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Hauts Grades

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Les axiomes hermétiques

15 Novembre 2012 , Rédigé par SEDIR Publié dans #spiritualité

1. - Tout ce qu'on peut accomplir par une méthode simple ne doit pas être essayé par une méthode compliquée.

Il n'y a qu'une seule Vérité dont l'existence n'a pas besoin de preuve, parce qu'elle est elle-même sa propre preuve pour ceux qui sont à même de la percevoir. Pourquoi se servir de la complexité pour chercher ce qui est simple ? Les sages disent : « Ignis et Azoth tibi sufficiunt ». Le corps est déjà en votre possession. Tout ce qu'il vous faut, c'est le feu et l'air.

2. - Nulle substance ne peut être rendue parfaite sans une longue souffrance.

Grande est l'erreur de ceux qui s'imaginent que la pierre des philosophes peut être durcie sans avoir été préalablement dissoute ; leur temps et leur travail sont perdus.

3. - La nature doit être aidée par l'art toutes les fois qu'elle manque de force.

L'art peut servir la nature, mais non la supplanter. L'art sans la nature est toujours anti-naturel. La nature sans l'art nest pas toujours parfaite.

4. - La nature ne peut être améliorée qu'en elle-même.

La nature d'un arbre ne peut pas être changée par l'arrangement des branches, ni par l'addition d'ornements ; il ne peut être amélioré qu'en perfectionnant le sol sur lequel il croît, ou par la greffe.

5. - La nature use de la nature, la comprend et la vainc.

Il n'y a point d'autre connaissance que la connaissance de soi-même. Tout être ne peut réaliser vraiment que sa propre existence, mais non celle d'un élément qui lui est totalement étranger.

6. - Celui qui ne connaît pas le mouvement ne connaît pas la nature.

La nature est le produit du mouvement. Au moment où le mouvement éternel cesserait, la nature entière cesserait d'exister. Celui qui ne connaît pas les mouvements qui se produisent dans son corps est un étranger dans sa propre maison.

7. - Tout ce qui produit un effet pareil à celui produit par un élément composé est également un composé.

L'Un est plus grand que tous les autres nombres, car il a produit l'infinie variété des grandeurs mathématiques ; mais nul changement n'est possible sans la présence de l'Un qui pénètre toutes choses, et dont les facultés sont présentes dans ses manifestations.

8. - Rien ne peut passer d'un extrême à l'autre sauf à l'aide d'un moyen.

Un animal ne peut pas arriver au céleste avant d'avoir passé par l'homme. Ce qui est antinaturel doit devenir naturel avant que sa nature puisse devenir spirituelle.

9. - Les métaux ne peuvent pas se changer en d'autres métaux avant d'avoir été réduits à la prima materia.

La volonté propre, opposée à la volonté divine, doit cesser d'être pour que la volonté divine puisse envahir le coeur. Nous devons nous dépouiller de toute sophistication, devenir semblables à des enfants, pour que la parole de sagesse puisse retentir dans notre esprit.

10. - Ce qui n'est pas mûr doit être aidé par ce qui est parvenu à maturité.

Ainsi commencera la fermentation. La loi de l'induction régit toutes les régions de la nature.

11. - Dans la calcination, le corps ne se réduit pas, mais il augmente de quantité.

Le véritable ascétisme consiste à abandonner ce dont on n'a pas besoin, lorsqu'on a reçu quelque chose de meilleur.

12. - Dans l'alchimie, rien ne porte de fruit sans avoir été préalablement mortifié.

La lumière ne peut pas luire à travers la matière, si la matière n'est pas devenue assez subtile pour laisser passer les rayons.

13. - Ce qui tue produit la vie ; ce qui cause la mort amène la résurrection ; ce qui détruit crée.

Rien ne sort de rien. La création d'une forme nouvelle à pour condition la transformation de l'ancienne.

14. - Tout ce qui renferme une semence peut être augmenté, mais point sans l'aide de la nature.

Ce n'est qu'au moyen de la graine que le fruit portant des graines plus nombreuses vient à la vie.

15. - Toute chose se multiplie et s'augmente au moyen d'un principe masculin et d'un principe féminin.

La matière ne produit rien si elle n'est pénétrée par la force. La nature ne crée rien si elle n'est imprégnée par l'esprit. La pensée reste improductive si elle n'est rendue active par la volonté.

16. - La faculté de tout germe est de s'unir à tout ce qui fait partie de son royaume.

Tout être dans la nature est attiré par sa propre nature représentée dans d'autres êtres. Les couleurs et les sons de nature semblable forment des accords harmonieux ; les substances qui ont des rapports les unes avec les autres peuvent se combiner ; les animaux de la même espèce s'associent entre eux, et les puissances spirituelles s'unissent aux germes avec lesquels elles ont de l'affinité.

17. - Une matrice pure donne naissance à un fruit pur.

Ce n'est que dans le sanctuaire le plus intime de l'âme que se révèlera le mystère de l'esprit.

18. - Le feu et la chaleur ne peuvent être produits que par le mouvement.

La stagnation, c'est la mort. La pierre jetée dans l'eau forme des cercles excentriques progressifs, qui sont produits par le mouvement. L'âme qui ne s'émeut pas ne peut point s'élever et se pétrifie.

19. - Toute la méthode commence et finit par une seule méthode : la cuisson.

Voici le grand arcane : c'est un esprit céleste descendant du soleil, de la lune et des étoiles, et qui est rendu parfait dans l'objet saturnin par une cuisson continuelle, jusqu'à ce qu'il ait atteint l'état de sublimation et la puissance nécessaires pour transformer les métaux vils en or. Cette opération s'accomplit par le feu hermétique. La séparation du subtil d'avec l'épais doit se faire avec soin, en ajoutant continuellement de l'eau ; car plus les matériaux sont terrestres, plus ils doivent être dilués et rendus mobiles. Continue cette méthode jusqu'à ce que l'âme séparée soit réunie au corps.

20. - L'oeuvre entière s'accomplit en employant uniquement de l'eau.

C'est la même eau que celle sur laquelle se mouvait l'Esprit de Dieu dans le principe, lorsque les ténèbres étaient sur la face de l'abîme.

21. - Toute chose doit retourner à ce qui l'a produite.

Ce qui est terrestre vient de la terre ; ce qui appartient aux astres provient des astres ; ce qui est spirituel procède de l'Esprit et retourne à Dieu.

22. - Où les vrais principes manquent, les résultats sont imparfaits.

Les imitations ne sauraient donner des résultats purs. L'amour purement imaginaire, la sagesse comme la force purement imaginaires ne peuvent avoir d'effet que dans le royaume des illusions.

23. - L'art commence où la nature cesse d'agir.

L'art accomplit au moyen de la nature ce que la nature est incapable d'accomplir sans l'aide de l'art.

24. - L'art hermétique ne s'atteint pas par une grande variété de méthodes. La Pierre est une.

II n'y a qu'une seule vérité éternelle, immuable. Elle peut apparaître sous maints différents aspects : mais, dans ce cas, ce n'est pas la vérité qui change, c'est nous qui changeons notre mode de conception.

25. - La substance qui sert à préparer l'Arcanum doit être pure, indestructible et incombustible.

Elle doit être pure d'éléments matériels grossiers, inattaquable au doute et à l'épreuve du feu des passions.

26. - Ne cherche pas le germe de la pierre des philosophes dans les éléments.

C'est seulement au centre du fruit qu'on peut trouver le germe.

27. - La substance de la pierre des philosophes est mercurielle.

Le sage la cherche dans le mercure ; le fou cherche à la créer dans la vacuité de son propre cerveau.

28. - Le germe des métaux se trouve dans les métaux, et les métaux naissent d'eux-mêmes.

La croissance des métaux est très lente ; mais on peut la hâter en y ajoutant la patience.

29. - N'emploie que des métaux parfaits.

Le mercure imparfait, tel qu'on le trouve ordinairement dans certaines contrées de l'Europe, est tout à fait inutile pour cette oeuvre. La sagesse du monde est folie aux yeux du Seigneur.

30. - Ce qui est grossier et épais doit être rendu subtil et fin par calcination.

Ceci est une opération très pénible et très lente, parce qu'elle est nécessaire pour arracher la racine même du mal ; elle fait saigner le coeur et gémir la nature torturée.

31. - Le fondement de cet art consiste à réduire les Corpora en Argentum Vivum.

C'est la Solutio Sulphuris Sapientium in Mercurio. Une science dépourvue de vie est une science morte ; une intelligence dépourvue de spiritualité n'est qu'une lumière fausse et empruntée.

32. - Dans la solution, le dissolvant et la dissolution doivent rester ensemble.

Le feu et l'eau doivent être rendus aptes à se combiner. L'intelligence et l'amour doivent rester à jamais unis.

33. - Si la semence n'est pas traitée par la chaleur et l'humidité, elle devient inutile.

La froidure contracte le coeur et la sécheresse l'endurcit, mais le feu de l'amour divin le dilate, et l'eau de l'intelligence dissout le résidu.

34. - La terre ne produit nul fruit sans une humidité continue.

Nulle révélation n'a lieu dans les ténèbres si ce n'est au moyen de la lumière.

35. - L'humectation a lieu par l'eau, avec laquelle elle a beaucoup d'affinité.

Le corps lui-même est un produit de la pensée, et a pour cette raison la plus grande affinité avec l'intelligence

36. - Toute chose sèche tend naturellement à attirer l'humidité dont elle a besoin pour devenir complète en sa constitution.

L'Un, de qui sont sorties toutes choses, est parfait ; et c'est pourquoi celles-ci renferment en elles-mêmes la tendance à la perfection et la possibilité d'y atteindre.

37. - Une semence est inutile et impuissante, si elle n'est mise dans une matrice appropriée.

Une âme ne peut pas se développer et progresser sans un corps approprié, parce que c'est le corps physique qui fournit la matière nécessaire à son développement.

38. - La chaleur active produit la couleur noire dans ce qui est humide ; dans tout ce qui est sec, la couleur blanche ; et, dans tout ce qui est blanc, la couleur jaune.

D'abord vient la mortification, puis la calcination, et ensuite l'éclat doré produit par la lumière du feu sacré qui illumine l'âme purifiée.

39. - Le feu doit être modéré, ininterrompu, lent, égal, humide, chaud, blanc, léger, embrassant toutes choses, renfermé, pénétrant, vivant, intarissable, et le seul employé par la nature.

C'est le feu qui descend des cieux pour bénir toute l'humanité.

40. - Toutes les opérations doivent être faites dans un seul vaisseau et sans le retirer du feu.

La substance employée pour la préparation de la pierre des philosophes doit être rassemblée en un seul lieu et ne doit pas être dispersée en plusieurs lieux. Quand une fois l'or a perdu son éclat, il est difficile de le lui rendre

41. - Le vaisseau doit être bien clos, en sorte que l'eau ne s'en échappe pas ; il doit être scellé hermétiquement, parce que, si l'esprit trouvait une fissure pour s'échapper, la force serait perdue : et en outre il doit être bien clos, afin que rien d'étranger et d'impur ne puisse s'introduire et s'y mélanger. II doit toujours y avoir à la porte du laboratoire une sentinelle armée d'un glaive flamboyant pour examiner tous les visiteurs, et renvoyer ceux qui ne sont pas dignes d'être admis.  

42. - N'ouvrez pas le vaisseau avant que l'humectation soit achevée.

Si le vaisseau est ouvert prématurément, la plus grande partie du travail est perdue.

43. - Plus la pierre est alimentée et nourrie, plus la volonté s'accroîtra.

La sagesse divine est inépuisable ; seule est limitée la faculté de réceptivité de la forme.

Source : http://livres-mystiques.com/

 

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Théorie et symboles de la Philosophie Hermétique

15 Novembre 2012 , Rédigé par Oswald WIRTH Publié dans #spiritualité

CHAPITRE I

Faute de nous élever au-dessus du terrain de la constatation expérimentale, nous avons cessé de comprendre les anciens auteurs qui se basaient sur les lois rationnelles de toute existence. Leurs théories concernant la Nature et le secret de ses opérations nous apparaissent comme de vaines puérilités ; c'est ainsi que la Philosophie hermétique n'est à nos yeux qu'un tissu de rêveries, tout comme l'Alchimie semble définitivement reléguée dans la nécropole des sciences mortes.

Mais une cause particulière a surtout motivé le discrédit qui frappe les doctrines en vogue aux Moyen-Age et jusqu'au XVIII° siècle : nous avons perdu la clef du langage servant à les exprimer. Notre manière de parler est de nos jours toute différente. On ignorait jadis nos prétentions à nous servir de termes rigoureusement précis : des approximations devaient suffire, car la vérité pure est fatalement inexprimable. L'idéal du Vrai se laisse emprisonner dans aucune formule. Il en résulte que, dans une certaine nature, toute parole est mensonge, puisqu'elle n'exprime qu'imparfaitement l'idée qu'elle doit traduire. L'intimité de la pensée, son esprit fondamental, est insaisissable, c'est une divinité qui se dérobe sans cesse et ne consent tout au plus qu'à se refléter parfois dans des images. Tel Moyse, à qui Jahveh n'a pu se montrer que de dos.

Un langage figuré a donc dû être employé chaque fois qu'il s'est agi de faire prendre corps à des notions transcendantes. Moi-même, je ne puis me dispenser d'avoir recours aux allégories et aux symboles. Ce n'est pas de ma part un caprice, car je n'ai à ma disposition aucun autre mode de me faire comprendre. La pensée pure ne se présente à nous que voilée ; mais son voile est transparent pour qui sait discerner.
L'Hermétisme s'adresse aux penseurs qu'une vocation innée pousse à tout approfondir. Les lois universelles de la génération, de la conservation et de la transformation des êtres ne peuvent être représentées que par des schémas dont un esprit superficiel ne saurait saisir la portée. Aussi l'enseignement des sages reste inintelligible pour qui s'arrête au sens extérieur des mots ; mais il appartient à chacun de s'initier par lui-même, en s'inspirant des trois paroles de l'Evangile :

Demandez la Lumière et vous la recevrez ;
Cherchez la Vérité et vous la trouverez ;
Frappez à la Porte du Temple et l'on vous ouvrira.  

CHAPITRE II LA TRADITION

Foi et la Philosophie. - La Gnose. - L'Hermétisme. Les esclaves de la lettre. - L'Occultisme contemporain.

Alexandrie fut en son temps la capitale intellectuelle du monde antique. Des écoles célèbres y attiraient les sages de toutes les nations : l'Orient et l'Occident se rencontraient dans ce centre cosmopolite qui mettait en contact la Phénicie, la Chaldée, la Perse et l'Inde avec la Grèce classique, Rome et la Gaule. Toutes ces contrées apportèrent les traditions religieuses et scientifiques au pied du trône des Ptolémées. Des Juifs hellénisés traduisirent leur Bible, qui fut pour la première fois rendue accessible aux Gentils par la version dite des Septante. Le babylonien Bérose produisit une úuvre du même ordre en consignant tout ce qu'il savait concernant sa patrie. De précieux enseignements furent ainsi recueillis de toutes parts et comparés. On s'efforça de les coordonner en une synthèse philosophique qui, tout en ne restant malheureusement qu'à l'état d'ébauche níen exerça pas moins une puissante influence sur le développement du christianisme.

Celui-ci s'est recruté tout d'abord parmi des gens sincères, mais peu éclairés. Les premiers chrétiens furent des esprits ardents, frappés des vices de leur époque qu'ils se proposaient de corriger. Dans leurs assemblées secrètes, ils paraissaient conspirer contre les institutions établies : on les redoutait comme des révolutionnaires farouches, ennemis de toute hiérarchie sociale. Ils proclamaient les hommes égaux devant un Dieu unique, et admettaient une révélation surnaturelle, rendue accessible à tous par la foi. Toute recherche indépendante de la Vérité devenait à leurs yeux condamnable, de même que les arts et les sciences des païens.

A ces hommes d'action étroitement disciplinés, à ces partisans d'une égalité démocratique poussée jusque dans le domaine de l'intelligence, s'opposaient des rêveurs beaucoup plus inoffensifs. Ils se disaient gnostiques et se prétendaient initiés aux mystères des anciens hiérophantes. Cultivant des connaissances accessibles aux seuls esprits d'élite ils se targuaient de posséder les secrets les plus cachés de la nature ; aussi, à l'occasion, se montraient-ils théurges et thérapeutes. Les Chrétiens n'étaient à leurs yeux que des ignorants dangereusement fanatisés dont ils méprisaient la grossièreté ; quant à eux, ils se complaisaient à de subtil spéculations sans parvenir à se mettre d'accord sur une doctrine uniforme. Tout disciple de la Gnose aspirait à devenir le confident direct de la divinité et, par suite, ne croyait guère qu'en lui-même. Le gnosticisme se partageait ainsi en une multitude de sectes offrant le spectacle d'une complète anarchie intellectuelle.

Chrétiens et gnostiques devaient nécessairement se combattre. La lutte se prolongea mais la victoire était acquise d'avance à la discipline et au grand nombre. Devenu formidable, le parti chrétien triompha définitivement lors de la conversion de Constantin. Implacable désormais à l'égard de ses adversaires, il proscrivit tout ce qui se rattachait aux anciens cultes et persécuta en particulier les partisans de la Gnose.

Traqués à titre d'hérétiques, ceux-ci durent dissimuler leurs doctrines sous le couvert des voiles plus épais.
Ainsi naquirent les sciences secrètes ou occultes, qu'un symbolisme ingénieux dérobe à la curiosité des indiscrets. Au premier rang figure l'Alchimie, l'art des transmutations métalliques, qui servit de trame à tout un vaste système d'allégories. On conçut la métallurgie mystique, aux opérations calquées sur celles que la nature accomplit dans les êtres vivants. Une profonde Science de la Vie se cacha sous des symboles spéciaux ; elle s'efforça de résoudre les plus troublantes énigmes et rechercha les bases de la Médecine universelle.

Celle-ci devait porter remède à tous les maux, tant à ceux de l'esprit et de l'âme qu'à ceux du corps, de plus, il lui appartenait de guérir les maladies sociales tout comme les infirmités des individus isolés.

Tous ces bienfaits étaient liés à la préparation de l'Élixir de Vie et de la fameuse Pierre philosophale. Les adeptes cherchaient le moyen d'assurer à tous les êtres une santé inaltérable et de mettre l'homme à l'abri de toutes les misères. Dans ce but, ils se proposaient de conduire toute chose au degré de perfection dont elle est susceptible : c'est ce qu'ils appelaient changer le plomb en or. Ils pratiquaient le Grand Art, l'Art par excellence, ou l'Art sacerdotal et royal des anciens Initiés ; en leur qualité de prêtres, ils interprétaient les lois de l'harmonie universelle, qu'ils appliquaient à titre de rois.

Des conceptions aussi grandioses font éclater les crânes trop étroits. Tous les alchimistes ne furent pas des hommes de génie : la cupidité suscita des chercheurs d'or fermés à tout ésotérisme ; ils prirent tout au pied de la lettre, si bien que leurs extravagances n'eurent bientôt plus de bornes.

Tandis que les souffleurs vulgaires se livraient à cette cuisine incohérente dont se dégagea plus tard la chimie moderne, les Philosophes dignes de ce nom, les amis de la sagesse intrinsèque, prenaient soin de « séparer le subtil de l'épais avec délicatesse et une rare prudence », comme le recommande la Table d'Émeraude d'Hermès Trismégiste : rejetant les scories de la lettre morte ils ne retenaient que l'esprit vivifiant de l'enseignement des maîtres.

Mais le public a confondu les sages avec les fous Il repousse en bloc tout ce qui níest pas à sa portée la plus immédiate ou n'a pas reçu l'estampille des pontifes ayant su capter sa confiance.

Cependant, parmi nos contemporains, quelques esprits aventureux ont osé pénétrer dans les catacombes des traditions perdues. La voie fut ouverte par Eliphas Levi (l'Abbé A.-L. Constant), dont M. Stanislas de Guaita, dans ses Essais de Sciences maudites et son Serpent de la Genèse se révèle le plus brillant disciple.

Ces recherches ont une extrême importance du point de vue de la thérapeutique occulte. Elles ont fait apprécier les traités d'Alchimie, qu'on déchiffre nouveau, en dépit de leur style figuré à l'excès.

CHAPITRE III LES TROIS PRINCIPES

La Lumière. - Soufre, Mercure et Sel. - L'Azoth des Sages. - Le Binaire et sa conciliation.

L'Hermétisme fait remonter l'origine première de toutes choses à une radiation qui part simultanément de partout : c'est la Lumière infinie, l'Aôr Ensoph des Kabbalistes ( Les théories alchimiques ont été résumées avec une clarté remarquable en 1864, par 1e Dr Ch. de Vauréal dans son Essai sur histoire des Ferments, thèse de doctorat qui fit alors sensation au sein de la Faculté de Médecine de Paris).

Cette Lumière créatrice émane d'un centre qui n'est localisé nulle part, mais que chaque être retrouve en lui-même.

Envisagé dans son unité omniprésente, ce Centre est la source de toute existence, de toute pensée et de toute vie.

Il se manifeste dans les êtres comme le foyer de leur énergie expansive, laquelle semble se rapporter à un feu interne, qui serait entretenu par ce que les alchimistes appellent leur SOUFRE.

Or, l'ardeur centrale  résulte pour chaque être d'une réfraction en lui de la lumière ambiante, craquelle est avide de pénétrer les corps et représente les influences qui s'exercent sur eux de l'extérieur.

Ainsi la Lumière-Principe se manifeste par rapport aux êtres sous deux aspects opposés : elle converge vers leur centre sous le nom de MERCURE, puis elle rayonne de ce foyer radical à titre d'émanation sulfureuse.

Le Mercure  fait donc allusion à ce qui entre et le Soufre  à ce qui sort ; mais entrée et sortie supposent un contenant stable, lequel correspond ce qui reste, autrement dit au SEL.

Tout ce qui est relativement fixe résulte d'un équilibre réalisé entre l'expansion sulfureuse et la compression mercurielle. Le Sel est une condensation lumineuse produite par l'interférence  de deux rayonnements contraires ; c'est le réceptacle en qui s'infiltre l'esprit mercuriel  pour y exciter l'ardeur sulfureuse.

En tout ce qui peut se concevoir comme existant on distingue de toute nécessité Soufre, Mercure et Sel  ; car on ne saurait rien imaginer qui n'eût sa substance propre (Sel ), soumise simultanément à des influences internes (Soufre) et externes (Mercure).

Considéré dans son universalité, comme l'éther partout répandu qui pénètre toutes choses, le Mercure  prend le nom d'Azoth des Sages. C'est alors le souffle divin (Rouach Elohim) que la Genèse nous montre se mouvant sur le dessus des eaux, lesquelles sont représentées par le Sel .

Originairement tout réside dans l'Azoth ; mais par l'opération de l'Esprit divin le Verbe s'incarne au sein d'une Vierge immaculée, qui donne naissance au Rédempteur.

Celui-ci n'est autre que le Vouloir particulier harmonisé avec la Volonté générale ; c'est le Soufre allié au Mercure  dans un Sel parfaitement purifié.

Cette alliance permet à l'individualité de conquérir la plénitude de l'être, de la vie et de la pensée ; car les individus n'existent, ne vivent et ne pensent que dans la mesure où ils parviennent à s'assimiler líêtre la vie et la pensée de la collectivité dont ils font partie. Nous ne sommes rien par nous-même : tout provient du grand Tout. L'homme doit donc chercher à s'unir étroitement à la source permanente de toutes choses.

Mais l'intimité d'une semblable union dépend du degré de pureté auquel est porté le Sel. Cela explique l'importance attachée de tous temps aux purifications, qui tiennent encore de nos jours une place prépondérante dans le ritualisme de la Franc-Maçonnerie.

La prédominance du Soufre exalte l'initiative individuelle et se traduit par des qualités viriles énergie, ardeur, courage, audace, fierté, goût du commandement. Elle pousse à créer, à inventer ; elle incite au mouvement, à l'action, et porte à donner plutôt qu'à recevoir ; aussi l'homme se base-t-il moins que la femme sur la foi réceptive : il préfère élaborer ses propres idées plutôt que de s'assimiler celles d'autrui.

Le Mercure développe au contraire les vertus féminines : douceur, calme, timidité, prudence, modestie, résignation, obéissance. Il ne rend pas inventif, mais il donne la faculté de comprendre, de deviner et de sentir avec délicatesse ; de plus il fait aimer le repos, surtout celui de l'esprit ; absorbé dans la rêverie et le vagabondage de l'imagination.

Quant au Sel, il engendre l'équilibre, la pondération, la stabilité ; c'est le milieu conciliateur qu'on a pris à juste titre comme le symbole clé la sagesse.

CHAPITRE IV LES QUATRE ELEMENTS

Le dédoublement du Sel. - La théorie des Eléments. Leurs symboles. -Leur coordination. - La vie élémentaire. - Comment la prolonger ? - Le fluide des magnétiseurs.

Le Sel  comprend l'ensemble de ce qui constitue la personnalité, donc tout à la fois l'âme et le corps, l'une étant ce qu'il y a en nous de céleste, et l'autre ce qui nous rattache à la terre. Cette division est figurée dans le signe alchimique du Sel par le diamètre horizontal qui partage le cercle.

Le segment supérieur représente ce qui est pur, inaltérable et imperceptible, tandis que sa contre-partie inférieure  se rapporte à ce qui est hétérogène, accessible à nos sens et sujet à de perpétuels changements. Ce domaine moins éthéré est soumis à l'empire des Éléments.

Ceux-ci n'ont rien de commun avec ce que nous appelons « corps simples » . Ce sont des abstractions qui se distinguent des choses élémentées. Les quatre Éléments se trouvent nécessairement réunis en tout objet physique, car la matière élémentaire résulte de l'équilibre qui s'établit entre eux.

L'Elément appelé « TERRE » échappe à nos perceptions ; c'est la cause invisible et impalpable de la pesanteur et de la fixité. Tout aussi métaphysiques sont lí« AIR » qui produit la volatilité, lí« Eau » qui resserre les corps, et le FEU qui les dilate.

Aux Eléments se rattachent les qualités élémentaires, qui sont le sec, l'humide, le froid et le chaud.
La Terre, qui est froide et sèche, a pour symbole le Búuf de saint Luc, le Taureau zodiacal du printemps.
L'Air, chaud et humide, est le domaine de l'Aigle de Saint Jean, qui brille au ciel parmi les constellations automnales.
L'Eau est froide et humide ; elle correspond à l'Ange de saint Matthieu, ou au Verseau, station du soleil en hiver.
Le Feu, chaud et sec, est enfin rappelé par le Lion de saint Marc, qui marque dans le zodiaque le milieu de l'été.

L'antagonisme conjugué des Eléments est figuré par un carré que remplit la substance élémentaire.
Les Eléments sont figurés dans l'homme par la matière corporelle passive (Terre), par l'esprit ou le souffle animateur (Air), par les fluides, véhicules de la vitalité (Eau), et par l'énergie vitale, source du mouvement (Feu).

La Terre est un récipient poreux, que traversent l'Eau et l'Air, pour aller alimenter le Feu, qui brûle au centre.
Excité par l'Air, celui-ci consume une partie de l'Eau et vaporise le reste. La vapeur se fraye passage à travers les pores de l'écorce terrestre et s'élève à l'extérieur ; mais le froid la condense en nuages qui se résolvent en pluie. L'Eau, tenant  l'Air en dissolution, s'accumule ainsi à la surface du sol, qu'elle imbibe, pour retourner au foyer central.

Il s'établit de la sorte une circulation ininterrompue qui entretient la vie et dure tant que le Feu n'est pas éteint.
Lorsque l'Eau nourricière abonde, le Feu ne demande qu'à briller d'un vif éclat. C'est le cas de la jeunesse exubérante et impétueuse, qui aime à se dépenser jusqu'à l'épuisement de toute humidité centrale. Il survient alors un état de fatigue et d'accablement, dont le remède est le repos.

Or, l'activité se ralentit d'elle-même, dés que le Feu manque de combustible. L'abaissement de la température provoque la condensation de l'humidité extérieure : il pleut, et l'Eau résorbée vient réveiller l'ardeur centrale. Tel est le mécanisme de la réparation pendant le sommeil des forces consumées à l'état de veille.

Avec l'âge le liquide vital se fait d'autant plus rare qu'il a été moins économisé. Il faut donc apprendre à gouverner son Feu avec sagesse, si l'on ne veut pas vieillir prématurément.

Quant à l'art de prolonger de beaucoup la vie humaine, il est loin d'être une pure chimère. L'huile de la lampe de Vesta est susceptible de parer à l'usure des rouages physiologiques. Nos cellules ne se reproduisent pas indéfiniment après un certain nombre de générations leur race s'épuise, et c'est en cela que réside la cause fatale de notre mort corporelle. Ce qui dans notre personnalité est soumis aux Eléments se trouve ainsi voué à un déclin plus ou moins tardif, mais inévitable. Seule la partie sur-élémentaire de notre être peut aspirer à l'immortalité.

L'Elixir de longue vie ne s'en rapporte pas moins à une hygiène à la fois physique, morale et intellectuelle, que les sages ont préconisée de tous temps.
En magnétisme, le « fluide » n'est pas autre chose que l'eau vitale extériorisée sous forme de vapeur. Le thérapeute fait passer sa propre humidité dans l'atmosphère du malade, qui la résorbe et acquiert ainsi un surcroît de vitalité.

Mais il est des magnétiseurs que caractérise l'ardeur du Feu, plutôt que l'abondance de l'Eau. Ils seront de préférence expérimentateurs et agiront par la volonté. Leur intervention sera précieuse dans certains cas spéciaux où il importe de remédier à l'obstruction des pores de l'écorce terrestre en stimulant la circulation vitale. On ne peut alors avoir recours qu'au Feu qui, agissant de l'extérieur, vaporise l'humidité interne et l'oblige à se frayer un passage à travers la Terre insuffisamment perméable. Celle-ci est ainsi décrassée, et de ce fait le malade devient accessible à l'action magnétique ordinaire.

La perméabilité exagérée de l'écorce terrestre rend impressionnable au plus haut point. Les sujets se montrent alors d'une sensibilité exquise. Le magnétisme les transforme à vue d'úil ; mais ce quíils acquièrent trop vite risque de leur échapper avec une égale rapidité.

Le moyen de rendre sa propre Terre perméable intéresse au plus haut point le psychurge qui veut arriver à déployer la plénitude de sa puissance. Il en sera traité au chapitre suivant.

CHAPITRE V L’OEUVRE DES SAGES

Opérations. - Couleurs. - Oiseaux hermétiques. L'Union du Soufre et du Mercure. - L'Etoile des Mages.
La Rose-Croix.

La Pierre philosophale est un Sel purifié, qui coagule le Mercure , pour le fixer en un Soufre éminemment actif.

L'Oeuvre comprend donc trois phases :
La purification du Sel,
La coagulation du Mercure,
Et la fixation du Soufre.

Mais au préalable, il faut se procurer la Matière philosophique. Cela n'entraîne pas à de grandes dépenses, car elle est fort commune et se rencontre "partout".

Cependant, elle demande à être discernée. Tout bois n'est pas bon pour faire un Mercure. La nature nous offre des matériaux qu'on ne saurait faire entrer dans la construction du temple de la Sagesse. Il est des vices rédhibitoires qui font écarter le profane avant même qu'il soit soumis aux épreuves.

Supposons néanmoins l'artiste en possession d'une « matière » convenable à ses projets. Il s'empressera aussitôt de la nettoyer, afin de la débarrasser de tout corps étranger qui pourrait adhérer accidentellement à sa surface.

Cette précaution étant prise, le sujet est enfermé dans l'åuf philosophique hermétiquement luté.

Il est ainsi soustrait à toute influence venant de l'extérieur: la stimulation mercurielle lui fait défaut ; son feu vital dès lors baisse, languit et finit par s'éteindre.

Ce langage serait assez déconcertant si, pour le comprendre, on ne se reportait à la traduction que la Franc-Maçonnerie en offre dans ses usages. Le rituel prescrit de dépouiller le Récipiendaire des métaux qu'il porte sur lui, puis de l'emprisonner dans la Chambre des Réflexions, où il se trouve en présence d'emblèmes funèbres, qui l'invitent à se préparer à la mort.

Isolé, réduit à ses propres ressources, l'individu cesse de participer à la vie générale : il meurt et sa personnalité se dédouble. La partie éthérée se dégage et abandonne un résidu désormais « informe et vide » comme la terre antérieurement à son imprégnation par le souffle divin (Genèse I, 2).

Ainsi apparaît le chaos philosophique dont la couleur noir, est figurée par le Corbeau de Saturne. On peut voir dans cet oiseau l'image des ténèbres qui étaient sur la face de l'abîme ;  on lui oppose la Colombe, le symbole de l'Esprit de Dieu se mouvant sur le dessus des eaux.

Privée de vie, la matière tombe en putréfaction. Toute forme organique est alors dissoute, et les Eléments se confondent dans un tohu-bohu désordonné.

