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L'Evangile et le Savoir

21 Mars 2013 , Rédigé par Sedir Publié dans #spiritualité

On peut dire, en donnant aux mots leur acception la plus large, que notre temps est intelligence et sensualité; c'est la principale cause pour laquelle il reste sourd aux appels de Dieu. Tout le monde saisit a peu près pourquoi la religion met en garde contre le charme des jouissances sensibles; mais, aux yeux de l'élite, les joies intellectuelles gardent un prestige qui empêche de voir combien souvent elles nous éloignent du divin.
Or l'Évangile nous parle toujours de morale et de piété, jamais de recherches scientifiques ou philosophiques. Est-ce par opposition ? Certainement non; Dieu ne nous aurait pas pourvus de facultés mentales aussi actives pour nous défendre ensuite de les faire travailler. Est-ce par oubli ? Non plus, car cet Évangile, écrit au nom du Verbe en vue des besoins propres de nos siècles, doit servir de guide pour tous les genres d'activités, et offrir toutes les directives, sous peine de perdre son caractère de perfection infaillible, de décevoir la confiance des croyants, sous peine enfin de ruiner leur foi. Il est impossible que notre Père Se joue ainsi de ceux qui s'abandonnent à Lui.
Je voudrais dire aujourd'hui, pour aider, si possible, aux entretiens qu'il vous arrivera d'avoir avec des contradicteurs quelconques, dans quelle attitude le pur disciple de Jésus-Christ aborde le problème du savoir, où il le situe, comment il le résout. On nous reproche parfois de ne mettre aucun frein à nos imaginations, d'être de faux mystiques, des contempteurs de l'intelligence; je désirerais montrer plus explicitement que je ne l'ai encore fait de quelle façon la doctrine littérale de l'Évangile sous-entend une méthode de connaissance avant tout pratique, réaliste, expérimentale et directe; de quelle façon le vrai disciple reçoit des notions exactes sur les choses et sur les êtres, quelle est sa critique, d'où il tire ses certitudes.
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La connaissance ordinaire emploie trois procédés; d'abord l'observation : expérience naturelle des phénomènes de la Nature, expérience artificielle que le savant institue dans son laboratoire; ensuite la méditation sur les rapports réciproques des phénomènes; enfin la contemplation sans raisonnement de laquelle jaillit l'intuition.
Ces enquêtes, que nous menons dans la sphère de la pleine conscience, nous appartiennent; nous sommes libres de les entreprendre ou de les ignorer. L'être humain n'est ni un monarque absolu, ni un esclave; il jouit d'une autonomie relative qu'il étend ou qu'il restreint selon qu'il s'attache à la volonté divine ou à la sienne propre. De même qu'il a sur son corps certains droits et envers lui certains devoirs, il a des droits sur son intelligence et des devoirs envers elle. Tous deux sont des instruments de travail au moyen desquels il devrait réaliser les seuls desseins de Dieu, que la lumière de son coeur transmet à son libre arbitre.
Plus que tout autre, le disciple a le droit de faire marcher son cerveau, avec le devoir de contenir cette activité au-dedans de certaines limites; l'intellectuel sort de ces limites plutôt par l'esprit de ses recherches que par leu. nature, car rien ne lui paraissant plus noble ou plus utile que les accroissements du savoir, sa passion cérébrale peut lui faire oublier ces défenses divines, avertissements bénévoles d'un Père tout animé de sollicitude. Il a tort d'être insatiable, comme d'autres travailleurs ont tort qui ruinent leur santé pour acquérir la fortune. Je sais bien que les richesses de l'avare finissent toujours par revenir à la masse, comme les hardiesses du savant provoquent des découvertes utiles; mais je crois que l'un et l'autre obtiendraient un résultat meilleur, plus normal, sans réactions fâcheuses, en obéissant, dans la conduite de leur activité, aux directives évangéliques. Toutes nos puissances, corporelles ou intellectuelles, sont des servantes que Dieu nous prête; elles ne sont pas nos esclaves, elles ne nous appartiennent pas en propre; nous devons les faire travailler, même et surtout lorsqu'elles sont paresseuses, mais nous devons aussi leur donner le repos nécessaire; nous devons les spiritualiser, je veux dire les rendre réceptives à l'influence de l'Esprit, en les tournant, par la purification de nos mobiles, par la prière, par la charité, vers les buts que
Dieu nous propose, chaque jour, chaque heure et chaque minute.
" Il n'est pas de secret qui ne doive être découvert ", lisons-nous dans l'Évangile. Je crois à l'universalité absolue de cette parole; seulement, c'est le procédé de ces découvertes qui change selon que l'explorateur se fie à la seule matière, ou à la seule intelligence, ou au seul Christ.
Dans le langage de l'Évangile, le mot Vérité n'a pas un sens scientifique, ni philosophique, ni même seulement moral; son sens, comme d'ailleurs le vrai sens de tous les termes de ces Écritures, englobe les trois premiers, les dépasse et les transforme; c'est un sens spirituel, accessible, non par l'esprit de l'homme, mais par l'Esprit du Très-Haut. Et cet Esprit descend sur nous, non pas lorsqu'on cherche à le capter par les soupirs de la prière platonique, mais lorsqu'on se place dans son rayonnement, en " aimant Dieu de tout son coeur, de toute son intelligence, de toutes ses forces, et son prochain comme soi-même pour l'amour de Dieu ". Remarquons cet appel à l'intelligence prononcé par Jésus pour parfaire notre amour de Dieu. Selon la sagesse humaine, une discipline intellectuelle existe; la discipline de la sagesse mystique est morale d'abord, et totale ensuite.
Pour comprendre l'Évangile, il faut une certaine manière de voir dont l'observance de cette discipline seule nous rend susceptibles d'être instruits par le Ciel. Cet état d'âme se nomme la pauvreté intérieure, la première des béatitudes, récompense déjà inestimable et inconcevable aux plus sages des humains. Quand le disciple s'y trouve établi, un monde nouveau s'offre à ses regards, de nouvelles terres, de nouveaux cieux; ou, plus exactement, le monde qu'il percevait jusqu'alors par ses formes sensibles, ou par les abstractions mathématiques, par les méditations philosophiques, ce monde s'éclaire d'un jour inconnu. Au lieu des formes et des lois, ce sont les types essentiels qui se montrent à lui, l'esprit des choses, les esprits des êtres, leurs relations centrales, leur simplicité permanente.
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Le savant, le philosophe recherchent l'inconnu dans les limites de leurs sens corporels ou de leurs facultés mentales, limites dont ils ne peuvent sortir sans entrer soit dans les groupes aventureux des divers occultismes, soit dans la cohorte mystique des serviteurs du Christ. En tant qu'hommes de science ou de pensée, leurs travaux restent légitimes parce qu'ils savent qu'ils ne sont que des hommes, sujets à l'erreur et incapables d'appréhender l'ensemble total des phénomènes et des lois.
Tandis que les recherches des occultismes deviennent illégitimes devant Dieu, parce que l'esprit qui les inspire n'est pas humble. Le disciple du Christ ne scrute pas les mystères s'il n'en a reçu la permission; il ne se préoccupe que de se rendre moins indigne de recevoir ceux que son Maître jugera utile de lui dévoiler. Le savant et le philosophe se servent honnêtement et humblement des instruments de travail dont ils sont pourvus. Mais à la base des enquêtes de l'occultiste on trouve cette conviction, tacite ou expresse, que lui n'est pas un homme comme les autres, qu'il appartient à une élite, qu'il est capable de perfectionner par lui-même et ses sens et sa raison. Et cette attitude orgueilleuse l'empêche de voir comment il ne s'élève qu'en refoulant sous ses pieds un grand nombre de créatures, matérielles ou immatérielles, en négligeant des travaux immédiats, donc d'une utilité urgente, et combien ses découvertes demeurent fatalement partielles, puisque ses moyens d'investigation restent, par nature, limités. L'occultiste, en un mot, oublie qu'aucun individu ne peut par ses propres forces sortir du créé, du fini, du conditionné.
Toutefois je n'indique dans ce court entretien que des types généraux. Je sais que tous les adeptes de l'ésotérisme ne se croient pas des surhommes et que quelques chrétiens, au contraire, se croient parfaits; des gens faisant profession de science exacte ou de pensée impartiale se montrent intolérants; très peu d'individus sont homogènes : le tempérament nous tire dans un sens, le caractère dans un autre, la mentalité dans un troisième.
Aussi voudra-t-on bien m'excuser si je ne présente que des ébauches. Il me faudrait, pour reproduire toutes les nuances de la psychologie, de la métaphysique ou de la théologie, un savoir universel, un talent que je ne possède pas et une existence plus libre d'autres besognes indispensables. C'est sans doute à cause de cette hâte constante que j'ai dû bien souvent mal définir ma pensée et offrir au public une peinture trop vague de la doctrine dont s'inspirent nos " Amitiés Spirituelles ". Je ne sortirai pas de mon sujet en essayant aujourd'hui de distinguer mieux ce qui nous sépare des autres écoles spiritualistes, puisque je préciserai par là même l'attitude du disciple de l'Évangile en face des méthodes de la sagesse humaine.
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Quoique certains prétendent, la doctrine évangélique ne constitue pas la surface, mais le fond de nos convictions. Et réciproquement, en dépit des ressemblances extérieures, ce que j'ai pu dire de la structure et des habitants des mondes invisibles ne constitue pas le fond de nos études, mais l'accessoire. Dès qu'on parle de l'Invisible, le public vous étiquette spirite, ou occultiste, ou théosophe; or, en ces matières, la qualité, la nature des connaissances recherchées dépendent d'abord de l'intention dans laquelle on effectue ces recherches et de la méthode qu'on y emploie.
Comme l'explique excellemment un théologien moderne, " sous le nom d'occultisme viennent se ranger toute une masse d'enseignements et de procédés qui se proposent d'atteindre à la connaissance de l'essence des choses en dehors des voies normales. Son ambition serait d'arriver à un certain point commun par où tous les êtres se touchent et ainsi de prévoir leur naissance comme d'agir sur leur production ".
Or les " Amitiés Spirituelles ", en fait d'enseignements ou de procédés, se bornent à redire ceux que nous donne l'Évangile. Leur ambition n'est pas de faire de leurs adhérents des mages, ni des surhommes, mais des hommes, de simples chrétiens. Aucun fidèle, de n'importe quelle confession, ne peut nous reprocher notre croyance que l'Évangile renferme tout. Aucun non plus ne peut rejeter la " théorie des plans ", la théorie selon laquelle il existe dans la Nature un certain nombre de degrés ou de combinaisons de la substance universelle, puisque les théologies admettent ces degrés, puisque les révélations des saints les décrivent, puisque nous croyons, selon la parole du Christ, que le Créateur reste indépendant de Son oeuvre.
Aucun dogme ne s'oppose ni à la pluralité des mondes habités, ni à la pluralité des existences, ni à cet animisme qu'on nous reproche d'avoir adopté, comme de simples sauvages. D'autant plus, je le répète, que ces théories n'ont pour nous qu'une importance très relative; on peut lire, sous les signatures de la vénérable Marie d'Agreda, de sainte Hildegarde, sainte Françoise Romaine, de la vénérable Catherine Emmerich, de bien d'autres encore, des histoires fort semblables à des contes de fées : qui s'aviserait d'en conclure que le catholicisme n'est bon que pour les cerveaux faibles ? Nous n'avons jamais prétendu qu'il soit nécessaire au disciple d'entrer en relations avec les esprits des choses, ni avec les dieux, ni même avec les anges; nous croyons même - ou plutôt nous savons qu'un homme peut monter très haut vers Dieu sans bénéficier d'aucune vision, d'aucune faculté miraculeuse; nous sommes d'accord en cela avec la théologie la plus orthodoxe, et c'est cela que j'ai voulu dire en écrivant qu'un saint qui saurait être un saint ne serait plus un saint.
On nous reproche de tout matérialiser, d'épaissir toutes les notions. Mais faut-il redonner les définitions classiques de l'essence et de la substance, de l'esprit et de la matière ? Qu'est-ce que la troisième personne de la divine Trinité, l'Esprit Saint, duquel il est écrit " l'Esprit souffle où il veut, et comme il le veut, nul ne sait d'où il vient, ni où il va " ? Si cet agent insaisissable souffle où il veut, c'est qu'il est libre; si nul ne peut connaître son parcours, c'est qu'il n'obéit à aucune loi; par suite, quoi que ce soit que des conditions quelconques régissent n'est pas l'Esprit pur; donc tous les êtres invisibles, par la simple raison qu'ils furent créés, qu'ils ne sont pas Esprit, sont matière : matière imperceptible à nos sens ou à nos instruments, mais matière. La physique moderne démontre bien que la lumière, l'électricité ont un poids; ces fluides appartiennent donc à la matière; pourquoi pas d'autres aussi ?
Notre compréhension de l'Évangile n'est pas pour cela matérialiste. Au contraire; nous nous inscrivons en faux contre les deux adages occultistes : le hasard n'existe pas, le surnaturel n'existe pas. Si par le premier de ces aphorismes l'initié entend que tout ce qui vit dans l'orbe de la création est soumis à une loi, d'accord; mais s'il entend que ces lois, rigides et fatidiques dans l'univers créé, sont toutes-puissantes, non. Au-dessus, ou en dedans de la trame du déterminisme il y a la puissance du Ciel, la grâce divine, l'amour, l'Esprit libre, vers la réception de qui nous chrétiens, tendons de toute notre ferveur. Il y a les mondes physiques, il y a les mondes hyperphysiques, et les métaphysiques; tout cela, c'est du créé, du naturel, du conditionné, du relatif; tout cela, c'est le royaume du Destin et de la Justice. En dehors et en dedans de tout cela, antérieurement, simultanément et ultérieurement à cela, il y a le royaume de la Miséricorde, le royaume de Dieu, le Surnaturel. Pour nous le surnaturel est; il est même la seule réalité, la seule vérité, la seule vie, la seule voie; il se nomme Jésus-Christ; or, ce caractère unique du Christ, aucun occultisme ne l'admet.
Quand l'apôtre Paul s'écrie qu'actuellement les hommes voient les choses comme dans un miroir, il dit vrai; la seule réalité, c'est le royaume de Dieu, l'éternité; la création, c'est les ombres flottantes et inverties des habitants du Ciel et des forces éternelles. Nous, nous essayons de nous rendre dignes des visitations divines; les occultismes, eux, veulent se saisir des ombres; et dans le grand public, ce sont ces ombres, l'astral, le spiritus mundi, l'akasha, qu'on croit être le surnaturel.
Il est donc faux d'assimiler notre foi " au rêve de toutes les magies, de tous les occultismes, de toutes les variétés de la " Christian Science ". " Commander aux forces de la Nature, exercer sur toutes les puissances une action nécessitante et contraignante, dominer la maladie ", tout cela en soi-même ne nous intéresse pas. Si nous voulions dominer quoi que ce soit, commander qui que ce soit, nous ne serions pas des chrétiens. Tout ce que nous désirons, c'est de soulager nos frères; quand nous ne trouvons plus d'argent pour secourir le mal heureux, plus de remède pour calmer le malade, nous demandons l'aide du Ciel. Et si je vous parle, trop souvent peut-être, des merveilles secrètes de l'univers, c'est pour abattre les préjugés, animer la foi et faire comprendre que rien n'est impossible à Dieu.
J'accorde que je vous raconte des choses invraisemblables; mais pas plus invraisemblables que les résurrections de saint Vincent Ferrier, les discours du petit Pauvre d'Assise aux oiseaux, les miracles de nombreux thaumaturges, comme ce maçon que saint Philippe de Néri voit tomber d'un faîte et qui s'arrête en l'air le temps que le saint aille demander à son supérieur la permission de le sauver; saint Paul l'a dit le premier : la sagesse du chrétien est folie aux yeux des hommes.
En effet, le monde est un vaste mécanisme, mais au sein duquel palpitent les germes de la liberté, germes qui se développent dans la mesure où ces êtres réalisent la loi de Dieu, la loi de l'Amour. C'est une parole du Christ que nos renoncements nous libèrent, à condition qu'ils se fassent, non pas pour devenir libres, mais par pure charité. Nous ne le voyons que trop, hélas ! que nous ne sommes libres que dans une mesure infime. Et quand Jésus commande à Ses apôtres d'appeler la paix sur la maison où ils entrent, Il S'exprime comme si la maison elle-même pouvait entendre ces souhaits; en d'autres circonstances, Il S'exprime également comme si le figuier, la fièvre, les péchés, la montagne, la tempête pouvaient entendre Ses commandements. Or Jésus n'était pas un rhéteur; s'Il S'adresse à des choses en apparence inanimées comme si elles possédaient de la raison et un certain libre arbitre, c'est qu'elles possèdent, en effet, ces prérogatives dans une mesure quelconque. Le rituel romain formule aussi ses exorcismes et ses bénédictions comme si l'eau, l'huile, le champ, l'édifice les pouvaient entendre et comprendre; sont-ce des figures de rhétorique, ou bien les vieux pontifes et Jésus sont-ils des animistes, comme le Fuégien ou le Papou ?
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Je n'ai pour l'intelligence aucun dédain. Mais à une époque où on la déifie, où on nomme sentiment et passion ce qui n'est qu'effervescence des sensibilités, je crois bien faire en proclamant le coeur comme le vrai centre de l'homme; le mental est un instrument, la sensibilité en est un autre, le corps un troisième. L'Église aujourd'hui recommande l ?étude de la plus vaste pensée catholique, de saint Thomas d'Aquin; puis-je me permettre de rappeler que saint Augustin a écrit : " Aime, et fais ce que tu voudras " ? C'est une parole profondément vraie, à condition que cette charité généreuse ne reste pas platonique et aille sans cesse jusqu'aux actes. Vous m'avez souvent entendu vous mettre en garde contre le quiétisme, vous exhorter à la discipline des renonciations, à l'effort sain des réalisations altruistes; je ne crois pas avoir jamais célébré les romantiques enthousiasmes de la vie intérieure. Nous savons que suivre le Christ est une oeuvre d'équilibre, et que les plus grands de Ses serviteurs furent des êtres de bon sens pratique et d'énergie.
Nous ne faisons pas non plus profession de dédaigner aucune des merveilles que la terre offre à notre étude. Je ne crois pas qu'aucun de nous ait jamais formulé de blâme contre le dogme ou la discipline du catholicisme; nous admirons ses saints, ses cathédrales, sa langue, sa pensée; nous ne nous sommes jamais permis la vingtième partie des critiques qu'on peut lire dans les oeuvres de plusieurs de ses docteurs et de ses Pères. Si bien que des anticléricaux ont prétendu que nous sommes des jésuites déguises. Comment contenter tout le monde ?
Quand je me permets d'attirer l'attention des chercheurs sincères sur le mirage des pratiques dévotes, je ne prétends point que celle-ci soient vaines, mais qu'elles ne constituent pas l'essentiel de la vie religieuse. Entre une mère de famille qui, se dévouant aux siens, trouve sur ses heures de repos le temps de secourir quelque voisine nécessiteuse, et la dame qui ne manque pas la messe, qui satisfait aux quêtes, mais qui déchire les réputations ou traite mal ses domestiques, je crois que Dieu préfère la première; Jésus nous le dit d'ailleurs, et nombre de Ses serviteurs canonisés l'ont répété.
Quant à décrire Dieu, quant à Le définir, on nous reproche d'éluder ces précisions; mais pourquoi expliquer l'évidence ? Notre époque réaliste, préférant les faits aux abstractions, a surtout besoin de vérifier les résultats pratiques de bonheur, de libre rayonnement, te vive et bienfaisante énergie que procure l'obéissance aux maximes évangéliques. Les " Amitiés Spirituelles " ne s'adressent pas à ceux qui ont trouvé l'équilibre intérieur dans le sein de l'une ou l'autre Église; elles s'adressent à ceux qui cherchent çà et là, qui se fatiguent à la poursuite des fantômes déistes, ou ésotéristes, ou des sagesses humaines, qui ne voient plus clair à force d'explorer les régions intermédiaires. A ceux-là nous nous efforçons de montrer le Christ, lumière originelle, invariable et la mieux à notre portée.
Que dire de la miséricorde divine à une génération sur laquelle se sont abattus les malheurs les plus effroyables et en apparence hors de proportion avec les fautes qu'elle peut avoir commises ? Ne faut-il pas la ramener doucement et de loin, en lui montrant ce que l'on sait du mécanisme de la vie universelle, depuis les causes morales jusqu'à leurs effets physiques, vers une conception plus humble de ses propres mérites ? Ne faut-il pas, étant donné le peu d'effet des consolations dévotes, détourner les regards de ceux qui souffrent vers leurs compagnons qui souffrent davantage encore ? Ne faut-il pas leur parler du Fils avant de leur parler du Père ?
Au surplus, nous proclamons partout que l'élément nécessaire à la perfection des bonnes oeuvres, c'est qu'on les accomplisse non par dignité morale, ni dans l'espoir d'une récompense future, mais par compassion et par obéissance. Ne disons-nous pas, d'après l'autorité de la parole divine, que la véritable obéissance, celle du disciple, n'est pas une contrainte, mais un libre zèle ? Et ce sentiment peut-il naître dans une âme où ne brûle pas l'amour de Dieu ?
On nous accuse de panthéisme : matérialiste selon les uns, spiritualiste selon les autres, émanationiste suivant d'autres encore. Or, nous croyons à un
Dieu personnel et non impersonnel; à un Dieu libre, indépendant de Son oeuvre et non contraint par elle, sauf les esclavages où Il Se réduit, par amour, en la personne de Son Fils. L'âme éternelle qui brille au centre de notre être n'est pas une parcelle de Dieu, au sens oriental de cette expression; c'est une Lumière éternelle qui a reçu la possibilité de se joindre au moi; jamais nous n'avons prétendu que le disciple parfait devienne identique au Verbe; il en devient une partie intégrante, oui; il ne devient pas le Verbe. J'ai écrit que cette âme éternelle " est la fenêtre par où les autres foyers de l'individu peuvent apercevoir Dieu "; c'est donc qu'elle n'est pas Dieu.
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Non, nous ne regardons pas avec mépris la masse chrétienne. Nous montrons le plus grand respect pour tous ceux qui, dans cette foule immense, ne font pas passer les rites avant l'effort moral et l'oeuvre charitable; le catholicisme primitif ne distribuait-il pas son enseignement par degrés ? Cela même, nous ne nous le permettons pas; nous disons simplement à ceux qui viennent : " Si vous faites ce que Jésus-Christ demande, et dans la mesure où vous le ferez, le Saint-Esprit vous apprendra tout ce dont vous pourrez avoir besoin ". Et, ce disant, nous ne rééditons ni le pélagianisme, ni le quiétisme, ni le luthéranisme, ni le calvinisme; inutile n'est-ce pas ? de rouvrir les vieux livres de controverse, dont vous avez certainement étudié les arguments, lorsque vous cherchiez la Vérité.
Il nous semble justement que, si le Père est béni par le Fils pour avoir caché Ses secrets aux sages et les avoir révélés aux petits enfants, nous sommes en soumission plénière à cette louange auguste, puisque nous recommandons de ne pas scruter ces choses secrètes, de se suffire avec le tout petit peu que l'on comprend, quitte à se rendre le moins indigne, par la purification du coeur, par la lutte contre les défauts, par l'amour fraternel, de recevoir les lumières supplémentaires que Dieu jugera bon de nous envoyer. Oui, " la vie éternelle, c'est de Te connaître, Toi seul Dieu véritable, et celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ ". Je répète cela sans cesse à tous ceux qui demandent des explications sur les arcanes; c'est en effet la voie unique et, vous le savez bien, je vous ai toujours dissuadés de vouloir découvrir dans l'Évangile autre chose que le sens littéral et usuel de ses paroles.
Si nous tendons à la simplicité d'esprit, ce n'est pas en éliminant telles pratiques religieuses ou telles convictions. Simplifier n'est pas supprimer, mais organiser. Les créatures les plus parfaites, la science nous les montre comme étant celles dont les complexités et les richesses obéissent à une loi unique, à un plan clair qui se reproduit tout le long de leur structure. L'appartenance à une Église, de pensée, de coeur et de fait, comble les besoins religieux du plus grand nombre, sans doute. Si ceux-là nous parlent, nous nous bornons à leur rappeler que l'oeuvre de charité prime tout, ensuite l'effort ascétique, enfin le culte. Mais il y a une certaine quantité d'individus qui, même après des essais loyaux et prolongés, ne se sentent pas satisfaits. Est-ce qu'ils devront se voir abandonnés, parce que leurs besoins de coeur ou d'esprit ne s'accommodent pas des cadres déjà existants ? Est-ce que le Pasteur ne quitte pas Son troupeau pour aller à la recherche d'une brebis aventureuse ? Et quand Il l'a retrouvée, est-ce qu'Il la punit, ou la traîne au bout d'une corde ? Non, Il la ramène sur Ses épaules.
Qu'on nous laisse donc vivre notre utopie, si utopie il y a. Nous savons d'ailleurs qu'elle est la plus magnifique réalité. Qu'on nous laisse chacun dans le cadre modeste de notre existence, au foyer, à l'atelier, aux champs, au bureau, essayer d'y vivre comme Jésus le demande, et d'aider à y vivre nos camarades de labeur. Qu'on nous laisse parler du Christ, selon notre coeur, quand ceux que nous avons aidés nous demandent pourquoi nous avons fait cela. Il nous suffit de les ramener à ce Maître très bon. Que si, effrayés de se voir seuls en face de Lui, malgré Sa mansuétude et Son abaissement, ils se rallient ensuite à quelque troupeau de chrétiens plus strictement organisé que le nôtre, nous ne tentons point de les retenir; qu'ils aillent au catholicisme, ou au protestantisme, ne peut-on pas partout se sacrifier, donner à son prochain sa bourse, son bonheur et sa vie ? Jésus-Christ n'est-Il pas présent partout ? Et notre voeu le plus profond n'est-il pas qu'Il soit le mieux servi et par le plus grand nombre ?
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Au surplus, l'espèce d'apologie que je viens de me permettre est sans grande importance; je l'ai faite parce qu'il est poli de répondre à ceux qui vous adressent la parole, en essayant, comme dit l'apôtre, " de se faire tout à tous ". Mais la Vérité de Dieu ne se laisse pas enchaîner aux discours d'un homme; entre le pauvre homme que je suis et le serviteur que je voudrais être, entre ce que sont nos groupes et ce que j'aimerais qu'ils soient, il y a une distance bien longue. Pour la parcourir, vous, mes Amis, comme moi, ce ne sont pas des connaissances qu'il nous faut, ce sont des forces, ce sont des faits, ce sont des oeuvres. Le désir de Dieu, c'est que nous devenions parfaits; demandons-Lui sans relâche cette perfection. Il nous la donnera, ou plutôt Il nous fournira les moyens de l'acquérir. A nous de les prendre. Ensuite, nos récompenses seront ces grâces de l'Esprit entre lesquelles je nommerai les deux qui se rapportent à notre sujet : le don de science et le don de sagesse.
Le savoir que le Verbe communique à Ses fidèles est fait des mystères du Royaume, de choses inaccessibles et inconcevables " préparées par Dieu pour ceux qui L'aiment " et que l'Esprit leur présente; aimer Dieu, c'est imiter le Christ, scandale et folie pour le monde, c'est vivre à l'image du Christ, et par suite voir l'univers avec un regard semblable à celui dont Jésus l'embrassait. Ce que je vous dis là peut paraître bien orgueilleux, mais cette union disproportionnée entre le disciple et le Maître, c'est l'amour qui la produit, un amour mutuel où n'entre que la ferveur des plus humbles sacrifices; l'orgueil en est exclu; et, au reste, Dieu seul peut nous hausser à Son point de vue.
Ce savoir ne sert au disciple qu'à convaincre par le cerveau ceux dont le coeur reste fermé. Il y a des scepticismes que le miracle même n'ébranle pas, mais qu'un raisonnement, une idée, un tour de phrase déconcertent. Le savoir du disciple pour convaincre doit rester expérimental; le disciple ne parle que de ce dont il est convaincu, de ce qu'il a vu, et uniquement pour éclairer son prochain; la charité, encore la charité, toujours la charité. C'est un devoir pour le chrétien d'exprimer ses convictions, chaque fois que les circonstances le demandent, et le chef des apôtres conseille d'ajouter à ce devoir celui de " défendre nos espérances, avec douceur et respect ". Il ne nous dit pas : attaquez, polémiquez, soyez éloquents. Il dit : défendez-vous, avec douceur, avec respect. Quelle leçon, cette douceur, pour bien des apologistes; et ce respect dans la controverse, les précautions morales seules recommandées, nouvelle preuve que, pour le chrétien, tout savoir lui arrive par le coeur.
Ce qui empêche tant de gens de comprendre l'Évangile, ce n'est pas le manque d'intelligence, c'est le manque de coeur; la vérité ne trouve pas d'écho en eux : a Parce que je vous dis la vérité, vous ne me croyez pas ". Ils ne voient pas que la Vérité vit, qu'elle est concrète, qu'elle doit par conséquent se trouver dans l'Etre le plus vivant, le plus réel, le plus universel à la fois et le plus divin : dans le Verbe. Jésus-Christ seul a pu dire : Je suis la voie, la vérité et la vie. Il est l'objet à connaître, la méthode de connaître et, en nous, la faculté par laquelle nous pouvons connaître; Il l'a dit à Ses disciples la veille de Sa Passion, Il le leur répétera au jour de la Résurrection : " Je vous ai appris tout ce que j'ai entendu ".
Cette sorte de connaissance vivante, qui échappe aux contentions de l'esprit humain, c'est la vue du Verbe où qu'Il Se manifeste, en toute créature; elle est réservée non point à ceux qui voudraient la saisir directement, mais à ceux qui vivent de Sa vie, qui aiment ce Verbe, et Le servent; ce mode de la Vérité est bien vivant puisque Jésus affirme qu'il sanctifie : sanctifier, n'est-ce pas atteindre la vie parfaite, éternelle, vivre de cette vie où l'impureté n'a plus aucune part, te la vie du sacrifice enfin et de l'Amour ?
Voilà le mystère de l'Évangile. Les mystères naturels peuvent être conquis à force de volonté, surpris à force d'intelligence, par ceux qui ne respectent pas les défenses divines; le mystère christique est inviolable encore qu'il soit prêt à s'ouvrir pour quiconque est jugé capable de le recevoir; celui-là parle ensuite et agit, forçant l'attention de ses auditeurs, parce que ceux-ci ne discernent pas l'origine de sa sagesse et de ses oeuvres. Les hommes ordinaires sont liés à leur public; lui, c'est son public qui est lié à lui, parce qu'il s'est installé dans le Verbe, parce que le Verbe lui fait connaître la Vérité et que, seule, la Vérité délivre et affranchit.
On ne se rend pas compte que l'avarice, l'ambition, la vanité, n'importe quel défaut, altèrent le regard du savant, ternissent la raison du penseur, empoisonnent l'inspiration de l'artiste. Le savoir est une équation entre l'objet étudié, le sujet étudiant, le milieu qui les relie; ne faut-il pas que le premier puisse d'abord être aperçu, que le second réfléchisse nettement, par des sens normaux et un intellect clair, que le troisième enfin transmette l'image sans réfractions ? Or devant celui-là seul qui réalise les maximes du Christ aucune créature, aucune idée ne refuse de se présenter; celui-là seul qui combat ses égoïsmes purifie son corps et son cerveau; celui-là seul qui agit selon la Lumière se trouve à l'abri de toute déformation.
Si nous savons partager avec nos frères tout ce que nous possédons; si nous savons nous en tenir au seul Verbe, le Christ; si nous réalisons enfin, dans notre pensée, dans nos oeuvres, dans nos sentiments, les principes éternels de la Vie dont Jésus nous a montré l'application terrestre, nous vivrons dans la Lumière totalement : corps, esprit et âme; et " l'Esprit de Vérité nous conduira dans toute la Vérité ".
Telle est la méthode de connaissance que l'Évangile nous propose; tel est l'esprit dans lequel ceux d'entre les membres des " Amitiés Spirituelles " qui travaillent dans un domaine quelconque de l'art ou de la pensée ont à poursuivre leurs recherches, à conduire leurs méditations, à exalter leurs enthousiasmes. Et vous tous, d'ailleurs, qui d'une manière quelconque avez besoin de saisir ici ou là la vérité la plus vraie, l'expérience déjà maintes fois vous a prouvé que le Christ, seul sauveur de nos âmes, seul médecin de nos corps, est aussi le seul initiateur de nos esprits.

