catholicisme dans es Etats. La Bohême se révolte. En 1619, le conflit allumé en Bohême embrasse le Saint Empire, puis l’Europe entière. Il faudra attendre 1659 pour que soit signée une paix précaire. Chez les protestants il y a des divisions : luthériens de stricte observance figés dans une théologie qui renchérit sur le dogmatisme de Luther puis des indépendants que leurs adversaires nomment, avec plus ou moins de dédain, mystiques et piétistes. Le terme péjoratif d’enthousiastes implique une sorte d’excommunication. Ces derniers cherchent la Vérité, au moins autant que dans la bible, dans les écrits, imprimés ou manuscrits, de Jacob Böhme et de ses continuateurs directs comme Schweigarth et Sébastien Franck. Parmi les enthousiastes se trouvaient Andreae. Ce dernier a été le créateur de la rose-croix. On retrouve dans les textes des rose-croix une psychothéologie qui les apparente singulièrement aux penseurs et poètes du XVè siècle italien, tout imprégné de néo-platonisme et dont la Divine Comédie avait été l’expression la plus pure. Les rose-croix distinguent en l’Homme trois plans : celui de la pure nature privée de la grâce divine, celui de la nature humaine par la grâce et en chemin vers le contemporain béatifique de la Trinité, celui de la nature humaine, sauvée et magnifiée par la Grâce sanctifiante dont l’expression la plus accessible est la Sagesse, telle qu’elle est évoquée dans le Livre des Proverbes : « Par la Sagesse, Yaweh a fondé la Terre et affermi les cieux… Alors qu’il n’y avait pas d’abîmes, « je » (la Sagesse) fus enfantée… Lorsqu’Il traça un cercle à la surface de l’abîme. L’homme doit être aidé par la société à devenir lui-même, c’est-à-dire atteindre le plan suprême, celui de l’homme-esprit. La doctrine de la rose-croix est une doctrine d’amour « une force magique endormie par le péché est latente dans l’homme. Elle peut être réveillée par la grâce de dieu ou par l’art royal. Nous trouverons en nous la pure et sainte connaissance si nous parvenons à nous isoler de toute influence extérieure, et à nous laisser conduire par la lumière intérieure ». C’est dans cette expectative de la lumière intérieure qu’il faut border les textes fondamentaux de la rose-croix. En Allemagne, dès 1614, avaient paru deux manifestes : Fama et Confession. La même année parut une version allemande plus abondante de 417 pages le titre en étant : « L’universelle et générale réformation du vaste monde tout entier. Avec la Fama fraternitatis de l’illustre ordre de la rose-croix, adressée à tous les savants et dirigeants de l’Europe. Avec, également, une courte réponse de M. Haselmeyer, pareillement préparée pour l’impression et la diffusion et communiquée à tous les cœurs fidèles ». Haselmeyer fut condamné aux galères pour avoir diffusé la Fama. La prose de la Fama semble maintenant redondante, voire apocalyptique, mais est caractéristique du style de l’époque. Les rose croix estiment que chaque chrétien doit être un vrai jésuite, c’est-à-dire cheminer, vivre, être, demeurer en Jésus.

Le fondateur éponyme : Christian Rosencreutz

Dans la Fama, les auteurs font l’éloge de l’empereur Justinien qui avait compilé les lois de Rome, l’aréopage signataire invite chaque sage à lui soumettre ses suggestions. Un auteur estime que tout le mal vient de l’insincérité et propose d’aménager une petite fenêtre dans la poitrine de chacun de nous : ainsi l’on verrait aussitôt nos mensonges. Un autre sage propose la redistribution des richesses, la suppression de la circulation de l’or et de l’argent. Un misanthrope demande à dieu un nouveau déluge qui exterminera, enfin, les hommes méchants et toutes les femmes. Il est tué ; l’assemblée implore le Très-Haut d’épargner le beau sexe. Et ce symposium finit dans le tumulte. Puis les auteurs écrivent la biographie de Rosencreutz. Né en 1378 sur les bords du Rhin, de parents pauvres mais nobles, Christian Rosenkreuz est placé, dès l’âge de six ans, dans une abbaye où il apprend le grec, le latin, l’hébreu et la magie. A 16 ans, il part en pèlerinage pour la Terre sainte, avec un compagnon qui meurt à Chypre. La maladie le contraint à s’arrêter à Damas où il reçoit l’enseignement secret des Sages. Ils le guérissent, lui confient les arcanes de la nature et le conduisent dans leur « cité philosophique » où il passe trois ans. Ensuite, il parcourt le Liban, la Syrie, le Maroc. Des Fassis le conduisent à la connaissance suprême ou adeptat. Désormais il sera nommé le Père. Il a reçu la mission de communiquer à la chrétienté la sagesse qu’il vient d’acquérir et de fonder une société secrète qui « aura à satiété or et pierres précieuses, et qui enseignera les monarques ». Il accomplit, dans un lieu sauvage, une retraite de cinq années. Il recrute trois fidèles compagnons, Frater G.V., Frater I.A. et Frater I.O. Il écrivent sous sa direction des écrits fondamentaux. Ils bâtissent le nouveau temple du Saint-Esprit, guérissent les malades et consolent les désespérés. Sept ans plus tard, Rosencreuz coopte d’autres étudiants et constitue ainsi « la fraternité ». Pour y être admis, il faut être célibataire et chaste. Les frères partent en mission à travers le monde et se réunissent une fois par an dans le temple du Saint Esprit. Le Père meurt en Engeland à 106 ans. I.A. meurt en Gaule narbonnaise. Les disciples du Père sont son neveu R.C., le peintre B., G.G. et P.D. L’enseignement est condensé en trois textes : Axiomata : le plus docte, Rotae Mundi : le plus subtil, Protheus : le plus utile. Quelques siècles plus tard, un successeur du père, l’imperator N.N. découvrit son mausolée qui a sept côtés et est constamment éclairé par des lampes inextinguibles. Au centre, un autel cylindrique, avec l’inscription : ACRC Hoc Universi Compendium vivi mihi sepulcrum feci (je me suis fait ce sépulcre (qui sera) pour les vivants abrégé de l’univers, avec en exergue : Jesu mihi omnia (Jésus est tout pour moi). Le corps manifié du Père tient dans sa dextre le Liber T. A ses côtés une Bible, un vocabulaire, un itinéraire, et sa biographie en caractères mystérieux. On lit aussi la devise de la fraternité : Ex Deo nascimur , in Jesu morimur, per spiritum reviviscimus (nés de dieu, morts dans Jésus, nous ressuscitons par le Saint Esprit). Le caractère myhtique de Rosenkreuz est admis pour le plupart des historiens de la rose-croix sauf pour Roesgen von Floss qui affirme en 1923 dans son « Histoire des rose-croix » que Rosenkreuz survécut au meurtre des Albigeois et s’enfuit vers l’Est. Il serait arrivé en Turquie et en Arabie où on le jugea digne de lui dévoiler les secrets de l’Ordre des rose-croix. Revenu en Europe renonça à son nom de famille et prit celui de Christian Rosencreutz.

Les énigmes des noces chymiques

Les Noces chymiques sont un « Märchen », un récit tissé sur une trame de voyage, de découvertes. Elles inspirés de « La Reine des fées » de Spenser. Les Noces chymiques sont anonymes mais la critique s’accorde à en attribuer la paternité à Jean-Valentin Andreae. Les Noces se poursuivent sur sept jours. Rosencreuz médite quand survient une tempête. Il voit une femme belle vêtue d’une robe bleue parsemée d’étoiles d’or. Elle tient une trompette d’or et un gros paquet de lettres écrites dans toutes les langues. Elle a de grandes ailes couvertes d’yeux. Elle invite Christian aux noces du roi. Christian met une robe de bure, pique quatre roses à son chapeau et croise contre sa poitrine un ruban écarlate. Il part pour la forêt et se trouve devant trois voies : un sentier court mais périlleux, une voie royale réservée à quelques prédestinés et une route aisée mais si longue qu’il lui faudrait un millénaire pour atteindre le but. Une quatrième voie est fermée aux mortels. Ne sachant quelle voie choisir, il pénètre dans la forêt où il sauve une colombe qu’un corbeau poursuivait. Ainsi il opte pour la voie royale. Il arrive à la porte d’un château au moment où on allait la clore. Il est reçu par un vieux gardien qui porte une bague magique et expie une faute. Christian retrouve la belle jeune femme qui le conduit dans une cour du palais du roi. Il franchit une porte gardée par deux statues ayant pour devise : « Donne et l’on te donnera » et se mèle aux invités. Mais tous ne sont pas purs. La vierge annonce que le lendemain, aura lieu l’épreuve qui séparera les justes des indignes. L’épreuve consiste en une pesée des vertus. Rosencreuz se révèle le plus pur. Il est reçu avec honneur alors que la plupart des autres candidats sont condamnés à l’exil. Ne restait auprès de lui que quelques justes. A ceux qui ont triomphé, on confère la Toison d’or. Les indignes sont chassés ignominieusement après avoir bu la coupe de l’oubli. Aux élus, la vierge ailée propose une énigme : son propre nom (la solution est Alchemia). Une jeune pucelle guidera les sélectionnés vers le dieu tout-puissant. LE lendemain, les élus sont présentés au roi. Il exige d’eux un serment de fidélité absolue. Une femme jeune et belle (la reine) et une vieille femme voilée sont assises près du roi. Plus loin folâtre Cupidon. La reine semble officier devant un autel où sont posés un livre relié de noir, un vase contenait un liquide rouge et une tête de mort où un serpent sort et entre par les orbites. Le nom des élus est inscrit sur le livre noir. Tous les assistants boivent dans la même coupe le breuvage du silence. La salle est ensuite tapissée de noir. On bande les yeux du roi et de la reine et de deux autres couples royaux. Un bourreau décapite les six monarques, le sang est recueilli dans un vase d’or. Les corps sont étendus dans des cercueils. Puis un assistant décapite le bourreau. Dans la nuit, les cercueils sont embarqués sur des vaisseaux qui naviguent sur un lac. Le lendemain ont lieu les simulacres d’obsèques royales. La vierge exige un nouveau serment de fidélité avant de conduire les élus à la tour Olympi située sur une île. Ils voient un édifice de sept tours imbriquées les unes dans les autres. Là, les corps des souverains et la tête du bourreau sont bouillis sous la direction d’un vieux jardinier. De la cuisson émerge une boule rouge qui est exposée au soleil. Il en sort un phénix. Ses cendres sont tissées en haut de la tour et entrent dans la préparation de deux « homonculi ». L’âme des six rois les animeront, ils seront ressuscités et formeront un couple royal archétypique. Les nouveaux monarques proclament les élus « chevaliers de l’or ». Tous sont délivrés sauf Christian qui, pendant un temps indéterminé, devra, pour expier une faute non exprimée, remplacer le gardien au seuil du château.

La première génération des rose-croix

Les Rose-croix étaient des hommes d’action et de pensée préoccupés par les grands problèmes de leur temps Johan-Valentin Andreae naît à Herrenberg le 17/08/1586 et meurt à Stuttgart le 27/61654. Son père était le 7è enfant du chancelier Jacob Andreae, abbé commandataire de Konigsbrann. Sa mère, Maria Moser, était si pieuse que son fils la compara à Sainte Monique, la mère de Saint Augustin. Après la mort de son père en 1601, sa mère alla s’établir avec ses six autres enfants à Tübingen où Valentin parfait ses études durant six ans, sous la direction de Maestlin, le maître de Kepler. En 1603, il est baccalaureus, en 1605 magister. En 1603 ; il écrit deux pièces de théâtre de style élisabéthain et à la même époque Les Noces chymiques. Il subit la crise de l’adolescence qui brise sa carrière ecclésiastique et le contraint à une vie errante. Il es professer à Lavingen mais doit fuir à cause de ses frasques. Il est accueilli comme enseignant par les jésuites de Dillingen et revient, absous, à Tübingen, où il est musicien, pédagogue, horloger. En 1610, il séjourne à Genève, il y rencontre des théologiens calvinistes. Rappelé à Tübingen, il donne des leçons particulières tout en apprenant les langues vivantes européennes ; il se passionne pour les mathématiques et l’astronomie. Il visite l’Italie et l’Autriche. Il se stabilise : mariage et poste pastoral à Vaihingen. Il publie six ouvrages qui sont des gloses de la Fama et de la Confessio. Il imagine une Société idéale obéissant à deux impératifs, l’Autorité spirituelle, incarnée dans le Pape, et le Pouvoir temporel, confié à l’Empereur. Pour Andreae, les rose-croix constituent l’autorité spirituelle, l’Eglise invisible, pauvre, pure, non administrative. Par leurs conseils, les rose-croix ramèneront le pouvoir temporel sur la bonne voie. En 1620, Andreae créa à Calw une Fondation des Teinturiers en apparence corporation de métier, en fait cercle alchimique. Le clergé luthérien s’acharnait contre Andreae. En 1634, la maison d’Andreae, fut brûlée à cause de Laguerre. Il perdit ses archives. En 1639, le duc Eberhard de Würtemberg en fit son prédicateur et son conseiller. En 1650, Andreae fut abbé de Bebenhauser. Il est haï, on le traite d’ « enthousiaste » (piétiste böhmien) mais il est soutenu par le duc Auguste de Brünswick. Il mourut le 27 juin 1654 à Stutggart. Dans quelques uns de ses écrits il avait infirmé son rôle dans les rose-croix. Il redoutait un procès d’hérésie qui l’eût conduit au bûcher.
François Bacon de Verulam (1561-1626) fit des études de droit. Il fut élu en 1593 à la Chambre des Communes. Il fut protégé par le comte d’Essex, favori de la reine. Essex fut disgracié en 1601 et Bacon se fit son accusateur. Il gagna la faveur de Jacques 1er qui le combla de titres. En 1618, il fut Grand chancelier. Ses ennemis l’accusèrent de concussion et il fut contraint de démissionner. Il consacra ses dernières années à la science et à la philosophie. Ses deux principaux ouvrages furent Novum Organum (1620) et Nova Atlantis (1624). On lui a parfois attribué la paternité des œuvres de Shakespeare. Pour J.P. Bayard, et contrairement à Paul Arnold, l’appartenance à la fraternité des rose-croix de Bacon n’est prouvée mais probable. Pourtant la rose-croix était une farce et n’a jamais existé au XVIIè siècle donc Bacon ne pouvait en faire partie. Pour Bayard, la Nouvelle Atlantide est une « utopie » rigoureusement conforme au message rosicrucien. John Heydon (1629-1667). Il écrivit plusieurs traités sur les rose-croix dont The Glory of the Rosy-Cross (1664) et the Rosie-crucian infaillible axiomata (1661). Euterpe lui enseigna les axiomes des rose-croix, les secrets des nombres et lui permit de les publier. La Belle Euterpe donna deux médailles d’un métal inconnu à Heydon et se dissipa dans l’éther naturel. Heydon découvrit des pièces d’or et un parchemin à la place d’Euterpe. Il décida de partir au pays des rose-croix. Il partit en bateau et atteint un continent peuplé de gens hostiles. Il leur remit le parchemin d’Euterpe et on le laissa en paix.

Les rose-croix ou le complot II

Comenius, Descartes et quelques autres penseurs

Pour Bayard, Comenius était rose-croix à l’instar de nombre de savants de son temps. Jan Amos, Komensky avait latinisé son nom. Il naquit en Moravie le 28 mars 1592 et mourut à Naarden (Pays-Bas) le 15 novembre 1670. Sa famille appartenait à l’Eglise des Frères Moraves. Orphelin très jeune, Jan Amos est confié à des tuteurs qui s’en désintéressent. Il est envoyé à l’université de Herborn où il fait des études thologiques. Il entreprend un manuel de pédagogie et un glossaire latin-tchèque. Diplômé, il débute comme pasteur-maître d’école à Fülnek (Moravie). Pendant la guère de Trente ans, la maison de Comenius fut pillée, sa femme et ses enfants furent tués. Chassé de Bohême, il se réfugia à Leszno, en Pologne. Il instaura dans un collège une pédagogie nouvelle s’appuyant sur les idées de deux rose-croix Francis Bacon et Campanella (Bayard se trompe encore car Campanella n’était pas rose-croix). Il rédigea un « cours de langue ». Protégé par un mécène suédois, Louis de Gear, il publia un prologue à la Pansophie, doctrine tentant d’établir une méthodologie conciliatrice des divers courants religieux, ainsi que des sciences et des techniques. En 1641, il alla à Londres pour y fonder un cercle pansophique. Le projet fut abandonné à cause de la Révolution anglaise. Il partit en Suède, rencontra Descartes. En butte, à Stockholm, à l’hostilité des luthériens, il se fixa à Elbing, en Prusse et écrivit de nouveaux ouvrages de pédagogie. En 1645, il prit part à Thorn, à un colloque ecclésial, ce qui le brouilla avec les Suédois. Son dessein était : unification du savoir et universalité de sa propagation sous la haute direction d’une académie de sages, coordination politique sous la direction d’institutions internationales, arbitrant les conflits politiques, réconciliation des Eglises chrétienne et juive. Promu évêque de l’ Unité des Frères, Comenius revint à Lezno. Les Suédois pillèrent Lezno en 1656. Comenius perdit sa maison, ses archives, sa bibliothèque mais échappa à la mort. Il se réfugia à Amsterdam où il mourut le 15 novembre 1670. Pour Comenius : « la société humaine est une société d’éducation. » L’éducation fait corps avec le processus formateur qui anime tous les êtres. Il était pour l’éducation des filles ce qui était révolutionnaire à l’époque. Comenius imaginera une ébauche de synarchie : a) plan de réforme universelle dont la préparation incomba aux peuples chrétien, b) exposé des maux, et de leurs remèdes, c) exposé des réformes de la philosophie, de la politique, de la religion, d) création d’un concile internationale (parlement mondial) f) découvertes de sages, des Supérieurs inconnus. Il imagina trois tribunaux : le tribunal des lettrés ou Conseil de la Lumière, le tribunal politique ecclésiastique ou Consistoire mondial et le tribunal politique ou Cour de justice.

Robert Fludd (1574-1637)

D’après Bayard, Robert Fludd ne fit jamais mystère de son appartenance à la Rose-Croix ce que nie Paul Arnold. Fludd naquit à Milgate (Kent) en 1574 et mourut à Londres le 8 septembre 1637. Après avoir fait de sérieuses études, il voyagea par toute l’Europe durant sept années. C’est en Allemagne qu’il fut affilié aux rose-croix. De retour en Angleterre, il fut reçu docteur en médecine à Oxford. Il exerça la médecine à Londres jusqu’à sa mort. Il écrivit une Apologie des rose-croix en 1616.

René Descartes (1596-1650)

Il est certain que Renée Descartes, intriguée par les Rose-croix, a tenté d’entrer en relation avec eux. Descartes admirait Comenius et il la rencontra à plusieurs reprises. De retour en France en 1622, Descartes avoua n’avoir rien appris de certain sur les rose-croix mais son séjour en Allemagne lui valut la réputation d’être de la confrérie. Descartes dédia son ouvrage « Polybii cosmopolitani thesaurus mathematicus « aux rose-croix. Editeur des « œuvres complètes » de Descartes, Charles Adam, auteur de « Descartes », sa vie et ses œuvre, affirma que rêne Descartes fut initié à la rose-croix par le mathématicien Faulhaber (1580-1635).

Sincerus renatus et la rose-croix d’or

Après avoir brillé d’un si vif éclat, après avoir brillé d’un si vif éclat, après avoir éclairé des hommes de valeur comme Comenius et Valentin Andreae, la rose-croix primitive s’occulta. C’est seulement aux alentours de 1720 qu’un initié signant Sincerus Renatus tenta une seconde version de la rose-croix. Sincerus Renatus était un pasteur luthérien de Breslau, son nom profane était Samuel Richter. On ne sait rien de sa vie. Il a écrit et édité en 1710 et 1714 « La véridique et parfaite préparation de la pierre philosophale, de la fraternité de l’ordre de la croix et de la croix d’or… »
L’ouvrage de Sincerus Renatus était divisé en trois parties. La 1ère et la 3è sont consacrées à l’alchimie et la 2è comportait une règle sur la rose-croix en 52 articles qui la structuraient comme une société secrète. Les frères devaient rester célibataires, pratiquer l’alchimie – chaque frère, après avoir été reçu, doit changer de nom et prénom, se rajeunir avec la pierre philosophale. Si, par accident ou par imprudence, un frère était découvert par un potentat, il devrait préférer mourir à trahir son secret. La réception doit se faire dans un temple rose-croix, devant six frères, après que le néophyte a été instruit pendant trois mois. On doit donner au nouveau frère le nomen du dernier mort. Pour Bayard, la rose-croix originelle, celle de la Fama et de la Confessio, avait été un invisible collège, une Eglise intérieure, une fraternité. Sans organisation administrative, elle rassemblait dans un commun idéal des hommes prédestinés. Ils se retrouvaient rarement mais étaient unis par une mutuelle estime. Ils correspondaient selon un langage inintelligible aux profanes. Ils n’avaient pas d’organisation et d’archives ce qui permet à certains auteurs de nier l’existence de l’Invisible collège. Toute différente était l’organisation de la rose-croix d’or. C’était une société secrète et non pas une fraternité libre. Elle comportait une hiérarchie de grades, des initiations, une enquête préalable avant l’admission. La rose-croix d’or se faisait reconnaître selon des mots, signes et attouchements. Très vite, la rose-croix d’or apparut comme une franc-maçonnerie particulière. Après une période probatoire de deux années et trois mois, le néophyte est reçu dans le temple en présence de six rose-croix. On lui donne le signe de la paix (une feuille de palme) et on l’embrasse trois fois en lui ordonnant le secret absolu. Après quoi, vêtu d’un « habit pontifical » et flanqué, à droite, d’un parrain et, à gauche, d’un « directeur », le candidat s’agenouille devant l’imperator et jura le silence sur les secrets qui vont lui être révélés. Le maître lui coupe sept mèches de cheveux qu’il glisse en sept enveloppes scellées par un assistant. Ensuite ont lieu des agapes au cours desquelles on rompt le même pain et l’on boit du vin à la même coupe. Pour correspondre, les adeptes usaient d’un alphabet secret, dit Enochien. Il y avait douze grades : junior, théoricien, praticien, philosophe mineur, philosophe majeur, adepte exemplaire, magiste, mage, mage des mages, Vicaire de Salomon, roi Salomon et Elie Artiste. Les rose-croix d’or se réunissaient à date fixe dans un templum secret et consacré. Chaque cercle avait un bureau analogue au comité d’un atelier maçonnique. Cinq cercles formaient une chaine obéissant à une direction supérieure composée de trois adeptes dont un seul seul était connu des grades inférieurs. Enfin, chaque direction suprême obéissant, à un ou plusieurs supérieurs inconnus, dont nul ne savait l’identité. Ils correspondaient par des billets qu’on brûlait dès qu’on les avait lus. Certains rose-croix étaient potentats, ministres, favoris des princes d’autres d’autres étaient des charlatans. LA rose-croix d’or, se devait de rendre un culte, en esprit et en vérité, à Elie Artiste.
Paracelse avait prophétisé la venue de l’Esprit radiant de l’enseignement du rose-croix : Elie Artiste. Paracelse mourut en 1540 et la rose-croix ne se manifesta en Allemagne que vers 1610. Ou bien la Pronostication est une œuvre apocryphe ou bien, dans une stricte clandestinité, la rose-croix existait avant l’impression de la Fama. Le vade-mecum des adeptes de la rose-croix d’or, c’est l’Aurea catena Homeri qui parut à Berlin en 1781. Son auteur présumé est Herwerd von Forchenrus. Goethe rendit hommage à ce livre.

Wolfgang Goethe et Zacharias Werner

En 1768, Goethe eut une hémorragie et faillit mourir. Ses parents le confièrent au Dr Johan-Friedrich Metz qui le guérit rapidement. Metz recommanda à Goethe des ouvrages rosicruciens. Il l’introduisit dans le cercle de Susanna von Klettenberg, un cercle de la Croix d’or et de la Rose rouge. Susanna était dépositaire d’une tradition ésotérique qui remontait à Jacob Böhme où les enseignements christiques s’unissaient aux mystères de l’Art royal. Dans ce cercle on lisait l’Aurea catena Homeri qui joua un rôle essentiel dans la pensée de Goethe. De l’Aurea catena, Goethe déduisit au moins son œuvre : l’incessante métamorphose du tout en un et du un en tout ; le rythme polaire qui détermine la métamorphose universelle ; la nature, la vie universelle agit par une évolution lente, majestueuse, rythmique. Goethe fut profondément impressionné par les rose-croix qui l’avaient transmué de profane en initié. Mêlant dans une synthèse grandiose les deux individualités de Susanna von Klettenberg et du Dr Metz, il créera la personnalité de Makarie, le sage, le rose-croix, de Wilhelm Meister. Le rose-croix Makarie, c’est Goethe « tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change ».

Zacharias Werner (1768-1823) est le type même du romantique allemand. Après une jeunesse orageuse, il devient secrétaire de Schröter, ministre du roi de Prusse Frédéric-Guillaume II. Il se fait initier dans la franc-maçonnerie, fréquente les cercles piétistes et occultistes. Il fréquente le cercle de Germaine de Staël. En 1810, à Rome, il se convertit au catholicisme. Il entre au séminaire, est ordonné prêtre et manifeste alors un mysticisme exalté. Il a écrit « les fils de la vallée » (1805), « La Croix vers la Baltique ». Les deux œuvres sont profondément imprégnées de rosicrucianisme concomitant au romantisme.

Parmi les proches de la rose-croix d’or on trouvait le prince Charles de Hesse-Cassel (1744-1836). Dans son laboratoire-oratoire du château de Göttorp, il se livra à des expériences médiumniques et alchimiques. Hans-Georg Schréepfer (1730-1774) fut un étrange rose-croix d’or. Il était médium et frère servant d’une loge maçonnique de Leipzig, reliée à la rose-croix d’or. Il gravit rapidement les plus hauts-échelons de la rose-croix et de la franc-maçonnerie occultiste. Pour vivre il tenait une auberge qui devint le théâtre d’apparitions de fantômes. Il prétendit avoir un trésor et fit de larges emprunts. Il commit l’imprudence de s’adresser à de riches bourgeois qui voulurent voir son magot. Il les invita chez lui et leur fit croire qu’il leur montrerait un vivant qu’ils tiendraient pour mort. Et en effet il se suicida d’un coup de feu.

Les Réau-croix de Martines de Pasqually

Joachim Martines de Pasqually ; fut un homme essentiellement mystérieux. On ne peut fixer nettement le lieu de sa naissance et l’emplacement de son tombeau est resté inconnu. Il venait de l’Orient, selon les uns ; il était juif portugais selon d’autres. La vérité semble différente. La patente maçonnique délivrée à son père le 20 mai 1738 par le grand-maître de la loge des Stuarts, enregistra la naissance de celui-ci dans la ville d’Alicante, en 1671. Martinès de Pasqually serait donc espagnol. Son père étant venu s’installer en France, il naquit probablement aux environs de 1710 soit à Grenoble, soit dans une localité proche de cette ville. En 1769 ayant poursuivi en justice un certain de Guers, il prouva devant les juges sa catholicité, il n’était donc pas juif. Il se maria à Bordeaux à l’église de sa paroisse et fit baptiser ses enfants. Le père de Martinès, franc-maçon, initia son fils. Il lui transmit aussi la science kabbalistique. Ainsi Martinès de Pasqually, dans le cadre de la Maçonnerie Ecossaise, implanta son rite personnel, rite conçu d’après les traditions de la Kabbale et de la gnose. A partir de 1750, Martinès parcourut le sud-est de la France, et partout se fit admettre dans les loges maçonniques. Il entra à la loge la Française et en moins d’un an il la transforma et la reconstitua dans son rite propre sous le nom de La Perfection Elue et Ecossaise. Sous cette nouvelle forme, l’atelier fut reconnu par la Grande Loge de France à la date du 1er février 1765. Désormais le rite des Elus Cohens était lancé. Martinès initia les maçons les plus en vue de Paris au Rite Cohen. En 1767, il institua, à Paris, le souverain tribunal, organe directeur de l’ordre et nomma Baron de la Chevalerie son substitut. Jean-Baptiste Willermoz, enthousiasmé par Martinès, il créa un atelier à Lyon qui fut le Centre Cohen le plus actif de France. En 1772, Martinès s’embarqua pour Saint Domingue, où il devait recueillir une succession. Il écrivit « De la réintégration des êtres » mais ne l’acheva pas. Il mourut à Port-au-Prince le 20/9/1774. L’Ordre de Martinès était encore représenté en 1806, au Grand Collège des Rites du Grand Orient de France. L’ordre des Elus Coëns d l’univers (le martinésisme) était structuré selon une hiérarchie voisine de la franc-maçonnerie écossaise : Apprenti, compagnon, maître. Les grades supérieurs étaient apprenti élu Cohen, compagnon élu Cohen, maître élu Cohen. Ensuite, les grades du Temple : grand architecte, grand élu de Zorobabel et au sommet de cette pyramide, le grade supérieur de Réau-croix, terme qui évoque la rose-croix sans la nommer. Expressément.

Rose-croix et franc-maçonnerie écossaise

Dès le haut Moyen Age, la plupart des corps de métiers se groupèrent en associations professionnelles. Une profonde solidarité unissait leurs membres. Ces institutions vénérables se sont perpétuées jusqu’à nos jours dans le compagnonnage. Une de ces corporations, en déviant de son rôle primitif, a eu une fortune singulière : celle des maçons. On distinguait, au Moyen Age, les ouvriers bâtisseurs, sans qualifications particulières, dits en Angleterre rough Masons, des constructeurs qualifiés ou free massons, ce terme englobant non seulement les ouvriers, mais les tailleurs de pierre et les architectes, ou les maîtres d’œuvre. Groupés en loges, les francs-maçons se divisaient en apprentis et compagnons. Chaque loge était présidée par un maître, choisi parmi les anciens compagnons. Les réceptions et les séances obéissaient à des rituels, où les outils prenaient valeur de symboles. Ils étaient protégés par les papes et les rois. Voyageant pour bâtir les cathédrales dans le monde entier, ils étaient indépendants et, afin d’éliminer les indésirables, ils se reconnaissaient par des « signes, mots et attouchements ». Au cours des siècles, ils admirent parmi eux des chapelains, de grands seigneurs, de riches bourgeois. On discutait en loge d’alchimie, astrologie, numérologie, symbolisme. Les francs-maçons de métiers étaient les opératifs ceux du dehors, les spéculatifs. Vint un moment où les spéculatifs furent les seuls influents dans les loges. En 1717, en Angleterre, les loges se fédérèrent. Bayard prétend que les rose-croix étaient bien organisés en Angleterre au XVIIè siècle ce que Paul Arnold réfute. Bayard prétend que les rose-croix furent en butte aux suspicions des diverses Eglises et que pour œuvrer en paix ils s’insinuèrent dans les loges. Ce serait eux qui auraient créé le grade de maître et la légende d’Hiram. Parmi les érudits qui teintèrent la maçonnerie opérative de rosicrucianisme, il faut réserver une place prépondérante à Elias Ashmole, auteur et compilateur de traités hermétiques. Ashmole (1617-1692) était antiquaire. Son père appartenait à une bonne famille, qui avait beaucoup servi en Irlande. Il reçut une bonne éducation à l’école de grammaire de Lichfield, et comme choriste de la cathédrale. En 1642, il prit parti pour le roi Charles Ier dans la guerre civile. En 1644, le roi le nomma commissaire de l’excise (contributions indirectes) à Lichfield. Il se lia avec le capitaine George Wharton qui lui fit obtenir un poste dans l’artillerie royale, et lui donna cette passion de l’astrologie et de l’alchimie qui devint plus tard, avec celle des choses anciennes, le trait principal de son caractère. Il se fit inscrire au collège de Brasenose, et étudia la physique et les mathématiques. Il devint capitaine de cavalerie et contrôleur de l’artillerie.

En 1646, Ashmole revint à Londres et fréquenta les amateurs de sciences occultes, particulièrement les astrologues, se lia avec Lilly et Booker, et fut un des convives habituels de « La fête mathmatique » qui se tenait au Cerf Blanc. Il fut aussi un des premiers francs-maçons d’Angleterre, il avait été initié en 1646, ou environ. Il se remaria avec une dame qui avait vingt ans de plus que lui et avait été déjà trois fois veuve. Le 16/11/1649, il entra en possession du domaine de sa femme mais sans vivre avec elle d’une manière constante. Il mena avec passion des études d’astrologie, d’alchimie et de botanique. En 1650, il édita une œuvre alchimique de John Dee et un traité sur le même sujet, qu’il signa de l’anagramme de son nom, James Hasolle. En 1652, il publia le premier volume de son Theatrum chimicum, recueil d’anciens traités en vers sur l’alchimie. Il étudia l’hébreu, la gravure, le blason et fit preuve d’une curiosité universelle. La Restauration et le loyalisme d’Ashmole lui valurent la faveur de Charles II. Il fut nommé commissaire contrôleur et comptable général de l’excise ; il eut aussi la charge de commissaire pour la colonie de Surinam et le contrôle du White Office. Sa femme mourut en 1668, et l’année était à peine écoulée qu’il se remariait, cette fois avec la fille de son ami, le héraut Dugdale. Dès lors, il consacra tout son temps à son grand ouvrage « Institution, Lows and Ceremonies of the Order of the Garter », publié en 1672. Il se démit bientôt après de son emploi de héraut de Windsor, avec une pension de 400 livres ; il refusa par la suite la fonction de roi d’armes de la Jarretière. En 1677, il constitua un musée pour l’université d’Oxford. En 1690, Oxford lui conféra le titre de métro en théologie. Il mourut le 18/5/1692.