Mais la masse putréfiée renferme un germe, dont la dissolution favorise le développement. Ce foyer d'une nouvelle coordination commence par síéchauffer, en raison des énergies qui síy trouvent emmagasinées. La chaleur dégagée repousse líhumidité et síenveloppe díun manteau de sécheresse. Ainsi se reconstitue líécorce terrestre qui sert de matrice au Feu, quíelle sépare de líEau.

 

Cette séparation des Eléments rétablit la circulation vitale, qui a pour effet de soumettre la Terre impure à un lavage progressif. LíEau alternativement extériorisée puis résorbée, fait passer le résidu chaotique du noir au gris, puis au blanc, en passant par les couleurs variées de l'arc-en-ciel, représentées par la queue de paon.
Or, la blancheur a pour symbole le Cygne dont Jupiter prit l'aspect pour s'unir à Léda. Le maître des dieux représente en cela l'Esprit qui féconde ; la Matière purifiée par des ablutions successives. C'est le souffle aérien qui pénètre la Terre, pour en faire surgir l'Enfant philosophique.

Tandis que l'embryon se développe dans le sein maternel, la Terre se recouvre d'une luxuriante végétation, grâce à l'humidité aérienne dont elle est imprégnée ; c'est l'apparition de la couleur verte, celle de Vénus, dont la Colombe est l'oiseau favori.

Désormais il n'y a plus à obtenir que la couleur rouge, celle qui marque l'achèvement de l'oeuvre simple ou Médecine du premier Ordre. Elle annonce la parfaite purification du Sel, laquelle rend possible l'accord rigoureux entre l'agent interne  et sa source extérieure d'action .

Le Feu individuel en vient alors à brûler d'une ardeur toute divine, et manifeste le pur Soufre philosophique, dont l'image est le Phénix.

Cet oiseau merveilleux était consacré au Soleil et on lui supposait un plumage écarlate. Il représente ce principe de fixité qui réside dans le foyer de notre Feu central, où il semble se consumer sans cesse, pour renaître continuellement de ses cendres.

Pour conquérir cette , immuabilité l'initiative particulière ne doit plus s'exercer que sous l'impulsion directe du Centre moteur universel ; c'est la communion de l'Homme avec Dieu, ou l'harmonie pleinement réalisée entre le Microcosme et le Macrocosme.

Parvenu à cet état, le Sujet prend le nom de Rebis, de res bina, la chose double. On le représente par un androgyne unissant l'énergie virile à la sensibilité féminine. Il est indispensable, en effet, de réunir les deux natures, si l'on veut réaliser la coagulation du Mercure, autrement dit attirer le Feu du Ciel et se l'assimiler.

L'adepte vainqueur des attractions élémentaires possède la vraie liberté, car l'esprit domine en lui sur la matière : il s'est rendu pleinement Homme en surmontant l'animalité. De même que la tête, commande aux quatre membres, un cinquième principe doit subjuguer les Eléments ; c'est la Quintessence, qui est l'essence même de la personnalité ou, si l'on préfère, l'entéléchie assurant 1a persistance de l'être.

Cette mystérieuse entité a pour symbole le Pentagramme, ou l'Etoile du Microscome qui, sous le nom d'Etoile Flamboyante, est bien connue des Francs-Maçons. Ils en ont fait l'emblème caractéristique de leur deuxième grade, auquel on ne peut prétendre qu'après avoir été successivement purifié par la Terre, l'Air, l'Eau et le Feu. Les épreuves initiatiques sont calquées en cela sur les opérations du Grand åuvre ; les quatre purifications se rapportent à la putréfaction (Terre), à la sublimation de la partie volatile du Sel (Air), à l'ablution de la Matière (Eau) et à la spiritualisation du Sujet (Feu). La dernière épreuve fait allusion à l'embrasement qui remplit l'être d'une ardeur toute divine, dès que son foyer d'initiative s'exalte à la chaleur du Feu-Principe animateur de toutes choses.

La Quintessence est parfois représentée par une rose à cinq pétales.

Dans l'une de ses figures, Nicolas Flamel nous montre ainsi la Rose hermétique sortant de la pierre mercurielle sous l'influence de l'Esprit universel. D'autre part, les mystiques rosicruciens combinaient la rose avec la croix et y voyaient l'image de l'Homme-Dieu que nous portons en nous. Le Sauveur était à leurs yeux la Lumière divine qui resplendit au sein de l'âme épurée. Ce n'est d'abord qu'une étincelle, un frêle enfant né de la Vierge céleste, autrement dit de cette essence psychique transcendante, immaculée, universelle, qui est destinée à nous envahir. Cet envahissement refoule ce qui est inférieur en nous : ainsi la Femme apocalyptique écrase la tête du Serpent, séducteur de notre vitalité terrestre, tandis que le Rédempteur grandit pour nous diviniser en nous illuminant.  

CHAPITRE VI LE MAGISTERE DU SOLEIL

L'Illumination. - La Maîtrise. - La Réintégration dans l'Unité. - L'or philosophique. - La Sagesse. - Le Pélican. - L'Etoile de Salomon.

Selon les rites initiatiques, le bandeau de l'ignorance profane tombe des yeux du Récipiendaire dès que celui-ci a été purifié par les Eléments. Cette quadruple purification a pour effet de rendre  l'écorce terrestre perméable et transparente ; aussi désormais la lumière extérieure peut être aperçue du dedans. Mais il ne suffit pas à l'Initié de voir la Lumière il lui incombe de l'attirer, pour la concentrer sur le foyer radical de sa personnalité. C'est ce qui s'appelle coaguler le Mercure.
En vue de cette opération le Feu intérieur doit tout d'abord être exalté. L'ardeur centrale extériorise ainsi l'humidité animique, qui transforme l'atmosphère individuelle en un milieu réfringent,
propre à recueillir et à condenser la clarté diffuse de l'Azoth. Grâce à cette réfraction, la personnalité finit par s'imprégner intégralement de Lumière coagulée.
Il importe alors de rendre permanent l'état qui a. su être atteint. On ne peut y parvenir qu'en induisant une circulation vitale nouvelle et plus transcendante que celle qui s'effectue dans le domaine ordinaire des Eléments.

Mais la conquête d'une vie plus élevée suppose toujours une mort préalable. Or, ce n'est plus cette fois le Profane qui périt au sein des ténèbres pour renaître à la Lumière, c'est l'Initié qui meurt élevé au-dessus de terre et cloué sur la croix, en vue d'accomplir le Grand Oeuvre.
Cette mort représente le sacrifice total de soi-même. Elle exige le renoncement à tout désir personnel. C'est l'extinction de l'égoïsme radical, et par suite l'effacement du péché originel. Le moi étroit disparaît, absorbé dans le soi de la Divinité.
Une semblable absorption investit l'Homme de la souveraine puissance. L'être qui n'est plus esclave de rien devient par ce seul fait maître de tout. Sa volonté ne formule que les intentions même de Dieu et à ce titre elle s'impose irrésistiblement.

Mais, en réalisant l'idéal chrétien le sage parfait ne saurait plus s'adonner à aucune entreprise arbitraire. Sa mission de rédempteur le détache de toute mesquinerie. Il ne peut être question pour lui de fabriquer de l'or vulgaire, susceptible de tenter les avares. Lorsque la pierre philosophale est projetée sur les métaux en fusion, c'est en or philosophique qu'elle les transmue, c'est-à-dire en un trésor inaliénable, dont la valeur est absolue et non de simple convention.
Cet or se rapporte à la plus haute somme de perfection dont un être soit susceptible du triple point de vue intellectuel, moral et physique. C'est ainsi que la pierre philosophale devient la suprême médecine à la fois de l'esprit, de l'âme et du corps. Elle procure la santé parfaite et rétablit la créature déchue dans les droits primitifs de sa création.

Mais, pour rendre autrui parfait il faudrait être parfait soi-même. Or, qui oserait prétendre à la perfection ? N'est-elle pas un modèle que l'on peut suivre, mais qu'on n'atteint jamais ? Il en est ainsi lorsque l'on parle de la perfection absolue. Mais ce n'est pas à elle que fait allusion l'or philosophique, qui ne représente que le degré de perfection compatible avec la nature de chaque être. Dès que l'on a soi-même atteint ce degré on peut efficacement remplir le rôle de sauveur. La plus modeste lumière contribue à dissiper les ténèbres, et pour guérir les autres il suffit d'être sain.

Une étincelle divine brille d'ailleurs en tout homme. Elle étouffe le plus souvent sous l'épaisseur de la matière. L'initiation allège celle-ci et avive la flamme sacrée. Dans l'être humain elle développe l'Homme-Principe en faisant éclore le germe des potentialités latentes que nous portons en nous. On ne saurait rien demander de plus; car toute construction est parfaite dès qu'elle est conforme au plan conçu par l'architecte. Or, il ,s'agit ici de l'Architecte souverain ordonnateur de toutes choses.
D'un autre côté, l'homme n'est rien par lui-même : tout lui vient du dehors ; c'est ce qui lui permet de participer à la toute-puissance dans la mesure où il se rapproche de sa source. Or, pour se rapprocher de Dieu, il suffit de faire sa volonté et de l'aimer.
Faire la volonté de Dieu, c'est travailler à la réalisation du plan divin et, comme une tâche déterminée est assignée à chaque être, tout le devoir consiste à la remplir fidèlement. Le mérite ne réside pas dans les oeuvres grandioses, mais dans celles qui répondent aux exigences de (harmonie générale. Dans le concert universel, les exécutants doivent s'appliquer non pas à faire beaucoup de bruit, mais à fournir strictement la note qui leur est demandée.

Remplir rigoureusement sa destinée, telle est donc toute líambition du sage. Gloire, honneurs, richesses, plaisir et satisfactions, rien à ses yeux ne peut avoir du ,y prix. Il ne voit dans le monde qu'un théâtre où les personnalités se donnent en spectacle. Les  acteurs paraissent sur  scène affublés d'accoutrements d'emprunt, et ils jouent leur rôle avec conviction, oubliant qu'à la chute du rideau,  ils dépouilleront leurs y oripeaux pour redevenir eux-mêmes.

Dans ces conditions, le personnage que l'on incarne importe assez peu. Prince ou mendiant, héros ou traître, l'essentiel est de bien jouer, en répondant exactement aux intentions de l'auteur.

Cependant, si la crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse, la simple docilité n'en est pas la fin. La soumission et l'obéissance sont indispensables, mais, à elles seules, elles ne suffisent pas pour élever vers Dieu : notre élévation se proportionne au degré d'Amour dont nous sommes capables.

Le Pélican est, de ce point de vue, l'emblème de cette charité sans laquelle on ne saurait être qu'un airain qui résonne ou une cymbale retentissante. Cet oiseau blanc alimente ses petits de son propre sang. Il est l'image de l'âme qui se dévoue sans réserve. C'est dans le sentiment qui unit l'individu à tous les êtres que réside la suprême vertu, la « force forte » de toute force.

L'adepte qui brûle de cet amour infini obtient le Sceau de Salomon. Ce signe de la puissance magique par excellence, se compose de deux triangles entrelacés, qui sont les symboles alchimiques du Feu et de l'Eau . Ils représentent plus particulièrement ici la nature humaine unie à la nature divine.

L'Hexagramme ou l'Etoile du Macrocosme est ainsi l'emblème de la théurgie, qui s'appuie sur l'alliance de la Volonté et du Sentiment, alors que la Magie simple se base sur la seule Volonté de l'adepte portée à sa plus haute puissance. Son pantacle est en cela le Pentagramme ou l'Etoile du Microcosme.

Le mage développe son individualité, il exalte son Soufre et devient un centre puissant d'initiative personnelle. Il se rattache à l'initiation masculine ou dorienne, à l'encontre du mystique, qui se conforme aux principes de l'initiation féminine ou ionienne lorsqu'il s'efface devant une puissance extérieure à lui-même (Mercure). Quant au théurge, sa supériorité consiste à concilier l'activité du mage et la passivité du mystique. C'est un chaînon de la suprême hiérarchie : il commande et il obéit, il transmet l'ordre reçu d'en haut à ce qui est placé sous lui, maître dirigeant le travail d'autrui il assure la réalisation du plan de l'éternel Architecte.
CHAPITRE VII LES SEPT MÉTAUX

La constitution ternaire et septénaire de l'homme. - Correspondance des Métaux et des Planètes. - Les sept principes du Bouddhisme ésotérique.

L'Esprit essentiellement actif ne peut agir sur la substance passive du Corps que par l'intermédiaire de l'Ame, qui se montre passive relativement à l'Esprit niais active par rapport au Corps.
Or, la santé exige que l'influence de l'Esprit puisse s'exercer pleinement sur le Corps. A cet effet, l'Ame doit être le moyen terme exact entre l'Esprit et le Corps. L'harmonie ne peut donc être réalisée que s'il y a équivalence entre les trois facteurs de la personnalité humaine.
Ceux-ci peuvent être représentés graphiquement ,par trois cercles qui se pénètrent partiellement. Il s'engendre alors un Septénaire qui permet d'envisager la constitution de l'homme sous un nouvel aspect.

L'Esprit, l'Ame et le Corps correspondent désormais à l'Or, à l'Argent et au Plomb. Leur synthèse est figurée par le Vif-argent, symbole de la Quintessence, ou du substratum invisible et permanent de la personnalité physique. L'Ame et l'Esprit s'unissent dans l'Ame spirituelle, à laquelle se rapporte l'Étain, tout comme le Fer et le Cuivre s'appliquent respectivement à l'Esprit corporel et à l'Ame corporelle.

A chaque métal se rattache en outre une planète ou une divinité olympienne.

Le Plomb, lourd et vil, appartient à Saturne  le dieu détrôné par Jupiter qui se reflète lui-même dans l'Étain, le plus léger des métaux.

Ces deux métaux sont mous et s'opposent à deux autres qui sont durs. L'un le Cuivre, prend en s'oxydant la couleur verte de Vénus. L'autre est le Fer qui rougit au feu et fournit des armes à Mars.

La mobilité du Vif-argent est rappelée par les mouvements rapides de la planète Mercure et par l'égalité du messager des dieux.

La Lune  semble trouver sa blancheur et son éclat tempéré dans l'Argent, alors que l'Or, brille comme le Soleil.

Les éléments correspondent au Plomb (Terre), à l'Etain (Air), au Cuivre (Eau) et au Fer (Feu).
L'Or incorruptible est représenté par Apollon, le dieu-lumière, source primordiale de toute vie et de toute activité. C'est l'Esprit pur qui anime la création, dont il est le commencement et la fin, A , et Z, Alpha et Oméga, Aleph et Thau, comme l'indique le mot  , AZoth ,composé kabbalistiquement de la lettre initiale de tous les alphabets (A), suivie du dernier caractère alphabétique des Latins , des Grecs et des Hébreux.

Ce principe se rapporte à l'Atma du bouddhisme ésotérique. Il se rattache directement au Buddhi, le principe pensant qui délibère et décide. C'est l'Esprit animique  ou Jupiter, uni à Junon son épouse, qui personnifie l'Ame spirituelle. Le maître de l'Olympe tient conseil et lance la foudre de la volonté. De son cerveau surgit toute armée Minerve ou la Raison.

 L'Ame, le domaine de la chaste Diane, correspond au Manas des Hindous. C'est la source du Sentiment, de l'Imagination et de la Mémoire.

 L'Esprit corporel ou l'Instinct animal s'applique au Kama Rupa ou « corps de désir des Orientaux ». C'est l'énergie vitale que dépeint si bien la férocité de Mars et l'âpre dureté du Fer.

Le Corps astral assure la permanence du Corps physique, dont il est le double éthéré ou aromal. Tout retentit sur lui, car il est le núud de la personnalité. Il transmet les ordres de Jupiter et remplit le rôle d'intermédiaire universel. Mercure le personnifie donc à juste titre. Les Bouddhistes le nomment Linga Sharira.

Ils appellent Prâna ou Jîva la Vitalité, qui a pour véhicule l'Eau fécondante dont l'écume donne naissance à Vénus, personnification de l'Ame Corporelle.

Reste Rûpa, le Corps matériel qui, livré à lui-même, se putréfie sous l'action dissolvante de Saturne.

Lorsque ces sept principes se contrebalancent harmoniquement il en résulte une santé parfaite. Mais la perfection n'est jamais atteinte. L'équilibre idéal est toujours plus ou moins rompu. C'est ce qui engendre la diversité des individus d'une même espèce ; car ils se confondraient dans l'unité de leur type commun, s'ils étaient tous strictement conformes à leur modèle abstrait.

Les déviations sont innombrables ; mais elles se ramènent à un petit nombre de types secondaires qui seront décrits au chapitre suivant.

CHAPITRE VIII LES MODIFICATIONS FONDAMENTALES DU TYPE HUMAIN

La lumière blanche et les couleurs du prisme. - Matérialité et Animalité. - Spiritualité. - Bonté et Altruisme absolu. -Férocité. - Activité et Intellectualité pure. Paresse.

L'Homme-Type ou Adam-Kadmon représente un idéal d'harmonie qu'aucun être concret ne parvient à réaliser. Il en résulte des idiosyncrasies variées à l'infini, que seul l'Hermétisme permet de classifier d'une manière strictement logique.

A cet effet, il importe de remonter jusqu'aux causes qui engendrent une rupture plus ou moins prononcée de líéquilibre parfait. Elles se ramènent à une seule : la disproportion des facteurs constituants du ternaire humain. Chacun d'eux peut se trouver en excès ou être, au contraire, insuffisamment représenté. On peut ainsi distinguer six variations fondamentales, caractérisées par la surabondance ou la pénurie du Corps, de l'Ame et de l'Esprit.
Pour se rendre compte de ces déviations, il faut se reporter au schéma du chapitre précédent.

Chacun de ces trois cercles étant tour à tour avancé, puis reculé, leurs interférences normales sont modifiées de façon à expliquer les tonalisations principales de l'harmonie humaine.
Celles-ci se groupent autour de l'équilibre parfait, auquel correspond la lumière blanche synthétique dans le symbolisme des couleurs, alors que les trois couleurs primitives, rouge, bleu et jaune, conviennent respectivement à l'Esprit, à l'Ame et au Corps. Quant aux nuances intermédiaires, violet, orange, vert, elles s'appliquent à l'Aine spirituelle, à l'Esprit corporel et à l'Ame corporelle. Les principales variations du type humain peuvent ainsi se rattacher à l'une des couleurs du prisme. C'est ce qu'indique le tableau ci-contre.
Mais il convient d'étudier séparément chacune des divergences ainsi représentées. Lorsque l'on trace le cercle corporel de manière à le faire empiéter sur les deux autres, il y a extension de Mars, Vénus et Mercure aux dépens de Jupiter.

C'est le schéma de la prédominance matérielle. L'activité physique (Mars) la sève vitale (Vénus) et l'intelligence pratique qui pourvoit aux besoins du corps (Mercure) se réunissent pour étouffer l'idéalité (Jupiter).  Il y a peu de place pour le rêve, les conceptions élevées et les sentiments nobles. En revanche, la vigueur musculaire ne laissera rien à désirer. De semblables natures sont faites pour travailler sous la direction d'autrui. Elles n'aspireront qu'à la satisfaction de leurs besoins corporels. Toute autre ambition leur paraîtra déraisonnable. Sancho Panza réalise pleinement ce type.

La pondération massive de ces êtres robustes les, fait jouir d'une santé excellente, si l'on s'en tient aux apparences; car, en réalité, ils sont prédisposés à l'apoplexie et aux accidents du tempérament athlétique. L'obésité et la pléthore les menacent, s'ils ne dépensent pas leur force ; d'autre part, leurs organes risquent d'être prématurément usés par la fatigue excessive qui pourrait leur être imposée.

Ces personnalités épaisses ont besoins de réagir contre la pesanteur de la matière. L'imagination (Lune) chez elles, devra idéaliser la vitalité (Vénus), Diane (Lune) inspirant à Vénus  des sentiments purs, donnera plus d'empire à Jupiter, surtout si' Apollon (Soleil), de son côté, parvient à tourner la fougue de Mars  vers l'ambition des grandes choses.

Cette intervention simultanée de l'Ame (Lune) et de l'Esprit (Soleil) renforce l'Ame spirituelle ou raisonnable (Jupiter) qui distingue l'homme de la bête.

Celle-ci s'abandonne passivement aux impulsions qui la gouvernent. Elle obéit avec une docilité absolue aux lois de son espèce, et ne délibère pas ses actes qui restent purement impulsifs. Les animaux sont comparables, sous ce rapport, à des  sujets hypnotiques qui subiraient d'irrésistibles suggestions.

Chez eux il n'y a pas trace d'idéalité . L'Esprit (Soleil) se manifeste tout entier dans l'Instinct (Mars), et l'Ame (Lune) dans la Vitalité (Vénus). Quant au Corps Astral, il est plus puissant que chez l'homme.

L'inconscience qui caractérise l'animalité tient à l'absence d'Ame spirituelle (Jupiter). Celle-ci ne se développe qu'à la suite de la révolte initiale qui fait conquérir l'autonomie personnelle. L'homme a voulu être par lui-même et de ce fait il s'est placé en dehors du courant de la vie générale ou édénique, il a détruit l'intimité du rapport reliant l'individu à l'espèce. Ainsi s'est déchaînée une lutte entre la raison naissante  et l'instinct d', désormais privé de son infaillibilité. Les épreuves douloureuses de l'évolution individuelle dégagent par degrés de cet état de trouble. Les facultés psychiques se développent pour replacer l'homme dans le courant d'une vie supérieure.

La vertu se tient à égale distance des extrêmes. A tout vice s'oppose une défaillance en sens contraire. C'est ainsi que la matérialité exagérée a pour antagoniste une spiritualité excessive.

Ici le cercle du corps est repoussé au dehors. Il ne laisse plus qu'un domaine précaire à Mars, Vénus et Mercure ; en revanche, Jupiter absorbe tout. C'est la pensée qui s'exerce aux dépens de l'énergie réalisatrice (Mars), de la vitalité (Vénus) et de la trame invisible de la personnalité (Mercure). Les gens de cette catégorie sont des rêveurs débiles. Ils habitent les nuages et désertent leur corps qui s'étiole.

Volontiers ils tombent dans les excès de la mysticité. Or, qui veut faire l'ange fait la bête, car notre nature tend fatalement à l'équilibre : le Corps ressaisit par suite avec violence l'Esprit et l'Ame qui cherchent à lui échapper. La sagesse veut que nous subissions les lois de notre enveloppe terrestre. Elle enseigne à régner sur la matière et non à la fuir. Dans ce but, il importe de volatiser le fixe tout en fixant le volatil, ou de spiritualiser les corps en corporisant les esprits. Tout le secret du Grand Art est là.

Pour rattacher à la terre une personnalité par trop éthérée Vénus peut utilement intervenir, en inspirant une de ces passions qui attirèrent les Béné-Elohim vers les filles des hommes.
D'autre part, l'exercice musculaire et la gymnastique pourront permettre à Mars de conquérir sa vigueur normale.

Les personnes qui ont trop d'Ame (Lune) sont riches en Idéalité  (Jupiter) et en Vitalité (Vénus). Le noyau de leur personnalité  est puissant, mais elles manquent d'esprit d'initiative.
Généreuses et compatissantes elles s'oublient facilement elles-mêmes ; aussi risquent-elles de devenir la proie des avidités qui les guettent.
Or, le premier devoir de l'être vivant est de se conserver et de se constituer avec solidité. C'est en ce sens que charité bien ordonnée commence par soi. Un égoïsme raisonnable doit retenir les élans irréfléchis du cúur.
Les dispositions morales qui privent l'être de toute énergie de défense personnelle ont d'ailleurs leur répercussion sur l'organisme. L'ardeur vitale (Mars) a pour mission de repousser les ennemis envahissants dont nous sommes sans cesse menacés. Il faut se défendre si l'on ne veut pas être dévoré.

Un être qui ne serait qu'amour et dévouement ne saurait subsister au milieu d'une société basée sur la lutte pour la vie. Poussé à l'extrême l'altruisme supprime entièrement l'instinct (Mars). C'est alors le triomphe de l'Ame (Lune), mais en même temps la cessation de toute vie corporelle. La Vierge (Lune) ne peut écraser la tête du serpent d' que dans le ravissement qui la transporte au ciel.

Lorsque l'Ame  tient trop peu de place dans la personnalité, Mars  prédomine au détriment
de Jupiter, de Mercure  et de Vénus. Le feu corporel (Mars) se montre par suite agressif, brutal et violent. L'Idéalité (Jupiter) et la sensibilité (Vénus) ne parviennent pas à lui opposer un frein suffisant. Une énergie indomptable se joint chez de pareilles natures à un égoïsme cynique. Le crime en fait ses instruments les plus dangereux.

Les instincts méchants et destructeurs peuvent néanmoins tourner au bénéfice d'une société qui parvient à les discipliner car, si les hommes d'action et de mouvement se montrent peu sensibles, ils n'en subissent pas moins l'ascendant de toute supériorité morale et intellectuelle. Ils demandent à être domptés, comme des bêtes féroces qu'ils sont. Avec du tact et de l'assurance on réussira souvent à tirer parti d'eux, car il y a toujours de la ressource avec les forts, tandis que les lâches restent fermés à toute vertu.

A ceux qui manquent d'âme, il convient d'en donner, comme on le fit à l'époque de la chevalerie. Le culte du courage, de l'honneur viril, rapproche Mars de Jupiter. Le respect de la femme, cette charmeuse dont l'irrésistible ascendant s'impose, permet d'autre part à Vénus d'adoucir ce qu'il y a dans Mars de rude et de sauvage.

L'Esprit  en excès porte préjudice à Vénus au bénéfice de Mars, Mercure  et Jupiter.
Ce dernier entretient une ambition démesurée, que Mars  est prêt à servir de toute sa dévorante activité. Mais il y a pénurie de liquide vital ;

le Feu manque de combustible. Il se consume plein de rage et déchaîne une fureur maladive, que l'influence d'une personne aimante et douce parviendra seule à calmer. De pareilles natures en rongent, elles voudraient tout entreprendre et souffrent de leur impuissance. La fièvre les secoue et leur brûle le sang. Parfois elles se renferment dans un désespoir farouche, pour éclater soudain en des crises de colère furieuse. La musique semble alors susceptible de ramener l'harmonie dans ces âmes troublées. C'est du moins ce que nous apprend l'histoire de David et de Saül.

On peut imaginer un être chez qui l'Esprit supplanterait entièrement la Vitalité. Ce sera le fantôme de l'intellectualité pure, une sorte de Lucifer, archange d'orgueil et d'indépendance absolue.
La pauvreté spirituelle sacrifie Jupiter, Mercure  et Mars à la domination tyrannique de Vénus .
Celle-ci répugne à l'action et ne recherche que la volupté. C'est la paresse et la sensualité qui atrophient l'intelligence et engourdissent toutes les forces vives. La vitalité croupissante se corrompt, et engendre les vices les plus pernicieux. L'hystérie, avec ses perversions du sens moral et de l'instinct, se rattache à ce genre de déséquilibrement.
Le salut doit être cherché dans les distractions qui font travailler le corps en occupant l'esprit. La vitalité en excès demande, en outre, à être dépensée au bénéfice d'autrui. L'exercice du magnétisme peut offrir en cela une dérivation extrêmement salutaire.

Il appartient au lecteur de tirer par lui-même toutes les conséquences des prémisses qui viennent d'être posées. Ce qui précède n'est qu'une esquisse, rudimentaire mais suffisante pour compléter les notions qu'il importait de donner sur la Médecine philosophale. Cette thérapeutique vise à ramener l'homme à l'équilibre rigoureux de son type divin. C'est ce qu'on pourrait appeler la Médecine intégrale.
Puisse la Médecine ordinaire s'occuper moins exclusivement du corps. Espérons qu'une philosophie sagace viendra de plus en plus éclairer la science, et que justice sera rendue dans l'avenir au génie méconnu du passé !

CHAPITRE IX CONCLUSION DE LA PARTIE THEORIQUE

Enigme dans le goût des Alchimistes.

Il est un âge pénible où l'on cherche sa voie. Une imagination ardente fait concevoir alors les projets les plus ambitieux : on escalade le ciel à l'instar des Titans ; mais la raison intervient, et des hauteurs de l'enthousiasme on se voit précipité dans l'abîme d'un noir découragement.

Puis la folie reprend. Encore tout meurtri de sa chute l'esprit s'élève de nouveau sur les ailes du rêve, pour retomber plus douloureusement sur le sol de la réalité brutale.

Et ces alternances se poursuivent sans relâche. Le jugement en déroute ne trouve aucun point fixe où se rattacher : d'un extrême il passe à l'autre, sans arriver à la certitude, au repos.
Cependant, cette agitation doit prendre fin : il faut se décider et choisir son orientation. Plein d'angoisse, on implore donc une clarté directrice, on fait appel à la lumière qui guide les égarés...

C'est dans ces conditions que j'eus un songe étrange, une nuit où je m'étais endormi plus accablé que de coutume.

Un vaste tableau captive tout d'abord mon attention. Je le vois dans son cadre et je m'estime en présence d'une toile de maure. Mais à qui attribuer ce chef-díúuvre inconnu ? J'examine le style du dessin, le coloris, la facture, et je ne reviens pas de ma surprise en constatant que cette composition c'est moi-même qui l'ai peinte !...
La lumière et l'ombre se combattent dans un ciel nuageux, envahi par les blancheurs de l'aube. Une légère vapeur s'élève de la terre labourée, qui s'étend au loin sans porter trace de végétation.
A gauche, la lisière d'une forêt de cèdres surmonte une croupe de terrain qui s'abaisse en pente douce jusqu'au premier plan. Le sol en cet endroit n'a pas été remué, mais il est nu et porte à peine quelques touffes d'une herbe jaunie par de récentes gelées.

Ce décor renferme des personnages qui, rangés en cercle, semblent dans l'attente d'un fait extraordinaire. Leurs vêtements sombres font ressortir l'écarlate de certains costumes et le jaune dont se drapent quelques rares privilégiés.
La foule est innombrable. Elle contemple d'un air hébété un sépulcre ouvert, dont l'immense pierre tombale se dresse en arrière comme un menhir druidique. La tombe est bordée d'une margelle, qui fait songer au puits où la Vérité se cache.
De ce tombeau sort une jeune fille qui semble morte. Elle se tient debout dans le vide. Un long
voile blanc tombe de sa tête penchée : ses bras pendent sous les plis de son suaire de lin.
Et tous regardent pétrifiés...

Subitement ce morne tableau s'anime. De la foule rangée derrière le monument, un jeune homme se détache. Il a le type et le costume d'un écolier florentin. D'un pas décidé il avance et approche de l'apparition. Sans hésiter, il l'attire à lui, la prend dans ses bras et dépose sur son front le baiser de la vie.
A ce contact la vierge se réveille, elle respire. Son visage se colore et ses paupières s'ouvrent, lourdes encore du sommeil des siècles. Ses yeux ensuite s'arrêtent sur son sauveur avec une expression d'infinie tendresse. Un instant les deux êtres se regardent en confondant leurs âmes ; puis le jeune homme se retire brusquement et disparaît dans la foule d'où il est sorti.
La vestale ressuscitée quitte alors le tombeau. Calme, elle avance de trois pas puis, portant la vue au ciel, elle laisse tomber son voile.
A cet instant le soleil paraît, inondant tout l'espace de sa splendeur dorée.
La foule admire, joyeuse, car désormais elle comprend.

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La Gnose

15 Novembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Etymologiquement : connaissance (grec gnosis).

Signifie, en fait, connaissance initiatique.

Le terme de gnose désigne diverses tendances qui ont toujours existé dans les grandes religions monothéistes, et qui présentent des points communs aussi bien avec la pensée néoplatonicienne qu'avec les spiritualités orientales.

Gnose signifie connaissance. Il s'agit de la connaissance intérieure, par laquelle l'homme appréhende le divin, indépendamment de tout dogme, de tout enseignement; la gnose s'apparente ainsi au mysticisme. Les gnostiques considèrent que Dieu ne peut être en contact avec le monde, essentiellement mauvais, œuvre du Démiurge. La matière est assimilée à l'ignorance, au mal, et la vie terrestre résulte d'une chute de l'esprit dans cette matière, perte de l'unité originelle avec Dieu. L'homme, prisonnier des dualités (bien/mal, âme/corps, connaissance/ignorance), ne garde plus de son origine divine que la vague nostalgie d'un paradis perdu. Mais le principe divin, l'âme, est en lui, et la recherche spirituelle peut le mener au salut en libérant l'âme de sa prison corporelle.

D'après les dernières recherches, la Gnose trouverait son origine dans les milieux judéo-chrétiens du début de notre ère et dans la crise qu'a traversée la pensée apocalyptique pendant les deux premiers siècles de notre ère (R.-M. Grant, Gnose et origines chrétiennes, Paris, 1964). Ceci ne veut pas dire que nombre de thèmes et de conceptions gnostiques n'aient pas existé avant cette date. Le symbolisme gnostique plonge en effet ses racines au cours d'époques bien antérieures dans la philosophie pythagoricienne. D'autre part, il existe une parenté très nette indiscutable entre les Esséniens et la Gnose. Plus tard, à la deuxième génération, les gnostiques se sont intéressés à des révélations anciennes, orientales et grecques, pour constituer un mouvement religieux où se trouvent réunies toutes les spéculations cosmologiques et théosophiques : les doctrines philosophiques de Pythagore et de Platon, des apports de la Cabbale, de l'hermétisme, de l'alchimie, de l'astrologie.