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

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Jésuites

17 Mars 2013 , Rédigé par Gabriel Compayré Publié dans #spiritualité

Dès son origine, la Société de Jésus a mis l'éducation de la jeunesse au nombre des articles essentiels de son programme. Elle est incontestablement au premier rang parmi les congrégations enseignantes, quelque jugement que l'on porte d'ailleurs sur l'esprit de sa pédagogie. Ses efforts et ses succès ont suscité une mêlée d'appréciations contraires et passionnées, les unes entièrement louangeuses, les autres défavorables à l'excès. Pour les uns, les jésuites auraient atteint la perfection : « En ce qui regarde l'instruction de la jeunesse, disait Bacon, consultez les classes des jésuites : car il ne se peut rien faire de mieux ». Pour d'autres, les jésuites seraient d'aussi mauvais pédagogues qu'ils sont de redoutables politiques : « En fait d'éducation, disait Leibnitz, les jésuites sont restés au-dessous de la médiocrité ».

Ce qui est dès l'abord incontestable, c'est que les jésuites se sont appliqués à l'éducation avec une ardeur inouïe. Quelque disposé que l'on soit à juger sévèrement les méthodes pédagogiques des disciples de Loyola, comment se retenir d'admirer la ténacité et le zèle d'une Société qui depuis trois siècles, vouée à l'enseignement, résiste à toutes les attaques, suivit aux révolutions qui la proscrivent, aux arrêts d'exil qui la frappent, rouvre ses écoles que les monarchies ou les républiques ont fermées, renaît sans cesse de ses cendres, toujours infatigable et puissante, toujours prête à reparaître et à reprendre le cours interrompu de sa propagande et de ses travaux? Jamais corporation ne fut aussi savamment organisée et ne disposa d'autant de ressources pour le bien ou pour le mal.

Fondée en 1534 par Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus devait être, dans la pensée de son organisateur, une véritable milice de combat, dont le double but serait de conquérir de nouvelles provinces au catholicisme par les missions, et de lui conserver les anciennes par les écoles. La congrégation fut solennellement consacrée par le pape Paul III en 1540. Quelques années après, la Société avait déjà établi des collèges à Billom, à Mauriac, à Rodez, à Pamiers, à Tournon. En 1561, malgré le Parlement qui se dé fiait d'un ordre ultramontain, malgré les évêques qui redoutaient une congrégation directement soumise au pape, malgré l'Université qu'effrayait la concurrence de rivaux aussi actifs, les jésuites s'installaient à Paris même, grâce à la protection du roi. En Italie, ils avaient même succès. Un auteur italien du seizième siècle, Cremonini, raconte en ces ternies leurs débuts dans une ville de ce pays :

« Ils sont venus, pauvres et humbles d'allures. Ils ont commencé par apprendre la grammaire aux enfants ; et ainsi, peu à peu, lentement et graduellement, je ne sais trop par quelles voies, accumulant les richesses et s'insinuant pied à pied, ils sont arrivés à tout enseigner, avec l'intention, à ce que je crois, de devenir à Padoue les monarques du savoir (monarchi del sapere), si tant est qu'ils se contentent de si peu. »

Un instant compromis et expulsés de France, à la suite de l'attentat de Châtel (1594), ils furent rappelés par Henri IV en 1604, et depuis lors, pendant tout le cours du dix-septième siècle, leur histoire ne compte plus que des succès. Dès le commencement du dix-septième siècle, les jésuites réunissaient près de quatorze mille pensionnaires dans leurs collèges de la seule province de Paris. Et parmi ces élèves, que de noms célèbres ou glorieux, qui composent une véritable liste d'honneur : pour la guerre, Condé, Villars ; dans l'épiscopat, Fléchier et Bossuet ; dans le droit, Lamoignon et Seguier ; dans la philosophie, Descartes, plus tard Montesquieu et Voltaire ; dans les lettres, Corneille et Molière! Ajoutons d'ailleurs que quelques-uns de ces élèves ont formellement renié leurs professeurs. Voltaire disait : « Les Pères ne m'ont appris que des sottises et du latin ».

Quoi qu'il en soit, la clientèle de la Société grandissait toujours. C'était dans ses collèges que les classes moyennes et élevées plaçaient de préférence leurs enfants. Vers 1650, les Petites écoles de Port-Royal purent causer quelque ombrage aux jésuites. Mais Port-Royal fut dispersé, ses écoles rasées, et l'influence des jésuites, qui n'avait pas été étrangère à la persécution et à la destruction des jansénistes, devint prépondérante. A la fin du dix-septième siècle, l'ordre entier possédait, soit en France, soit dans les autres pays, 180 collèges, 90 séminaires, 160 résidences et un personnel de 21 000 membres. Le dix-huitième siècle, surtout vers la fin, fut moins favorable aux jésuites. Déjà bannis de la Russie en 1719, du Portugal en 1759, ils le furent de la France «n 1762, et de l'Espagne en 1767. Quelques années plus tard, en 1773, l'ordre tout entier était aboli par le pape Clément XIV. L'Eglise elle-même finissait par se révolter contre l'humeur despotique et les manières arrogantes d'une société dominatrice, véritable monarchie théocratique qui régnait sur le monde entier. Mais il n'y a pas de société plus vivace que la Société de Jésus. Après une éclipse passagère de leur fortune, les Pères furent solennellement rétablis (1801-1814) par le pape Pie VII. Ils reparurent en France sous le nom de Pères de la Foi, et y reprirent vite leur crédit. Cependant la Restauration elle-même, sous le ministère Martignac, fit fermer leurs maisons : les jésuites n'ont pas su se faire tolérer, même par les monarchies. Mais pour n'être pas légalement reconnus en France, les jésuites n'en ont pas moins continué à y vivre: et l'on sait comment, sous le second Empire, grâce a la loi du 15 mars 1850 sur la liberté de l'enseignement, ils en étaient venus peu à peu à. reprendre leur prestige pédagogique et à réunir dans leurs collèges une bonne partie des enfants de la bourgeoisie et presque tous les enfants de la noblesse. L'exécution des décrets de 1880 a eu pour résultat la fermeture de leurs collèges. Mais, malgré leur dispersion apparente, ils sont encore plus puissants qu'on ne le croit, et ce serait une erreur de penser que le dernier mot est dit avec eux.

Un estimable écrivain pédagogique, Louis Burnier, faisait remarquer que les jésuites n'ont presque rien publié sur l'éducation. « Ils ne sont pas de ces précepteurs, ajoute-t il, qui travaillent à se rendre inutiles. Eussent-ils quelques bons secrets de pédagogie, ils les garderont pour eux ou ils ne les confieront qu'en latin à l'usage de leurs adeptes. » Il y a quelque injustice dans ce reproche r si les Pères n'ont pas enrichi de beaucoup d'ouvrages la littérature pédagogique, c'est que, en trois siècles, leur esprit est resté le même et que leurs méthodes n'ont pas beaucoup varié. Par essence, la Société de Jésus est une corporation immobile. La Ratio studiorum ou règlement d'études publié en 1599. qui indique avec une extrême minutie la division dés classes, les matières de l'enseignement, les devoirs et les fonctions de chaque professeur, les règles de la discipline, est restée jusqu'à nos jours la loi suprême des maisons d'éducation dirigées par les Pères. En 1832, le général de l'ordre Roothan y introduisit quelques modifications insignifiantes, rendues nécessaires par les changements survenus dans les études. En 1854, le P. Beckx, autre général de la congrégation, dans une lettre écrite au ministre des cultes de l'empire d'Autriche, déclarait que la Ratio est la règle universelle de la Société et qu'elle ne peut être changée que sur quelques points de détail.

Avec la Ratio, ce sont les Constitutions parues en 1599 qu'il faut consulter surtout pour se faire une idée de la pédagogie des jésuites. Le quatrième livre des Constitutions est consacré tout entier à l'organisation des études. Joignons-y la Ratio docendi et discendi (1711) du P. Jouvency, la Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit (1687) du P. Bouhours, les oeuvres du P. Buffier au dix-huitième siècle ; et, si l'on veut des sources contemporaines, le livré du P. Daniel, les Jésuites instituteurs de la Jeunesse française (1880).

Des trois grands degrés de l'enseignement, primaire, secondaire et supérieur, il est à remarquer que les jésuites n'ont guère cultivé avec succès que l'enseignement secondaire. Pour l'enseignement primaire, ils n'ont volontairement rien fait. Même dans leurs collèges classiques, c'est à des religieux d'un autre ordre qu'ils confient volontiers les classes inférieures. Nulle part ils n'ont organisé d'écoles primaires. Il est facile de comprendre les raisons de cette abstention et de cette indifférence. Donner ses soins à l'instruction élémentaire du peuple, cela suppose qu'on hait l'ignorance, qu'on aime les lumières pour elles-mêmes, qu'on croit à l'obligation d'éclairer et d'agrandir l'humanité par le développement de l'intelligence. Or, les jésuites n'admettent guère la valeur intrinsèque de la culture intellectuelle. Ils ne comprennent cette culture que comme une convenance imposée par le rang à certaines classes de la nation. Loin de l'estimer par-dessus toutes choses, ils s'en défient, ils y voient une arme dangereuse qu'il est bon de ne pas mettre dans toutes les mains. Pour Ignace de Loyola et ses disciples, tout se subordonne à la foi, et là foi du peuple n'a pas de meilleure sauvegarde que son ignorance. Les jésuites n'ont pas compris que c'est le peuple surtout qui a besoin d'être éclairé, si l'on veut défendre sa moralité contre les mauvaises passions. Ils veulent bien reconnaître pourtant, dans les Constitutions, que « ce serait charité d'apprendre à lire et à écrire aux ignorants ». Mais, disent-ils, notre personnel est trop peu nombreux pour suffire à cette tâche : nous ne disposons pas des ressources nécessaires. Faut-il prendre cette excuse au sérieux chez un ordre qui a toujours pu ce qu'il a voulu! Non, la vérité, c'est que les jésuites ne désirent pas l'instruction du peuple. Nous en trouverions la preuve, si cela était nécessaire, dans ce passage des Constitutions : « Nul d'entre ceux qui sont employés à des services domestiques pour le compte de la Société ne devra savoir lire et écrire, ou, s'il le sait, en apprendre davantage : on ne l'instruira pas sans l'assentiment du général de l'ordre, car il lui suffit de servir en toute simplicité et humilité Jésus-Christ notre maître ».