Les rose-croix ou le complot III

En France, le chevalier de Ramsay rédigea un « Discours » dans lequel il faisait remonter la franc-maçonnerie à l’ordre des Templiers mais ne parlait pas des rose-croix. La supposition de Ramsay influença la création de hauts-grades dans la franc-maçonnerie. Le grade de rose-croix eut un immense succès. Bayard prétend qu’il émanait d’authentiques rose-croix qui « noyautaient » les hauts-grades. A la fin du XVIIIè, des initiés mirent de l’ordre dans la franc-maçonnerie chevaleresque qu’on appelait écossisme. Il s’en dégagea deux rites parallèles, le Rite Ecossais rectifié, surtout répondu en Europe centrale, où l’influence des rose-croix d’or est indéniable et le rite écossais Ancien et Accepté pratiqué en France. Le Rite Ecossais Rectifié n’avait pourtant pas de grade rose-croix. A la fin de la Révolution se créa l’Ordre des Illuminés d’Avignon. Son animateur fut l’abbé Pernéty. Il créa un Ordre maçonnique directement inspiré par la rose-croix. Pernéty naît à Roanne le 13/2/1716. Il est le neveu d’un chanoine de Lyon. En 1732, il prononce ses vœux de bénédictin. En 1754, il traduit un énorme Traité de mathématiques et publie un Manuel bénédictin. Il rédige un dictionnaire des arts et rassemble un herbier. Il s’enthousiasme pour les doctrines hermétiques, la kabbale, l’alchimie. En 1758, paraît son dictionnaire mytho-hermétique puis les Fables égyptiennes et grecques dévoilées. Pour échapper à une probable censure, Pernéty part, en 1763, en qualité d’aumônier, avec Bougainville, pour l’expédition des Iles Malouines. Il publie le récit de ce voyage. En 1705 il quitte l’Eglise et se réfugie à Avignon. Il s’ affilie aux loges maçonniques du Comtat. En 1738, le pape Clément XII décrète l’excommunication des francs-maçons mais la bulle In Eminenti est sans effet en France. Bravant l’Inquisition, Pernéty fonde au sein des « sectateurs de la vertu », le Rite hermétique ou des Illuminés d’Avignon ou rite de Pernéty. Il comprenait les trois grades de base plus des hauts-grades inspirés des rose-croix : vrai maçon, vrai maçon de la voie droite, chevalier des Argonautes, chevalier de la Toison d’or. Bientôt la hiérarchie fut complétée par le grade des chevaliers du Soleil. Inspiré par l’alchimie. Poursuivi l’Eglise, Pernéty se réfugie en Prusse où le roi Frédéric II le nomme conservateur de la bibliothèque de Berlin, membre de l’Académie royale et lui octroie le bénéfice d’une abbaye de Thuringe. A Berlin, l’ancien bénédictin découvre l’œuvre de Swedenborg. Il traduit les Merveilles du ciel et de l’Enfer de William Blake. Frédéric II en prend ombrage et Pernéty doit quitter la Prusse en 1783. Il se fixe à Valence. En adversité avec le GODF se crée une maçonnerie inspirée des vers d’or de Pythagore : les Sublimes Maîtres de l’anneau lumineux. L’Inquisition perd son autorité. La maçonnerie est hébergée dans le Comtat. Le Rite hermétique prend un essor considérable. Le comte Thadée Lesczy Gabrianka avait rêvé de conquérir la Palestine puis de se faire élire roi de Pologne et apporta aux Illuminés d’Avignon le secret de la Sainte Parole qu’il tenait d’un mystérieux adepte connu sous le nomen mysticum d’Elie Artiste. La Sainte Parole était un moyen de communication avec les anges. D’une manière générale, les idées de Pernéty sont celles de Swedenborg. Il croit en un dieu unique enfermant en lui la divine Trinité. Il croit aux anges, esprits célestes, intermédiaires entre le ciel et l’homme, l’initiation conférant le pouvoir de communiquer directement avec les anges. Mais il différait de Swedenborg car il vouait un culte à la vierge Marie. Cela choque Gabrianka qui cré sa dissidence : le Nouvel Israël. Le Comtat fut intégré à la France en 1791. La Convention interdit les réunions maçonniques. Pernéty fut emprisonné en 1793 et mourut en 1796. Il ne reste plus du Rite hermétique que le 28 è degré, celui de chevalier du Soleil, au Rite Ecossais Ancien et Accepté.

L’ordre maçonnique des Princes de Merci

La franc-maçonnerie écossaise comporte 33 grades mais l’initié passe directement du 18è au 30è donc le 26è intitulé prince de Merci n’est plus qu’un souvenir. Les opérations du Grand Œuvre y sont évoquées en mode sensible. Ce rituel devait laisser au candidat une impression durable l’obligeant à réfléchir sur une certaine conception de l’Homme, du cosmos et du ciel. Tout en ce grade offre l’emblème de la Trinité, de la science de la chimie minérale dont Hermès fut le fondateur. Démontrer que le bien et le mal ne sont que les accords et les discordances dont la réunion fait l’Harmonie universelle est le but de ce degré. Il fait battre en brèche tout privilège, tout monopole, toute division fondée sur la naissance, la position ou la richesse pour parvenir à leur abolition, à l’égalité sociale et à la substitution de l’esprit maçonnique à l’esprit de classe. L’invocation hermétique des Princes de Merci est l’appel à la Vérité qui fut et demeure la loi suprême du sage initié. La loge, qui se nomme 3è ciel, sera tendue de vert et décorée de 9 colonnes dont une blanche et une rouge alternativement. Il y aura, à chaque colonne, un bras portant 9 étoiles, ce qui fera le nombre de 81. Le Président s’appelle Prince Excellent. Au dessus de lui se trouve un dais tricolore, vert, blanc et rouge. Devant lui, sur la table est étendu un tapis de la même couleur. Sur sa table sera une statue de femme nue représentant la vérité, une flamme sortira de sa tête, elle tiendra un miroir de sa main gauche, la droite sera élevée vers le cœur tenant un triangle d’or. La statue sera couverte d’une voile tricolore comme le tapis. Le piédestal supportant la statue sera triangulaire et creux pour qu’il contienne un tiroir dans lequel se trouvera un livre triangulaire couvert d’une enveloppe tricolore comme le tapis. Ce livre, qui est le livre de la vérité renfermera l’explication de tous les emblèmes du grade. Il y aura sur la table une flèche longue de 3 pieds. Le bois sera blanc et les ailes vertes et rouges. La pointe sera d’or. Le Président porte une tunique tricolore et une couronne entourée de 3X3 pointes de flèches d’or et il tient à la main une flèche qui lui tient lieu de maillet. L’habillement de tous les autres frères consiste en un tablier rouge, un triangle blanc et vert garnit le milieu. Chacun porte un cordon tricolore, blanc, rouge et vert en sautoir à l’extrémité duquel est suspendu un grand triangle équilatéral en or. Le Président se nomme Rince Excellent et les surveillants, 1er et 2è excellents. Tous les frères ont le titre de Très excellent. La batterie est de 15 coups. L’âge maçonnique est 81 ans. Le néophyte, ayant les yeux bandés, et étant arrivé à l’entrée du Troisième ciel, frappe à la porte cinq coups lents, trois précipités, un lent. Puis il fait neuf pas en serpentant. On fixe sur les épaules du candidat des ailes en forme de rame et on lui met dans les mains les manches de ces ailes qui se croisent devant la poitrine, de sorte qu’il puisse les faire mouvoir aisément. On avance un gradin qui doit avoir neuf marches et être au moins haut de cinq pieds et on le place entre les frères 1er et 2è excellents, les marches tournées du côté de la porte d’entrée. Quand le néophyte a monté les neuf degrés du gradin, sans quitter la manche de ses ailes, le sacrificateur le laisse seul en lui disant tout bas d’attendre l’ordre du maître. Si l’intention du néophyte est de continuer, il répond « oui » à la question de savoir s’il veut faire son 1er voyage, le Prince excellent lui donne le signal de départ, qui sera trois claquement de main. Au 3è coup le candidat doit sauter et au-dessous de lui se trouve une bonne couverture de laine tendue par six frères pour que la chute du candidat soit freinée. Après cette épreuve, on le débarrasse de ses ailes. Le Prince excellent lui dit qu’il atteint le firmament du 1er ciel. Puis le néophyte monte une échelle de trois échelons. Ainsi il atteint le 2è ciel. Il doit prononcer le nom des trois colonnes du grade de rose-croix (Foi, Espérance et Charité) en montant. Arrivé en haut d l’échelle, on approche une cire allumée de la main du néophyte pour lui faire comprendre qu’il a atteint la chaleur des étoiles. Puis on lui fait boire l’éther du 2è ciel (un verre plein de mousse de savon). Ensuite on le repose sur le plancher. Le 3è voyage consiste pour le Frère sacrificateur à saisir à saisir le néophyte par le milieu du corps, le balancer comme pour le précipiter et à le remettre sur ses pieds. Quand le néophyte a atteint le 3è ciel, le Prince excellent tire un coup de pistolet et le Frère sacrificateur enlève le bandeau du néophyte et lui fait faire trois fois le tour du Triangle emblématique. On lui explique les figures se trouvant sur le tableau de loge. Un bûcher allumé, un bras armé d’un grand coutelas, un ange dans un nuage rappelait le sacrifice d’Abraham ; une grande croix, une lance, une couronne d’épines, ces figures rappellent la Passion du christ ; une arche d’alliance, des tables de la Loi, un encensoir, ces trois figures rappellent la manifestation du Seigneur à Moise ; une figure au mercure, un réchaud surmonté d’un creuset, un lingot d’or, ces figures rappellent le principe, l’argent et le produit du Grand Œuvre ; un flambeau ardent, un globe tournant sur son axe, un triangle équilatéral d’or, ces trois figures sont l’emblème du feu central qui anime tout ce qui existe, du mouvement imprimé à l’univers et duquel résulte l’harmonie éternelle et enfin, du Créateur de toutes choses. On apprend au néophyte que les Frères du grade savent fabriquer de l’or et qu’il va apprendre. Quand la somme de trois millions est atteinte, le plus ancien des frères part avec l’or dans un pays lointain pour jouir de sa fortune. Puis le frère gardien sacré enlève le voile de la Statue et la montre au néophyte. Le Prince excellent lui demande s’il sait ce qu’elle représente. Alors le Prince excellent prend le livre triangulaire et en lit un passage au nouvel initié. Il l’informe que les princes de Merci ne passent pas leur vie à fabriquer de l’or et qu’il faut trouver la force de supporter sa destinée, le courage de se plier à sa condition, d’en être satisfait. Enfin, le Prince excellent fait approcher le candidat de l’autel, lui fait poser un genou à terre et le constitue Prince de Merci en frappant 16 coups sur sa flèche avec une autre flèche.

La rose-croix à la fin du XIXè siècle

Selon Bayard, jusqu’aux premières décades du XIXè siècle, la rose-croix brille dans toute l’Europe, particulièrement en Scandinavie et dans les Etats du Saint Empire. Puis obéissant à son destin cyclique, elle s’éclipse. Il reste quelques conventicules cachés sous des hauts grades de la franc-maçonnerie écossaise. Vers 1865, à Londres, se manifeste la Societas Rosicruciana in Anglia dont le 1er imperator connu fut le baronet Edward Bulwer Lytton (Bayard se trompe car Bulwer Lytton a été nommé imperator d’honneur mais il a refusé ce titre). Il fut le mécène du mage français Eliphas Levi. La SRIA existe toujours. Le nombre de ses membres, tous maîtres maçons est limité à 72. On affirme que maintenant, ils se bornent à des recherches historiques et délaissent les « opérations » alchimiques ou magiques. Aux alentours de 1885, en France, la rose-croix reprit, sous des formes nouvelles, force et vigueur. Guaïta prit la tête de la rose-croix en 1887. A cette époque, les matérialistes étaient au pouvoir partout et voyaient leurs idées accueillies avec frénésie par une jeunesse avide de jouissance et de pouvoir. Les spiritualistes étaient composés en majeure partie de spirites nombreux et fervents mais divisés et impossibles à discipliner. En France, il y avait la franc-maçonnerie mais la section spiritualiste était presque entièrement en sommeil par suite de tendances politiques. Du côté des Illuminés se trouvaient des groupes épars organisés par Eliphas Lévi et des fils spirituels de Jean-Baptiste Willermoz et de Swedenborg. Saint-Yves d’Alveydre avait inspiré Guaïta. D’Alveydre en insistant sur la tradition chrétienne sacrifiée à la tradition païenne, fut le maître spirituel de la génération des kabbalistes de cette époque. Issu d’une illustre lignée florentine établie en Lorraine depuis plusieurs générations, Stanislas de Guaïta vint très tôt à Paris, où il fut apprécié comme poète mineur dans quelques cénacles littéraires. Il lut le « Vice suprême » (1884) de Joséphin Péladan préfacé par Barbey d’Aurevilly. Cette approche de la tradition ésotérique lui fut une révélation. Il lut les classiques de l’occultisme dont ceux de la rose-croix. Il fut aidé par Oswald Wirth. L’essentiel du message ésotérique, rosicrucien, de Stanislas de Guaïta est exprimé dans les trois tomes des « Essais de sciences maudites » : d’abord « Le Temple de Satan », étude de la magie noire, considérée comme la mise en œuvre, par et pour le Mal, de forces mystérieuses de la nature. Ensuite, dans la « Clef de la magie noire », Guaïta étudia la puissance de l’action des forces dont Satan dispute la maîtrise au Seigeur de Lumière. « Le Problème du mal » est une œuvre inachevée. En 1888, il fonda l’Ordre Kabbalistique de la rose-croix, dirigé par un Suprême conseil composé de douze membres ; six restant rigoureusement inconnus, et six autres seulement étant connus : Papus, Baret, Péladan, Paul Adam, Gabal, Thoron, Guaïta président. Plus tard ce suprême conseil comprit Mac Haven, l’abbé Alta, Paul Sédir, Augustin Chaboseau. Le signe distinctif des membres du suprême conseil est la lettre hébraïque Aleph. Outre ce degré supérieur, il en existe deux autres où est donnée l’initiation. La Kabbale et l’occultisme sont enseignés. L’ordre kabbalistique de la rose-croix conférait des grades d’université libre. Il décerna aussi quelques titres de docteur. LE 1er examen était sanctionné par le titre de « bachelier en Kabbale » ; le 2è, par celui de « licencié en Kabbale ». Enfin, un 3è examen était sanctionné par une soutenance de thèse de doctorat. Le 1er examen portait sur l’histoire générale de la tradition occidentale, particulièrement sur la rose-croix, sur la connaissance des lettres hébraïques, de leur forme, de leur nom et de leur symbolisme. Le 2è examen avait trait à : l’histoire générale de la tradition religieuse au cours des âges, en insistant particulièrement sur l’unité du dogme à travers la multiplicité des symboles, la connaissance des mots hébraïques quant à leur constitution.

Paul Adam fut l’auteur d’œuvres naturalistes comme « chair molle » (1885) ou « Les demoiselles Goubert » (1886) et d’œuvres d’anticipation qui avaient ouvert la voie de la science-fiction comme « La Force » (1889) ou « Le soleil de juillet » (1903). Paul Sédir, de son vrai nom Yvon Le Loup, naquit à Dinan, le 2/1/1871. Il fut employé à la Banque de France. Il fit connaissance de Papus et de Guaïta. Il publia de nombreux opuscules et des articles puis il se convertit au catholicisme et fit des conférences. Il créa un mouvement chrétien indépendant, « Les Amitiés spirituelles ».

Papus est le pseudonyme du docteur Gérard Encausse (1865-1916). Il fut le fondateur de l’Ordre martiniste et écrivit de nombreux ouvrages consacrés aux hautes sciences dont le « Traité méthodique de science occulte ». Il fut le conseiller du tsar Nicolas II qu’il initia au martinisme. Il fut disciple de Monsieur Philippe, le mage de Lyon. L’Ordre kabbalistique de la rose-croix mena simultanément une action occulte en vue de préserver la civilisation judéo-chrétienne, et une action diffusante au cœur d’un public de profanes, mais curieux de sciences occultes. Grâce à la revue L’Initiation, la rose-croix kabbalistique réédita et analysa des classiques de l’art royal : Eliphas Lévi, Fabre d’Olivet, Swedenborg, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin pour ne citer que les principaux.

Joséphin Peladan (1859-1918) avait été un des fondateurs de l’ordre de la rose-croix de Guaïta. Il se retourna contre Guaïta. Il s’attribua le hiéronyme de Sâr Merodak qu’il avait tenu par consécration « astrale » des mages de Chaldée. Il a laissé une abondante série de romans et d’essais groupés dans un Amphitéâtre des sciences mortes. Il quitta la rose-croix de Guaïta pour créer en 1890 la rose-croix esthétique. Parmi les dirigeants de ce nouvel ordre se trouvaient Elémit Bourges (1853-1915) et St Pol Roux. Bourges était membre fondateur de l’Académie Goncourt. Il avait publié La Nef qu’il mit 34 ans à écrire/ Saint Pol Roux, dit le Magnifique était l’auteur du livret de Louise que Charpentier mit en musique. Il fut proclamé par les surréalistes comme un de leur précurseurs. La Dame à la faux est son œuvre maîtresse.

Erik Satie fut disciple de Peladan. Peladan organisa, à la galerie Durand-Ruel, le Salon de la Rose-Croix qui fut un événement bien parisien. Après le schisme de Péladan, la rose-croix de Guaïta excommunia Péladan le 5/8/1891.

Bayard évoque l’ordre peu connu de la Fraternité hermétique de Louxor qui apparut à Boston vers 1880 et entra en lutte avec les groupes spirites se réclamant d’Allan Kardec puis avec les dirigeants de la Société Théosophique. Association très secrète, la Fraternité hermétique de Louxor existe toujours, compte peu d’adeptes et son état major réside actuellement à Zurich. Elle est puissamment hiérarchisée. Son enseignement oral ou par correspondance, est donné par degrés, et exige un intense travail personnel. La lecture et la méditation d’ouvrages recommandés constituent une propédeutique. Il y avait notamment Ghostland de Hardinge Britten traduit en français sous le titre « Au pays des esprits ». La Fraternité hermétique assurait son recrutement par l’astrologie. Le premier secrétaire général en fut l’Ecossais T.H. Bugoyne et le grand maître visible, un Etats-unien, Peter Davidson, que Papus nomme « l’un des plus remarquables parmi les adeptes occidentaux. Papus fut l’un des agents de cette société.

The Golden Dawn (l’Aube d’or) Pauwels et Bergier, dans le Matin des magiciens, ont révélé le rôle joué par la Golden Dawn. Ils démontrent que ce groupe ésotérique fut le « laboratoire où s’élaborèrent certaines des mutations essen

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Apocryphe de Jean : la Création

14 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Ceci est l’enseignement du Sauveur et la révélation des mystères qui sont cachés dans le silence et de ceux qu’il avait enseignés à Jean son disciple.

Cela arriva pendant l’un de ces jours où Jean, frère de Jacques – les fils de Zébédée – était monté à Jérusalem. Alors qu’il était monté au Temple, un pharisien du nom d’Arimanias s’approcha de lui et lui dit : « Où est ton maître, celui que tu suivais ? » Jean lui dit : « Il est retourné dans le lieu d’où il était venu. » Le pharisien lui dit : « Ce nazôréen vous a entraînés dans l’erreur et vous a empli les oreilles de mensonges. Il a fermé vos cœurs et vous a détournés des traditions de vos pères. »

Lorsque j’entendis ces propos, je me détournai du Temple, me dirigeant vers la montagne, vers un lieu désert. J’étais très affligé en mon cœur et je disais : « Comment le Sauveur a-t-il donc été mandaté ? Pourquoi a-t-il été envoyé dans le monde par son Père qui l’a envoyé ? Qui est son Père ? Et de quelle nature est cet éon vers lequel nous irons ? » Que voulait il dire quand il nous a dit que cet éon où nous irons avait reçu l’empreinte de l’éon incorruptible, mais ne nous a pas instruits de ce dernier en nous disant de quelle nature il était ?

A cet instant, alors que je pensais à cela, les cieux s’ouvrirent, la création entière s’illumina d’une lumière apparue en dessous des cieux et le monde entier fut ébranlé. Je fus effrayé, et voici que je vis dans la lumière un jeune debout auprès de moi. Alors que je le regardais il devint semblable à un vieillard. Puis il changea son apparence devenant semblable à un serviteur. C’était une image ayant de multiples formes dans la lumière, dont les aspects se manifestaient mutuellement et dont l’aspect avait une triple forme.

Il me dit : « Jean, Jean, pourquoi doutes-tu ? Pourquoi as-tu peur ? Tu n’es pas étranger à cette image, n’est-ce pas ? – c’est ainsi, ne sois pas timide ! - Je suis avec vous en tout temps. Je suis le Père, je suis la Mère, je suis le Fils. Je suis sans souillure et sans mélange. Maintenant je suis venu pour t’instruire de ce qui est, de ce qui a été et de ce qui doit advenir, afin que tu connaisses les choses non-manifestées comme les choses manifestées et que je t’instruise au sujet de la race inébranlable de l’Homme parfait.
« Maintenant donc lève ton visage, afin que tu reçoives ce que je t’enseignerai aujourd’hui et que tu le présentes à tes compagnons spirituels qui font partie de la race inébranlable de l’Homme parfait. »
Alors moi, j’interrogeai afin de comprendre cela. Il me dit : « La monade est une monarchie qui n’a rien au dessus ; elle est le Dieu et Père de toute chose, l’Invisible qui est au dessus de tout, qui est dans l’Incorruptibilité, établi dans lalumière pure qu’aucun oeil ne peut regarder. Il est l’Esprit invisible.

« Il n’est pas convenable de le concevoir comme on conçoit les dieux ou en des termes similaires. Il est en effet plus qu’un dieu car nul n’existe au-dessus de lui, car nul ne le domine. Il n’existe pas non plus  en quelque chose qui lui soit inférieur,  puisque toutexiste en lui seul. Il est éternel puisqu’il n’a pas besoin de quoi que ce soit car il est absolument parfait.
5Il ne manque de quoi que ce soit qui puisse le rendre plus parfait. Il est au contraire totalement parfait en tout temps dans la lumière. Il est illimité car nul n’existe avant lui pour le limiter. Il est indistinct car nul n’existe avant lui pour lui imposer une distinction;  Il est incommensurable car nul n’a existé avant lui pour le mesurer. Il est invisible car nul ne l’a vu. Il est éternel, existant éternellement. Il est indicible, car nul ne peut l’appréhender et d’en parler. Il est innommable car nul n’existe avant lui pour lui donner un nom.

« Il est une lumière incommensurable sans mélange, sainte et pure. Il est l’indicible, parfaitdans son incorruptibilité. « Il n’est ni perfection, ni béatitude, ni divinité, mais il est bien supérieur à ces notions.Il n’est ni corporel ni incorporel, ni grand ni petit. Il n’existe pas de moyen qui permette de le quantifier ou le qualifier, car personne ne peut le connaître. Nul ne peut en effet le penser car il ne fait pas partie de ceux qui existent, mais leur est bien supérieur, non du fait de sa supériorité, mais en lui-même, son essence ne fait pas partie des éons ni du temps. Car si quelqu’un fait partie d’un éon c’est que d’autres ont préparé cet éon antérieurement pour lui. Il n’a pas été soumis à une division temporelle puisqu’il n’a rien reçu d’un autre, ce que l’on reçoit est un emprunt (fait à un autre). Or celui qui est premier n’existe pas de façon à recevoir de lui-même. Et c’est plutôt le dernier à regarder sa lumière dans l’expectative."

« Car la perfection est majestueuse. Il est le pur, esprit incommensurable. Il est éon, dispensateur d’éon, vie, dispensateur de vie bienheureux, dispensateur de béatitude, connaissance, dispensateur de connaissance, bien, dispensateur de bonté, miséricordieux, dispensateur de miséricorde et de salut, grâce, dispensateur de grâce, non parce qu’il possède mais parce qu’il donne la lumière incommensurable et incorruptible.

« Comment parlerais-jede lui avec toi ? Son Éon est indestructible, en quiétude et se reposant en silence lui qui  est préexistant à toute chose. Il est en effet la tête de tousles Éons et c’est lui qui leur donne consistance par sa bonté. Nous, nous ne connaissons de ces choses incompréhensibles ni ne comprenons de ces choses incommensurables que ce qui a été amené par lui, le Père. C’est lui seul qui nous a parlé. Lui l’Esprit se regarde lui même dans sa proprelumière qui l’entoure, c’est-à-dire la source d’eau vive, et il produit tous les éons. En toute forme, il conçoit sa propre image en la voyant dans la source de l’Esprit, en exprimant sa volonté par l’eau lumineuse qui se trouve dans la source de l’eau de lumière pure qui l’entoure.

« La source de l’esprit s’écoula, venant de l’eau vive de la lumière. Et il présida et irrigua tous les éons et des mondes. En toutes leurs formes il pensa sa propre ressemblance en la contemplant dans l’eau de lumière pure qui l’entoure. Et son unique-pensée devint réalité, se manifesta et se tint devant lui, dans le issue du flamboiement de la lumière. Elle est la première puissance celle qui a existé avant toutes ceux qu’elle a manifestés par sa pensée. Elle est la Pronoia de toutes choses, la lumière qui illumine, l’image de la lumière de l’Esprit .  Elle est la Puissance parfaitequi est l’image de l’invisible Esprit virginal et parfait. Elle est la première puissance, la gloire de Barbélô, gloire parfaite dans les éons, gloire de la manifestation. Elle rendit gloire à l’Esprit virginal et le loua car c’est de lui qu’elle avait été manifestée. Elle qui est la première Pensée, l’image de cet Esprit elle fut la matrice de tout car elle existe avant eux tous. Elle est la Mère-Père, l’Homme primordial, l’Esprit Saint, le triple mâle, la triple puissance, le triple nom androgyne, l’Éon éternel parmi les éons invisibles et la première à être sortie.

« Elle Pronoia demanda à l’invisible Esprit virginal, qui est Barbélô, que lui soit donnée la prescience. Et l’Esprit fit un signe d’assentiment. Lorsqu’il eut fait un signe d’assentiment, Prescience apparut et se tint auprès de Pronoia, — celle qui provient de la Pensée de l’invisible Esprit virginal — rendant gloire à cet Esprit et à sa puissance parfaite, Barbélô, par qui elle est venue à l’existence.

« A nouveau cette Puissance, Barbèlô, demanda que lui soit donnée l’incorruptibilité. Et il fit un signe d’assentiment. Lorsqu’il eut fait un signe d’assentiment, Incorruptibilité se manifesta. Elle se tenait auprès la pensée et de la Prescience, glorifiant l’Invisible et Barbèlô car c’est par son intervention qu’elle est venue à l’existence.

« Barbélô demanda alors que lui soit donnée la vie éternelle et l’invisible Esprit fit un signe d’assentiment. Alors, du fait de son signe d’assentiment, Vie-éternelle se révéla et, se tenant     toutes debout, elles rendirent gloire à l’invisible Esprit ainsi qu’à Barbélô, par l’intervention de qui elles étaient venues à l’existence.

« Et elle demanda encore que lui soit donnée la verité Et l’invisible Esprit ayant fait un signe d’assentiment, Vérité se révéla. Alors elles se tiNrent toutes debout et rendirent gloire à l’Esprit invisible et Barbélô par l’intervention de qui Véritéétait venue à l’existence.

« Telle est la pentade des éons du Père, qui s’identifie à l’Homme primordial, image de l’Invisible Esprit. Elle est Pronoia, c’est-à-dire Barbélô, ainsi que la Prescience, l’Incorruptibilité, la Vie-éternelle et la Vérité. Telle est la pentade des éons androgynes qui constitue la décade des éons, c’est-à-dire le Père.

« Et l’Esprit regarda vers Barbélô, par le biais de la lumière pure qui entoure l’invisible Esprit et dans son flamboiement. Et elle conçut de lui et il donna naissance à une étincelle de lumière, à l’image de la lumière bienheureuse, mais ne lui étant paségale en grandeur. C’est le premier né de Mére-Père qui a été manifesté, lui qui est son unique rejeton, le premier né du Père, la lumière pure.

« Alors l’invisible Esprit virginal se réjouit de ce que la lumière était venue à l’existence, de ce qu’elle avait commencé à être manifestée par la première puissance, sa Pronoia, Barbélô. Et il oignit le premier né de sa Bonté/Messianité pour qu’il devienne parfait, pour qu’il n’ait aucune déficience de Bonté/Messianité puisqu’il a été oint de la Bonté/Messianité de l’invisible Esprit. Et le premier né se tint en présence de l’Esprit pendant que celui-ci versait sur lui sa bonté. Et aussitôt qu’il eut reçu de l’Esprit cette bonté il rendit gloire à l’Esprit Saint et à la Pronoia parfaite { } par qui il avait été manifesté.

« Et le premier nédemanda que lui soit donné un partenaire, l’intellect. L’invisible Esprit fit un signe d’assentiment et, lorsqu’il eut fait un signe d’assentiment, l’Intellect se manifesta et se tint auprès du bon/Christ, glorifiant celui-ci ainsi que Barbélô. Toutes les œuvres qui précèdent ont été produites en silence et (par) la Pensée.

« Alors le Christvoulut, par la parole de l’invisible Esprit, créer une ouvre. Et sa Volonté devint une ouvre et se manifesta avec Intellect, et la lumière le glorifiait. Et la parole suivit la Volonté, car c’est par la parole que le Christ, le Dieu autogène, a créé toute chose. Quant à Vie-éternelle et Volonté d’une part et Intellect et Prescience d’autre part ils se tinrent là glorifiant l’invisible Esprit et Barbélô car c’est d’elle qu’ils sont issus.

« L’Esprit Saint conféra donc la perfection au Dieu autogène, qui est son Fils et (celui de) Barbélô, pour qu’il se tienne en présence du grand et invisible Esprit virginal, lui le Dieu autogène, le Christ, lui qui a été honoré par l’esprit d’une voix forte. Il a été manifesté par Pronoia. Et l’invisible Esprit virginal a établi le Dieu autogène au dessus de toute chose. Et il lui a soumis toute autorité, ainsi que la vérité qui est en lui, afin qu’il pense toute chose lui qui a été nommé d’un nom qui est au dessus de tout nom. Ce nom en effet sera dit à ceux qui en sont dignes.

« C’est en effet de la lumière qu’est le Christ et l’Incorruptibilité, par le don de l’Esprit, que les quatre luminaires apparurent du Dieu autogène. L’Esprit les a désignés pour assister le Fils .La triade est composée de Volonté, Pensée et Vie. La quadruple puissance, quant à elle, est composée de Compréhension, Grâce, Perception et Intelligence. Grâce est auprès de l’éon du luminaire Armozel, qui est le premier ange. Avec cet éon d’Armozel se trouvent trois autres éons : Grâce,
Vérité, et Forme. Le deuxième luminaire, Oriael, est celui qui a été établi sur le deuxième éon. Avec lui sont trois autres éons : Conception, Perception et Mémoire. Le troisième luminaire est Daveïthaï, celui qui a été établi sur le troisième éon. Avec lui se trouvent trois autres éons : Compréhension, Amour et Apparence. Quant au quatrième éon, il a été établi sur le quatrième luminaire, Éléleth. Avec lui se trouvent trois autres éons : Perfection, Paix et Sagesse. Tels sont les quatre luminaires qui assistent le Dieu autogène. Tels sont les douze éons qui assistent le Fils, le grand Christ autogène, par la volonté et le don de l’Esprit invisible. Ces douze éons appartiennent au Fils d’autogènes et c’est par la volonté de l’Esprit Saint que toutes choses ont été établies à travers les Autogènes.

« C’est de la Prescience de l’Intellect parfait, par la manifestation de la volonté de l’invisible Esprit ainsi que la volonté de l’Autogène, (que proviennent) l’Homme parfait, premier manifesté, et la Vérité. C’est lui que l’Esprit virginal a nommé : Pigéra-Adamas. L’Esprit l’établit sur le premier éon avec le grand Christ autogène, auprès du premier luminaire Armozel et des puissances qui sont avec lui. Et l’invisible Esprit lui donna une puissance intellectuelle invincible. Et il parla, et glorifia et bénit l’invisible Esprit en disant : « C’est à cause de toi que tout a existé et tout retournera vers toi. Je te bénirai donc et te glorifierai, toi, ainsi que l’Autogène et les éons, toi qui est Triade, Père, Mère, Fils, la Puissance parfaite. »

« Et l’Homme parfait installa son fils Seth sur le deuxième éon près du deuxième luminaire Oroïel. Dans le troisième éon fut ensuite installée la semence de Seth près du troisième luminaire Daveïthaï. Là furent installées les âmes des saints. Dans le quatrième éon enfin furent installées les âmes de ceux qui sont ignorants du plérôme et n’ont pas été prompts à se repentir mais sont restés temporairement dans cet état puis se sont repentis. Ces âmesont été installées auprès du quatrième luminaire Éléleth. Ce sont des créatures qui rendent gloire à l’invisible Esprit.