Les thèmes fondamentaux de la Gnose sont :

·         la théorie de la connaissance (connaissance de soi et connaissance de Dieu);

·         le dualisme (lumière-ténèbres, pneuma-psyché, vie-mort);

·         le mythe du Sauveur-sauvé qui inspire le quatrième Évangile (le messager céleste descend pour apporter aux hommes la révélation divine);

·         le mythe de l'ascension des âmes.

On peut distinguer d'après les travaux récents deux types de Gnose : une Gnose syro-éygptienne et une Gnose iranienne; celle-ci serait la plus importante et aurait donné naissance: au manichéisme.

En Franc-Maçonnerie. Un des sens de la lettre « G » révélé aux Compagnons lors de la cérémonie d'augmentation de salaire. Cette interprétation n'existe pas au Rite Émulation ni au Rite Écossais Rectifié.

On peut donc, avec Wirth, comprendre le mot « Gnose » dans le sens de « connaissance initiatique ». La Gnose est à la connaissance caractéristique de tout esprit ayant su pénétrer les mystères de l'Initiation. Ceux-ci présentent cette particularité qu'ils sont strictement incommunicables : il faut les découvrir soi-même pour les posséder... La Gnose ne s'acquiert qu'à force de méditations personnelles portant sur les symbole: multiples qui sollicitent l'esprit à deviner leur sens caché... » Les Mémentos du Grand Orient de France, après avoir rappelé que le terme se rattache à la langue des premiers philosophes », donnent à ce terme un sens moral. C'est « la connaissance morale la plus étendue, la plus généreuse aussi, l'impulsion qui porte l'homme à apprendre toujours davantage et qui est le principal facteur du progrès ».

La Gnose est une connaissance universelle.

La Gnose est une connaissance universelle. Lorsque nous étudions les civilisations antiques (Égyptienne, Maya, Celte, Grecque, Hindoue), nous découvrons à la base les mêmes enseignements. C'est cette connaissance unique que les véritables sages de tous les temps (Confucius, Socrate, Bouddha, Jésus, Krishna, Blavatsky, Steiner...) sont venus livrer à l'humanité.

La Gnose dévoile les clés théoriques et pratiques indispensables à l'homme et à la femme modernes qui désirent se libérer de leurs états négatifs et éveiller leurs facultés latentes.

« Connais-toi toi-même
et tu connaîtras l'univers et les dieux ».

De tous les temps et de tous les âges, l'homme cherche ici et là, dans la mer, dans le ciel et sur la Terre, des richesses et des milliers de trésors. Il parcourt nuit et jour, de kilomètre en kilomètre, la surface de la Terre, à la recherche de quelque chose qu'il ne trouvera jamais : le bonheur, l'amour, la joie, la paix... La gnose nous propose un chemin incroyable, celui qui nous conduit à l'intérieur de nous-mêmes, vers les profondeurs de notre âme. De cette façon, l'homme apprend à se connaître et à comprendre ce qui se passe réellement en lui. C'est alors qu'il éveille sa conscience et que se développent en lui : le bonheur, l'amour, la joie, la paix... La gnose nous dévoile, dans un langage simple et claire, comment descendre dans notre intérieur, à l'aide de clefs merveilleuses comme notre « Ennoïa ».

Historique de la Gnose.

Pendant tout le deuxième siècle, sous les Antonins, il y eut dans l'Empire romain une atmosphère de paix très favorable à la libre circulation des idées. La méditerranée, libérée de ses pirates depuis Pompée, était devenue un moyen de communication idéal. On allait de Pergame à Rome, Athènes à Alexandrie aussi facilement qu'aujourd'hui, plus facilement même, car il suffisait d'être citoyen romain pour avoir droit de cité où que ce soit dans l'Empire. Il n'est donc pas étonnant que les grandes capitales soient devenues des foyers de culture très vivants. Tous les cultes, toutes les philosophies s'y rencontraient: les rabbins côtoyaient les prêtres égyptiens, les mages côtoyaient les prêtres de Mithra, les philosophes grecs côtoyaient les évêques chrétiens.

La personnalité d'Hadrien est un parfait miroir de cette époque. Cet empereur qui eut le génie de comprendre que Rome n'avait plus la force de continuer sa politique de conquête, passa la plus grande partie de son règne à voyager, à la fois pour veiller au maintien d'une paix sans cesse menacée et pour satisfaire la curiosité d'un esprit ouvert à tous les courants d'idées, à toutes les religions, à toutes les formes d'art. Mais s'il se fit initier au culte de Mithra, s'il se plût à séjourner en Égypte ou dans les Gaules, il fut surtout séduit par la Grèce. Son grand rêve était de faire revivre le classicisme grec pour en faire l'âme de l'Empire. C'est dans ce dessein qu'il choisit comme lieutenant, Arrien de Nicomédie, un historien qui voulait s'élever jusqu'à la hauteur de Thucydide et comme médecin, Hermogène, un nouvel Hippocrate. C'est dans ce dessein aussi qu'il fit ériger une cité grecque en plein coeur de la Palestine. Ce beau rêve peut très bien être considéré comme l'équivalent politique de l'effort accompli au même moment par les gnostiques sur le plan religieux. Le gnosticisme est bien en un sens du moins, un temple grec érigé sur les ruines du temple de Jérusalem. Ce temple connut d'ailleurs le même sort que la Cité d'Hadrien.

Quel sens convient-il de donner au mot gnostique? Traditionnellement, ce mot servait à désigner les membres des sectes combattues par les grands hérésiologues du deuxième siècle. Mais depuis quelque temps, on parle d'une gnose pré-chrétienne dont Philon le Juif serait le principal représentant. Un tel élargissement du sens du mot gnostique est-il légitime? Nous n'en avons pas à décider ici. Nous reviendrons néanmoins, pour des raisons pratiques, au sens traditionnel du mot: nous n'étudierons que les doctrines des hérétiques.

Qui étaient-ils ces hérétiques? C'était des chrétiens au sens large du terme, c'est-à-dire des gens qui connaissaient la tradition juive, qui avaient entendu parler du Christ, et qui, s'ils interprétaient souvent son incarnation d'une manière trop personnelle, croyaient néanmoins à sa divinité ainsi qu'au caractère extraordinaire de son enseignement.

Mais ces chrétiens vivaient dans la partie la plus hellénisée de l'Empire romain. Valentin était originaire d'Alexandrie; Marcion, du Pont; Bardasane, d'Edesses. Il est donc fort probable que, comme nous le laissions entendre, ils aient été avant tout des penseurs initiés à la philosophie religieuse des Grecs, c'est-à-dire au platonisme et aux religions à mystères. S'ils ont été, comme le soutient Harnack,(01) les premiers théologiens de l'Église, c'est sans doute pour cette raison.

C'est aussi pour cette raison qu'ils se sont opposés violemment à certaines tendances du christianisme orthodoxe alors en formation. Ce christianisme enseignait alors entre autres choses, l'existence d'un Dieu plus puissant que pur, la résurrection des corps et souvent même l'établissement d'un royaume terrestre. C'était des choses inacceptables pour des esprits habitués aux clartés grecques et assoiffés de pureté Platon n'avait-il pas écrit:

«Dieu n'est pas cause de tout, il n'est cause que des biens, il n'est pas responsable des maux.»

Le Christ n'avait-il pas dit: «Mon Royaume n'est pas de ce monde». Les gnostiques furent frappés, plus profondément peut-être que Platon lui-même, par les contradictions inhérentes à notre nature parce que, d'une part, les persécutions, les déracinements massifs qui avaient précédé l'établissement de la paix romaine, leur avaient donné une profonde expérience du malheur et que, d'autre part, la charité évangélique qui les inspirait leur ouvrait les yeux sur la corruption des classes dirigeantes et sur les souffrances des esclaves.

Berdiaev a raison de comparer les gnostiques aux premiers révolutionnaires russes. Il écrit à propos de l'athéisme de ces derniers:

«Les raisons de l'athéisme russe , nous les trouvons d'abord dans une protestation passionnée, indignée contre le mal, la contrainte, les souffrances de la vie; dans la pitié pour les malheureux, les déshérités et les humiliés. Nous avons vu que par compassion, par impossibilité d'admettre la souffrance , les russes se firent athées. Ils se firent athées, refusant d'accepter un créateur qui aurait engendré un monde méchant, imparfait et rempli de douleur. Un tel athéisme offre plus d'une analogie avec la doctrine de Marcion. Mais Marcion supposait que le monde avait pour créateur un dieu méchant: les athées russes, à une période différente de la raison humaine, estiment que Dieu n'existe pas parce que s'il existait, il ne pourrait qu'être méchant.» (02)

Selon Berdiaev donc, c'est pour expliquer le mal que les gnostiques supposent que le créateur est un dieu méchant. Cette opinion est vraie mais en partie seulement. Le dualisme des gnostiques a des causes plus positives. Platon et le Christ leur avaient révélé l'existence du bien, d'un Dieu qui est bon et pur avant d'être tout-puissant et implacable.

Et on peut considérer que c'est pour sauver la transcendance de ce Dieu que les gnostiques attribuent la création à un dieu mauvais, beaucoup plus que pour trouver une explication au mal.

Ce désir de sauvegarder à tout prix la transcendance, la pureté, la bonté de Dieu constitue l'essentiel, l'âme de leur doctrine.

La gnose, nous le verrons, n'est pas autre chose que la connaissance de ce Dieu. Pour pouvoir donner une définition plus complète et plus précise de cette gnose, il faut d'abord souligner que les gnostiques ont fait de larges emprunts aux religions à mystères. (03) Ils leur ont emprunté leur ésotérisme et surtout leur conception de connaissance. Le poème de Dyonisos-Zagreus par exemple, qui était révélé aux initiés de l'orphisme, est plus qu'un simple récit.

C'est une véritable métaphysique exprimée d'une façon allégorique dans un mythe tout à fait semblable à ceux que l'on trouve dans Platon. Les initiés de l'Orphisme avaient en outre accès à d'autres mythes et à des théories de caractère plus scientifique, ce qui leur permettait d'entrer en possession d'un savoir très étendu et très profond. La principale caractéristique de ce savoir, c'est qu'il n'était pas acquis de la façon habituelle mais révélé, qu'il n'était pas communiqué par des dissertations mais par des rites religieux.(04)

C'est aussi qu'il était réservé à des élus, qu'il fallait l'avoir mérité par une naissance heureuse ou par une longue suite de purifications. Il n'est pas surprenant que ce savoir ait été confondu avec le salut lui-même, si , pour y avoir droit, il fallait en quelque sorte être déjà sauvée.

Nous n'avons qu'à remplacer la légende de Dyonisos-Zagreus de l'Orphisme par un poème ayant pour centre un être réel, le Christ, et nous avons déjà une première idée de la gnose. Cela nous permet d'entrevoir que la religion des gnostiques est, comme le dit Harnack, une Théo-Sophie mystérieuse,(05) une métaphysique révélée et une philosophie de visions.

Nous pouvons maintenant proposer la définition suivante: la gnose est une connaissance immédiate de l'Être, contenant en germe une cosmologie, une métaphysique et une morale susceptibles d'être développées dans des poèmes allégoriques. Cette connaissance ne peut être révélée que par le Christ. Elle est la grâce, le salut lui-même. Elle a en outre toutes les caractéristiques du savoir orphique dont nous parlions précédemment.

Pour pouvoir mieux comprendre cette connaissance, la découvrir du dedans, nous pouvons nous mettre en imagination à la place des grands hérétiques du deuxième siècle. Cela est d'autant plus facile pour nous que notre époque n'est pas sans ressembler à la leur. Nietzsche disait déjà des «peuples civilisés» à la fin du siècle dernier:
«Tous les temps et tous les peuples jettent pêle-mêle un regard à travers vos voiles; toutes les coutumes et toutes les croyances parlent pêle-mêle à travers vos gestes.»(06)

N'était-ce pas aussi un peu le cas des hommes du temps d'Adrien? Comme nous, ces hommes étaient pris dans un engrenage politique qui n'était pas à leur mesure, au milieu duquel les voix individuelles n'avaient aucune chance de se faire entendre. Comme nous, ils n'avaient aucune raison sérieuse de croire en un bel avenir. Les points de ressemblance sont très nombreux.

Essayons donc de nous représenter les préoccupation des esprits inquiets de l'Alexandrie des années cent trente après Jésus-Christ. Pendant leurs années d'enthousiasme, ils ont fréquenté plusieurs écoles, ils se sont intéressés aux traditions secrètes de la Grèce et de l'Orient. Ils ont entendu parler de Platon, de Pythagore, de Zoroastre et peut- être même de Bouddha. Mais la variété même de ces doctrines n'a fait que les rendre plus pessimistes.(07) Ils arrachaient un témoignage vivant et ils ne trouvaient que des doctrines...

La grande machine romaine semblait montée pour toujours. Nouvelle contrainte dans un univers déjà suffisamment contraignant par lui-même. Ils se sentaient de plus en plus étrangers dans ce monde. Leur désir d'évasion se faisait de plus en plus pressant. Ils étaient prêts à tout pour échapper à ce destin qu'ils n'avaient pas choisi. Mais il ne faut pas croire qu'ils étaient révolutionnaires à la façon des esclaves romains. Ils connaissaient trop bien les dieux intraitables qui règlent la politique. L'impitoyable nature leur paraissait plus hospitalière que la société.

C'est alors qu'ils ont fait la connaissance de secte nouvelle qui se réclamait d'un certain Jésus dont ils avaient déjà entendu parler mais qu'ils n'avaient pas pris au sérieux, peut-être parce qu'il était juif. Mais cette fois ils le connaissaient à travers les Lettres de saint Paul et l'Évangile de saint Jean. Il les a ainsi conquis. Il leur ouvrait un passage à travers les murs de ce monde.

«Mon Royaume n'est pas de ce monde.»(Jean 18,36) N'enviez pas le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu'un aime le monde , l'amour du Père n'est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, le désir de la chair, le désir des yeux et l'orgueil de la vie n'est pas du Père mais est du monde». (Jean 2, 15,16)

Des textes comme ceux-là ne pouvaient que les ravir car loin de les éloigner de la tradition grecque, il les en rapprochaient. À Socrate qui venait de se moquer des craintes que la mort inspirait à Simmias et à Cébés, ce dernier n'avait-il pas répondu:

«Nous sommes des faibles, Socrate. Efforce-toi de nous, réconforter comme tels, en voulant bien supposer toutefois que ce ne sont pas nous les faibles mais un enfant présent en chacun de nous; en te disant aussi que c'est cet enfant qui craint ces sortes de malheur.

-Cet enfant, répartit Socrate, il faut le confier aux soins quotidiens d'un enchanteur et le laisser entre ses mains jusqu'à ce qu'il soit complètement libéré de ses frayeurs.

-Mais où, Socrate, trouverons-nous le parfait enchanteur de ces craintes d'enfant, puisque toi tu t'apprêtes à nous quitter?

-La Grèce est grande, cher Cébès, les hommes de valeur y sont nombreux; il y a aussi de nombreux peuples barbares. Il vous faudra parcourir leurs contrées en quête d'un tel enchanteur n'épargnant ni votre argent, ni vos peines ... » (08)

Ce parfait enchanteur, les gnostiques l'avaient trouvé dans la personne du Christ. Le Christ avait dit: «Je suis la Vérité.» Ils avaient pris cette parole au pied de la lettre. Plus ils approfondissaient sa doctrine, plus ils la mettaient en pratique, plus ils se sentaient sauvés. La vraie connaissance, celle qui est aussi le salut, ils l'avaient enfin trouvée. Ils étaient en elle et elle était en eux.

Comment définir cette connaissance sans la trahir? Elle était avant tout une présence une présence qui n'était pas autre chose que la conscience d'être libre, de ne plus se sentir prisonnier du monde.(09) Les gnostiques étaient devenus des hommes nouveaux. Les lois de ce monde, les lois qui régissent les passions, les lois que dicte la force sous toutes ses formes, n'étaient plus les leurs. Il n'y avait plus de destin pour eux, plus de nécessité ou plus exactement, la nécessité d'airain avait été remplacée par une nécessité d'or pur, par une nécessité surnaturelle.

À un second moment, dirions-nous, leur gnose était la révélation du vrai Dieu. Le vrai Dieu est étranger au monde, profondément inconnu. Il n'a rien de commun avec les dieux païens ni surtout avec le Dieu de l'Ancien Testament. Tous ces dieux ne sont que des puissances parmi les puissances de ce monde. Ce monde n'a rien de divin, il n'a pas été créé par le vrai Dieu mais par quelque puissance inférieure et bornée qui ne connaissait pas ce qu'il y avait au-dessus d'elle.

À un troisième moment, leur gnose était la connaissance de la connaissance et par là, une connaissance de soi-même. Ce savoir, qui était à la fois vie et lumière, n'avait rien de commun avec leurs anciens savoirs qui n'étaient au fond que des reflets des choses du monde. Ces anciens savoirs, ils les avaient acquis par leurs propres moyens. Leur nouveau savoir leur était donné; il était une grâce, il était divin. Et eux aussi, ils étaient divins, eux aussi ils étaient lumière et vie, car autrement comment au-raient-ils pu recevoir la lumière et la vie? Les ténèbres en effet ignorent la lumière. Ils étaient des fragments du vrai Dieu. Leur corps seul avait été créé, ils étaient dans le monde mais ils n 'étaient pas du monde. On voit assez facilement quelle sorte de morale pouvait en résulter. Le corps n'étant qu'une partie du monde, point de foi dans l'action, point d'illusion de se sauver en se conformant à des préceptes extérieurs, point de pharisaïsme! Ascétisme bien sûr, car à quoi bon se préoccuper d'une chose d'emprunt qui n'est pas appelée à ressusciter?

Mais en même temps, tolérance: le corps ayant ses lois propres, qui ne sont pas celles de l'âme, il peut très bien être entraîné dans des démesures sans que l'âme en soit avilie. (10)

Ces trois moments que nous avons distingués pour donner plus de clarté à notre exposé, ne doivent pas nous faire oublier que la gnose est une connaissance unique qui en-ferme bien sur tous les savoirs nécessaires au salut mais qui est plus que la somme de ces savoirs.

À première vue, le profane en matière de théologie ne voit pas très bien quelle différence il peut y avoir entre cette connaissance, qui est aussi libération, et la foi telle qu'elle est définie dans le catholicisme orthodoxe. Dira-t-on que la foi n'est pas un acte de l'intelligence mais un acte de la volonté, qu'elle consiste à donner son adhésion à des vérités qu'on ne comprend pas? Cet-te distinction n'est pas très convaincante. La gnose est justement la reconnaissance d'un Dieu inconnu qui n'a rien de commun avec les dieux que nous croyons connaître à l'aide de la raison naturelle . Elle est essentiellement un consente-ment. Si elle diffère réellement de la foi, c'est sans doute beaucoup plus par la que par le fond.

On pourrait peut-être même dire que la gnose est une foi sans forme extérieure, en ce sens qu'elle est avant tout une expérience du transcendant dont on n'explicite le conte-nu qu'ultérieurement. Le fait que dans les religions gnostiques il n'y a pas de dogme est à ce sujet très révélateur. Et c'est sans doute ce caractère subjectif qui a rendu la gnose si suspecte à l'Église. Irénée disait déjà:

«Cette sagesse, chacun croit l'avoir découverte par lui-même, c'est-à-dire en imagination. De sorte qu'il est convenable selon eux que la vérité soit tantôt dans Valentin, tantôt dans Marcion...Chacun d'eux s'est en effet perverti à tel point, dépravant la règle de vérité qu'il n'est pas troublé de se prêcher lui-même.»(11)

Dans la foi orthodoxe, ce caractère subjectif est très atténué. Cette foi est l'adhésion à des dogmes, à un contenu formulé objectivement. L'expérience ne vient qu'après, quand elle vient. De toute manière, elle n'est pas nécessaire. (12)

On pourrait montrer que la grâce selon la gnose se différencie de la grâce selon la conception orthodoxe d'une façon analogue, c'est-à-dire par la forme plutôt que par le fond. Les gnostiques ne voyaient pas l'utilité des sacrements.(13) Eux qui affirmaient que le monde n'est pas l'oeuvre de Dieu.. comment auraient-ils pu croire que la grâce puisse être communiquée par des signes sensibles? Eux qui croyaient que le social ne valait pas mieux que le monde; comment auraient-ils pu admettre qu'il faille faire partie d'une société pour avoir droit au salut?

Ces réflexions qui, il convient de le répéter, sont celles d'un profane, permettent de comprendre pourquoi Harnack a pu dire que le gnosticisme est «l'hellénisation extrême du christianisme».

Les gnostiques s'opposaient catégoriquement à tout ce qui venait de la tradition juive. Ils voulaient un christianisme universel bien sûr, mais universel par sa pureté et non pas à la façon de l'Empire romain.

«On veut une religion universelle, qui s'adresse non pas à la nationalité des hommes mais à leurs besoins intellectuels et moraux. On consent à reconnaître dans l'Évangile la religion universelle, mais à condition qu'on le sépare de l'Ancien Testament et de la religion de l'ancienne alliance, pour le modeler sur la philosophie religieuse des grecs et l'enter sur le culte et sur les mystères traditionnels.»(14)

Le fait que le Christ était né en Palestine ne signifiait pas que sa religion dût continuer le judaïsme. Le Christ était essentiellement pour eux celui qui révèle le vrai Dieu et non pas le Messie annoncé par l'Ancien Testament. De là leur docétisme. Le Christ avait bien pris la forme d'un esclave, comme il est dit dans les extraits de Théodote, mais cette forme n'était pour lui qu'une apparence. Le Christ n'avait pas souffert réellement. Il n'était pas mort réellement. On a souvent considéré ce docétisme comme absolument inconciliable avec la doctrine de la Rédemption sans se donner vraiment la peine d'en étudier les nuances. Simone Pétrement s'est donné cette peine et elle en est arrivée à cette conclusion:

«Tout le gnosticisme est paradoxe, et c'est ce qu'on ne doit pas oublier pour le comprendre. Avant tout, c'est comme paradoxe qu'il faut comprendre le docétisme, c'est-à-dire cette négation de l'humanité du Christ, qui paraît d'abord être au christianisme tant de force et de valeur. Le docétisme exprime évidemment la volonté de nier l'apparent, l'immédiat: non, il n'a pas souffert; non, il n'était pas homme; non, il n'est pas mort. Mais il faut l'entendre ainsi: tout en souffrant, il n'a pas souffert; tout l'homme qu'il était, il était Dieu; tout en mourant, il n'est pas mort. C'est seulement ainsi qu'on peut expliquer les apparentes contradictions des gnostiques. Marcion, par exemple, enseignait à la fois le docétisme et que le Christ avait réellement souffert.»(15)

Harnack va même jusqu'à nier que les gnostiques aient été docètes:

«Les gnostiques enseignaient qu'en Jésus-Christ, il faut distinguer nettement l'éon céleste Christ et son apparition humaine et attribuer à chacune des deux natures une action distincte. C'est donc la doctrine des deux natures et non le docétisme qui est propre au gnosticisme.»(16)

On a aussi prétendu que les gnostiques, parce qu'ils attachaient une grande importance à la connaissance, étaient portés à sous-estimer l'importance de la Passion. Il y a sans doute du vrai dans cette opinion,(17) mais les remarques de Simone Pétrement nous invitent de nouveau à introduire des nuances:

«C'est la même chose de dire que le Crucifié avait raison, ou de dire que la vérité, le vrai jugement est d'un autre monde.

Vouloir rappeler, comme veulent toujours les gnostiques, que la lumière est d'ailleurs et non d'ici, que nous-mêmes, en tant que nous jugeons vrai, nous sommes d'ailleurs et non d'ici, c'est simplement vouloir maintenir les droits du Crucifié. Le paradoxe entraîne l'affirmation d'une autre réalité. Ce qui échoue ici, réussit ailleurs; il y a deux ordres.

Certains historiens se sont mis l'esprit à la torture pour comprendre comment la croix, selon Valentin, pouvait être appelée une Limite. Ils se sont donné cette raison, que la croix, à cette époque, avait la forme d'un Tau, de sorte que par sa branche supérieure, elle constituait une limite horizontale pour le monde, et par sa branche verticale, le séparait en deux. Ou bien encore, ils ont traduit Stauros, non par croix mais par pieu, palissade. N'est-il pas plus simple de comprendre que la condamnation du juste est vraiment la séparation de deux ordres, la puissance visible d'une part., d'autre part la valeur et la vérité? Vénérer la croix., c'est affirmer qu'il y a deux ordres et, si l'on veut, deux mondes.

L'idée de Valentin est la même qu'exprime Basilide quand il dit que la Passion du Christ «n'a pas eu d'autre but que d'opérer la discrimination des choses auparavant confondues».(18)

Le style gnostique.

Jusqu'à maintenant, nous avons parlé de la gnose proprement dite. Il nous faut maintenant parler des différentes doctrines et d'abord, du style qui les caractérise. Puisque leur savoir leur était révélé, donné, les gnostiques ne pouvaient pas le communiquer à la façon des philosophes. On ne démontre pas l'indémontrable. Dans ces conditions, comment pouvaient-ils s'exprimer pour être universellement compris? Ils connaissaient, nous l'avons dit, les mythes de plusieurs religions. Ne pouvaient-ils pas adapter ces mythes?

«On prit la mythologie grossière de n'importe quelle religion orientale, on transforma des personnages concrets en idées spéculatives et morales comme, «abîme, silence, sagesse, vie«, en conservant même fréquemment les noms sémitiques. On créa ainsi- une mythologie d'abstractions, tandis que les rapports qui unissaient entre elles les idées étaient déterminés par les données que leurs modèles fournissaient. Ainsi se forme un poème philosophique dramatique semblable à celui de Platon, mais incomparablement plus compliqué et où, par conséquent, l'imagination avait une place bien plus considérable.»(19)

Ce style en lui-même nous en dit peut-être plus long sur la gnose que toutes les idées qu'il véhicule. Il rend tout à fait manifeste le besoin d'évasion, le désir d'échapper à la nécessité auquel nous avons fait allusion. Songeons au style des grands stoïciens qui furent les contemporains des gnostiques. L'imagination y est sans cesse.. rappelée à l'ordre, l'économie des moyens y est extrême, les phrases y ont des contours sévères; on sent qu'elles ont été ciselées avec l'attention qu'on accorde aux actions les plus importantes de la vie. Si tel est le style qui traduit la soumission à la nécessité et l'amour de la patrie terrestre, on peut en conclure sans invoquer d'autres raisons que le style des gnostiques exprime des idées contraires. Si l'on peut reprocher au premier d'être trop sévère, trop classique, on peut reprocher au second d'être romantique à l'excès.

Le style des gnostiques est donc en contradiction avec leur pensée. Il révèle la prédominance en eux de l'affectivité alors que leur pensée ne cesse d'affirmer la supériorité de la connaissance pure. Mais il ne faut pas trop s'offusquer de cette contradiction. Elle est la gnose elle-même et elle a de plus le mérite de nous mettre en garde contre la tentation de réduire le gnosticisme à ce qu'on appelle aujourd'hui l'intellectualisme, en donnant au mot le sens de sclérose. Les gnostiques n'étaient pas des spéculatifs mais des mystiques et par suite, leur faiblesse n'est pas la sclérose mais bien plutôt le délire. Il y a eu une scolastique délirante; il y a eu aussi une gnose sclérosée. Mais ce n'est pas une raison pour en conclure que dans la meilleure scolastique, c'était l'élément affectif qui prédominait et que dans la meilleure gnose, c'était l'élément intellectuel.

Quelques systèmes.

Passons maintenant à l'étude des principaux systèmes. Quatre grands gnostiques ont élaboré une doctrine: Basilide et Valentin d'Alexandrie, Bardesane d'Edesses et Marcion du Pont. Nous n'étudierons que les doctrines de Valentin et de Marcion.

La doctrine de Valentin nous est surtout connue par les citations des hérésiologues, par des fragments réunis sous le titre d'Extraits de Théodote, ainsi que par quelques-uns des textes découverts à Nag Hamadi.

Pour mieux marquer la transcendance de Dieu, les Valentiniens l'appellent tantôt le Dieu étranger, tantôt le Dieu lointain, tantôt le Dieu inconnu. Ce Dieu, ils le placent au sommet d'un univers divin appelé Plérôme, ou lieu de la Plénitude. Ce Plérôme est constitué par des éons ou, puissances célestes qui entretiennent entre eux des rapports très complexes. Voici la description que le Père Sagnard donne de ce Plérôme dans son commentaire des Extraits de Théodote:

«La divinité, infinie transcendante se présente à nous comme un "Plérôme" c'est-à- dire une Plénitude faite de puissances hiérarchisées ou Éons siècles.

Ceux-ci émanent successivement par couples de leur Source dans une hiérarchie décroissante qui est pour nous l'expression de cette divinité.

Ces couples, conçus sur le type mâle-femelle, veulent simplement exprimer par leur élément femelle, une qualité inhérente à l'élément mâle, et, de cette façon, ils ne font qu'un.»(20)

Leur ensemble forme l'ogdoade:

·         Père, abîme................................................Pensée, grâce

·         Fils mono gène (intelligence)........................Vérité

·         Logos.........................................................Vie

·         L'homme.....................................................Église

Voilà donc pour le monde divin tel que se le représentaient les Valentiniens. À côté de ce monde divin, et complètement séparé de lui, il y a le monde d'en-bas, le monde des ténèbres. Il est à remarquer que les Valentiniens comme d'ailleurs tous les premiers gnostiques, ne font pas de distinction très nette entre la matière et le monde. Le mauvais ange qui a formé le monde l'a bien formé à partir d'une matière préexistante, mais il n'a pu le faire que par ce que lui-même était ignorant du divin. On s'explique ainsi pourquoi son travail n'a pas rendu la matière plus divin plus lumineuse. Parlant de cette première gnose, H.W. Barth écrit:

«La caractéristique en est le dualisme radical qui, pour la première fois, n'est pas intérieur au monde, mais qui repousse le monde tout entier, le cosmos grec avec ses dieux, comme le monde oriental avec ses planètes, du côté du mal et les sépare d'un Dieu unique, bon et lointain.»(21)

Il s'agit donc d'un dualisme qu'on pourrait appeler transcendantal et non pas d'un dualisme métaphysique ou dualisme des principes. Ce dualisme tel qu'il existe dans Mani, enseigne que le monde résulte du mélange de deux principes, la lumière et les ténèbres, Dieu et la matière. Le dualisme des premiers gnostiques est plus radicale monde pour eux est tout entier du côté des ténèbres mais en même temps, il est moins catégorique, moins définitif: le monde, après tout, a été créé par une puissance sortie du Plérôme. S'il ne l'a pas créé lui-même, Dieu a au moins permis sa création. Le texte suivant montre très bien le caractère ouvert de ce dualisme:

«Il ( le démiurge ) ne connaissait pas celle ( la sagesse) qui opérait par lui. Il croyait créer par sa propre puissance. C'est pourquoi l'apôtre dit:

«Il a été soumis à la vanité du monde, non de son plein gré, mais à cause de celui qui l'a soumis, dans l'espoir d'être délivré lui aussi quand seront rassemblées les semences de Dieu.»(22)

Venons-en à l'homme. Pour expliquer l'existence d'un élément spirituel dans la matière, les Valentiniens ont recours à un mythe qui fait penser à la fois au mythe de Dyonisos-Zagreus, au mythe du Phèdre et au mythe de la chute des anges dans la Genèse.

«Sagesse, émanation la plus éloignée du Père a voulu saisir et comprendre son infini, comme le Fils le saisit.

D'où passion (naissance du mal, perturbation dans sagesse et dans tout le Plérôme) et finalement exclusion de cette pensée ou intention désordonnée, avec son mélange de passions. Cette pensée se cristallise au-dehors et se nomme encore sagesse par simple dédoublement de la première.» (23)

Cette étincelle divine, déchue, tombée dans la matière sous forme de fragment constitue le noyau de l'âme humaine, lequel noyau est appelé tantôt «pneumatikon sperma», tantôt «Xenikon sperma», tantôt «eklekton sperma». À son sujet il faut noter:

a) qu'il n'est pas donné à tous les hommes, comme le mot élu qui sert à le désigner l'indique clairement.

b) qu'il fait partie de la substance divine, qu'il est en quelque sorte incréé, thèse contre laquelle s'indigna l'élément orthodoxe de l'Église.

c) que lui seul est digne de la gnose. Nous reviendrons sur ce troisième point un peu plus loin.

La dite étincelle divine, appelée plus fréquemment âme pneumatique, est recouverte d'une âme psychique, laquelle à son tour est recouverte d'une âme hylique. Il est intéressant de remarquer que ces trois terres correspondent à peu près exactement à ceux que distingue Platon dans le mythe du Phèdre. L'âme hylique correspond au mauvais cheval; l'âme psychique, au bon cheval; l'âme pneumatique, au cocher. Seule l'âme hylique est commune à tous les hommes. L'âme psychique est un peu moins rare que l'âme pneumatique mais elle appartient elle aussi à une catégorie restreinte d'élus. (Chez Platon toutefois, il n'y a pas de semblable répartition.)