Les jésuites ont fait plus d'efforts du côté de l'enseignement supérieur. Il ne leur déplaisait pas de s'emparer des universités afin de garder la haute main sur l'esprit des hommes. Mais leurs universités n'ont jamais brillé d'un vif éclat. C'est que la haute science vit de liberté, et que les jésuites n'admettent pas que l'esprit s'émancipe : ils le tiennent en tutelle et l'asservissent à des lois immuables.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de la faiblesse nécessaire des hautes études dans une corporation qui interdisait toute opinion nouvelle, qui semblait vouloir supprimer le "progrès, qui, enfin, était condamnée par ses principes à voir l'idéal de l'enseignement supérieur dans la monotone répétition des mêmes doctrines, rajeunies quelquefois par un verbiage élégant, mais le plus souvent usées et affaiblies par de mesquines interprétations.

Mais les jésuites ont un terrain qui est le leur, le terrain de cette éducation moyenne, de cette instruction classique qui a fait leur réputation, et où ils passent, non sans quelque raison, pour des maîtres. Venus au moment où la Réforme faisait de si rapides conquêtes dans les rangs de la bourgeoisie et de la noblesse françaises, et où, en même temps, la Renaissance paraissait menacer la société chrétienne d'un retour pur et simple aux lettres païennes, les jésuites ont voulu parer à ce double péril. Il n'était plus possible de maintenir dans sa sécheresse et sa raideur la discipline scolastique. L'esprit humain s'était émancipé, les hommes du seizième siècle avaient salué avec émotion leurs ancêtres dans les auteurs grecs et latins. L'étude de la littérature ancienne était devenue une nécessité ; la Réforme et quelques membres des universités lui avaient fait bon accueil. Les jésuites, obéissant au goût du temps, n'hésitèrent pas à introduire les lettres classiques dans les programmes de leur enseignement. Leur effort porta sur la recherche des moyens qui devaient permettre de raviver, d'égayer l'instruction par la variété et le charme des lectures antiques, sans compromettre pourtant la fin suprême de l'éducation, à savoir l'orthodoxie catholique. Accaparer les lettres grecques et latines au profit de la foi, tel fut le but avoué de la Société de Jésus.

On ne saurait disconvenir que les collèges des jésuites se distinguèrent dès le début par une discipline plus régulière, et en même temps plus douce, que celle qui était en usage dans les collèges de l'Université. La Ratio studiorum prescrit aux maîtres de ne recourir aux punitions qu'à la dernière extrémité : « Que le maître, y est-il dit, ne se presse pas de punir, qu'il ne pousse pas les punitions trop loin : qu'il fasse semblant de ne pas s'apercevoir des fautes commises, quand il le peut sans compromettre l'intérêt de l'élève ». Et ailleurs : « On obtiendra plus de bons résultats par l'espoir de l'honneur et des récompenses et par la crainte du déshonneur que par les coups ».

A l'inverse des jansénistes qui bannissaient l'émulation, ce qui faisait dire à Pascal : « Les enfants de Port-Royal, auxquels on ne donne point cet aiguillon d'envie et de gloire, tombent dans la nonchalance », les jésuites multipliaient les récompenses et les divertissements : les récompenses pour exciter l'émulation, les divertissements pour dissiper l'ennui de l'internat. Les récompenses ne consistaient pas seulement en distributions solennelles de prix : on accordait aussi aux meilleurs élèves des croix, des rubans, des insignes, comme on fait encore dans certaines écoles primaires et dans les pensionnats de demoiselles. Il y avait quelque puérilité et une condescendance trop marquée pour la vanité extérieure dans ce système de petites récompenses. Les récréations étaient aussi variées que possible, et sur ce point il faut louer les jésuites. Précisément parce qu'ils imposaient à leurs élèves un internat rigoureux, les jésuites étaient intéressés à rendre agréable, s'il était possible, aux jeunes reclus le séjour de leur prison. Les représentations théâtrales ont toujours été en honneur chez les jésuites. L'Université les avait longtemps pratiquées, mais elle les abandonna à cause de leurs inconvénients manifestes: perte de temps, excitation excessive au plaisir, encouragement prématuré donné au désir de plaire. Ce que les jésuites recherchaient dans ces exercices dramatiques, ce n'était pas seulement une distraction pour les jeunes gens, c'était une école de tenue et de bonnes manières. « La tournure, dit un Père jésuite, est souvent la meilleure des recommandations. » L'élève doit apprendre à tenir la tête, les pieds, les mains. Il saura, par exemple, qu'il n'y a pas de dignité, quand on parle, « à avancer l'index, en fermant les autres doigts ; qu'il est très convenable au contraire de joindre ensemble l'annulaire et le médius en écartant un peu les autres doigts ». La préoccupation du decorum, louable en elle-même, aboutissait chez les jésuites à des minuties ridicules et à une affectation lâcheuse.

Un trait particulier de la discipline jésuitique, c'est l'association des élèves au gouvernement de la classe, leur coopération au maintien du bon ordre. Le principe est excellent, mais les jésuites en ont abusé. Dans chaque classe, ils distinguaient des élèves d'élite qui étaient chargés de recueillir les devoirs, de signaler les absences. Jusque là, tout est bien ; mais ces élèves privilégiés devenaient des espions entre les mains des maîtres. Les jésuites ne craignaient pas la délation : ils l'encourageaient. Ainsi l'élève qui avait fait usage de la langue française, au lieu de parler latin, pouvait être déchargé de la punition encourue, s'il prouvait par témoins que le même jour un de ses camarades avait commis la même faute.

Un autre trait caractéristique du régime des collèges des jésuites, c'est le souci qu'on y prenait de la santé des élèves. La Société de Jésus n'est jamais tombée dans l'erreur, trop commune chez les mystiques, de croire qu'on travaille pour l'âme en mortifiant le corps, en le soumettant à des excès de privation et d'austérité. D'autre part, il ne faut pas imposer à l'intelligence un travail excessif. Le travail prolongé e (fatigant, le travail à la façon des bénédictins, n'a jamais été en honneur chez les jésuites. Défense était faite aux écoliers de travailler plus de deux heures de suite. « Vous devez veiller avec un soin particulier, est-il recommandé aux maîtres, à ce que les élèves n étudient pas au temps où leur santé pourrait en souffrir, donnant au sommeil le temps nécessaire et gardant une juste mesure clans les travaux de l'esprit. » Conseils sages, inspirés par une idée exacte de l'équilibre qu'il convient d'établir entre les forces morales et les forces physiques. Ordre militant avant tout, les jésuites ne songent pas à imiter les ordres purement monastiques : ils savent le prix d'un corps robuste, et estiment, comme elle le mérite, la santé physique.

Les jésuites étaient d'autant plus disposés à récréer leurs élèves dans l'intérieur du collège qu'ils leur permettaient moins de distractions au dehors. Les externes étaient soumis eux-mêmes à une surveillance sévère : on leur interdisait d'assister aux spectacles publics, aux grandes réunions, aux exécutions, sauf aux exécutions d'hérétiques. Ce dernier spectacle était autorisé, et presque recommandé, comme salutaire à la foi!

Le défaut le plus général et le plus grave de la discipline jésuitique, sans parler ici des châtiments corporels (Voir Punitions), c'est qu'elle affaiblit outre mesure, elle supprime presque, l'action des parents. On se plaint souvent du casernement, de la séquestration complète des enfants dans les collèges de l'Université. Ce sont les jésuites qui ont inventé le système. Une fois enfermé dans les quatre murs de l'internat, l'enfant n'a presque plus de relations avec ses parents. Les jésuites lui dorent peut-être plus que d'autres les barreaux de sa prison, et l'amusent davantage dans sa cage ; mais ils prétendent en revanche le dominer tout entier et ne laisser rien à faire à la famille. Dans la Ratio, il n'est question qu'une seule fois des parents : « Dans les cas graves, on pourra faire venir le père et la mère, si l'on croit utile de s'entretenir avec eux de leurs enfants, ou même on ira les trouver chez eux, si le rang des personnes exige cette condescendance ».

Il ne faut pas craindre de le dire, la tendance des jésuites est plutôt de relâcher que de resserrer les liens de l'enfant avec sa famille. Voici quelques traits empruntés à un livre du dix-septième siècle qui, sous ce titre : Portrait du parfait écolier, nous révèle l'idéal rêvé par la Société. Il s'agit d'un jeune Tyrolien, Jean-Baptiste de Schultaus, élevé de 1635 à 1640 dans le collège des jésuites de Trente, et qui devint plus tard membre de l'ordre. « Sa mère lui rendit visite au collège de Trente. Il refusa de lui serrer la main et ne voulut même pas lever les yeux sur elle. Celle-ci, étonnée et affligée, demanda à son fils d'où venait la froideur d'un pareil accueil. « Je » ne te regarde point, non parce que tu es ma mère, » mais parce que tu es femme. » Et. le biographe ajoute : « Ce n'était pas là un excès de précaution ; c'est la femme qui toujours chasse l'homme du Paradis ». Quand la mère de Schultaus mourut, il ne montra pas la moindre émotion, « ayant depuis longtemps adopté la sainte Vierge comme sa vraie mère». Après cet exposé rapide des procédés de discipline en honneur dans les collèges des jésuites, examinons maintenant quel était l'enseignement des Pères et l'esprit de cet enseignement.

Le fond de l'enseignement des jésuites, c'est le grec et le latin, surtout le latin. Les deux langues sont placées au même rang dans la Ratio ; mais, en fait, le latin prenait le dessus et devenait la principale étude. Ecrire en latin, tel était l'idéal désiré et souvent atteint, grâce à des méthodes ingénieuses et efficaces. D'abord la langue maternelle, la langue vulgaire comme on disait alors, est interdite jusque dans les conversations de camarade à camarade. On est puni pour avoir parlé français. C'est seulement les jours de fêle et en guise de récompense que les écoliers étaient autorisés à converser entre eux autrement qu'en latin. De perpétuelles études de grammaire latine, des explications d'auteurs, de longues récitations, enfin des exercices écrits en prose et en poésie latines, tels étaient les moyens principaux employés par les jésuites et transmis par eux aux collèges de l'Université. Sans doute, nous sommes loin de croire que l'instruction secondaire ait pour objet unique ou essentiel l'art d'écrire dans la langue de Cicéron : mais le but une fois admis par hypothèse, il faut reconnaître que les jésuites avaient admirablement combiné leurs méthodes scolaires pour l'atteindre.

Il n'est peut-être pas difficile de devenir un bon latiniste, quand on ne songe à. devenir que cela. Or, pendant tout son séjour au collège, l'élève des jésuites n'a pas d'autre préoccupation que l'étude de la langue latine. La Ratio fait, il est vrai, une petite part à l'érudition, c'est-à-dire aux connaissances historiques. Mais c'est seulement à propos des auteurs expliqués en classe que le professeur entrera dans quelques détails sur les moeurs des peuples, sur les événements de l'histoire. « L'érudition, dit la Ratio, ne sera employée qu'avec mesure, afin d'exciter de temps en temps l'esprit, sans empêcher l'étude de la langue. » L'histoire ne pénétrait donc dans les premiers collèges des jésuites que par une porte de derrière, pour ainsi dire, accidentellement, à propos d'un texte grec ou latin. L'histoire moderne et l'histoire de France étaient entièrement laissées de côté. Un Père a écrit de notre temps : « L'histoire est la perte de celui qui l'étudie ». Ce dédain systématique de l'histoire jette à lui seul un grand jour sur l'inspiration générale des études des jésuites. Les faits historiques, comme tout ce qui constitue un enseignement positif, répugnent à un système de formalisme et d'éducation superficielle.

Les auteurs anciens eux-mêmes n'étaient pas expliqués à fond et en entier : on procédait par morceaux choisis, par extraits. On craignait d'appliquer la méthode que Rossuet pratiquait avec le Dauphin : l'élude d'un auteur poursuivie d'un bout à l'autre de ses ouvrages. En d'autres termes, ce n'étaient pas les auteurs anciens dans leur vérité, dans leur intégrité, que les jésuites faisaient connaître aux jeunes gens. Forcés par le goût du temps de faire entrer les lettres antiques dans leur plan d'éducation, ils espéraient, par les travestissements, par les suppressions qu'ils se permettaient, déguiser assez les auteurs pour que l'élève n'y reconnût pas le vieil esprit humain, l'esprit de la nature. Leur rêve était de transformer les auteurs païens en propagateurs de la foi. « L'interprétation des auteurs, dit le P. Jouvency, doit être faite de telle sorte que, quoique profanes, ils deviennent tous les hérauts du Christ (Christi praecones quodammodo fiant). » Le but de la Société de Jésus, ne l'oublions pas, était exclusivement de faire des catholiques. « On s'occupera des belles-lettres, disent les Constitutions, afin d'arriver plus aisément à mieux connaître et à mieux servir Dieu. »

Allant jusqu'au bout dans cette voie, les jésuites en venaient à considérer dans les auteurs profanes les mots plus que les choses. Même arrangés, en effet, et expurgés par une censure scrupuleuse, les auteurs profanes se prêtaient difficilement au rôle de prédicateurs chrétiens qu'on voulait leur faire jouer. Il fallait donc diriger l'attention des élèves, moins sur l'esprit qui les anime, sur les pensées où se manifestent la fierté, l'indépendance et la dignité humaines, pensées peu conformes à l'esprit de la Société de Jésus, que sur les élégances du langage ou les finesses de l'élocution, sur la forme qui, elle au moins, n'est d'aucune religion et ne pouvait en rien porter atteinte à l'orthodoxie nouvelle. De là est sorti ce qu'on a si justement appelé le formalisme jésuitique, plus préoccupé de la forme extérieure des idées que des idées elles-mêmes. De sorte que, par un détour, l'éducation retombait, avec les jésuites, dans le vice fondamental de la discipline du moyen âge, l'abus de la forme. Seulement, au moyen âge, la forme, c'était le raisonnement, l'argumentation rude et grossière, le barbare syllogisme. Ce que les jésuites mettaient à la place, c'était la forme littéraire, l'élégante rhétorique, avec des tours ingénieux, des procédés brillants, des figures aimables.

Il est donc évident que les jésuites cherchaient dans la lecture des anciens, non un instrument d'éducation morale et intellectuelle, mais simplement une école de beau langage. Sur ce point, les aveux abondent dans leurs écrits ; mais il n'en est pas de plus expressif que celui du général Becks, qui dit en propres termes, dans une lettre déjà citée : « Les gymnases resteront ce qu'ils sont de leur nature, une gymnastique de l'esprit, qui consiste beaucoup moins dans l'assimilation de matières réelles, dans l'acquisition de connaissances diverses, que dans une culture de pure forme ». Il ne s'agit pas, on le voit, de développer l'intelligence proprement dite, c'est-à-dire la faculté qui, après avoir réfléchi sur les pensées des autres, s'émancipe et se risque à penser par elle-même. Ce sont les facultés superficielles de l'esprit que les jésuites cherchent à exercer et à occuper, afin que l'élève se résigne plus facilement à laisser inactives les forces intimes de sa raison et, s'il se peut, qu'il ne les soupçonne même pas. Ils donnent beaucoup de temps aux exercices de mémoire, ils excitent l'imagination, ils disciplinent le goût. Mais ils craignent de remuer les profondeurs de l'âme humaine et d'y faire surgir, d'y évoquer ce redoutable esprit d'examen et de réflexion personnelle auquel Descartes, leur élève pourtant, a fait un appel qui a été entendu ; cette raison affranchie qui cite devant elle toutes les croyances, pour les accepter, si elle y voit luire l'évidence, pour les repousser, si elle ne peut s'en rendre compte et les mettre d'accord avec elle-même. Trouver pour l'esprit des occupations qui l'absorbent, qui le bercent comme un rêve, sans l'éveiller tout à fait ; appeler l'attention sur les mots, sur les tournures, afin. de réduire d'autant la place des pensées ; provoquer une certaine activité intellectuelle prudemment arrêtée à l'endroit où à une mémoire ornée succède une raison réfléchie : en un mot, agiter l'esprit, assez pour qu'il sorte de son inertie et de son ignorance, trop peu pour qu'il agisse véritablement par lui-même, par un déploiement viril de toutes ses facultés, telle est la méthode des jésuites. Elle est bonne pour former, non pas des hommes, mais de grands enfants. « Le plus souvent, dit un de nos contemporains, le comte autrichien François Deyn, l'élève des jésuites restera ce que les jésuites ont fait de lui, un esprit borné, non développé, incapable de se passer de la direction paternelle du jésuitisme. » Les jésuites, dit dans le même sens Macaulay, semblent avoir trouvé le point jusqu'où l'on peut pousser la culture intellectuelle sans arriver à l'émancipation intellectuelle.

Nous en avons dit assez pour caractériser l'enseignement donné par les jésuites, et qui pourrait être résumé ainsi : le moins possible de connaissances positives, rien que des exercices purement formels. Les études scientifiques étaient négligées, comme l'histoire. La philosophie était réduite, ou peu s'en fallait, à la dialectique syllogistique.

Sans doute, il faut tenir compte du temps et reconnaître que dans les siècles suivants les jésuites ont suivi le mouvement général qui a si prodigieusement élargi les cadres de l'enseignement scientifique. Mais ils l'ont fait par nécessité plus que par conviction, parce qu'il fallait se plier aux exigences des programmes d'examen, avec défiance plus qu'avec sympathie, sans bien comprendre, ce semble, le rôle que les études scientifiques doivent jouer dans le développement de l'esprit humain. Les langues anciennes étudiées un peu mécaniquement, voilà, à vrai dire, le seul enseignement que les jésuites aient pratiqué avec amour et avec foi.

Même au dix-huitième siècle, les jésuites persistaient dans leurs anciennes méthodes. Il suffit pour s'en convaincre d'étudier les rapports qui furent présentes, en 1762, au Parlement de Paris par les officiers municipaux ou royaux de toutes les villes où les jésuites possédaient des collèges. On y saisit sur le vif et dans toute sa sincérité l'expression des besoins dont le bon sens populaire reconnaissait l'urgence et que la Société de Jésus se refusait à satisfaire. Presque partout ce sont les mêmes doléances et les mêmes projets de réforme. Donnons-en quelques exemples.

Les officiers du bailliage d'Auxerre se plaignent que les écoliers n'étudient dans les classes que quelques auteurs latins, et qu'ils en sortent sans que jamais on leur ait mis dans les mains un seul auteur français. Les officiers royaux de Moulins insistent pour qu'il y ait par semaine au moins une heure de chaque classe consacrée à l'histoire de France. A Orléans, le mémoire de la municipalité appuie sur la nécessité « de faire enseigner aux enfants la langue française et de la leur apprendre par principes». A Montbrison, de même, on demandait que l'on s'occupât principalement d'apprendre aux enfants leur langue et l'histoire de leur patrie, et que, par le récit des vertus des grands hommes de leur pays, on leur inspirât le désir de leur ressembler ; enfin, « que l'on donnât aux enfants une teinture de géographie, surtout de celle de leur pays ». Ces études modernes de la langue et de la littérature française, et aussi de l'histoire nationale, ces études réelles et nécessaires que l'on réclamait de toutes parts, étaient précisément celles que la Compagnie de Jésus, obstinément asservie à son formalisme, répugnait le plus et répugnera toujours à mettre en leur rang, qui est le premier.

L'intérêt de l'enseignement des jésuites réside donc beaucoup moins dans leurs programmes, dans leurs méthodes, que dans l'esprit général qui domine leur pédagogie et qui en est l'âme. Or les jésuites sont des religieux, mais ils ne ressemblent pas aux autres religieux ; ils appartiennent à la grande famille catholique, mais ils ont leur physionomie personnelle. Au milieu des vastes associations que la foi a semées dans le monde, ils constituent une espèce à part ; de tous les corps de la chrétienté, ils sont le plus discipliné et le plus fort ; ils ont gardé l'empreinte du génie de leur fondateur.

Ignace de Loyola savait, pour avoir lu l'histoire du moyen âge, ou bien avait compris d'instinct, quels ont été, quels peuvent être les défauts inhérents aux institutions monastiques. L'écueil du religieux, c'est que son esprit se perde dans des contemplations, dans des rêveries, fécondes peut-être pour la foi, mais stériles pour l'étude, qui élèvent l'âme individuelle, mais qui la laissent impuissante pour l'action. Aussi Loyola a-t-il interdit à ses disciples l'excès des prières et des méditations. Rien de moins mystique que l'esprit des jésuites ; de là le secret de leur force en ce qui concerne le gouvernement des âmes, et cette opiniâtreté invincible qu'ils apportent dans l'accomplissement de leurs projets. Absorbés dans l'extase, usés. par l'ascétisme, les jésuites auraient-ils pu consacrer à l'oeuvre de l'éducation une attention aussi soutenue et une pareille force de volonté?