« Donc, Sophia d’Épinoia, étant un éon, conçut une pensée issue d’elle-même ainsi que de la réflexion de l’invisible Esprit et dePrescience. Elle voulut manifester une ressemblance hors d’elle-même sans que se soit exprimé le bon vouloir de l’Esprit — il n’avait pas donné son accord — et sans son conjoint ni même l’assentiment de ce dernier. Comme la face de sa masculinité n’avait pas donné son consentement, comme elle n’avait pas trouvé son partenaire, elle fit un signe d’assentiment sans le bon vouloir de l’Esprit et sans que son partenaire n’en ait eu connaissance. Elle sortit à cause de la force irrésistible qui est en elle. Sa réflexion ne fut pas improductive. Et apparut hors d’elle une œuvre imparfaite et différente de sa propre forme parce qu’elle l’avait faite sans son conjoint ; cette œuvreétait non conforme à l’aspect de sa mère car elle avait une autre forme.

« Lorsque Sophia vit que l’œuvre qu’avait produitson désir, avait pris l’apparence contrefaite d’un serpent à face de lion et que ses yeux, ressemblaient aux feux flamboyants qui illuminent, elle la chassa loin d’elle, hors de ces lieux, afin qu’aucun des immortels ne la voit, car elle l’avait faite dans un état d’ignorance. Et elle l’entoura d’une nuée lumineuse et plaça un trône au milieu de la nuée afin que nul ne la voie, excepté l’Esprit Saint que l’on nomme “Mère des vivants”.
Et elle lui donna le nom de Yaltabaôth. Il est le Premier Archonte, celui qui a pris une grande puissance à sa mère.

« Puis il s’écarta d’elle et s’éloigna des lieux où il avait été enfanté. Il s’empara d’autres lieux et se créa d’autres éons flamboyant d’un feu lumineux, ce qui existe encore maintenant. Et il s’unit à sa propre déraison et engendra pour lui-même des autorités. Le nom de la première est Athôth, que les générations appellent.[ . . . ]. La deuxième est Harmas, c’est-à-dire “[l'oil] de la jalousie”. La troisième est Kalila Oumbri. La quatrième est Yabêl. La cinquième est Adônaïou que l’on nomme aussi Sabaôth. La sixième est Kaïn, que les générations des hommes appellent le Soleil. La septième est Abel. La huitième est Abriséné. La neuvième est Yôbêl. La dixième est Armoupiéêl. La onzième est Melkheiradôneïn. La douzième est Bélias, c’est-à-dire le préposé au gouffre infernal. Et le Premier Archonteétablit sept rois, un par firmament du ciel, sur les sept cieux et cinq sur le gouffre de l’abîme, pour y régner. Et il répartit sur eux de son feu, mais n’envoya pas sur eux une part de la puissance lumineuse qu’il avait prise à sa mère.

« Il est une obscurité ignorante, aussi lorsque la lumière s’est mélangée à l’obscurité, elle a illuminé l’obscurité. Mais l’obscurité se mélangeant à la lumière, a assombri la lumière. Et le Premier Archonte ne fut plus ni lumière ni obscurité, mais il fut affaibli.

« Cet Archonte affaibli possède trois noms : son premier nom est Yaltabaôth, le deuxième Saklas, le troisième Samael. Il est impie du fait de la folie qui l’habite. Il a en effet dit : « Je suis Dieu et il n’existe pas d’autre dieu à côté de moi ! », car il est ignorant de son origine, du lieu d’où il est venu.

« Et les douze archontes créèrent pour eux-mêmes sept puissances et ces puissances créèrent pour elles-mêmes
anges chacune, jusqu’à atteindre trois cent soixante-cinq anges. Voici les corps associés aux noms. Le premier est Athôth, il a une face de mouton. Le deuxième est Élôaïou, il a une face d’âne. Le troisième est Astaphaïos, il a une fa[ce de hyè]ne. Le quatrième est Yaô, il a une fa[ce de drago]n à sept têtes. Le cinquième est Sabaôth, il a une face de dragon. Le sixième est Adônin, il a une face de singe. Le septième est Sabbédé, il a une face de feu lumineux. Telle est l’hebdomade du Sabbaton.

« Yaltabaôth possède en effet de multiples visages en plus de tous ceux énumérées précédemment de sorte qu’il peut imposer une apparence spécifique à eux tous, selon son bon plaisir. Étant au milieu des Séraphins, il a partagé avec eux son feu. C’est pour cette raison qu’il a été pour eux Seigneur, à cause de la puissance de la gloire qui lui vient de la lumière de sa Mère. C’est pour cette raison qu’il s’est lui-même proclamé Dieu, désobéissant ainsi au lieu d’où il était venu. Et Yaltabaôth unit aux puissances qui sont avec lui sept autorités issues de sa pensée. Et par sa parole cette pensée exista. Et il donna un nom à chaque autorité. Il commença par le haut. Le premier nom est Messianité auprès de la première autorité Athôth ; le deuxième est Pronoia, auprès de la deuxième, Élôaiô ; le troisième est Divinité, auprès de la troisième, Astraphaiô ; le quatrième est Seigneurie, auprès de la quatrième, Yaô ; le cinquième est Royauté, auprès de la cinquième, Sanbaôth ; le sixième est Jalousie, auprès de la sixième, Adônein ; le septième est Sagesse auprès de la septième, Sabbateôn. Celles-là possèdent un firmament par ciel. Ces noms leur ont été donnés d’après la gloire des cieux en vue de la destruction de ces autorités. Alors que les noms qui leur ont été donnés par leur Engendreur en chef leur procurent autorité, les noms qui leur ont été donnés d’après la gloire des cieux sont pour elles cause de destruction et de réduction à l’impuissance. Ainsi donc, elles possèdent deux noms.

« Yaltabaôth a donc organisé pour lui-même toutes choses d’après la ressemblance des éons primordiaux qui avaient existé auparavant de sorte qu’il a créé ces choses selon l’aspect des êtres immortels, non qu’il ait lui-même contemplé les immortels, mais parce que la puissance qui est en lui, celle qu’il a dérobée à sa mère, a enfanté en lui l’image de la mise en ordre du monde.Alors, voyant la création qui l’entoure ainsi que la foule des anges qui sont autour de lui et qui sont issus de lui, Yaltabaôth leur dit : “Moi, je suis un Dieu jaloux et il n’existe pas d’autre dieu en dehors de moi !” Mais en déclarant cela il signifie aux anges qui sont auprès de lui qu’il existe un autre dieu car si aucun autre n’existait, de qui serait-il jaloux ?

« La Mère commença alors à aller et venir. Elle avait perçu
déficience lorsque l’éclat de sa lumière avait diminué. Et elle s’assombrit parce que son conjoint n’avait pas parlé d’une seule voix avec elle. »

Et moi Jean de dire : « Seigneur ! Que signifie “aller et venir ?” » Lui alors rit et dit « Ne pense pas que ce soit, comme l’a dit Moïse, qu’elle allait et venait au dessus des eaux. Non ! Mais lorsqu’elle vit le mal qui était arrivé et la nature du larcin que lui avait dérobé son fils, elle se repentit. Alors un oubli s’empara d’elle dans les ténèbres de l’ignorance et elle commença à manifester de la honte. Mais elle ne voulait pas revenir et elle en était en mouvement. Ce mouvement c’est le va et vient.

« L’impudent Archonte déroba donc une puissance à sa mère. Mais il était ignorant, et pensait que nul autre n’existait si ce n’est sa mère seule. Voyant donc la foule des anges qu’il avait créés il s’exalta au-dessus d’eux.

« Mais lorsque la mère comprit que l’
des ténèbres était imparfait, elle comprit du même coup que son conjoint n’avait pas parlé d’une seule voix avec elle. Elle se repentit, versant d’abondantes larmes. Et la prière de sa repentance fut entendue. Et le plérôme tout entier de l’invisible Esprit virginal intercéda en sa faveur. , l’Esprit Saint répandit sur elle ce qui provient du plérôme tout entier. En effet, ce n’est pas son conjoint qui est venu vers elle mais vint alors vers elle  ce qui provient du plérôme afin de redresser sa déficience. Et elle fut enlevée non pas jusqu’à son propre éon mais au-dessus de son fils, de sorte qu’elle est dans le neuvième éon, jusqu’à ce qu’elle ait redressé sa déficience.

« Et une voix sortit de l’éon céleste supérieur disant “L’Homme existe ainsi que le fils de l’Homme”. Le Premier Archonte Yaltabaôth l’entendit et pensa que cette voix provenait de sa mère et ne comprit pas d’où elle était venue. Alors le Mère-Père saint et parfait, Pronoia parfaite, image de cet Invisible qu’est le Père de tout par qui tout a existé et qui est l’Homme primordial, les instruisit en manifestant son apparence sous une forme humaine.


« Alors l’éon tout entier du Premier Archonte trembla et les fondements de l’abîme furent agités et depuis les eaux qui se trouvent au dessus de la matière, la partie inférieure fut illuminée par la manifestation de l’image de cet Homme primordial qui s’était manifestée. Et lorsque toutes les autorités et le Premier Archonte regardèrent, ils virent que la totalité de la partie inférieure avait été illuminée et, grâce à la lumière, ils virent dans l’eau la figure de l’image.

« Et Yaltabaôth dit aux autorités qui sont auprès de lui : “Allons, créons un homme à l’image de Dieu et à notre ressemblance afin que l’image de celui-ci devienne pour nous lumière”. Et elles  le créèrent à partir de leurs puissances respectives en fonction des caractéristiques qui leur avaient été données. Et chacune des autorités plaça en lui une caractéristique conçue d’après la figure de l’image qui leur était apparue, d’après sa figure psychique. Yaltabaôth ? créa une hypostase à la ressemblance du premier Homme parfait. Et lui et ses autorités dirent : “Nommons-le Adam afin que son nom devienne pour nous une puissance lumineuse.”

« Et les puissances commencèrent à le créer.La première, Bonté, créa une âme d’os. La deuxième, Pronoia, créa une âme de nerf. La troisième, Divinité, créa une âme de chair. La quatrième, Seigneurie, créa une âme de moelle. La cinquième, Royauté, créa une âme de sang. La sixième, Jalousie, créa une âme de peau. La septième, Intelligence, créa une âme de cheveu. Alors la foule des anges se tint près de lui. Et Ils reçurent des autorités les sept supports de l’âme afin de faire l’assemblage des membres et l’assemblage du tronc ainsi que l’arrangement ordonné de chacun des membres.

« Le premier commença par créer la tête. Eteraphaôpe Abron créa son sommet ; Mêniggesstrôêth créa le cerveau ; Asterekhmên, l’oil droit ; Thaspomokham, l’oil gauche. Iéronumos, l’oreille droite ; Bissoum, l’oreille gauche ; Akiôreim, le nez ; 16 Banên Ephroum, les lèvres ; Amên, les dents ; Ibikan, les molaires ; Basiliadêmê, les amygdales ; Akhkha, la luette. Adaban (créa) le cou ; Khaaman, la colonne vertébrale ; Dearkhô, la gorge ; Têbar, l’épaule droite ; N[ . . . . . ] l’épaule gauche ; Mniarkhôn, le coude droit ; [ . . . ]e le coude gauche ; Abitriôn, l’avant-bras droit ; Euanthên, l’avant-bras gauche ; Krus, la main droite ; Bêluai, la main gauche ; Trêneu, les doigts de la main droite ; Balbêl, les doigts de la main gauche ; Krima, les ongles des mains ; Astrôps, le sein droit ; Barrôph, le sein gauche ; Baoum, l’aisselle droite ; Ararim, l’aisselle gauche ; Arekh, le ventre ; Phthauê, le nombril ; Sênaphim, l’abdomen ; Arakhethôpi, les côtes droites ; Zabedô, les côtes gauches ; Barias, la hanche droite ; Phnouth, la hanche gauche . Abênlenarkhei créa la moelle ; Khnoumeninorin, les os ; Gêsole, l’estomac ; Agromauma, le cour ; Banô, le poumon ; Sôstrapal, le foie ; Anêsimalar, la rate ; Thôpithrô, les intestins ; Biblô, les reins ; Roerôr, les nerfs ; Taphreô, l’épine dorsale du corps ; Ipouspobôba, les veines ; Bineborin, les artères ; Aatoimenpsêphei [ ]. À eux sont les souffles qui sont dans tous les membres. Enthollei créa la chair tout entière ; Bedouk la fesse droite ; Arabêei, la : < . . . . . . . > le pénis ; Eilô, les testicules ; Sôrma, les parties honteuses ; Gormakaiokhlabar, la cuisse droite ; Nebrith, la cuisse gauche ; Psêrêm, le rein (?) {de la jambe} droit ; Asaklas, le rein (?) gauche ; Ormaôth, la jambe droite ; Emêmun, la jambe gauche ; Knux, le tibia droit ; Tupêlon, le tibia gauche ; Akhiêl, le genou droit ; Phnêmê, le genou gauche ; Phiouthrom, le pied droit ; Boabel, ses orteils ; Trakhoun, le pied gauche ; Phikna, ses orteils ; Miamai, les ongles du pied ; Labernioum [ ].

« Quant à ceux qui ont été institués sur tous ceux-là ils sont sept : Athôth, Armas, Kalila, Yabêl, Sabaôth, Kaïn, Abel. Ceux qui agissent de façon spécifique dans les membres sont : dans la tête, Diolimodraza ; dans le cou, Yammeax ; dans l’épaule droite, Yakouib ; dans l’épaule gauche, Ouertôn ; dans la main droite, Oudidi ; dans la gauche, Arbao ; dans les doigts de la main droite, Lampnô ; dans les doigts de la main gauche, Lêekaphar ; dans le sein droit, Barbar ; dans le sein gauche, Imaê ; dans la poitrine, Pisandiaptês ; dans l’aisselle droite, Koadê ; dans l’aisselle gauche, Odeôr ; dans les côtes droites, Asphixix ; dans les côtes gauches, Sunogkhouta ; dans le ventre, Arouph ; dans la matrice, Sabalô ; dans la cuisse droite, Kharkharb ; dans la cuisse gauche, Khthaôn ; dans toutes les parties honteuses, Bathinôth ; dans la jambe droite, Khoux ; dans la jambe gauche, Kharkha ; dans le tibia droit, Aroêr ; dans le tibia gauche, Tôekhtha ; dans le genou droit, Aôl ; dans le genou gauche, Kharanêr ; dans le pied droit, Bastan ; dans ses orteilles, Arkhentekhtha ; dans le pied gauche, Marephnounth ; dans ses orteils, Abrana.

« Les sept qui ont pouvoir sur tous ceux-là sont : Mikhaêl, Ouriêl, Asmenedas, Saphasatoêl, Aarmouriam, Rikhram, Amiôrps. Celui qui est préposé aux sensations est Arkhendekta ; le préposé à la perception, Deitharbathas ; le préposé à l’imagination, Oummaa ; le préposé à l’assentiment, Aakhiaram, et le préposé à toute impulsion, Riaramnajhô."


« La source des démons qui habitent le corps entier se compose de quatre principes : chaud, froid, humide et sec. Leur mère à tous est la matière. Celui qui gouverne sur le chaud est Phloxopha ; celui qui gouverne sur le froid, Oroorrothos ; celui qui gouverne sur le sec, Erimaxô et celui qui gouverne sur l’humide, Athurô. La mère de tous ceux-là, Onorthokhras, se tient au milieu d’eux ; elle est illimitée et se mélange avec eux tous ; et elle est véritablement la matière car c’est par elle qu’ils sont nourris.

« Les quatre chefs des démons sont Ephememphi, affecté au plaisir, Yôkô, au désir, Nenentôphni, à la peine et Blaomên à la crainte. Leur mère à tous est Esthêsis-oukh-epiptoê. De ces quatre démons proviennent des passions. De la peine, proviennent envie, jalousie, douleur, ennui, rivalité, insensibilité, anxiété, souci, affliction, etc. Du plaisir proviennent de nombreux vices ainsi que la vanité et ce qui y ressemble. Du désir proviennent colère, irritation, am[ertume], passion amère et insatisfaction, et ce qui y ressemble. De la crainte proviennent terreur, perplexité, angoisse et honte. Toutes ces passions sont aussi bien utiles que nuisibles. Quant à la notion qui résume leur réalité, c’est Anarô, la tête de l’âme matérielle, car elle se trouve avec les 7 sens, Esthêsis-oukh-epiptoê.

« Voici le nombre des anges : au total ils sont trois cent soixante cinq. Tous ouvrèrent au corps psychique et matériel jusqu’à ce qu’ils l’aient achevé membre par membre. Il existe en effet d’autres anges affectés chacun à une passion supplémentaire dont je ne t’ai pas parlé. Si cependant tu désires les connaître, c’est écrit dans le livre de Zoroastre. Tous ces anges et démons ouvrèrent donc jusqu’à ce qu’ils aient mis en ordre le corps psychique. Et leur œuvre demeura totalement inactive et immobile pendant longtemps.

« Lorsque la Mère voulut reprendre la puissance qu’elle avait donnée au Premier Archonte, elle adressa une supplique au Mère-Père de toute chose dont la miséricorde est grande. Il envoya cinq illuminateurs, par décision sainte, sur le lieu des anges du Premier Archonte. Ces illuminateurs le conseillèrent dans le but d’extirper la puissance de la Mère et dirent à Yaltabaôth : “Souffle dans son visage de l’Esprit qui est tien et son corps se mettra debout !” Et il souffla dans son visage son esprit — c’est-à-dire la puissance de sa Mère — mais ne comprit pas la portée de son geste car il est ignorant. Alors la puissance de la Mère passa de Yaltabaôth au corps psychique qui avait été fabriqué à la ressemblance de celui qui existe depuis le commencement. Ce corps psychique se mut, acquit puissance et fut lumineux.

« À ce moment, les autres puissances devinrent jalouses de Yaltabaôth car c’était aussi par elles toutes que l’homme avait existé ; elles lui donnèrent leur puissance et son intelligence devint alors supérieure à celle de ses créateurs et supérieure à celle du premier Archonte. Lorsque l’Archonte et ses puissances comprirent qu’il était lumineux, qu’il leur était supérieur par la pensée et qu’il s’était dépouillé du mal, ils le prirent et le chassèrent vers la partie la plus basse de toute la matière.

« Alors, le bienheureux Mère-Père, bienfaisant et compatissant, manifesta sa compassion envers cette puissance de la Mère qui avait été soustraite au premier Archonte car ses puissances    exercent encore leur pouvoir sur le corps psychique et sensible. Le Père-Mère envoya alors, par l’intermédiaire de son Esprit bienfaisant et plein de pitié, comme aide pour Adam, Épinoia de lumière celle qui provient du Père-Mère et que l’on a nommée “Vie”. C’est elle qui porte secours à la création entière, qui peine avec lui Adam et le restaure dans sa perfection, qui l’instruit de la descente de sa semence en l’instruisant du chemin du retour, chemin par lequel il est descendu. Et Épinoia de la lumière est cachée en Adam pour que les archontes ne perçoivent pas sa présencemais aussi pour qu’Épinoia devienne l’agent du redressement de la déficience de la Mère.

« Alors l’Homme devint visible à cause de l’ombre de la lumière qui est en lui. Et sa pensée fut supérieure à celle detous ses créateurs. Lorsqu’ils regardèrent, ils virent que sa pensée était supérieure. Et ils tinrent conseil avec toute l’armée archontique et angélique. Ils prirent du feu, de la terre et de l’eau, les mélangèrent ensemble avec les quatre vents de feu, les associèrent ensemble et provoquèrent une grande confusion. Et ils entraînèrent Adamà l’ombre de la mort afin de remodeler à partir de la terre, de l’eau, du feu et du souffle, celui qui provient de la matière, c’est-à-dire de l’ignorance ténébreuse, du désir et de leur esprit contrefait. Voilà ce qu’est le tombeau du remodelage du corps ! Ce que les brigands ont imposé à l’homme, c’est le lien de l’oubli ; et celui-ci est devenu un homme mortel. Telle est la descente primordiale et la séparation primordiale ! Mais Épinoia de la lumière qui est en lui, c’est elle qui éveillera sa pensée !

« Et les archontes le prirent. Ils le placèrent dans le Paradis et lui dirent : “Mange !” c’est-à-dire : “mange dans l’oisiveté !” Car, assurément, leurs délices sont amères et leur beauté perverse. Leurs délices sont tromperie et leurs arbres, impiété. Leur fruit est un poison qui n’apporte pas la guérison et leur promesse est mort. C’est l’arbre de leur vie qu’ils ont placé au milieu du paradis.

« Mais moi, je vous enseignerai quel est le mystère de leur vie, c’est-à-dire le projet qu’ils ont fait ensemble de fabriquerla ressemblance de leur esprit. Cet arbre est celui dont la racine est amère et dont les branches sont mort. Son ombre est haine et il y a de la tromperie dans ses feuilles. Sa fleur est l’onction de la perversité et son fruit la mort. Sa semence est désir et fleurit dans l’obscurité. Ceux qui goûtent à cet arbre leur lieu de séjour est l’Hadès et l’obscurité leur lieu de repos.

« Quant à celui qu’ils ont appelé “l’arbre de connaissance du bien et
5du mal”, c’est Épinoia de la Lumière, celle qu’ils ont bannie de la présence de l’hommeafin qu’il ne regarde pas en haut vers sa plénitude et ne connaisse pas la nudité de sa honte. Mais c’est Moi qui les ai redressés pour qu’ils mangent. »

Je dis alors au Sauveur : « Seigneur ! N’est-ce pas le serpent qui a enseigné à Adam à manger ? » Le Sauveur sourit et dit : « Le serpent leur a seulement enseigné à manger, par vice, le désir de procréation et de corruption, afin que l’hommelui soit utile. Et le Premier Archontesut qu’Adam lui désobéissait à cause de la lumière d’Épinoia qui est en lui et qui rend sa pensée supérieure à celle du Premier Archonte. Alors l’archonte voulut reprendre la puissance qu’il lui avait donnéeen la prélevantsur lui-même. Et il amena un oubli sur Adam. »

Et je dis au Sauveur : « Qu’est-ce que l’oubli ? » Alors il me dit : « Ce n’est pas à comprendrecomme Moïse l’avait écrit et comme tu l’as entendu — Il a en effet dit dans son premier livre : “Il le fit dormir” — mais c’est à comprendre de ses perceptions. Car l’Archonte a également dit par l’intermédiaire du prophète : “J’appesantirai leurs cœurs pour qu’ils ne comprennent ni ne voient” (Is 6:10).

« Épinoia de la lumière se cacha alors en lui Adam et le Premier Archonte voulut l’en faire sortir au moyen de la côte d’Adam. Mais comme Épinoia de la lumière est un être insaisissable, l’obscurité qui la poursuivait ne la saisit pas. Alors le Premier Archonte fit sortir d’ Adam une partie de sa puissance et créa un autre modelage, en forme de femme, à la ressemblance d’Épinoia qui s’était manifestée à lui. Et il plaça dans le modelage féminin la partie qu’il avait soustraite à la puissance de l’homme et non pas comme l’a dit Moïse : “la côte de celui-ci”.


« Et il Adam vit la femme à ses côtés. À ce moment, Épinoia de la lumière se manifesta afin de retirer le voile qu’il avait sur le cœur et il fut dégrisé de l’ivresse de l’obscurité. Et il connut sa co-essence. Et il dit : “C’est maintenant un os de mes os et de la chair de ma chair !”. C’est pourquoi, l’homme quittera son Père et sa Mère et s’unira à sa femme, et ils deviendront, eux deux, une chair unique parce que le conjoint d’Adam ?) lui sera envoyé et qu’il quittera son père et sa mère. {}.

« Quant à notre sœur Sophia, elle est celle qui est descendue en innocence afin de corriger sa propre déficience. C’est pour cela qu’on l’a appelée “Vie”, c’est-à-dire “la mère des Vivants”. Par     décision de la Pronoia de la Souveraineté céleste et par l’intervention de celle-ci, ils goûtèrent la connaissance parfaite. Moi, le Sauveur je me suis manifesté sous l’aspect d’un aigle, au-dessus de l’arbre de la connaissance — c’est-à-dire au-dessus de l’Épinoia venue de Pronoia, la lumière pure, — afin de les instruire et de les éveiller de leur profond sommeil, car ils étaient tous les deux dans un état de déchéance. Ils Adam et sa femmeprirent conscience de leur nudité. Et Épinoia qui est lumière se manifesta à eux pour éveiller leur pensée.

« Lorsque Yaltabaôth comprit que l’homme et la femmes’écartaient de lui, il maudit sa terre. Il trouva la femme se préparant pour son époux, car il était son maître, mais sans connaître le mystère qui s’était produit par décision sainte. Mais eux eurent peur de le blâmer. Alors il révéla à ses anges l’ignorance qui est sienne et chassa l’homme et la femmedu paradis et les revêtit d’épaisses ténèbres. Et le Premier Archonte vit la vierge qui se tenait avec Adam, et vit aussi qu’Épinoia, la lumière vivante, se manifestait en elle. Alors Yaltabaôth fut rempli d’ignorance. Mais lorsque la Pronoia de toute chose eut connaissance de cela, elle envoya des angeset il arrachèrent Vie hors d’Ève.

« Et le Premier Archonte souilla cette dernière.Il engendra d’elle deux fils, le premier et le second : Eloïm et Yaoué. Eloïm est à visage d’ours et Yaoué à visage de chat. L’un est juste, l’autre est injuste. Yaoué est juste et Eloïm injuste. Le Premier Archonte établit Yaoué sur le feu et le vent et établit Eloïm sur l’eau et la terre. À ceux-là il donna les noms que voici : Caïn et Abel, montrant ainsi sa fourberie.

« Jusqu’à aujourd’hui l’union sexuelle instituée par le Premier Archonte a duré. Il a semé un désir de procréation dans la compagned’Adam. Il a ainsi produit, par le biais de l’union sexuelle, l’engendrement de l’image corporelle et a placé les hommes sous l’influence de son esprit contrefait.

« Quant aux deux archontes Yaoué et Eloïm il les a établis sur les éléments afin qu’ils gouvernent sur le tombeau. Lorsque Adam eut connu l’image de sa propre prescience, il engendra l’image du fils de l’homme et la nomma : “Seth”. À la manière de la génération qui est dans les éons, l’autre Mère envoya en bas son Esprit qui est l’image qui lui ressemble et une copie de ce qui est dans le plérôme, de façon à préparer un lieu d’habitation pour les éons qui descendront. Et (cet Esprit) fit boire aux hommes une eau d’oubli en provenance du Premier Archonte, afin qu’ils ne sachent plus qu’elle est leur origine. Et telle fut la situation de la semence que cet Esprit assiste pour un temps afin que lorsque viendra l’Esprit en provenance des éons saints, il restaure cette semence et la guérisse de la déficience afin que le plérôme entier (re)devienne saint et sans déficience. »

Je dis alors au Sauveur : « Seigneur ! Toutes les âmes seront donc sauvées dans la lumière pure ? » Il répondit et me dit : « Grandes sont les choses auxquelles ta pensée a eu accès, car il est difficile de les révéler à d’autres qu’à ceux qui appartiennent à la race inébranlable. Ces âmes sur qui l’Esprit de vie viendra et demeurera avec le puissance seront sauvées et deviendront parfaites et seront dignes des grandeurs. Et elles seront purifiées dans ce lieu de tout mal et des soucis de la perversité, car elles ne se soucient de rien d’autre que de l’incorruptibilité seule, s’occupant de celle-ci depuis ici bas sans colère, ni jalousie, ni crainte, ni désir, ni aucun besoin. Elles n’étaient affectées par aucune de ces passions  mais seulement par la condition charnelle qu’elles supportent, en guettant le moment où elles seront accueillies par les receveurs. Agissantainsi, celles-ci sont dignes de la vie incorruptible etéternelle et de l’appel. Elles endurent tout, supportent tout pour mener à sa perfection le combat et hériter de la vie éternelle. »


Je lui dis : « Seigneur ! Les âmes qui n’ont pas fait cela, mais sur qui la puissance et l’Esprit de vie sont descendus, seront-elles rejetées ? » Il répondit et me dit : « Si l’Esprit est descendu sur elles, en tout état de cause elles seront sauvées et changeront de lieu .La puissance descend en effet sur tout homme car sans elle personne ne pourrait se tenir debout. C’est après que les hommesont été engendrés que l’Esprit de vie croît et que la puissance vient et fortifie cette âme et rien ne peut l’égarer dans les oeuvres de perversité. (Au contraire) celles sur qui descend l’Esprit contrefait sont attirées par celui-ci et tombent dans l’erreur. »

Je dis : « Seigneur ! Les âmes de ceux-ci, lorsqu’elles sortiront de leur chair, où iront-elles ? » Mais lui, rit et me dit : « L’âme en qui la puissance deviendra plus forte que l’Esprit contrefait, celle-là est vigoureuse et fuit la perversité ; elle est alors sauvée par la visite incorruptible et accède au repos des éons. »

Je dis alors : « Seigneur ! Alors, ceux qui n’ont pas su à qui ils appartenaient, où seront leurs âmes ? » Il me dit : « Un Esprit contrefait a fait pression sur ceux-ci quand ils sont tombés dans l’erreur et il accable l’âme, l’oriente vers les œuvres perverses et la précipite dans l’oubli. Et après qu’elle est sortie du corps elle est livrée aux autorités qui relèvent de l’Archonte et ces autorités l’attachent avec des liens et la jettent dans la prison. Alors ces autorités tournent avec elle jusqu’à ce qu’elle s’éveille de l’oubli et acquiert la connaissance. Et atteignant de cette façon la perfection, elle est sauvée. »


Je dis alors : « Seigneur ! Comment l’âme peut-elle redevenir petite et retourner dans le sein de sa mère ou dans l’homme ? » À ma question, il se réjouit et me dit : « En vérité, tu es bienheureux car tu as compris ! Cette âme est destinée à suivre une autre âmequi a l’Esprit de vie en elle. Cette âme est sauvée par l’intervention decette autre etn’est pas jetée dans une autre chair. »

Je dis : « Seigneur ! Ceux qui ont accédé à la connaissance et s’en sont détournés, où iront leurs âmes ? » Alors il me dit : « Là où vont les anges de la pauvreté, c’est dans ce lieu qu’ils seront conduits, un lieu où il n’y a pas de repentir. Et ils seront gardés en vue du jour où ils seront torturés. Ceux qui ont blasphémé l’Esprit seront châtiés d’un châtiment éternel. »

Je dis alors : « Seigneur ! D’où est venu l’Esprit contrefait ? » Il me dit alors : « Le Mère-Père riche en miséricorde, Esprit Saint présent en toutes formes, miséricordieux et compatissant envers vous, lui qui n`est autre que l’Épinoia de la Pronoia de lumière, fit se lever la semence de la race parfaite en même temps que sa Pensée et que la lumière éternelle de l’Homme. Lorsque le Premier Archonte comprit qu’ils lui étaient devenus supérieurs par l’éminence de leur sagesse et qu’ils le surpassaient en pensée, il voulut s’emparer de leur discernement, ignorant que c’est par la Pensée qu’ils lui sont supérieurs et qu’il sera incapable de s’emparer d’eux.

« Le Premier Archonte tint conseil avec ses autorités — qui sont ses puissances — et ils commirent ensemble un adultère avec Sophia. Et fut engendrée par eux une amère Fatalité qui est le dernier lien versatile et dont la nature est de faire osciller d’une chose à l’autre. Elle est si dure et si puissante que c’est à elle que les dieux, les anges, les démons et toutes les générations ont été associées, jusqu’à ce jour. C’est en effet de cette Fatalité qu’ont découlé toute faute, ainsi que l’injustice, le blasphème associé au lien de l’oubli, l’ignorance, tout précepte écrasant associé à ces transgressions écrasantes et à ces grandes frayeurs. Et c’est ainsi que toute la création a été rendue aveugle de sorte que les créatures ne connaissent pas le Dieu qui est supérieur à elles toutes. Et du fait du lien de l’oubli leurs péchés leur ont été cachés car ils ont été liés à des mesures, des temps et des moments, car cette Fatalitédomine sur toutes choses.

« Et le Premier Archonte se repentit de toute l’œuvre qu’il avait faite. Il tint à nouveau conseil afin d’envoyer un déluge sur la création de l’homme. Mais la grandeur de la lumière de Pronoia instruisit Noé qui l’annonça à la semence entière, c’est-à-dire aux fils des hommes. Mais ceux qui lui sont étrangers ne l’écoutèrent pas. Cela ne se passa pas comme Moïse l’a dit : “Ils se cachèrent dans une arche”(Gn 7:7), mais ils se cachèrent dans un lieu, pas seulement Noé, mais aussi de nombreux hommes de la race inébranlable. Ils allèrent vers un lieu et se cachèrent dans un nuage de lumière. Et (Noé) connut l’autorité de Pronoia et que celle qui provient de la lumière était avec lui, elle qui avait brillé pour eux parce que le Premier Archonte avait envoyé l’obscurité toute la terre.

« Puis le Premier Archonte tint conseil avec ses puissances. Il envoya ses anges vers les filles des hommes afin qu’ils prennent pour eux (certaines) d’entre elles et suscitent une semence pour leur satisfaction. Mais ils n’y parvinrent pas la première fois. N’y étant pas parvenus, ils se réunirent à nouveau tous ensemble pour tenir conseil une nouvelle fois et créèrent un Esprit contrefait à la ressemblance de l’Esprit qui était descendu, afin de souiller les âmes par son entremise. Alors les anges prirent l’apparence humaine de celles-ci, en prenant l’apparence de leurs conjoints, les remplissant de l’esprit de ténèbres qui avait été mélangé à eux-mêmes, ainsi que de perversité. Ils apportèrent de l’or, de l’argent, un présent, du bronze, du fer, du métal et toutes sortes de choses de ce genre. Et ils entraînèrent dans de grands soucis les hommes qui les avaient suivis, les égarant dans de multiples erreurs. Ils vieillirent sans connaître de repos. Ils moururent sans avoir atteint de vérité ni connu le Dieu de la Vérité et c’est ainsi que la création entière fut tenue en un esclavage perpétuel depuis la fondation du monde jusqu’à maintenant. Et ayant pris des épouses ils engendrèrent des fils issus de l’obscurité, à la ressemblance de leur Esprit et ils fermèrent leurs cœurs et les endurcirent de la dureté de l’Esprit contrefait, jusqu’à maintenant.