Il nous reste à d'aborder la question du salut de ces âmes. La théorie valentinienne du salut repose tout entière sur l'idée de rédemption. Le Christ, lui-même élément pneumatique, s'est incarné. Parce qu'il n'a ni âme psychique, ni âme hylique et qu'il est par conséquent d'une parfaite transparence, il est une condition essentielle à la gnose, au salut. C'est lui qui éveille l'élément pneumatique dans les âmes. Cet éveil, c'est la gnose qui est à la fois libération et connaissance, qui est la véritable naissance dont avait parlé saint Paul.

Mais que deviennent les psychiques et les hylique pendant que les pneumatiques naissent ainsi à la vie éternelle? Les Valentiniens tranchent cette question d'une façon qui, à juste titre, nous semble cavalière, mais qui ne manque pas d'un certain fond de réalité: les psychiques ont droit à un salut mais à un salut inférieur à celui des pneumatiques; les hyliques sont néant, ils restent néant. Cette façon de classifier les êtres aurait été vraiment atroce étouffante, si elle avait pu être appliquée à la lettre Mais en réalité, on a tout lieu de supposer que personne n'était en mesure de dire avec certitude si son voisin ou lui-même appartenait à telle catégorie plutôt qu'à telle autre.

Et même s'il n'en avait pas toujours été ainsi, nous n'aurions pas lieu de nous offusquer outre mesure: certaines de nos catégories psychologiques, tels le refoulement et le complexe freudien, sont beaucoup plus étouffantes que les catégories gnostiques parce que, étant moins générales, elles sont d'un usage beaucoup plus facile.

Il nous reste à parler de Marcion. Marcion était un esprit plus réaliste et par là, peut-être plus profond que Valentin. Il est le seul des grands gnostiques qui eut une influence durable, le seul qui aurait pu donner à l'Église une orientation différente de celle qu'elle a prise. Voici comment Harnack caractérise sa doctrine:

«Une pensée profonde domine le christianisme de Marcion et l'a tenu à l'écart de tout système rationaliste, c'est la pensée que les lois régnant dan s la nature et dans l'histoire, que les actes de la justice ordinaire sont contraires aux actes de la miséricorde divine, et que la foi humble et l'amour du coeur sont l'opposé de la vertu orgueilleuse.»(24)

Il n'est donc pas étonnant que Marcion ait jugé l'Ancien Testament très sévèrement, qu'il soit même allé jusqu'à soutenir que le Dieu bon, le Père que le Christ avait invoqué, ne devait pas être confondu avec Yahvé.

On a toutefois exagéré beaucoup sa sévérité à l'égard de l'Ancien Testament, de manière, croirait-on, à le faire apparaître comme fanatique, ce qu'il n'était vraisemblablement pas. Son exégèse telle qu'elle se présente dans la lettre de Ptolémée à Flora, fait preuve d'un souci des nuances que l'on aimerait retrouver chez tous les hérésiologues:

«Car si la loi n'a pas été donnée par le Dieu parfait lui-même, comme nous l'avons déjà dit, et certainement pas non plus par le diable (ce qu'il n'est même pas permis de dire), le législateur doit être un troisième qui existe à côté de ces deux autres.

C'est le démiurge et le créateur de ce monde tout entier et de tout ce qu'il contient. Parce qu'il est, en son essence, différent des deux autres et se tient au milieu d'eux, on pourrait l'appeler à bon droit l'intermédiaire.

Si le Dieu parfait est bon en son essence, comme il l'est effectivement, (car notre Sauveur a dit qu'il n'y avait qu'un seul Dieu bon, son Père, qu'il a révélé) et si l'être qui est par nature Adversaire est mauvais et méchant, caractérisé par l'injustice, alors celui qui se situe entre le Dieu parfait et le diable, et qui n'est ni bon ni assurément mauvais ou injuste, pourrait à proprement parler être appelé juste, parce qu'il est aussi l'arbitre de la justice qui dépend de lui.»

Source : http://www.franc-maconnerie.org/la-gnose

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Les Fondamentaux du RER

13 Novembre 2012 , Rédigé par C\ B\ Publié dans #spiritualité

Les Fondamentaux du RER
1 - l'ésotérisme chrétien du RER

Chacun d'entre nous a bien entendu gardé mémoire;-) de mon cycle de conférences;- concernant l'histoire du RER. Vous m'avez fait l'honneur de me demander, cette année, d'approfondir l'éducation de nos FF AA – et eux seuls;- en leur rappelant -car ils ont tous passé leur été à apprendre par cœur le rituel ;-)- ce que j'appelle les fondamentaux du RER;

Car à quoi sert-il de connaître l'histoire si l'on ne sait pas de quoi ? De plus, le fonds de notre rite est d'autant plus important à pénétrer qu'il est la plupart du temps méconnu, quand il est connu mal compris, quand il est compris, mal interprété, parfois contesté, voire dévoyé;- parfois par ceux-là mêmes qui le pratiquent !

A noter que nous avons la prétention d'être le seul Rite à connaître ces conflits plus ou moins feutrés.

Je n'aurai pas celle de détenir une quelconque vérité sur le sujet, ne serait-ce que parce que convaincu que l'humilité est –ou devrait- en être l'une des vertus essentielles. Aussi ce qui suit doit être entendu comme étant perception purement personnelle, même si elle s'appuie sur de très saines lectures (j'y reviendrai)…

Puisque vous m'avez autorisé un rythme ternaire, je répartirai à votre bon vouloir une savante gradation du politiquement correct à l'essentiel.

Ce soir, je me contenterai donc d'aborder le politiquement correct, qui ne prête à aucune contestation, même si je cours le risque de démythifier voire démystifier quelques idées reçues : l'ésotérisme chrétien propre au RER, tout entier contenu dans sa doctrine.

En effet, la principale spécificité de notre Rite et peut-être plus encore de notre Régime, avec sa classe chevaleresque ("l'aubier de l'arbre dont la FM est l'écorce" dixit ?), est de s'appuyer sur une doctrine -même si le mot fâche certains maçons, alors qu'étymologiquement, il n'a que le sens "d'enseignement". Or, toute la Maçonnerie est faite d'enseignements. Et singulièrement la Maçonnerie rectifiée, où cet enseignement est en quelque sorte le fil conducteur qui guide ses membres tout au long de leur parcours initiatique.

C'est que l'enseignement dispensé là est d'une nature particulière.

Le Régime présente en effet la particularité remarquable, et probablement unique, de posséder en propre une doctrine de l'initiation, explicitement formulée et méthodiquement enseignée, grade par grade. Ainsi, en même temps qu'il fait avancer ses membres dans la voie de l'initiation, il leur dispense un enseignement théorique en forme de discours pédagogique sur le sujet de même de cette initiation.

Cet enseignement – issu de la cosmogonie de Martinez de Pasqually - peut se résumer en 4 points:

1°) L'homme a été créé à l'image et à la ressemblance divine, et dans "l'état primitif glorieux" qui était alors le sien, il jouissait de l'immortalité et de la béatitude parfaite, parce qu'il était en "communication" directe et constante avec le Créateur, "en unité" avec lui, disent nos textes. C'est ce qu'exprime l'adjectif "glorieux", qui est à prendre dans le sens plénier qu'il a dans l'Ecriture, où la "gloire" manifeste la présence immédiate et lumineuse de Dieu.
Pour mémoire, pour tout Maçon "régulier", travailler à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers, c'est travailler en présence de Dieu Créateur.
L'homme premier, revêtu de la lumière divine, c'est-à-dire participant aux "vertus et puissances qui sont dans l'essence divine" – et y participant sans être lui-même d'essence divine - avait pour destinée d'être le roi de cet univers créé par Dieu.

2°) Cet homme, par une décision de sa libre volonté, s'est détourné et séparé de son Créateur, et a donc chuté. En conséquence, il a perdu la ressemblance divine. Cependant l'image divine en lui subsiste inaltérée, parce que l'empreinte de Dieu est inaltérable. Cette image est déformée, devenue difforme, et c'est ce que symbolise le passage de l'Orient à l'Occident, de la lumière aux ténèbres, de l'unité à la multiplicité : Adam chassé de ce lieu de lumière et de paix complète qu'était le Paradis terrestre - sachant que le Paradis terrestre n'est en réalité pas un lieu, mais un état d'être.

Cet homme coupé de son origine, Dieu, de son "vrai Orient", Willermoz, à la suite de Martinez, l'appelle l'homme "en privation". Et cette privation est absolue. Elle entraîne un double châtiment, châtiment exigé par la justice divine, mais auquel l'homme s'est condamné lui-même. Le premier est que l'homme n'est plus "en unité" avec Dieu, en communication immédiate et constante avec lui. C'est ce que nos textes désignent par la "mort intellectuelle" - étant entendu que, dans la langue du temps, "intellectuel" veut dire "spirituel", incorporel : nous dirions maintenant que l'homme déchu est en état de "mort spirituelle".

Mais il a encouru encore un deuxième châtiment. La mutation ontologique radicale que la chute de l'homme a provoquée en lui se manifeste aussi par le fait que le corps glorieux dont il était initialement revêtu, corps de lumière, "corps spirituel" (Corbin), se changea en un "corps de matière sujet à la corruption et à la mort". De sorte que, condamné à la mort spirituelle, il l'est de surcroît à la mort corporelle.

Dans cet état, il se trouve désormais pourvu d'une double nature : sa nature spirituelle, par laquelle il demeure image de Dieu, et qu'il a conservée ; et la nature "animale corporelle" que lui a value sa chute, et qui l'assimile aux "animaux terrestres". Et il est en proie à d'affreux tourments. Comme être spirituel, aspirant par toute sa nature à l'unité avec Dieu, il souffre indiciblement de sa rupture avec lui. Comme être animal, il est devenu l'esclave des sensations et besoins physiques et le jouet des forces et des éléments matériels. Enfin, comme être double, à la fois spirituel et animal, il est déchiré et écartelé par l'antagonisme entre les aspirations et tendances contraires de ses deux natures.

Tragique est donc notre condition, mes FF.

3°) Cependant, nous avons la chance, au Régime Rectifié, que cette privation absolue qui eût dû, selon la justice divine, être définitive, ne le sera en réalité pas, à cause de l'entrée en jeu de la miséricorde ou clémence divine, laquelle se déploie aussitôt que l'homme se repent. Or, se repentir, c'est faire retour sur soi-même, c'est se retourner. C'est se détourner des ténèbres et faire de nouveau face à "l'Orient où se trouve la lumière". C'est se mettre en état de remonter à sa source, à son origine.

Alors, le travail de l'initiation devient possible.

Car l'initiation est un des moyens ménagés par la miséricorde divine - et cela dès après la chute - pour permettre à l'homme de recouvrer son état d'origine en rétablissant en lui la ressemblance à l'image divine, en restaurant en lui la conformité du type au prototype, de l'homme à Dieu.

Comme l'écrit J.B.W. :
" Si l'homme s'était conservé dans la pureté de sa première origine, l'initiation n'aurait jamais eu lieu pour lui, et la vérité s'offrirait encore sans voile à ses regards, puisqu'il était né pour la contempler, et pour lui rendre un continuel hommage."
C'est pourquoi, est-il dit ailleurs, le "vrai, le seul but des initiations" est de "préparer" les initiés à "(découvrir) la seule route qui peut conduire l'homme dans son état primitif et le rétablir dans les droits qu'il a perdus". Texte à rapprocher de celui où Louis-Claude de Saint-Martin (disciple, comme Willermoz, de Martinez) expose que l'objet de l'initiation "est d'annuler la distance qui se trouve entre la lumière et l'homme, ou de le rapprocher de son principe en le rétablissant dans le même état où il était au commencement".   

Voilà donc en quoi consiste cette liaison nécessaire entre chute de l'homme et initiation, réelle spécificité du RER. L'initiation est une conséquence de la chute : conséquence non pas fatale mais providentielle ; non pas obligée, mais voulue par la miséricorde divine pour contrecarrer cette chute et en annuler les effets. C'est un secours de la Providence à l'homme qui ne lui a jamais fait défaut tout au long de son histoire, et c'est pourquoi les formes successives que prit l'initiation au cours des temps - et la Maçonnerie en est une - furent en correspondance avec les vicissitudes temporelles de l'homme, sans cesse ballotté entre rechute et repentir.

D'où la nécessité d'un enseignement connexe à l'initiation. Il est destiné à faire prendre conscience à l'homme d'une part de son état présent, et d'autre part de l'état qui était le sien à l'origine, et qui peut redevenir le sien au terme. Le but est évident : produire en l'homme - en l'initié - un changement d'état de conscience, de façon à rendre possible le changement d'état d'être que doit réaliser le travail initiatique. Les deux - état de conscience et état d'être - sont liés. C'est le sens de cette formule de Joseph de Maistre dans son Mémoire au duc de Brunswick : " Le grand but de la Maçonnerie sera la science de l'homme ".
D'étape en étape, de grade en grade, comme à l'intérieur de chaque grade, et cela dès celui d'apprenti, on constate ainsi que l'action rituelle se déroule à la fois simultanément et en continuité sur trois plans en correspondance constante : le passé, le présent, l'avenir ; l'origine et la destination premières de l'homme, son état actuel, ses fins dernières ; l'homme primitif glorieux, l'homme présent déchu, l'homme futur restauré dans sa gloire.

C'est pourquoi le rituel s'appuie sur le thème de la construction du Temple, de sa destruction et de sa reconstruction, qui est la transposition en mode opératif du thème de la ressemblance à l'image, successivement perdue puis retrouvée - car, en dernière analyse, le Temple n'est autre chose que l'homme.
De même, étape après étape, selon une progression pédagogique parfaitement bien agencée, les instructions donnent un enseignement à chaque fois un peu plus poussé et, simultanément, rappellent en l'approfondissant l'enseignement dispensé antérieurement.

De plus tout est indiqué dès le départ. Ainsi, à celui qui n'est pas encore un apprenti, mais un candidat que l'on soumet aux épreuves préalables à sa réception, on délivre la "première maxime de l'Ordre", maxime qu'il aura à méditer sa vie durant :
"L'homme est l'image immortelle de Dieu ; mais qui pourra la reconnaître, s'il la défigure lui-même ?"

D'autre part, la Règle maçonnique donnée à étudier à tous les apprentis les avertit :
"Si les leçons que l'Ordre t'adresse pour te faciliter le chemin de la vérité et du bonheur se gravent profondément dans ton âme (...) tu accompliras ta sublime destinée, tu recouvreras cette ressemblance divine qui fut le partage de l'homme dans son état d'innocence, qui est le but du christianisme et dont l'initiation maçonnique fait son objet principal."

4°) Le quatrième et dernier enseignement de la doctrine est aussi le plus essentiel. Ce rétablissement, cette réintégration dans son "état primitif" et dans "les droits qu'il a perdus", l'homme peut-il l'opérer par lui seul ? Absolument pas. Ce serait, de sa part, se rendre coupable d'une entreprise orgueilleuse similaire à celle qui provoqua sa chute originelle. Cette réintégration, c'est-à-dire ce retour à l'intégrité première, exige la médiation d'un être qui, à l'instar de l'homme, soit doté d'une double nature, d'une part spirituelle, et d'autre part corporelle. Toutefois, à la différence de l'homme actuel, dont les deux natures sont l'une et l'autre "corrompues" par la chute, elles sont, chez cet être, toutes deux dans l'état de pureté, d'innocence et de perfection glorieuse où elles étaient initialement chez l'homme.
Tout le monde comprend de qui il s'agit et qui est ce que nos textes appellent le "divin Médiateur". Ils sont, sur son identité, parfaitement explicites, mais je n'irai pas plus loin dans leur évocation, laissant à chacun le bonheur de les découvrir au cours de son chemin initiatique.

Voilà donc enfin en quoi "l'Ordre est chrétien", et en quoi consiste son ésotérisme !

…mais si cette "mise en équation" de la cosmogonie martinézienne par J.B. WILLERMOZ constitue l'ossature du système Rectifié rien n'interdit d'aller plus loin dans la réflexion herméneutique.

Ainsi, déjà un simple rappel:

La Maçonnerie a été originellement et est restée durablement chrétienne. Toutes les traces écrites depuis le manuscrit Regius, daté de la toute fin du XIVe siècle (env. 1390) le prouvent.

Au 18ème siècle, le christianisme est le fondement même de toute la Maçonnerie. Il n'est alors pas une exception mais la normalité. Lorsque le Pasteur Anderson rédige ses fameuses "Constitutions" en 1723, ce qu'il a en vue, c'est ce christianisme primitif et universel dont saint Augustin avait -le premier avec autant de netteté- eu et formulé l'intuition, et qui se retrouvera chez les fondateurs du Régime Rectifié : Ainsi Joseph de Maistre dans son Mémoire au duc de Brunswick : "La vraie religion a bien plus de dix-huit siècles. Elle naquit le jour que naquirent les jours."

La Franc-Maçonnerie est d'ailleurs demeurée chrétienne dans les Grandes Loges de Suède, du Danemark, de Norvège, partiellement de Finlande, ainsi que d'Allemagne. Chrétienne, la Franc-Maçonnerie l'est aussi encore au sommet de la plupart des Systèmes anglo-saxons, parmi lesquels les grades chevaleresques des Knights Templars, des Chevaliers de Malte , des Ordres de La Croix rouge de Constantin , du Saint-Sépulcre et de Saint-Jean l'Evangéliste, de l'Ordre Royal d'Ecosse ; de même le Rite Ecossais Ancien et Accepté dans son 33ème degré en Angleterre, en Ecosse, en Irlande et au moins une G.L. États-Unienne , où sont chrétiens également les trois grades de chevalerie qui couronnent le Rite d'York. Tout comme les références chevaleresques, le Christianisme ne semble donc aucunement poser problème pour nos FF anglo-saxons qui vantent l'universalisme et l'esprit d'ouverture tout comme nous !

Le Christianisme constituerait plutôt le substrat d'une tradition culturelle occidentale que seul en France le RER assume encore intégralement, y compris dans son ésotérisme chrétien qui recoupe bien d'autres hermétismes, dans une démarche aux antipodes de toute forme d'intégrisme…

Par ailleurs, chacun connaît l'apport personnel de JBW dans la rédaction des Rituels, mais on connaît moins les "retouches" discrètes qu'il apporta à ceux issus de Wilhemsbad -en dehors de tout mandat : ajout de la religion chrétienne dans la première question d'Ordre, ajout de la mention du nom de baptême –et de celui du père !- dans les questions aux impétrants, clause de "fidélité à la Sainte Religion Chrétienne" de l'obligation, tout semble aller dans le même sens…

Est-ce le "philosophe inconnu" qui lui inspira cette ultime révision pendant son séjour concomitant à Lyon ? Des notes de Willermoz le suggèrent . En tout cas la dernière version des rituels "bleus" en 1802 témoigne d'une imprégnation Coën jamais atteinte jusque là. Elle ne fut jamais soumise à l'approbation des supérieurs allemands de l'Ordre. Ce sont pourtant ces rituels qui auraient surpris bien des délégués au Convent, que nous utilisons de nos jours, d'autres Régimes Rectifiés francophones étant revenus à la V.O.…

Le 4ème grade achevé en 1809 par Willermoz -alors octogénaire et bien solitaire- constitue une introduction très complète à la doctrine de Martinez et un prélude aux enseignements de la (Grande) Profession, que n'avaient jamais, et pour cause, prévus les députés au Convent… Ces textes étaient l'occasion d'expliciter enfin la filiation spirituelle de l'ensemble de l'œuvre et permettaient à Willermoz d'affirmer "L'Ordre est chrétien, il doit l'être et ne peut admettre dans son sein que des chrétiens ou des hommes libres disposés à le devenir de bonne foi".

Willermoz était certes un chrétien dévot et un catholique "militant", ce que n'étaient ni Martinez ni Saint-Martin, chrétiens eux aussi mais bien peu "orthodoxes". Les rituels qu'il rédigea s'en ressentirent malgré le soin qu'il mît à les rendre acceptables aux luthériens de Strasbourg et d'ailleurs. Vu le personnage, on ne peut s'étonner d'affirmations écrites sous l'Empire telles : "Les Juifs, les mahométans et tous ceux qui ne professent pas la religion chrétienne ne sont pas admissibles dans nos loges" (Instruction finale du quatrième grade) ou encore "L'institution maçonnique, tous les faits le démontrent, est religieuse et chrétienne" (lettre de 1814-1815).

Il était simplement un homme, un homme de son temps, où les Juifs n'étaient que tolérés. Loin de le lui reprocher, je note plutôt qu'il fallut attendre 1809 pour que soit explicitée une exclusion jusque là tacite. Outre son grand âge, j'y verrais aussi la réaction à une situation nouvelle qui rendait plausible ce qui était autrefois impensable : la candidature d'un Juif à l'initiation maçonnique (grâce à notre F. l'Abbé Grégoire, qui en 1791 avait permis au Juifs d'être des citoyens comme les autres).

Or nos rituels symboliques, si on veut bien les lire naïvement sont d'abord des rituels maçonniques entièrement basés sur la construction du temple de Salomon et sa réédification, sans contenu intrinsèquement chrétien. Ce que j'ai pudiquement qualifié de "retouches" sont des ajouts de surface qui ne changent rien ni au fond des rituels ni à leur "efficacité initiatique", ni même à l'économie générale du système, comme le démontre la vie de nos FF Rectifiés "réguliers" d'autres pays francophones qui s'en passent fort bien.

L'exposition de l'évangile de Saint Jean est une constante de la maçonnerie continentale depuis son introduction en France et ailleurs. Quant aux prières elles ne présentent aucun caractère confessionnel et peuvent être dites par tous les Maçons. Qu'en conclure sinon que les grades bleus rectifiés sont exclusivement "vétérotestamentaires" comme leurs homologues des autres Rites. Ce qui bien sûr n'interdit à personne d'en faire une lecture chrétienne…

Willermoz lui-même l'admet dans une lettre à Bernard de Türckheim, frère cadet de Jean (8 juin 1784):

"Vous ne pouvez nier que les trois premiers grades ne peuvent présenter que des emblèmes et des symboles...tous fondés sur le temple de Jérusalem ou l'Ancien Testament qui lui-même est fondé sur la Loi écrite ou religion révélée qui a succédé à la Loi ou religion naturelle, lesquelles sont désignées dans nos loges par les deux colonnes du vestibule"
L'Instruction finale de 1809 ne dit rien d'autre :
" Tout ce que vous avez vu jusqu'à présent dans nos loges a eu pour base unique l'Ancien Testament et pour type général le temple célèbre de Salomon à Jérusalem qui fut et sera toujours un emblème universel ".

Mais si les grades bleus sont "vétérotestamentaires" et maçonniques, ce cycle est clos par le quatrième grade qui annonce ou plutôt ouvre le cycle chevaleresque chrétien. Les deux Ordres, maçonnique et équestre, articulés par un grade de transition, sont distincts comme le sont le Craft britannique ou l'Ordre des Knights Templar, articulés par le degré intermédiaire du Royal Arch. Dans les faits, le Rite Rectifié s'aligne sur la maçonnerie anglo-saxonne qui offre une série de degrés non-confessionnels et d'autres, chrétiens, ouverts à tous ceux qui en acceptent la spécificité. Rien n'empêcherait donc –en théorie- qu'un maçon reçoive les 4 premiers grades du Rite rectifié et s'abstienne de poursuivre si sa conscience lui fait hésiter à accepter le Christianisme de l'Ordre Intérieur, d'autant qu'aucune autorité "suprême" ne permet de nos jours de définir, voire d'authentifier ce Christianisme, qui peut donc osciller du laxisme à l'intégrisme.

Willermoz écrivait en 1814: "La première des trois questions d'Ordre présentée à la méditation du candidat dans la chambre de préparation est ainsi formulée : quelle est votre croyance sur l'existence d'un Dieu créateur et Principe unique de toutes choses, sur la Providence et sur l'immortalité de l'âme humaine, et que pensez-vous de la religion chrétienne ? A cette question le candidat répond librement tout ce qu'il veut et on ne le conteste nullement. On lui présente les mêmes questions aux deuxième, troisième et quatrième grades et on ne le conteste point sur ses réponses.

Le candidat répond donc librement à la question "sans qu'on le conteste", il peut exprimer une conviction qui ne soit pas celle de son interlocuteur et néanmoins être reçu jusqu'au quatrième grade inclus. Qu'espérer de mieux ?

Vous me permettrez, VM, de conclure – provisoirement - par ma vision encore une fois humblement personnelle, mais que je partage avec de beaucoup plus illustres;- exégètes du "Système RER" :
Résumons nous :

- le RER est un système maçonnique chrétien. Il n'est pas le premier, il n'est pas le seul.

- il se réclame d'un christianisme ésotérique, donc par définition hors de toute Église donc de toute confession-, voire de tout dogme, donc ouvert et parfaitement compatible avec la tolérance maçonnique ( " il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père "…).

- mais sa démarche initiatique lui permet aussi et peut-être surtout d'être un archétype de la Maçonnerie, au point que sans RER, il n'y aurait historiquement peut-être pas de GLNF !

J'y reviendrai, si vous le permettez, tant il me semble important, non pas de proclamer une quelconque vérité, mais dans le cadre d'un "cycle" intitulé "les fondamentaux du Rite Ecossais rectifié" d'approfondir simplement ce pour quoi nous sommes –hic et nunc .

Pour moi, se dire chrétien, c’est d'abord affirmer sa référence à l’Evangile et à la personne du Christ. Jésus-Christ était un juif, mis à mort par les Romains, respectueux de l’enseignement des prophètes qui l’ont précédé, et qui s’est présenté en disant simplement : "mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur." (Matthieu 11, 29) Le suivre, c’est respecter son message et ses appels à la tolérance, à l’accueil de l’autre et au pardon. Le Dieu des juifs, des chrétiens et des musulmans, tous descendants d’Abraham, est un Dieu de bonté et de miséricorde. Le rejet, la haine et le fanatisme religieux Lui sont totalement étrangers. C’est Le trahir et Le blasphémer que de L’invoquer à l’appui des intolérances et des exclusions...
Cet "esprit du Christianisme" aussi évoqué par Camille Savoire ( 33éme REAA ) lorsqu'il réveilla le RER en France en 1910, c’est bien l'esprit du Convent de WILHEMSBAD qui, avant les "retouches" de notre père fondateur, affirmait le 16 Juillet I782, :
" La vraie tendance du Régime Rectifié est et doit rester une ardente aspiration à l’établissement de la cité des hommes spiritualistes, pratiquant la morale du Christianisme primitif, dégagée de tout dogmatisme et de toute liaison avec une Eglise quelle qu’elle soit "...

J'ai dit, VM

Source : www.ledifice.net

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Le christianisme de Pasqually