Mais ce qui donne surtout à l'enseignement jésuitique sa puissance et son relief, c'est le principe d'obéissance devenu le mot d'ordre de tous les membres de la Société, depuis le plus humble jusqu'au plus éminent. On ne fait de grandes choses dans le monde que par l'accord des volontés. Ce sont les indisciplinés qui agitent l'humanité. Ce sont les disciplinés qui la mènent. Or, jamais le sentiment de la discipline n'a été poussé plus loin que dans la Société de Jésus : « Renoncer à ses volontés propres est plus méritoire que de réveiller les morts. » — « Il faut nous attacher à l'Eglise romaine au point de tenir pour noir un objet qu'elle nous dit noir, alors même qu'il serait blanc. » — « La confiance en Dieu doit être assez grande pour nous pousser, en l'absence d'un navire, à passer les mers sur une simple planche. » — « Quand même Dieu t'aurait préposé pour maître un animal privé de raison, tu n'hésiterais pas à lui prêter obéissance, ainsi qu'à un maître et à un guide, par cette seule raison que Dieu l'a ordonné ainsi. » Quels prodiges de dévouement n'est-on pas en droit d'attendre d'une Société où des milliers de volontés abdiquent tout mouvement propre pour marcher du même pas au même but, pour avancer, sans rébellion d'amour-propre, sans tâtonnements stériles, dans une voie invariable? Le bon ordre, condition essentielle des études ; la suite dans le but et dans les méthodes, sans laquelle on s'égare d'essai en essai, d'expérience en expérience ; la discipline enfin, qui empêche tout écart de la part du maître ; n'est-il pas évident que tous ces avantages sont réalisés dans les collèges d'une Société qui se soumet à la loi de l'obéissance passive, et qui marche comme un régiment?

Disons encore que, inférieurs à leur tâche sous tant de rapports, les jésuites, sur un point, n'ont rien à envier à personne : nous voulons parler de ce dévouement, de ce zèle professionnel, qui supplée souvent à l'insuffisance des méthodes, et qu'on ne saurait leur contester.

Mais à côté du bien, il faut voir le mal : à côté des bons résultats de la discipline jésuitique, que de dangers à craindre ! Le système de l'obéissance absolue, de l'obéissance aveugle, supprime toute liberté, toute spontanéité. L'originalité est interdite. C'est un crime d'ouvrir une voie nouvelle. L'action personnelle vivante d'un maître qui obéit à son génie est chose inconnue chez les jésuites. Une monotonie insipide est souvent le défaut de leurs classes. Qu'on relise les Constitutions, et l'on verra jusqu'à quelle puérilité y est poussée la manie de la réglementation. Il est prescrit d'éviter les plis au front, au nez, afin que la sérénité extérieure rende témoignage de la gaîté de l'âme. Quand on s'entretient avec des personnes de qualité, il faut les regarder non dans le blanc des yeux, mais en dessous. On indique exactement la façon dont il faut tenir la tête, les mains, remuer les yeux, les lèvres. La vie entière est réglementée. Le jésuite ne s'appartient plus. Il est un règlement en action. Son existence mécanique, automatique, est une sorte de mort spirituelle. « Il faut se laisser gouverner par la divine Providence agissant par l'intermédiaire des supérieurs de l'ordre, comme si l'on était un cadavre que l'on peut mettre dans n'importe quelle position et traiter suivant son bon plaisir ; ou encore comme si l'on était un bâton entre les mains d'un vieillard qui s'en sert comme il lui plaît. » Et, comme on craint que l'esprit humain, que le moi ne se révolte un jour ou l'autre contre cet asservissement moral, contre cet esclavage du sentiment et de la pensée, la surveillance la plus minutieuse est organisée. Avant 1762, le général de l'ordre recevait par an six mille cinq cent quatre-vingt quatre rapports. « Nul monarque de la terre, dit un historien, n'est aussi bien renseigné que le général des jésuites. » Que peut être l'éducation dirigée par de tels maîtres, sinon une véritable tyrannie déguisée sous une douceur feinte, un despotisme insinuant qui ravit aux hommes toute liberté? N'est-il pas à craindre que les jésuites, instruments serviles d'une volonté supérieure, ne soient disposés à généraliser l'idéal de vertu qui leur est imposé à eux-mêmes, à le proposer à leurs disciples? N'est-il pas à craindre qu'ils ne tendent à développer l'habitude de l'obéissance irréfléchie, de la souplesse, de l'humilité, plutôt que les fortes vertus du caractère, le sentiment de la dignité personnelle, la conscience du droit, le courage et l'indépendance?

L'éducation jésuitique a été combinée en définitive plutôt pour former des gentilshommes aimables que pour créer des âmes humaines, complètes et en possession de toutes leurs forces : elle n'est pas assez générale. En outre, elle détourne trop l'attention de relève sur des intérêts étrangers aux intérêts du pays : elle n'est pas assez patriotique. Elle a d'autres défauts encore. Le plus grand est peut-être que, pour les jésuites, l'éducation est un moyen, non un but ; un moyen de propagande religieuse et d'influence politique. Les jésuites ne sont pas des pédagogues assez désintéressés pour nous plaire. Il faut à l'éducateur véritable ce détachement des intérêts de parti qui lui permet de ne voir dans l'élève qu'un esprit à cultiver et une âme à former. Et qu'on ne dise pas que l'influence morale de» jésuites est compensée par l'excellence de leurs méthodes d'instruction. Nous avons montré que leurs méthodes sont factices, artificielles et superficielles, et, sur ce point, tous les observateurs impartiaux sont de notre avis.

« Pour l’instruction, dit M. Bersot, voici ce qu'on trouve chez eux : l'histoire réduite aux faits et aux tableaux, sans la leçon qui en sort sur la connaissance du monde, les faits même supprimés ou changés, quand ils parlent trop ; la philosophie réduite à ce qu'on appelle la doctrine empirique, et que M. de Maistre appelait la philosophie du rien, sans danger qu'on s'éprenne de cela ; la science physique réduite aux récréations, sans l'esprit de recherche et de liberté ; la littérature réduite à l'explication admirative des auteurs anciens et aboutissant à des jeux d'esprit innocents. A l'égard des lettres, il y a deux amours qui n'ont de commun que le nom : l'un fait des hommes, l'autre de grands adolescents. C'est celui-ci qu'on trouve chez les jésuites: ils amusent l'âme. »

En résumé, plus on voudra former des hommes, plus on aimera dans l'éducation la franchise, dans l'instruction l'étendue et la profondeur ; plus on recherchera la fermeté de la volonté, l'indépendance de l'esprit, la droiture du coeur, et plus l'enseignement des jésuites perdra de son crédit et de son autorité.

Source : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2957

Commentaire : ce texte a été écrit avant l’élection du nouveau pape.

En mémoire du RP Riquet jésuite et ami de la Franc-Maçonnerie

 

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Habemus Papam : Prière de St François

13 Mars 2013 , Rédigé par St François d'Assise Publié dans #spiritualité

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix!

Là où il y a de la haine, que je mette l'amour.

Là où il y a l'offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l'union.

Là ou il y a l'erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l'espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé...qu'à consoler

à être compris...qu'à comprendre

à être aimé...qu'à aimer

Car

c'est en donnant...qu'on reçoit

c'est en s'oubliant ...qu'on trouve

c'est en pardonnant...qu'on est pardonné

c'est en mourant...qu'on ressuscite à l'éternelle vie.

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Kabbalah et vie moderne

31 Janvier 2013 , Rédigé par Rav Itzhaq Ginsburgh Publié dans #spiritualité

INTRODUCTION
Les 7 lois noahides sont les commandements que Dieu a transmis à Adam, puis à Noé et à tous ses descendants après l'époque du déluge. Les 7 lois noahides existent depuis la genèse de la création et concernent toute l'humanité. A l'origine, elles faisaient partie de la « Torah », « la Loi », que Dieu donna au peuple d'Israël sur le Mont Sinaï. La Torah représente la source première de ces 7 commandements. Elle impose au peuple d'Israël l'obligation de les enseigner à toutes les nations du monde. Tout homme qui s'engage à suivre les 7 lois noahides reconnaît de facto que le but ultime de sa vie est de servir Dieu et de rétablir la paix dans le monde.

LA NATURE DE L'AME
Chaque âme humaine possède 10 « sephirot », les 10 pouvoirs spirituels d'expression de l'âme. Les 3 premières sephirot sont intellectuelles, et les 7 suivantes relèvent des émotions. Les 3 premiers pouvoirs liés à l'intellect représentent la force de motivation première de l'élément divin de l'âme. Les 7 autres pouvoirs émotionnels représentent la force de motivation première de l'élément animal de l'âme.
A l'état naturel de l'âme animale, les 3 pouvoirs de l'intellect sont au service des désirs terre-à-terre des 7 pouvoirs des émotions. La fonction essentielle des 7 lois noahides est de rectifier cet état. Pour un être humain, un recadrage spirituel implique le raffinement de ses 7 pouvoirs émotionnels innés, en s'engageant à appliquer les 7 commandements noahides. La nature primitive d'un homme va être ainsi transformée en une seconde nature, régénérée et rectifiée, lui permettant alors d'accéder aux 3 niveaux supérieurs de son âme et d'avoir une nouvelle vision du monde. Cette vision est la porte d'accès à la connaissance de l'unité divine. Une telle perception entraîne alors les 7 pouvoirs émotionnels à se mettre au service des 3 pouvoirs intellectuels de l'âme, aboutissant ainsi à la rectification de l'état naturel de l'âme.
Si un individu néglige ses obligations quant à l'observance des 7 lois noahides, il restera toujours dans l'incapacité d'accéder à la véritable unité divine et risquera perpétuellement de sombrer dans un panthéon de cultes païens : le culte du spectacle, de l'argent, du pouvoir, de la dépravation des mœurs , le culte de l'homme, de la nature, de l'autodiscipline, etc. Tous ces cultes ont pour but la négation du service des 3 pouvoirs intellectuels de l'âme au profit de la connaissance de l'unité divine. En bref, l'idolâtrie peut être définie comme le culte de n'importe quoi ou n'importe qui, autre que la véritable unité divine.
Le chiffre 7 a aussi une signification spéciale dans la tradition biblique. Il est chargé d'un caractère affectif. Selon les sages d'Israël, tous les septièmes sont « chéris ». A l'opposé, chez les nations, le chiffre 7 représente généralement la réalité séculaire. Par exemple, le septième jour de la création n'aura qualitativement rien de différent des six autres jours de la création. Il restera un jour de travail et d'activité matérielle, comme tous les autres jours. Tandis que pour les Juifs, c'est un jour de repos et de rupture de toute activité matérielle créatrice. Le septième jour va permettre à l'homme de vivre l'expérience du dévoilement de la transcendance divine. Le chiffre 7 symbolise, dans le Judaïsme, l'unité, tandis que dans la culture universelle, il représente la pluralité.

LES 7 LOIS NOAHIDES
Les 7 commandements noahides correspondent aux 7 pouvoirs émotionnels de l'âme, qui correspondent eux-mêmes aux 7 parties du corps principales.

HESSED = l'amour ; la bonté et la générosité gratuites

Interdiction de l'adultère, l'inceste, l'homosexualité et toute forme de débauche

BRAS DROIT

GUEVOURA = la force

Interdiction du meurtre

BRAS GAUCHE

TIPHERET = la beauté

Interdiction du vol

TORSE

NETSAH = la victoire

Interdiction du culte des idoles

JAMBE DROITE

HOD = splendeur, reconnaissance, remerciement

Interdiction du blasphème

JAMBE GAUCHE

YESSOD = fondement

Interdiction de consommer un membre arraché à un animal encore vivant

ORGANES SEXUELS

MALKHOUT = royauté

Etablissement d'une justice équitable

BOUCHE

La dépravation sexuelle représente la dégradation et la transformation en mal de la qualité de bonté et de générosité.
Le meurtre représente la dégradation et la transformation en mal de la qualité de la force.
La beauté est une qualité qui facilite l'intérêt et la considération dans les rapports sociaux. La dégradation de cette qualité et sa transformation en mal est représentée par le vol.
La foi en Dieu représente la victoire ultime de l'homme contre le mal (dont le seul pouvoir réel représente sa faculté à dévier la foi en Dieu). Elle ouvre la porte à l'éternité. La transformation en mal de la foi est le culte des idoles.
Le blasphème est le « partenaire » du culte des idoles. Il représente la transformation en mal de la gratitude à l'égard de Dieu.
Les 5 premiers des commandements noahides, ainsi que le 7ème, ont été donnés à Adam à l'origine. Le 6ème commandement a été donné à Noé, après le déluge. La Torah se réfère à Noé, comme étant le « Tsadik » (juste) et le « Yessod » (fondement) de sa génération. Les 10 premières générations de l'humanité avaient reçu de Dieu l'ordre d'être végétariens. Après le déluge, Dieu autorisa Noé et ses descendants à manger de la viande. Il leur interdit néanmoins de consommer un membre arraché à un animal encore vivant, ainsi que du sang provenant d'un animal encore vivant.
Le 7ème commandement noahide est le seul qui soit positif. Il consiste à établir un pouvoir exécutif destiné à juger toutes les transgressions liées aux 6 commandements précédents. Son but est de créer une société droite et juste. Il correspond à la royauté, représentant le fondement de tout gouvernement. La qualité de royauté reçoit un influx de tous les autres pouvoirs de l'âme. Dans le corps humain, cette faculté de régner correspond à la bouche, dont la fonction principale est de diriger et contrôler la société.

LES 7 PRINCIPES DE LA FOI
Chacune des 7 lois noahides contient une dimension interne reliée aux 7 principes du service de Dieu. Le « Tikoun » ou « réparation de l'univers » dépend de l'application des 7 lois noahides par les non-Juifs. Ayant reçu la Torah sur le Mont Sinaï depuis plus de trois mille ans, le peuple juif détient la responsabilité de transmettre à l'humanité l'héritage de ces 7 lois. Ainsi, un non-Juif ne pourra jamais accéder au rang d'un être vertueux par le mérite des 7 lois s'il ne ressent aucune affinité avec le peuple d'Israël, même si cet individu possède une grande finesse de caractère lui conférant un comportement des plus humanistes. De la relation d'un non-Juif avec un Juif dépendra donc le redressement spirituel de l'univers.
Lorsqu'un homme ressent une profonde affinité pour les Juifs, il reçoit un influx d'inspiration divine issue de l'âme même du peuple d'Israël. Il devient alors animé de la ferme motivation d'être un homme digne, dans toutes ses relations avec autrui, et de consacrer sa vie au service de Dieu. Le redressement total du monde va dépendre du degré d'inspiration et de spiritualité qu'il recevra par le biais du peuple juif jouant un rôle de prêtre parmi les nations, et
oeuvrant en faveur du bien de la société.
Quand les nations respecteront strictement les 7 commandements noahides, les hommes seront attirés les uns vers les autres, dans une relation d'amitié sincère et d'amour gratuit, et ce, dans un sentiment existentiel d'humilité vis-à-vis de son prochain. Le monde acceptera alors le joug de la royauté céleste, tel qu'il est défini dans la Torah, et accédera à une vision authentique de la vie.
La fonction initiale de chacun des 7 principes de la foi et du service divin pour les hommes est d'élever leur conscience à un niveau supérieur. Ce résultat sera forcément accompagné d'une plus grande capacité d'expression du libre arbitre.
Chacun des 7 pouvoirs émotionnels de l'âme, à savoir l'amour du bien, la force, la beauté, la victoire, la splendeur, le fondement, et la royauté, possède une dimension sous-jacente. Ce sont, respectivement : l'amour, la peur, la miséricorde, la confiance, la sincérité, la vérité et l'humilité. Nous allons examiner ci-après comment chacun des 7 pouvoirs conduit l'homme à un état déterminé de conscience, et à la mise en application d'un principe défini de la foi et du service divin.

L'AMOUR OU LA RECREATION PERPETUELLE DE L'UNIVERS
Il n'est pas nécessaire d'avoir une intelligence hors du commun pour se rendre compte que D. ieu a créé l'univers. Aucune entité ne peut se créer elle-même.
L'esprit humain étant toujours rattaché à la notion de temps, il faut rappeler que la genèse de la création du monde semble se situer dans un passé lointain. Depuis cet instant-là, l'univers a été porté à l'existence, avec sa quantité globale de matière et d'énergie. Il continue, certes, à exister et à évoluer naturellement, mais seule sa forme subit une transformation. Selon les lois de la physique, il n'y a nulle part création nouvelle de matière ou d'énergie, mais transformation de matière ou transformation d'énergie, à partir d'une matière ou d'une énergie déjà existantes.
Or, la conscience de l'existence de la présence divine débute par la perception du principe de la REcréation perpétuelle de l'univers, par Dieu. Si Dieu n'était pas impliqué dans un tel processus (comme Il l'a été depuis l'instant zéro), en réinsufflant dans le monde une impulsion créatrice à chaque instant, l'univers entier retournerait au néant primitif d'où il a été créé. Pour comprendre correctement ce processus de REcréation perpétuelle de l'univers, il faut apprécier l'amour infini que le Créateur porte à chacune de ses créatures, comme l'exprime le Psalmiste : « Le monde est construit à partir de l'amour du bien gratuit » (Psaumes, 89-3). Le prototype de l'amour du bien gratuit est représenté dans la Torah par le personnage d'Abraham. En hébreu, le nom propre AB-RA-HAM contient les même lettres que le mot HI-BAR-AM (= « lors de leur création »). Il y a donc similitude d'identité entre le bien gratuit et la création du monde.
En outre, la Bible établit clairement qu'Abraham et son épouse ont littéralement « créé » des individus vertueux en détournant des hommes païens du culte des idoles et en les guidant vers la connaissance et le service de Dieu. Or, cet amour infini que Dieu porte à la création, s'identifie, dans son essence, à la racine suprême de l'âme d'Abraham, le premier individu juif dans l'histoire de l'humanité. Par conséquent, si un non-Juif reconnait que son existence propre, ainsi que celle de toute entité matérielle réelle, dépend perpétuellement de ce même amour divin infini, il sera automatiquement attiré à aimer le peuple d'Abraham.
Le verbe « créer » contient, dans la langue hébraïque, les mêmes lettres que celles de l'adjectif « sain ». Etant donné que Dieu continue perpétuellement à « recréer » l'univers, Il continue aussi perpétuellement à insuffler en lui un courant de guérison. En d'autres termes, faire attention au processus de REcréation perpétuelle revient à attirer dans son existence personnelle une force de guérison divine. Une telle conscience permet de se guérir soi-même et d'acquérir le pouvoir de guérir les autres.
En résumé, le point de départ de la réparation spirituelle de l'humanité est la perception du processus de REcréation perpétuelle de l'univers.

TOUT EST ENTRE LES MAINS DU CIEL, SAUF LA CRAINTE DU CIEL
Tout homme possède un libre-arbitre lui permettant de choisir librement d'appliquer ou d'ignorer les 7 commandements noahides. Néanmoins, les sages d'Israël enseignent que tout est entre les mains du ciel, sauf la crainte du ciel. Le libre arbitre de l'homme se rapporte essentiellement à la crainte du ciel que l'homme ressentira.
Ce précepte se réfère directement à la manière de servir Dieu. Le livre des Psaumes aborde ce sujet dans deux versets distincts. L'un dit : « Servez Dieu dans la joie » (Psaumes, 100-2) et l'autre énonce : « Servez Dieu dans la crainte » (Psaumes, 2-11). En fait, le premier verset s'adresse à ceux qui font partie du « peuple des serviteurs de Dieu », tandis que le second verset concerne ceux qui n'en font pas encore partie. Néanmoins, chaque être humain est libre de gravir les échelons de l'échelle de la foi. N'importe quelle personne dotée d'une âme motivée peut atteindre l'absolu divin, faire partie du peuple des serviteurs de Dieu et être considéré comme l'un de ses enfants à part entière.
Il existe de nombreux niveaux de la crainte divine. Le niveau le plus courant se réfère à la crainte du châtiment divin, qui va induire l'homme à s'abstenir de pécher. Chez un serviteur de Dieu, le niveau basique se réfère à la crainte du Roi de l'univers omnipotent. S'il est vrai que ces deux niveaux se réfèrent invariablement au pouvoir de Dieu de décréter la vie ou la mort, le premier niveau ne se focalise nullement sur le Roi tout-puissant lui-même, mais seulement sur la menace de la sanction divine. Lorsque le niveau de crainte divine éprouvée par un homme rejoint le niveau correspondant chez un serviteur de Dieu, ce même homme devient lui aussi apte à expérimenter une approche du Roi lui-même, et à s'adresser à lui dans ce même esprit de crainte. Cette étape représente l'origine essentielle du pouvoir de l'âme à agir sous l'emprise du libre-arbitre. Le seul et unique choix véritable qu'une personne fait dans sa vie est de s'adresser ou non à Dieu. A l'extrême, un serviteur de Dieu se tourne vers Dieu dans une relation d'amour l'amour qu'un fils porte à son père. Un homme se tourne vers Dieu dans une relation de crainte la crainte qu'un serviteur ressent pour son maître. Néanmoins, c'est le sentiment de crainte divine de l'âme d'un serviteur de Dieu qui va permettre au sentiment de crainte divine d'un homme de s'élever.
Le plus grand exemple, cité dans la Bible, d'une société se tournant vers Dieu est l'histoire du repentir de la cité de Ninive, relatée dans le livre de Jonas. Les Juifs font la lecture publique de cette histoire, au point culminant de la journée la plus sainte de l'année : le Yom Kippour ou « Jour du Grand Pardon ». Ce livre se réfère à l'action d'une seule âme juive, celle du prophète Jonas, qui devint un instrument entre les mains du Tout-Puissant afin d'inciter une multitude d'âmes à revenir sincèrement à Dieu et amender leur conduite. Il apparaît dans ce texte biblique que les habitants de Ninive étaient motivés, au début, par la crainte du châtiment divin. Cependant, après avoir entendu le miracle vécu par Jonas, ils reçurent une inspiration d'une dimension nouvelle et purent, à leur tour, ressentir une crainte du D. ieu d'Israël, d'un niveau supérieur.