« Moi, la Pronoia parfaite de toute chose je me suis changée en ma semence. Comme j’existais en premier, c’est moi qui fais route en toute voie. Je suis la richesse de la lumière, je suis la mémoire du plérôme mais j’ai aussi fait route dans les ténèbres immenses.

« Je me suis avancée jusqu’à atteindre le milieu de la prison et les fondations du chaos furent ébranlées. Alors moi, je me suis cachée d’eux à cause de leur malice et ils ne m’ont pas reconnue.

« À nouveau je suis retournée pour la deuxième fois et j’ai fait route. J’ai quitté les Éonsde la lumière, moi qui suis la mémoire de Pronoia, je me suis introduite dans le milieu des ténèbres et à l’intérieur de l`Amenté/Hades, souhaitant accomplir ma tâche. Alors les fondations du Chaos furent ébranlées, sur le point de tomber sur ceux qui sont dans le Chaos et de les détruire. Alors, à nouveau, je me suis enfuie vers ma racine de lumière afin de ne pas les détruire avant le temps fixé.
« Une troisième fois encore j’ai fait route, moi qui suis la lumière existant dans la lumière, moi qui suis la mémoire de Pronoia, afin de m’introduire dans le milieu des ténèbres et à l’intérieur de l’Amenté/Hades. J’ai rempli mon visage de la lumière de la complétude dans leur éon et je me suis introduite au milieu de leur prison, c’est-à-dire de la prison du corps et j’ai dit : “Que celui qui entend se lève du sommeil profond !” Alors il pleura et versa de profonds sanglots. Il essuya ses larmes et dit : “Qui prononce mon nom et d’où m’est venu cet espoir alors que je suis dans les liens de la prison ?” Et je lui ai dit : “Je suis la Pronoia de la lumière pure, je suis la Pensée de l’Esprit virginal, celle qui te restaure en un lieu d’honneur. Lève-toi et souviens-toi que tu es celui qui a entendu et suis ta racine, moi qui suis compatissante, et garde-toi des anges de la pauvreté ainsi que des démons du Chaos et de tous ceux qui t’entravent. Et demeure éveillé hors du sommeil profond et de la chape qui couvre l’intérieur de l’Amenté/Hades.”

« Alors je l’ai fait se lever et je l’ai scellé dans la lumière de l’eau, au moyen des cinq sceaux, pour que la mort soit sans pouvoir sur lui à partir de cet instant.

« Et voici que maintenant je vais remonter vers l’Éon parfait. J’ai achevé de faire entendre toutes ces choses à tes oreilles. Mais je t’ai aussi dit tout cela pour que tu le mettes par écrit et le transmettes en secret à ceux qui partagent le même Esprit que toi, car ce mystère est celui de la race inébranlable. »

Et le Sauveur lui a transmis cela pour qu’il le mette par écrit et le conserve en sécurité. Alors il lui dit : « Maudit soit quiconque échangera ces paroles contre un présent ou contre de la nourriture ou contre de la boisson ou contre un vêtement ou quelque chose d’autre du même genre. » Cela lui a été confié mystérieusement. Et le Sauveurdevint aussitôt invisible pour lui. Alors Jean vint vers ses condisciples et leur rapporta ce que le Sauveur lui avait dit.

Jésus Christ, Amen.

 

Source : http://prophetiesfdt.blogspot.fr/2009/07/apocryphe-de-jean_31.html

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Etudes dansl'Apocalypse : Poids, Mesure et Nombre dans l'Histoire Spirituelle de l'Humanité

14 Octobre 2012 , Rédigé par VALENTIN TOMBERG Publié dans #spiritualité

                                       LA SOURCE DE LA REVELATION DE SAINT JEAN

L'enquête sur les sources de la Révélation de St Jean a longtemps et fréquemment occupé les esprits de ceux qui se sentent concernés par la recherche extérieure terrestre. Ces sources ont été cherchées dans les traditions orales, dans les écrits apocryphes de l'ancienne Chrétienté, dans les documents et traditions de la Gnose Judéo-Chrétienne, et même dans les expériences exceptionnelles et fantastiques basées sur les phénomènes atmosphériques. Mais le contenu de l'Apocalypse lui-même se tient en opposition rigide à tous ces efforts, car dans son texte, l'explication recourt plus d'une fois à ce que l'auteur de l'Apocalypse "voyait et entendait" que ce qu'il contient "en esprit".

L'auteur de l'Apocalypse n'est jamais las de faire remarquer de manière sans équivoque que le contenu de l'Apocalypse n'a rien à faire avec l'horizontalité spatio-temporelle de la tradition, de la rumeur, ou du plagiat, mais est venue à l'existence simplement et exclusivement sur le sentier vertical de révélation du monde spirituel.

Ainsi, par exemple, le texte de l'Apocalypse commence par une déclaration précise concernant sa source, son origine, et la façon dont il a été créé : "La Révélation de Jésus Christ, que Dieu Lui a donnée, pour montrer à Ses serviteurs…et Il l'envoya et le transmit par Son ange vers Son serviteur Jean" (Rév.1:1). Dans ces mots est caractérisé de manière distincte et solennelle le sentier par lequel l'Apocalypse vint à l'existence. Sur le sentier de la descente de Dieu à Jésus Christ, de Jésus Christ vers l'Ange de la Révélation, de l'Ange vers Jean, et de Jean vers les lecteurs, les auditeurs, et chercheurs (hoi teruntes) des "paroles de cette prophétie".

Maintenant il n'est pas possible d'avoir une conception sérieuse de l'origine du document portant sur la vie spirituelle humaine sans avoir une vision sérieuse de ce document lui-même. Et ce ne serait pas vraiment prendre au sérieux le contenu de l'Apocalypse si le plus grand effort n'avait pas au moins été fait pour comprendre ce que l'auteur lui-même dit concernant l'origine de cette œuvre. Il est certainement exact que le véritable contenu de l'Apocalypse défie la recherche en manières et moyens qui en rendront une compréhension possible, mais ces manières et moyens ne doivent pas être en contradiction avec l'esprit et la lettre de l'Apocalypse. Pour approcher la question de l'origine de l'Apocalypse de ce point de vue, il sera nécessaire en premier lieu de maîtriser un obstacle qui est sûr de s'élever, consciemment ou non, au commencement d'une telle entreprise.

L'essence de cette objection trouve expression comme suit : L'Apocalypse raconte le futur de l'homme; maintenant l'homme est libre. Comment est-il possible de donner une information concernant le futur de l'humanité, puisque la structure de ce futur dépend manifestement de la liberté de l'homme? Cette objection disparaît lorsque nous considérons que l'Apocalypse dépeint deux sentiers futurs, car elle montre les étapes d'un sentier ascendant aussi bien que d'un sentier descendant. Ces sentiers sont déterminés de façon karmique. Qui doit choisir tel ou tel sentier dépend, cependant de la liberté de chaque individu. Et, en effet, les sentiers sont déjà déterminés dans la mesure où l'humanité a déjà vécu à travers une longue destinée. Aujourd'hui n'est pas le premier jour de la création; une grande étendue de sentier karmique repose derrière l'humanité dans le passé.

Le fait nouveau d'importance infinie qui forme une partie de la destinée de l'homme est que Christ est devenu le juge de cette destinée. Il est devenu le Seigneur du Karma. Et étant devenu cela, Il ne détermine pas seulement le futur de l'humanité mais aussi la source de révélation le concernant. D'un autre côté, le futur est déterminé par le passé, et le jugement sur le passé karmique—pour autant qu'il a encore des conséquences pour le futur—repose également dans les mains du Christ. Pour cette raison, les "Sept Lettres' aux sept "Eglises" se réfèrent non seulement au futur, mais aussi au passé. Dans ces Lettres, un jugement a été donné, non seulement sur ce qui était alors le temps présent, et sur les trois futures époques ('Eglises'), mais également sur les trois époques du passé : l'Indienne ancienne, la Perse ancienne, et l'Egypto-Chaldéenne.

Cependant, avant que nous commencions à étudier le contenu des Lettres aux Sept Eglises, nous devons acquérir une idée plus précise de la source de la Révélation de St Jean. Ceci, aussi, est en accord avec l'intention de l'auteur, car dans les phrases d'ouverture de l'Apocalypse il indique non seulement sa source mais dans le premier chapitre, il montre également le visage spirituel de Celui qui a appelé la Révélation (Rév. 1;12-16).

Ce visage était "un visage tel le Fils de l'Homme" portant les signes des forces planétaires cosmiques tout comme elles seraient réalisées dans l'homme du futur (le "Fils de l'Homme") durant la période de Jupiter. Car l'archétype de l'homme Jupiter—le "Fils de l'Homme" du futur—doit être dépeint ainsi : L'arbitraire cessera d'être possible dans sa vie de la pensée. Les courants de pensée couleront dans sa tête tout comme sa chevelure croît "d'elle-même". Et dans ces courants-pensée coulant du cosmos ne seront pas à sens unique, ils n'auront pas de "couleur" distincte, mais seront, dans le vrai sens du terme, "synthétiques". Tout comme la lumière blanche est une combinaison des sept couleurs, ainsi la pensée cosmique du futur sera "blanche"—"blanche comme la laine, aussi blanche que la neige" (Rév. 1:14).

La force de l'initiative-Je ne sera pas manifestée dans la sphère de la vie-pensée, qui sera une pure révélation du cosmos, plutôt, elle s'exprimera elle-même dans l'illumination et la pénétration des phénomènes cosmiques. L'initiative 'Je' deviendra un pouvoir spirituel de vision, remplissant les choses vues de son feu. La vision ne sera pas une acceptation passive des impressions de l'extérieur, mais une illumination et une pénétration irradiant de l'intérieur les phénomènes du monde extérieur : "Ses yeux étaient comme une flamme de feu" (Rév. 1:14).

La vie-volonté de la limite-terre sera aussi différente dans la mesure où elle aura renoncé au flux de sa force conductrice. A la place, elle liera l'ardeur brillante du feu à la rigidité métallique. L'homme ne sera plus poussé par les vagues des forces cosmiques formatives dans sa vie de volonté, il se tiendra sur une fondation stable de volonté consciente avec la force du feu et la rigidité du métal. Ses "pieds" seront "comme dans un cuivre fin, comme s'ils brûlaient dans une fournaise", et les vagues de l'impulsion cosmique et des forces formatrices créatrices passeront de sa volonté terrestre limitée dans sa voix. Le pouvoir créateur de la Nature, fonctionnant aujourd'hui comme une force agissante dans la subconscience de l'homme, sera élevée en pouvoir de parole dans l'homme futur. Sa voix sera "comme le bruit de nombreuses eaux" (Hos phone hydaton pollon).

La vie de sentiment de l'homme du futur sera telle que, d'un côté, elle exprimera l'harmonie des étoiles dans les cieux, et de l'autre côté, elle sera "aiguisée" au plus fin degré de concentration sur le verbe créateur. L'homme du futur tiendra "dans sa main droite sept étoiles" et de sa bouche sortira "une épée aiguisée, à double tranchant". D'un côté, la charité coulera comme une approbation et une compréhension de l'harmonie des sept étoiles, qui sont les êtres spirituels des sept "Eglises" de l'humanité; alors que, de l'autre, la vérité trouvera un instrument rigide et aiguisé dans "l'épée du verbe". Mais, précisément, en tant qu'instrument de vérité, cette "épée du verbe" sera une épée à double tranchant—elle fonctionnera de manière telle que "frapper" celui parle aussi bien que celui qui entend. Le Verbe procédera d'une conscience d'unité de l'humanité, des "sept étoiles", et par conséquent son jugement s'appliquera aussi bien à celui qui parle qu'au reste de l'humanité.

La force Mars du Verbe fera véritablement une guerre d'annihilation contre les erreurs et les mensonges, mais ce conflit inhibiteur produira un effet intérieur aussi bien qu'extérieur. Donc il sera libre de tout esprit d'hostilité. Ainsi le Verbe sera capable d'exprimer la vérité avec une décision inflexible et sans la possibilité que son existence soit utilisée en tant qu'arme offensive à sens unique.

Mais l'image complète de l'homme du futur n'est pas confinée aux changements que nous avons mentionnés en pensée, volonté et sentiment. Les changements incluent non seulement les conditions intérieures des forces d'âmes ci dessus, mais aussi leurs relations avec une autre. Les relations des forces d'âme de l'homme futur doivent nécessairement changer au compte de l'expansion de la force Soleil du cœur qui doit être élevée dans la tête : "Sa contenance était comme le soleil brillant dans Sa force", alors que le force formative et restreinte de la tête descendra dans la région Soleil du cœur : l'homme sera "ceint à la poitrine d'une guirlande dorée". Et la vie de la volonté enveloppera l'homme en entier. Dans le royaume du terrestre (ou plutôt, le naturel car dans la période de Jupiter le "terrestre" sera différent), elle deviendra un métal brillant. Mais, en même temps, elle coulera de l'homme supérieur vers la périphérie de son être. Cette direction centrifuge de la volonté, par laquelle elle devient une sorte de fourreau, est exprimée dans l'Apocalypse par le symbole "un vêtement jusqu'au pied".

Ainsi au commencement de l'Apocalypse il nous est montré le schéma de l'homme du futur, qui envoie les "Lettres" aux Sept Eglises. Mais Celui qui se révèle Lui-même dans ce schéma est le "Je suis", le "Premier et le Dernier" de l'évolution de la Terre. "Celui qui vit" dans la sphère de l'évolution Cosmique en laquelle la Mort tient bon (Rév. 1:17-18). Christ Lui-même, dont le nom ésotérique est pour l'humanité, "Je suis", parle à travers ce schéma. Il est la source de la Révélation de St Jean.

LES LETTRES AUX EGLISES DU PASSE

Comme le Christ est la source de la Révélation de St Jean, Il est également la source de ces courants d'âme positive qui coulent dans l'humanité du passé vers le futur. Car l'influence de Christ était déjà en action durant l'époque Indienne ancienne; l'impulsion positive fondamentale de cette ancienne culture de l'humanité Post-Atlantéenne procédait de Lui. Cette impulsion a survécu, elle a survécu sous la surface dans les âmes des hommes, et ceux dans lesquels son influence est particulièrement forte et déterminante forment une "communauté" qui est appelée dans l'Apocalypse "L'Eglise d'Ephèse".

Le but de la "Lettre à l'Eglise d'Ephèse" n'est pas simplement de donner un jugement sur la civilisation passée; son dessein est spécialement d'en appeler à l'impulsion de l'Inde ancienne encore active dans les âmes des temps actuels. Car seulement ainsi il y a une signification morale pratique dans l'admonition : "Souviens-toi d'où tu as chu, et repens-toi, et fait ton premier devoir". Une telle exhortation serait assez vide de sens si elle était dirigée seulement vers une civilisation passée, un effort humain sombré il y a longtemps dans le silence. Elle est, pourtant, adressée à une époque présente et future—en effet, à une éternité, car la lettre commence avec ces mots : "Vers l'Ange de l'Eglise d'Ephèse écris". Ces paroles expriment le fait que nous ne traitions pas ici avec un groupe d'hommes vivant dans le passé, ou de ce moment présent, mais avec ce qui était transcendant et compréhensible dans le caractère du message de la culture Indienne ancienne. Le message l'ange de cette culture, est encore actif; car une telle culture n'est pas amenée à l'existence pour tomber dans l'oubli, mais pour que le germe de révélation, le message des cieux qui en est à la base, se développe, et croisse à travers les âges à l'intérieur des âmes des hommes, passant par de nombreuses métamorphoses apportées par coopération avec les influences nouvellement ajoutées, jusqu'à ce qu'elle s'étende en floraison et fruit mûr.

Pour cette raison la mission du message essentiel de la culture Indienne ancienne n'est pas encore terminée. Tout ce qui a alors été inauguré survit encore, et le messager de cette culture, "l'Ange de l'Eglise d'Ephèse" continue à être associé au courant continu des effets et des conséquences de son message originel. La culture de l’Inde Ancienne persiste encore en tant que processus karmique, et l’esprit de cette culture est limité par ce processus, vivant sous forme de qualités, de désirs et de mémoires dans les âmes des hommes. Elle vit également dans les limitations potentielles des hommes, et dans leurs inclinations à répéter leurs anciennes erreurs. Et avec elle est relié l’esprit de cette culture dans la conscience d’une responsabilité partagée.

Qu’en est il alors de la vie spirituelle de l’Inde Ancienne qui est encore présente dans les âmes des hommes aujourd’hui ? Qu’est ce qui fonctionne encore en tant que karma depuis cette époque ? Pour être capable de répondre à cette question nous devons nous rappeler quelques caractéristiques fondamentales de l’ancienne culture Rishi, spécialement le fait qu’elle était une culture de révélation globalisante dont a surgi l’impulsion de base pour les sept époques de l’évolution Post Atlantéenne tout entière. Car la révélation des Sept Rishis ne fut pas uniquement la re-vivification de la sagesse des sept oracles Atlantéens, elle fut également l’implantation de la sagesse aux sept colorations pour les sept époques de l’Age Post Atlantéen. Elle fut les sept "voyelles" du Verbe Cosmique—le Logos—qui, par l’intermédiaire des Rishis, coula dans les âmes des hommes, tout comme à la Pentecôte les douze "consonnes " du Verbe Cosmique furent révélées. Et comme il ne peut y avoir de parole sans voyelles, aussi les âmes humaines avaient-elles été incapables de comprendre que le Logos n'avait pas été une révélation Rishi à l'époque de l'Inde Ancienne. Car l'influence de la révélation Rishi est ressentie même à l'époque actuelle, d'un côté dans une attente déterminée à l'intérieur des âmes humaines, et de l'autre côté par les "mémoires", nées dans les corps éthériques des hommes, par les moyens et les chemins qu'ils utilisent pour satifaire cette attente.

Le désir qui habite dans les profondeurs des âmes humaines en tant qu'écho de la culture Rishi consiste, par-dessus tout, en un effort de sagesse compréhensive "synthétique" valide pour tous les hommes, une sagesse qui porterait en elle une harmonisation des tendances unilatérales, tout comme à l’époque de l’Inde Ancienne la sagesse révélée des Rishis représentait l’harmonisation des sept oracles Atlantéens.

Le désir qui habite les âmes des hommes correspond à la lumière des "sept étoiles" dans les cieux, qui devint la lumière des "sept chandeliers" sur terre. Et ce désir habite à l'intérieur d'eux pour la véritable raison que la lumière qui brille dans les sept étoiles, la constellation de la Grande Ourse, a brillé une fois aussi dans sept hommes, les Rishis, et pour sept groupes humains qui étaient associés en communauté, tout comme les sept chandeliers étaient joints ensemble en une lumière de sagesse. Et c'est à cette attente que la première lettre est adressée, car elle parle de Celui "qui tient les sept étoiles dans Sa main droite, Qui marche au mileiu des sept chandeliers d'or". La lettre à l'Eglise d'Ephèse procède de Celui qui peut calmer l'attente, de Celui qui est le contenu véritable de la mémoire soujacente à cette attente, parce que la révélation Rishi était une révélation de nature compréhensive du Christ en tant que verbe Cosmique.

Mais le futur que la réalisation de ce désir doit apporter n'est pas seulement l'illumination des sept chandeliers avec la flamme des sept étoiles, mais quelque chose qui en procède. Car ce qui a une fois existé en tant que sagesse révélée sera la vie véritable de l'homme du futur. "A celui qui triomphe je donnerai à manger du fruit de l'arbre de vie, qui est au centre du paradis de Dieu". Ces paroles expriment le futur positif d'un effort qui va courageusement vers l'avant dans le futur, venant d'une attente réminiscente de la sagesse compréhensive du passé.

Le "triomphe" en question est la maîtrise du désir pour le passé. En vérité, c'est de vivre par une attente qui procède du passé, mais il doit chercher sa satisfaction, non dans le passé, mais dans le futur. La dérive du désir de l'âme vers le passé doit être maîtrisée en permanence, mais le contenu de l'attente ne doit pas seulement être développé mais renforcé par l'impulsion d'un effort énergétique vers le futur. Alors il sera possible à la sagesse de devenir vie, pour la sagesse originellement révélée des cieux de vivre en l'homme lui-même. Cette transformation indique l'évolution future de "l'éther moral" dans la nature humaine, et cet "éther moral" sera aussi plein de lumière que l'était la révélation originelle de la sagesse des Rishis. En outre, elle ne donnera pas seulement la lumière, elle fonctionnera également comme fonctionne la force de vie. "Manger de l'arbre de vie" sera une absorption dans le système humain du pouvoir de donner la vie.

L'effort de maîtrise de cette force donneuse de vie a toujours existé, et s'est développée en deux directions particulières : d'un côté cet ascétisme dont l'expression finale est une sorte de yoga Indien. Le but de ce type d'ascétisme est d'envoyer la force de vie contenue dans la faculté procréative de l'homme vers la tête afin de fournir à l'homme la vie spirituelle avec la même force de vie créatrice que celle possédée par la faculté procréatrice. D'un autre côté, cet effort a pris une seconde direction appelée par l'auteur de l'Apocalypse "les actes des Nicolaïtes". Ici le but était de descendre si consciemment dans le physique que les forces instinctives du corps physique étaient faites pour servir, d'une matière non naturelle, certaines fins magiques. Comme avec la première direction, une distorsion du message de l'Esprit eut lieu parce que la force spirituelle n'était pas mise en action par son propre contenu moral mais par l'influx d'une force extraite d'une autre sphère d'existence, aussi avec la seconde direction une distortion de la mission du corps humain eut lieu parce qu'il lui fut donné une position primordiale à travers la sensualisation de l'esprit.

Ceux qui viennent en avant en tant qu'hommes envoyés par l'esprit, et qui ne représentent pas encore le pur esprit mais plutôt un esprit mêlé aux forces empruntées au corps, ne sont pas véritablement envoyés par l'esprit ("apôtres") mais croient seulement l'être eux-mêmes. Ceux qui, cependant, permettent à l'esprit de devenir la proie de la sensualité (les Nicolaïtes) représentent l'autre erreur de la recherche de "l'arbre de vie". Car les fruits de l'arbre de vie ne consistent pas en une activité de l'esprit développée aux dépens des forces physiques, ni en une sensualisation de l'esprit, mais en une pure force spirituelle grandissant en force de manière telle qu'elle travaille avec la puissance de la force de la nature. L'éther moral n'existe pas en tant que "force latente" du corps, etc., il est une nouvelle force qui naîtra graduellement en l'homme et provenant de l'impulsion Christ.

Mais les obstacles qui offrent une opposition à la future naissance des véritables fruits de l'arbre de vie sont les efforts des "menteurs" (qui disent être des apôtres, c'est à dire, envoyés par l'esprit, mais ne le sont pas) et des "Nicolaïtes". Ces deux erreurs sont repoussées par "l'Ange de l'Eglise d'Ephèse". Néanmoins, il n'était pas demeuré entièrement fidèle à sa mission, car il avait "quitté son premier amour", l'impulsion originelle pure de l'évolution humaine Post-Atlantéenne. A présent cette impulsion originelle était l'amour pour une mission de l'homme sur Terre. Cet amour était une bonne volonté profondément enracinée des âmes à s'incarner véritablement et totalement pour remplir véritablement et complètement la tâche de l'existence terrestre. Cette volonté—c'est à dire, le désir pour une incarnation terrestre complète dans le but de remplir totalement la mission de la Terre—est la véritable quintessence du Poids. Chaque chose qui implique une descente consciente, sacrificielle, est une expression du 'poids' spirituel. Ainsi, par exemple, tous les mots qu'un homme peut exprimer ont plus de poids s'ils pénètrent non seulement le corps astral, mais descendent également dans le corps physique. Et une action humaine a davantage de poids si son contenu moral pénètre directement dans la réalité physique que si elle touche uniquement la strate supérieure de l'existence terrestre.

Mais à présent, d'un point de vue physique, il y a deux différents phénomènes de poids. L'un est la "descente"sacrificielle déjà mentionnée, l'autre est le phénomène de la Chute, l'expulsion des hauteurs spirituelles. Cette dernière survient en tant que conséquences karmiques ou attitude injustifiée envers l'esprit. Le véritable "poids" devient alors lourdeur, et la "descente", un effondrement.

Ce fut juste cette transformation du "poids" en lourdeur qui eut lieu dans la destinée de la communauté de l'Inde Ancienne. Elle négligea son "premier amour", et en conséquence de ceci, la descente devint chute. "Souviens toi d'où tu es tombé [ekpeptokas], et repens toi, et pratique tes premières œuvres" (Rév; 2:5). En ces mots le seigneur du Karma exprime la dispensation karmique qui était devenue nécessaire à cause de la perte du premier amour pour le courant de la culture de l'Inde Ancienne. Ceci est l'effet du karma sur tous ceux qui refusent de s'incarner pleinement, tous ceux qui résistent à une complète incorporation : Ils chutent dans l'incarnation contre leur volonté au lieu de de descendre par une force morale libre dans la sphère d'action entraînant le karma. Car la scène de ces actions qui déterminent le karma réside, pour les hommes, dans le monde physique; le monde du travail est la région où les actes des hommes acquièrent leur plus grande signification. Pour cette raison l'avertissement à l'Ange de l'Eglise d'Ephèse dit : "Souviens-toi d'où tu es tombé, et repens toi, et pratique tes premières œuvres [ta prota erga poieson]". Cet avertissement est adressé à tous ceux qui sont enclins à refuser de travailler énergiquement dans la sphère des actions—tous ceux qui sont enclins à esquiver la pleine mesure de leur partage de responsabilité dans les événements terrestres. Car il ne leur est pas permis un vrai poids pour fonctionner dans leurs âmes—le "poids" de l'esprit de sacrifice, qui donne aussi le poids à l'effort humain et à l'action en contrôlant le karma du futur.

Pour être capable de fouler véritablement ce sentier dans le futur, il est non seulement requis un esprit de sacrifice pour produire le 'poids' dans l'âme, la force également est nécessaire pour amener ce sacrifice à son terme, en persévérant dans les épreuves. Car pour être prêt à descendre vers l'inférieur l'espace n'est pas suffisant; il est aussi nécessaire dans cet 'espace' de franchir un sentier qui mènera au but. Il est nécessaire, également, de rester fidèle à la tâche au long d'une période prescrite de temps. Suivre l'idéal du "premier amour"—l'aptitude à aimer la mission d'humanité de la Terre—est l'idéal de fidélité à cette mission à travers les épreuves de la route terrestre dans le 'temps'. La réalisation de cet idéal est la tâche de l"Ange de l'Eglise de Smyrne", la mission de l'impulsion spirituelle de l'Ancienne Perse. C'est pourquoi l'admonition de la seconde lettre, la lettre à l'ange de l'église de Smyrne, dit : "Sois fidèle jusque dans la mort, et je te donnerai la couronne de vie" (Rév. 2:10). Pour cette raison la lettre à l'église de Smyrne ne vient plus de Celui "qui tenait les sept étoiles dans sa main droite, et marchait au milieu des sept chandeliers", mais de Celui "qui est le premier et le dernier, qui était mort, et est vivant". Car ce qui coulait du Christ dans les âmes des hommes à travers la culture spirituelle de l'Ancienne Perse est l'impulsion de fidélité, l'attente et l'espoir que tous les obstacles, même la mort, doivent être maîtrisés. "Le premier et le dernier, qui était mort, et est vivant", est, par conséquent, une formule exprimant très brièvement la nature du désir le plus élevé et de l'espoir le plus grand qui constituaient la vie morale et spirituelle de la culture de l'Ancienne Perse, et qui persiste aujourd'hui dans la strate Ancienne Perse de l'âme humaine.

Cet idéal de fidélité est, dans son essence la plus intime, le contenu spirituel de Mesure, tout comme le "premier amour" est l'essence la plus intime du Poids. Car le sentier qui mène du "premier" au "dernier", de la "mort" à la "vie", est la véritable 'mesure de la fidélité humaine et de la grandeur de la mission humaine de la Terre. Cette 'mesure' peut être perçue, reconnue, et réalisée par la libre force morale de l'âme; alors elle brille dans l'âme comme le grand but libérateur de l'existence terrestre de l'homme. Si, cependant, elle n'est pas librement et consciemment acceptée, aors le karma, au lieu d'apparaître en tant que 'mesure' d'héroïsme spirituel, prend l'apparence d'une contrainte et d'une entrave. Tout comme la perte du "premier amour" mène à la chute, lorsque le Poids devient lourdeur, ainsi le manque de fidélité mène à la contraction, lorsque la Mesure devient une constriction de l'âme : "le diable jettera quelques uns de vous en prison" (Rév. 2:10), dans le but, par le confinement forcé, d'éveiller un effort pour le libre héroïsme de la véritable "Mesure".

Cet emprisonnement, qui doit être apporté par Lucifer (Diabolos) est en réalité la solitude de l'âme qui est confinée à l'intérieur d'elle-même parce qu'elle ne se sera pas unie avec le grand dessein de l'évolution humaine. Puisque l'âme n'accepte pas la "'Mesure' spirituelle, elle doit devenir, telle qu'elle est, la 'mesure' de sa propre conscience; sa propre nature tracera la ligne qui confinera sa conscience, son activité, et son monde. Les murs de la "prison", dans laquelle l'âme a été jetée par l'impulsion Luciférienne, sont des limites tracées par elle-même; c'est l'égoïsme de l'âme qui la confine et la maintient en prison.

Ainsi l'âme est confrontée au choix de deux 'mesures' possibles: soit de reconnaître librement la 'Mesure' de l'esprit, soit d'accepter son propre modèle en tant que 'mesure'. Lucifer guiderait l'âme vers le second choix, et c'est pourquoi il nous est dit dans l'Apocalypse que Lucifer (Diabolos) "jettera certains d'entre vous en prison".

Ceux qui, cependant, auront choisi le véritable sentier de fidélité à la mission humaine de la Terre (c'est à dire, ceux qui ont choisi la 'Mesure' spirituelle) sont appelés dans cette lettre, les "Juifs" (hoi Judaioi). Ce nom ne signifie réellement rien d'autre qu' "âmes humaines qui sont déterminées à oeuvrer à travers les âges à la préparation et la réalisation de l'impulsion Christ". Car c'est la signification de l"éternelle Israël" consistant en douze tribus—la communauté karmique des âmes humaines unies à travers de nombreuses incarnations à l'impulsion Christ, d'abord en la préparant, puis en la réalisant. Donc les "Juifs" dans le sens de l'Apocalypse, ne sont pas membres d'une nation quelconque; ils sont ces âmes qui ont opté pour le service de l'impulsion Christ. Mais maintenant il y a une épreuve sévère reliée à ceci, c'est à dire, le "blasphème de ceux qui disent qu'ils sont Juifs, et ne le sont pas, mais sont de la synagogue de Satan". Cette "synagogue de Satan" est l'antipode karmique de l"étenelle Israël", et le blasphème de cette communauté consiste en l'imitation de tout le pouvoir et l'activité de l'impulsion Christ dans la vie humaine, en la tournant, en même temps, en son opposé. L'activité Arhimanienne (c'est à dire, dans le sens de l'Apocalypse, l'activité de Satan) dans la destinée de l'humanité, consiste premièrement en la création d'une sorte de caricature de la communauté humaine et d'un ordre pour lequel s'efforce l'impulsion Christ. Alors que Lucifer (Diabolos) isole les hommes, "les jette en prison", Arhiman (Satanas) les rassemble en une communauté (synagogue), tout comme l'impulsion Christ les réunit aussi en une communauté (ecclesia). Au lieu de l'isolement égoïste apporté par Lucifer, deux communautés fondées sur la conscience du nous, apparaîtront dans l'histoire du monde. L'une est la communauté du Christ, où des hommes-égos libres s'unissent dans une libre alliance; l'autre, son opposée, est l'organisation de masse d'Arhiman, absorbant l'égo individuel. Le blasphème est contenu dans le fait que la véritable conscience du nous de la fraternité spirituelle est tournée en son opposée par le mimétisme de la fausse conscience du nous dans l'organisation de masse. Ainsi, il y a de "vrais Juifs", c'est à dire, des hommes-égos formant une communauté entre eux sur une fondation de liberté, et d'un autre côté, il y a des hommes-nous destinés à être absorbés par une organisation de masse. Ceux-ci, cependant, croient qu'ils sont Juifs [c'est à dire, des hommes-égos] et ne le sont pas".

Ce contraste apparaît en premier dans l'histoire du monde dans la relation entre Iran et Turan durant l'époque de l'Ancienne Perse, mais il a persisté à travers les âges, et aujourd'hui, comme alors, les deux types de cosncience-nous se confrontent l'une à l'autre en une épreuve de fidélité de l'homme envers sa mission spirituelle sur Terre.

D'un autre côté, l"emprisonnement par le diable" persiste également. Il doit durer "dix jours" et cette période n'est pas encore terminée, car le courant Luciférien doit poursuivre son flux karmique jusqu'à ce que le Soleil-Christ aie brillé dix fois depuis l'époque de l'Ancienne Perse. Maintenant ce Soleil brille au commencement et à la fin de chaque époque. Il brille au commencement en tant qu'impulsion fondamentale de l'époque, et à la fin en tant que réponse à son résultat positif, en tant que bénédiction sur ses fruits, aussi maigres soient ils. Puis c'est le "jour" comme au commencement il y avait le "jour" d'une époque. Et dix "jours" tels que celui-là surviennent jusqu'à la Sixième Epoque—jusqu'à ce que ceux qui sont emprisonnés, soit rejoignent la communauté des frères de Philadelphie, ou soient absorbés par le "nous" de l'humanité Arhimanisée. La "prison", l'isolation de l'auto-suffisance, cessera alors. Ils deviendront alors véritablement libres, ou ils devront rejoindre la masse Arhimanienne.