13 Novembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Nous touchons au fond : le christianisme de Martines, qui vivifie la théorie et la pratique de l'Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l'univers, n'est pas le christianisme latin ni le christianisme byzantin, mais le christianisme antiochien ; son Eglise virtuelle est l'Eglise syrienne, pour autant que l'Eglise syrienne d'Antioche a recueilli la succession de la première communauté chrétienne de Jérusalem, dont Jacques, frère du Seigneur, fut le premier évêque et qui ressortissait au judéo-christianisme strict. Sa liturgie n'avait point divorcé d'avec la liturgie juive et sa gnose orthodoxe puisait aux sources très anciennes de ce gnosticisme juif que des chrétiens pervertiront en gnosticismes hétérodoxes. (Des mêmes sources très anciennes Moshé Idel a montré que la kabbale a découlé, via le Séfer Iézirah.)
Défi aux interdits scientistes, je persiste à parler, en le professant, de "judéo-christianisme", et m'y crois autorisé, à condition d'expliquer en quel sens actuel prendre et comprendre le mot.
Convenons d'appeler "judéo-christianisme" l'apparente synthèse d'une pratique juive, codifiée par Moïse, aux implications doctrinales, et d'une christologie où s'analyse la foi en Moyses novus, Jésus de Nazareth, le Christ ou le Messie. Puis, modulons cette définition très générale.
Au 1er siècle de notre ère, la foison des sectes juives est de mieux en mieux assurée par l'histoire et l'archéologie ; celle des croyances chrétiennes aussi.
Non seulement, au début de notre ère, l'école juive de Shammaï et l'école juive de Hillel, tout en s'accordant à reconnaître l'universelle juridiction sur les Peuples, de la loi noachite en sept commandements, dont trois sont majeurs, s'opposent sur leur nature salvifique (Shammaï la nie, Hillel l'affirme). Mais encore, parallèlement au mouvement des pharisiens, où coexistent les deux écoles précédentes, et à part des interférences évidentes, se développe, à partir du IIIe siècle avant notre ère, un courant apocalyptique, au double sens du mot apocalypse : les mystères du royaume des cieux révélés et la prévision des fins dernières. (Une amphibologie similaire caractérise la prophétie et le prophétisme.)
Le premier mouvement aboutit au judaïsme proprement dit, talmudique, rabbinique ; le second courant, représenté par les esséniens, les samaritains en marge, et en marge aussi une percée vers les musulmans mutazilites, aboutit au karaïsme, au hassidisme et à la kabbale médiévale, plus que millénaire.
Dans le premier cas, on dirait d'une tradition légaliste et dans le second d'une tradition mystique, remontant, l'une par écrit et l'autre oralement, à Moïse, le maître commun. L'épanouissement de la kabbale au sein du judaïsme normatif et l'attachement des ésotéristes à la lettre pure, sinon à la pure lettre, de la Torah valident des passerelles et même des empiètements essentiels. (De même que dans le rabbinisme, des tendances gnostiques ont cheminé dans le christianisme normatif.)
Les christologies étaient, il y a dix-huit ou dix-neuf siècles, basses ou hautes, pauvres ou riches, à maint degré, avec mainte nuance, s'agissant de la nature humaine ou divine, de la nature humano-divine ou des deux natures humaine et divine de Jésus-Christ ; de l'humanité et de la divinité du Messie crucifié et ressuscité.
Chez les Juifs, flottantes étaient aussi, à l'époque, l'idée et l'image et même la place du Messie, que les chrétiens personnifieront en rabbi Ieschouah. La résurrection de Jésus fils de Marie vérifie son avènement, au-delà du scandaleux supplice, et elle enthousiasme ses disciples qui vivent et meurent et revivent avec lui, en lui et pour lui.
Aucune thèse christologique n'est hérétique avant le concile de Nicée en 325. Avant comme après, différentes théologies sont habilitées à rendre compte d'un même dogme chrétien. Le christianisme peut n'être point paulinien, ou il peut n'être point entièrement paulinien. La lettre de Jacques, non paulinienne au moins, appartient au canon des Ecritures et Paul se prête à tant d'interprétations ! Des écrits gnostiques réputés hétérodoxes érigent Paul de Tarse, qui passe ailleurs pour l'ennemi juré de leurs adeptes, en docteur éminent, ou premier : invite à réfléchir sur la gnose nécessaire.
La jonction du judaïsme et de la christologie ne manqua pas d'influencer leurs formes respectives. Ainsi, de la personne terrestre et céleste du Messie, Fils ou fils de l'homme et Fils ou fils de Dieu, pensée et éprouvée à l'intérieur de catégories angéologiques, et du messianisme marqué au coin des apocalypses. Ainsi, d'une inévitable théorie des deux alliances, l'ancienne et la nouvelle, telle que, notamment, l'Epître de Barnabé l'esquisse et qu'elle s'exprime dans les Homélies pseudo-clémentines. Au bout du compte, l'entente rend arbitraire la distinction des formes respectives. La synthèse semble parfaite, mais est-ce une synthèse ?
Il peut être expédient de tenir la synthèse pour artificielle, en somme, et de voir dans le judéo-christianisme le résultat d'un effort pour christianiser le judaïsme, précisément pour introduire dans le judaïsme une christologie. Mais l'effort parvient, en réalité, à tirer cette christologie du judaïsme, à la faveur de la venue et de la réception du Messie, à y démasquer cette christologie.
Quand les Gentils et les Juifs s'efforcent de concert ou de conserve, ils sont menés respectivement à un judaïsme des incirconcis et à un christianisme des circoncis. La formule d'Edmund Schweizer est heureuse, bien que le choix de la circoncision comme critère du judaïsme minimal des chrétiens soit discutable, puisque ce critère fut discuté parmi les chrétiens, et l'obligation d'être circoncis abrogée au concile de Jérusalem en 50 ou 51, mais un judéo-chrétien consentant à la tolérance en était-il astreint à se renier ? Entre ces chrétiens d'origine juive, la plupart pharisiens, qui suivent toute la loi, y compris la circoncision, et ces chrétiens pour qui soit le judaïsme est dépassé par le christianisme, soit la loi peut tout au plus servir de règle de vie, non pas de moyen de salut, il est des chrétiens, Juifs ou Gentils, qui n'exigent pas toute la loi, mais une partie, comprenant les lois diététiques, notamment, mais où la circoncision notamment fait défaut. Jacques et ses ouailles semblent avoir été de cette dernière espèce. Les derniers autant que les premiers sont, selon notre convention, des "judéo-chrétiens". Selon Paul ni Juifs ni Gentils, ni non plus l'extermination ou la conversion d'un groupe à l'autre mais une nouvelle humanité qui constitue le corps du Messie, du Christ.
Point d'autre but, néanmoins, chez les uns, dans leur variété, et les autres que de retrouver l'issue du développement dogmatique, de l'achèvement historique méconnu ou oublié.
En réalité, disions-nous, la synthèse, si l'on veut, est spontanée, naturelle ; l'achèvement historique du judaïsme le développe en judéo-christianisme et le christianisme s'y avoue congénial en même temps que congénital au judaïsme.
L'on ne saurait oublier, enfin, l'hellénisation du christianisme à laquelle le judéo-christianisme échappa d'autant moins que les Juifs de Palestine (pour ne rien dire de la Diaspora où la Bible hébraïque fut traduite en grec, au IIe siècle avant notre ère, par des Alexandrins) ne sont pas restés imperméables à l'environnement hellénistique dans lequel ils ont vécu pendant trois siècles. Au sein de la communauté judéo-chrétienne, les "Hébreux" - ceux que l'on qualifiait tels et qui étaient indigènes - parlaient araméen et suivaient toute la Loi ; les hellénophones dits "Hellénistes", dont la plupart n'en étaient pas moins d'origine juive, s'en permettaient la critique.
A l'orient de l'Orient
La profession de foi trinitaire d'Etienne, le proto-martyr, avant sa lapidation, sentence du sanhédrin qu'une foule a saisi, est primitive, exemplaire. Tirons-la des Actes des apôtres, chapitre VII, verset 54, avec les capitales initiales en usage aujourd'hui : "Rempli du Saint-Esprit et fixant les yeux vers le ciel, il vit la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. Et il dit : "Voici, je crois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu."
Pourquoi de pareils croyants se seraient-ils privés de célébrer, certains d'entre eux, à la fois le shabbat, jour de l'Eternel, notre Dieu et le dimanche, jour où le Seigneur Christ a vaincu la mort ?
Des judéo-chrétiens, hellénistes, originaires de Chypre, tel Barnabé, et de Cyrénaïque, émigrent à Antioche, capitale de la Syrie-Séleucie , troisième cité de l'Empire, après Rome et Alexandrie et siège du comes Orientis. Des conversions en masse et, pour la première fois, les chrétiens sont appelés chrétiens.
Jacques est condamné à mort, dès l'an 62, par le sanhédrin que préside Anan, il est lapidé selon Flavius Josèphe, mais auparavant précipité du pinacle du Temple selon saint Clément d'Alexandrie (et Hégésippe), enfin le crâne fracassé par un foulon.
Une nouvelle vague d'émigration, qui intéresse les "Hébreux", entre 62 et 7º, mais surtout entre 62 et 66, quand s'ouvrent pour quatre ans les hostilités de la première révolte juive, emmène des judéo-chrétiens en Transjordanie, principalement, à Pella.
Pourtant saint Jacques et ses successeurs à Jérusalem viendront, sur les premières listes des tenants du siège, dans le fil des grands prêtres du Temple, dont la fonction disparaîtra avec le lieu du culte, en 70. Mais c'est seulement en 135 que Jérusalem disparaîtra, après l'écrasement de la dernière révolte juive contre l'empereur Hadrien qui aura profané son saint nom en celui d'Aelia Capitolana. A cette date s'arrête la liste des quinze évêques de Jérusalem transmise par Eusèbe de Césarée. Dorénavant, l'Eglise de Jérusalem n'est plus dans Jérusalem. Seuls chrétiens à y demeurer, des Gentils, chrétiens point formellement judaïsés. Ce sont eux qui tourneront leurs regards vers Rome, mais les exilés ne transposeront pas la sainteté de la Ville.
A Jamniah, ou Yavneh, en Judée, le sanhédrin, réfugié après la catastrophe de 70, tâche à réorganiser le judaïsme au milieu des nations ; le concile légendaire de Jamniah, symbole de délibérations qui occupèrent plusieurs décades, fixe le canon des Ecritures, explique que les bonnes actions remplacent désormais les sacrifices, établit une liturgie provisoire.
Entre dix-huit bénédictions, l'une consiste en une contre-bénédiction : la birkat ha-minim vise (au moins à cette époque) les judéo-chrétiens. Cette excommunication rituelle des nosrim se situe aux environs de l'an 90, et de 70 à 170 (controverse de Justin avec le rabbin Tryphon) s'étend le siècle où le judéo-christianisme éclate. Ce n'est pas une synthèse qui se défait, c'est l'unité qui se brise.
Sur l'autre bord, les communautés chrétiennes majoritaires, la Grande Eglise bientôt, hégémonique, ignorent ou détestent, isolent, bannissent peu à peu les communautés judéo-chrétiennes qui se débilitent et qu'elles divisent arbitrairement en groupuscules : ébionites, symmachiens, cérinthiens, nazaréens (ou nazoréens), elkessaïtes...
Le manichéisme naîtra en milieu judéo-chrétien. Son fondateur innove dans la foulée d'Elkessaï (autour de l'an 100), en inférant de la rencontre habituelle aux judéo-chrétiens avec le saint esprit, ou le Saint-Esprit, qu'il spécifie à son bénéfice, une investiture prophétique exorbitante. Mais comment la révélation accordée, troisième dans le temps historique, à la postérité d'Abraham aurait-elle correspondu avec les deux précédentes si l'islam n'avait été semé et s'il n'avait germé dans le même terreau, en veine de sommation ? L'islam, à la lettre, depuis le VIIe siècle entre ouvertement en composition avec le judéo-christianisme, auquel il est inhérent de toujours, comme le christianisme l'est au judaïsme.
Au IVe siècle, ne subsistent que quelques groupes dispersés de judéo-chrétiens, notamment en Arabie, où l'islam naissant les rencontrera, et une descendance souvent bâtarde, sur laquelle tranche l'Eglise syrienne.
Glorieuse Eglise judéo-chrétienne d'Antioche au IIe siècle, elle est le centre géographique alors et le centre spirituel à jamais de l'Eglise syrienne. En suivant à la trace l'"influence de quelques témoins éminents, Ignace en tête, mais aussi Saturnin et Théophile, par exemple maints aspects capitaux du christianisme et des sectes gnostiques, en cette Antioche du IIe siècle, peuvent s'expliquer par la présence et la primauté du judéo-christianisme. Combien d'éléments historiques, littéraires et théologiques s'y étaient ainsi conservés, tandis qu'ailleurs, ils avaient été ou seraient bientôt abolis, et se perpétueront, pour l'essentiel, dans sa vivace chrétienté !
Depuis que saint Pierre établit à Antioche son premier siège patriarcal, avant de venir à Rome, l'Eglise syrienne est la Mère des Eglises orientales. (De cette Eglise des origines, l'Eglise copte est la fille, à l'époque apostolique, et l'Eglise arménienne, au IIe siècle. La première, seule à maintenir la circoncision obligatoire, réussira une nouvelle synthèse, dont le caractère originel en même temps que particulier est très défendable, en apportant, ou en dégageant, un composant égyptien, c'est-à-dire pharaonique et hellénistique. Cagliostro est un grand copte, il sera le Grand Copte pour les francs-maçons d'Occident, au siècle de l'illuminisme.)
L'Ordre des élus coëns apparaît comme conciliable sans accroc avec le christianisme et l'Eglise chrétienne, quand rien ne les oppose et rien ne les oppose, pourvu que l'on assigne la maçonnerie explicitement judéo-chrétienne de Martines et la confession chrétienne associée au courant le plus ancien, le plus méconnu et, théologiquement, le plus discrédité de l'histoire du christianisme primitif. Alors, l'apparente conciliation se découvre harmonie préétablie, articulation essentielle et, par conséquent, originelle encore.
La théologie de Martines tourne autour du Christ. Le malentendu, ou l'incohérence, vient de ce que cette théologie différait des théologies protestantes et de la théologie catholique romaine.
Mais il faut une Eglise et ce sera, pour Martines, venu du pays des trois religions, pour Saint-Martin et pour presque tout leur entourage, l'Eglise catholique romaine, faute de mieux, faute de connaître mieux, mais sous réserve d'améliorer. L'Eglise de Rome agréait mieux aux coëns, non seulement parce que la majorité d'entre eux y étaient nés, comme dans la confession dominante dans la région, mais en vertu de ses pompes plus encore que de sa théologie. Deux chrétiens réformés au moins se convertirent au catholicisme romain sous l'influence diffuse de l'Ordre : Bacon de La Chevalerie , substitut général de Martines, à partir de 1768, qui assistera à l'une des leçons de Lyon, et Jean-Jacques Du Roy d'Hauterive qui en prononcera vingt-et-une autres et dont la famille n'en était pas à une abjuration près).
Outre leurs rites réservés, les coëns - nulle dispense prévue en droit pour les frères protestants qu'on admet ès qualités - sont astreints à la pratique catholique romaine, y compris à ses exercices de dévotion, mais ils les additionnent de prescriptions judaïques, semblablement à l'Eglise judéo-chrétienne et en conformité avec leur ministère cultuel lié au judaïsme de leur christianisme.

Source : http://www.hermanubis.com.br

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Rite écossais rectifié et Christianisme primitif

13 Novembre 2012 , Rédigé par A Valle Sancta Publié dans #spiritualité

Nombres de maçons rectifiés s'intéressent au christianisme primitif. Aucun n'a écrit, pour le moment, de texte précis sur le sujet. La relation entre christianisme primitif et régime écossais rectifié est complexe car elle sous entend plusieurs problématiques :

  • qu'est ce que le christianisme primitif ?
  • comment se situe le christianisme primitif par rapport aux christianismes contemporains ?
  • comment se positionne le régime écossais rectifié par rapport au christianisme et plus précisément par rapport au christianisme primitif ?
  • à quel christianisme précisément se réfère le régime écossais rectifié ?
  • le régime écossais rectifié peut-il avoir comme référent un christianisme primitif et si oui lequel ?

Voilà, à mon avis, les questions sans lesquelles on ne peut aborder la question de la relation entre régime écossais rectifié et christianisme primitif... Il peut y en avoir d'autres...

J'essaierais donc ici, dans la mesure de mes capacités, de répondre à chacune des questions posées ci-dessus de manière à aboutir à une vision d'ensemble de la relation entre les deux phénomènes qui nous concernent. Le christianisme primitif inclut plusieurs composantes. On sait que le christianisme est né à Jérusalem avec une première communauté sémitique dirigée par Jacques, Frère du Seigneur. On sait que très vite, à Jérusalem même, des héllénophones sont considérés comme chrétiens (anachronisme me dira-t-on, mais faisons simple...) : en tout cas ils le sont suffisamment pour être martyrisé à ce titre (Etienne). A Antioche, ce christianisme double est encore plus flagrant : il y a les juifs qui se réclament de Jésus et qui restent rattachés à la loi mosaïque et il y a les gentils qui se réclament du même Jésus sans pour autant être "statutairement" rattachés à la loi mosaïque. Et j'esquive exprès (pour simplifier le discours) le cas des judaïsants, c'est-à-dire des juifs héllénophones qui se rattachent à la loi mosaïque. Cette distinction entre ceux qui se rattachent aux prescriptions de la loi et ceux qui n'y souscrivent pas est l'une des premières difficultés que rencontrera le christianisme naissant. L'autre difficulté sera le regard porté sur l'identité de Jésus : est-il un homme comme les autres, est-il un prophète, un élu du Seigneur, le Messie promis à Isarël, un fils de Dieu, le Fils de Dieu, Seigneur, etc. Un livre fondamental sur ce sujet est à prendre en considération : Le Seigneur Jésus Christ : La dévotion envers Jésus aux premiers temps du christianisme, Larry W. Hurtado (Cerf, 2009). Notons que les judéo-chrétiens, c'est-à-dire ces juifs qui suivent Jésus à Jérusalem et ailleurs dans le Moyen-Orient sont à regrouper en plusieurs groupes les plus fameux étant les Elakassaïtes, les Ebionites et les Nazoréens. Notons également que ce qui allait devenir la grande Eglise utilisait, dans les Evangiles (c'est à dire très tôt), le vocable "Seigneur" (Kurios) pour désigner Jésus de Nazareth. Or ce "Seigneur" est à rapprocher de Adonaï, c'est-à-dire le mot que les juifs substituent au Tétragramme, YHWH, dont la prononciation est interdite (ou perdue). Cela donne déjà une valeur probante à la communauté en devenir qui considérait déjà Jésus comme Fils de Dieu, comme Dieu même si on n'ose le dire encore. En bref, si l'on parle de christianisme primitif, on a deux principales caractéristiques pouvant être compatibles :

  • rattachement à la loi mosaïque
  • confession de la divinité (au moins de la messianité) de Jésus

On pourrait aussi rajouter quelques autres caractéristiques (position face au Temple, etc.) mais elles sont moins cruciales...

Ainsi, si les maçons rectifiés veulent se rattacher au christianisme primitif, ils vont avoir besoin de se positionner face à ces deux caractéristiques...Je vais essayer dans ce billet de répondre brièvement à la question : comment se situe le christianisme primitif par rapport aux christianismes contemporains ?
J'emploie à dessein le pluriel pour parler du christianisme tel qu'on le connaît aujourd'hui. En effet, il ne faut jamais oublier que, même si l'Eglise latine est majoritaire, le christianisme a très tôt connu plusieurs divisions dont certaines persistent jusqu'à nos jours :

  • Les non-chalcédoniens vont se séparer des grecs et des latins présents dans le périmètre de l'Empire romain
    • Syriaques
    • Coptes
    • Arméniens
  • Les chalcédoniens vont à leur tour se diviser sur la question du Filioque et sur l'autorité de l'Evêque de Rome
    • Latins (devenus depuis les catholique présents en Europe occidentale et de là partout ailleurs du Nouveau monde à l'Asie)
    • Grecs (devenus depuis les orthodoxes essentiellement présent en Europe centrale, en Europe de l'Est et au Moyen-Orient)
  • Les protestants
    • Clavinistes
    • Luthériens dont les épiscopaliens, anglicans et autres scandinaves, etc.
    • Evangéliques

Je m'en arrête là et c'est largement suffisant pour justifier le pluriel utiliser dans l'intitulé de ma question. Mais toutes ses branches ont-elles un tronc commun qui puisse être un dénominateur commun entre eux mais aussi un dénominateur commun avec les chrétiens primitifs, c'est à dire ceux des trois ou quatre premiers siècles de notre ère ?

La plupart des communautés évoquées ci-dessus confessent peu ou prou deux articles de foi qui leur sont communs :

  • la Sainte Trinité : un Dieu en trois personnes
  • la double nature de Jésus-Christ : Dieu parfait et Homme parfait

Evidemment cela ne va pas sans difficulté de combler, ou ne serait-ce que de réduire, les failles qui séparent toutes les communautés chrétiennes. Malgré, par exemple, les nuances terminologiques et linguistiques qui peuvent exister entre chalcédoniens et non-chalcédoniens, je pense que ces deux dogmes sont communs à une très large majorité des communautés aujourd'hui répandues sur la surface de la terre et se considérant chrétiennes. Bien sûr il existe quelques exceptions à la marge (le cas des unitariens serait intéressant à étudier dans cette perspective), mais pour notre étude cela reste d'un intérêt limité. Voyons maintenant si ces deux articles de foi sont présents dans le christianisme des trois ou quatre premiers siècles...

Des références bibliographiques sérieuses seront proposées en toute fin de série dans quelques semaines. Ce sont des ouvrages que j'ai acquis, lu et en partie synthétisé de manière à alimenter une étude en cours de rédaction, et qui tarde à être finalisée (?!), sur le judéo-christianisme, composante majeure du christianisme primitif. Mais pour ces billets, assez brefs sommes toute, je me baserais sur un ouvrage court et direct : Christ, Seigneur et Fils de Dieu. Libre réponse à Frédéric Lenoir de Bernard Sesboüé (Lethielleux, 2010) que j'évoquais brièvement ici.
Que nous dit Sesboüé ? Son étude approfondie de la christologie et de son histoire lui permet de résumer l'affaire qui nous préoccupe ici comme suit :

[Il y a] parfait continuité de foi entre le témoignage du Nouveau Testament et celui des deux siècles suivants. Cette cohérence et cette continuité étaient importantes à enregistrer. S'il y a bien eu un devenir de la foi pour la génération des apôtres et des contemporains de Jésus, ce devenir est achevé d'abord avec sa résurrection et ensuite par le discours qui se développe dans le Nouveau testament. Il n'y a plus désormais de "plus-value". La fois chrétienne en la Trinité et en la parfait divinité du Fils - qu'on la confesse ou que l'on ne la confesse pas aujourd'hui - est une réalité historiquement vérifiable au niveau de la confession de foi de la "grande Eglise". Elle est bien ferme, même si son élaboration théologique nous paraît encore insuffisante, et bien avant que les empereurs romains n'interviennent. Pour justifier cette conclusion, plusieurs éléments sont brillamment exposés par Sesboüé :

  • Dans le Nouveau Testament :
    • La progressivité et la pédagogie dont use Jésus dans la révélation de sa divinité
      • Recours à des capacités que seul Dieu détient selon le judaïsme (capacité de pardonner par exemple)
      • Recours à une terminologie spécifique à Dieu selon le judaïsme ("Je suis", etc.)
      • La mort et la résurrection du Christ qui n'auraient pas de sens si le Christ n'était pas Dieu
    • Le kérygme apostolique
      • Paul (qui est chronologiquement le premier) et Jean (qui est chronologiquement le dernier) expriment tout deux la divinité de Jésus (Seigneur, relation Père / Fils, etc.) et la Trinité qui ne porte pas encore ce nom (trois Noms pour un seul Dieu, intervention fréquente de l'Esprit dans les textes néotestamentaires)
      • Prologue de Jean : "Au commencement était le Verbe et le Verbe était après de Dieu et le Verbe était Dieu [...], le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous", même si le texte est tardif, il donne néanmoins une indication précise sur le kérygme professé au tournant des années 90-100
    • Dans les écrits des Pères apostoliques (II et IIIè siècles) :
      • Ce scandale et cette folie de la croix, de la résurrection et de la divino-humanité de Jésus ont induit des thèses multiples et variées sur l'identité réelle de Jésus, thèses forgées par ceux qui essaient de comprendre les paradoxes essentiels du christianisme (Tri-unité de Dieu et divino-humanité de Jésus)
      • Face à ces thèses, les "champions de la foi" (les Pères tels que s. Polycarpe, s. Ignace, s. Irénée, Origène, s. Clément de Rome, etc.) ont développé les articles de cette foi en se basant sur une méthode unique : la théologie de la tradition, rattacher chaque éléments de la foi aux éléments qui l'ont précédé (Ancien Testament, Nouveau Testament, etc.)
      • D'ailleurs leurs contradicteurs païens ou juifs confirment bien leurs prétentions : "Christo quasi deo" (Pline le Jeune résumant la position des chrétiens), "bien qu'il soit formé d'un corps mortel, nous le croyons Dieu" (Celse citant les chrétiens pour le leur reprocher), un "second Dieu" (objection de Tryphon le Juif face aux chrétiens)

Ainsi le Nouveau testament montre une progressivité dans la révélation de la divinité de Jésus et dans l'apparition des trois personnes (Père, Fils et Esprit). Les écrits des Pères apostoliques eux aussi, en se rattachant systématiquement aux Ecritures saintes, développent ses deux articles de foi. Les opposants des chrétiens confirment eux aussi les deux articles de la foi. On peut donc assez sereinement considérer que le christianisme primitif (celui des années 50-60 avec les épîtres pauliniennes, celui des années 90-100 avec l'Evangile selon s. Jean, celui des années 150-250 avec les Pères apostoliques) est fondé sur les deux articles :

  • Divino-humanité du Christ
  • Tri-unité de Dieu en tant que Père, Fils et Esprit

Je poursuis la rédaction de la série de billets (1, 2 et 3) sur le régime écossais rectifié et le christianisme primitif. Mais les derniers billets nécessitent plus de recherche que ce que je pensais. Après avoir présenté ce que je pense être un reflet fidèle de ce qu'il est convenu de nommé "christianisme primitif" (cf 1, 2 et 3), il me reste à essayer d'établir la relation entre ce christianisme primitif et le régime rectifié tel que défini et mis en oeuvre par Jean-Baptiste Willermoz. Dans le cadre de mon essai de définition de cette relation, je m'appuierai sur 3 éléments :

  • la référence fréquente (au moins à trois reprises) que fait Willermoz à un christianisme qu'il situe durant les 6 premiers siècles et qui selon lui était pur et initiatique (page 64 du rituel d'Ecuyer Novice édité par le GPDG en 1995, lettre à Saltzmann de mai 1812 publié par C. et R. Amadou dans Renaissance Traditionnelle n° 147-148, "Traité des deux natures..." édité par la Diffusion rosicrucienne en p.30)
  • le développement sur la Sainte Trinité que Willermoz effectue dans le cinquième des "Cahiers D"
  • le développement sur la double nature de Jésus-Christ que Willermoz effectue dans le troisième des "Cahiers D" plus connu sous le titre "Traité des deux natures..."

J'en présente ici une version brève que je détaillerais dans une étude qui sera publiée un jour prochain...Une remarque concernant la méthodologie : si j'ai choisi d'avoir recours à des extraits des "Cahiers Doctrine", c'est parce qu'à mon sens, ces "cahiers" constituent le concentré de la spiritualité willermozienne, la substance même de cette doctrine que le lyonnais a insufflé dans les différents grades selon un dosage pédagogique dont il avait le secret. Je pense donc qu'on ne peut pas considérer les "Cahiers D" comme de simples documents d'ordre privé : pour moi ces "Cahiers" formalisent l'esprit qui anime la lettre de nos rituels.

La double nature de Jésus-Christ

En attendant le développement de mon argumentaire, je propose au lecteur un extrait du "Traité des deux natures..." (feuillets 22 et 23) qui n'est pas sans marqué fortement le point de vue du fondateur du régime écossais rectifié quant à la double nature du Christ Jésus :

[...] Cette union intime, absolue et devenue inséparable du verbe créateur de tous les êtres avec une pure créature humaine, pour pouvoir instruire publiquement, souffrir et mourir en elle, est un acte de l’amour de Dieu pour les hommes si prodigieux, si inconcevable et si fort au-dessus de tout entendement humain, que de tous les actes révélés à la foi chrétienne c’est celui-là qui a été dans tous les temps, et qui est encore le plus contesté. Les contemporains de Jésus-Christ, quoique témoins journaliers d’une multitude des miracles éclatants, qu’il opérait devant eux, ne virent en lui que l’homme, et nièrent sa divinité, ses disciples, ses apôtres mêmes, quoiqu’instruits par lui et témoins des mêmes prodiges, n’y crurent que faiblement, jusqu’à ce que trois jours après sa mort, convaincus de la vérité de sa résurrection qu’il leur avait prédit lui-même, et entendant ses instructions pendants quarante jours, ils le virent monter divinement au ciel, dans son humanité glorifiée. Faut-il donc s’étonner si l’homme actuel, qui n’admet plus d’autres témoignage que celui de ses sens physiques et matériels, nie encore pour son malheur cette grande vérité ? [...] On voit ainsi que le lyonnais n'est pas surpris par l'incapacité des contemporains de Jésus, par l'incapacité de ses propres contemporains (et par extension des nôtres) à comprendre le mystère de l'incarnation et de la double nature divino-humaine de Jésus-Christ ainsi que le rôle centrale dans la réconciliation que joue ce mystère. Et Willermoz d'exprimer son point de vue de manière explicite (Cahier D3, feuillet 22) : [Face à la prévarication de l'homme] il faut donc une grande victime pour satisfaire à la justice divine ; car si la miséricorde de Dieu est infinie et sans bornes, sa justice l’est aussi, et ne peut être arrêtée que par une réparation proportionnée à l’offense : [F°22] il fallait donc une victime pure et sans tâche de la propre nature humaine du prévaricateur ; et puisque c’était l’homme qui par son crime avait fait entrer la mort dans le monde, il fallait que cette sainte victime se dévoua volontairement à la mort, à une mort injuste, violente et ignominieuse qui put réparer tant d’outrages ; il fallait enfin que le Juste par son sacrifice volontaire resta vainqueur de la mort du péché, afin que celle dont la justice divine avait prononcé l’arrêt irrévocable contre la race du prévaricateur, ne fut plus qu’un sommeil et un passage de la vie temporelle à la vie éternelle pour tous ceux qui à son exemple, abandonnent pendant la durée de leur expiation individuelle, leur libre arbitre, leur volonté propre à la seule volonté de Dieu, mériteraient d’en recueillir les fruits. Un second Adam, émané du sein de Dieu en toute pureté et sainteté, se dévoua et s’offrit en victime à la justice divine pour le salut de ses frères, et son dévouement fut accepté par la miséricorde. Aussitôt la sagesse incréée, le Verbe de Dieu, qui est Dieu, le fils unique, l’image et la splendeur du père Tout-puissant, se dévoua à s’unir intimement et pour l’éternité à l’intelligence humaine du nouveau Adam, pour le fortifier dans son sacrifice, pour assurer, pour compléter son triomphe, et le rendre par une résurrection glorieuse vraiment vainqueur de la mort. C’est par l’union incompréhensible de la nature divine à la nature humaine, chef d’oeuvre de l’amour infini de Dieu pour les hommes, que s’accomplit le grand ouvrage de la rédemption du genre humain, et l’établissement de la religion sainte qui lui apprendrait à connaître le vrai Culte à rendre à son créateur, et le seul qui puisse lui plaire [...]. Ainsi nous voyons que Willermoz place l'incarnation du Verbe et donc la double nature divino-humaine de Jésus-Christ au centre du dessein divin de la réconciliation du Créateur et de la créature. Ce dessein qui est la "sublime destinée [de l'homme qui] recouvrera cette ressemblance divine, qui fut le partage de l’homme dans son état d’innocence, qui est le but du Christianisme, et dont l’initiation maçonnique fait son objet principal" (extrait de la Règle maçonnique remise à l'apprenti maçon dans le régime écossais rectifié).
La Sainte Trinité
En complément un extrait du Cahier D5 (Feuillets 59 et sq) où la Sainte Trinité est évoquée en termes alliant l'orthodoxie catholique à l'orthodoxie martiénsienne : Dieu est Un dans sa nature essentielle. C’est cette Unité absolue, indivisible et concentrée en elle-même qui est incompréhensible à toute intelligence créée ; tant qu’elle ne se manifeste pas hors d’elle par ses productions et ses émanations spirituelles. Mais dans cette Unité ineffable [...] existe une Trinité active d’actions distinctes et de puissances créatrices et personnifiées, que nous adorons sous les noms de Père, de Fils et de Saint-Esprit : Grand et incompréhensible mystère de Trois en Un qui étonne la raison humaine, qui la réduit à un silence respectueux en la subjuguant, et qui diminue la grandeur du sacrifice qu’il exige d’elle par la nature même du Garant qu’il lui donne de la certitude de ce dogme ; car c’est la seconde personne de cette adorable Trinité, c’est celui qui est la vérité même, c’est enfin Jésus-Christ en personne qui révèle aux hommes ce grand mystère, au moment où il va monter au ciel par sa propre puissance en présence de ses Apôtres et de la multitude de ses disciples, pour leur prouver à tous sa Divinité. [...] Mais peut-on reconnaître en Dieu une triple essence divine agissante, et trois puissances actives sans cesse opérantes, sans y voir nécessairement une quatriple essence et quatre puissances divines distinctes dans leurs effets ? Peut-on concevoir en Dieu trois puissances opérantes si actives, sans résultats de vie analogues à leur propre nature et provenant de leurs opérations ? Non, sans doute. Or, ces êtres, ces résultats de vie n’existent et ne peuvent exister distinctement hors de ce principe générateur qui les contenait que parce qu’ils existaient en puissance auparavant ; Leur existence individuelle hors du sein du créateur n’est donc que la manifestations d’une quatrième puissance innée en Dieu, que nous nommons puissance d’opération pour la distinguer des trois premières qui opèrent ; Nous rendrons bientôt ceci plus sensible par l’application que nous ferons des quatre nombres primordiaux divins à chacune des puissances divines auxquelles ils appartiennent. Ces trois puissances créatrices, ces trois personnes divines opérantes en Dieu forment dans l’immensité incréé l’éternel triangle divin, dont l’unité est le principe et le centre. Elles sont tellement inhérentes à la nature essentielle de l’unité, et tellement identiques avec elle, que quoique toujours distinctes par leur action particulière elles forment ensemble avec l’unité un seul Dieu. C’est pourquoi nous parlons souvent d’une triple essence en Dieu, et ne disons jamais trois essences, parce qu’il n’y a pas trois Dieux. C’est par l’action et le concours simultané de ces trois puissances créatrices que l’unité se manifeste hors d’elle-même dans toutes ses productions divines, et dans les émanations qu’elle fait sans cesse des êtres spirituels qu’elle contient en elle de toute éternité, quoique sans distinction ni individualité jusqu’au moment où il lui plaît de leur donner hors de son sein une existence particulière, qui devient dès lors éternellement distincte et individuelle, afin qu’ils puissent lui rendre dans son immensité le culte d’amour et de reconnaissance de ces êtres contenus en puissance en Dieu qui se manifeste la quatriple essence divine, qui complète le quaternaire divin dont il nous importe beaucoup de connaître les propriétés. Les puissances divines ont toutes un nombre particulier caractéristique de leur action personnelle. Elles ont aussi un nom où dénomination qui caractérise aussi la nature de leur action particulière, et des attributs distinctifs qui sont spécialement propres à chacune d’elles. La première des puissances opérantes en Dieu est la pensée ou intention divine, qui crée, conçoit, et peint en elle même tous les plans d’émanation et de création. Elle est le premier agent de manifestation de l’unité, étant le principe unique, l’éternel générateur de tout ce qui est, et de tout ce qui pourra être, le nombre 1 lui appartient essentiellement, nous la nommons le Père créateur de toutes choses, et nous lui attribuons spécialement la Toute-puissance. La seconde puissance est la volonté divine, second agent des manifestations de l’unité ; Elle est le verbe et l’expression de l’intention divine, et comme engendrée par elle, puisqu’elle ne peut exercer son action seconde que les objets qui lui sont présentés et transmis par la première, qui se réfléchit en elle, et dont elle est l’image. C’est pourquoi nous le nommons le fils unique du père créateur ; le nombre 2 qui représente une double action lui appartient essentiellement, et nous lui attribuons spécialement la sagesse infinie qui connaît, détermine et coordonne toutes choses, conformément à l’intention du père. La troisième est l’action divine même, la parole toute puissante, le Grand Fiat qui commande et opère le parfait accomplissement de tous les plans et desseins de création et d’émanation spirituelle conçue dans la pensée du père, adoptés et déterminés par la volonté du fils ; Elle est l’Agent direct de la première et de la seconde, desquelles elle procède, car elle n’opère sa propre action, dans laquelle se réfléchissent les deux premières qu’en troisième rang, et sur les objets que l’une et l’autre lui présentent. Le nombre 3 lui appartient essentiellement. Nous la nommons le Saint Esprit parce qu’elle est vraiment Esprit de l’Unité divine et de toutes ses puissances réunies et conserve toutes les productions vivantes de l’amour divin et qui les unit entre elles et à leur principe par l’amour et pour l’amour. Ainsi on constate que Willermoz reconnaît l'unicité de Dieu et explique aussi que l'unicité de Dieu inclut un caractère triple où le Père est rapproché de la Pensée (1), le Fils rapprochée de la Volonté (2) et le Saint Esprit rapproché de l'action (3) l'ensemble étant un mystère incompréhensible pour l'homme et dont la véracité est révélée et comme "garanti" par la deuxième de cette Sainte Trinité qui est à la fois homme comme nous et Dieu comme ces trois personnes divine composant la Sainte Trinité. On notera ici le corrélation établie par WIllermoz entre les deux dogmes fondamentaux du christianisme primitif qui sont aussi les deux dogmes fondamentaux des christianismes actuels (catholique, orthodoxe et protestant).
Accessoirement le maçon rectifié notera que Willermoz christianise les thèses martiénsiennes en superposant la triple puissance martinésienne (celle-là même qui "ordonne et gouverne le monde") à la Tri-Unité chrétienne.
En marge du sujet du présent billet, notons que dans l'extrait du Cahier D5 cité ci-dessus, Willermoz évoque rapidement le nombre 4 et la quatrième puissance de la divinité qu'il nomme avec Martines "opération" (qui vient complété la pensée, la volonté et l'action et qui en est le résultat immédiat). On aura compris que l'opération est l'être spirituel émané du sein de Dieu, c'est-à-dire la personne humaine appelé à participer à la triple essence qui devient ainsi quatriple (pour reprendre un vocable martinésien). Tout cela rappelle forcément l'icône de
Roublev où l'homme qui regarde l'icône se retrouve, s'il le veut bien, assis à la table d'Abraham avec les trois anges figurant la Sainte Trinité. C'est ce que Willermoz appelle "réconciliation" et que l'orthodoxie chrétienne appelle "déification" en orient et "rédemption" en occident.