LA MISERICORDE DIVINE ACCOMPLIT DES MIRACLES
Au commencement, Dieu avait l'intention de créer le monde selon le principe de justice : chaque individu serait alors jugé et rétribué en accord avec le mérite de ses intentions et de ses actes. Mais il vit que le monde ne pourrait alors subsister. Aussi Dieu fit-il passer au premier plan l'attribut de miséricorde et l'associa à l'attribut de justice, et ce fut ainsi qu'il put créer un univers durable.
L'ordre naturel de la création reflète l'attribut de rigueur divine, tandis que la miséricorde divine s'exprime sous forme de miracles qui viennent dépasser et remplacer les lois naturelles au sens strict du terme. La miséricorde divine s'étend sur toutes ses créatures, comme l'exprime le Psalmiste : « L'Eternel est bon pour toute la création, et sa miséricorde s'étend sur toutes ses
oeuvres » (Psaumes, 145-9).
Le processus de REcréation perpétuelle représente pour Dieu un acte d'amour gratuit. Les lois naturelles parfaitement établies, et qui restent vraies au-delà de la création de l'espace-temps, sont le reflet de l'attribut divin de toute-puissance et de jugement. La règle fondamentale de la rigueur divine est celle de « mesure pour mesure ». Dans son infinie miséricorde (qui représente la dimension profonde de l'attribut divin lié à la beauté), Dieu permet au règne du surnaturel de se manifester.
La reconnaissance de l'attribut divin de miséricorde et du désir et du pouvoir que Dieu a de changer le cours naturel des choses (sans rapport direct avec les mérites de l'homme) réveille dans le coeur de l'homme le désir de se tourner vers le Créateur et se consacrer à son service. Dans le langage des sages d'Israël, la prière est définie comme « une requête de miséricorde ». Nous prions que Dieu nous guérisse « miraculeusement » de toute maladie, qu'il pourvoit aux besoins des pauvres et gratifie les couples stériles d'une progéniture. Nous prions aussi Dieu qu'il nous accorde un esprit saint et un corps pur afin de le connaître et d'être apte à imiter son comportement.
Les sages d'Israël enseignent que le meilleur moyen pour « réveiller » la miséricorde divine est d'adopter soi-même un comportement de miséricorde, de sympathiser avec autrui et de faire preuve de miséricorde envers tous. En d'autres termes : « Quiconque témoigne de la miséricorde envers les autres sera lui-même jugé avec miséricorde par le Ciel ».
Si un homme analyse l'histoire du monde, des temps antiques à nos jours, il sera surpris de constater à quel point Dieu a fait preuve de miséricorde envers les enfants d'Israël. Même pendant les périodes d'extermination de l'exil, leur flambeau ne s'est jamais éteint. Lorsqu'on constatera un tel phénomène, on pourra avoir une approche véritable de ce que représente réellement l'attribut de miséricorde dans la manière de servir Dieu.
Dans les prophéties bibliques, le Messie est décrit comme un mendiant implorant la miséricorde humaine au seuil de l'entrée d'une maison. Seul un tel individu pourra apporter le salut à l'humanité entière. C'est seulement en reconnaissant la miséricorde divine et les actes miséricordieux dont l'Eternel gratifie toute la création que les hommes pourront se connecter avec l'âme du véritable sauveur de toute l'espèce humaine.

LA VICTOIRE (= LA CONFIANCE) OU L'AUTO-TRANSFORMATION
Dans le service de Dieu, la victoire ultime de l'âme humaine représente le triomphe du bon penchant de l'homme sur son mauvais penchant. Pour atteindre la victoire dans cette guerre spirituelle, il faut passer par une phase de métamorphose de sa personnalité.
La Torah demande à l'homme un changement de son comportement afin de devenir un individu vertueux. Les hommes qui acceptent les 7 lois noahides comme un héritage transmis par la Torah à l'humanité entière, par l'intermédiaire de Moïse le serviteur de Dieu, subissent alors ce changement souhaité et atteignent un niveau supérieur de libre-arbitre.
Comme pour tous les pouvoirs cachés de l'âme, la victoire possède une dimension cachée : le pouvoir de mettre toute sa confiance en Dieu. Lorsqu'un individu médite sur l'influence permanente de D. ieu sur le monde, combien le Créateur pourvoit continuellement aux besoins de chaque être humain et lui accorde toutes les ressources spirituelles nécessaires à l'amélioration de sa conduite et de ses traits de caractère, lui permettant ainsi de se transformer en une créature nouvelle, lorsqu'il médite sur tous ces bienfaits, un sentiment de confiance en Dieu va naître dans son âme.
La qualité de la victoire dérive de l'amour du bien gratuit. Dans le service divin, un tel amour correspond à la conscience du processus de REcréation perpétuelle. La victoire est envisageable lorsque l'on garde la conviction qu'il est toujours possible, et par conséquent jamais trop tard pour qui que ce soit de redresser son comportement et se transformer.
La victoire suit les 3 états précédents de conscience :
Conscience de l'amour du bien gratuit
Conscience de la crainte
Conscience de la miséricorde
Lorsqu'on a goûté à l'expérience de l'amour que Dieu nous porte (par exemple, lorsqu'il nous « crée » à nouveau à chaque seconde), nous allons nous tourner vers lui sous le dévoilement de la crainte, qui représente le cachet de l'expression du libre arbitre, et en venir finalement à reconnaître sa miséricorde. Le plus grand miracle opéré par Dieu est ce cadeau offert à l'homme de pouvoir s'améliorer. Si un homme suit le processus de semi-transformation de sa personnalité en un modèle d'être humain vertueux, processus nécessaire à l'obtention du titre de « juste parmi les nations », il brise son emprisonnement spirituel issu des niveaux obscurs inhérents à son âme animale (représentant l'état de l'être humain imprégné d'un mélange de bien et de mal) et accède au niveau de l'âme divine. Il dévoile ainsi l'attribut de victoire, et devient à son tour un homme « victorieux ».

LA SINCERITE : « JE SUIS LE SERVITEUR D'ABRAHAM » (Genèse, 24-34)
Tout homme est destiné à devenir un serviteur de Dieu. La conscience de la servitude est identifiée dans la Kabbalah à l'attribut divin de la « splendeur », dont la dimension cachée est la « sincérité ». Ainsi, un serviteur sincère se tiendra devant son maître dans un état de soumission totale. Cet état de soumission sincère va créer une auréole de « splendeur » qui réunira à la fois le maître et le serviteur.
La sincérité dérive de la crainte. Lorsqu'un homme acquiert les qualités de soumission et d'auto-engagement, il en vient à servir Dieu avec crainte et joie simultanément.
La victoire et la splendeur donc la confiance et la sincérité agissent comme deux partenaires. Ces deux qualités représentent deux formes d'auto-transformation. La victoire correspond soit à une transformation totale de l'âme animale, soit à un processus de semi-transformation requis afin de devenir un individu vertueux. La splendeur correspondra à la conversion totale à une identité de serviteur fidèle à Dieu.
Dans la Bible, un exemple classique de serviteur vertueux et fidèle à Dieu est Eliézer le Cananéen, serviteur d'Abraham. Par égard à sa vocation totale au service de son maître, Abraham l'a placé intendant sur toute sa maison. Dans sa dévotion sincère et absolue à la volonté d'Abraham, Eliézer a mérité se séparer du monde maudit pour entrer dans le monde béni. A travers l'exemple d'Eliézer, nous nous trouvons en présence d'un cas de réparation spirituelle de l'âme d'un homme, concernant l'interdiction noahide de blasphémer (la 5ème des 7 lois noahides), qui correspond à la qualité de la splendeur ou de la reconnaissance.
Eliézer proclame : « Je suis le serviteur d'Abraham » (Genèse, 24-34). Il ne se réfère pas à lui-même en citant son propre nom. Il a donc déjà atteint le niveau d'une prise de conscience existentielle : celle de n'exister qu'à travers l'identité de son maître Abraham.

LA VERITE : LA PROVIDENCE DIVINE
Les sages d'Israël se réfèrent à l'attribut divin de « vérité » comme étant le « sceau » de Dieu dans la création. Exactement à la manière d'un peintre qui signe son nom sur une de ses
oeuvres, Dieu a apposé son « emblème » par l'intermédiaire de l'attribut de vérité sur tout élément réel de la création. L'éternelle sensation de la présence de Dieu et de sa providence dans le monde, c'est cela la « signature » de Dieu sur l'oeuvre de sa création. Concrètement, Dieu et sa providence sont omniprésents. Dieu crée le monde avec l'attribut d'amour. Il opère des miracles avec celui de la miséricorde. Il fait connaître à toute la création sa présence et sa providence, grâce à l'attribut de vérité.
La providence divine est comparée, dans la Bible, aux « yeux du Créateur ». Elle observe avec vigilance et détermine le cours immédiat comme l'avenir à long terme de n'importe quel élément de la création, fut-il le plus minuscule. C'est elle qui jauge et module le « pouls de la vie » dans chaque créature vivante, dispensant continuellement le processus de la vie.
Il existe deux niveaux de conscience dans l'approche de la providence divine. Le premier niveau consiste à reconnaître le souci que Dieu porte au sort de chacune de ses créatures. Le second niveau consiste à reconnaître pleinement et totalement que le sort de chaque élément de la création, et de toutes les créatures, est invariablement lié à un processus d'évolution de l'univers divin vers un objectif déterminé et des buts bien définis. Chaque événement ou phénomène se réalisant dans le cosmos, du microsome au macrocosme, est intrinsèquement lié à un autre événement ou phénomène, ou même à d'autres événements qui contribuent tous à l'objectif ultime de Dieu : « lui façonner une résidence, ici-bas ». Après que le plus bas niveau de réalité matérielle a reconnu l'influence de cette lumière transcendante qui irradie l'univers et a fusionné avec elle, seulement alors la présence divine peut venir « résider » parmi nous.

LA MODESTIE : UNE DEMEURE POUR DIEU
Toutes les étapes du processus créateur (l'évolution des mondes, leur interaction et leur réunification ultime) dépendent de la dynamique du don et de la réception. La volonté de donner et celle de recevoir représentent les deux grandes forces cosmiques fondamentales de l'univers. La volonté de « donner » représente le principe « mâle » de la création, tandis que celle de « recevoir » en représente le principe « femelle ».
Se rendre compte du caractère « vide » de ses « récipients » propres, c'est expérimenter sa modestie existentielle. Cette qualité représente la dimension cachée de l'attribut divin de « royauté », le septième et dernier des pouvoirs émotionnels de l'âme. En conclusion de toute expérience émotionnelle, la sensation de modestie implique une dépendance totale envers la bienveillance divine.
Le désir ultime de Dieu en créant le monde est d'amener notre niveau de réalité le plus modeste à servir d'emplacement à la résidence divine, de demeure dans laquelle l'essence de Dieu puisse être révélée. La qualité de modestie désigne, dans l'âme, l'état de référence à ce « domicile ».
Toutes les âmes aspirent à s'élever, du niveau de l'animal à celui de l'homme, et d'acquérir le statut de fils premier-né de Dieu, et ce, comme si Dieu lui-même y avait apposé son sceau. En d'autres termes, c'est le receveur lui-même qui va attirer, depuis le niveau d'en bas où il est reclus, la volonté du donneur de descendre et de franchir le seuil de la demeure créée à son intention. Ce processus définit la mission de l'humanité : faire de ce monde une demeure plaisante, un domicile digne où la présence divine descendra illuminer la réalité toute simple et y apporter la bénédiction.
La relation entre les Juifs et les non-Juifs dans le processus de réparation spirituelle de l'humanité est un véritable partenariat, semblable au partenariat existant dans la vie d'un couple homme/femme. Dieu est le troisième « partenaire » dans tout mariage. C'est par son pouvoir que le couple s'accomplira et pourra porter ses fruits.

CHARTE SYNOPTIQUE DES 7 LOIS NOAHIDES

LA CRAINTE
La crainte du ciel
Le libre arbitre position en état de crainte vis-à-vis de Dieu
L'AMOUR DU BIEN GRATUIT
Vivre l'expérience du processus de la REcréation perpétuelle
l'amour, énergie créatrice
LA MISERICORDE
Se tourner vers Dieu par la prière
Implorer sa miséricorde
Reconnaître la vraie source de toutes les bénédictions
LA SINCERITE
Le service du roi
Le simple serviteur
Et le serviteur fidèle
LA VERITE
La providence divine
Le salut de l'homme et de l'animal
LA MODESTIE
Devenir un réceptacle
Le pouvoir inhérent à un récipient : « s'élever de son niveau inférieur »

Source : http://www.galenai.fr/index.php/7-lois-de-noe

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L’architecture morale

30 Janvier 2013 , Rédigé par Oswald Wirth Publié dans #spiritualité

Pour construire matériellement, il convient de déblayer le terrain choisi et de l'aplanir, afin qu'il puisse se prêter aux opérations géométriques déterminatives de l'orientation et du plan du futur édifice. Il faut ensuite creuser le sol jusqu'aux couches résistantes du terrain, puis dresser des échafaudages s'élevant jusqu'à la hauteur assignée à la construction. Enfin les blocs extraits de la carrière sont charriés sur place et taillés selon leur destination. Il est indispensable qu'ils puissent s'ajuster entre eux dans la perfection, qu'ils soient alignés en assises horizontales et celles-ci superposées verticalement. N'oublions pas le ciment qui relie les matériaux et réalise l'unité de l'ensemble.

L'art de bâtir procède d'une manière analogue dans le domaine humain. Substituez des hommes aux blocs de pierre et vous ne les unirez pas autrement qu'en les conformant à la place qu'ils sont destinés à tenir dans une société humaine harmonique et sagement coordonnée, comme un édifice bien construit.

La philosophie des anciens constructeurs matériels s'est complue à transporter dans le domaine de l'
esprit les opérations architecturales. Le déblaiement du terrain s'est ainsi traduit par le rejet hors de l'entendement des idées encombrantes, impropres à la construction mentale projetée. Dans son Discours sur la Méthode, Descartes s'est inspiré d'une nécessité constructive, en prescrivant au chercheur de vérité de commencer par faire table rase de toutes ses idées préconçues et de tous les préjugés reçus de son milieu. Répudiant l'artificiel et tout ce qui est artificiellement acquis, il faut revenir à la simplicité de nature, disent les disciples d'Hermès, pour entrer dans la voie de régénération qui conduit à la Lumière et à la Vie. Débarrassons-nous de ce qui est faux
, suspect ou douteux, si nous entendons bâtir spirituellement notre sanctuaire de certitude.

Le besoin de bâtir individuellement ne s'impose pas au bénéficiaire d'un abri, église ou école ; lui épargnant le souci de la recherche hasardeuse du Vrai. Qui s'estime éclairé ne part pas à la conquête de la Lumière ; mais il est des esprits inquiets, en méfiance à l'égard de fausses clartés. Plutôt que de consentir à la duperie qu'ils soupçonnent, ils s'élancent dans les ténèbres, en se fiant à la lumière qu'ils croient porter en eux-mêmes. Ce sont là les profanes parmi lesquels se rencontrent les initiables.

Ceux-ci trouvent le chemin du Temple qui se construit et se font instruire par les bâtisseurs. Avec eux, ils purgent leur mentalité, puis creusent leur propre sol, afin de pénétrer en eux-mêmes, car il leur faut descendre jusqu'aux assises solides de leur certitude.

De quoi sommes-nous certains, en dernière analyse ? De notre existence individuelle, de notre faculté de sentir, de penser et de vouloir. Cette constatation fondamentale devient la pierre d'
angle
d'une construction qui s'exécute pierre à pierre, sous le contrôle des instruments d'un art éprouvé, perfectionné au cours des siècles.

Le constructeur ne se contente pas d'établir des fondations solides, puisqu'il est appelé à bâtir en hauteur. Après avoir fouillé les profondeurs du sol, il affronte le vertige des élévations dont il est l'artisan. L'ouvrier du bâtiment évite la chute matérielle qui lui serait fatale. Il n'en est pas de même du constructeur philosophique, qui retombe volontairement des
altitudes vertigineuses, où son activité ne saurait trouver un emploi fécond. Quand il a posé la pierre concluante au sommet de la tour du système conçu, il redescend pour tailler les autres blocs du chantier. Il travaille au milieu de compagnons qui s'instruisent réciproquement en déployant leur habileté. C'est dire que le penseur reste en communion avec ceux qui travaillent comme lui humanitairement, non en vue de poursuivre des chimères ou pour se singulariser par l'originalité de leurs conceptions, mais dans le désir de penser juste, en se trompant le moins possible, afin de contribuer à aider tous les êtres pensants à penser mieux et à juger plus sainement. L'Initié constructeur n'aspire pas à la Gnose
intégrale, révélatrice de tous les secrets. Il est modeste, en ne sollicitant que la lumière lui permettant de bien travailler. Voulant bien faire, faire le mieux possible, il se sent le droit d'être éclairé en conséquence.

Je suis dans la vie pour devenir meilleur et contribuer à l'amélioration de l'existence terrestre. Des spéculations sur ce qui peut m'attendre après la mort n'ont pas à me distraire de ma tâche constructive humaine, tant que je ne suis pas appelé à un autre travail. J'ignore le sort qui me sera réservé au sortir du mode actuel de mon existence et je refuse de me préoccuper de ce qui échappe à ma possibilité de connaître. Honnête ouvrier, j'use pour le mieux des outils qui sont à ma
disposition
et j'ai confiance en la Vie, à l'œuvre de laquelle je me suis associé. Quand elle m'appellera à travailler sur un autre plan, elle m'outillera et m'éclairera en vue de la nouvelle tâche qu'elle m'assignera.

Telle est la conviction de l'
adepte
constructeur. Il ne condamne ni le rêve, ni la métaphysique, mais s'en tient aux règles de son métier positif et terrestre. Ce n'est pas dans les nuages de l'abstraction qu'il exerce l'architecture : il construit sur le sol résistant, où peuvent s'aligner et se superposer les matériaux humains.

Nous voici loin des révélations surnaturelles, gages de félicités posthumes. Chacun est libre d'adhérer aux doctrines les plus capables de le maintenir dans la moralité. Les doctrines ont cependant l'inconvénient de s'opposer les unes les autres et d'être discutées en même temps que la morale qu'elles préconisent. N'est-il pas louable, en ces conditions, de s'efforcer d'offrir à la morale une base indiscutable ? Le Maçonnisme ambitionne de donner satisfaction à cet égard.

Il est, lui aussi, un enseignement ; mais il se propose, sans prétendre s'imposer. Sa conception fondamentale est simple, autant que vraisemblable, dans toute la mesure des exigences humaines. Des
esprits
exigeants s'en déclarent satisfaits en tous les pays, abstraction faite des manières de voir individuelles. Construire une humanité meilleure, en enseignant aux individus à se perfectionner eux-mêmes, c'est tout le programme du Maçonnisme, contre lequel ne saurait s'élever aucune objection sensée. Car il est permis de qualifier d'insensé le pessimisme, qui nie la perfectibilité humaine et considère la vie comme une infernale duperie.

Assurément, les constructeurs sont des hommes de foi : ils ont foi en la Vie et leur foi est agissante. Or, la Vie n'est pas une chimère, une abstraction métaphysique : c'est la réalité objective et subjective qui s'impose le plus irrésistiblement à nous. Donc, rien de plus certain que la Vie dont nous ne serons jamais dupes, si nous savons la comprendre.

Mais tout est là : correctement comprendre la Vie !

Le Maçonnisme nous y aide, sans exiger autre chose qu'un travail de réflexion. Assimilons-nous l'idée constructive et poursuivons-la en ses conséquences. Nous construirons ainsi mentalement notre Maçonnisme, en accomplissant par ce fait notre première tâche de constructeurs spirituels.

Celui qui se sera préparé, en son intelligence et en son cœur, au métier de constructeur obtiendra d'être instruit des traditions de l'Art. Encore lui faudra-t-il faire preuve de sagacité, pour dégager l'esprit vivifiant d'un enseignement dont un
symbolisme muet fait les frais essentiels. L'initiation ne s'adresse qu'à ceux qui s'en montrent dignes ; elle reste fictive pour le récipiendaire superficiel, jouet d'une mise en scène dont il ne saisit pas la portée. C'est dire que les vrais Initiés se sont toujours distingués de la foule mystifiée des amateurs de mystères. Il y a fatalement mystification, quand le myste manque de pénétration initiatique et trompe l'attente de ses initiateurs. Ceux-ci ne rejettent que les matériaux manifestement impropres à l'œuvre et se montrent indulgents au moindre indice d'éducabilité. La sélection définitive s'effectue au cours des épreuves, qui ne sont pas uniquement symboliques. Le récipiendaire qui ne les subit que symboliquement demeure initié symbolique et s'en tient au symbole
de ce qu'il devrait être en réalité.

On ne saurait assez y insister : l'Initiation est chose intérieure, qui dépend des qualités intellectuelles et morales du récipiendaire et non de la consécration rituelle,
administrée par une association initiatique. L'initiateur peut aider l'initiable à se développer initiatiquement ; mais, si elle ne s'applique pas à un germe
vivant, la plus savante culture ne conduit à aucun résultat. Il faut naître à à la vie initiatique pour en vivre et s'épanouir sous l'action de cette vie supérieure. Rien n'est artificiel en Initiation : elle ne saurait s'acheter, ni se conférer autrement qu'en image.