Ainsi l"Eglise de Smyrne" a un sentier à fouler sur lequel elle est testée par la "prison" de Diabolos, et par la "synagogue" de Satan; mais celui qui est "fidèle jusqu'à la mort" reçoit une couronne de vie. La couronne de vie n'est pas une simple expression poétique; elle est une description exacte d'un fait occulte significatif—le fait que certains changements auront lieu dans le futur, dans le système des courants spirituels dans la tête humaine. En résultat de ces changements, la fameuse "couronne de lort" deviendra "couronne de vie". A ce moment, les forces de vie de l'homme se concentrent de plus en plus dans la tête, et donc irradient vers le haut en une sorte de "couronne". Puis, si cette concentration devient complète, le cœur cesse de fonctionner (même lorsqu'il n'y a pas maladie), et la mort survient. Mais à présent un autre processus peut avoir lieu dans l'organisation éthérique de la tête humaine; c'est à dire la concentration dans la tête des forces de vie spirituelles irradiant du bas qui jaillissent par le pouvoir vivifiant dans tout l'organisme humain. Le développement d'une telle "couronne de vie" est, en même temps, un signe que l'impulsion Christ est à l'œuvre dans le corps vital de l'homme. Par cette influence le corps vital de l'homme est préservé de la "seconde mort", c'est à dire, de la dissolution quelque temps après la mort physique; la "couronne de vie" est cet élément du corps vital qui n'est pas sujet à la "seconde mort".

C'est dans ce sens que la promesse de la seconde lettre doit être comprise : "Celui qui a vaincu ne sera pas frappé de la seconde mort". (Rév. 2:11).

Mais la promesse adressée à ce courant karmique qui est appelé "Eglise de Pergame" ne se réfère ni à "l'arbre de vie" ni à la "couronne de vie", mais à la consommation de la "manne cachée" et à la "pierre blanche" sur laquelle est écrit un nom nouveau, "que personne ne connaît si ce n'est celui qui le reçoit" (Rév.2:17). Car l'impulsion spirituelle qui est àl'origine de la troisième époque (Egypto-Chaldéenne), et qui a persisté dans les âmes des hommes depuis ce temps, est un effort pour l'expérience de l'individualité immortelle et pour l'harmonie des êtres immortels les uns avec les autres.

La "pierre blanche avec un nom nouveau que personne ne connaît sauf celui qui le reçoit" est l'être-égo immortel de l'homme. Le "Je" est le nom qui peut être prononcé suelement par l'homme lui-même. Et la "manne cachée" est la force formatrice de communauté à l'œuvre au-delà du seuil de la concience ordinaire ; c'est la force qui relieles individus séparés en une communauté humaine. Ainsi Moïse, par exemple, dont la mission se situait à l'époque Egypto-Chaldéenne, reçut la révélation du "Je suis celui qui suis" au Buisson Ardent en tant que révélation de la source de l'expérience égo, alors que, d'un autre côté, la communauté Israélite sous sa guidance a mangé de la "manne cachée" qui descendait pendant la nuit et était "rassemblée" au petit matin. Ainsi Moïse mena la communauté qui lui était confiée vers l'idéal de l'évolution de l'égo; mais il la mena en tant que communauté, car elle était unie et se maintenait ensemble en mangeant de la "manne". La réalité de l'influence de la Manas (c'est à dire, la "manne") est manifestée lorsque les hommes dont les vies sont basées sur leurs égos intérieurs produisent en même temps une harmonie. Le véritable 'nous' peut être réalisé seulement sous l'infleunce de la Manas (l'Esprit-soi [synonyme de l'esprit Humain]), lorsque la concience égo a acquis la fermeté et la solidité d'une pierre.

Mais il y a aussi un courant anti-Manas dans le dessein des communautés en formation. La force formation de communauté de ce courant n'est pas extraite de la supra conscience , mais des régions sub conscientes. Car ensemble avec l'union karmique des êtres individuels amenés à l'harmonie par la "manne", il y a encore une autre force attirant les hommes les uns vers les autres et les lie ensemble. C'est la poussée qui vient, non à travers le sang de l'impulsion du "Je suis" de Jahvé dans le passé, ni de l'égo en tant qu'expérience aujourd'hui, mais du sang qui est ni sous l'influence de Jahvé ni déterminé par l'égo. Cette force est la poussée du sexe. Elle fut mal utilisée par Balaam, par exemple (cf.Nombres :24) lorsqu'il conseilla au prince Madianite Balak, de substituer d'autres principes à ceux de la communauté Israélite pour que, au moyen des femmes Madianites consacrées à Baal, les Israélites puissent être attirés dans la sphère d'influence du culte de Baal. L'influence fut atteinte en stimulant cette impulsion à manger "les mets offerts aux idoles)—c'est à dire, la chair des victimes préparées par magie cérémonielle et investies de pouvoirs définis, par lesquels induire des alliances qui résident hors du réseau de karma positif. La "doctrine de Balaam" référée à la lettre est le point de vue duquel la "manne cachée" est observée, non dans la solitude de la supra conscience mais dans la vie sub consciente de l'impulsion.

Puisque la véritable harmonie de l'activité de la Manas peut être falsifiée et remplacée par la "doctrine de Balaam", ainsi l'homme peut s'efforcer de faire l'expérience que son propre égo puisse être falsifié et remplacé par la "doctrine des Nicolaïtes". Car, comme dans le premier cas, il y a une fausse union karmique parmi les hommes, dans le second cas, il y a une fausse expérience de l'égo. Puisque le courant "Nicolaïte" dont nous venosn de parler, a placé la conscience de l'homme juste dans le corps, elle se sent ostensiblement indépendante et libre à l'intérieur du corps. Ainsi un substitut du véritable égo est venu à l'existence, créé par l'infuence confinante du corps.

Une fausse conscience-égo s'est élevée dont le contenu était du non à l'égo mais au corps. Contre ces deux erreurs est dirigée "l'épée à double tranchant" de la bouche de celui qui adresse la Lettre à l'Ange de l'Eglise de Pergame, car l'épée du verbe de vérité frappe ce qui est immoral dans la vie de l'impulsion aussi bien que ce qui est illusoire dans les idées et concepts matérialistes.

L'opposé de l"épée à double tranchant" du futur verbe de vérité est le principe du pouvoir de magie noire oeuvrant en silence, un principe qui remplace et est basé sur l'union des impulsions subconscientes avec les concepts illusoires. Pour cette raison le langage occulte de l'Apocalypse parle de cette union en tant que "trône de Satan' (thronos to Satana). Ce nom signifie le principe de l'évolution du pouvoir d'Arhiman sur l'humanité, de façon à ce que ce principe (ou "trône") doive être vu dans la vie métabolique du système humain. D'un autre côté, il y a également eu deux situations historiques dans lesquelles ce "trône" fut présent extérieurement et objectivement, fonctionnant en tant que centre de pouvoir. Le trône d'Hérode et Hérodias, par exemple, fut un point de départ d'une telle activité. Et l'activité semanifesta dans le fait que ceux qui venaient à l'intérieur de la sphère d'influence de ce "trône" (c'est à dire, de cette activité fonctionnant par l'illusion et l'impulsion de vie immorale), furent 'décapités'. Ils furent 'décapités' dans le sens qu'ils perdirent le centre conscience-égo de la tête, et furent ainsi exposés à l'influence des profondeurs subconscientes de l'organisation métabolique.

Maintenant la seule voie pour s'opposer à un tel "trône" est de démasquer l'immoralité de l'impulsion "servile" qui en découle, et de vaincer les concepts matérialistes par la fidélité à l'esprit même jusqu'à la mort. Chaque "trône de Satan" historique a toujours été opposé à un "témoin fidèle" (martys ho pistos) de l'esprit. Il en fut ainsi avec le trône de Jézabel et Anab, auquel Naboth résista en tant que "témoin fidèle"; il en fut également ainsi avec le trône de Hérodias et Hérode, contre lesquels Jean le Baptiste fut le "témoin fidèle"; chaque fois le "témoin fidèle" doit vaincre l'immoralité par le verbe, et l'illusion par la mort. Car l'immortalité de l'individualité humaine est attestée, non seulement par l'enseignement, mais par le fait que les êtres individuels font face à la mort en tant que "témoins fidèles"—que l'individualité humaine ne peut être élevée au-dessus de la mort est est ainsi immortelle. En ce sens, non seulement Jean Baptiste, mais également Socrate à Athènes, fut un "témoin fidèle".

Cette mission spéciale—d'être un "témoin fidèle" contre le "trône de Satan"—a un nom défini. En ce sens chaque homme qui a une telle mission à remplir est un "Antipas", c'est à dire, l'homme dont la tâche est de souffrir avec les victimes du "trône" (de magie noire). Ainsi Jean le Baptiste aussi souffrit le destin des victimes du trône d'Hérode; il fut même physiquement "décapité" comme les autres victimes de ce trône furent intérieurement "décapitées" dans leur vie de l'âme. En ce sens, Jean le Baptiste est "Antipas", le compagnon-victime, qui résista au "trône de Satan" en tant que "témoin fidèle"—et, en effet, non seulement à ce moment là, mais aussi dans le passé durant des vies précédentes.

Cette "décapitation" des hommes survient véritablement aujourd'hui encore au sens moral. Il arrive, par exemple, que partout des hommes soient considérés et traités non en tant qu'individus, mais en tant que quantité, en tant que nombre. Car lorsque les hommes sont considérés seulement en tant que nombre ils sont "décapités"; la dignité de leur nature égo leur est enlevée. Et si les unités ainsi obtenues sont additionnées et leur somme établie, alors quelque chose est fait qui est moralement l'opposé de la formation de communauté à travers le pouvoir de la "manne cachée".

Ce qui fut originellement un mauvais usage de la magie noire de l'impulsion de vie et de la vie des concepts matérialisés devint plus tard une numération et une addition des unités humaines. Car comme le péché de l'Eglise d'Ephèse amena la conversion du véritable "Poids" en une chute devenant lourdeur, aussi le péché de l'Eglise de Smyrne amena la conversion de la véritable "Mesure" en "emprisonnement" à l'intérieur des confins de l'égoïsme; ainsi le péché de l'Eglise de Pergame causa le changement du véritable "Nombre" en décapitation et 'unification mécanique' des hommes. Mais le véritable 'Nombre' spirituel est une communauté d'êtres individuels rangés selon "la splendeur des étoiles" dont chacun n'est pas une simple unité, mais un "nouveau nom" écrit que la "pierre blanche que personne ne connaît sauf celui qui l'a reçu". Dans le sens du véritable 'Nombre', les hommes ne devraient pas, ne pourraient pas être comptés et additionnés; ils devraient être appelés par leurs noms et unis en une communauté par la "manne cachée". La conséquence du péché des Balaamites et des Nicolaïtes est la substitution de la somme pour la "manne" et d'une unité numérique pour le "nom".

Ainsi les statistiques, qui aujourd'hui apparaissent si innocentes, ont leurs antécédents; l'exemple fut établi par les faits tragiques dans l'histoire spirituelle et le cadre de l'esprit qui les produit doit son existence à une préparation au moyen de magie noire dans le passé. Observant cela sous cet éclairage, nous pouvons aussi comprendre pourquoi le dénombrement des gens ordonné par le Roi David [1Chr. 21:1] fut considéré si coupable par le monde spirituel et amena un châtiment si sévère par la suite; car ce qui est maintenant devenu banal était, à cette époque, une terrible violation de confiance envers la conception de la communauté humaine désirée par le monde spirituel. Les visages et les noms humains ne devraient pas être convertis en nombres; ce fut le fruit du péché de la Troisième Epoque, la "trahison contre le Nombre Spirituel".

En outre, à cette lumière nous pouvons comprendre combien tragique est le second chapitre de l'Evangile de Luc où il nous est dit :" En ce temps là, parut un décret de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre".

Car nous pouvons comprendre la tragédie du fait que Jésus devait naître durant un recensement national et considéré par l'état Romain en tant que "un de plus" si nous pouvons réellement amener à la conscience la véritable signification du 'nombre' en tant qu"harmonie de l'ineffable nom" des êtres individuels, et, d'un autre côté, la conséquence de la "chute du nombre" dans le mécanisme; c'est à dire, le mauvais usage des impulsions et des illusions. Mais il était nécessaire que Jésus naisse à une époque où "Poids" "Mesure" et "Nombre" étaient déjà séparés de leur véritable signification. : le lieu de naissance de Jésus fut une étable, avec des animaux.

L'impulsion spirituelle et son histoire durant cette époque en laquelle Jésus Christ apparut sera le sujet du prochain chapitre.

Ce fut juste cette transformation du "poids" en lourdeur qui eut lieu dans la destinée de la communauté de l'Inde Ancienne. Elle négligea son "premier amour", et en conséquence de ceci, la descente devint chute. "Souviens toi d'où tu es tombé [ekpeptokas], et repens toi, et pratique tes premières œuvres" (Rév; 2:5). En ces mots le seigneur du Karma exprime la dispensation karmique qui était devenue nécessaire à cause de la perte du premier amour pour le courant de la culture de l'Inde Ancienne. Ceci est l'effet du karma sur tous ceux qui refusent de s'incarner pleinement, tous ceux qui résistent à une complète incorporation : Ils chutent dans l'incarnation contre leur volonté au lieu de de descendre par une force morale libre dans la sphère d'action entraînant le karma. Car la scène de ces actions qui déterminent le karma réside, pour les hommes, dans le monde physique; le monde du travail est la région où les actes des hommes acquièrent leur plus grande signification. Pour cette raison l'avertissement à l'Ange de l'Eglise d'Ephèse dit : "Souviens-toi d'où tu es tombé, et repens toi, et pratique tes premières œuvres [ta prota erga poieson]". Cet avertissement est adressé à tous ceux qui sont enclins à refuser de travailler énergiquement dans la sphère des actions—tous ceux qui sont enclins à esquiver la pleine mesure de leur partage de responsabilité dans les événements terrestres. Car il ne leur est pas permis un vrai poids pour fonctionner dans leurs âmes—le "poids" de l'esprit de sacrifice, qui donne aussi le poids à l'effort humain et à l'action en contrôlant le karma du futur.

Pour être capable de fouler véritablement ce sentier dans le futur, il est non seulement requis un esprit de sacrifice pour produire le 'poids' dans l'âme, la force également est nécessaire pour amener ce sacrifice à son terme, en persévérant dans les épreuves. Car pour être prêt à descendre vers l'inférieur l'espace n'est pas suffisant; il est aussi nécessaire dans cet 'espace' de franchir un sentier qui mènera au but. Il est nécessaire, également, de rester fidèle à la tâche au long d'une période prescrite de temps. Suivre l'idéal du "premier amour"—l'aptitude à aimer la mission d'humanité de la Terre—est l'idéal de fidélité à cette mission à travers les épreuves de la route terrestre dans le 'temps'. La réalisation de cet idéal est la tâche de l"Ange de l'Eglise de Smyrne", la mission de l'impulsion spirituelle de l'Ancienne Perse. C'est pourquoi l'admonition de la seconde lettre, la lettre à l'ange de l'église de Smyrne, dit : "Sois fidèle jusque dans la mort, et je te donnerai la couronne de vie" (Rév. 2:10). Pour cette raison la lettre à l'église de Smyrne ne vient plus de Celui "qui tenait les sept étoiles dans sa main droite, et marchait au milieu des sept chandeliers", mais de Celui "qui est le premier et le dernier, qui était mort, et est vivant". Car ce qui coulait du Christ dans les âmes des hommes à travers la culture spirituelle de l'Ancienne Perse est l'impulsion de fidélité, l'attente et l'espoir que tous les obstacles, même la mort, doivent être maîtrisés. "Le premier et le dernier, qui était mort, et est vivant", est, par conséquent, une formule exprimant très brièvement la nature du désir le plus élevé et de l'espoir le plus grand qui constituaient la vie morale et spirituelle de la culture de l'Ancienne Perse, et qui persiste aujourd'hui dans la strate Ancienne Perse de l'âme humaine.

Cet idéal de fidélité est, dans son essence la plus intime, le contenu spirituel de Mesure, tout comme le "premier amour" est l'essence la plus intime du Poids. Car le sentier qui mène du "premier" au "dernier", de la "mort" à la "vie", est la véritable 'mesure de la fidélité humaine et de la grandeur de la mission humaine de la Terre. Cette 'mesure' peut être perçue, reconnue, et réalisée par la libre force morale de l'âme; alors elle brille dans l'âme comme le grand but libérateur de l'existence terrestre de l'homme. Si, cependant, elle n'est pas librement et consciemment acceptée, aors le karma, au lieu d'apparaître en tant que 'mesure' d'héroïsme spirituel, prend l'apparence d'une contrainte et d'une entrave. Tout comme la perte du "premier amour" mène à la chute, lorsque le Poids devient lourdeur, ainsi le manque de fidélité mène à la contraction, lorsque la Mesure devient une constriction de l'âme : "le diable jettera quelques uns de vous en prison" (Rév. 2:10), dans le but, par le confinement forcé, d'éveiller un effort pour le libre héroïsme de la véritable "Mesure".

Cet emprisonnement, qui doit être apporté par Lucifer (Diabolos) est en réalité la solitude de l'âme qui est confinée à l'intérieur d'elle-même parce qu'elle ne se sera pas unie avec le grand dessein de l'évolution humaine. Puisque l'âme n'accepte pas la "'Mesure' spirituelle, elle doit devenir, telle qu'elle est, la 'mesure' de sa propre conscience; sa propre nature tracera la ligne qui confinera sa conscience, son activité, et son monde. Les murs de la "prison", dans laquelle l'âme a été jetée par l'impulsion Luciférienne, sont des limites tracées par elle-même; c'est l'égoïsme de l'âme qui la confine et la maintient en prison.

Ainsi l'âme est confrontée au choix de deux 'mesures' possibles: soit de reconnaître librement la 'Mesure' de l'esprit, soit d'accepter son propre modèle en tant que 'mesure'. Lucifer guiderait l'âme vers le second choix, et c'est pourquoi il nous est dit dans l'Apocalypse que Lucifer (Diabolos) "jettera certains d'entre vous en prison".

Ceux qui, cependant, auront choisi le véritable sentier de fidélité à la mission humaine de la Terre (c'est à dire, ceux qui ont choisi la 'Mesure' spirituelle) sont appelés dans cette lettre, les "Juifs" (hoi Judaioi). Ce nom ne signifie réellement rien d'autre qu' "âmes humaines qui sont déterminées à oeuvrer à travers les âges à la préparation et la réalisation de l'impulsion Christ". Car c'est la signification de l"éternelle Israël" consistant en douze tribus—la communauté karmique des âmes humaines unies à travers de nombreuses incarnations à l'impulsion Christ, d'abord en la préparant, puis en la réalisant. Donc les "Juifs" dans le sens de l'Apocalypse, ne sont pas membres d'une nation quelconque; ils sont ces âmes qui ont opté pour le service de l'impulsion Christ. Mais maintenant il y a une épreuve sévère reliée à ceci, c'est à dire, le "blasphème de ceux qui disent qu'ils sont Juifs, et ne le sont pas, mais sont de la synagogue de Satan". Cette "synagogue de Satan" est l'antipode karmique de l"étenelle Israël", et le blasphème de cette communauté consiste en l'imitation de tout le pouvoir et l'activité de l'impulsion Christ dans la vie humaine, en la tournant, en même temps, en son opposé. L'activité Arhimanienne (c'est à dire, dans le sens de l'Apocalypse, l'activité de Satan) dans la destinée de l'humanité, consiste premièrement en la création d'une sorte de caricature de la communauté humaine et d'un ordre pour lequel s'efforce l'impulsion Christ. Alors que Lucifer (Diabolos) isole les hommes, "les jette en prison", Arhiman (Satanas) les rassemble en une communauté (synagogue), tout comme l'impulsion Christ les réunit aussi en une communauté (ecclesia). Au lieu de l'isolement égoïste apporté par Lucifer, deux communautés fondées sur la conscience du nous, apparaîtront dans l'histoire du monde. L'une est la communauté du Christ, où des hommes-égos libres s'unissent dans une libre alliance; l'autre, son opposée, est l'organisation de masse d'Arhiman, absorbant l'égo individuel. Le blasphème est contenu dans le fait que la véritable conscience du nous de la fraternité spirituelle est tournée en son opposée par le mimétisme de la fausse conscience du nous dans l'organisation de masse. Ainsi, il y a de "vrais Juifs", c'est à dire, des hommes-égos formant une communauté entre eux sur une fondation de liberté, et d'un autre côté, il y a des hommes-nous destinés à être absorbés par une organisation de masse. Ceux-ci, cependant, croient qu'ils sont Juifs [c'est à dire, des hommes-égos] et ne le sont pas".

Ce contraste apparaît en premier dans l'histoire du monde dans la relation entre Iran et Turan durant l'époque de l'Ancienne Perse, mais il a persisté à travers les âges, et aujourd'hui, comme alors, les deux types de cosncience-nous se confrontent l'une à l'autre en une épreuve de fidélité de l'homme envers sa mission spirituelle sur Terre.

D'un autre côté, l"emprisonnement par le diable" persiste également. Il doit durer "dix jours" et cette période n'est pas encore terminée, car le courant Luciférien doit poursuivre son flux karmique jusqu'à ce que le Soleil-Christ aie brillé dix fois depuis l'époque de l'Ancienne Perse. Maintenant ce Soleil brille au commencement et à la fin de chaque époque. Il brille au commencement en tant qu'impulsion fondamentale de l'époque, et à la fin en tant que réponse à son résultat positif, en tant que bénédiction sur ses fruits, aussi maigres soient ils. Puis c'est le "jour" comme au commencement il y avait le "jour" d'une époque. Et dix "jours" tels que celui-là surviennent jusqu'à la Sixième Epoque—jusqu'à ce que ceux qui sont emprisonnés, soit rejoignent la communauté des frères de Philadelphie, ou soient absorbés par le "nous" de l'humanité Arhimanisée. La "prison", l'isolation de l'auto-suffisance, cessera alors. Ils deviendront alors véritablement libres, ou ils devront rejoindre la masse Arhimanienne.

Ainsi l"Eglise de Smyrne" a un sentier à fouler sur lequel elle est testée par la "prison" de Diabolos, et par la "synagogue" de Satan; mais celui qui est "fidèle jusqu'à la mort" reçoit une couronne de vie. La couronne de vie n'est pas une simple expression poétique; elle est une description exacte d'un fait occulte significatif—le fait que certains changements auront lieu dans le futur, dans le système des courants spirituels dans la tête humaine. En résultat de ces changements, la fameuse "couronne de lort" deviendra "couronne de vie". A ce moment, les forces de vie de l'homme se concentrent de plus en plus dans la tête, et donc irradient vers le haut en une sorte de "couronne". Puis, si cette concentration devient complète, le cœur cesse de fonctionner (même lorsqu'il n'y a pas maladie), et la mort survient. Mais à présent un autre processus peut avoir lieu dans l'organisation éthérique de la tête humaine; c'est à dire la concentration dans la tête des forces de vie spirituelles irradiant du bas qui jaillissent par le pouvoir vivifiant dans tout l'organisme humain. Le développement d'une telle "couronne de vie" est, en même temps, un signe que l'impulsion Christ est à l'œuvre dans le corps vital de l'homme. Par cette influence le corps vital de l'homme est préservé de la "seconde mort", c'est à dire, de la dissolution quelque temps après la mort physique; la "couronne de vie" est cet élément du corps vital qui n'est pas sujet à la "seconde mort".

C'est dans ce sens que la promesse de la seconde lettre doit être comprise : "Celui qui a vaincu ne sera pas frappé de la seconde mort". (Rév. 2:11).

Mais la promesse adressée à ce courant karmique qui est appelé "Eglise de Pergame" ne se réfère ni à "l'arbre de vie" ni à la "couronne de vie", mais à la consommation de la "manne cachée" et à la "pierre blanche" sur laquelle est écrit un nom nouveau, "que personne ne connaît si ce n'est celui qui le reçoit" (Rév.2:17). Car l'impulsion spirituelle qui est àl'origine de la troisième époque (Egypto-Chaldéenne), et qui a persisté dans les âmes des hommes depuis ce temps, est un effort pour l'expérience de l'individualité immortelle et pour l'harmonie des êtres immortels les uns avec les autres.

La "pierre blanche avec un nom nouveau que personne ne connaît sauf celui qui le reçoit" est l'être-égo immortel de l'homme. Le "Je" est le nom qui peut être prononcé suelement par l'homme lui-même. Et la "manne cachée" est la force formatrice de communauté à l'œuvre au-delà du seuil de la concience ordinaire ; c'est la force qui relieles individus séparés en une communauté humaine. Ainsi Moïse, par exemple, dont la mission se situait à l'époque Egypto-Chaldéenne, reçut la révélation du "Je suis celui qui suis" au Buisson Ardent en tant que révélation de la source de l'expérience égo, alors que, d'un autre côté, la communauté Israélite sous sa guidance a mangé de la "manne cachée" qui descendait pendant la nuit et était "rassemblée" au petit matin. Ainsi Moïse mena la communauté qui lui était confiée vers l'idéal de l'évolution de l'égo; mais il la mena en tant que communauté, car elle était unie et se maintenait ensemble en mangeant de la "manne". La réalité de l'influence de la Manas (c'est à dire, la "manne") est manifestée lorsque les hommes dont les vies sont basées sur leurs égos intérieurs produisent en même temps une harmonie. Le véritable 'nous' peut être réalisé seulement sous l'infleunce de la Manas (l'Esprit-soi [synonyme de l'esprit Humain]), lorsque la concience égo a acquis la fermeté et la solidité d'une pierre.

Mais il y a aussi un courant anti-Manas dans le dessein des communautés en formation. La force formation de communauté de ce courant n'est pas extraite de la supra conscience , mais des régio

ns sub conscientes. Car ensemble avec l'union karmique des êtres individuels amenés à l'harmonie par la "manne", il y a encore une autre force attirant les hommes les uns vers les autres et les lie ensemble. C'est la poussée qui vient, non à travers le sang de l'impulsion du "Je suis" de Jahvé dans le passé, ni de l'égo en tant qu'expérience aujourd'hui, mais du sang qui est ni sous l'influence de Jahvé ni déterminé par l'égo. Cette force est la poussée du sexe. Elle fut mal utilisée par Balaam, par exemple (cf.Nombres :24) lorsqu'il conseilla au prince Madianite Balak, de substituer d'autres principes à ceux de la communauté Israélite pour que, au moyen des femmes Madianites consacrées à Baal, les Israélites puissent être attirés dans la sphère d'influence du culte de Baal. L'influence fut atteinte en stimulant cette impulsion à manger "les mets offerts aux idoles)—c'est à dire, la chair des victimes préparées par magie cérémonielle et investies de pouvoirs définis, par lesquels induire des alliances qui résident hors du réseau de karma positif. La "doctrine de Balaam" référée à la lettre est le point de vue duquel la "manne cachée" est observée, non dans la solitude de la supra conscience mais dans la vie sub consciente de l'impulsion.

Puisque la véritable harmonie de l'activité de la Manas peut être falsifiée et remplacée par la "doctrine de Balaam", ainsi l'homme peut s'efforcer de faire l'expérience que son propre égo puisse être falsifié et remplacé par la "doctrine des Nicolaïtes". Car, comme dans le premier cas, il y a une fausse union karmique parmi les hommes, dans le second cas, il y a une fausse expérience de l'égo. Puisque le courant "Nicolaïte" dont nous venosn de parler, a placé la conscience de l'homme juste dans le corps, elle se sent ostensiblement indépendante et libre à l'intérieur du corps. Ainsi un substitut du véritable égo est venu à l'existence, créé par l'infuence confinante du corps.

Une fausse conscience-égo s'est élevée dont le contenu était du non à l'égo mais au corps. Contre ces deux erreurs est dirigée "l'épée à double tranchant" de la bouche de celui qui adresse la Lettre à l'Ange de l'Eglise de Pergame, car l'épée du verbe de vérité frappe ce qui est immoral dans la vie de l'impulsion aussi bien que ce qui est illusoire dans les idées et concepts matérialistes.

L'opposé de l"épée à double tranchant" du futur verbe de vérité est le principe du pouvoir de magie noire oeuvrant en silence, un principe qui remplace et est basé sur l'union des impulsions subconscientes avec les concepts illusoires. Pour cette raison le langage occulte de l'Apocalypse parle de cette union en tant que "trône de Satan' (thronos to Satana). Ce nom signifie le principe de l'évolution du pouvoir d'Arhiman sur l'humanité, de façon à ce que ce principe (ou "trône") doive être vu dans la vie métabolique du système humain. D'un autre côté, il y a également eu deux situations historiques dans lesquelles ce "trône" fut présent extérieurement et objectivement, fonctionnant en tant que centre de pouvoir. Le trône d'Hérode et Hérodias, par exemple, fut un point de départ d'une telle activité. Et l'activité semanifesta dans le fait que ceux qui venaient à l'intérieur de la sphère d'influence de ce "trône" (c'est à dire, de cette activité fonctionnant par l'illusion et l'impulsion de vie immorale), furent 'décapités'. Ils furent 'décapités' dans le sens qu'ils perdirent le centre conscience-égo de la tête, et furent ainsi exposés à l'influence des profondeurs subconscientes de l'organisation métabolique.

Maintenant la seule voie pour s'opposer à un tel "trône" est de démasquer l'immoralité de l'impulsion "servile" qui en découle, et de vaincer les concepts matérialistes par la fidélité à l'esprit même jusqu'à la mort. Chaque "trône de Satan" historique a toujours été opposé à un "témoin fidèle" (martys ho pistos) de l'esprit. Il en fut ainsi avec le trône de Jézabel et Anab, auquel Naboth résista en tant que "témoin fidèle"; il en fut également ainsi avec le trône de Hérodias et Hérode, contre lesquels Jean le Baptiste fut le "témoin fidèle"; chaque fois le "témoin fidèle" doit vaincre l'immoralité par le verbe, et l'illusion par la mort. Car l'immortalité de l'individualité humaine est attestée, non seulement par l'enseignement, mais par le fait que les êtres individuels font face à la mort en tant que "témoins fidèles"—que l'individualité humaine ne peut être élevée au-dessus de la mort est est ainsi immortelle. En ce sens, non seulement Jean Baptiste, mais également Socrate à Athènes, fut un "témoin fidèle".

Cette mission spéciale—d'être un "témoin fidèle" contre le "trône de Satan"—a un nom défini. En ce sens chaque homme qui a une telle mission à remplir est un "Antipas", c'est à dire, l'homme dont la tâche est de souffrir avec les victimes du "trône" (de magie noire). Ainsi Jean le Baptiste aussi souffrit le destin des victimes du trône d'Hérode; il fut même physiquement "décapité" comme les autres victimes de ce trône furent intérieurement "décapitées" dans leur vie de l'âme. En ce sens, Jean le Baptiste est "Antipas", le compagnon-victime, qui résista au "trône de Satan" en tant que "témoin fidèle"—et, en effet, non seulement à ce moment là, mais aussi dans le passé durant des vies précédentes.

Cette "décapitation" des hommes survient véritablement aujourd'hui encore au sens moral. Il arrive, par exemple, que partout des hommes soient considérés et traités non en tant qu'individus, mais en tant que quantité, en tant que nombre. Car lorsque les hommes sont considérés seulement en tant que nombre ils sont "décapités"; la dignité de leur nature égo leur est enlevée. Et si les unités ainsi obtenues sont additionnées et leur somme établie, alors quelque chose est fait qui est moralement l'opposé de la formation de communauté à travers le pouvoir de la "manne cachée".

Ce qui fut originellement un mauvais usage de la magie noire de l'impulsion de vie et de la vie des concepts matérialisés devint plus tard une numération et une addition des unités humaines. Car comme le péché de l'Eglise d'Ephèse amena la conversion du véritable "Poids" en une chute devenant lourdeur, aussi le péché de l'Eglise de Smyrne amena la conversion de la véritable "Mesure" en "emprisonnement" à l'intérieur des confins de l'égoïsme; ainsi le péché de l'Eglise de Pergame causa le changement du véritable "Nombre" en décapitation et 'unification mécanique' des hommes. Mais le véritable 'Nombre' spirituel est une communauté d'êtres individuels rangés selon "la splendeur des étoiles" dont chacun n'est pas une simple unité, mais un "nouveau nom" écrit que la "pierre blanche que personne ne connaît sauf celui qui l'a reçu". Dans le sens du véritable 'Nombre', les hommes ne devraient pas, ne pourraient pas être comptés et additionnés; ils devraient être appelés par leurs noms et unis en une communauté par la "manne cachée". La conséquence du péché des Balaamites et des Nicolaïtes est la substitution de la somme pour la "manne" et d'une unité numérique pour le "nom".

Ainsi les statistiques, qui aujourd'hui apparaissent si innocentes, ont leurs antécédents; l'exemple fut établi par les faits tragiques dans l'histoire spirituelle et le cadre de l'esprit qui les produit doit son existence à une préparation au moyen de magie noire dans le passé. Observant cela sous cet éclairage, nous pouvons aussi comprendre pourquoi le dénombrement des gens ordonné par le Roi David [1Chr. 21:1] fut considéré si coupable par le monde spirituel et amena un châtiment si sévère par la suite; car ce qui est maintenant devenu banal était, à cette époque, une terrible violation de confiance envers la conception de la communauté humaine désirée par le monde spirituel. Les visages et les noms humains ne devraient pas être convertis en nombres; ce fut le fruit du péché de la Troisième Epoque, la "trahison contre le Nombre Spirituel".