Passons maintenant à ce christianisme des six premiers siècles, peut-être nous permettra-t-il de conclure l'ensemble de cette étude portant sur le régime écossais rectifié et le christianisme primtif...
Les six premiers siècles du christianisme
Il s’agit de la fameuse référence willermozienne au VIe siècle comme limite au-delà de laquelle l’Eglise a perdu toute ou partie de son corpus initiatique.
Dans l'Instruction d'Ecuyer Novice, on peut lire : Les Loges qui reçurent [l’initiation parfaite] conservèrent jusqu'au VIe siècle ces précieuses connaissances, et le refroidissement de la foi annonce assez qu'à cette époque le souvenir s'en est affaibli [...]

Willermoz écrit à Saltzmann, en 1812, au sujet de la doctrine des Grands Profès :

Toutes ces choses desquelles dérive un sentiment profond d’amour et de confiance, de crainte et de respect, et de vive reconnaissance de la créature pour son Créateur, ont été parfaitement connues des chefs de l’Eglise pendant les quatre ou six premiers siècles du christianisme. Puis dans le Traité des deux natures : Toutes choses que les chefs de l’Eglise chrétienne, auxquels la connaissance en était presque exclusivement réservée pendant les cinq à six premiers siècles du christianisme, ont parfaitement connues. Ainsi Willermoz, qui croit en les deux dogmes fondamentaux de l'Eglise (Sainte Trinité et double nature de Jésus-Christ), estime-t-il qu'il y a quand même une connaissance initiatique que l'Eglise détenait et que l'Eglise perdit aux alentours du VIè siècle !
Mais que s'est-il donc passé au VIè siècle pour que l'Eglise perde des connaissances si importantes ?! Il est difficile de savoir d’où vient précisément cette idée que Willermoz répète à trois reprises dans trois textes différents et qui souligne le fait que les connaissances aujourd’hui transmises par l’initiation étaient, jusqu’au VIe siècle, connues des chefs de l’Eglise. Il est cependant plus facile de prendre un manuel d’histoire du christianisme pour essayer d’étudier les caractéristiques de cette période Ve - VIe siècles pour vérifier ce que J-B Willermoz entend par : Toutes choses que les chefs de l’Eglise [...] ont parfaitement connues. L'ensemble des billets composant cette étude en épisodes sur "Rite écossais rectifié et Christianisme primitif " constitueront un texte plus détaillé où j'évoquerais plus longuement ce qui a pu faire basculé les connaissances de l'Eglise au VIè siècle. Pour éclaircir ce point j'aurais recours à deux auteurs :

  • Meyendrof : Unité de l’Empire et divisions des Chrétiens. L’Eglise de 450 à 680. Cerf, 1993.
  • Pelikan : L’émergence de la tradition catholique. 100 - 600. La tradition chrétienne. Vol. I. PUF, 1994


Pelikan considère notamment que :

[...] à la fin du VIe siècle, les principales doctrines chrétiennes ont reçu leur forme canonique.

On notera les événements majeurs suivant durant la période Vè-VIè siècles :

  • La condamnation de certaines thèses d’Origène en 553 lors du deuxième concile de Constantinople
  • La promulgation du dogme christologique à Chalcédoine en 451
  • La profonde transformation de l’Eglise d’Occident sous le règne du pape Grégoire le Grand

Mais sans rentrer, dans ce billet, dans les détails de cette période, notons la réponse que nous suggère Willermoz lui-même : [L’ordination sacerdotale et la consécration épiscopale] leur imprimaient alors comme aujourd'hui la plénitude du caractère indélébile de leur sacré ministère ce qui montre bien que dans son esprit, hier et aujourd'hui et malgré ses propres critiques, le ministères garde toute sa valeur sacré. Et Plus loin Willermoz situe bien la cassure du VIe lorsqu'il écrit : Mais lorsqu'une partie notable du clergé et particulièrement du haut clergé devenue trop sensible à l'ambition des honneurs, des grandes dignités ecclésiastiques, et des richesses qui les accompagnèrent bientôt, commença à perdre de vue, l'humilité et de désintéressement qui l'avait rendu jusque là si respectable ; Lorsqu'il eût recours à la faveur des Princes et aux puissantes protections pour les obtenir, l'initiation secrète prit une autre route et devint rare pour ceux à qui elle avait été jusque là spécialement destinée. On dirait que pour lui, la faute des ecclésiastiques est due à un clergé qui s'institutionnalise et s'établit loin des persécutions et prêt des princes, très éloignés, dans la plupart des cas, de l’ "initiation secrète".

Mais il ne se situe pas dans le camps des critiques pures et dures car il soutient que l’Eglise ancienne montre son caractère initiatique sans doute possible : nier fermement et dogmatiquement [l'] existence [de l'initiation religieuse], malgré les nombreux témoignages des saints pères de l'église primitive, qui souvent dans leurs ouvrages parlent et agissent comme des initiés. C'est un homme pieux mais exigeant, il souligne les erreurs de ses contemporains et reconnaît l'autorité des Pères qui sont "comme des initiés". Et il précise bien que, pour lui, il faut distinguer l'homme et son ministère : [on] tend [ à tort] à identifier leurs personnes avec le sacré caractère dont elles sont revêtues

mais se défend face à ce clergé qui a tendance à exclure les laïcs comme lui de toute discussion : il se qualifie d’ "instruits et très religieux" par opposition à la "morgue théologique [des présomptueux]".

Conclusion
On peut donc conclure sous la plume de Willermoz lui-même que le christianisme primitif est celui de cette "église primitive" dont les "Pères [...] parlent et agissent comme des initiés", ceux-là même qui ont défini les deux dogmes fondamentaux du christianisme : la double nature de Jésus-Christ et la Sainte Trinité. Notons que ces deux dogmes sont des conditions sine qua non au travail du maçon rectifié : même si au début de son cheminement l'apprenti n'en a pas nécessairement conscience, progressivement, le maçon rectifié (et plus encore, le CBCS, qui prononce une profession de foi en tout point conforme à ces deux dogmes) aura besoin de ces deux chandeliers de la foi chrétienne sans lesquels il n'y a point de Lumière...

Source : http://blog.avallesancta.com/2010/12/rite-ecossais-rectifie-et-christianisme.html

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Le Christianisme traditionnel

12 Novembre 2012 , Rédigé par Ewald Frank Publié dans #spiritualité

LE CHRISTIANISME PRIMITIF ETLES EPOQUES CONSECUTIVES

Dans l’histoire de l’Eglise, les différents âges qui suivirent le christianisme primitif sont amplement décrits. C’est pourquoi, dans notre exposé, nous nous occuperons aussi brièvement que possible de ces différentes époques. La durée de ces âges peut être approximativement divisée ainsi: Le temps de l’Eglise primitive jusque vers l’an 100 p. Ch.; l’époque suivante est celle de l’âge post-apostolique, qui commence au deuxième siècle et se développa jusqu’au Concile de Nicée (325); puis c’est l’établissement de l’église d’Etat dans l’empire romain; puis une période allant jusqu’au moyen-âge; ensuite apparaît la Réformation qui apporte un nouveau commencement; après cela viennent les divers mouvements de réveil, l’introduction du Plein Evangile et enfin le rétablissement de l’Eglise dans son état originel, lequel précède le retour de Christ.

Les divers exposés sur l’histoire de l’Eglise ne présentent entre eux aucune image uniforme. Beaucoup ont émis des suppositions qui, par la suite, sont devenues des légendes, rapportées par d’autres comme des faits déjà réalisés. En plus de cela, il est clair que pour un historiographe orienté vers le catholicisme les choses apparaissent tout autres que pour celui de tendance protestante.

Une vue d’ensemble sur chacune de ces époques en particulier et sur son développement propre est nécessaire pour pouvoir tirer une comparaison avec le christianisme primitif. Ce n’est que de la bouche des apôtres que nous avons reçu la “doctrine des apôtres”. Un écrit, qui fut découvert en 1873 dans un couvent et publié dix ans plus tard, et que l’on supposait avoir été rédigé entre les années 80 et 120 p. Ch., a été arbitrairement appelé “Symbole des apôtres” ou “Didache”; cet écrit n’a véritablement rien de commun avec l’enseignement des apôtres du Seigneur Jésus. Il en est de même en ce qui concerne le “Credo apostolique” dont on a délibéré et que l’on a préparé au 4ème siècle seulement lors de différents conciles: cela ne peut pas être attribué aux apôtres. C’est de cette manière que prirent involontairement naissance les falsifications et les altérations de la Parole de Dieu qui furent cependant considérées comme vraies. C’est uniquement dans le livre même des Actes des apôtres, ainsi que dans les épîtres écrites par les apôtres, lesquelles sont contenues dans le Nouveau Testament, que nous trouvons la vraie doctrine apostolique. Ceux-ci étaient des hommes ayant entendu la Parole de Dieu de la bouche même de leur Seigneur, et ils L’ont transmise selon Son ordre. Par eux l’Eglise du Nouveau Testament a reçu la pure Parole de Dieu, la Parole non falsifiée, Laquelle seule porte le Sceau divin.

Paul, qui avait été appelé d’une manière surnaturelle pour être destiné à être un instrument choisi, avait été adjoint aux apôtres primitifs par le Seigneur Lui-même. C’est lui qui, sur la base d’une mission directe reçue du Seigneur, pouvait dire: “Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce qu’aussi je vous ai enseigné…” (1 Cor. 11.23). Il a écrit la plus grande partie de toutes les épîtres, c’est-à-dire exactement 100 chapitres contenant 2325 versets, alors que, par exemple, Pierre n’a écrit que 8 chapitres avec 166 versets. Paul avait reçu l’Evangile de la même manière que les prophètes avaient reçu la Parole: par révélation (Gal. 1.11,12). C’est pourquoi l’avertissement qu’il nous donne dans Galates 1.8 nous pénètre jusqu’à la moelle des os: “Mais quand nous-mêmes, ou quand un ange venu du ciel vous évangéliserait outre ce que nous vous avons évangélisé, qu’il soit anathème”. Ce qui n’est pas en accord avec l’évangile primitif des premiers apôtres se trouve sous la malédiction. De ce point de vue-là c’est réellement à un christianisme faussé que nous avons à faire, lequel se trouve donc sous la malédiction; c’est cela que les critiques avaient sous leurs yeux lors de leurs exposés.

Les quatre évangélistes rendent témoignage du Sauveur. Ils décrivent Sa vie, Son action, de Sa naissance jusqu’à Sa mort, Sa résurrection et Son Ascension. A ce sujet les synoptiques des évangiles de Matthieu, Marc et Luc, en se complétant l’un l’autre, nous donnent une vue d’ensemble. Par contre, Jean ne s’occupe ni de Bethléhem, ni de la généalogie, mais il fait un “vol en hauteur”, et dès le premier verset du 1er chapitre il montre tout de suite qui est véritablement Christ. Les quatre Evangiles donnent une vue d’ensemble du salut que Dieu a accompli en Christ ici sur terre. Les quatre évangiles sont dignes de foi parce qu’ils nous ont été laissés en partage par des témoins oculaires, lesquels ont également entendu de leurs propres oreilles ce qui a été dit (2 Pier. 1.16-18; 1 Jean 1.1-3).

Les Actes des apôtres nous présentent en premier lieu comment l’Eglise primitive a été fondée de manière surnaturelle par l’effusion du Saint-Esprit (chap. 2). Il s’agit là réellement d’un événement qui vient du Ciel. Dans sa première prédication, l’apôtre Pierre, rempli du Saint-Esprit, annonce de la part de Dieu à ceux qui veulent devenir croyants la nécessité d’une repentance, d’une conversion, d’un baptême biblique dans l’eau (v.38), et d’une même expérience que celle faite par les 120: celle du baptême de l’Esprit. Il leur dit de la part de Dieu: “… car à vous est la promesse et à vos enfants, et à tous ceux qui sont loin, autant que le Seigneur notre Dieu en appellera à lui” (v.39). Dieu seul sauve et ajoute à Son Eglise, par le Saint-Esprit, ceux qui deviennent croyants (Actes 2.47).

L’Eglise primitive était formée de personnes ayant réellement fait une expérience avec Dieu. Ceux qui étaient devenus croyants furent baptisés dans l’eau, puis d’une manière surnaturelle dans le Saint-Esprit, afin qu’ils deviennent des membres d’un seul Corps (1 Cor. 12.13). Ils étaient munis des dons de l’Esprit (1 Cor. 12.7-11), ils portaient les fruits de l’Esprit (Gal. 5.22,23). Ainsi, de même que Dieu avait en Christ un corps comme temple, dans lequel Il habitait et par le moyen duquel Il agissait, ainsi l’Eglise primitive, composée de la troupe des rachetés, formait le Corps du Seigneur (1 Cor. 12.12) dont Il était la Tête (Col. 1.18) et qu’Il employait afin de continuer Son ministère. Jésus dit: “Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie” (Jean 20.21). Afin que les multiples tâches de ce Corps puissent être réalisées, Il établit dans l’Eglise des apôtres, des prophètes, des pasteurs, des docteurs et des évangélistes (Eph. 4.11).

Dans le christianisme primitif il n’y avait pas de dignitaires. Il y avait seulement des hommes dignes de la haute vocation à laquelle ils avaient été appelés, et qui accomplissaient leur ministère sous la direction et l’inspiration du Saint-Esprit. Les premiers chrétiens ne connaissaient pas de clergé ni de prédicateurs fonctionnaires, mais au contraire c’était l’ensemble de l’Eglise des rachetés nés de nouveau qui était une sacrificature royale et un peuple saint (1 Pier. 2.9; Apoc. 1.6). Les cinq ministères que nous venons de mentionner ne limitent pas leur activité à une église locale mais ils sont destinés à l’ensemble de l’Eglise. Les dirigeants des églises locales, c’est-à-dire les surveillants ou anciens prenaient soin des églises locales, souveraines. Ceux qui parmi eux avaient la direction étaient appelés évêques et devaient être mariés (1 Tim. 3.1-7; Tite 1.5-8). Il y avait même des assemblées locales avec plusieurs évêques, c’est-à-dire avec plus d’un ancien pour diriger l’Eglise (Phil. 1.1). Ceci est en accord avec Jacques 5.14 où il est écrit que lorsqu’un croyant tombe malade, celui-ci doit faire venir les anciens de l’église. Lorsque Paul et Barnabas vinrent à Jérusalem, ils y furent reçus par l’assemblée des apôtres et des anciens (Actes 15.4). Dans le christianisme primitif régnait encore cet ordre divin de l’Eglise.

Pour prendre soin des tâches pratiques de l’église locale, des diacres avaient été nommés, lesquels devaient être également mariés (1 Tim. 3.8-13). Ceci était nécessaire pour que les évêques et les diacres puissent, par leur expérience pratique, conseiller et aider les membres de l’assemblée à s’en sortir dans leurs divers problèmes conjugaux et familiaux. L’Eglise primitive ne connaissait pas du tout la fonction d’évêque telle qu’elle est exercée aujourd’hui. D’après 1 Timothée 3.15, l’Assemblée du Dieu vivant, fondée par Christ, est le fondement ainsi que la colonne, c’est-à-dire l’élément qui soutient la Vérité. Ni des interprétations particulières, ni le mensonge et la fausseté n’ont en aucune manière de place en Elle. C’est au travers d’Elle, en tant qu’institution divine sur la terre, que la volonté de Dieu devrait être faite sur la terre comme dans les Cieux.

Dans le premier temps qui suivit la fondation de l’Eglise du Nouveau Testament, on trouvait en Elle la pure proclamation de l’Evangile, les doctrines bibliques et la pratique de la Parole exercée par les apôtres. L’Eglise primitive était un organisme imprégné de la Vie de Christ et conduit par l’Esprit; c’est-à-dire qu’elle n’était pas une dénomination organisée.

Plus tard, Paul et les autres apôtres eurent déjà à s’expliquer avec des docteurs qui apportaient l’hérésie, ainsi qu’avec des séducteurs. Dès lors commença un développement pluraliste. Plusieurs courants spirituels progressèrent parallèlement et simultanément. L’un d’eux était composé de véritables croyants dirigés par la Parole et l’Evangile de Dieu tels que les apôtres établis par Dieu avaient apportés, et qui vivaient ces choses dans la pratique de chaque jour. Jean le confirme par ces paroles: “… celui qui connaît Dieu nous écoute; celui qui n’est pas de Dieu ne nous écoute pas; à cela nous connaissons l’esprit de vérité et l’esprit d’erreur” (1 Jean 4.6).

Les autres orientations de foi consistent en un mélange de vérité et d’interprétations propres, mélange qui tourna plus tard en doctrines. De tels hommes sont désignés par les Saintes Ecritures comme de “faux frères” qui s’introduisent dans le ministère sans avoir reçu un appel divin. Paul le résume ainsi: “… et cela à cause des faux frères furtivement introduits, qui s’étaient insinués…” (Gal. 2.4). C’étaient des hommes qui annonçaient un autre Jésus, qui avaient reçu un esprit différent et prêchaient un évangile différent (2 Cor. 11.4). Pierre met en garde les croyants contre les faux frères qui introduisent furtivement des enseignements de perdition (2 Pier. 2.1-3). L’apôtre Jude s’exprime ainsi sur cette tendance par ces paroles: “Malheur à eux, car ils ont marché dans le chemin de Caïn, et se sont abandonnés à l’erreur de Balaam pour une récompense, et ont péri dans la contradiction de Coré” (Jude 11). Les faux frères ont faussé la Parole, ceux qui se sont trompés ont conduit dans l’erreur. C’est ainsi que les différentes orientations religieuses sont apparues.

Jean voit, en ces courants qui s’écartent de la Parole, le commencement du mouvement antichrist. “Anti” signifie “contre” et par conséquent tout ce qui n’est pas en accord avec Christ et Sa Parole est contre Lui, et par là même est “antichrist”. Il écrit: “Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres; car s’ils eussent été des nôtres, ils fussent demeurés avec nous; mais c’est afin qu’ils fussent manifestés comme n’étant aucun d’eux des nôtres” (1 Jean 2.19). Paul appelle de telles gens des “loups cruels” (Act. 20.28-30). Dans Apocalypse 2.2 il est dit des croyants véritables qui étaient capables de discernement: “… et tu as éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont pas, et tu les as trouvés menteurs”. Comment pouvaient-ils éprouver à coup sûr et constater que ces hommes se prétendant apôtres ne l’étaient pas? C’est en vérifiant s’ils prêchaient ce que Pierre et Paul avaient prêché. Ce qui est à éprouver doit toujours l’être en le comparant avec la prédication et la pratique apostoliques, lesquelles sont la seule échelle de référence valable. Donc la question se posait déjà en ce temps-là de savoir quelle était la Vérité, et quelle était l’erreur.

Dans les passages bibliques que nous venons de citer, il est clairement question de bifurcations, de faux courants religieux se développant parallèlement à la foi de l’Eglise de Jésus-Christ. Avant la fin du premier siècle il y avait déjà différentes fausses doctrines et du mélange; les uns se tenaient à l’enseignement de Balaam, les autres à la doctrine des Nicolaïtes, d’autres encore écoutaient une femme désignée du nom de Jésabel, laquelle prétendait être prophétesse et enseignait (Apoc. 2.20).

Afin que nous sachions exactement ce qui est juste, la pure doctrine des apôtres nous a été laissée en héritage dans les Saintes Ecritures. On y trouve mentionnées également les diverses doctrines introduites par des personnes non autorisées. L’injonction: “Eprouvez toutes choses” (1 Thess. 5.21) est encore et toujours valable. Beaucoup se sont approprié cette Parole, mais dans la pratique ils ne l’emploient pas correctement. Ils ont éprouvé les autres selon le niveau de leur propre connaissance, selon le point de vue de leur propre doctrine et pratique, et ce faisant ils ont complètement perdu de vue qu’auprès de Dieu il y a une seule échelle des valeurs capable d’éprouver toutes choses, et qui peut être employée en toutes circonstances. Cette échelle est le témoignage complet de la Parole de Dieu, qui se trouve être la Bible.

Au 2ème siècle, les diverses orientations religieuses se développèrent à côté de l’Eglise du Dieu Vivant, Laquelle croit et agit pour toujours de la manière dont Christ l’a enseigné au travers des apôtres. Les enseignements qui avaient déviés de la Parole devinrent de plus en plus en vogue. On avait élargi le chemin étroit ainsi que la porte étroite. Chaque tendance religieuse s’efforçait d’appeler à soi le plus grand nombre de membres possible, comme c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui. Cependant cette promesse est toujours valable pour la véritable Eglise de Jésus-Christ: “Ne crains pas, petit troupeau, car il a plu à votre Père de vous donner le royaume” (Luc 12.32). Les brebis du petit troupeau ne prennent garde qu’à la voix du Bon Berger, Celui qui a donné Sa vie pour les brebis; c’est-à-dire qu’elles ne prennent garde qu’à Sa Parole. Cette “ecclesia” a été de tout temps la petite troupe de ceux qui ont entendu l’appel à sortir de la confusion et qui suivent le Berger sans compromis.

Dans les temps post-apostoliques s’élevèrent Polycarpe († 155), lequel avait encore cheminé avec l’apôtre Jean, ainsi qu’Irénée († 202), un disciple de Polycarpe, lesquels se distinguèrent comme défenseurs de la vraie foi. Cependant, en examinant les choses de plus près, on voit qu’il ne s’agissait déjà plus exclusivement de la publication du pur héritage de la foi apostolique primitive. On peut voir clairement que, de l’organisme divin de l’Eglise primitive, le pas vers l’organisation humaine avait été fait.

Le développement de cet âge jusqu’au concile de Nicée en 325 p. Ch. est contradictoire. Vu uniquement de l’extérieur, le christianisme dégénéré se propagea toujours plus, sous toutes ses formes, jusqu’à être reconnu par l’Etat du temps de l’empereur Constantin, de telle manière qu’il devint alors une puissance qui était à prendre au sérieux dans l’empire romain tout entier. La foi devint une nouvelle philosophie. Les traditions orientales, mélangées avec la culture helléniste, diluèrent fortement la substance de la foi primitive. Les controverses sur ce qu’on appelle la “christologie” entrèrent en lice et agitèrent les âmes.

Source : http://www.missionfoibiblique.net/ctepoques.htm

 

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Les Esséniens (extraits)

11 Novembre 2012 , Rédigé par MS Publié dans #spiritualité

Les Manuscrits de la Mer Morte-.
Au Printemps de l'année 1947, un jeune berger de la tribu bédouine des
Ta'âmireh, Mohamed ed-Dib, c'est à dire " le loup ", cherchait l'une de ses
bêtes, égarées, au milieu des rochers et dans les trous d'une falaise. Il
découvrit ainsi, à 1300 m au Nord des ruines de Qûmran, " la première grotte à
manuscrits " qui sera identifié par 1Q.
Les hostilités en Palestine, empêchèrent les archéologues d'organiser rapidement
une expédition scientifique destinée à reconnaître l'emplacement de cette
grotte; tandis que les bédouins continuaient de prospecter les trous de la
falaise. Ce ne fut qu'en 1949 que les recherches sur le terrain purent débuter.
Les campagnes d'exploration de la falaise et d'une partie du rivage, ainsi que
celles de fouilles des grottes, des ruines de Qûmran et de Feshka, durèrent de
1949 à 1958.
Onze " grottes à manuscrits " furent reconnues ou découvertes par les
archéologues,
dont la plus éloignée des ruines de Qûmran est située à plus de
2km au Nord de celle-ci; il s'agit de la grotte 3, selon l'ordre chronologique
de la découverte de ces onze grottes. Ces grottes ont fourni entre 1947 et 1956 des fragments de quelques 600 manuscrits distincts, dont 1/4 est constitué par des copies des livres du canon hébraïque, de tous sauf d'Esther.
En voici l'énumération partielle: 14 de la Genèse (2 de la Genèse et de
l'Exode); 14 de l'Exode; 7 du Lévitique (2 du Lévitique et des Nombres), 4 des
Nombres, 25 du Déteuronome, 2 de Josué, 3 des Juges, 4 de Samuel, 3 des Rois; 18
d' Isaïe; 4 de Jérémie; 6 d'Ezéchiel; 8 des Petits Prophètes; 31 des Psaumes; 4
de Job; 2 des Proverbes; 4 de Ruth; 4 du Cantique; 2 de Qohelet; 4 des
Lamentations; 8 de Daniel; 1 d'Esdras; 1 des Chroniques.
Les manuscrits non-bibliques, qui constituent donc les trois quarts des écrits
provenant des grottes de Qûmran, sont au nombre d'environ 450. On peut les
classer en quatre catégories :

les Apocryphes (chrétiens) ou Pseudépigraphes de l'Ancien Testament
(Protestant);
les Florilèges (somme de textes portant sur un même sujet), Commentaires et
Targoum (Traduction araméenne des textes de la Bible avec parfois des ajouts
explicatifs).
des écrits apocalyptiques, liturgiques ou sapientiaux;

les codes disciplinaires, manuscrits propre à la secte qui fournissent de
précieux renseignements sur l'organisation de la secte.