Une image fidèle est d'ailleurs précieuse à qui sait en pénétrer le sens.
Rites et symboles instruisent le récipiendaire méditatif, capable d'en discerner la signification. Il n'est donc pas vain de connaître la tradition, telle que nous l'ont transmise les philosophes hermétiques en décrivant les opérations du Grand-Œuvre et telle qu'elle s'offre à nous dans le symbolisme de la Franc-Maçonnerie
.

Le secret ne s'impose plus à cet égard. Il fut rompu dès la publication, en 1911, de notre essai sur le
Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'Alchimie et la Franc-Maçonnerie
. Depuis, les Mystères de l'Art Royal ont achevé de lever le voile, non pour les curieux indiscrets, mais en faveur des initiables appelés à conquérir la Lumière.

Ce qui est écrit, prononcé ou montré n'a pas le pouvoir de trahir ce qui demande à être discerné. Il est donc superflu de lire, si l'esprit du lecteur ne travaille pas pour découvrir ce qui se cache sous les mots, les
symboles et les allégories. Il faut deviner ; mais la conception
fondamentale du constructivisme met aisément sur la voie.

La Vie construit ; chacun de nous est son œuvre demeurée inachevée, car, sachant discerner et vouloir, nous devons appliquer nos facultés à nous perfectionner, afin d'achever par nous-mêmes ce que la Vie a commencé en nous. En nous perfectionnant, nous nous associons à l'œuvre du perfectionnement général, qui est la raison même de l'existence.

Cette base est universellement acceptable. Sur elle peut s'ériger la religion visant à mettre d'accord tous les hommes réfléchis et unis dans l'
amour
du bien.

Pour nous convertir à cette foi, rentrons en nous-mêmes et songeons à construire le mieux au milieu des décombres de l'imperfection humaine : la vocation de l'architecture morale fera le reste.

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Notes sur le Nom IESHOUAH

22 Janvier 2013 , Rédigé par Robert Ambelain Publié dans #spiritualité

Les notes qui suivent proviennent des carnets d’instructions martinistes d’Ambelain.

Il s’agit bien là d’un Nom Divin fort ancien, bien connu des Kabbalistes surtout chrétiens, aussi bien que des docteurs de l’Eglise primitive.

Saint Jérôme, en son Interprétation mystique de l’alphabet, fait du Shin hébraïque le symbole de la parole, du verbe vivifiant. Elle était déjà, pour les kabbalistes hébreux, l’un des trois lettres mères (avec l’aleph et le mem), et signifiait le Feu.

Nous verrons plus tard Papus, en son livre Martinisme et Franc-Maçonnerie, nous dire que cette lettre Shin renversée dans l’Etoile Flamboyante (Pentagramme), pointe en haut, montre à l’initié rosicrucien l’Incarnation du Verbe Divin dans la Nature Humaine.

Et le Docteur Allendy, en son ouvrage Le symbolisme des nombres, ajoute ceci : « L’adjonction du Shin au Tétragramme sacré marque le passage du Quaternaire au Quinaire pour la production de la créature vivante. Jésus, le Verbe fait chair, représente kabbalistiquement toute créature, et en particulier l’Homme, puisque celui-ci est la plus évoluée des créatures ».

Etant donné que, selon la tradition chrétienne générale, la Nature entière est déchue avec Adam, par la faute de celui-ci, on comprend, en effet, comment la même nature peut remonter avec l’Homme dès le rachat de celui-ci par le Verbe.

Henri-Cornelius Agripa, en sa Philosophie Occulte, nous dit que : « Dans le temps de la loi, la Nom Ineffable de Dieu était de quatre lettres : iod he vav he, en place duquel les Hébreux, par respect, lisaient simplement Adonaï (Seigneur), soit aleph, daleth, noun et iod. Dans le temps de la grâce, la Nom de Dieu est la Pentagramme effable iod he shin vav he, lequel par un mystère qui n’en est pas moins grand, s’invoque aussi en un Nom de trois lettres : iod, shin vav… »

Observons, en passant, que le Nom de Cinq lettres est IESHOUAH, et celui de trois lettres ISHOUH.

Peu après Agripa, Henri Kunrath fera figurer le Nom Divin de cinq lettres, IESHOUAH, au centre de la cinquième planche de son célèbre ouvrage, L’Amphithéâtre de l’Eternelle Sagesse, représentant le Christ en Croix, et sur la douzième et dernière planche, représentant le Pantacledit de Kunrath.

Louis-Claude de Saint-Martin précise sa pensée sur ce Nom en sa Correspondance : « Lorsque le Christ est venu, il a rendu encore la prononciation de ce mot (le Tétragramme) plus centrale ou intérieure, puisque le Grand Nom que ces quatre lettres exprimaient, est l’explosion quaternaire, ou le signal crucial de toute vie. Au lieu que Jésus Christ, en apportant d’en haut le shin des hébreux ou la lettre S, a joint le Saint Ternaire lui-même au Grand Nom Quaternaire dont les trois unités en sont le principe. Sans doute, il y a une grande vertu attachée à cette prononciation véritable, tant centrale (intérieure) qu’orale, de ce Grand Nom et de celui de Jésus Christ, qui est comme la fleur. La vibration de notre Air élémentaire est une chose bien secondaire dans l’Opération par laquelle ces Noms rendent sensibles à ce qui ne l’était pas. Leur vertu est de faire aujourd’hui, et à tout moment, ce qu’ils ont fait au commencement de toutes choses, pour leur donner origine. Et comme ils ont produit toutes choses avant que cet Air n’existât, sans doute qu’ils sont encore au dessus de l’Air quand ils en remplissent les mêmes fonctions ».

On le voit, tous les grands noms de la Kabbale, aux XVI° siècle, XVII° et XVIII° siècle, connurent la profonde valeur du Nom Pentagrammique. Sédir cite en son Histoire et doctrine des Rose-Croix : « Un disciple des Rose-Croix, Wilhem Menens d’Anvers, lequel parle en son Aureum Vollus de la grande force qui est cachée dans le Nom IHSVH ».

Tout ceci montre bien que tous les kabbalistes chrétiens ont connus et utilisés le profond mystère inclus en ce nom divin : IESHOUAH.

C’est à ce titre que le Martinisme de Tradition en a fait sa mystérieuse « Parole », à ce titre qu’il marque la Prière Martiniste d’un caractère réellement ésotérique, et d’une potentialité ineffaçable.

Comme l’Ange conducteur sépare les Israélites des égyptiens lors du passage symbolique de la Mer Rouge, le Shin sépare en deux les quatre lettres du Tétragramme initial, exprimant le Dieu vivant, le Dieu du Monde, le Dieu manifesté. Et les deux valeurs numérales ainsi obtenues sont fort significatives.

Mais combien plus encore significative cette insertion du Shin au centre du même Tétragramme, ce Shin lettre mère désignant le Feu, lorsqu’on se souvient de la Parole des Evangiles : « Je suis le Pain, je suis la Vie… Je suis venu mettre le Feu au sein des choses… ».

Enfin, il est incontestable que ce Nom Divin est à même d’unir la totalité des Martinistes dispersés par le Monde, quelle que soient leur religion ou leurs croyances philosophiques. Et comme tel il est donc facteur d’unité.

Enfin, il est aussi vrai que l’Islam révère comme prophète « sidna Issa », le Seigneur Jésus. Et le Coran nous dit que : « Il n’est que deux êtres que l’aile de Saïtan n’a point touché : Jésus et sa mère ». Et que de ceci : « L’Ange dit à Marie : Dieu t’annonce son Verbe. Il se nommera Jésus ; le Messie, fils de Marie, grand en ce monde et dans l’autre et le confident du Très-Haut » (Coran, IV, 40).

« Dieu dit à Jésus : je t’enverrai la Mort, et je t’élèverai à Moi. Tu seras séparé des infidèles. Et ceux qui t’auront suivi seront élevés au dessus d’eux, jusqu’au jour du jugement » (Coran, IV, 48).

L’Hindouisme moderne, en son ordre de Ramakrishna, connaît la méditationsur le Seigneur Jésus. Et cela au même titre que celle sur Krishna ou Shiva.

Le Bouddhisme peut y voir l’avatar d’un de ses bodhisattvas, très probablement d’Avalokitesvara, celui de la Miséricorde.

Outre ces aspects, la Théosophie y voit le Logos de notre système solaire.

Enfin, les kabbalistes y voient évidemment un des Noms du Mashiah, le Messie.

Il n’est guère que le Magisme rationaliste, voire athée, qui ignore (volontairement) sans doute, la toute puissance du Nom du Réparateur, comme le nomme la Tradition martiniste du XVIII° siècle.

Mais n’oublions pas que ce courant rassemble fréquemment les éléments lucifériens de l’occulte.

Et ceci justifie cela.

Source : http://www.esoblogs.net/1236/notes-sur-le-nom-ieshouah/

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Le bon samaritin : un texte d'actualité

2 Janvier 2013 , Rédigé par Evangile selon St Luc Publié dans #spiritualité

"Un docteur de la loi se leva et dit à Jésus, pour l'éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même".

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Le Baphomet

8 Décembre 2012 , Rédigé par Spartakus FreeMann Publié dans #spiritualité

Nous arrivons à présent au coeur d’une figure mythique liant les rites secrets des Templiers à ceux des Ophiens, nous voulons parler du Baphomet, ce « dieu » ou symbole des Templiers. Nous insistons ici pour que le lecteur comprenne bien que nous ne voulions pas lier la Baphomet en tant que fantasme au courant Naasène. Nous voulons prendre distance avec ces rêveurs, chasseurs de gueuses considérations, qui, s’imaginant fils de Baphomet, pensent être les dieux de leurs frères humains. Nous voulons simplement montrer que le fluide coule depuis toujours, sub terraneus ou publicitaire, ayant traversé les fleuves du temps et de l’espace, afin de nous effleurer de ses vertes volutes. Les Chercheurs de Lumière ne ressentent que peu de plaisir dans les jeux généalogiques…

Le terme de Baphomet remonte au procès des Templiers, ce serait la fameuse « tête magique », prétendue idole des pauvres chevaliers du Christ. Cet objet du culte templier était tantôt une idole ayant une seule tête barbue et tantôt une idole possédant trois têtes, mais il n’est jamais fait mention – à notre connaissance – de son corps. Une de ces têtes sera d’ailleurs retrouvée avec l’inscription « CAPUT LVIII ». Dans les comptes rendus du procès, ces têtes étaient censées donner la richesse, le pouvoir et la santé aux chevaliers. Selon Hugh Schonfield, dans son « The Essene Odyssey », on ne peut qu’admettre, en considérant les implications de ces têtes et du décodage du Baphomet comme étant la Sagesse qu’« il ne peut y avoir que peu de doutes sur le fait que l’idole des Templiers représentait la Sophia en son aspect féminin et isiaque et qu’elle était liée à Marie Madeleine dans son aspect chrétien ». Baphomet n’en reste pas moins le champ psychique généré par l’ensemble des êtres vivants sur cette planète.

Depuis l’Ère Shamanique, on l’a souvent représenté comme Pan , Pangenitor, Pamphage, le Destructeur, Shiva-Kali – le phallus créateur et l’abominable et destructrice mère – comme Abrasax  comme le Démon du sexe et de la mort à tête d’animal, comme l’Archonte démoniaque qui dirige ce monde, comme Ishtar ou Astarté – déesse de l’amour et de la guerre – comme l’Anima Mundi ou Monde des Âmes ou simplement comme la « Déesse ».

D’autres représentations comprennent l’Aigle, ou le Baron Samedi, ou Thanateros, ou Cernunnos. Aucune image ne peut représenter la totalité de ce que cette force est, mais on la montre conventionnellement comme un dieu hermaphrodite, divinité sous la forme d’un homme qui comprend diverses caractéristiques mammaires ou reptiliennes. L’image contient souvent des éléments floraux et minéraux ainsi que des éléments ramenant au concept de la mort car cette force comprend aussi la mort. Vie et Mort ne sont que de simples phénomènes au travers desquels la force vitale se réincarne continuellement. Nier la mort c’est nier la vie. Les aspects de la divinité mâle et femme qu’est Baphomet sont toujours soulignés car c’est par le sexe que la vie est créée et la sexualité mesure la force vitale ou la vitalité, quelle que soit la manière dont elle est exprimée.

Presque toutes les mythologies gardent en mémoire des légendes relatives aux énergies reptiliennes qui précédèrent les dieux eux-mêmes. Ainsi, dans de nombreuses cosmologies, nous avons des serpents-Leviathans entourant l’univers, ou des Tiamat-dragons d’où émergent toutes les existences. Les dieux sont souvent décrits comme ayant emprisonné ces forces reptiliennes, ou cherchant à les détruire. Il existe un ensemble de documents templiers sur lesquels on peut examiner des symboles et des personnages dont l’essence remonterait aux cultes de Priape ou du Serpent . Sur l’un de ces documents, l’on peut examiner une figure nue portant une coiffure à la Cybèle qui tient une chaîne de ses deux mains et qui est entourée de symboles divers, le soleil et la lune au-dessus d’elle, en dessous, le Pentagrammeet l’Hexagrammeet sous ses pieds un crâne humain. Cette chaîne est le symbole des anneaux du serpent et donc de la fraternité des ophiens.

On trouve aussi un texte en langue arabe que l’on ne peut traduire directement, mais toutefois, si l’on applique une grille de décodage, le sens est : « Que Meté soit loué ! Il fait germer et fleurir toutes choses ! Il est notre principe qui est un et sept ! Abjure ta foi et abandonne-toi à tous les plaisirs ».

Sur un autre document, on peut examiner deux personnages androgynes :

- le premier est plutôt féminin mais pourvu d’un sexe masculin. Il tient une chaîne dans chaque main.

- le second est de type masculin portant une barbe et ayant un sexe féminin. Il porte également une chaîne dans chaque main. Sur les côtés sont disposées 12 étoiles, à gauche en bas, il y a un Pentagramme et à droite un Hexagramme. Sous ses pieds, il y a un crâne humain.

Lisons à présent un extrait de « Les demeures philosophales » de Fulcanelli :

« Dans l’expression hermétique pure, correspondant au travail de l’Oeuvre, Baphomet vient des racines grecques Bapheus, teinturier, et mès, mis pour mètè, la lune, à moins qu’on ne veuille s’adresser à mèter, génitif mètros, mère ou matrice, ce qui revient au même sens lunaire, puisque la lune est véritablement la mère ou la matrice mercurielle qui reçoit la teinture ou semence du soufre, représentant le mâle, le teinturier, Bapheus – dans la génération métallique. Baphè a le sens d’immersion et de teinture. Et l’on peut dire, sans trop divulguer, que le soufre, père et teinturier de la pierre, féconde la lune mercurielle par immersion, ce qui nous ramène au baptême symbolique de Mété exprimé encore par le mot baphomet. Celui-ci apparaît donc bien comme l’hiéroglyphe complet de la science, figurée ailleurs dans la personnalité du dieu Pan, image mythique de la nature en pleine activité. Le mot latin Bapheus, teinturier, et le verbe meto, cueillir, recueillir, moissonner, signalent également cette vertu spéciale que possède le mercure ou lune des sages, de capter, au fur et à mesure de son émission, et cela pendant l’immersion ou le bain du roi, la teinture qu’il abandonne et que la mère conservera dans son sein durant le temps requis. C’est là le Graal, qui contient le vin eucharistique, liqueur de feu spirituel, liqueur végétative, vivante et vivifiante introduite dans les choses matérielles. Quant à l’origine de l’Ordre, à sa filiation, aux connaissances et aux croyances des Templiers, nous ne pouvons mieux faire que citer textuellement un fragment de l’étude que Pierre Dujols, l’érudit et savant philosophe, consacre aux frères chevaliers dans sa »Bibliographie générale des Sciences occultes« . »Les frères du Temple, dit l’auteur, – on ne saurait plus soutenir la négative, furent vraiment affiliés au Manichéisme. Du reste, la thèse du baron de Hammer est conforme à cette opinion. Pour lui, les sectateurs de Mardeck, les Ismaéliens, les Albigeois, les Templiers, les Francs-maçons, les Illuminés, etc., sont tributaires d’une même tradition secrète émanée de cette Maison de la Sagesse (Dar-el-hickmet), fondée au Caire vers le XIe siècle, par Hakem. L’académicien allemand Nicolai conclut dans un sens analogue et ajoute que le fameux baphomet, qu’il fait venir du grec Baphomètos, était un symbole pythagoricien. Nous ne nous attarderons point aux opinions divergentes de Anton, Herder, Munter, etc., mais nous nous arrêterons un instant à l’étymologie du mot baphomet. L’idée de Nicolai est recevable si l’on admet, avec Hammer, cette légère variante : Baphè Mètèios, qu’on pourrait traduire par baptême de Mété. On a constaté, justement, un rite de ce nom chez les Ophites. En effet, Mété était une divinité androgyne figurant la Nature naturante. Proclus dit textuellement que Métis, nommé encore Epikarpaios, ou Natura germinans, était le dieu hermaphrodite des adorateurs du Serpent. On sait aussi que les Hellènes désignaient, par le mot Métis, la Prudence vénérée comme épouse de Jupiter. En somme, cette discussion philologique avère de manière incontestable que le Baphomet était l’expression païenne de Pan. Or, comme les Templiers, les Ophites avaient deux baptêmes : l’un, celui de l’eau, ou exotérique ; l’autre, ésotérique, celui de l’esprit ou du feu. Ce dernier s’appelait le baptême de Mété. Saint Justin et saint Irénée le nomment l’illumination. C’est le baptême de la Lumière des Francs-maçons ».

Source : http://www.esoblogs.net/2932/le-baphomet/

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Du Diable

7 Décembre 2012 , Rédigé par Eliphas Levi Publié dans #spiritualité

Le christianisme, en formulant nettement la conception divine, nous fait comprendre Dieu comme l'amour le plus pur et leplus absolu, et définit nettement l'esprit opposé à Dieu. C'est l'esprit d'opposition et de haine, c'est Satan. Mais cet esprit n'est pas un personnage, et il ne faut pas le comprendre comme une espèce de dieu noir ; c'est une perversité commune à toutes les intelligences dévoyées. « Je me nomme légion, dit-il dans l'Évangile, parce que nous sommes une multitude, »

L'intelligence baissante peut être comparée à l'étoile dumatin, et si elle tombe volontairement dans les ténèbres après avoir brillé un instant, on peut lui appliquer cette apostrophe d'Isaïe au roi deBabylone : «Comment es-tu tombé du ciel, beau Lucifer, brillante étoile du matin! » Mais est-ce à dire pour cela que le Lucifer céleste, que l'étoile matinale de l'intelligence divine soit devenue un flambeau de l'enfer ? Le nom de porte-lumière est-il justement donné à l'ange des égarements et des ténèbres? Nous ne le pensons pas, à moins qu'on n'entende comme nous, et suivant les traditions magiques, par l'enfer personnifié en Satan et figuré par l'ancien serpent, ce feu central qui s'enroule autour de la terre, dévorant tout ce qu'il produit et se mordant la queue comme le serpent de Chronos, cette lumière astrale dont le Seigneur parlait lorsqu'il disait à Caïn : « Si tu fais le mal, le péché sera aussitôt à tes portes, c'est-à-dire le désordre s'emparera de tous tes sens ; mais je t'ai soumis la convoitise de la mort, et c'est à toi de lui commander. »

La personnification royale et presque divine de Satan est une erreur qui remonte au faux Zoroastre, c'est-à-dire au dogme altéré des seconds mages, les mages matérialistes de la Perse; ils avaient changé en dieux les deux pôles du monde intellectuel, et de la force passive ils avaient fait une divinité opposée à la force active. Nous avons signalé dans la mythologie de l'Inde la même monstrueuse erreur.

Arimane ou Schiva, tel est le père du démon, comme le comprennent les légendaires superstitieux , et c'est pour cela que le Sauveur disait : « Le diable est menteur comme son père. »

L'Église, sur cette question, s'en rapporte aux textes de l'Évangile, et n'a jamais donné de décisions dogmatiques dont la définition du diable fût l'objet. Les bons chrétiens évitent même de le nommer, et les moralistes religieux recommandent à leurs fidèles de ne pas s'occuper de lui, mais de lui résister en ne pensant qu'à Dieu.

Nous ne pouvons qu'admirer cette sage réserve de l'enseignement sacerdotal. Pourquoi, en effet, prêterait-on la lumière du dogme à celui qui est l'obscurité intellectuelle et la nuit la plus sombre du coeur ? Qu'il reste inconnu, cet esprit qui veut nous arracher à la connaissance de Dieu !

Nous ne prétendons pas ici faire ce que n'a pas fait l'Église, nous constatons seulement sur ce sujet quel fut l'enseignement secret des initiés aux sciences occultes.

Ils disaient que le grand agent magique, justement appelé Lucifer, parce qu'il est le véhicule de la lumière et le réceptacle de toutes les formes, est une force intermédiaire répandue dans toute la création ; qu'elle sert à créer et à détruire, et que la chute d'Adam a été une ivresse érotique qui a rendu sa génération esclave de cette lumière fatale ; que toute passion amoureuse qui envahit les sens est un tourbillon de cette lumière qui veut nous entraîner vers le gouffre de la mort; que la folie, les hallucinations, les visions, les extases, sont une exaltation très dangereuse de ce phosphore intérieur; que cette lumière enfin est de la nature du feu, dont l'usage intelligent échauffe et vivifie, dont l'excès au contraire brûle, dissout et anéantit.

L'homme serait appelé à prendre un souverain empire sur cette lumière et à conquérir par ce moyen son immortalité, et menacé en même temps d'être enivré, absorbé et détruit éternellement par elle.