En outre, à cette lumière nous pouvons comprendre combien tragique est le second chapitre de l'Evangile de Luc où il nous est dit :" En ce temps là, parut un décret de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre".

Car nous pouvons comprendre la tragédie du fait que Jésus devait naître durant un recensement national et considéré par l'état Romain en tant que "un de plus" si nous pouvons réellement amener à la conscience la véritable signification du 'nombre' en tant qu"harmonie de l'ineffable nom" des êtres individuels, et, d'un autre côté, la conséquence de la "chute du nombre" dans le mécanisme; c'est à dire, le mauvais usage des impulsions et des illusions. Mais il était nécessaire que Jésus naisse à une époque où "Poids" "Mesure" et "Nombre" étaient déjà séparés de leur véritable signification. : le lieu de naissance de Jésus fut une étable, avec des animaux.

Source : http://rosae-crucis.pagesperso-orange.fr/

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Le Livre secret de Jean

14 Octobre 2012 , Rédigé par ANN BARKHUST Publié dans #spiritualité

Les historiens de l'Eglise ont rapporté une tradition que dans les premiers temps Chrétiens, au premier et second siècle de notre ère Chrétienne, l'Eglise Occidentale centrée à Rome regarda défavorablement l'Evangile de Jean parce qu'il était considéré comme étant Gnostique. A St. Irénée de Gaule va le crédit d'avoir soutenu cet Evangile, pour qu'il soit accepté dans le canon du Nouveau Testament.

Mais à nouveau, au Moyen Age, nous entendons que les Manichéens du sud de la France possédaient un "faux Evangile de Jean", qui avait la prétention d'être des révélations de Saint Jean reçues alors qu'il se pencha sur la poitrine du Christ. Cet Evangile, dirent les hommes d'église, confondait le Christ avec Lucifer et avait même une fausse genèse du monde, en laquelle le Démiurge rebellé contre Dieu, était chassé des cieux, et implorait Dieu d'avoir une chance de se racheter. Ceci lui fut garanti, et la manière de sa rédemption fut de créer un cosmos en sept jours.

Le Démiurge (c'est un mot Grec, adopté de Pythagore, Platon et Aristote) et ses aides purent voir les modèles archétypaux par lesquels la création devait procéder, mais ne furent pas capables de les copier, et ainsi cette création fut imparfaite. Inévitablement, lorsque le démiurge créa des créatures vivantes, devant être l'humanité, cette création fut également imparfaite. La créature signifiant l'homme était faible et pouvait seulement ramper sur le sol. Prenant pitié de cette créature, Dieu envoya Son Emissaire, le Christ, et marie, deux anges des cieux supérieurs, pour instiller un esprit vivant, et lorsque ceci fut fait, la créature devint capable de se tenir debout et de se montrer elle-même humaine. Ainsi la création fut regardée comme l'œuvre du principe des Ténèbres déchu, qui fut racheté—ensemble avec son Principe—par Christ, le Principe de Lumière.

Comment la Lumière rachète t-elle les ténèbres ? En brillant dans les ténèbres, qui ne sont pas une "chose en soi" réelle, positive, mais simplement l'absence de Lumière. Les ténèbres sont ce qui est appelé un fait "négatif", quelque chose qui existe seulement par l'absence de quelque chose d'autre, n'ayant pas de substance. De ce concept, les Manichéens décrivirent leur formule pour la conquête du mal.

La légende est qu'à une époque existaient deux royaumes, le royaume des Elfes de Lumière et le royaume des Elfes de la Nuit. Les Elfes de Lumière étaient purement bons, et les Elfes de la Nuit étaient entièrement mauvais. Mais comment les Elfes de Lumière pouvaient-ils conquérir les Elfes de la Nuit, puisqu'ils ne pouvaient pas, par leur nature ou essence, faire le mal ? Ils résolurent le problème en incorporant une partie du Royaume de Lumière au Royaume des Ténèbres, et en brillant de façon continue, maîtrisèrent l'obscurité.

Agissant sur cette formule, les Manichéens infiltrèrent les rangs de leurs ennemis, en Europe, premièrement l'Eglise Catholique Romaine, bien qu'ils aient d'autres ennemis ailleurs. Les manichéens cachés vivaient extérieurement les vies de Catholiques dévots, excepté qu'ils projetaient leur totale influence en promouvant la bonté et éliminant les maux à l'intérieur de l'Eglise. Ils doivent avoir eu des réticences mentales à l'égard de nombreux enseignements Catholiques, mais ils gardèrent celles-ci pour eux-mêmes.

Il est rapporté le cas d'un prêtre dont la vie était si sainte et belle qu'il fut presque adoré par ses ouailles, même lorsqu'il était vivant; mais après sa mort, à leur grande horreur, ils trouvèrent parmi des affaires la preuve indiscutable que leur saint adoré était, en fait, un Manichéen. Alors ils détruisirent et ensevelirent ses reliques et déversèrent la haine sur la mémoire de ce "démon" déguisé, dont la sainteté avait été pour tous eux une inspiration et dont la bonté aimante avait illuminé leurs vies.

Combien de grands réformateurs des églises orthodoxes furent en fait, des Manichéens ou des Gnostiques déguisés ? Un jour nous pourrons le savoir. Nous disons "manichéens ou Gnostiques" parce que des découvertes archéologiques, telles que celles de Nag Hammadi en Egypte, montrent que les doctrines essentielles de Mani remontent aux époques Chrétiennes primitives et pré-Chrétiennes.

Mani fut un Maître universaliste qui croyait que toutes les anciennes religions, dans leur pure essence, menaient au trône du Christ. L'Eglise Catholique Romaine, suivie par ses ramifications, les Luthériens, et autres églises orthodoxes Protestantes qui sont aussi des formes de Catholicisme, ont pris position que seul L'Ancien Testament devrait être combiné au Nouveau testament, parce que Jésus était un Juif, et que toutes les autres écritures devraient être ignorées ou détruites. Ils allèrent même plus loin et établirent une règle qu'à moins qu'un suiveur du Christ n'accepte l'Ancien Testament avec le Nouveau, et évite les écritures des autres Gentils, alors il n'était pas Chrétien, peu importe combien il aimait le Christ et peu importe combien il s'efforçait de vivre la vie du Christ. C'est la doctrine qui mena à la persécution étendue et l'intolérance universelle, car elle maintenait, en effet, que chaque homme devait être un Juif avant de pouvoir être un Chrétien.

Saint Paul avait déjà combattu pour les Gentils au premier siècle, afin qu'ils puissent être Chrétiens sans aller à travers la synagogue ou le Temple Hébreux à Jérusalem—bien qu'il soit évident qu'il aurait été heureux de les accueillir là comme "craignant Dieu" à la Cour des Gentils. Il aurait même tordu les barrières de la clôture du Temple et permis aux Gentils convertis d'adorer des Israélites eux-mêmes. Au moins, les Juifs l'accusèrent d'essayer de prendre un Gentil dans leur section intérieur sacrée. Il essaya probablement, du moins.

Nous voyons également que Saint Paul faisait référence aux enseignements des Mystères Grecs, et aux astronomes et philosophes Grecs, en qui il avait l'exemple de certains des plus dévots des Pharisiens et des Sadducéens devant lui.

Il est significatif que parmi les doctrines d'une secte appelée les Pauliciens—les historiens ne savent pas si le nom venait de leur propre leader ou de Saint Paul, mais certains pensent qu'il vient de saint Paul—nous trouvons de nombreuses doctrines qui étaient caractéristiques du Manichéisme.

La bibliothèque trouvée en Egypte en 1945 donna deux versions de l'Apocryphe de Jean. Le livre avait été découvert au 19ème siècle mais ne fut pas traduit à cette époque. Personne ne semblait être intéressé par lui, et seuls quelques passages furent remarqués dans différents livres par des auteurs qui visitèrent le musée à Berlin où ce livre remarquable était préservé.

Jean Doresse parle des livres Gnostiques comme étant des écrits "déguisés" en Chrétiens, parce qu'il ne comprend pas que les anciens peuples ne ressentaient pas être un péché de retenir leurs propres écritures anciennes et de les interpréter à la Lumière du Christ. Aujourd'hui des missionnaires essaient encore de forcer les Bouddhistes, par exemple, à rejeter et renoncer à la 'Lumière de l'Asie" quand ils deviennent Chrétiens; comme s'il était nécessaire de renoncer à une lumière parce qu'une lumière plus forte était venue dans le monde! Personne n'aurait été plus respectueux de Bouddha que le Christ Lui-même ! et personne n'aurait été plus respectueux du Christ que Gautama le bouddha.

Un des deux documents trouvés à Nag Hammadi est une variante du livre de Jean à Berlin. Les deux versions principales N°1 et N°2, la N°2 étant similaire au Codex Berlin. Il mentionne une "édition N° 36 de Codex X" qu'il dit "donner une version développée du résumé dans le texte qui est plus amplifiée et enrichie par un vernis personnel". Il donne alors un bref résumé.

Préambule : l'Apôtre Jean, frère de Jacques, est troublé par la question jetée qui lui est jetée dans le Temple par un Pharisien nommé Arimanios. "Où est parti ton maître à présent"?

"Un pharisien nommé Arimanios". Le nom du Pharisien n'était probablement pas vraiment Arimanios. Arimanios est, selon toute vraisemblance, Ahriman, le Satan perse, ou Tentateur. Ici le Tentateur parle à Jean à travers les lèvres d'un Pharisien, tout comme il paraît à Jésus à travers Pierre lorsque Jésus le réprimanda en disant, "Arrière, Satan", regardant droit en face de Pierre lorsqu'il lui parlait. De façon similaire, c'est le Tentateur, Satan, ou le Doute et le Désespoir personnifiés, qui parle à Jean dans l'épreuve du Pharisien : "Où est parti ton Maître à présent"?

Jean se retira dans la solitude de la montagne pour méditer et prier, cherchant une réponse à ceci et autres questions : Pourquoi le Christ fut-il envoyé dans le monde ? Qui est son Père ? Qu'est ce que l'Eon comme celui où voyage l'humanité ? Le ciel s'ouvre et un Etre triple apparaît—dans la forme d'un homme jeune, une femme et un vieillard—et cet Etre triple déclare qu'il est véritablement un seul Etre, Père-Mère-Fils.

 

L'Etre révèle à Jean les secrets de l'Univers, passé et futur, et lui ordonne de transmettre ces enseignements à l'Elu. (Doresse ne mentionne pas l'histoire traditionnelle, telle que racontée au Moyen Age, que Jean reçut sa vision lorsqu'il reposait sur la poitrine du Christ).

L'Etre Primordial existait seul au commencement, calme et au repos dans le Grand Silence de l'océan de Lumière. Il contemplait les vagues de pure Lumière en lesquelles il reposait et par Sa pensée, de Lui-même une image fut projetée sur les vagues. Cette Première Pensée est le "parfait pouvoir de Barbelos", l'Image de Dieu, qui est l'Homme Primordial et l'Esprit Vierge. Nous pouvons remarquer que tous ces enseignements sont véritablement des concepts Platoniciens dans une vêture mythologique; non un "déguisement", mais une allégorie poétique.

D'autres "Eons androgynes"—Principes bisexués ayant à la fois des pouvoirs masculins et féminins, Pouvoir-volonté et Amour-Sagesse, un concept grossièrement dégradé par les Pères de l'Eglise aux premiers siècles—correspondent aux Elohim de la Bible. Le Jéhovah biblique fut en fait un de ces Elohim doublement sexués, qui fut identifié par les Hébreux, ou interprété par eux, comme étant l'Etre Unique Absolu Suprême, son ancien statut ayant été rejeté et oublié.

Barbelos, le Premier Etre, la Vierge Divine—fixe résolument la Lumière de Dieu, et en fixant ainsi conçoit une Etincelle, qui devient le Fils de Dieu. Dans ces anciennes visions, la comparaison est, nous croyons, dans la manière dont une image est réfléchie dans une boule de cristal. A la fois les cristaux de quartz et de verre étaient faits en Egypte et autres lieux, peut-être même en verre blanc, bien que ceci ne soit pas certain. De toute façon, la forme ancienne de polissage de gemme était de "rouler" les pierres. Elles n'étaient pas facettées de la même manière que nous le faisons aujourd'hui. Ainsi une pièce de cristal de quartz pouvait avoir été trouvée 'roulée" dans un ruisseau ou "roulée" par un artisan; et si c'est le cas, il pourrait avoir servi en tant que cristal de voyance. Le cristal a la propriété particulière de prendre une image reflétée n lui-même, et de la réverbérer. Elle apparaît à l'envers, le cristal en est plein. Même ainsi la vision de la Lumière crée à l'intérieur le Barbelos—le Premier Ange—une Etincelle qui est de Dieu et qui est comme Dieu.

Les poètes orientaux comparent également la sympathie mystique avec Dieu à la manière dont un amoureux voit son image dans la pupille de l'œil de son aimée. Chacun voit l'autre, amant et aimé, chacun voit dans la pupille de l'œil de l'autre une image de lui-même. Ainsi l'Homme contemple Dieu et l'Image de Dieu est formée dans son âme; et inversement l'Image de l'Homme est formée dans l'Oeil de Dieu, et cette Image d'Homme dans l'Oeil de Dieu est ce que voit le mystique. Telle est la formule de l'Oeil, comme montrée dans de nombreuses anciennes allégories poétiques de l'orient; et telle est, nous le croyons, la signification de ces obscurs textes dans l'Apocryphe de Jean.

Le Christ qui est ainsi engendré est appelé le Monogène. Ce mot résonne de façon particulière, mais il signifie simplement l' "Engendré seul" comme dans l'ouverture de l'Evangile de Jean dans le Nouveau Testament. Dans celui-ci, également, si nous devions substituer la forme grecque des noms, notre texte serait méconnaissable; par exemple : "Je suis le Chemin, la Gnose, et la Vie". Ou, "Au commencement était le Verbe (Logos), et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu".

Du Christ viennent les Quatre Luminaires, les quatre Seigneurs Principaux du Karma, appartenant symboliquement aux quatre signes fixes du zodiaque. Certains disent qu'il y a sept Seigneurs du Karma; ceci se réfère, bien sûr, aux sept Principes Planétaires qui influencent la destinée humaine dans l'horoscope.

Après ces Pouvoirs Célestes, Adam fut créé, le premier homme de la Terre. Ceci est suivi (dans ce texte) de l'histoire de la "Chute de Sophia" qui voulait créer seule comme le Créateur et qui donna naissance à un monstre ressemblant à un lion et un serpent, qu'elle cachait dans un nuage—manifestement, les constellations du zodiaque, avec une référence spéciale au Lion et au Scorpion, ou autres dragons astronomiques des ciels. A nouveau nous répétons, cet apocryphe n'est rien qu'un poème—un poème compliqué, allégorique—et les étudiants se rendent eux-mêmes ridicules en le traitant comme s'il était un traité direct comme les travaux du Romain Lucretius.

L'histoire de Sophia—qui peut aussi être comparée à la Vierge, qui à présent tient le Soleil à sa chute à l'équinoxe d'automne—est suivie de l'histoire du combat des pouvoirs de la Lumière avec ceux des Ténèbres; qui survécut au Moyen Age, comme nous l'avons remarqué. Il est à noter que les Ténèbres ne peuvent seulement être détruites elles-mêmes lorsque qu'elles poursuivent la Lumière, parce que la Lumière détruit automatiquement les ténèbres par sa brillance.

L'Etre caché dans le Nuage devient le Créateur—Démiurge—des mondes inférieurs. Ceci est le "Jéhovah", le Cosmocréateur de l'Ancien Testament. Il crée Sept Rois pour gouverner les Sept Cieux (Planètes), et Cinq Rois qui gouvernent les Abysses—les royaumes du Chaos, les "Mondes Sombres" dans lesquels les âmes se rendent entre les incarnations. Ces cinq mondes sombres avec leurs Cinq Rois, représentent le "Chaos" des Grecs, et "l'abysse" dans lequel les germes de toute vie et formation se développent.

Plus tard des êtres furent créés, 360 ou 365 en nombre—un Ange pour chaque jour de l'année, évidemment. Ils sont symbolisés par les silhouettes à têtes d'animaux, dans la culture Egyptienne.

Chacun savait que les Egyptiens n'adoraient pas des animaux ou des animaux-démons; ils prenaient ces figures de façon symbolique. L'idée est précisément la même que nous trouvons dans notre Nouveau Testament, où un bœuf est dépeint pour l'Evangile de Luc, un Lion pour St. Marc, un serpent pour St. Jean, et un homme pour St. Matthieu. Il aurait été assez en droite ligne avec la symbologie Egyptienne d'avoir dépeint St. Luc comme un homme à tête de bœuf tenant un livre dans sa main. Nous pouvons ne pas aimer ce symbolisme, mais nous pouvons le comprendre.

Tous les Pouvoirs ont deux noms, en accord avec la doctrine magique de l'antiquité par laquelle le Nom "Secret" ou "Dieu" était un Nom de Pouvoir, et qui n'était jamais révélé; puisque le nom commun était le nom utilisé publiquement. Les Egyptiens donnaient toujours à leurs enfants deux noms pour cette raison, le premier étant le nom secret. Dans les Ecoles Initiatiques—comme dans le Baptême Chrétien—nous voyons une forme de coutume similaire, où le baptisé prend un nouveau nom. Il semblerait également qu'il avait un nouveau Nom Secret, comme un Initié; car le Baptême était une Initiation et une renaissance.

Chaque chose dans la vie a ses bons et mauvais aspects. Les planètes dans l'horoscope peuvent donner une destinée bénéfique ou l'opposé, ou les deux mêlées à la fois, ce qui est habituellement le cas. Par conséquent chaque Grand Ange a deux Noms, et chaque démon peut être contraint par l'usage du Nom du Grand Ange qui a gouverne sur ses activités. L'Apocryphe de Jean n'entre pas dans ceci, mais le concept est impliqué dans le fait que les Intelligences Créatrices sont dites avoir Deux Noms.

Lorsque sa création fut terminée, Ialdebaoth s'exclame fièrement : "je suis un dieu jaloux et il n'y a d'autre dieu que moi!" Et l'Apocryphe prévient que l'histoire de la création ne doit jamais être prise dans le sens que Moïse l'a décrite, mais d'un point de vue opposé.

Sophia, voyant que son fils pèche contre Dieu, va et vient comme un esprit sur l'abysse de l'espace, et elle est aidée dans sa détresse par d'autres pouvoirs. A la fin, fixant les eaux de l'abysse, les Pouvoirs, à leur étonnement, voient se refléter l'image de Dieu! Ialdebaoth commande alors que lui et ses compagnons créent un être fait à la ressemblance de cette Image dépeinte, qu'ils appellent Adam, et les Archéons (Pouvoirs) se mettent au travail. Archon est le terme Grec.

Comme pour les autres noms des Pouvoirs, le texte dit, "Si tu veux les connaître, ils sont écrits dans le livre de Zoroastre", montrant que l'influence Perse réside derrière les influences Hébraïque, Grecque, et Egyptienne de cet Apocryphe.

Adam fut créé, mais ne pouvait se tenir debout, et cinq messagers envoyés du Dieu véritable conseillèrent à Ialdebaoth d'insuffler le souffle de vie dans la bouche d'Adam. Il fit ceci, et Adam non seulement se leva, mais devint resplendissant, et Ialdebaoth craignit aussitôt qu'il ne lui dérobe son pouvoir.

Les Pouvoirs chassèrent alors Adam dans les ténèbres inférieures. Mais la Mère prit pitié d'Adam, et lui envoie une Etincelle de Pensée de Lumière, appelée Zoé, un autre mot Grec. Puis les Archéons construisent encore un autre corps, plus dense et plus matériel, dans lequel ils emprisonnent Adam. Ils créent le Paradis dans le monde inférieur, et l'y déposent, mais les joies de son Paradis sont illusoires et pleines d'amertume. L'Arbre de Vie appartient à Ialdebaoth, et son fruit est amer; l'Arbre de la Connaissance détient l'Etincelle, ou Germe, de Lumière de la Divine Mère.

"Qu'était le Serpent qui enseigna à l'Homme de manger de cet Arbre?"demande Jean. Le sauveur répond :"Le Serpent lui enseigna le germe du désir, pour mettre Adam en esclavage; mais il vit qu'Adam ne lui obéissait pas à cause du Germe de Lumière qui était en lui". Le Serpent est, comme montré ci-dessus, Jehovah-Ialdebaoth. Il est celui qui gouverne l'Arbre de "Vie", ou désir, des corps engendrés.

Le Démiurge crée alors Eve, qui est une partie de la Lumière Adamique, mais lorsqu'il ouvre le côté d'Adam, la part de lumière s'échappe, aussi il fabrique Eve avec ce qui reste. L'apocryphe dit que le Christ Lui-même se manifesta dans la forme d'un aigle et s'assit sur l'Arbre de la connaissance, pour inciter Adam et Eve à manger du fruit de la Connaissance, dans lequel était le Germe de Lumière appartenant à la Divine Mère, par lequel ils pourraient être rachetés des ténèbres de la matière et du pouvoir de Jéhovah-Ialdebaoth, le Serpent des Ténèbres. Le germe du Démiurge est à la fois dans Adam et Eve, qui apportent Caïn et Abel; mais Seth s'échappe. Seth est l'Homme Rempli de Lumière, qui plus tard renaît en tant que Jésus le Christ, le fils véritable de Sophia, la Sagesse.

St. Paul dit, parlant d'Abraham, Sarah et Agar :"lesquelles choses sont en allégories"; et il est évident que ces Gnostiques écrivaient en allégories. Elles ne peuvent pas être comprises d'une autre manière.

Nous voyons de ceci pourquoi les Catholiques croyaient que les Manichéens adoraient Satan, puisque pour les Manichéens Jéhovah était le Satan et l'Esprit de l'Arbre de la Connaissance était le Christ. Mais ils n'adoraient pas Satan, ils adoraient le Christ, comme l'Esprit qui donnait Sagesse et Connaissance à l'humanité. L'Arbre de Vie de Jéhovah n'était pas immortalité mais "génération", un arbre généalogique.

Il y a une raison de croire que le texte de la Genèse Hébraïque, écrite d'un point de vue opposé, comme Max Heindel l'a commenté une fois, a , en fait, donné la même interprétation lorsqu'elle dit que "Adam connut Eve, et qu'elle porta Caïn"; Adam connut Eve, et elle porta Seth"; identifiant ainsi clairement la génération avec l'Arbre de la Connaissance, alors que les Gnostiques et les Manichéens donnaient cette signification à l'Arbre de Vie.

Comme dans Pistis-Sophia, un long dialogue entre Jean et le Christ est donné, couvrant de nombreux sujets d'intérêt spirituel. L'Apocryphe montre qu'il y a un véritable Esprit, qui est Au-dessus, et un Esprit Contrefait (qui imite Le Véritable) qui est en-dessous, dans l'espace inférieur. Le Salut est libéré de la "caverne de perversité" dans laquelle l'homme est emprisonné, et où il passe tous ses jours regardant les ombres. (Comparez avec le Mythe Platonique de la Grotte dans la République, Livre VII).

Il y a une guerre constante entre le Véritable Esprit et l'Esprit Contrefait revendiquant pour les âmes de l'humanité. C'est le Démiurge qui envoie ses anges en bas pour séduire les filles des hommes à chaque fois qu'elles montrent quelque inclination à s'élever des cavernes de perversité, leur enseignant les soi-disant bonnes choses de la terre, leur donnant la santé matérielle, le bonheur, et le pouvoir; leur enseignant les arts, les habiletés, et les sciences du monde physique.

Mais la Grande Mère n'oublie jamais, et elle survole encore, aller et retour, sur l'abysse du temps et de l'espace, cherchant à sauver ses enfants. Elle va vers Adam pour l'éveiller de son sommeil dans les ténèbres, lui disant :

Je suis la richesse de la Lumière

Je suis la mémoire de la Plénitude (de l'Esprit)

Je marchai dans les profondeurs des Ténèbres

Et je persévérai jusqu'à ce que j'atteigne le milieu de la prison, vers la fondation du Chaos…

Je pénétrai dans le cœur de la prison, c'est à dire, la prison du corps

Et je dis 'Que celui qui entend s'éveille du lourd sommeil!'

Et Adam s'éveilla…disant, "Qui a appelé mon nom?'

Et l'Esprit répond : 'Je suis la Pensée de l'Esprit Vierge

Qui te ré-établit dans les royaumes de gloire.

Lève-toi, et souviens-toi que C'EST TOI- MÊME QUE TU AS ENTENDU

Et retourne vers ta racine!

Car je suis Le Miséricordieux.

Abrite-toi des anges de destruction, des démons du Chaos,

Et de tout ce qui te gêne, et élève-toi du lourd sommeil de la demeure infernale'.

L'étudiant Gnostique français Jean Doresse qu'il n'est pas toujours clair de savoir qui parle, si c'est le Sauveur, ou la Reine Vierge des Anges; et il dit que sans doute ceci insiste sur l'histoire du Christ ayant été mélangée à l'ancien mythe de la déesse Mère. La ressemblance au mythe Babylonien de la Descente d'Ishtar et du mythe Grec de Déméter cherchant Perséphone est évidente; pas pour mentionner l'Isis Egyptienne cherchant Osiris. Le poète a fait un effort, apparemment pour construire un mythe parmi de nombreux, une allégorie éclectique, universaliste, acceptable aux anciens peuples, incluant les Juifs.

Le texte utilisé par les Manichéens médiévaux en Europe peut avoir été une version éditée par Mani ou ses disciples.

Puisque Doresse n'est pas un mystique ou un occultiste, et puisqu'il interprète ces textes avec un littéralisme qui est déplorable, nous ne pouvons prendre sa parole pour la substance véritable de l'Apocryphe de jean. Il n'est pas réellement intéressé, sauf comme un vivisecteur est intéressé en découpant un animal dans un laboratoire; et c'est uniquement lorsque nous prenons en sympathie ces anciens livres dans nos consciences, en méditation et contemplation, utilisant l'imagination poétique, que nous pouvons entrer dans l'esprit en lequel ils furent écrits et ainsi en arriver à une sorte de compréhension de ces textes. 

  

Source : http://rosae-crucis.pagesperso-orange.fr/chantal/bible/le_livre_secret_1.htm

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Messe gnostique de Saint Jean

14 Octobre 2012 , Rédigé par Tau Jonas Publié dans #spiritualité

Sur l’autel, recouvert d’une nappe blanche, se trouvent trois bougies allumées, la patène contenant le pain et le calice contenant un mélange de vin et d’eau. Le calice et la patène sont recouverts d’un voile blanc. (NB : On veillera à ne pas avoir plus de pain que de participants. Ce pourra être soit du pain levé soit des hosties.)

Les fidèles se mettent en cercle devant l’autel et se tiennent par la main. Le célébrant, revêtu de l’étole, se tient au milieu du cercle et traçant le Tau, il dit : « Au nom du Père Inconnu, du Logos Monogène et de l’Esprit Paraclet ! »

Tous : Amen !

Le célébrant lit (ou chante) l’Hymne du Sauveur, à laquelle les participants répondent par l’Amen.

Hymne du Seigneur

Gloire à toi, Père !

Gloire à toi, Logos !

Gloire à toi, Grâce ! Amen !

Gloire à toi, Esprit !

Gloire à toi, Saint !

Gloire à ta gloire ! Amen !

Nous te louons, Père !

Nous te rendons grâces, Lumière dans laquelle les ténèbres n’habitent pas ! Amen !

Voilà pourquoi nous rendons grâces !

Je veux être sauvé et je veux sauver. Amen !

Je veux être délivré et je veux délivrer. Amen !

Je veux être blessé et je veux blesser. Amen !

Je veux être engendré et je veux engendrer. Amen !

Je veux manger et je veux être mangé. Amen !

Je veux écouter et je veux être écouté. Amen !

Je veux être compris par l’intelligence, moi qui suis tout entier intelligence. Amen !

Je veux être lavé et je veux laver. Amen !

La Grâce danse !

Je veux jouer de la flûte, dansez tous. Amen !

Je veux jouer une complainte, frappez-vous tous la poitrine. Amen !

L’Ogdoade chante avec nous. Amen !

La Dodécade danse en haut. Amen !

Au Tout il appartient de danser en haut. Amen !

Celui qui ne danse pas ignore ce qui se passe. Amen !

Je veux fuir et je veux rester. Amen !

Je veux mettre en ordre et je veux être mis en ordre. Amen !

Je veux être unifié et je veux unifier. Amen !

Je n’ai pas de maisons et j’ai des maisons. Amen !

Je n’ai pas de lieux et j’ai des lieux. Amen !

Je n’ai pas de temples et j’ai des temples. Amen !

Je suis une lampe pour toi qui me regardes emdash Amen !

Je suis un miroir pour toi qui me comprends. Amen !

Je suis une porte pour toi qui frappes à moi. Amen !

Je suis un chemin pour toi, le passant. Amen !

En répondant à ma danse, vois-toi en moi qui parle, et voyant ce que je fais, garde le silence sur mes mystères.

Toi qui danses, comprend ce que je fais, car elle est tienne, cette souffrance de l’Homme que je dois endurer.

En effet tu ne pourrais absolument pas comprendre ce que tu souffres si je n’avais pas été envoyé pour toi comme Logos par le Père.

Toi qui as vu ce je fais, tu m’as vu comme souffrant et l’ayant vu, tu n’es pas resté immobile, mais tu as été tout entier mis en mouvement.

Ayant été mis en mouvement, tu as connu ton ignorance ; mais tu possèdes en moi un lit pour t’étendre.

Repose-toi sur moi.

Qui je suis, tu le sauras quand je m’en irai.

Tel qu’on me voit maintenant, je ne suis pas.

Ce que je suis, tu le verras quand tu viendras.

Si tu connaissais la souffrance, tu posséderais l’absence de souffrance.

Connais la souffrance et tu posséderas l’absence de souffrance.

Ce que tu ne connais pas, je te l’enseignerai.

Je suis ton Dieu, non celui du traître.

Je veux que les âmes saintes soient mises en harmonie avec moi.

Connais le discours de la sagesse.

À nouveau, dis-moi :

Gloire à toi, Père !

Gloire à toi, Logos !

Gloire à toi, Esprit !

Ce qui est mien, si tu veux vraiment le connaître, voici :

Par le Logos je me suis joué en toutes choses et je n’ai en rien connu la honte.

Moi j’ai dansé ; toi, comprends tout cela et l’ayant compris, dis :

Gloire à toi, Père !

Gloire à toi, Logos !

Gloire à toi, Esprit ! Amen !

Les participants se lâchent les mains ; ils ouvrent le cercle du côté de l’autel. Le célébrant se tourne vers l’autel, s’incline avant de prendre le livre dans lequel se fera la lecture. Il se tourne vers les participants pour lire.

Lecture

Mes bien-aimés, écoutez ces enseignements de la gnose :

« Dans le Principe était le Logos, et le Logos était tourné vers Dieu, et le Logos était Dieu. Il était dans le Principe tourné vers Dieu. Tout fut par lui et sans lui, rien ne fut de ce qui est. En lui était la Vie, et la Vie était la Lumière des Hommes. Et le Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point comprise. Il était la Lumière véritable qui éclaire tout Homme venant en ce monde. Il était dans le monde et le monde fut par lui, et le monde ne l’a pas connu. Il est venu vers les siens et les siens ne l’ont pas reçu. Mais à ceux qui l’ont reçu, à ceux qui ont cru en son nom, il a donné le pouvoir de devenir Enfants de Dieu ; ceux-là ne sont pas nés du sang ni de la volonté de la chair ni de la volonté d’un homme, mais ils sont nés de Dieu.

Et le Logos est devenu chair et il a planté sa tente parmi nous et il a révélé sa Gloire, comme celle du Monogène qu’il tient du Père, pleine de Grâce et de Vérité. De son Plérôme en effet nous avons tous reçu et Grâce sur Grâce.

La Loi nous a été donnée par Moise ; la Grâce et la Vérité nous sont venues par Jésus le Christ. Nul n’a jamais vu Dieu ; Dieu Monogène, qui est dans le sein du Père, lui nous l’a fait connaître. »

On peut aussi lire un autre texte johannique (un passage des Ch. 97 à 102 des Actes de Jean, ou un passage de l’Apocryphon de Jean, ou de l’Interrogatio Joannis ou valentinien (par ex. Évangile de Vérité).

Homélie et/ou méditation silencieuse

Liturgie eucharistique

Le célébrant se tourne vers l’autel, il s’incline et découvre la patène et le calice.

Prière eucharistique

Nous te rendons grâce et nous célébrons l’eucharistie, Père, au nom de ton Fils Jésus Christ,

pour tous tes enfants dispersés dans le Kénôme : qu’ils quittent l’amertume du monde pour la douceur de Dieu, le charnel pour le spirituel, le physique pour l’angélique, le visible pour l’invisible, la créature pour le Plérôme, le monde pour l’Eon, l’esclavage pour l’état de fils,

et parviennent à la pleine connaissance de tes mystères. Éclaire leur intelligence, qu’ils accomplissent ta volonté par le Nom de Jésus le Christ ; et ils accompliront ta volonté, maintenant et toujours, étant parfaits en toute grâce et toute pureté.