On ne peut prendre au sérieux l'attribution au Nouveau Testament de quelques
petits fragments de papyrus en grec de la grotte 7; ce serait en désaccord avec
tout ce que nous savons de la topographie du site et de l'histoire de son
occupation. De même n'y figure aucun manuscrit d'une autre Tradition que la
Tradition Juive.
L'ensemble des documents trouvés permet des perspectives aussi surprenante
qu'instructives sur la transmission du texte de l'Ancien Testament entre 250
av.J.C. (4QExf) et 68 de notre ère.
Premier coup de théatre au début des années 50 : la publication des premiers
manuscrits bibliques de Qûmran, les deux grands rouleaux d'Isaïe. Leur texte
hébreu coïncidait pratiquement avec celui des manuscrits hébreux les plus
anciens que nous connaissions (codex d'Alep : 980 environ, codex de Saint
Petersbourg 1008-1009). Mille ans s'étaient écoulés entre les copies de Qûmran
et ces manuscrits médiévaux! Or les rouleaux d'Isaïe apportaient une preuve de
la fiabilité du texte biblique transmis. Dès le début du II ème siècle ap.J.C.,
le texte consonnantique hébreu était donc pratiquement fixé.
Seconde révélation : ce processus de fixation du texte hébreu avait aussi
affecté sa version grecque. L'étude du rouleau des douze prophètes, permettait
d'affirmer qu'au début de l'ère chrétienne les rabbins de Palestine avaient
entrepris une révision de la traduction grecque de la Septante.
Troisième révélation, on découvrit que les variantes du texte grec par rapport
au texte hébreu ne doivent pas être considérées comme des changements introduits
par les traducteurs grecs, mais qu'elles viennent de ce que leur traduction se
faisait sur des textes hébreux de l'époque, différents de la tradition
masorétique plus tardive. Ces variantes textuelles sont précieuses en ce
qu'elles reflêtent différentes interprétations apportées par l'exégèse juive de
l'époque.
Les manuscrits bibliques de Qûmran , témoignent de la pluralité des formes
textuelles que connaissaient alors les livres bibliques. Cette pluralité reflète
le pluralisme socio-religieux du judaïsme à l'époque précédent la naissance du
christianisme et la formation du rabbinisme classique de la Mishnah et du Talmud
. L'histoire du texte biblique à l'époque de Qûmran traduit la progressive
transition d'une situation de pluralisme et de fluidité textuelle à celle où se
fixe un texte autorisé, unique, d'ou procède la tradition masorétique médiévale
parvenue jusqu'à nous.
L'Organisation de la Communauté de Qûmran.
Nous allons nous attacher, maintenant, à l'analyse rapide de ceux de ces
manuscrits, pour la plupart inconnus jusqu'alors , qui présentent le caractère
d'écrits sectaires. Ces ouvrages font constamment mention d'une " Communauté "
qui serait l'unique bénéficiaire des promesses divines, avec laquelle Dieu
aurait d'abord renouvellé l'alliance ancestrale, puis conclu, à Damas, une
Alliance Nouvelle, définitive, éternelle. Cette communauté se considèrerait
comme le " petit reste " annoncé par les Prophètes, le véritable Israël; et ses
membres seront les Convertis, les Pénitents, les Pauvres, les Justes, les
Saints, les Elus de Dieu.
Ce sont d'une part, deux des rouleaux de la première grotte (1Q) : la Règle ou
le Manuel de Discipline et le Règlement de la Guerre des Fils de Lumière contre
les Fils des Ténèbres.
C'est d'autre part, l'Ecrit de Damas, dont les grottes de Qûmran ont livré des
fragments qui correspondent substantiellemnt au texte de cet écrit découvert en
1896-1897 par salomon Schechter dans la guenizah d'une synagogue, alors caraïte,
du Vieux Caire, et publié en 1910.
Le Rouleau de la Règle est, naturellement, riche en enseignements sur
l'organisation de cette Communauté, sur ses rites et sur ses dogmes.
L'admission dans la secte.
L'admission dans la Communauté est progressive et l'initiation s'étend sur trois
ans : une année de postulat et deux de noviciat, ponctués par des votes
successifs des Rabbim qui décident ainsi de l'avancement des candidats et de
leur participation aux activités spécifiques de la Secte. L'entrée dans
l'Alliance s'effectue donc dans le cadre d'un choix réciproque du novice et de
la Communauté. Cette Communauté est ouverte à quiconque, issu d'Israël sera
volontaire pour s'adjoindre " à elle, après examen de " son intelligence ", " et
s'il est apte à la discipline ".
Le cérémonie d'admission est surtout marquée par un serment solennellement prêté
par les postulants. ce serment exige la conversion à la Loi de Moïse, telle
qu'elle est interprétée dans la Secte et une totale séparation d'avec les gens
de l'extérieur, considérés comme des " hommes d'iniquité " (Règle V et VI).
L'ensemble de cette cérémonie est longuement décrite dans la Règle, en I-16 /
II-18.
La consécration de l'admission du nouvel adepte est marquée par la mise en
commun de ses biens, et par sa participation aux repas communautaires. Et,
maintenant tous ses actes, il les fera en liaison avec ses confrères, selon des
règlements minutieusement établis.
Une stricte hiérarchie déterminait les rapports des uns avec les autres, que ce
soit dans les réunions par petits groupes, ou dans les Assemblées Générales des
Nombreux. Cette hiérarchie reposait sur un double principe : d'abord sur celui
de la prédominance des prêtres sur les laïques, puis sur celui d'un classement
annuel déterminé par le mérite de chacun; quand aux fonctions administratives,
elles étaient attribuées en tenant compte de l'âge des intérêssés.
La prédominance des prêtres apparaît décrite très précisément par le Rouleau de
la Règle " Seuls, les fils d'Aaron commanderont en matière de droit et de biens;
et c'est sous leur autorité que sortira le sort pour toute décision concernant
les membres de la Communauté " Règle IX.
Si les prêtres et les Lévites bénéficiaient, de par leur naissance, d'une
situation privilégiée, chaque année l'ensemble des membres de la Communauté
faisait l'objet d' un classement déterminé par l'intelligence et la vertu de
chacun. " Afin que tous les hommes d'Israël connaissent chacun le poste qu'il
doit occuper dans la Communauté de Dieu, celle du Conseil éternel... et l'on
examinera leur esprit et leurs oeuvres année par année, de façon à promouvoir
chacun selon son intelligence et la perfection de sa conduite ou à le
rétrograder selon les fautes qu'il aura commises ". C'est ce que nous apprend la
Règle (Règle II, 19-23; V, 23-24) confirmé en cela par l'écrit de Damas (Ecrit
de Damas A,XIV, 3-6).
Tous les " hommes de renom " de la Communauté, éminents par leurs vertus, leurs
fonctions ou leur qualité sacerdotale, constituaient le " Conseil de la
communauté ", qui nous est décrit par la Règle Annexe (XIV, 6-12). Enfin, un
collège composé de douze laïcs  représentants sans doute les douze tribus- et
les trois prêtres -vraisemblablement selon le nombre des clans lévitiques-
constitue, à l'intérieur même du " Conseil ", une sorte de comité suprême auquel
semble attribué le rôle de conscience de la secte, de vivant exemple de la
perfection qui est le but et l'idéal de la Communauté. En ce qui concerne
l'Ecrit de Damas, il précise " l'âge requis pour exercer les diverses fonctions
", l'enseignement que doit recevoir chaque responsable et qu'il se préoccupait
du recrutement d'un collège de " juges de la Congrégation ". Ceux-ci doivent
être " au nombre de dix hommes, élus par la Congrégation périodiquement; ils
doivent être instruits dans le Livre de Méditation et dans les Constitutions de
l'Alliance, et âgés de vingt-cinq à soixante ans " (Ecrit de Damas, A;X, 4-7).
Le même ouvrage ne faisant mention d'aucun autre comité suprême, il faut sans
doute admettre que ce Collège de dix juges a en quelque sorte , été substitué au
collège des " quinze parfaits " du temps de la Règle.
L'un et l'autre Collège devait jouer un rôle de conseiller, d'inspiration de
l'action du prêtre et de l'inspecteur laïc que ces ouvrages placent à la tête de
la Communauté.
L'idéal essénien : ascétisme et vie communautaire.
Si l'adepte est entrée dans la Communauté, c'est, notamment, " pour ne plus
aller dans l'obstination d'un coeur coupable ni avec des yeux luxurieux en
commettant toute sorte de mal ", c'est sans doute pour vaincre ses passions et
soumettre sa volonté. Le mariage et l'oeuvre de chair ne sont pas, d'après les
manuscrits de Qûmran qui nous sont parvenus, proscrits; mais ils semblent avoir
été soigneusement réglementés.
Cette Communauté qui se proclame " la congrégation des Pauvres ", prescrit à
chacun de ses membres, à l'égard des hommes voués à l'enfer pour leur amour des
richesses, des sentiments sans mélange de " haine éternelle ". C'est pourquoi,
nous l'avons vu, dès qu'il est admis dans la Secte l'adepte lui abandonne tous
ses biens.
Et c'est aussi la raison pour laquelle tout membre de celle-là qui cherche à
garder quelques biens est puni. Le même mépris des richesses et des plaisirs est
affirmé dans les Hymnes.
A cette discipline formelle, d'ailleurs dénuée de tout arbitraire, les membres
de la Communauté se conformeront dans des sentiments d' " abondante affection à
l'égard de tous les fils de vérité " et de " modestie de la conduite ". Et la
Règle qui leur recommande ces dispositions d'esprit, prévoit les peines dont ils
seront frappés s'ils y contreviennent (Règle, IV-V).
Dans la sorte d'hymne qui constitue les deux dernières colonnes de la Règle, les
mêmes sentiments sont affirmés; cette fois non plus sous la forme
d'objurgations, mais sous celle d'un engagement à la première personne, et dans
une perspective qui semble dépasser les limites de la Secte: " Je ne rendrai à
personne la rétribution du mal: c'est par le bien que je poursuivrai un chacun;
car c'est auprès de Dieu qu'est le jugement de tout vivant, et c'est lui qui
paiera à chacun sa rétribution " (Règle X) " Je distribuerai le Précepte à
l'aide du cordeau des temps plein d'affectueuse charité à l'égard des découragés
" (Règle X). Pour finir nous citerons ce passage de l'Ecrit de Damas dans lequel
la " Loi d'Or " de l'amour fraternel est affirmée :
" Oui, ils prendront soin...d'aimer chacun son frère comme soi-même et de
soutenir la main de l'indigent et du pauvre et de l'étranger, et de chercher
chacun le bien-être de son frère ".
En somme cet idéal de la Communauté se retrouve toujours dans toute structure
confraternelle que ce soit hier quand je vous parlais des Confréries du
Moyen -Âge ou aujourd'hui quand nous réfléchissons aux principes qui nous guides
que ce soit dans la vie profane ou dans la vie maçonnique.
Mais cette communauté est aussi la " Maison de la Loi ". S'appliquant à mettre
en pratique le commandement donné par Dieu à Josué ( Que le Livre de cette Loi
soit toujours sur tes lèvres: médite-le jour et nuit afin de veiller à agir
selon tout ce qui y est écrit. C'est alors que tu seras heureux dans tes
entreprises et réussiras. Josué 1,8) et la béatitude énoncée par le Psalmiste
(Psaume 1,2), la Règle insiste sur le soin constant qui doit être apporté à
l'étude de la Loi (Règle VI). En conséquence, toute faute contre la Loi est
sévèrement punie (Règle VIII).
Eloigné du lieu de culte normal du judaïsme qu'ils contestaient, comment ces
pieux sectaires ont-ils réorganisé leur vie cultuelle ?
Grâce aux divers manuscrits retrouvés, nous pouvons retracer assez aisément les
grandes lignes de la vie liturgique de la Communauté et ainsi pénétrer plus
avant dans ce monde clos où les non-initiés n'avaient pas accès.
Comme nous l'avons vu, le départ du groupe des fondateurs à Qûmran et leur
éloignement du Temple de Jérusalem sont motivés par deux événements importants :
l'attribution de la charge de Grand-Prêtre à Jonhatan Maccabée et le remplacement
de l'ancien calendrier cultuel par le calendrier païen des Séleucides.
Il n'y a chez les Qûmraniens aucun refus absolu du Temple, mais un abandon
temporaire motivé par le fait que le lieu saint est souillé par la présence d'un
sacerdoce indigne. Ils espèrent bien pouvoir dans l'avenir, y reprendre une
liturgie conforme à la volonté divine. Comment vivre alors à la rencontre de
Dieu, puisqu'il s'avère impossible de la réaliser au Temple de Jérusalem ?
D'une part la Communauté a interprété sa décision de quitter la Ville sainte
comme un nouvel Exode et sans doute se sent-elle accompagnée par Dieu, comme
autrefois le peuple hébreu au sortir de l'Egypte. Et d'autre part, elle s'est
d'emblée considérée comme le Temple spirituel. Ainsi lorsque le rédacteur de la
première couche littéraire de la Règle de la Communauté (100-68 av.J.C.) veut la
décrire, il lui applique spontanément les traits propres au Sanctuaire de
Jérusalem et les métaphore qui s'y rapportent (cf Règle de la Communauté VIII).
Ce concept de Temple spirituel est inconnu dans l'Ancien Testament, mais
plusieurs motifs ont dû orienter les Qûmraniens vers une telle représentation de
leur Communauté : le rôle dévolu aux prêtres au sein de la Communauté, la
conviction de constituer le véritable Israël, " la maison de Dieu ", et la
fonction d'expiation qu'ils attribuaient à leurs prières et à leur ascèse.
La certitude de la Communauté de constituer un Temple spirituel entraînait aussi
la conviction de ne former qu'une assemblée liturgique avec les habitants du
monde céleste et exigeait en conséquence un état de pureté qui excluait toute
personne atteinte de difformité physique (Lv 21; 17-22) et, pour les sectaires,
l'observation de la continence, à l'imitation des prêtres du Temple dans
l'exercice de leurs fonctions.
En se percevant comme Sanctuaire indépendant de Jérusalem et comme Temple
spirituel, la Communauté est vouée à un culte spirituel dans l'attente de la
reprise du culte normal dans le Sanctuaire purifié de la Ville Sainte. La
critique du sacerdoce en place, la séparation d'avec le Temple et l'Exode au
Désert de Juda conduisaient en fait à une double spiritualisation :
- le véritable Temple, c'est la communauté;
- les sacrifices agréés par Dieu sont spirituels.
C'est ainsi que les ordonnances auxquelles sont soumis les adeptes de la
Communauté prescrivent l'accomplissement de rites. C'est ce que nous allons voir
maintenant.
Les rites de la Communauté de Qûmran.
Les règlements de cette Communauté témoignent aussi, parmi d'autres
préoccupations, d'une certaine obsession de pureté. C'est ainsi que l'un des
principaux rites que les membres sont tenus d'accomplir consiste en des bains de
purification. L'autre rite essentiel est celui du repas prit en commun par les
confrères - c'est l'accès à ces deux rites qui marquait les étapes de
l'initiation du novice-.
Les purifications.
Après avoir été jugé digne de prêter le serment d'entrée dans la Communauté, le
novice ne l'est pas, pour autant, de participer aux bains de celle-ci, " avant
qu'il n'ait achevé une année entière " (Règle VI, 16-17). Au sein de la
Communauté-Temple, il s'avérait nécessaire, tant pour les prêtres que pour les
laïcs, de vivre dans un parfait et constant état de pureté rituelle, d'où la
valorisation des rites de purification. L'eau jouait donc un grand rôle dans la
vie des Qûmraniens, comme en témoigne l'existence des citernes et des piscines
dans le corps des bâtiments communautaires. Les documents provenant des grottes
ne donnent malheureusement pas de détails sur le déroulement de ces
purifications; pourtant, l'Ecrit de Damas précise quelles sont les conditions
requises pour qu'elles soient valables; il faut en particulier, que l'eau ne
soit paqs " en trop petite quantité pour envelopper complètement un homme "
(Ecrit de Damas, A, X, 10-13). Enfin, la Règle (VI, 24; VII, 25; VIII, 16 ss)
spécifie que toute faute grave entraîne l'exclusion du coupable de la
participation à ce rite. Car le rite n'a nullement une action magique : il faut
avoir le coeur suffisamment pur pour que ces bains puissent être efficaces;
sinon, l'homme impur souille l'eau, loin d'être lavé par elle (Règle III, 4-6;
V, 13-14). La véritable purification relève essentiellement de l'Esprit de
sainteté que Dieu répandra comme une " aspersion ", lors de sa visite . On en
vient donc à espérer en quelque sorte un " baptême eschatologique dans l'Esprit
", dont le rite d'eau demeure une ébauche.
Les repas.
C'est l'accès à la table communautaire, ainsi que le mélange de ses biens avec
ceux de la secte, qui sanctionne la promotion du novice à l'état de membre à
part entière, quand il a " achevé une seconde année au milieu des membres de la
Communauté " (Règle VI, 21). La Règle de la Communauté confirme le témoignage de
Flavius Josèphe (Guerre des Juifs , II, 128-132 et 143) décrivant le cérémonial
suivi par les Qûmraniens avant et au cours des repas : purifications, vêtements
blancs, entrée au réfectoire " comme dans une enceinte sacrée ", prières, etc.
Le repas apparaît dans les textes de Qûmran comme un acte liturgique qui
requiert des participants un parfait état de pureté rituelle et la présence d'un
prêtre aaronide. C'est aussi par le fait qu'il préfigure le banquet messianique,
que les repas de la Communauté doivent leur solennité et leur caractère
sacramentel. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que la Règle spécifie
que toute faute grave provoque l'exclusion, sinon de la Communauté du moins de
la participation à ce rite; il semble qu'un repas, plus ou moins réduit, ait été
servi au coupable en dehors de la table commune (Règle VI, 24-VII, 25).
Venons-en aux croyances et aux dogmes qui constituaient en quelque sorte, l'âme
de cette Communauté
Les dogmes de la Communauté de Qûmran.
La Gnose révélée à la Communauté.
La théologie de la Communauté de Qûmran n'est autre que celle de l'Ancien
Testament, au moins quant aux idées maîtresses; l' Alliance, nous l'avons
entrevu, en est l'un des éléments les plus remarquables. Cependant, on a pu
parler, non sans raison, de " l'ésotérisme intellectuel " de cette Communauté
qui se croit l'unique dépositaire des promesses de salut et qui prétend détenir
la vérité et la meilleure interprétation de la Loi.
La Communauté a reçu , en dépôt, la révélation des Mystères celés sous la lettre
des Saintes Ecritures. Cette révélation des " Mystères de Dieu ", des " Mystères
de connaissance ", " merveilleux et véridiques ", est la conséquence de
l'Alliance divine dont la Communauté est devenue l'unique bénéficiaire, et la
source du salut réservé aux membres de cette dernière. Il s'agit donc d'un
groupement d'initié dont le Grand Maître voit sa mission ainsi définie, selon la
Règle (IX, 17-21) :
" ...Et qu'il réserve la Connaissance véridique et le Droit juste à ceux qui ont
choisi la Voie. Chacun selon son esprit, selon le moment déterminé du temps, il
les guidera dans la Connaissance; et pareillement il les instruira des Mystères
merveilleux et véridiques au milieu des membres de la Communauté, pour qu'ils
marchent dans la perfection l'un auprès de l'autre en tout ce qui leur a été
révélé. Voici le temps de frayer la voie pour aller au désert. Et il les
instruira de tout ce qui a été trouvé pour qu'ils le pratiquent en ce temps-ci
et qu'ils se séparent de tout homme qui n'a pas écarté sa voie de toute
perversion ".
Aussi, les ouvrages qûmraniens évoquent-ils, en nombre de passage, ces mystères.
Un ouvrage dont les fragments de plusieurs manuscrits ont été découvert a même
été intitulé, par les épigraphistes chargés de son déchiffrement, Livre des
Mystères; enfin, " des manuscrits en écritures cryptiques " -selon la
présentation qui en a été faite- , trouvés également dans les grottes de Qûmran,
soulignent encore le caractère ésotérique de l'enseignement dispensé par cette
Communauté.
Précisons que , parmi les mystères ainsi révélés à cette Communauté, paraissent
figurer : les noms des Anges, le déroulement de l'histoire du monde des origines
à la consommation des temps, le partage du monde entre les Deux Esprits de la
lumière et des ténèbres, du bien et du mal, ainsi que la technique
d'établissement des horoscopes qui en découle, les règles de comput authentique;
mais, aussi, un nouveau système exégétique consistant en la réinterprétation des
prophéties bibliques dans un sens spirituel, système qui permettait de faire de
cette Communauté la bénéficiaire des promesses faites par Yaweh à son peuple (y
compris sur le plan du Messianisme), et qui fut vraisemblablement l'une des
conséquences de la Nouvelle Alliance conclue par Yaweh, à Damas, avec le Maître
de Justice.
L'Instruction sur les deux esprits.
L'un des points fondamentaux de la doctrine de la Communauté est le dogme de
l'existence de deux Esprits qui président l'un au bien et l'autre au mal :
l'Esprit du Bien est appelé Prince des lumières, ou Ange de vérité; son
adversaire, l'Esprit du mal est le Prince ou l'Ange des ténèbres, Bélial ou
Satan. A la tête des esprits bons et des esprits mauvais ces deux princes
transforment le monde en un champ de bataille, répartissant les hommes eux-mêmes
en deux lots, celui des Fils de la lumière et celui des Fils de Ténèbres. Une
longue section de la Règle (III,13-IV, 26) consacrée à l'exposé de ce conflit,
mérite le titre d' " Instruction sur les deux esprits " que lui ont donné les
spécialistes de ces questions. Nous ne pouvons dans ce bref travail donner
lecture des textes, il nous reste à renvoyer nos auditeurs avides de les lire à
la très belle traduction intégrale qui en a été faite par le professeur A.
Dupont -Sommer .
Mais il ne faut oublier en aucun cas, et les textes sont précis à ce sujet, que
ces deux Esprits n'étaient nullement des dieux du Bien et du Mal. En effet,
c'est Dieu qui a " disposé " ces deux Esprits (Règle III, 18 et IV, 16); et Dieu
est l'unique créateur, l'unique Maître de tout et de tous : " Oui, c'est Lui qui
a créé les Esprits de lumières et de ténèbres. Et sur eux Il a fondé toute
oeuvre " (Règle III, 25); Et la persécution elle-même est un instrument de la
politique divine, car elle permet finalement à Dieu de manifester sa puissance
en confondant les impies. Ces deux esprits sont donc simplement les éléments de
l' alternative offerte à l'homme par Dieu " de construire des temples à la vertu
ou de creuser des cachots pour le vice "; et, si l'on peut parler de dualisme
moral, il ne saurait nullement être question, ici, de dualisme ontologique . De
même que Dieu est à l'origine de ce conflit, et c'est lui qui y mettra fin " au
moment de sa visite " " c'est Lui qui a créé l'homme pour dominer le monde, et
il lui a remis deux Esprits pour qu'il chemine en eux jusqu'au moment de sa
visite " (Règle III, 18). A cause de cela, " qu'ils aiment les Fils de Lumière,
chacun selon le sort qui lui est échu dans le Conseil de Dieu, et qu'ils
haïssent tous les Fils de Ténèbres, chacun selon sa culpabilité d'après la
Vengeance de Dieu " (Règle I, 10-11), s'en remettant à Dieu du soin de les
venger au jour de sa Visite. Alors tous les Fils de lumières participeront à la
guerre eschatologique, dans laquelle sera engagé le monde angélique, contre les
Fils des Ténèbres : un ouvrage entier est consacré à ce sujet, c'est le
Règlement de la Guerre des Fils de Lumière contre les Fils de Ténèbres.
La notion d'eschatologie est très équivoque et, quand on l'emploie à propos de
la théologie qûmranienne, il convient d'être très prudent. il est évident
d'après les textes que la Communauté espérait ardemment le " jour de la visite
", lors duquel Dieu accomplirait le Jugement. Mais cet événement ne constitue
pas la fin du monde et n'introduira pas immédiatement les élus dans la vie
céleste. L'intervention victorieuse de Dieu inaugurera simplement une ère
paradisiaque pour les élus sur cette terre enfin débarrassée des impies et de
toute souillure. Contrairement à l'eschatologie néotestamentaire de Matthieu 25,
31-46, le Jugement Dernier ne mets pas un terme à l'histoire de l'humanité.
CONCLUSION.
Secte par son esprit et ordre religieux par son organisation et sa discipline,
telle apparaît la Communauté de Qûmran à travers les Manuscrits de la Mer Morte.
Aux notices des auteurs anciens (Flavius Josèphe, Pline l'Ancien, Philon
d'Alexandrie) concernant les esséniens, s'ajoute désormais la somme considérable
des documents de Qûmran qui complètent nos informations et nous livrent un
témoignage direct sur la vie et les doctrines de cette Communauté
quasi-monastique repliée dans le Désert, en marge de la société et des
institutions religieuses de Jérusalem.
A la lecture de leurs écrits, il est indéniable que les Qûmraniens vivaient une
authentique expérience de Dieu. Leur ascétisme, leur volonté de conversion et
leur idéal, joint à la conviction que Dieu seul peut opérer une purification
totale du coeur de l'homme, ainsi que leur ferveur, en sont les signes les plus
marquants. Toutefois, leur sectarisme en partie imposé à la Communauté par les
ruptures nécessaires pour le maintien de la fidélité à l'Alliance, constitue une
limite telle que ce courant religieux s'engageait finalement dans une impasse.
La secte mourra brutalement sous la main des Romains en juin 68 ap.J.C., alors
que le Christianisme dépasse les frontières d'Israël et atteint même le centre
de l'Empire, avant de se propager dans le monde entier en pronant une religion
ouverte à tous, se détachant totalement de ses origines juives.
Sans rien vouloir enlever à l'originalité du phénomène chrétien, nous sommes
obligés de constater qu'un bon nombre d'idées qui étaient auparavant
considérées comme des créations chrétiennes se trouvent attestées dans les
écrits de la Communauté bien antérieurs au Christianisme. Telles sont, par
exemple, la conception paulinienne de la communauté comme temple et son idée de
la justification par la foi.
Dans la plupart des cas, nous nous trouvons devant le développement d'idées
présentes en germe dans l'Ancien Testament, mais dont la première floraison nous
étaient transmises par des écrits chrétiens avant que ne soient connus les
Manuscrits de la mer Morte.

Source : http://fr.groups.yahoo.com/group/qabalah/message/388

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La Psychologie essénienne

11 Novembre 2012 , Rédigé par traduit par Edmond BORDEAUX SZEKELY Publié dans #spiritualité

Les Esséniens ont fait montre d'une exceptionnelle connaissance de la psychologie dans la pratique des Communions avec les forces naturelles et cosmiques. Ils savaient que l'homme a deux esprits, l'un conscient et l'autre inconscient, et ils étaient bien conscients des pouvoirs associés à chacun de ces esprits.

La première activité qu'ils réalisaient le matin était un ensemble de Communions, et ce faisant, ils mettaient consciemment en marche des forces qui étaient comme un axe fondateur de leur journée tout entière. Ils savaient qu'une pensée assez fortement formulée au début de la journée influençait l'individu tout au long des heures de veille. Les Communions du matin ouvraient ainsi leur esprit à des courants harmonieux qui leur permettaient d'absorber des formes spécifiques d'énergie dans leur corps physique.

Les communions du soir, qui étaient leur dernière activité de la journée, avant le sommeil, découlaient du même principe. Les Esséniens savaient que les dernières pensées influençaient l'esprit inconscient tout au long de la nuit, et que les Communions su soir mettaient ainsi le subconscient  en contact avec l'ensemble existant des forces cosmiques supérieures. Ils savaient que le sommeil peut ainsi se convertir en une source d'approfondissement de la connaissance.

L'homme moyen en fait quelquefois l'expérience, quand il trouve une solution à un problème pendant son sommeil, et bien souvent une solution complètement différente de celles auxquelles il parvient naturellement par le biais de sa manière ordinaire de penser. Beaucoup de scientifiques, d'auteurs et autres créateurs ont également constaté que c'est pendant la nuit ou dans les premières heures du matin qu'ils ont eu l'idée qui les a amenés à leurs trouvailles et à leurs inventions.

La connaissance reçue pendant le sommeil est un résultat naturel de la Loi. Bien que pour la majorité des gens, le sommeil ne soit guère plus qu'une phase temporelle de détoxication, un moyen réparation physiologique, pour une petite minorité, il représente l'occasion du perfectionnement psychologique de l'individu.

Les Esséniens savaient que les forces supérieures mises en œuvre avant d'aller dormir, lorsque les forces terrestres des activités innombrables du jour sont réduites à l'inaction, aboutissent à l'accomplissement progressif des objectifs supérieurs de leurs Communions du soir.

Ils savaient aussi que toute pensée négative ou discordante qu'ils conservaient à l'esprit au moment de se retirer du monde de la veille, abaissait leur résistance aux forces négatives à l'œuvre dans le monde extérieur.

Ils avaient une connaissance profonde du corps aussi bien que de l'esprit. Ils savaient que ces deux entités ne pouvaient être séparées, parce qu'elles forment une unité organique dynamique, et que ce qui affecte l'une affecte l'autre. Les Esséniens connaissaient les bases de la médecine psychosomatique plusieurs milliers d'années avant la formulation de cette dernière.

Ils savaient que la santé corporelle compte beaucoup dans la réceptivité aux forces plus élevées, et qu'un organisme désintoxiqué est plus capable d'établir le contact avec elles qu'un organisme dans lequel les forces sont partiellement paralysées par des poisons corporels qu'il lui faut éliminer au cours des heures de sommeil. Les révélations supérieures, qui nous ont été apportées depuis l'antiquité par les grands penseurs et les grands maîtres à penser, ont toujours été le fait d'individualités qui, invariablement, menaient des vies très simples et harmonieuses. Leurs corps étaient par conséquent extrêmement sains. Il n'est pas fortuit que les grandes révélations de la vérité aient été le fait de ces grands maîtres; leurs organismes avaient développé des capacités qui manquaient aux individus dont les vies étaient consacrées aux réussites plus mondaines. Les enseignements et le mode de vie des Esséniens sont à l'origine du développement de ces capacités.

Ils prêtaient une grande attention à la nourriture qu'ils ingéraient: elle devait être en harmonie avec la loi naturelle; mais ils étaient également très attentifs à leur régime en matière de pensées et d'émotions. Ils étaient parfaitement conscient que l'esprit subconscient de l'homme est comme une plaque sensibilisée qui enregistre tout ce que l'individu voit ou entend, et qu'il est par conséquent nécessaire de faire barrage à toutes les pensées inférieures, comme la crainte, l'inquiétude, l'insécurité, la haine, l'ignorance, l'égotisme et l'intolérance, pour les empêcher de passer la porte de l'esprit subconscient.

La loi naturelle selon laquelle deux choses ne peuvent pas occuper le même espace dans le  même temps leur était connue, et ils savaient qu'une personne ne peut pas penser à  deux choses simultanément. Par conséquent, si l'esprit est rempli de pensées positives et harmonieuses, les pensées négatives et discordantes ne peuvent s'y glisser. Des pensées positives et harmonieuses doivent être introduites dans le subconscient pour se substituer aux pensées inférieures, tout comme les cellules du corps doivent constamment être remplacées par la nourriture, par l'air et par l'eau, quand les vieilles cellules se décomposent. C'était là une partie de la tâche accomplie par les Communions Esséniennes: il s'agissait d'introduire dans les corps pensant et sensible, le matin, à midi et le soir, des courants supérieurs de pensées et de sentiments.

Le subconscient peut être régénéré par un régime de pensées et de sentiments justes et harmonieux administré tout au long de la journée, mais c'est particulièrement aux moments de semi conscience que la réceptivité de ce subconscient est à son plus haut niveau. Quand il est régénéré de cette manière, il peut devenir une source d'énergie et d'harmonie pour l'esprit et pour le corps. Il sera comme un ami qui émet des messages harmonieux constructifs en direction de chaque partie du corps, et il fera en sorte qu'ils fonctionnent de manière efficace.

Les psychologues modernes ont redécouvert des phénomènes que les Esséniens connaissaient déjà, et qui découlaient de leur pratique d'introduire une ou plusieurs pensées dans le subconscient. On sait que lorsqu'une personne est pleinement consciente, son subconscient n'admet pas une suggestion parfois opportune. Et quand la personne est dans un état de subconscience, elle ne peut pas, naturellement, influencer son subconscient de manière consciente. Mais il y a des moments où la conscience est seulement à demi immergée dans le subconscient, et ces moments sont précisément ceux qui précèdent la plongée dans le sommeil, ou juste après le réveil, ou encore,  certains états de rêverie tels que ceux que provoquent parfois une belle musique ou une poésie.

C'est dans de tels moments que l'esprit subconscient est le plus réceptif à ce qui lui est donné.

Beaucoup d'enseignements présent dans les grandes religions et dans les pratiques des systèmes philosophiques antiques et modernes, tant occidentaux qu'orientaux, et bien sur ceux des Esséniens, mettent à profit ce fait psychologique extrêmement important.

Le subconscient est dynamique, toujours en évolution, comme le sont les cellules du corps, et il se nourrit constamment des expériences et des impressions qu'il reçoit de l'esprit conscient. Ces expériences incluent toutes les pensées et tous les sentiments qui sont formulés avec suffisamment de force pour créer une impression en lui. Les expériences traumatiques de l'enfance sont celles qui sont ressenties avec la plus grande intensité et elles sont celles qui marquent le plus l'esprit inconscient, parce qu'elles ne sont jamais remplacées par des impressions et des expériences nouvelles et plus constructives.

Le subconscient est, selon la définition classique, la somme des expériences vécues par un individu depuis sa naissance jusqu'au moment présent. Chaque nouvelle expérience dynamique modifie le subconscient; et il peut être consciemment changé si l'impression qu'on cause sur lui est suffisamment intense. Plus l'impression est intense, plus durable sera son effet sur le subconscient.

Les Esséniens connaissaient encore bien d'autres faits qui leur permettaient de faire accepter par l'esprit subconscient telle ou telle pensée et tel ou tel sentiment. Et notamment, le fait que si l'esprit conscient n'accepte pas telle ou telle pensée comme réelle et possible, le subconscient la rejettera également.

Ils savaient aussi la nécessité de projeter la pensée sur le subconscient sans effort, spontanément. S'il y a effort, cela amène l'esprit à la conscience, et l'état de subconscience est perdu. Agir spontanément et sans effort exige la relaxation complète de l'esprit et du corps. Cela faisait partie des pratiques esséniennes.

Les Esséniens débutaient leur routine de relaxation en libérant les tensions ou les contractions des muscles les uns après les autres dans les diverses parties du corps. Puis ils passaient par une étape de respiration contenue. Cela visait à diminuer le flux de l'oxygène dans les poumons et à réduire ainsi les activités des terminaisons nerveuses et d'autres parties de l'organisme; l'activité et la relaxation ne peuvent pas, en effet, se produire simultanément. La troisième étape était d'éviter toute pensée; Pour l'homme d'aujourd'hui, ce n'est généralement pas une tâche facile. Une façon d'y parvenir est d'imaginer, dans l'obscurité totale et le silence total, la noirceur d'un tissu de velours noir, et de s'efforcer de ne penser à rien d'autre. C'est  à travers ces trois étapes que les Esséniens réussissaient à provoquer une espèce d'état de semi conscience dans lequel une nouvelle pensée ou un nouveau sentiment pouvait aisément être introduit dans le subconscient.

La pensée introduite de cette façon doit être assez rythmique pour maintenir l'état de relaxation et de semi conscience. Et elle doit avoir la puissance suffisante pour pénétrer dans le subconscient  et être complètement acceptée comme une réalité. Ces conditions préalables à l'introduction consciente des pensées et des sentiments dans l'esprit subconscient étaient parfaitement réunies dans les Communions Esséniennes.

Chaque individu décidait de manière complètement souveraine ce qu'il ajoutait au contenu de son esprit subconscient, et le type de cellules qu'il construisait en son intérieur. Il avait le choix entre dévier de la Loi et devenir esclave de son subconscient, et participer activement à sa régénération.

La connaissance que les Esséniens avaient de l'esprit conscient était aussi profonde que leur compréhension du subconscient. Leur conception de la psychologie était si globale qu'ils savaient parfaitement que les objectifs de leurs Communions ne pouvaient pas être atteints par de purs processus intellectuels, et que la force des sentiments y était également nécessaire. La connaissance doit réveiller une émotion, avant que l'action ne soit engagée.

Le sentiment n'est pas un simple processus involontaire comme beaucoup de gens le croient. C'est une partie de l'activité de la volonté. Les Esséniens considéraient que la volonté contient, ou pour le dire autrement, est le mécanisme de trois facteurs: la pensée, le sentiment et l'action. Cette conception peut être illustrée en termes modernes par une comparaison avec une automobile. La pensée est le volant; le sentiment est le moteur ou la force de propulsion; la force correspond aux roues. Pour arriver à une certaine destination déterminée par un acte de volonté, chacun de ces trois artéfacts doit collaborer avec les autres. Un objectif est considéré, un désir ou un sentiment est réveillé,  une action a lieu.

La volonté peut être employée pour réveiller le sentiment; il faut fréquemment avoir recourir à cela pour faire naître un sentiment désiré. On peut développer cette capacité par un entraînement spécifique. Les Esséniens connaissaient une technique pour utiliser la volonté en toutes circonstances.

Peu de gens savent que leurs sentiments peuvent être domestiqués. C'est parce qu'ils ne savent pas comment connecter leurs pensées et leurs sentiments afin que l'action désirée ait lieu. Il est possible qu'ils aient la connaissance nécessaire, mais qu'ils finissent par agir de manière contraire à la connaissance en question; il est possible qu'ils aient la connaissance nécessaire en matière de santé, par exemple, mais qu'ils continuent à absorber des nourritures ou des substances qui leur sont nocives. C'est une émotion, telle que la crainte de la douleur ou de la mort, qui les fera agir correctement.

De ces trois forces, de la pensée, du sentiment et de l'action, la pensée est la plus jeune, et par conséquent, celle qui compte le moins dans la conscience de l'homme. Mais l'homme évolue; sa puissance de pensée augmente de manière consistante. La pensée est ce qui donne à l'homme ses titres de noblesse. C'est une faculté placée sous son contrôle propre en tant qu'individu; il peut penser sur le sujet qu'il souhaite. Il peut contrôler ses sentiments par la pensée.

Les sentiments ont une histoire qui date de centaines de milliers d'années et par conséquent, ils sont dotés d'une inertie beaucoup plus grande que la pensée. En conséquence, ce sont les sentiments, et non la pensée, qui régissent la plupart des actions de l'homme. Les animaux se laissent guider par les instincts. Mais l'homme, s'il souhaite cesser de représenter les forces de la rétrocession, doit apprendre à contrôler l'instinct et le sentiment. C'est par la volonté qu'il peut obtenir ce résultat.

Les Esséniens croyaient que l'homme avait le devoir d'analyser ses pensées et ses sentiments et de déterminer lequel serait susceptible de lui donner le pouvoir de mener à bien une action désirée, et lequel serait susceptible de le paralyser.

Si l'homme faisait une bonne action et se mettait à l'analyser, il serait en mesure de découvrir quelles étaient les pensées et quels étaient les sentiments qui avait déclenché son action. Il comprendrait alors quelle sorte de pensées et quelle sorte de sentiments il devrait stimuler.

Il se rendrait alors compte que l'action n'avait pas été déclenchée seulement par une pensée abstraite ou par une réflexion purement intellectuelle. Les actions sont en réalité déclenchées par des pensées qui ont une certaine vitalité et une certaine couleur, et qui évoque un sentiment. Ce n'est qu'à ce prix qu'elles ont assez de force pour se convertir en action.

La couleur et la vitalité sont données à la pensée par l'imagination créatrice. Les pensées doivent créer des images qui soient vivantes. Les orientaux ont longtemps pratiqué l'art d'élaborer des pensées vivantes, pleines d'images et de figures. Mais c'est un art qui a été beaucoup négligé et pratiquement oublié en occident.

Les pensées dispersées et incohérentes, celles qui dérivent d'une chose à l'autre, ne sont que de pâles copies dépourvues de vie. Elles sont stériles, elles ne réveillent aucun sentiment, ne déclenchent aucune action. Elles sont sans valeur.

Il y a toujours un sentiment derrière chaque action. Un bon sentiment est nécessaire pour produire une bonne action. Les bons sentiments sont des sources d'énergie, d'harmonie et de bonheur. Si ces sentiments ne produisent pas ces qualités, ils ne sont pas seulement sans valeur; ils sont dangereux.

Les sentiments peuvent être rangés en deux catégories: ceux qui créent de l'énergie et ceux qui l'épuisent. C'est à travers cette analyse que l'homme peut commencer à développer sa volonté.

En renforçant tous les sentiments qui créent de l'énergie et en évitant tous ceux qui mènent à son épuisement, les Esséniens découvrirent que la volonté est quelque chose d'acquis. L'exercice de la volonté signifie un effort persévérant et patient. C'est ainsi que les sentiments supérieurs d'un individu pourront graduellement créer un vaste stock d'énergie et d'harmonie, tandis que les sentiments inférieurs, ceux qui mènent à la faiblesse et au déséquilibre, seront finalement éliminés.