Cette lumière, en tant que dévorante, vengeresse et fatale, serait le feu de l'enfer, le serpent de la légende ; et l'erreur tourmentée dont alors elle serait pleine, les pleurs et le grincement de dents des êtres avortés qu'elle dévore, le fantôme de la vie qui leur échappe, et semble insulter à leursupplice, tout cela serait le diable ou Satan.

Les actions mal dirigées par le vertige de la lumière astrale, les mirages trompeurs de plaisir, de richesse et de gloire dont les hallucinations sont pleines, seraient les pompes et les œuvres de l'enfer.

Le père Hilarion Tissot croit que toutes les maladies nerveuses accompagnées d'hallucinations et de délire sont des possessions du diable, et en comprenant les choses dans le sens des kabbalistes, il aurait pleinement raison.

Tout ce qui livre notre âme à la fatalité des vertiges est vraiment infernal, puisque le ciel est le règne éternel de l'ordre, de l'intelligence et de la liberté.

Les possédés de l'Évangile fuyaient devant Jésus-Christ, les oracles se taisaient devant les apôtres, et les malades d'hallucinations ont toujours manifesté une répugnance invincible pour les initiés et les sages.

La cessation des oracles et des possessions était une preuve du triomphe de la liberté humaine sur la fatalité. Quand les maladies astrales se montrent de nouveau, c'est un signe funeste qui annonce l'affaiblissement des âmes. Des commotions fatales suivent toujours ces manifestations. Les convulsions durèrent jusqu'à la révolution française, et les fanatiques de Saint-Médard en avaient prédit les sanglantes calamités. Le célèbre criminaliste Torreblanca, qui a étudié à fond les questions de magie diabolique, en décrivant les opérations du démon, décrit précisément tous les phénomènes de perturbation astrale. Voici quelques numéros du sommaire de son chapitre XV de la Magie opératrice :


1. L'effort continuel du démon est tendu pour nous pousser dans l'erreur.
2. Le démon trompe les sens en troublant l'imagination, dont il ne saurait pourtant changer la nature.
3. Des apparences qui fappent la vue de l'homme se forme immédiatement un corps imaginaire dans l'entendement, et tant que dure le fantôme, les apparences l'accompagnent.
4. Le démon détruit l'équilibre de l'imagination par le trouble des fonctions vitales, soit maladie, soit irrégularité dans la santé.
5 et 6. Quand l'équilibre de l'imagination et de la raison est détruit par une cause morbide, on rêve tout éveillé, et l'on peut voir avec une apparence réelle ce qui n'existe réellement pas.
7. La vue cesse d'être juste quand l'équilibre est troublé dans la perception mentale des images.
8 et 9. Exemples de maladies où l'on voit les objets doubles, etc.
10. Les visions sortent de nous et sont des reflets de notre propre image.
11 - Les anciens connaissaient deux maladies qu'ils nommaient, l'une frénésie, dont l'une fait voir des formes imaginaires, l'autre fait entendre des voix et des sons qui n'existent pas, etc.

Il résulte de ces assertions, d'ailleurs fort remarquables, que Torreblanca attribue les maladies au démon, et que par le démon il entend la maladie elle-même ; ce que nous entendrions bien volontiers avec lui si l'autorité dogmatique le permettait.

Les efforts continuels de la lumière astrale pour dissoudre et absorber les êtres appartiennent à sa nature même ; elle ronge comme l'eau, à cause de ses courants continuels ; elle dévore comme le feu, parce qu'elle est l'essence môme du feu et sa force dissolvante.

L'esprit de perversité et l'amour de la destruction chez les êtres qu'elle domine n'est que l'instinct de cette force. C'est aussi un résultat de la souffrance de l'âme qui vit d'une vie incomplète et se sent déchirée par des tiraillements en sens contraires. Elle aspire à en finir, et craint cependant de mourir seule, elle voudrait donc
anéantir avec elle la création tout entière.

Cette perversité astrale se manifeste ordinairement par la haine des enfants. Une force inconnue porte certains malades à les tuer, des voix impérieuses demandent leur mort. Le docteur Brierre de Boismont cite des exemples terribles de cette manie qui nous rappelle les crimes de l'apavoine et d'Henriette Cornier (l).

Les malades de perversion astrales ont malveillants et s'attristent de la joie des autres. Ils ne veulent pas surtout qu'on espère; ils savent trouver les paroles les plus navrantes et les plus désespérantes, même lorsqu'ils cherchent à consoler, parce que la vie est pour eux une souffrance et parce qu'ils ont le vertige de la mort.

C'est aussi la perversion astrale et l'amour de la mort qui font abuser des oeuvres de la génération, qui portent à en pervertir l'usage ou à les flétrir par des moqueries sacriléges et des plaisanteries honteuses. L'obscénité est un blasphème contre la vie.

Chacun de ces vices s'est personnifié en une idole noire ou un démon qui est une image négative et défigurée de la divinité qui donne la vie; ce sont les idoles de la mort.

Moloch est la fatalité qui dévore les enfants.

Satan et Nisroch sont les dieux de la haine, de la fatalité et du désespoir.

Astarté, Lilith, Nahéma, Astaroth, sont les idoles de la débauche et de l'avortement.

Adramelech est le dieu
du meurtre.

Bélial, celui de la révolte éternelle et de l'anarchie. Conceptions funèbres d'une raison près de s'éteindre qui adore lâchement son bourreau pour obtenir de lui qu'il fasse cesser son supplice en achevant de la dévorer !

Le vrai nom de Satan, disent les kabbalistes. c'est le nom de Jéhovah renversé, car Satan n'est pas un dieu noir, c'est la négation de Dieu. Le diable est la personnification de l'athéisme ou de l'idolâtrie.

Pour les initiés, ce n'est pas une personne, c'est une force créée pour le bien, et qui peut servir au mal ; c'est l'instrument de la liberté. Ils représentaient cette force qui préside à la génération physique sous la forme mythologique et cornue du dieu Pan ; de là est venu le bouc du sabbat, le frère de l'ancien serpent, et le porte-lumière ou phosphore dont les poetes on fait le faux Lucifer de la légende.

 

(1) Histoire des hallucinations, 2e édition, 1853

source : http://graal.over-blog.com/article-6995293.html

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Le livre d'Enoch (7)

6 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

CHAPITRE 91

1. Voici ce qui a été écrit par Enoch : Il écrivit ce traité de la sagesse pour tous les hommes appelés à gouverner ou à juger les autres hommes. Il l'écrivit encore pour tous mes enfants qui devront habiter sur la terre dans la suite des âges, et marcher dans les sentiers de la droiture et de la paix.

2. Que votre esprit ne s'afflige point pour ce qui doit vous arriver. Car le Très-Saint et le Très-Haut a marqué à chacun son temps.

3. Que l'homme juste se réveille de son sommeil ; qu'il se lève et marche dans le sentier de la justice, dans les voies de la bonté et de la grâce. La miséricorde s'abaissera sur l'homme juste, et il sera revêtu à jamais de puissance et de sainteté. Il vivra dans le bien et dans la justice, et sa marche s'opérera dans la lumière éternelle ; mais pour le pécheur, il ne marchera que dans les ténèbres.

CHAPITRE 92

1. Enfin Enoch commença à parler d'après un livre.

2. Et il dit : Sur les enfants de la justice, sur les élus du monde, sur la plante de la justice et de la pureté.

3. Sur toutes ces choses je m'en vais vous parler ; je vous les expliquerai toutes, mes enfants, moi qui suis Enoch. Car par les visions que j'ai eues, j'ai acquis une grande connaissance ; et il m. a été donné de lire les tables mêmes du ciel.

4. Alors Enoch commença à parler d'après un livre, et dit : Je suis né le septième jour de la première semaine, tandis que le jugement et la justice attendaient avec patience.

5. Mais après moi, dans la seconde semaine, une grande iniquité s'élèvera, et la fraude pullulera sur la terre.

6. Et il y aura alors une première fin, et un seul homme sera sauvé.

7. Mais dès que la première semaine sera terminée, l'iniquité s'accroîtra, et le Seigneur mettra à exécution le décret porté contre les pécheurs.

8. Ensuite, pendant la troisième semaine, un homme sera choisi pour être la tige d'un peuple fort et juste, et après lui la plante de la justice poussera pour jamais.

9. Ensuite, pendant la période de la quatrième semaine, les saints et justes auront des visions ; l'ordre dans les générations sera établi, et on construira pour elles une demeure ; dans la cinquième semaine s'élèvera pour eux une maison glorieuse et puissante.

10. Puis, pendant la sixième semaine, tous ceux qui s'y trouveront seront enveloppés des ténèbres ; et leurs coeurs oublieront la sagesse, et un homme sera enlevé d'au milieu d'eux.

11. Pendant cette même période, la maison puissante et magnifique sera la proie des flammes, et la race des élus sera dispersée par toute la terre.

12. Ensuite, pendant la septième semaine, il sortira une race perverse, dont les oeuvres nombreuses seront des oeuvres d'iniquité. Alors les justes et les élus seront récompensés, et il leur sera donné une connaissance sept fois plus grande sur toutes les parties de la création.

13. Viendra ensuite une autre semaine, la semaine de la justice, qui possédera le glaive du jugement et de la justice, pour frapper tous les oppresseurs.

14. Alors les pécheurs seront livrés entre les mains des justes, qui, pendant cette semaine, se mériteront une demeure par leur justice, et bâtiront un palais au grand Roi. Après cette semaine viendra la neuvième, pendant laquelle viendra le jugement universel.

15. Les oeuvres de l'impie s'effaceront de dessus la terre. Le monde sera condamné à la destruction, et tous les hommes marcheront dans la voie de la justice.

16. Puis, dans la septième partie de la dixième semaine, sera le jugement éternel, qui sera exercé contre les vigilants, et le ciel tout entier germera au milieu des anges.

17. Le premier ciel sera enlevé et s'évanouira, le deuxième apparaîtra, et toutes les puissances célestes brilleront d'une splendeur sept fois plus grande. Puis viendront beaucoup d'autres semaines, dont le nombre est incalculable, qui se passeront dans la sainteté et la justice.

18. Il n'y aura plus alors de péchés.

19. Qui parmi les enfants des hommes entendrait la voix du Saint et n'en serait pas ému ?

20. Qui pourrait compter ses pensées ? Qui pourrait contempler l'oeuvre de la création du ciel, comprendre ses merveilles ?

21. Il pourrait peut-être voir son âme, mais jamais son esprit. Il ne pourrait en parler sagement, ni s'élever jusqu'à sa hauteur. Qu'il regarde les limites des cieux, et il verra qu'il lui est impossible d'en atteindre l'immensité.

22. Qui des enfants des hommes pourra sonder la longueur et la largeur de la terre ?

23. À qui ont été révélées les dimensions de toutes choses ! Y-a-t-il un seul homme qui puisse, par son intelligence, embrasser le ciel, sonder sa profondeur, descendre jusqu'à ses fondements ?

24. Qui sache le nombre des étoiles, et connaisse le lieu de repos de tous les luminaires ?

CHAPITRE 93

1. Et maintenant, mes enfants, je vous exhorte à aimer la justice, à marcher dans ses sentiers. Car les sentiers de la justice méritent qu'on y entre ; tandis que ceux de l'iniquité s'interrompent tout à coup et se terminent par un abîme.

2. Les voies de l'iniquité et de la mort seront révélées aux hommes illustres ; mais ils s'en tiendront éloignés, et n'y marcheront jamais.

3. C'est à vous que je m'adresse, ô justes ! ne suivez-vous point les sentiers de la malignité et de la persécution. Fuyez les voies de la mort, ne vous en approchez même point, car vous péririez !

4. Choisissez plutôt la justice, et la vie sainte et pure.

5. Marchez dans le chemin de la paix, et vous serez dignes de la vie éternelle. Gardez la mémoire de mes paroles, ne les laissez jamais s'effacer de votre coeur, car je sais que les pécheurs poussent avec violence l'homme à commettre le mal. Mais ils ne réussiront en aucun endroit, et leurs desseins seront sans résultat.

6. Malheur à ceux qui élève l'iniquité et la prévention, et qui soutiennent la fraude, car ils seront renversés et n'obtiendront jamais la paix.

7. Malheur à ceux qui édifient leur demeure dans le péché ; car les fondements de cette demeure seront renversés, et tomberont par le fer. Malheur encore à ceux qui possèdent l'or et l'argent, car ils périront ; malheur donc à vous, riches, car vous mettez votre confiance dans les richesses ; mais vous perdez ces richesses, car vous avez oublié le Très-Haut au jour de votre prospérité.

8. Vous avez commis le blasphème et l'iniquité ; vous êtes destinés au jour du carnage, au jour des ténèbres, au jour du grand jugement.

9. Je vous le dis en vérité, je vous le dis : celui qui vous a créé vous perdra.

10. Il n'aura point de pitié de votre sort ; mais, au contraire, il se réjouira de votre perte.

11. Et les justes qui sont au milieu de vous seront en ces jours la risée des pécheurs et des impies.

CHAPITRE 94

1. Plût à Dieu que mes yeux fussent deux nuages d'eau pour pleurer mes vices et verser des torrents de larmes, et calmer ainsi les angoisses de mon coeur.

2. Qui vous a permis de commettre ainsi l'iniquité et l'impureté ? Malheur à vous, pécheurs, voici le jugement !

3. Les justes ne craindront pas les méchants, car Dieu les soumettra un jour à votre puissance, afin que vous tiriez d'eux une vengeance suivant votre bon plaisir.

4. Malheur à vous qui maudissez, vous périrez à cause de votre pêché ! Malheur à vous qui faites le mal à votre voisin ! parce que vous aurez la récompense qui méritent vos oeuvres.

5. Malheur à vous, témoins de mensonge, qui augmentez l'iniquité, car vous périrez !

6. Malheur à vous ! pécheurs, qui repoussez les justes, qui accueillez et rejetez selon vos caprices ceux qui commettent l'iniquité, car vous serez réduits sous leur joug.

CHAPITRE 95

1. Ayez donc bon espoir, ô justes ! car les pécheurs périront devant vous ; vous deviendrez leur maître et vous les commanderez comme vous voudrez.

2. Au jour du châtiment des pécheurs, votre race sera exaltée et s'élèvera comme celle de l'aigle. Votre nid sera porté à des hauteurs plus sublimes que celui du milan ; vous monterez, vous pénétrerez dans les entrailles de la terre, et dans les cavernes des rochers, pour échapper aux pécheurs.

3. On vous croira perdus, et on gémira et l'on pleurera.

4. Mais ne craignez point ceux qui vous tourmentent ; car vous serez sauvés, et une lumière éclatante vous environnera, et une parole de paix sera entendue du ciel. Malheur à vous pécheurs ! car vos richesses vous feront passer pour des saints ; mais votre conscience vous convaincra que vous n'êtes que des pécheurs. Et cette accusation intérieure sera votre condamnation.

5. Malheur à vous qui vous nourrissez du meilleur froment et buvez les meilleures liqueurs, et qui, dans l'orgueil de votre puissance, écrasez le pauvre !

6. Malheur à vous qui buvez l'eau en tout temps ! car vous aurez bientôt votre récompense ; vous serez consumés, vous serez exterminés, parce que vous ne vous êtes point désaltérés aux sources de la vie.

7. Malheur à vous qui commettez l'iniquité, la fraude et le blasphème ! vous laisserez de vous un mauvais souvenir.

8. Malheur à vous, puissants, qui foulez aux pieds la justice ! car voici venir le jour de votre perte. Alors, pendant que vous souffrirez les châtiments mérités par vos crimes, les justes goûteront des jours nombreux et fortunés.

CHAPITRE 96

1. Les justes ont confiance ; mais les pécheurs seront confondus et périront au jour de l'iniquité.

2. Vous-même, vous en aurez conscience ; car le Très-Haut se souviendra de votre perte, et les anges s'en réjouiront. Que ferez-vous donc, pécheurs, et où fuirez-vous au jour du jugement, quand vous entendrez la voix des prières des justes ?

3. Vous ne leur ressemblez point, car il s'élèvera contre vous une parole terrible : Vous êtes les compagnons des pécheurs.

4. Dans ces jours, les prières des justes s'élèveront vers Dieu ; Mais le jour de votre jugement arrivera, et toutes vos iniquités seront révélées devant le Grand et le Saint.

5. Votre visage se couvrira de honte ; tout ce qui aura la même réalité du crime sera rejeté.

6. Malheur à vous, pécheurs ! que vous soyez au milieu de la mer ou sur l'aride plaine, car un mauvais témoignage est porté contre vous. Malheur à vous qui possédez de l'argent et de l'or, richesses que vous n'avez point acquises par des voies justes ! Vous vous dites : Nous sommes riches, nous vivons dans l'abondance et nous avons acquis tout ce que nous pouvons désirer.

7. Nous ferons donc tout ce qui nous fera plaisir, car nous avons des monceaux d'argent ; nos greniers sont pleins, et les familles de nos colons sont aussi nombreuses que les eaux d'une source abondante.

8. Ces fausses richesses s'écouleront comme de l'eau, et vos trésors s'évanouiront ils vous seront enlevés, parce que vous les avez acquis injustement ; et vous serez accablés de la malédiction divine.

9. Je vous maudis aussi, prudents du siècle, vous, véritables insensés qui, les yeux toujours fixés sur la terre, avez cherché à vous couvrir de robes plus élégantes qu'une jeune fiancée et plus riche que celles des vierges. Vous affectez partout la majesté, la magnificence, le luxe et la fortune ; mais votre or, vos grandeurs et vos richesses s'évanouiront comme une ombre.

10. Car ce n'est pas là qu'est la sagesse. Aussi périront-ils avec leurs richesses, avec leur fausse gloire, avec leurs vains honneurs.

11. Ils périront avec honte et mépris, et leurs âmes seront jetées dans la fournaise ardente.

12. Je vous le jure, ô pécheurs ! ni montagnes, ni collines n'ont été créées pour servir à la parure d'un efféminé.

13. Le pêché ne vient point d'en haut ; mais les hommes ont trouvé le secret de faire le mal ; mais malheur à ceux qui le commettent !

14. La femme n'a point été créée stérile, mais c'est de ses propres mains qu'elle s'est privée d'enfants.

15. Mais j'en jure par le Grand et le Saint : Toutes vos mauvaises oeuvres seront manifestées, et aucun ne pourra se soustraire au grand jour.

16. Ne pensez pas et ne dites pas : Mon crime est caché, mon pêché n'est connu de personne ; car, dans le ciel, on note exactement devant le Très-Haut tout ce qui se fait sur la terre et toutes les pensées des hommes. On sait chaque jour les persécutions dont vous vous rendez coupables.

17. Malheur à vous, insensés, car vous périrez dans votre folie. Vous ne voulez point écouter les sages, vous n'obtiendrez point la récompense des justes.

18. Sachez donc que vous êtes destinés au jour de la justice ; n'espérez pas vivre après avoir été des pécheurs ; vous mourrez, car vous n'avez pas profité du prix de la Rédemption.

19. Oui, vous êtes destinés pour le jour de la colère divine, pour le jour du deuil et de la honte de vos âmes.

20. Malheur à vous dont le coeur est endurci, qui commettez si facilement le crime et vous nourrissez de sang ! Qui vous a donné les biens dont vous jouissez ? N'est-ce point le Très-Haut qui les a répandus sur la terre pour votre usage ? Vous l'avez oublié : aussi point de paix pour vous !

21. Malheur à vous, qui aimez l'iniquité. A quel titre recevriez-vous quelque récompense ? Sachez qui vous serez livrés entre les mains des justes, qui briseront vos têtes, qui n'auront pour vous aucune miséricorde !

22. Malheurà vous, qui triomphez en la persécution des justes, car vous n'aurez point de sépulture.

23. Malheur à vous qui rendez inutile la parole du Seigneur ; car pour vous point d'espérance de la vie.

24. Malheur à vous qui écrivez des paroles trompeuses, des paroles injustes ; car vos mensonges, vos iniquités sont écrites aussi, et aucune ne sera oubliée.

25. Point de paix pour le pêcheur ! La mort, la mort seule pour le pêcheur !

CHAPITRE 97

1. Malheur à ceux qui se conduisent en impies, qui louent et flattent le mensonge. Vous êtes des pervers, et votre vie est une vie abominable.

2. Malheur à vous, qui altérez les paroles de la vérité : ils pêchent contre le décret éternel.

3. Et ils font condamner l'innocent.

4. Dans ces jours, ô justes, vous mériterez que vos prières soient exaucées ; elles monteront et seront déposées devant les anges, comme un témoignage accusateur contre les crimes des pécheurs.

5. Dans ces jours, les peuples seront dans l'épouvante, et les générations effrayées se lèveront au jour du jugement suprême.

6. Dans ces jours, les femmes enceintes mettront au monde et abandonneront le fruit de leurs entrailles. Les enfants tomberont sous les yeux de leurs mères ; et pendant qu'ils suceront leur lait, elles le repousseront et seront sans pitié pour les fruits de leurs amours.

7. Je vous l'annonce encore, ô pécheurs, le châtiment vous attend au jour de la justice, qui n'aura point de fin.

8. Ils adoreront les pierres, les images d'or, d'argent et de bois, les esprits immondes, les démons et toutes les idoles des temples ; mais ils n'en obtiendront aucun secours. Leurs coeurs deviendront stupides à force d'impiété ; et leurs yeux seront aveuglés par la superstition. Dans les songes et les visions, ils seront impies et superstitieux, ils seront menteurs et idolâtres. Aussi périront-ils tous !