Gloire à toi dans ton Fils et ton Monogène, Jésus le Christ, maintenant et toujours. Amen ! (Chant du Trishagion Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, prend pitié de nous !

Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, prend pitié de nous !

Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, prend pitié de nous !)

Prière de consécration

À genoux, mes bien-aimés !

Les fidèles s’agenouillent, tandis que le célébrant poursuit :

Quelle louange, quelle parole d’offrande, quelle Action de grâces pourrions-nous prononcer en rompant ce pain, sinon de te nommer, toi seul, JESUS ?

Il étend les mains sur le pain et le calice.

Nous glorifions ton nom de FILS qui a été dit par toi.

Nous te glorifions comme la PORTE qui donne l’accès !

Nous te glorifions comme la RESURRECTION révélée par toi pour nous !

Nous te glorifions comme le CHEMIN !

Nous te glorifions comme la SEMENCE, comme le LOGOS, la GRACE, la FOI, le SEL, la PERLE INDICIBLE, le TRESOR, la CHARRUE, le FILET, la GRANDEUR, le DIADEME, comme celui qui à cause de nous a été appelé FILS DE L‘HOMME, comme la VERITE, le REPOS, la CONNAISSANCE, la PUISSANCE, le COMMANDEMENT, la CONFIANCE, la LIBERTE, le REFUGE trouvé en toi !

Car tu es, Seigneur, la RACINE DE L’IMMORTALITE, la SOURCE DE L’INCORRUPTIBILITE et le FONDEMENT DES EONS, toi qui reçois tous ces noms à cause de nous afin qu’en usant d’eux pour t’appeler, nous connaissions ta grandeur, invisible pour nous dans le présent, mais visible seulement pour les purs, qui se forment dans ton Homme unique !

Il trace le Tau sur le pain, le rompt, l’élève et dit :

TOUTO ESTIN TO SOMA PEUMATIKON TOU CHRISTOU !

Il trace le Tau sur la coupe, l’élève et dit :

TOUTO ESTIN TO HAIMA PNEUMATIKON TOU CHRISTOU !

Communion

Prions ensemble :

« Notre Père qui es aux cieux

Que ton Nom soit sanctifié

Que ton Règne vienne

Que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel

Donne-nous aujourd’hui notre pain suressentiel

Remets-nous nos dettes comme nous les remettons aussi à nos débiteurs

Et ne nous soumets pas à l’illusion mais délivre-nous de l’Archonte.

Car c’est à toi qu’appartiennent le Règne, la Puissance et la Gloire, pour les Eons des Eons.

Amen »

Le célébrant poursuit :

« Venez les bénis de mon Père ! »

Tous se relèvent. Le célébrant donne du pain à chaque fidèle, disant à chacun :

« Reçois la paix, bien-aimé(e) du Père ! »

Il leur donne ensuite la coupe, en disant à chacun :

« Reçois la semence de Lumière, bien-aimé(e) du Père ! »

Il dit ensuite :

« Que moi aussi je reçoive avec vous la paix et la semence de lumière, bien-aimés ! »

Il communie à son tour. Il vide la coupe, et la recouvre, ainsi que la patène.

Prière d’Action de grâce

Rendons grâces au Seigneur !

Nous glorifions ton nom, qui nous détourne de l’égarement et de l’illusion cruelle !

Nous te glorifions, toi qui nous as fait voir de nos yeux ce que nous avons vu !

Nous rendons témoignage à ta bonté qui s’est révélée de diverses façons !

Nous louons, Seigneur, ton nom excellent qui a convaincu d’erreur ceux que tu as convaincus d’erreur !

Nous te rendons grâces, Seigneur Jésus-Christ, car nous avons confiance en ton amour qui est immuable !

Nous te rendons grâces, à toi qui as désiré que notre nature soit sauvée !

Nous te rendons grâces, à toi qui nous as donné la conviction irrécusable que tu es le seul Dieu, maintenant et toujours !

Nous, tes serviteurs à bon droit rassemblés et restaurés, nous te rendons grâces, ô Saint, toi qui règne dans le Plérôme, maintenant et toujours !

Tous : Amen !

Bénédiction

Le célébrant étend les bras sur les fidèles.

Le Christ Jésus soit avec vous pour toujours.

Si vous l’aimez avec pureté, vous posséderez, indéfectible, la communion avec lui.

Car lorsqu’il est aimé, il devance en amour ceux qui l’aiment !

La paix soit avec vous, bien-aimés, (il trace le Tau) au nom du Père Inconnu, du Logos Monogène et de l’Esprit Paraclet !

Tous : Amen !

 

Source : http://www.esoblogs.net/318/messe-gnostique-de-saint-jean/

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Johannisme

14 Octobre 2012 , Rédigé par Aug. Th. Publié dans #spiritualité

Un certain nombre de points sont à fixer tout d'abord.

DEFINITION ET DELIMITATION DU SUJET.

Que faut-il entendre par johannisme, ou théologie johannique? S'agirait-il pour nous d'exposer la pensée religieuse de l'apôtre Jean telle qu'elle s'exprime, disons, dans l'épître, dans le prologue de l'évangile, et, éventuellement, dans l'Apocalypse, en laissant le soin d'étudier l'évangile dans son ensemble à ceux qui ont pour mission de nous renseigner sur la carrière et la prédication de Jésus? Nous ne croyons pas à la possibilité d'une telle répartition. Il y a entre les écrits du groupe johannique, et tout particulièrement entre l'évangile et l'ép., une parenté si étroite, pour le fond comme pour la forme, qu'il faut les traiter comme un tout et y voir les documents d'une pensée qui, si fortement qu'elle ait été influencée par Jésus, n'en a pas moins conservé ses caractères propres et son originalité. Il est certain, d'autre part, que cette pensée s'allie à bien des éléments qui ne sont pas de la création de l'apôtre; le johannisme, comme le paulinisme et l'Évangile lui-même, est né sur le terrain du judaïsme et en a gardé les croyances; aussi, dans l'exposé qui va suivre, n'aurons-nous pas à nous préoccuper de relever toutes les affirmations doctrinales qui peuvent se rencontrer sous la plume de l'apôtre, mais seulement celles qui lui sont particulières ou qu'il a marquées de son empreinte personnelle.

NOS SOURCES.

Le groupe des écrits johanniques, tel que la tradition l'a constitué, comprend l'évangile, les trois ép. désignées sous les noms de 1, 2 et 3_Jean, et l'Apocalypse. Nous n'aurons guère à tenir compte de 2 et 3_Jean, qui sont de simples billets et qui, malgré leur incontestable intérêt historique, n'ajoutent rien d'essentiel à la connaissance que nous avons de la pensée de l'apôtre. Mais ferons-nous usage de l'Apocalypse? On sait (voir art. spécial sur ce livre) que l'unanimité complète à son sujet ne se fit qu'assez tardivement dans
l'ancienne Église et que, parmi les savants modernes, un grand nombre estiment que cet ouvrage est si différent de l'évangile et de l'épître et s'inspire de préoccupations qui leur sont si manifestement étrangères qu'il est impossible de l'attribuer au même auteur. Nous serions assez porté à penser que des liens plus nombreux qu'on ne le dit communément unissent ces divers écrits; qu'ils s'adressent au même groupe d'Églises; (cf. Ap 1-3) qu'ils emploient les mêmes expressions caractéristiques du vocabulaire johannique; qu'on y
perçoit la même tendance à relever partout les traces de la lutte tant de fois séculaire qui met aux prises le bien et le mal, la foi et l'incrédulité, la lumière et les ténèbres, l'Église et le monde, Dieu et Satan; et que, s'il n'est pas absolument certain qu'ils soient de la même main, il y a des raisons sérieuses d'estimer qu'ils ont vu le jour dans le même milieu et appartiennent à la même famille spirituelle. Il faut pourtant bien convenir que le caractère très spécial de l'Apoc, empêche d'amalgamer ses tableaux aux récits de l'évangile et aux exhortations de l'ép., et qu'il est indiqué de l'étudier pour elle-même. Sans nous interdire d'avance toute allusion à ce livre énigmatique, c'est donc  avant tout à l'évangile et à l'épître que nous emprunterons les éléments principaux de notre exposé.

INTERPRETATION DU LANGAGE JOHANNIQUE.

Nous croyons utile de rappeler dès le seuil de notre étude que la tournure d'esprit très particulière de l'apôtre Jean impose certaines précautions à celui qui entreprend de lui servir d'interprète. Ce serait certainement faire fausse route que d'étudier la pensée de Jean en usant des mêmes méthodes exégétiques que pour la pensée de Paul. Paul était un logicien; ses idées se distinguent nettement les unes des autres et en même temps s'enchaînent par un lien toujours apparent, sinon toujours très solide; aussi peut-on être certain,
lorsque l'on trouve sous sa plume une énumération telle que celle de 1Co 1:30, que l'analyse grammaticale du passage en donnera la clé; la disposition des mots dans le texte original et les conjonctions qui les relient avertissent d'emblée le lecteur qu'il a d'abord sous les yeux une affirmation générale: Christ devenu notre sagesse, puis que cette affirmation est reprise et justifiée par les trois termes suivants: justice, sanctification et rédemption, qui introduisent chacun une idée précise, différente de celle qui précède aussi bien que de celle qui suit. Autre est la mentalité johannique. Jean est un contemplatif et un intuitif; il ne procède pas par déductions, mais par affirmations; et ses affirmations se superposent plutôt qu'elles ne se succèdent; elles se reproduisent tantôt d'une façon pure et simple et tantôt avec l'adjonction de quelque élément nouveau, grâce auquel le deuxième terme, tout en recouvrant le premier, le dépasse d'un côté ou de l'autre. Il faudra par conséquent se garder, soit dans l'interprétation exégétique, soit dans le traitement homilétique d'un texte de Jean, de tenir ses distinctions
verbales pour des distinctions réelles; la déclaration de Jn 14:6: «Je suis le chemin, la vérité et la vie» a un tout autre caractère que l'énumération paulinienne rappelée plus haut, et ce serait se fatiguer inutilement l'esprit que de vouloir découvrir à tout prix une progression logique de l'un à l'autre de ces termes. Il serait tout aussi vain, pensons-nous, de chercher dans les écrits de
Jean les éléments d'un système que l'on s'appliquerait ensuite à reconstruire à grand renfort de «car» et de «donc». Attendons-nous plutôt à y trouver un certain nombre d'intuitions fondamentales ou, si l'on préfère, d'expériences, dont l'ensemble constitue moins une démonstration qu'un témoignage et qui ont pour but, comme elles ont pour effet, de déterminer chez le lecteur l'attitude de la foi plutôt que de répondre à ses besoins intellectuels. Nous ne pouvons nous défendre de l'impression que ces ouvrages, où l'on a découvert
parfois tant de métaphysique et de théologie, ont un caractère beaucoup plus pratique et plus directement religieux qu'on ne le croit généralement.

DIVISION DE NOTRE EXPOSE.

Elle nous sera fournie par l'apôtre lui-même qui, dans la conclusion de l'évangile, formule en ces termes les raisons qui l'ont déterminé à prendre la plume: «Ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom» (Jn 20:31). Nous avons tout lieu de croire, en effet, que ces quelques mots ne sont pas  seulement le résumé de l'évangile mais celui de la prédication tout entière de l'apôtre; cette prédication ou, mieux encore, ce témoignage avait pour but de mettre en lumière:
(a) le caractère divin de la personne et de la mission de Jésus,
(b) la certitude du salut qu'il apporte, sous la forme de la vie éternelle, à ceux qui croient en lui. La personne et l'oeuvre de Christ, tels sont les sujets sur lesquels nous aurons à fixer notre attention.
I LA PERSONNE DU SAUVEUR.
Nous aurons à distinguer ici entre le témoignage que Jésus se rend à lui-même dans les discours rapportés par l'évangéliste et le témoignage qui lui est rendu par son disciple dans l'évangile et dans l'épître.
1. Le témoignage que Jésus se rend à lui-même. On constate à première vue, en lisant le 4 e évangile, que les discours qu'il renferme, loin de posséder la même variété et la même richesse que les propos rapportés par les Synoptiques, roulent sur un unique sujet; quelle que soit l'occasion qui les fait naître, ces discours ou ces discussions n'ont qu'un thème, et ce thème c'est le témoignage que Jésus se rend à lui-même. Cherchons donc à en recueillir les
éléments principaux:
A. L'ENVOYE DE DIEU. Ce qui frappe en premier lieu le lecteur de l'évangile, c'est l'insistance avec laquelle Jésus s'y donne pour un homme revêtu d'une mission divine. Assurément, il n'y a pas, sur ce point, contradiction entre les Synoptiques et Jean. Le Christ des Synoptiques possède à un haut degré la certitude d'agir au nom de Dieu et il n'hésite pas à exercer des droits que tous, autour de lui, regardaient comme des prérogatives divines; (cf. Mr 2:10,Mt
10:40,Lu 10:16) mais tandis que les déclarations de ce genre sont plutôt rares chez les Synoptiques, il est à peine exagéré de dire que, chez Jean, on les trouve pour ainsi dire à chaque page. Inutile de rappeler tous les p assages où se rencontre la locution: Celuiqui m'a envoyé ou une expression analogue; voir les ch. 5, 6, 7, 8, 12, 14, 17 et spécialement ce dernier, où l'idée de l'envoi de Jésus par le Père alterne avec celles de son prochain retour dans la gloire (verset 5) et de l'envoi de ses propres disciples (verset 18). Cette certitude que Jésus possède d'être un envoyé de Dieu est pour lui un soutien et un stimulant; un soutien, parce que tant qu'il fait l'oeuvre pour laquelle il a été envoyé, il est à l'abri de tout danger (Jn 11:9), et un stimulant, parce que tant qu'il est au monde il doit faire l'oeuvre de Celui qui l'a envoyé (Jn 9:4 et suivant). D'autre part, la mission qu'il avait reçue de Dieu aurait dû lui ouvrir l'accès des coeurs; il ne fait pas son oeuvre propre; il ne cherche pas sa propre gloire et, pour cette raison, il devrait être cru sur parole et cela d'autant plus que sa qualité d'envoyé divin, bien loin de n'être attestée que par ses déclarations personnelles, l'est par le quadruple témoignage:
de Jean-Baptiste, qui l'a présenté à ses disciples comme l'agneau de Dieu (Jn 1:29) et qui n'a pas hésité à s'effacer devant lui (Jn 3:25,36, cf. Jn 5:31-35);
de l'Écriture et principalement de Moïse, qui ont annoncé sa venue (Jn 5:39-47);
de Dieu même, qui a confirmé sa mission par les oeuvres qu'il lui a donné le pouvoir d'accomplir et qui sont précisément des signes qui devraient lever tous les doutes (Jn 5:37 10:38 etc.);
des coeurs droits, qui reconnaissent immédiatement dans sa parole un message d'En-haut (Jn 7:17).
B. LE CHRIST.
Bien qu'écrit en dehors de Palestine, après la ruine de Jérusalem et pour des lecteurs qui n'ont pas de raisons spéciales de s'intéresser aux espérances juives, le 4 e évang, tient à relever que Jésus est le Christ et qu'en sa personne les promesses de Dieu à son peuple ont trouvé leur plein accomplissement. L'évangile, nous l'avons vu, fut écrit précisément pour établir de façon absolument certaine que Jésus était le Christ (Jn 20:31). Alors que les Synoptiques nous montrent Jésus réprimant avec énergie toute proclamation intempestive de sa messianité (Mr 1:25) et, même après l'entretien solennel
de Césarée de Philippe, interdisant sévèrement à ses propres disciples de dire à personne qu'il fût le Christ (Mr 8:30), la messianité de Jésus, d'après Jean, est chose reconnue dès le début dans le groupe d'amis qui s'est formé autour de lui (Jn 1:41-45); et la Samaritaine a à peine mentionné le nom du Christ que
Jésus lui répond: «Je le suis, moi qui te parle» (Jn 4:26, cf. 9:37 10:24 et suivant). Il faut remarquer, d'autre part, que chez les Synoptiques l'attente messianique--et c'est précisément ce qui motive les réticences et les précautions de Jésus--est encore étroitement liée aux espérances de restauration politique de la nation juive, alors que le Messie, chez Jean, a cessé d'être un libérateur juif; il appartient à l'humanité et sa venue doit avoir pour effet d'abolir les privilèges religieux d'Israël (cf. Jn 2:19 4:21-24   Jn 12:20 et suivant). La tâche qui a été confiée à Jésus en tant que Christ n'est pas de glorifier ou d'affranchir une nation particulière; il est le don de Dieu à un monde mauvais, plongé dans les ténèbres du péché et de la corruption (Jn 3:16), et c'est vers lui qu'un jour se tourneront tous les regards (Jn 12:32).
Sa venue parmi nous est précisément la preuve suprême de l'amour de Dieu, non pour Israël seulement mais pour tous les hommes. Cette mission niverselle implique de toute nécessité l'existence d'un lien étroit et même unique entre Dieu et celui qui en est chargé; et ceci nous amène à considérer un troisième aspect sous lequel Jésus s'est présenté.
C. LE FILS DE L'HOMME ET LE FILS DE DIEU.
Jésus affirme l'existence du lien qui l'unit à Dieu et en indique la nature en appelant Dieu son Père et en se désignant lui-même comme le Fils de Dieu, ou même d'une façon plus absolue encore comme le Fils. Il faut noter à ce propos que, dans le 4 e évangile, le Père est ainsi nommé par rapport au Fils et non par rapport aux croyants ou à l'ensemble des êtres humains. Dans les Synoptiques,
Jésus, pour se désigner, lorsqu'il ne parle pas à la première personne, se sert de préférence de l'expression le Fils de l'homme. Ce titre n'est pas  inconnu de jean, qui le met plusieurs fois dans la bouche de Jésus (Jn 1:51 3:13 6:27,62 8:28 12:23 13:31). Plusieurs de ces passages impliquent, comme dans les
Synoptiques, un contraste entre la dignité du Fils de l'homme et sa situation présente; on sent très bien que ce titre, tout en mettant celui qui le porte en relation avec l'humanité, (cf. Jn 5:27: parce qu'il est fils d'homme) l'isole aussi du reste des hommes en lui donnant un nom qu'il est seul en droit de revendiquer. Le Fils de l'homme, chez Jean plus encore que chez les synoptiques, est un personnage qui domine notre race; son origine céleste est nettement affirmée: «Personne n'est monté au ciel, sinon celui qui est  descendu du ciel, le Fils de l'homme, qui est dans le ciel» (Jn 3:13), c'est-à-dire celui qui, tout en vivant ici-bas, reste en rapport avec sa patrie céleste et avec Celui qui l'a envoyé. Sur sa tête les cieux sont ouverts et les anges montent et descendent pour lui communiquer les choses d'En-haut (Jn 1:51); sa mission est de faire connaître aux hommes les mystères du plan divin, les choses célestes (Jn 3:12); il doit être «élevé» afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle (Jn 3:15); à l'abaissement auquel il s'est volontairement soumis succédera le retour dans la gloire qu'il a momentanément abandonnée; et ceux-là mêmes qui se scandalisent de ses prétentions et refusent de l'entendre davantage
le verront de leurs yeux monter où il était auparavant (Jn 6:62). Si ce titre de Fils de l'homme fait déjà ressortir le rang et la dignité uniques que Jésus revendique pour lui-même, c'est encore bien davantage le cas du titre de Fils de Dieu ou de Fils que Jésus se donne couramment. Les passages où ces termes se rencontrent sont si nombreux qu'il est superflu de les citer expressément. Deux ou trois de ces passages, où l'expression «le Fils de Dieu» est en apposition au mot Christ (Jn 11:27 20:31), pourraient faire penser qu'il
s'agit ici d'une appellation honorifique se rattachant à la fonction messianique. Mais un coup d'oeil jeté sur les nombreux versets où le nom du Christ n'est pas mentionné fait constater qu'en appelant Dieu son Père et en se disant lui-même le Fils ou le Fils de Dieu, Jésus entend bien se donner pour un être qu'un rapport unique unit à Dieu. Sans doute, c'est un rapport de subordination et de
dépendance (Jn 14:28); le Fils prie le Père et lui rend grâces, c'est le Père qui le dirige et lui montre d'heure en heure ce qu'il doit faire (Jn 5:19). Mais, d'autre part, le Fils est la révélation du Père (Jn 14:9,20,23,26); le Père a remis toutes
choses entre ses mains (Jn 13:3); et Jésus va jusqu'à dire: «Le Père et moi, nous sommes un» (Jn 10:30, cf. Jn 17:22). Il n'est guère possible de ramener cette unité, comme on tente assez souvent de le faire, à une unité morale, à une parfaite communion de vues et de volonté, comme si Jésus voulait simplement affirmer qu'entre Dieu et lui, il n'y a ni désaccord, ni obstacle. Ses paroles
vont incontestablement plus loin. Indépendamment de toutes ses autres
déclarations, il suffit de lire ses derniers entretiens avec ses disciples pour voir à quel point il réclame des siens une obéissance qui n'est due qu'à Dieu et promet une aide qu'il est au pouvoir de Dieu seul d'accorder. De plus, deux paroles au moins nous empêchent absolument de réduire la conscience de Jésus à la simple conviction de son unité religieuse et morale avec Dieu; ce sont celles dans lesquelles il affirme non seulement l'origine céleste de sa personne
et de sa mission, mais sa préexistence, sa présence auprès de Dieu antérieurement à toute histoire humaine et même à toute création: «Avant qu'Abraham fût, je suis» (Jn 8:58) et «Rends moi la gloire que j'avais auprès de toi avant que le monde fût» (Jn 17:5). Il est certain que, par ces déclarations, Jésus s'attribue, soit par rapport à Dieu, soit par rapport au monde, une place et un rôle uniques. Jamais aucun prophète de l'A.T., jamais aucun chrétien,
si convaincu fût-il d'avoir été dès l'éternité l'objet de l'élection divine, n'a tenu un langage approchant de celui que Jésus tient ici. Nous avons dans ces deux mots l'expression la plus haute de la conscience qu'il avait de la valeur unique de sa personne et de l'importance sans égale de sa mission.

2. Le témoignage de l'évangéliste.

Ce témoignage pourrait être recueilli tout au long de l'évangile. Mais comme l'évangéliste a tenu à exposer dès le prologue sa conception de la personne de Jésus et comme c'est là qu'il le fait de la façon la plus complète, c'est tout particulièrement à ce morceau que nous vouerons notre attention. Le prologue du 4 e évang, n'est pas, comme on le dit souvent, un fragment de pure théologie ou de philosophie religieuse, dans lequel l'auteur se livrerait à des
spéculations hasardées sur les origines métaphysiques de l'histoire qu'il s'apprête à raconter. Si on le prend dans son ensemble, on voit que c'est bien plutôt un témoignage, une sorte de profession de foi destinée à faciliter au lecteur l'intelligence des tableaux qui vont passer sous ses yeux. Il y a correspondance étroite entre le prologue et l'épilogue déjà cité (Jn 20:31) aussi bien qu'entre le prologue de l'évangile et le début de l'ép., dont le caractère
éminemment pratique ne saurait être contesté. (cf. 1Jn 1:1-4) Il est vrai qu'un lecteur moderne ne peut guère s'empêcher de relever dans ce morceau de lux sortes d'affirmations, les unes d'ordre directement religieux et ayant trait à l'expérience personnelle de l'auteur, les autres d'ordre théologique et rendant compte de l'impression que la personne de Jésus avait produite sur lui et sur
ses frères en la foi (voir verset 16: Nous avons tous reçu). Mais il paraît peu probable que l'écrivain lui-même eût admis pareille distinction, et il est évident qu'à ses yeux l'action de Jésus et l'explication qu'il en donne sont étroitement liées; cette explication n'était pas pour lui une simple conjecture, mais l'expression de la vérité même, et faisait partie intégrante de sa foi.
L'apôtre, pour exprimer ce que Jésus lui a apporté, fait usage de quatre termes, qui vont deux par deux, la vie et la lumière,  la grâce et la vérité (voir spécialement v. 4 et v. 17). Nous l'avons déjà dit, ce serait une erreur de chercher à distinguer nettement ces quatre notions; les deux formules ont le même sens et le second terme explique le premier bien plus qu'il n'y ajoute un
élément nouveau, et chacun de ces mots, même considéré isolément, exprime la réalité tout entière. En Jésus, donc, Jean a trouvé la vie, la vraie vie; c'est aussi le témoignage qu'il place dans la bouche de Pierre après la crise que provoqua le discours sur le pain de vie (Jn 6:68). Nous verrons plus tard ce qu'il entend par ce terme de vie ou de vie éternelle. Pour le moment, nous nous bornons à noter que, comme toute vie vient de Dieu, dire que Jésus nous apporte  la vie revient à affirmer que, par son moyen, nous entrons en rapport
avec Dieu; en lui et par lui, la grâce divine, la miséricorde divine s'est approchée de nous; s'il est en état de nous donner la vie, c'est qu'il est lui-même lumière et vérité et que nous trouvons en lui la révélation parfaite et définitive de Dieu. D'autres messagers divins, dont le prologue fait mention, Moïse, Jean-Baptiste, ont été des lumières, nous ont apporté certains dons de la grâce; mais la plénitude de la lumière et de la grâce ne se trouve qu'en celui que Jean appelle le Fils unique de Dieu: «Personne ne vit jamais Dieu; le
Fils unique, celui qui est dans le sein du Père, lui nous l'a fait connaître» (verset 18).
Un être céleste est donc apparu en la personne de Jésus. Nous serait-il possible de marquer le rapport qui l'unit à Dieu autrement que par cet  anthropomorphisme de Fils ou de Fils unique que nous venons de rappeler? Jean le fait en lui donnant dès la première ligne du prologue le nom grec de Logos. Ses deux affirmations cardinales à ce sujet sont celles-ci: «le Logos était au commencement...» (verset 1) et «le Logos est devenu chair» (verset 14). Que signifie ce terme énigmatique, et d'abord comment faut-il le traduire? Deux traductions sont possibles: la traduction traditionnelle de Parole ou de Verbe et la traduction plus philosophique de Raison. Le mot a les deux sens dans la langue grecque; mais la première traduction a pour elle toutes les vraisemblances; dans le N.T. tout entier, le terme logos n'a jamais d'autre sens que celui de mot ou de discours; puis, l'auteur du 4 e évang, (voir Jean, évangile de) est un Juif et un Juif palestinien, et l'on sait le rôle que joue dans l'A.T, et dans la théologie du judaïsme la notion de la parole de Dieu; enfin nous tenons pour évident qu'il y a analogie voulue entre le début de l'évangile et le premier chap, de la Genèse, où reviennent par huit fois ces mots: «Et Dieu dit...» Sans doute, il n'y a pas opposition ni même distinction très tranchée entre parole et raison; le  logos, en général, est ou bien la raison en activité et s'exprimant par le langage, ou bien la parole en tant que produit de la raison; suivant le contexte l'un des sens pourra prédominer, sans que l'autre soit complètement exclu; dans le cas qui nous occupe, nous estimons que c'est à bon droit que le sens de Parole a été généralement préféré.
En ce qui concerne cette Parole antérieurement à son incarnation, l'évangéliste affirme:
Sa divinité éternelle: «La Parole était au commencement, et la Parole était auprès de Dieu et la Parole était Dieu» (verset 1). On conteste parfois que les mots: au commencement, impliquent l'éternité de la Parole divine; le commencement, ici comme dans la Genèse, ne peut signifier, dit-on, que le commencement du monde, les origines du temps; mais il faut répondre que les trois était qui suivent ont une valeur descriptive plutôt que narrative, et que si dans la Genèse il s'agit bien d'un acte: Dieu créa, il s'agit ici d'un état: la Parole était. Elle était, elle existait quand toutes choses commencèrent, quand l'acte créateur se produisit. La Parole était non pas avec Dieu, comme disent nos
traductions, mais auprès de Dieu, vers Dieu (grec pros, terme qui n'implique ni l'immanence complète ni la distinction absolue, mais une distinction tendant à l'unité), distincte de Dieu, mais unie à lui.
Son activité dans la création. C'est par elle que s'est manifestée la volonté créatrice de Dieu: «Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle» (verset 2), allusion évidente à Ge 1, où chaque création nouvelle est introduite par un ordre de Dieu.

Ses fonctions révélatrices. C'est par elle que Dieu se fait connaître. La même Parole qui retentit à la création pour tirer le monde du néant se fait entendre dans le coeur de l'homme pour lui révéler Dieu. Elle était la lumière des hommes  (verset 4), et cette lumière a brillé et brille encore pour retirer
de leurs ténèbres les hommes, qui, malheureusement, refusent de l'accueillir (verset 6). Il ne nous est pas possible de dire avec précision comment l'évangéliste concevait l'existence auprès de Dieu de cette Parole distincte de lui et pourtant inséparable de lui; les termes auxquels la théologie eut recours pour exprimer cette relation: hypostase, personne, ne jettent aucune lumière sur le problème. Au reste, l'intention de l'évangéliste n'était pas de nous
renseigner sur l'existence prétemporelle de la Parole, mais de nous préparer au grand fait de son incarnation  «La Parole est devenue chair» (verset 14). L'expression nous paraît choisie pour écarter l'idée que, par l'incarnation, la Parole aurait changé de nature. C'est le même être qui a été actif dans la création et qui est apparu ici-bas, qui a fait sa demeure parmi nous. Cet être
est devenu chair; il est devenu visible; il a pris un corps; il a vécu temporairement sur la terre; mais c'est bien avec la Parole elle-même et non pas seulement avec un de ses agents que les témoins du Christ ont frayé; c'est elle qu'ils ont contemplée et qui les a fait naître à la vie d'En-haut. L'incarnation implique-t-elle, comme on le dit parfois, un appauvrissement de la Parole, une sorte de diminution à laquelle elle aurait consenti en venant parmi nous? Nous
ne le pensons pas. En tout cas rien, dans les expressions de l'apôtre, n'est de nature à nous le faire supposer. Pour nous en tenir au prologue, nous constatons que l'évangéliste, après avoir affirmé l'incarnation de la Parole, ajoute immédiatement: «Elle a habité parmi nous...pleine de grâce et de vérité» et, dans une sorte de parenthèse qui retarde la marche de la phrase: «Nous avons contemplé sa gloire, une gloire semblable à celle d'un fils unique
venant d'auprès de son père.» Cette gloire, invisible, sans doute, pour les incrédules, brillait de tout son éclat devant les yeux de la foi, qui n'eut aucune peine à la discerner. Le salut que nous apporte la Parole est un salut complet, parfait, définitif; en elle se trouve non pas seulement un rayonnement, mais la plénitude de la vie éternelle (verset 16). Il est vrai que, dans le cours de l'évangile, sa gloire, qui est identique à la connaissance de sa vraie nature, apparaît comme voilée et ne se révèle que progressivement aux yeux des disciples; il fallut la résurrection pour la leur révéler intégralement; néanmoins elle était là, dès le commencement, tout entière; même ici-bas, le Fils de l'homme continue à être celui qui est dans le ciel (Jn 3:13); le lien qui l'unit au Père est parfait (Jn 10:30 11:42 14:9 et suivant); si, à mainte reprise, Jésus parle de son élévation prochaine et de la glorification qui suivra (Jn 3:14 6:62 12:23,32 et surtout Jn 17:5), ce qui changera, ce sont ses rapports avec le monde et les dispositions du monde à son égard; la gloire qu'il va obtenir n'est pas une béatitude qui lui manquait encore, mais la pleine reconnaissance de ce qu'il est et n'a jamais cessé d'être.
D'où Jean a-t-il tiré sa conception du Logos? Est-ce un emprunt qu'il fait à la philosophie du temps, ou une notion biblique qu'il adapte à ses expériences et à ses convictions chrétiennes? Les défenseurs de l'authenticité du 4 e évang, se prononcent, dans la règle, pour la deuxième hypothèse, et les adversaires pour la première, ceux-ci étant généralement d'avis que c'est le philosophe juif Philon d'Alexandrie qui a fourni ce terme et la conception qui s'y rattache. C'est un problème difficile à trancher et sur lequel, vraisemblablement, les avis se partageront toujours. Il nous paraît en outre que c'est une question secondaire. Cette question n'aurait réellement de l'importance que s'il était prouvé que la notion introduite dans le prologue a réagi sur la façon dont l'auteur a rapporté les faits; si, par exemple, il mettait dans la bouche de Jésus des propos sur le Logos qu'il n'a certainement jamais tenus. Mais ce n'est en aucune façon le cas. Si forte que soit la différence entre les langages johannique et synoptique, il est
certain que les affirmations fondamentales sont très voisines et que de multiples analogies peuvent être relevées entre le témoignage que Jésus se rend à lui-même chez les Synoptiques et celui que Jean met dans sa bouche. Le terme Logos ne se trouve que dans le prologue de l'évangile, au début de l'épître (1Jn 1:1) et dans un passage de l' Apo (Ap 19:13). De plus, ceux-là mêmes qui admettent une certaine dépendance de l'évangile à l'égard de Philon sont obligés de reconnaître qu'il y a de notables différences entre les conceptions des deux écrivains. Il y a peu d'affinité entre le Dieu de Philon,
qui est le Dieu transcendant du judaïsme postérieur et du platonisme, et le Dieu Père du 4 e évang, dont la notion est si étroitement liée à l'A.T, et à l'enseignement de Jésus; peu d'affinité entre le Logos de Philon, qui est surtout la raison divine, principe immanent de l'être divin, et le Logos johannique, véritable personne, capable de s'incarner dans un être humain; peu d'affinité
entre l'intérêt cosmologique qui s'attache au Logos de Philon, et la mission avant tout révélatrice et rédemptrice assignée au  Logos du 4 e évangile; peu d'affinité enfin entre le caractère abstrait et philosophique du Logos de Philon, qui sert d'intermédiaire entre Dieu et le monde de la matière, et le rôle historique du Logos de Jean, descendu ici-bas pour répondre à l'espérance messianique. Ces différences tendraient à prouver que si Jean a emprunté quelque chose à Philon, c'est tout au plus le terme de Logos ; encore cet emprunt purement verbal n'est-il nullement établi. Pourquoi veut-on qu'il ait été impossible à un Juif palestinien de se servir de ce mot à moins qu'il n'ait subi une influence étrangère? Nous avons déjà signalé le rôle important que joue dans l'A.T, la notion de la parole de Dieu; on connaît, d'autre part, la tendance, perceptible déjà dans les Psaumes et dans les Proverbes, (cf. Pr 8:22-31) à personnifier certains attributs divins. Pourquoi Jean ne serait-il pas, lui aussi, entré dans cette voie? Et si l'on nous demandait ce qui aurait pu l'y engager, nous répondrions que les déclarations de Jésus, telles qu'elles étaient
gravées dans son souvenir et telles qu'il les a consignées dans l'évangile, peuvent parfaitement l'y avoir conduit.
II L'OEUVRE DU SAUVEUR.
La notion du salut qui, dans la théologie paulinienne, se ramène à celle de la justification, se traduit, dans la théologie johannique, par la notion de vie ou de vie éternelle. Quelle est la portée de ce terme? C'est ce que nous avons maintenant à déterminer en recherchant tout d'abord à quoi il s'oppose et quel est le mal auquel la vie éternelle doit porter remède.
1. Le monde sans Dieu.
Nous aurions pu dire tout simplement le monde (voir ce mot); car, dans le langage johannique, le monde est précisément ce qui s'oppose à Dieu, le royaume sur lequel Satan exerce sa domination. Que faut-il entendre par ce terme? Pas le monde matériel; il serait aussi inexact de dire que Jean fait de la matière le principe du mal que de prétendre que Paul voit dans le corps la source du péché; ni l'un ni l'autre ne peuvent être taxés de dualisme. Le monde, au sens johannique, c'est l'humanité; la chose ressort avec évidence des nombreux passages où il est question du péché du monde, du jugement
du monde et surtout de l'amour dont le monde a été l'objet de la part de Dieu; mais c'est l'humanité hostile à Dieu, asservie à Satan, travaillée, tourmentée, pervertie par les instincts mauvais dont l'anime celui qui la tient en son pouvoir et qui est appelé pour cette raison le prince de ce monde (Jn 14:30). Le monde,
dans la conception de Jean, n'est pas ce champ mélangé de bon grain et d'ivraie dont nous parle l'une des paraboles de Jésus; c'est un champ qui ne produit que de l'ivraie; tout, dans sa vie, procède d'un principe mauvais; il est tout entier au pouvoir du Malin (1Jn 5:19). Il résulte de ce fait qu'en plus d'un passage, sans que la notion primitive d'humanité soit totalement effacée, le terme monde devient synonyme de péché; être du monde signifie appartenir au royaume du mal, tout comme, chez Paul, marcher selon la chair signifie vivre dans le péché. Mais sommes-nous sûrs, avant d'aller plus loin, que lorsque Jean parle du péché, il prend ce terme dans le sens où il est généralement employé dans le reste du N.T.? Dans la Bible, le péché est présenté comme un acte de révolte ou tout au moins de désobéissance; il est défini comme la transgression de la loi et classé ainsi parmi les phénomènes d'ordre moral ou volontaire. Or on rencontre parfois l'assertion que, pour Jean, le péché est un fait de nature, qu'il réside dans notre incapacité de créatures,
appartenant à un ordre de choses passager et périssable, à nous élever à une vie supérieure, et qu'il n'impliquait aucune responsabilité spéciale jusqu'à la venue du Christ et à la résistance que les hommes lui ont opposée. «Si je n'étais pas venu et si je ne leur avais pas parlé, dit le Christ johannique, ils n'auraient pas de péché» (Jn 15:22). Il est certain que, pour Jean, le péché par
excellence est l'incrédulité, le refus de reconnaître en Jésus le Sauveur et de se soumettre à sa parole; c'est le péché auquel il n'y a pas de remède, parce qu'il consomme la rupture entre le pécheur et Dieu. Mais, précisément, d'où provient l'incrédulité? De ce que la lumière fait défaut? De ce que la révélation divine est entourée de tant d'obscurités qu'il est impossible aux âmes sincères de la discerner? Nullement. C'est même l'une des thèses principales de l'évangile que l'incrédulité des Juifs a des causes morales. Dieu a suffisamment rendu témoignage à son envoyé pour que celui-ci soit en droit de les rendre responsables de leur égarement (Jn 5:41-47). La venue de Jésus a, sans doute, provoqué une crise; mais, si elle a mis en lumière le péché, elle ne l'a pas créé; il était là et n'attendait que l'occasion de se manifester (Jn 3:19-21). Et si
nous demandons à Jean quel est le fond ou la nature intime de ce péché, il nous répond que pécher, c'est se vouloir soi-même, c'est rechercher sa propre gloire (Jn 5:44), c'est se laisser entraîner par ses propres convoitises (1Jn 2:16), c'est surtout refuser d'aimer ses frères. En péchant, on se met sous le joug du
diable, dont on accomplit la volonté (Jn 8:44); d'où il résulte que le pécheur se sépare de Dieu; il vit dans les ténèbres,  c'est-à-dire qu'il est privé de la vraie connaissance de Dieu; il vit dans le mensonge, c'est-à-dire dans ce qui trompe, qui séduit et qui passe; pécher, c'est donc se condamner à périr. Monde, péché, condamnation, ténèbres, mensonge, mort, autant de termes qui
s'appellent et qui décrivent autant d'aspects de la vie sans Dieu.
2. La vie éternelle.
Connaissant l'état de l'homme sans Dieu, nous sommes à même de comprendre ce que Jean entend par le salut ou, pour nous servir de sa
propre expression, par la vie éternelle. Ce terme, si fréquent sous sa plume, se rencontre aussi chez les Synoptiques, où il est également synonyme de salut. Demander ce qu'il faut faire pour être sauvé ou pour hériter la vie éternelle revient exactement au même. Il y a toutefois cette différence entre les Synoptiques et Jean que lorsque les premiers emploient le terme de vie ou de vie éternelle, ils lui donnent régulièrement une portée eschatologique (Mt 18:8
19:16 25:46); la vie éternelle est la récompense de ceux qui auront servi le Christ avec fidélité. Cet aspect de la vie éternelle n'est pas inconnu de Jean; l'évangile, sans y insister, annonce la résurrection (Jn 5:28 et suivant, cf. Jn 11:24 et suivant); l'épître rappelle à ses lecteurs que leur qualité d'enfants de Dieu, bien que réelle, n'éclate pas encore au grand jour (1Jn 3:2); néanmoins, ce qui caractérise très nettement l'enseignement johannique sur ce point, c'est qu'elle est un bien présent, dont les croyants sont dès maintenant en possession (Jn 3:36). En quoi consiste cette vie? Jean ne la définit nulle part; mais il n'est pas difficile de constater que ce qu'il entend par ce mot se rapproche beaucoup de ce que Paul appelle la rédemption, c-à-d, l'affranchissement des conséquences morales et religieuses, temporelles et éternelles du péché. Périr est dès à présent le sort auquel est condamné quiconque appartient au monde; «le monde passe, avec sa convoitise» (1Jn 2:17); la vie dont il se vante n'est qu'une illusion; la paix qu'il donne est une fausse paix (Jn 14:27); et celui qui lui appartient ne sait sur qui s'appuyer (Jn 6:68). Jésus, lui, donne la vie; d'abord la vie qui demeure, qui est au-dessus de tous les accidents et que la mort même ne peut interrompre (Jn 11:25); et c'est aussi la vraie vie, celle qui donne conscience d'avoir pris pied dans la réalité,
dans le «véritable» (1Jn 5:20); c'est la vie qui satisfait, qui ne laisse au fond du coeur aucun désir inassouvi; quiconque la connaît ne va plus chercher ailleurs ce qu'il possède désormais en abondance; en un mot, c'est la perfection du bonheur (Jn 4:13 et suivant). Cette vie est une force; celui qui l'a reçue se sent
supérieur au monde; il a vaincu le Malin (1Jn 5:18); bien plus, il devient à son tour générateur de vie; il exerce sur ceux qui l'entourent une action qui les arrache au monde et les met en contact avec la vie: «Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein».--Mais (Jn 7:38) cette vie, d'où vient-elle? Qu'est-ce qui l'engendre en nous? Jean répond à cette question en identifiant la vie et la lumière (Jn 1:4). Or, la lumière, c'est la vraie connaissance de Dieu; celui qui est né de Dieu et qui, par conséquent, vit, c'est celui qui connaît Dieu (Jn 17:3). De quelle connaissance s'agit-il ici? Évidemment
pas d'une connaissance purement intellectuelle; il ne suffit pas, pour vivre, d'avoir une notion correcte de Dieu et de savoir que Jésus est venu de sa part. Le mot connaître est employé ici dans son acception hébraïque; c'est la connaissance pratique, résultant non d'un enseignement mais d'une relation personnelle. Connaître Dieu, dans le langage des prophètes, c'est l'avoir rencontré et, surtout, c'est lui obéir. De même, dans le langage johannique, connaître Dieu, c'est avoir cru à son amour et faire sa volonté. Vivre revient ainsi à aimer Dieu et à garder ses commandements; quiconque en est là est
sorti définitivement des ténèbres et a échappé à la puissance de la mort. Enfin, cette vie, qu'est-elle dans sa réalisation pratique? Ne serait-elle qu'un sentiment indéfinissable de bien-être et de joie procédant de la certitude de l'amour de Dieu? Comme elle est née de l'amour, elle se réalise et se manifeste dans l'amour. Jésus, chez Jean, fait de l'amour la marque distinctive de ceux qui lui appartiennent (Jn 13:35), et l'épître nous rappelle que «nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères» (1Jn 3:14 4:7). Il résulte de là que, comme nous avons pu établir une sorte d'équivalence entre les termes monde, péché, ténèbres, haine, mort, les termes vérité, lumière, amour, vie, sans être absolument synonymes, sont étroitement liés et décrivent le salut dans sa cause objective (lumière), dans sa réalisation subjective (vie), dans sa manifestation et ses effets (amour). Il
nous reste à voir comment ce salut est l'oeuvre du Fils de Dieu et par quel moyen nous nous l'approprions.
3. L'oeuvre du Christ.
Pour saint Paul, toute l'oeuvre du Christ se concentre dans sa mort et sa résurrection; la prédication de l'apôtre a pour but unique de présenter la croix et de tourner les regards de ses auditeurs vers le Christ crucifié. Ce point de vue, qui fut celui de toute l'Église primitive, est loin d'être étranger à Jean qui, en maint passage, fait allusion à l'oeuvre rédemptrice du Christ et à sa mort
expiatoire. Jésus est désigné aux disciples de Jean-Baptiste comme «l'Agneau qui ôte le péché du monde» (Jn 1:29), et l'épître nous rappelle que si quelqu'un vient à tomber en faute, nous avons auprès du Père un intercesseur en la personne de Jésus, «qui est une victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais pour ceux du monde entier» (1Jn 2:2, cf. 1Jn 4:10 5:6). Néanmoins, ce n'est point sous cet. aspect que l'oeuvre du Christ est
présentée en général dans les deux écrits qui servent de base à la présente étude. Dans la prière sacerdotale, Jésus s'exprime en ces termes: «J'ai achevé l'oeuvre que tu m'as donnée à faire» (Jn 17:4); il résulte de ce passage, comme, du reste, de l'ensemble de la prière que, dans la conception johannique, c'est le ministère de Jésus, ministère qui se poursuit aujourd'hui par l'intermédiaire de
l'Esprit (Jn 14:15-21,28 16:12-16); qui constitue son œuvre propre; sa mort, heure douloureuse, qui marque le point culminant de sa carrière terrestre (Jn 12:23,28), ouvre en même temps une nouvelle phase de son existence; c'est le point de départ de son élévation, la condition et le commencement de sa glorification. En quoi donc,a consisté son oeuvre? Elle n'est définie nulle part
plus clairement que dans la prière sacerdotale et notamment dans ce mot: «J'ai fait connaître ton nom aux hommes que tu m'as donnés du milieu du monde» (Jn 17:6). C'est là le point essentiel. Christ est le Sauveur, celui qui donne la vie éternelle, parce qu'il apporte ou, mieux encore, qu'il est lui-même la parfaite révélation de Dieu. Sa tâche fut de vivre en qualité de Fils de Dieu parmi les hommes, afin qu'en le contemplant, ils en vinssent à connaître Dieu lui-même,
dans son amour insondable et sa volonté sainte. L'envoi du Fils couronne et achève toutes les révélations de Dieu; la série des prophètes, de Moïse à Jean-Baptiste, lui a frayé la voie; tous furent d'authentiques messagers de Dieu; tous furent éclairés d'une lumière divine dont le rayonnement guidait ceux qui consentaient à les suivre. Il est, lui, la lumière, la vérité; lui seul peut dire:
«Je suis le chemin, la vérité et la vie» (Jn 14:6) parce qu'en lui seul Dieu s'est révélé dans la plénitude de sa grâce et de sa miséricorde; ses disciples ont trouvé en lui le seul berger véritable; il a été pour eux la porte, qui les a introduits dans le vrai bercail, où ils sont désormais en sécurité (Jn 10);
c'est lui qui, en leur manifestant le Père, a fait d'eux tous des enfants de Dieu (1Jn 3:1). Il se trouve que, par cette oeuvre, Jésus a opéré parmi les hommes un jugement ou un triage que certains passages présentent comme le but même de sa venue (Jn 9:39); ceux qui sont «de Dieu» ou «de la vérité» ont immédiatement reconnu sa voix; ceux qui sont «du monde» n'ont ni pu, ni voulu le reconnaître. Pour les premiers, il a été un libérateur; la vérité
qu'il leur a fait connaître les a affranchis (Jn 8:30 et suivants), les a dégagés de l'influence de ce monde, qui ne peut plus ni les séduire par ses plaisirs trompeurs, ni les effrayer par ses menaces et ses mauvais traitements (Jn 16:33). Quant à ceux qui sont «du monde», leur attitude à l'égard de Jésus est leur propre condamnation; en demeurant incrédules, ils montrent ce qu'ils sont et à qui ils appartiennent; ils sont les serviteurs ou les fils de celui qui est appelé le père du mensonge ou de l'opposition à Dieu, et leur châtiment est de rester ce qu'ils sont, de demeurer dans l'esclavage, attachés à ce qui périt pour périr eux-mêmes avec ce qu'ils ont recherché. Tel est aussi, d'après les ch. 13 à 16 de l'évangile, la double activité de l'Esprit qui, après le départ de Jésus, continuera son oeuvre ici-bas, affermissant les disciples, leur remettant en
mémoire les choses que Jésus leur avait annoncées, leur en enseignant même de nouvelles, les rendant capables d'accomplir des œuvres encore plus grandes que les siennes et, d'autre part, jugeant le monde et mettant en lumière sa condamnation.
Dans cette oeuvre, la mort de Jésus ne joue pas un rôle distinct de celui de sa vie; avant même de les quitter, Jésus pouvait dire à ses disciples: «Vous êtes déjà nets, à cause de la parole que je vous ai annoncée» (Jn 15:3, cf. Jn 13:10). Néanmoins, nous l'avons dit, la mort de Jésus est fréquemment relevée dans l'évangile et l'épître; plus clairement que chez les Synoptiques, on voit dans
l'évangile que Jésus y marchait consciemment dès le début de son ministère, mais elle est présentée sous un autre jour que dans le reste du N.T. D'une part, la croix est présentée comme une sorte de piédestal, qui, en élevant le Fils de l'homme, augmentera son pouvoir d'attraction. A cette hauteur où ses adversaires l'auront hissé, tout oeil le verra; l'humanité tout entière dirigera ses
regards vers lui et, dans sa mort même, à la fois si pleine de soumission à la volonté de Dieu et si royale, les hommes, enfin convaincus, reconnaîtront le Fils de Dieu (Jn 3:14 12:24-32). D'autre part, la mort de Jésus est pour les disciples la confirmation suprême de l'amour que leur maître leur portait. Pour les sauver, celui qui avait déjà consenti à prendre vis-à-vis d'eux l'attitude de
l'esclave et à leur laver les pieds, acceptera la mort ignominieuse de la croix; berger fidèle au troupeau dont la garde lui a été confiée, il combattra jusqu'à la mort pour le salut de ses brebis (Jn 10).
Telle est l'oeuvre de Jésus. Comment nous atteint-elle et par quel moyen nous l'approprions-nous? La réponse de Jean est identique à celle de Paul: par la foi. Le salut est un don gratuit de l'amour de Dieu et nous ne pouvons que l'accepter avec confiance et reconnaissance. Il y a cependant une nuance entre la conception johannique et la conception paulinienne de la foi. Pour Jean, la foi est tout d'abord l'intelligence ou l'intuition de la vraie nature de Jésus; croire en lui, c'est reconnaître en lui le Fils de Dieu et prendre vis-à-vis de lui l'attitude qu'entraîne une telle découverte. Pour Paul, la foi est avant tout confiance en Jésus et acceptation de l'oeuvre de réconciliation qu'il a accomplie en notre faveur. Mais il est évident qu'il n'y a pas opposition entre ces deux conceptions, dont la différence tient à la façon dont le salut s'était présenté à l'un et à l'autre; il faut même dire qu'elles sont une dans le fond,
puisque la foi, chez Paul et chez Jean, a le même objet et porte les mêmes fruits; chez Jean, la foi, née de la contemplation du Christ, se traduit d'elle-même en amour (voir ce mot), et Paul, après avoir insisté sans se lasser sur la pleine suffisance de la foi, n'en déclare pas moins avec l'accent le plus convaincu: «Quand j'aurais toute la foi, jusqu'à transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien» (1Co 13:2).

Source : http://456-bible.123-bible.com/westphal/2861.htm

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Logos

13 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Ce terme est employé d'une façon particulière dans le prologue de Jean (Jn 1:1,18), dans 1Jn 1:1 et dans Ap 19:13. Dans tous ces textes johanniques il désigne le Christ. Nous avons coutume de le traduire par «la Parole» ou «le Verbe». Cette dernière traduction a été choisie pour conserver au mot le genre masculin; mais la traduction «la Parole» rend mieux le sens du terme, sans cependant correspondre à toutes ses significations.
Les allusions dans 1Jn 1:1 et Ap 19:13 ne nous renseignent pas sur la signification de cette expression, si étonnante au premier abord. C'est que ces deux textes, en l'employant, présupposent soit la connaissance du prologue de Jean soit, tout au moins, la connaissance de la théorie visée par ce prologue. C'est donc dans celui-ci seul que nous pouvons nous
renseigner sur la signification exacte de l'identification de Jésus-Christ avec le Logos.
Or le prologue du 4° évang, s'y trouve à la place occupée dans Matthieu et Luc par les généalogies de Jésus et les récits de sa naissance, et incontestablement le rôle que le prologue doit jouer dans Jean est pareil à celui de ces récits dans Matthieu et dans Luc. Il doit montrer que Jésus-Christ, tout en n'étant pas un simple mortel, est né homme.
C'est ce que signifie dans le prologue la doctrine de l'incarnation. Le Logos en lui-même n'est pas homme, mais il a eu à un certain moment les marques distinctives de la nature humaine, c'est-à-dire le corps réellement charnel (Jn 1:14).
Mais qu'était ce Logos avant d'être fait chair? Le début du prologue (Jn 1:1) l'indique: «Au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu.» Être divin, le Logos a été fait homme. Le Christ a préexisté à son activité terrestre, en étant auprès de Dieu et en étant Dieu lui-même. Mais cette même idée, l'apôtre Paul et d'autres auteurs du N.T. l'ont exprimée sans se servir du terme: le Logos. Comment se fait-il que l'auteur de Jean le mette au début de son évangile? A quelles tendances de la pensée chrétienne de Jean ce terme répond-il?
La Parole de Dieu, non pas comme un être divin, personnel, mais comme expression de la volonté divine accomplit, d'après Ge 1, l'oeuvre de la création. Or, sans aucun doute, l'auteur de Jean en parlant du Logos songe à cette action créatrice de la parole divine.
C'est pourquoi son évangile commence par les mêmes mots que la traduction grecque de Ge 1. Et dans le verset 3 et le verset 10 du prologue l'auteur constate expressément que tout a été fait par le Logos.
Mais le Logos s'adresse en particulier aux hommes (Jn 1:9 et suivant). En effet, Dieu a parlé aux hommes par les prophètes et les autres envoyés divins de l'A.T. Il s'est révélé à ceux-ci par sa parole, adressée par ex. à Amos (Am 1:3,6 etc.) et à Osée (Os 1:1 4:1 etc.). La parole de Dieu n'est donc pas seulement créatrice, elle révèle aussi Dieu aux hommes. Comme la parole humaine, en exprimant un ordre, réussit souvent à faire exécuter la volonté de l'homme, et comme cette parole fait souvent connaître aux autres hommes la nature de celui qui l'a prononcée, ainsi c'est par sa parole que Dieu, d'après l'A.T., crée ce qu'il veut, et c'est par elle qu'il se révèle Enfin, au fond de la parole de l'homme nous percevons ses réflexions, l'exercice de sa raison. Aussi le terme de logos en grec signifie-t-il très souvent raison (cf. p. ex. le mot: logique). La parole de Dieu est donc en même temps l'expression de sa raison parfaite.

En affirmant que Jésus-Christ est le Logos, la parole divine, le prologue de Jean déclare:
que la création du monde est elle-même l'œuvre de Jésus-Christ et ne peut avoir un sens différent de celui de l'oeuvre rédemptrice du Sauveur;
que le Christ est la parfaite révélation de Dieu, et
que sa doctrine, l'enseignement chrétien, est l'expression de la raison divine qui est parfaite.
Mais toutes ces idées ne sont pas pour l'auteur du prologue des notions abstraites, elles sont toutes réalisées en la personne de Jésus-Christ. C'est lui qui a été le réalisateur des intentions du Dieu créateur, c'est lui qui a révélé Dieu et c'est lui qui aux yeux de tous les croyants présente la raison parfaite de Dieu. Le Logos de Dieu n'est pas une idée pure, il est lui-même une personne divine, le fils unique de Dieu qui s'est incarné en Jésus-Christ. Or, il va de soi que pour le prologue de Jean, Jésus-Christ a la même fonction essentielle que pour le christianisme primitif en général, qu'il est avant tout le Sauveur. De là cette antinomie apparente, d'ailleurs commune à tout le christianisme primitif, que Dieu est considéré à la
fois comme le créateur et le sauveur, qu'il a été l'auteur du monde sans que ce monde soit jusqu'à présent son royaume, que toutes les choses ont été faites par le Logos, qui, en venant dans le monde, entrait dans son domaine et qui tout de même n'y est point reçu par
les siens (Jn 1:11).
Le Logos, pour Jean, pouvait d'ailleurs être facilement considéré comme le Sauveur. Car d'après cet évangile les croyants sont sauvés par la révélation de la gloire divine, par l'apparition de la grâce de Dieu. Le Logos est plein de grâce et de vérité (Jn 1:14). Le
Logos a créé le monde, il a parlé par les prophètes, mais c'est en Jésus-Christ qu'il s'est incarné et c'est en lui qu'il donne aux croyants non une loi comme celle de Moïse, mais la grâce et la vérité (Jn 1:16 et suivant). Ce sont donc des tendances authentiquement chrétiennes qui s'affirment avec grande force dans le développement du prologue du 4 e évang, concernant le Logos. Jésus-Christ est véritablement issu du Dieu de l'A.T., du Dieu
Créateur; il n'en est pas un aspect passager, mais en lui Dieu a réalisé de toute éternité sa volonté créatrice et rédemptrice; en lui il s'est affirmé finalement dans toute sa splendeur par son oeuvre de salut qui comportait la descente du Logos dans la chair. D'autres
chrétiens des premiers temps n'insistèrent pas sur tous les points de vue développés dans cette doctrine du Logos, ils en mirent d'autres en avant, mais incontestablement c'était sa piété chrétienne qui amena l'auteur de Jean à voir en Jésus-Christ le Logos divin. Aussi
n'est-il pas étonnant de voir que l'identification de Jésus-Christ avec la Parole de Dieu fut accueillie par un assentiment très vif de la plupart des milieux chrétiens d'alors.
Dans ces conditions on pourrait croire à l'origine purement chrétienne de la notion du Logos et de son identification avec celui qui est venu sauver les hommes et leur apporter la révélation définitive de l'essence même de Dieu. Mais de très nombreux faits sont là pour prouver que cette notion a préexisté au christianisme et que dans son histoire préchrétienne elle a eu des significations plus ou moins rapprochées de celles que nous avons constatées dans la notion johannique.
Parmi les philosophes grecs un certain nombre ont insisté sur le caractère raisonnable que l'organisation de l'univers présentait à leurs yeux. C'était la raison qui dominait et gouvernait le monde. Or cette raison, le principe dominant du monde, avait été nommée le
Logos dès le V e siècle par Heraclite d'Éphèse. Et, à peu près deux siècles plus tard, l'importante école stoïcienne avait également employé ce nom pour désigner le principe divin de la raison qui d'après sa doctrine se manifestait dans toute la vie de l'univers. Il
est vrai que pour les Stoïciens cette puissance divine du Logos n'était pas séparée du monde, maïs qu'elle lui était immanente. Néanmoins la notion du Logos, principe divin de l'organisation du monde, était ainsi familière à la pensée grecque de longs siècles
avant l'apparition du Christ et la publication de l'évangile johannique. Et comme l'école stoïcienne a été la plus influente dans les derniers siècles ayant et les premiers siècles après notre ère, l'idée du Logos est restée connue dans les milieux qui s'intéressaient à la philosophie. Cependant, à elle seule cette notion philosophique du Logos principe du monde n'a que très peu de points de contact avec la notion johannique. Car celle-ci non
seulement présuppose la transcendance de Dieu, mais elle prête aussi à la divinité un caractère beaucoup plus personnel. Et puis, tout en insistant sur l'unité de Dieu et du Logos, elle distingue tout de même l'un de l'autre. Enfin elle n'a pas comme la notion stoïcienne
un aspect purement intellectuel, mais elle est bien plus spécifiquement religieuse.
Or la plupart des nuances qui distinguent la notion johannique de celle des philosophes grecs, nous les rencontrons déjà dans la spéculation religieuse du paganisme et du judaïsme préchrétiens. Les penseurs religieux du paganisme oriental, de l'Egypte surtout, mais aussi de la Babylonie, de l'Iran et de l'Asie Mineure, ont, en effet, cherché, en partie du moins, à donner à leurs spéculations un caractère plus général en identifiant leurs divinités, parfois si
spéciales, avec des notions générales que, du temps hellénistique, ils tiraient souvent des systèmes philosophiques de la Grèce. Ils donnaient cependant à ces notions une forte empreinte religieuse. Or, il semble que d'assez bonne heure la notion du Logos ait joué un rôle dans la pensée religieuse de certains théologiens égyptiens qui s'inspiraient à la fois de la philosophie stoïcienne et des systèmes religieux de leur pays. Chez ces penseurs le Logos désigne un dieu inférieur qui sert d'intermédiaire entre le dieu supérieur et les hommes auxquels il veut se révéler. Dans ces systèmes le Logos n'est donc pas uniquement la raison stoïcienne, il est surtout la parole divine. Car il est évident que l'idée si simple de la parole divine, manifestation et révélation de Dieu, n'était pas réservée à la seule
religion israélite, mais qu'elle se rencontrait aussi dans le monde païen. Cependant, nous ignorons si les théories concernant le dieu Logos ont été très répandues dans le monde païen à l'approche de notre ère.
Ce que nous ne savons pas davantage, c'est si le judaïsme palestinien avait lui aussi développé une doctrine de la parole divine qui pourrait en une certaine mesure avoir servi de point de départ à la doctrine johannique. Certes, dans la littérature religieuse du judaïsme palestinien et babylonien ultérieur, nous constatons l'usage fréquent de la formule: «La parole (metnra) de Dieu a fait ceci ou cela.» Mais d'abord il paraît douteux que cette formule soit autre chose qu'une façon déguisée de désigner Dieu lui-même. En effet, par crainte de prononcer le nom de Dieu, les Juifs depuis le temps de Jésus avaient coutume d'utiliser de nombreuses formules de ce genre (voir Ange de l'Eternel). Mais même
si la formule dont nous parlons ne provient pas uniquement de cette crainte, si elle doit effectivement désigner un être divin médiateur entre Dieu et le monde, nous ignorons si l'usage de cette formule remonte au temps de la publication de Jean.
A côté du judaïsme orthodoxe, il y avait en Palestine et dans les territoires environnants des sectes plus ou moins hétérodoxes. Il semble que parmi ces sectes les disciples de Jean-Baptiste aient joué un certain rôle. Or il est incontestable que le prologue de Jean est
dirigé contre la prétention de ces disciples de Jean-Baptiste de considérer leur maître comme le sauveur, prétention qu'on retrouve plus tard dans les écrits mandéens. Ces groupes baptistes identifiaient-ils déjà Jean-Baptiste avec la parole divine? Le
prologue de Jean ne ferait-il que suivre leur exemple dans sa doctrine du Logos incarné? Nous n'en savons rien et nous ne pouvons ni exclure entièrement cette supposition qui n'a rien d'impossible, ni la considérer comme un fait acquis. En tout cas, pour l'histoire de la
doctrine du Logos comme pour tant d'autres problèmes, les lacunes si considérables de notre connaissance des mouvements religieux dans le judaïsme du I er siècle ap. J.-C, ne nous permettent pas de prononcer un jugement définitif.
Il reste un domaine, dans la pensée contemporaine de la naissance du christianisme, qu'il nous faut examiner pour savoir si l'auteur du 4° évang, pourrait y avoir  sa doctrine concernant le Logos. C'est la pensée religieuse du judaïsme hellénistique, c-à-d, de ceux d'entre les Juifs qui, ayant émigré dans les pays subissant l'influence de la civilisation
mi-grecque, mi-orientale, créée par les conquêtes d'Alexandre, avaient eux-mêmes adopté avec la langue grecque une partie de cette civilisation. Nous ne connaissons pas non plus parfaitement la pensée religieuse de ces Juifs, mais du moins en possédons-nous dans
quelques écrits apocryphes de l'A.T., avant tout dans la Sapience, puis dans des fragments de différents auteurs juifs hellénistiques et enfin et surtout dans l'ensemble des écrits de Philon d'Alexandrie, d'assez considérables documents authentiques. Or si la Sapience montre, par le rôle qu'elle attribue à la Sagesse divine dans la création et l'organisation du monde, combien la pensée religieuse hellénistique même chez les Juifs était portée à admettre des
intermédiaires entre Dieu et le monde, nous trouvons chez certains autres auteurs, surtout chez Philon, des théories concernant le Logos même. On a longtemps désigné Philon et certains de ses précurseurs du nom de philosophes juifs. En réalité ils sont tous des théologiens, des penseurs religieux. Ils utilisent certes des notions philosophiques, mais uniquement pour développer leur pensée religieuse. C'est ainsi que la notion du Logos chez Philon--on peut aisément négliger ici les doctrines de ses précurseurs--contient,
pour ainsi dire, toute la notion stoïcienne, mais en outre il s'agit pour lui de la parole divine créatrice, révélatrice et éducatrice.
Le Logos est pour Philon un être divin intermédiaire, comme le Logos chez les théologiens païens dont nous avons parlé et comme la Sagesse divine dans le livre de la Sapience. Aussi a-t-on souvent cru pouvoir dériver uniquement de la doctrine philonienne les développements de Jn 1:1,18 concernant le Logos. Et en effet, dès la première moitié du II° siècle, l'influence des écrits de Philon sur les écrivains chrétiens, par ex. Papologète Justin Martyr, est incontestable. Mais d'autre part la doctrine religieuse du Logos a été certainement plus répandue qu'on ne le supposait autrefois. Jean peut avoir connu la notion du Logos sans avoir eu connaissance de la doctrine philonienne. En tout cas, il est plus que probable que ce soit cette doctrine religieuse du Logos, connue par lui sous la forme
philonienne ou sous une autre, qui ait donné à l'auteur de Jean l'idée que Jésus-Christ a été ce Logos, la parole divine créatrice, organisatrice, révélatrice et éducatrice. Peut-être a-t-il même déjà trouvé chez certains penseurs religieux, comme par exemple les disciples de Jean-Baptiste, l'idée de l'incarnation du Logos.
Mais quel qu'ait été le point de départ des réflexions de l'auteur du 4 e évang, sur les rapports entre Jésus-Christ et le Logos de Dieu, le résultat auquel ces réflexions ont abouti est conforme, à l'essence même du christianisme primitif. L'usage exclusivement cosmologique que, sous l'influence de Philon, la théologie chrétienne à partir du IIIe siècle a souvent fait de la notion du Logos a rendu quelque peu suspecte cette notion elle-même
aux théologiens de nos jours. Mais en réalité l'auteur de Jean, en déclarant que Jésus-Christ est le Logos, entend proclamer que toute l'oeuvre de Dieu, l'oeuvre de salut pour les hommes non moins que la création et l'organisation du monde, se résume en la révélation
définitive, l'oeuvre de salut du Christ depuis son incarnation jusqu'à sa résurrection. Et tout son évangile doit servir à illustrer cette thèse authentiquement chrétienne.

Source : http://456-bible.123-bible.com/westphal/3187.htm

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