9. Mais dans ces jours, bienheureux seront ceux qui auront reçu la parole de sagesse, qui auront cherché et suivi les voies du Très-Haut, qui auront marché dans les sentiers de la justice, et non pas dans les routes de l'impiété.

10. Oui, ils seront sauvés !

11. Mais, malheur à vous qui dévoilez le mal de votre prochain : vous tombez dans l'abîme.

12. Malheur à vous, qui posez les fondements du péché et de la fraude ; qui êtes durs et amers pour vos semblables : vous serez consumés !

13. Malheur à vous, qui élevez à la sueur des autres vos palais ; chacune des pierres qui les composent, chaque partie de ciment qui les assemble est pour vous un péché. Ainsi, je vous le dis, vous n'aurez point de paix.

14. Malheur à vous, qui méprisez la masure et l'héritage de vos pères, et qui rendez un culte impie aux idoles ! Non, point de paix pour vous !

15. Malheur à ceux qui commettent l'iniquité, qui sont des instruments de persécution, qui tuent leur prochain. Car Dieu lui-même flétrira votre gloire, il endurcira vos coeurs, il allumera le feu de sa colère, et vous exterminera tous !

16. Alors les justes et les saints, témoins des effets de sa vengeance, se rappelleront vos crimes et vous maudiront.

CHAPITRE 98

1. En ce jour les pères seront massacrés avec leurs enfants, et les frères avec leurs frères ; le sang coulera comme les flots d'un fleuve.

2. Car l'homme n'arrêtera point son bras prêt à frapper son fils, et les enfants de ses enfants ; il croira agir avec miséricorde, et ne les épargnera pas.

3. Le pécheur ne craindra point d'égorger son frère plus honoré que lui. Le meurtre se continuera sans relâche depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher. Le cheval aura du sang jusqu'à son poitrail et son char jusqu'à l'essieu.

CHAPITRE 99

1. Dans ce temps-là les anges descendront dans les lieux cachés, et tous ceux qui ont aidé aux crimes seront réunis dans le même endroit.

2. Alors le Très-Haut descendra pour exercer sa justice sur tous les pécheurs, et il donnera aux saints anges la garde des justes et des saints, et ils les défendront comme la prunelle de l'oeil, jusqu'à ce que tout mal et toute iniquité aient été réduits au néant.

3. Quand les justes seraient ensevelis dans le plus profond sommeil, ils n'auraient rien à craindre ; les sages entreverront la vérité.

4. Et les enfants de la terre auront l'intelligence de toutes les paroles contenues dans ce livre, persuadés désormais que les richesses ne sauraient les sauver d'un châtiment que leurs crimes auraient mérité.

5. Malheurà vous, pécheurs, qui tourmentez les justes et les faites consumer par le feu, au jour de la grande tribulations, vous recevrez la récompense de vos oeuvres.

6. Malheur à vous, pervers de coeur, qui cherchez à avoir du mal une connaissance complète ; il arrive que la peur vous surprend. Personne ne viendra à votre aide.

7. Malheur à vous, pécheurs, car les paroles de votre bouche et les oeuvres de vos mains ont été mauvaises ; aussi tomberez-vous dans les flammes éternelles.

8. Sachez que les anges dans le ciel rechercheront exactement toutes vos oeuvres ; ils interrogeront le soleil, la lune et les étoiles, sur vos péchés, parce que vous avez osé juger les justes.

9. Tout rendra témoignage contre vous : les nuages, la neige, la rosée et la pluie ; car à cause de vous, toutes ces créatures resteront suspendues pour ne point vous être utiles.

10. Offrez donc des sacrifices à la pluie, pour qu'elle tombe enfin, et priez la rosée qu'elle reçoive de vous de l'or et de l'argent. Mais, efforts impuissants ! la glace, le froid, les vents orageux et tous les frimas fondront sur vous ; et vous n'en pourrez supporter la violence.

CHAPITRE 100

1. Regardez le ciel, enfants des cieux ; contemplez les oeuvres du Très-Haut, et craignez-le, et ne commettez point le mal en sa présence.

2. S'il fermait les fenêtres du ciel, et retenait la pluie et la rosée, laissant ainsi la terre aride et desséchée, que feriez-vous ?

3. Quand il appesantit sa colère sur vous et sur vos oeuvres, vous ne savez point implorer sa clémence ; vous blasphémez contre sa justice, et vos paroles sont pleines de superbe et d'arrogance. Donc point de paix pour vous !

4. Voyez ce navire, comme il flotte au gré des vents, et menacé sans cesse par une catastrophe épouvantable !

5. Aussi le pilote tremble-t-il, parce qu'il emporte avec lui sur l'océan ses richesses ; il tremble d'être submergé et de périr !

6. Or, la mer, ses ondes tumultueuses, ses abîmes profonds, ne sont-ils pas l'ouvrage du Tout-Puissant ? N'est-ce pas lui qui en a posé les limites, et tracé les rivages ?

7. A sa voix l'onde recule épouvantée, et les poissons qui vivent dans son sein, sont frappés de mort. Et vous, pécheurs, qui vivez sur la terre, ne le craignez-vous point ? N'est-il pas le créateur de tout ce qu'elle renferme ?

8. Et qui donc, sinon lui, a donné la science et la sagesse à tous ceux qui vivent sur la terre et à ceux qui sont sur mer ?

9. Or, les nautoniers ne redoutent-ils pas l'océan ? Vous seuls, pécheurs, n'aurez aucune crainte du Très-Haut ?

CHAPITRE 101

1. Dans ces jours, quand vous serez enveloppés par des flammes ardentes, où fuirez-vous, où chercherez-vous un asile ?

2. Et quand sa parole s'élèvera contre vous, ne tremblerez-vous pas, ne serez-vous par épouvantés ?

3. Tous les grands luminaires tressailliront de peur ; la terre frémira d'épouvante et d'effroi.

4. Tous les anges accompliront leur sévère mission, et chercheront à s'effacer devant la majesté suprême ; quant aux fils de la terre, ils seront frappés de stupeur.

5. Mais vous, pécheurs, objets de l'exécration éternelle, il n'y aura point de salut pour vous.

6. Ne craignez point, âmes des justes, mais attendez en paix et sécurité le jour de votre mort, comme un jour de justice. Ne pleurez point de ce que vous âmes descendront avec tristesse et amertume dans la demeure de la mort, et de ce qu'en cette vie vos corps n'ont point reçu la récompense que méritaient vos bonnes oeuvres, mais qu'au contraire, les pécheurs triomphaient aux jours de votre vie ; car voici venir pour eux le jour de l'exécration et des supplices.

7. Quand vous mourrez, les pécheurs diront de vous : Les justes meurent donc comme nous ! Quels fruits ont-ils retirés de leurs oeuvres ? Voici qu'ils quittent la vie de la même manière que nous, dans le trouble et dans l'anxiété. En quoi donc sont-ils mieux traités que nous ? Nous sommes donc égaux ? Qu'auront-ils, que verront-ils de plus que nous ? Voici, ils sont morts, et jamais ils ne reverront la lumière ! Mais moi, je vous le dis, ô pécheurs, vous vous êtes rassasiés de chair et de boisson ; dépouilles de vos frères, rapines, péchés de toutes espèces, rien ne vous a coûté pour acquérir des richesses ; vos jours ont été des jours de joie et de félicité. Mais n'avez-vous pas vu la fin des justes, comme elle est accompagnée de paix et de calme ! C'est qu'ils n'ont point connu l'iniquité jusqu'au jour de leur mort. Ils sont morts, et ils sont comme s'ils n'avaient jamais été, et leurs âmes sont descendues à la demeure de la mort.

CHAPITRE 102

1. Or, je vous le jure, ô justes, par la grandeur de sa splendeur, par son royaume et par sa majesté ; je vous jure que j'ai eu connaissance de ce mystère, qu'il m .a été donné de lire les tables du ciel ; de voir l'écriture des saints, de découvrir ce qui y était inscrit à votre sujet.

2. J'ai vu que le bonheur, la joie et la gloire vous sont préparés, et attendent ceux qui mourront dans la justice et dans la sainteté. Vous recevrez alors la récompense de vos peines, et votre portion de maux que vous avez reçue sur la terre.

3. Oui, les esprits de ceux qui mourront dans la justice vivront et se reposeront à jamais ; ils seront exaltés, et leur mémoire sera éternelle devant le trône du Tout-Puissant. Et ils n'auront plus à craindre aucune honte.

4. Malheur à vous, pécheurs, si vous mourrez dans vos péchés ; et ceux qui vous ressemblent diront de vous : Heureux sont les pécheurs ! Ils ont accompli leurs jours et leur existence, et ils meurent maintenant dans la félicité et l'abondance. Ils n'ont connu pendant leur vie ni les chagrins, ni les angoisses ; ils meurent pleins d'honneur, et ils n'ont été soumis à aucun jugement.

5. Mais ne leur a-t-il pas été prouvé que leurs âmes seront forcées de descendre dans les domaines de la mort, où les attendent des maux et des tourments de toutes espèces ? Oui, leurs esprits tomberont dans les ténèbres, dans les pièges, dans ces flammes qui ne s'éteindront jamais ; et la sentence de leur jugement sera éternelle.

6. Malheur à vous, car vous n'aurez plus de paix ; et c'est en vain que devant les justes et les saints vous chercherez à vous excuser, en disant : Nous avons connu, nous aussi, les jours de l'affliction, nous avons supporté une foule de maux.

7. Nos esprits ont été consommés, réduits, amoindris.

8. Nous étions perdus, et personne ne nous portait secours, et personne ne nous encourageait, pas même de la voix ; mais on nous a laissés accablés par le malheur, et c'en était fait de nous.

9. Nous n'espérions plus jouir de la vie.

10. Et cependant nous avons pensé être un jour au premier rang.

11. Et nous voici au dernier ! Nous sommes devenus la proie des pécheurs et des impies ; ils ont fait peser leur joug sur nous.

12. Et ceux qui nous abhorraient et nous opprimaient, étaient puissants contre nous, et nous baissions la tête devant ceux qui nous haïssent, et ils ont été sans pitié pour nous.

13. Nous voulions les fuir, pour jouir de la paix ; mais nous n'avons trouvé aucun lieu qui pût nous servir de refuge contre leur persécution. Nous avons été porter plainte auprès des princes, et nous avons élevé la voix contre ceux qui nous dévoraient ; mais nos cris ont été inutiles, et ils n'ont pas voulu écouter notre voix.

14. Au contraire on protège ceux qui nous dépouillent et nous dévorent, ceux qui nous affaiblissent et cachent leur oppression, qui nous énervent et nous massacrent et cachent notre meurtre et ne se souviennent pas qu'ils ont levé leurs mains contre nous.

CHAPITRE 103

1. Quant à vous, ô justes, je vous jure que dans le ciel les anges rappellent devant le trône du Tout-Puissant votre justice, et vos noms sont écrits devant le Très-Haut.

2. Ayez donc bon espoir ; car si vous avez été en butte aux maux et aux afflictions de cette vie, vous brillerez dans le ciel comme des astres, et les célestes barrières s'abaisseront devant vous. Vos cris demandent justice, et vous serez vengés de tous les maux que vous avez soufferts depuis le commencement, et de tous ceux qui vous ont persécutés, ou qui ont été les ministres de vos persécuteurs.

3. Attendez donc, et ne vous laissez point abattre ; car vous jouirez d'une joie égale à la joie même des anges ; et au jour du jugement vous n'aurez aucune condamnation à craindre.

4. Ne vous découragez donc pas, ô justes, quand vous voyez les pécheurs heureux et florissants dans leurs voies !

5. Ne devenez point leurs complices ; mais tenez-vous loin de leur foule persécutrice ; vous êtes associés aux troupes célestes. Pour vous, pécheurs, qui dites : Toutes nos transgressions seront oubliées ; sachez au contraire que tous vos crimes sont soigneusement inscrits dans le livre du ciel.

6. De sorte, je vous le dis encore, que la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit, seront des témoins contre vous et vos fautes. Ne commettez donc plus l'impiété, ni le mensonge ; ne faussez plus la vérité, ne vous élevez plus contre la parole du Saint et du Puissant. Ne vous inclinez plus devant de vaines idoles ; car vos péchés, vos impiétés seront jugés comme de très grands crimes.

7. Maintenant, écoutez le mystère qui vous concerne : Beaucoup de pécheurs corrompront et fausseront la parole de la vérité.

8. Ils prononceront de mauvaises paroles, commettront le mensonge, composeront des livres dans lesquels ils déposeront les pensées de leur vanité. Mais s'ils y déposaient mes paroles,

9. Ils ne les changeront, ni ne les altéreront point ; mais ils écriront avec exactitude tout ce que j'ai dit sur eux depuis le commencement.

10. Je vais vous révéler encore un autre mystère : Des livres de joie seront donnés aux justes et aux sages ; et ils croiront en ces livres qui contiendront les règles de la sagesse.

11. Et ils s'en réjouiront et tous les justes seront récompensés parce qu'ils ont appris à connaître toutes les voies de l'équité.

CHAPITRE 104

1. Dans ce temps-là le Seigneur leur ordonnera de rassembler les enfants de la terre, afin qu'ils prêtent l'oreille aux paroles de sa sagesse ; il leur dira : Montrez-leur cette sagesse, car c'est vous qui êtes leurs chefs et leurs maîtres ;

2. Montrez-leur la récompense qui doit échoir à tous ceux qui en suivront les préceptes ; car Moi et mon Fils, nous ferons société éternelle avec eux, dans les voies de la justice. Paix à vous, enfants de justice, joie et félicité.

CHAPITRE 105

1. Après quelque temps, Mathusala, mon fils, donna une femme à son fils Lamech.

2. Celle-ci, devenue enceinte, mis au monde un enfant dont la chair était blanche comme la neige, et rouge comme une rose ; dont les cheveux étaient blancs et longs comme de la laine, et les yeux de toute beauté. A peine les eut-il ouverts, qu'il inonda de lumière toute la maison. Comme de l'éclat même du soleil.

3. Et à peine fut-il reçu des mains de la sage-femme, qu'il ouvrit la bouche en racontant les merveilles du Seigneur. Alors Lamech, son père, plein d'étonnement, alla trouver Mathusala, et lui annonça qu'il avait un fils qui ne ressemblait point aux autres enfants. Ce n'est point un homme, dit-il, c'est un ange du ciel ; à coup sûr, il n'est point de notre espèce.

4. Ses yeux sont brillants comme les rayons du soleil, sa figure est illuminée ; il ne parait pas être de moi, mais d'un ange.

5. Je crains bien que ce prodige soit le présage de quelque événement sur la terre.

6. Et maintenant, ô mon père, je te supplie d'aller trouver Enoch, mon aïeul, et de lui en demander d'explication, car il fait sa demeure avec les anges.

7. Après avoir ouï les paroles de son fils, Mathusala vint me trouver aux extrémités de la terre, car il savait que j'y étais, et il m'appela.

8. A sa voix, j'accourus à lui, et je lui dis : Me voici, mon fils ; pourquoi es-tu venu me trouver ?

9. Et il me répondit : Un grand événement m'amène auprès de toi ; une merveille difficile à comprendre, dont je viens te demander l'explication.

10. Ecoute donc, ô mon père, et sache que mon fils Lamech vient d'avoir un fils qui ne lui ressemble nullement, et qui ne paraît pas appartenir à la race des hommes. Il est plus blanc que la neige, plus rouge que la rose ; ses cheveux sont plus blancs que la laine, et ses yeux jettent des rayons comme le soleil ; quand il les ouvre, il remplit la maison de lumière.

11. Et aussitôt après qu'il est sorti des mains de la sage-femme, il a ouvert la bouche et béni le Seigneur.

12. Son père Lamech, effrayé de cette merveille, est accouru vers moi, ne croyant pas que cet enfant était de lui, mais qu'il était né d'un ange du ciel ; et voici, je suis venu à toi afin que tu me découvres la vérité de ce mystère.

13. Alors, moi, Enoch, je lui répondis : Le Seigneur est sur le point de faire une nouvelle oeuvre sur la terre. Je l'ai vu dans une vision. Je t'ai parlé du temps de mon père Jared, de ceux qui, nés du ciel, avaient cependant transgressé la parole du Seigneur. Voici : Ils commettent l'iniquité, et ils ont transgressé les ordonnances, et habitaient avec les femmes des hommes, et engendraient avec elles une postérité infâme.

14. Pour ce crime, une grande catastrophe surviendra sur terre ; un déluge l'inondera et la dévastera pendant une année.

15. Cet enfant qui vous est né survivra seul à ce grand cataclysme avec ses trois fils. Quand tout le genre humain sera détruit, lui seul sera sauvé.

16. Et ses descendants enfanteront sur la terre des géants, non pas nés de l'esprit, mais de la chair. La terre sera donc châtiée, et toute corruption sera lavée. C'est pourquoi, apprends à ton fils Lamech, que le fils qui lui est né est véritablement son fils ; qu'il l'appelle du nom de Noah, parce qu'il vous sera survivant. Lui et ses fils ne participeront point à la corruption, et se garderont des péchés qui couvriront la face de la terre. Malheureusement, après le déluge, l'iniquité sera encore plus grande qu'auparavant ; car je sais ce qui doit arriver ; le Seigneur lui-même m'en a révélé tous les mystères, et j'ai pu lire dans les tables du ciel.

17. J. y ai lu que les générations succéderont aux générations jusqu'à ce que se lève la race sainte, jusqu'à ce que le crime et l'iniquité disparaissent de la face de la terre, jusqu'à ce que tous participent à la justice.

18. Et maintenant, ô mon fils, va et annonce à ton fils Lamech,

19. Que l'enfant qui lui est né est véritablement son fils, et qu'il n'y a aucune fraude dans sa naissance.

20. Et quand Mathusala eut entendu les paroles de son père Enoch, qui lui avait révélé tous les mystères, il s'en retourna plein de confiance, et appela l'enfant du nom de Noah, parce qu'il devait être la consolation de la terre après la grande catastrophe.

21. Voici un autre livre qu'Enoch écrivit pour son fils Mathusala, et pour ceux qui doivent venir après lui, et conserver ainsi que lui la parole et la simplicité de leurs moeurs. Vous qui souffrez, attendez avec patience le moment où les pécheurs auront disparu, et la puissance des méchants aura été anéantie ; attendez que le péché se soit évanoui de la terre ; car leur noms seront effacés des saints livres, leur race sera détruite, et leurs esprits seront tourmentés. Ils crieront, ils se lamenteront dans un désert invisible, et brûleront dans un feu qui ne se consumera jamais. Là aussi j'ai aperçu comme une nuée, que mes yeux ne pouvaient pénétrer ; car de sa partie inférieure on ne pouvait distinguer sa partie supérieure. J'y vis aussi la flamme d'un feu ardent, semblable à de brillantes montagnes, agitées par un tourbillon et poussées à droite et à gauche.

22. Et j'interrogeai un des saints anges qui étaient avec moi, et je lui dis : Quelle est cette splendeur ? Ce n'est point le ciel que je vois, c'est évidemment la flamme d'un vaste foyer ; j'entends des cris de douleurs, des cris de désespoir.

23. Et il me répondit : Là, dans ce lieu que tu vois, sont tourmentés les esprits des pécheurs et des blasphémateurs, de ceux qui se sont mal conduits, qui ont perverti ce que Dieu avait dit par la bouche de ses prophètes. Car on conserve dans le ciel la liste de leurs noms et de leurs mauvaises oeuvres ; et les anges en prennent connaissance, et ils savent les châtiments qui leur sont réservés ; ils savent aussi ce qui est réservé à ceux qui ont crucifié leur chair, et qui ont été persécutés par les hommes méchants ; à ceux qui ont aimé leur Dieu, qui n'ont point mis leur affliction dans l'or et dans l'argent, qui, loin de livrer leur corps aux voluptés de ce monde, ont tourmenté leurs corps par des supplices volontaires.

24. A ceux qui, depuis le jour de leur naissance, n'ont point ambitionné les richesses terrestres, mais se sont regardés comme un esprit voyageur sur la terre.

25. Telle a été leur conduite, et cependant Dieu les a bien éprouvés ! mais leurs esprits ont toujours été trouvés purs et innocents, et prêts à bénir le Seigneur ; j'ai consigné dans mes livres toutes les récompenses qu'ils auront méritées, pour avoir aimé les choses célestes plus qu'eux-mêmes. Voici ce que Dieu dit : Quand ils étaient persécutés par les méchants, couverts d'opprobres et d'injures, ils ne cessaient de me louer. Maintenant j'élèverai leurs esprits jusqu'au séjour de la lumière ; je transformerai ceux qui sont nés dans les ténèbres, et qui n'ont point rapporté à eux la gloire que leur foi leur avait méritée.

26. Je conduirai dans le séjour des splendeurs ceux qui aiment mon nom, je les ferai asseoir sur des trônes de gloire, je les ferai tressaillir d'une joie éternelle ; car le jugement de Dieu est rempli d'équité.

27. Il donnera à ces fidèles une demeure fortunée ; quant à ceux qui sont nés dans les ténèbres, ils se verront précipités dans les ténèbres, pendant que les justes jouiront d'un bonheur sans mesure. Les pécheurs en les voyant pousseront des cris de désespoir, tandis que les justes vivront dans la splendeur et la gloire, et n'éprouveront à jamais la vérité des promesses d'un Dieu qu'ils ont aimé.

 

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