Le sentiment qui crée la plus grande somme d'énergie est l'amour, dans toutes ses manifestations, car l'amour est la source primordiale de toute existence, de toutes les sources d'énergie, d'harmonie et de connaissance. Quand l'amour se manifeste dans la nature terrestre, il donne à l'homme tout ce qui est nécessaire à la santé. Quand il se manifeste dans l'organisme humain, il donne une harmonie dynamique à toutes les cellules, à tous les organes et à tous les sens de l'organisme. Quand il se manifeste dans la conscience, il permet à l'homme de comprendre les lois cosmiques et naturelles, y compris les lois sociales et culturelles, et il lui permet de les utiliser comme des sources d'harmonie et de connaissance. La volonté est la clef de la manifestation de cette source d'énergie supérieure.

Les trois ennemis de la volonté sont la dispersion de l'énergie, la fainéantise et la sensualité. Ces trois ennemis peuvent mener à un autre ennemi formidable de la volonté: la maladie. La bonne santé est le grand ami de la volonté. Un individu dynamique et sain commande, et la volonté obéit; au lieu de cela, la douleur musculaire ou la faiblesse nerveuse paralysent la volonté. C'est l'une des raisons pour lesquelles les Esséniens prêtaient autant d'attention à la bonne santé et à l'hygiène de vie, et aussi à la rectitude intellectuelle, qui sont des garanties de bonne santé.

La pratique des communions exigeait l'exercice et l'utilisation continuels de la volonté. Les Esséniens considéraient que toute grande valeur de la culture humaine était redevable de sa création à l'exercice de la volonté, et que les vraies valeurs n'étaient produites que par les individus qui utilisaient la volonté. Ils étaient parfaitement conscients de la nécessité d'entraîner cette volonté et considéraient que la clé de cet entraînement était le contrôle des sentiments par une imagination puissamment créative.

A travers leur compréhension profonde des forces psychologiques, les Communions esséniennes enseignaient à l'homme la Voie de la liberté, la voie de la libération par rapport à l'acceptation aveugle des situations négatives aussi bien dans le corps physique que dans l'esprit. Ils montrèrent la voie de l'évolution optimale de l'esprit comme du corps.  

"Il assigna à l'homme deux esprits aux côtés desquels il marcherait.

Il s'agissait des esprits de la vérité et de la fausseté,

La vérité qui est né à la source de la lumière,

La fausseté qui est née à la source des ténèbres.

Le domaine de tous les enfants de la vérité

Est dans les mains des Anges de la lumière

Afin qu'ils marchent dans les voies de la lumière.

Les esprits de la vérité et de la fausseté luttent dans le cœur de l'homme,

Qui se comporte avec sagesse et avec folie.

Et selon qu'un homme hérite ou non de la vérité alors il évitera l'obscurité.  

Bénis soient tous ceux qui ont lié leur sort à celui de La Loi,

Et qui marchent sincèrement dans toutes ses voies.

Puisse la Loi les récompenser par toutes sortes de bienfaits

Et les éloigner de tous les maux

Et illuminer leurs cœurs de la clairvoyance pour les choses de la vie

Et les honorer de la connaissance des choses éternelles."  

 

Tiré du Manuel de Discipline des Manuscrits de la Mer Morte

 

Source : l’Enseignement des Esséniens, d’Hénoch aux manuscrits de la Mer Morte

Textes Hébreux et Araméen

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La Paix aux Sept Chemins

11 Novembre 2012 , Rédigé par traduit par Edmond BORDEAUX SZEKELY Publié dans #spiritualité

La paix au sept chemins des Esséniens était la somme suprême de leur enseignement ésotérique. Leur arbre de vie et leurs communions enseignaient à l'homme son rapport avec les quatorze forces des mondes visibles et invisibles. La Paix au Sept Chemins lui expliquait sa relation avec lui-même et avec ses prochains, et lui montrait comment créer la paix et l'harmonie dans les sept catégories de la vie. L'harmonie pour les Esséniens signifiait la Paix, avant tout. Ils considéraient que la vie humaine pouvait être divisée en sept compartiments: compartiment physique, compartiment mental, compartiment émotionnel, compartiment social, compartiment culturel, compartiment du rapport avec la nature et compartiment du rapport avec le cosmos entier. L'homme, dans leur conception, est doté de trois corps fonctionnant dans chacun de ces départements: un corps agissant, un corps sensible et un corps agissant. Le pouvoir le plus important du corps pensant est la sagesse. Le pouvoir le plus important du corps sensible est l'amour. La fonction du corps agissant est de traduire la sagesse du corps pensant et l'amour du corps sensible, en action s'inscrivant dans les univers sociaux et culturels de chaque individu, et aussi, de permettre à cet individu d'utiliser les forces terrestres et célestes. La Paix aux Sept Chemins explique l'utilisation de ces puissances et de ces forces avec la plus grande clarté. Chaque jour, à midi, on consacrait une Contemplation de Paix; et chaque Sabbat était collectivement consacré à la paix unique, au cycle complet couvrant toutes les phases de la vie de l'homme accomplies pendant une période de sept semaines.

I-LA PAIX AVEC LE CORPS

Le mot employé par les Esséniens pour désigner le corps physique, en araméen et en hébreu, signifiait la fonction du corps, le fait d'agir et de se déplacer. Cela constituait une différence notable par rapport à d'autres systèmes de représentation. Les grecs par exemples, exaltaient le corps pour ses qualités esthétiques, ses proportions et sa beauté, et ne lui attribuaient pas de valeur plus profonde. Les romains ne voyaient dans le corps qu'un instrument de force et de puissance pour la conquête des nations, un support pour aller planter l'aigle de Rome dans le sol de terres lointaines. Les chrétiens médiévaux dédaignaient le corps, le considérant comme la source de tous les problèmes rencontrés par l'homme, comme une barrière entre l'homme et Dieu. Les Esséniens avaient une compréhension beaucoup plus profonde. Ils savaient que le corps agissant, un corps en évolution depuis des centaines de milliers d'année, contenait toutes les lois de la vie et du cosmos; et qu'il renfermait les clés de l'univers tout entier. Ils examinaient le rôle du corps par rapport au rôle global de l'homme dans l'univers, et l'idée qu'ils s'étaient forgés de ce rôle était largement plus grandiose que celles qu'on peut retrouver dans les autres systèmes de représentation du monde. Ils considéraient que l'homme avaient trois rôles: en premier lieu, un rôle d'évolution individuelle; en deuxième lieu, une fonction au regard de la planète sur laquelle il vit; et en troisième lieu, un objectif en tant qu'unité du cosmos. Le corps agissant a son rôle à jouer dans chacun de ces trois rôles. C'est un produit divin, créé par la loi pour un dessein du Créateur, nullement subordonné à quelque autre instrument de l'homme, ni à rien de ce qui est présent à l'univers. C'est un contenant dans l'expectative, dans l'expectative que l'homme fasse un usage conscient de ses énergies terrestres et spirituelles. Les Esséniens savaient que l'homme n'est pas un être isolé dans l'univers, mais qu'il est au contraire un être parmi d'autres êtres présents sur la terre et sur d'autres planètes, et que tous ces êtres ont des corps agissants qui évoluent exactement comme celui de l'homme. Tous ces corps agissants sont donc reliés entre eux et interagissent les uns sur les autres. La santé corporelle et la vitalité de chaque individu est par conséquent primordiale à la fois pour lui-même et pour tous les autres êtres sur la Terre et sur toutes les autres planètes. Les pratiques quotidiennes des Esséniens dérivaient de cette conception dynamique et multiforme du corps agissant en tant que partie intégrale de l'univers tout entier. Leur santé et leur vitalité extraordinaires étaient un résultat de cette conception. Ceux qui rejoignaient leurs Fraternités recevaient un entraînement spécifique destiné à perfectionner leur corps agissant dans chacun de ces trois rôles, et ils apprenaient à l'adapter aux champ de forces en constant changement dans lequel ils vivaient et agissaient. Ont leur enseignait les effets qu'on sur l'organisme les différentes nourritures et les différentes forces naturelles de la terre, du soleil, de l'air et de l'eau. On leur demandait de suivre certains rituels utilisant ces forces, par exemple de démarrer chaque journée par une ablution d'eau froide et d'exposer leur corps, une fois par jour, aux rayons solaires. C'est à travers des expériences pratiques qu'ils apprenaient le pouvoir revitalisant de travailler dans les champs, les vergers et les jardins. On leur enseignait que les maladies sont causées par des déviations par rapport à la loi; ils apprenaient à soigner les maladies résultant de ces déviations. On leur enseignait les qualités et les puissances curatives des différentes herbes et des différentes plantes; ils apprenaient l'héliothérapie et l'hydrothérapie, et le régime approprié pour chaque mal. On leur enseignait à respirer correctement; ils apprenaient le pouvoir de la pensée sur le corps agissant. Ils apprenaient la valeur matérielle et spirituelle de la modération en toute chose et que le jeûne est une technique qui permet de régénérer le corps et de développer la volonté et, de cette manière, augmenter la puissance spirituelle.Ces pratiques apportaient la paix et l'harmonie au corps agissant. Mais jamais on y accordait une importance plus grande que la normale. La considération et le soin qu'ils lui apportaient n'étaient destinés qu'à maintenir le corps agissant en bonne santé, comme un instrument par lequel il serait capable de mettre en œuvre des actes de sagesse et d'amour pour leur prochain. De cette manière, le corps agissant participait à l'évolution de l'individu, de la planète et du cosmos, permettant de ce fait à l'individu de devenir un co-créateur, au côté de la loi et de Dieu. Voila quelle était la première paix pratiquée par les Esséniens, la paix avec le corps.

II- LA PAIX AVEC L'ESPRIT

La quintessence de l'enseignement de la Paix aux Sept Chemins était la Paix avec l'Esprit; l'esprit dans la terminologie essénienne, étant le créateur de la pensée. Les Esséniens considéraient la pensée comme une force supérieure, plus puissante que la force du sentiment ou de l'action, parce qu'à l'origine de ces deux dernières. La totalité des pensées d'un individu était appelée son corps pensant. La totalité des pensées contenues dans les centaines de millions de corps pensants présents à la surface de la terre forme le corps pensant planétaire; et la totalité de toutes les pensées supérieures présentes dans l'univers forme le corps pensant cosmique, autrement dit un océan cosmique de pensée. Les Esséniens considéraient que le corps pensant d'un individu, comme son corps agissant, possède trois fonctions, une fonction individuelle, une fonction planétaire et une fonction cosmique. Sa fonction individuelle est d'utiliser la puissance de la pensée afin de guider et de diriger les courants de pensées dans le corps sensible de l'individu, et de guider et de diriger les actions du corps agissant de l'individu. Le corps pensant est capable d'exercer cette fonction parce qu'il compénètre et passe à travers le corps sensible et le corps agissant. La fonction planétaire est d'élaborer des pensées nobles et supérieures pour le compte du corps pensant planétaire. Les pensées d'un individu forment un champ de force autour de lui, comparable au champ magnétique qui s'étend autour d'un pôle magnétique. Prises dans un mouvement centrifuge constant, les pensées de l'individu sont éjectées vers l'extérieur du champ magnétique, et à l'inverse, l'individu reçoit des courants de pensée en provenance du corps pensant planétaire, auquel il participe. Chaque individu vit, se déplace, pense, sent et agit de cette manière dans cet environnement planétaire de pensées, auquel il contribue lui-même constamment. Il est responsable de toutes les pensées qu'il émet. La troisième fonction du corps pensant, sa fonction cosmique, n'est pas aisée à accomplir. L'océan cosmique de la pensée, duquel l'atmosphère planétaire de pensée qui entoure la Terre n'est qu'une partie infinitésimale, se compose de toutes les pensées qui se sont élevées assez haut pour se libérer des forces planétaires les rattachant à leur planète particulière. Seuls ces courants de pensée, les plus élevés, ceux qui ont surmonté l'attraction universelle planétaire de leur atmosphère planétaire, alimentent l'océan cosmique infini de la pensée. L'océan cosmique de la pensée représente la perfection de  la loi, l'omnipotence de la loi et l'omniprésence de la loi. Il a toujours existé et il existera toujours. Il est plus ancien que n'importe laquelle des autres planètes du système solaire lui-même, ou que les systèmes galactiques ou ultra galactiques. Eternelle et infini, il dirige toutes les étapes de l'évolution cosmique et planétaire dans l'océan cosmique infini de la vie. La fonction cosmique des corps pensants de chaque individu est de créer des pensées tellement élevées qu'elles puissent se couler dans l'océan cosmique de la pensée. Les Esséniens considéraient que le corps pensant est le don le plus grand que le Créateur est fait à l'homme. Car c'est cela, et ce n'est que cela, qui  lui donne la capacité de prendre conscience de la Loi, de la comprendre, de travailler en harmonie avec elle, de percevoir ses manifestations dans tout ce qui l'entoure, en lui-même, dans chaque cellule et dans chaque molécule de son corps physique, dans tout ce qui est, et de prendre la mesure de son omniprésence et de son omnipotence. En prenant conscience de la Loi, en la comprenant, en agissant en harmonie avec elle, l'homme devient un co-créateur avec Dieu; il n'y a pas de valeur plus grande ou plus élevée dans l'univers. La pensée est donc le plus grand des trésors possédés par l'homme; c'est sa force la plus puissante et son titre de gloire; avec elle, l'homme détient la capacité et la liberté d'accomplir ce qu'il veut vraiment faire, de réaliser n'importe laquelle de ses aspirations qui soit en harmonie avec la Loi, et de vivre de ce fait dans la perfection éternelle, qui est la Loi. Si l'homme pense en harmonie avec la Loi, il est capable de remédier à tout ce qu'il a créé dans le passé", en harmonie là aussi; il peut recréer son corps pensant, son corps sensible et son corps agissant. Il peut guérir toutes les maladies de son corps physique et établir une harmonie complète dans son environnement et dans son monde. Mais si les courants de la pensée à l'intérieur du corps pensant ne sont pas en accord avec la Loi, rien d'autre ne pourra établir l'harmonie dans le monde de l'individu. Les Esséniens savaient que seule une petite minorité de l'humanité était capable de mettre à profit la grande capacité du corps pensant. Ils savaient que la majorité des hommes utilisent leur corps pensants tout à fait au petit bonheur la chance, et sont inconscients de ce que leurs pensées peuvent construire ou détruire. Une succession presque automatique de pensées, d'idées et de groupes d'idées traverse leurs esprits sans direction consciente. Pourtant, même de tels éléments de pensée, incontrôlés, peuvent créer des forces puissantes qui traversent le corps sensible et le corps agissant, peuvent pénétrer dans chaque atome et chaque cellule, faisant entrer chaque particule en vibration. Et ce sont ces vibrations qui sont à l'origine de radiations harmonieuses ou discordantes selon la nature de la pensée. Si l'homme ne se rend pas compte consciemment de la Loi, il en dévie sans le savoir car il entre dans le champ d'action de forces discordantes l'incitant à dévier de la loi. Ce sont ces déviations qui sont à l'origine de toutes les imperfections dans le monde de l'individu, de toutes les limitations et de toutes les négations qui affectent ses pensées, ses sentiments et son bien-être, dans son environnement, dans la société et à l'échelle de la planète entière. Chaque fois que l'homme crée ou accepte une pensée inférieure, il accepte qu'une force inférieure pénètre dans son monde. La force inférieure, en fonction de la puissance de la pensée, réagit sur le corps sensible. Cela provoque un déséquilibre émotif dans le corps sensible, qui agit à son tour sur le corps physique. Ce déséquilibre cause automatiquement d'autres déviations, d'autres déséquilibres, d'autres maladies dans le corps sensible et dans le corps agissant. Et ces discordances, ces maladies, créent une atmosphère discordante autour de l'individu qui affecte les corps pensants, sensibles, et agissants de tous les autres individus qui ne sont pas conscients de la Loi et qui ne savent pas se protéger contre toutes ces pensées inférieures crées par une simple déviation individuelle en pensée. Ainsi, chaque individu qui nourrit une pensée inférieure, limitante, négative ou discordante, est à l'origine d'une chaîne de déviation qui se répand dans toute la planète et dans l'ensemble des mondes planétaires, entraînant encore d'autres déviations, d'autres négations, d'autres limitations et d'autres discordances. Cette discordance est contagieuse, exactement comme toutes sortes de maladies sont contagieuses. Mais les grands maîtres Esséniens ont montrés comment stopper ces vagues de discordances, directement à leur source, avant la formulation de la première pensée discordante. Ils ont enseigné à l'homme à penser droitement, à ne jamais dévier de la Loi, à ne jamais recevoir ou accepter une pensée moins que parfaite. Ces grands maîtres ont également enseigné que l'homme est libre d'œuvrer dans le sens de la Loi s'il en éprouve le désir, et de créer toujours plus d'harmonie et de perfection dans son monde et dans le monde extérieur à lui-même. L'homme s'efforce continuellement de trouver des manières d'améliorer ses conditions de vie. Mais trop souvent, il le fait sans respecter la Loi. Il recherche la paix et l'harmonie par des moyens matériels, par l'évolution technique, par des systèmes économiques, sans savoir qu'il est impossible de remédier aux discordances qu'il a lui-même provoqué par des moyens matériels. L'océan de souffrance et de discordance que l'humanité a créé ne peut être détruit que si les hommes arrivent à mettre en œuvre la loi d'harmonie dans leurs corps pensants. Ce n'est par une coopération complète avec la Loi que la paix et l'harmonie peuvent régner sur la planète. Voila quel était l'enseignement des anciens Esséniens à propos de la Paix de l'Esprit.

III-LA PAIX AVEC LA FAMILLE

La troisième paix des Esséniens, la Paix avec la Famille, concerne l'harmonie dans le corps sensible, l'harmonie dans les émotions. Par le terme de "famille", les Esséniens désignaient les personnes appartenant au cercle proche de chaque individu, les gens avec lesquels chacun était en contact quotidiennement dans la vie courante et en pensée: sa famille, ses parents, ses amis et ses proches. Selon la tradition Essénienne, l'harmonie avec ces personnes dépend des corps sensibles. La fonction naturelle des corps sensibles est d'exprimer de l'amour. Les grands maîtres, Jésus, bouddha, Zoroastre, Moïse et les prophètes, ont martelé ce message à l'humanité. L'homme a reçu le commandement d'aimer son Créateur avec l'ensemble de ses corps pensant, sensible et agissant. La vie dans toutes ses sphères, dans tous ses aspects et dans toutes ses manifestations, est la démonstration de l'Amour Créateur. L'amour divin est une grande puissance cosmique, une fonction cosmique. C'est une loi qui s'applique à tous les corps de l'homme, mais tout particulièrement aux corps sensibles. Le corps sensible se compose de tous les courants de sentiments et d'émotions qu'un individu ressent et émet dans l'atmosphère qui l'environne. De même que les corps pensants de tous les individus présent à la surface de la planète créent une atmosphère pensante autour d'elle, de même l'ensemble des corps sensibles créent une atmosphère sensible planétaire, invisible et impondérable, mais avec une influence et un pouvoir énorme. Chaque sentiment créé ou chaque émotion créée par un individu se fond dans l'atmosphère sensible de la Terre, résonnant comme en une espèce de co-vibration avec tous les sentiments semblables présents dans l'atmosphère de la Terre. Si un sentiment inférieur est émis, son créateur est immédiatement rapporté à tous les sentiments inférieurs semblables existant dans les corps sensibles présents à la surface de la Terre. Il ouvre ainsi la porte à un flux de puissance destructive qui se précipite en lui et prend le contrôle de ses sentiments, et souvent de son esprit, amplifiant ses propres sentiments inférieurs, exactement comme un haut-parleur amplifie ou intensifie les sons. Cette force destructive affecte directement le corps physique de l'individu. Elle affecte le fonctionnement des glandes endocriniennes et du système glandulaire dans sa totalité. Elle produit des cellules malsaines qui réduisent la vitalité de l'organisme, raccourcissent la vie et sont causes de souffrances infinies. Il n'est donc pas étonnant que des désordres nerveux et autres maladies apparaissent en si grand nombre, malgré tous les hôpitaux, tous les sanatoriums, tous les organismes médicaux, tous les laboratoires qui existent et tous les progrès accomplis en matière d'hygiène et de médecine. C'est qu'à travers son corps sensible, l'homme est devenu un automate qui s'auto intoxique, soit qu'il dévie de la Loi, soit qu'il agisse en méconnaissant la Loi, en allant à contresens de la Loi au lieu d'aller dans le sens de la Loi. Les Esséniens savaient qu'il existe une grande discordance dans le corps sensible de presque tout le monde. C'est en étudiant le corps sensible des enfants  en bas âge et des hommes primitifs qu'ils ont appris pourquoi. Le corps sensible d'un bébé enregistre d'abord les manifestations de l'instinct primitif de l'enfant en bas âge, c'est-à-dire l'instinct de conservation. Cet instinct réveil trois émotions fondamentales: la crainte, la colère et l'amour. La crainte résulte d'un mouvement ou d'un bruit soudain; la colère est la conséquence d'une interférence avec la liberté du bébé; l'amour naît de la satisfaction de sa faim et de ses besoins. La crainte et la colère sont des sentiments inférieurs; le sentiment d'amour, bien que d'ordre supérieur, reste rudimentaire chez le bébé. Le corps sensible du bébé est comme un volcan qui cracherait des émotions, dont la majorité serait d'ordre inférieur. Son corps pensant n'a pas encore commencé à fonctionner. Le corps sensible de l'homme primitif est semblable à celui de l'enfant en bas âge. Ses émotions, qui sont également principalement réduites à l'instinct de conservation, constituent une force puissante qui domine complètement son corps pensant embryonnaire. Chez l'enfant comme chez l'homme primitif, le corps sensible se développe longtemps avant le corps pensant; la priorité est de protéger le corps physique contre les dangers de la nature et d'en garantir la survie. L'instinct de conservation est une loi de la nature. Agir conformément à cet instinct est en harmonie entière avec la Loi, et le restera jusqu'à ce que l'homme soit allé assez loin dans la mise à l'écart des dangers naturels, et ait pu développer en conséquence son pouvoir de réflexion et de raisonnement. Mais il reste que, en tant que moteur des actions, le sentiment a une histoire beaucoup plus longue que la pensée; en conséquence, le sentiment tend à continuer à dominer la pensée, même une fois que l'enfant a grandi, même une fois que l'homme primitif se civilise. Aujourd'hui encore, pour la masse de l'humanité, le corps sensible domine le corps pensant. Voici la cause de la première déviation de l'homme par rapport à la Loi. Par la puissance de la pensée, l'homme peut affronter chaque expérience de vie de manière plus adéquate que par la seule émotion irréfléchie. Mais le moteur des agissements de la plupart des gens se trouve bien plus dans des impulsions présentes au niveau du corps sensible que dans des pensées réfléchies. Il en résulte un terrible déséquilibre entre leurs corps. Comme les hommes civilisés adultes en sont à un stade d'évolution où ils ont effectivement acquis la capacité de penser, leurs agissements devraient être inspirés par la pensée. Or, ils permettent souvent que leurs agissements soient guidés par les émotions et les sentiments comme c'était le cas à l'époque de leur enfance. Ce faisant, ils placent leurs pouvoirs en situation de porte à faux et de discordance. Cela est à l'origine d'un état psychologique régressif qui pèse sur leur existence entière. Leurs agissements et leurs actions demeurent par conséquent caractérisés par un tropisme égocentrique et égoïste, comme les agissements d'un petit enfant ou ceux d'un homme primitif. Mais comme l'homme civilisé adulte n'est plus ni un sauvage ni un enfant, il dévie de la Loi s'il agit comme un petit enfant ou un homme primitif. Ses impulsions instinctives peuvent seulement participer de manière positive à l'évolution si elles sont contrôlées par les facultés intellectuelles. Il y a d'autres conséquences de cette déviation par rapport à la Loi. La nature a donné à l'homme la capacité de penser, afin qu'il ait la capacité de comprendre ses lois et de mettre sa vie en harmonie avec elles. L'homme peut accéder à un degré d'évolution plus élevé s'il guide sa vie par la pensée plutôt que par l'instinct. Par conséquent, s'il continue à laisser à son corps sensible la maîtrise de ses actions, il retarde non seulement sa propre évolution mais aussi celle de la planète toute entière. S'il ne fait aucun effort pour comprendre la Loi, si au contraire il la néglige, naturellement il aboutira à une situation de méconnaissance de cette Loi, et devra créer ses propres lois, de petites lois artificielles, caractérisées par un tropisme égocentrique et égoïste, et il en résultera en bout de compte une césure entre lui et le reste de la famille humaine, entre lui et la nature, et entre lui et la grande Loi, autrement dit, le Créateur. C'est dans le corps sensible que se réalise la première déviation de l'homme par rapport à la Loi, et c'est là le début d'une longue chaîne de déviations qui sont causes  de toutes les discordances et de toutes les souffrances de l'homme sur la Terre. Tous les grands maîtres de l'humanité, et ce, depuis des milliers d'années, ont averti l'homme des conséquences qu'il y aurait à laisser les corps sensibles dévier par rapport à la Loi. Bouddha en particulier a bien expliqué comment ces déviations aboutissaient à des souffrances, des souffrances pour l'individu et des souffrances pour toute l'humanité. Les Esséniens ont donc montré que le corps sensible pourrait être un instrument extrêmement efficace pour la production de santé, de vitalité et de bonheur, et qu'à condition de bien savoir faire fonctionner cet instrument pour exprimer de l'amour, l'homme à la capacité de créer le royaume du ciel en lui et autour de lui, et pour la famille humaine entière.Le concept Essénien de Paix de la Famille est une expression de la grande Loi; cette expression, c'est l'amour des hommes envers les autres hommes, ce qui est une loi révélée pour les petits enfants, mais aussi, une vérité souvent cachée aux esprits des hommes. 

IV-LA PAIX AVEC L'HUMANITE

La quatrième paix des Esséniens renvoyait à l'harmonie entre les groupes de personnes, à la paix sociale et économique. L'humanité n'a jamais connu la paix sociale, à aucun moment de l'histoire. L'homme a toujours exploité l'homme par des moyens économiques, l'homme a toujours opprimé l'homme par des moyens politiques, l'homme a toujours supprimé l'homme par des moyens militaires. Les Esséniens savaient que ces injustices étaient causées par des déviations par rapport à la Loi. Les déviations qui provoquent des discordances dans la vie personnelle de l'homme, dans ses corps agissant, pensant et sensible, sont aussi celles qui produisent la richesse et la pauvreté, les maîtres et les esclaves, la guerre sociale. Les Esséniens considéraient que la richesse et la pauvreté résultaient toutes les deux de déviations par rapport à la Loi. La richesse excessive, selon eux, reste concentrée dans les mains d'un petit nombre en raison même de l'exploitation de l'homme par l'homme, d'une manière ou d'une autre. Cela a toujours été à l'origine de la misère pour l'exterminateur comme pour l'exterminé. La majorité des hommes est en proie à des sentiments de haine et à des émotions destructives analogues. C'est justement cela qui aboutit à la formation d'un sentiment de crainte parmi les exploiteurs; ce qu'ils craignent, c'est la révolte, c'est la perte de leurs possessions et même, à l'extrême, de leurs vies. La pauvreté était tenue, exactement de la même manière, comme une déviation par rapport à la Loi. Si un homme était pauvre, ce devait être à cause d'attitudes négatives au moment de penser, de sentir et d'agir. Un homme pauvre était avant tout un homme ignorant de la Loi, un homme qui n'arrivait pas à régler son attitude sur la Loi. Les Esséniens avaient pourtant montré que le monde dispose de toutes choses en abondance, pour le bonheur et l'abondance de tous les hommes. La rareté et la surabondance sont tous les deux des états artificiels, des déviations par rapport à la Loi. Ils produisent le cercle vicieux de la crainte et de la révolte, une atmosphère permanente de discorde, qui affecte les corps pensant, sensible et agissant des riches comme des pauvres, en créant et en entretenant un état d'agitation, de guerre et de chaos. Telle a toujours été l'histoire des sociétés humaines. Les riches comme les pauvres souffrent des conséquences de leurs déviations. Les Esséniens savaient qu'il n'y avait pas d'échappatoire à ce cercle vicieux de l'oppression, de la haine et de la violence, des guerres et des révolutions, à moins de lutter contre l'ignorance des individus. Ils savaient qu'il faut longtemps à un individu pour changer ses idées et sa manière de penser, et pour apprendre à coopérer avec la Loi. C'est pourtant à chaque individu qu'il appartient d'opérer ce changement; personne d'autre ne peut le faire à sa place. Mais les Esséniens étaient aussi persuadés qu'il est possible de faire progresser l'intelligence de la Loi, par la vertu de l'enseignement et de l'exemple. Le mode de vie qu'ils proposaient en modèle était aussi éloigné de la pauvreté que de l'excessive richesse. Ils démontraient dans leur vie quotidienne que si un homme mène une vie conforme à la Loi, s'il cherche à comprendre la Loi et à coopérer de manière consciente avec elle, il ne connaîtra pas le manque. Il sera en position de maintenir une harmonie en toutes choses et dans chacun de ses actes, dans chacune de ses pensées, dans chacun de ses sentiments, et tous ses besoins seront satisfaits. La solution que les Esséniens proposaient pour garantir l'harmonie économique et sociale est valable pour toutes les époques de l'histoire, pour le présent aussi bien que pour le passé. Elle articulait quatre facteurs:

1. S'isoler des lieux de vie chaotiques choisis par la grande majorité des hommes, qui refusent d'obéir à la loi naturelle et cosmique.

2. Mettre en œuvre un système social pratique fondé sur la loi naturelle et cosmique.

3. Communiquer ces idées au monde extérieur par le biais de l'enseignement, et aussi en soignant et en aidant les autres en fonction de leur besoins.

4. Attirer dans les communautés Esséniennes d'autres individus qui se trouvent à un stade d'évolution suffisant pour vouloir coopérer avec la Loi.

Les Esséniens s'étaient retirés des villes et des villages où régnait la discorde. Ils avaient formés des communautés de frères sur les bords des lacs et des rivières, où ils pouvaient vivre et œuvrer en obéissent à la Loi. Ils y avaient établi des système économiques et sociaux fondés intégralement sur la Loi. Il n'y avait ni riche ni pauvre dans leurs fraternités. Nul n'éprouvait la nécessité de posséder quelque chose qu'il ne possédait pas, et nul ne possédait en excès des choses dont il ne faisait pas usage. Ils considéraient les deux situations comme aussi nocives l'une que l'autre. Les Esséniens ont démontré à l'humanité que le pain quotidien de l'homme, sa nourriture et ses besoins matériels, peuvent être acquis sans excès d'effort à travers la connaissance de la Loi. Les règles et les règlements stricts étaient inutiles puisque tous vivaient conformément à la Loi. L'ordre, l'efficacité et la liberté individuelle coexistaient toutes ensemble. Les Esséniens étaient extrêmement pratiques et en même temps, extrêmement spirituels et extrêmement intellectuels. Ils ne faisaient pas de politique et n'adhéraient à aucune faction politique, car ils savaient que le désordre de la condition humaine ne pouvait être changé ni par des moyens politiques ni par des moyens militaires. Ils montraient par l'exemple, que l'exploitation et l'oppression des autres étaient complètement inutiles. Pour beaucoup d'historiens spécialisés en histoire économique et sociale, les Esséniens furent les premiers réformateurs sociaux du monde, au sens plein du mot. Leurs fraternités étaient partiellement communautaires. Chaque membre du groupe avait sa propre petite maison et un jardin assez grand pour y cultiver ce qu'il voulait. Mais il participait également aux activités communautaires chaque fois que sa participation était requise, par exemple pour mener le bétail aux champs, planter ou récolter les culture, par ailleurs généralement pratiquées  de manière extensive. Ils avaient une grande compétence en matière de techniques agricoles, et avaient rassemblé de vastes connaissances sur la vie des plantes, les caractéristiques des sols et les conditions climatiques. Dans des zones pratiquement désertiques, ils arrivaient à faire pousser une grande quantité de fruits et de légumes de la plus haute qualité, et de manière tellement abondante qu'ils dégageaient périodiquement un surplus qu'ils distribuaient aux nécessiteux. Leurs connaissances scientifiques étaient tellement étendues qu'ils pouvaient se permettre de faire tout cela en y consacrant un nombre relativement réduit d'heures par jour, ce qui leur laissait beaucoup de temps pour l'étude et pour leurs pratiques spirituelles. La nature était leur bible. Pour eux, le jardinage était une manière d'étude, une clé pour la compréhension de l'univers tout entier, une pratique qui recelait toutes ses lois, tout comme le corps agissant. Ils lisaient et étudiaient le grand livre de la nature durant toute leur vie, dans toutes leurs communautés, et cette nature était pour eux une source inépuisable de connaissance, aussi bien que d'harmonie et d'énergie. Quand ils bêchaient leurs jardins et alignaient leurs plantations, ils étaient en communion avec les choses qui poussent, avec les arbres, avec le soleil, avec le sol, avec la pluie. C'est de toutes ces forces qu'ils recevaient leur éducation, leur plaisir et leur divertissement. Une des raisons qui explique leur grand succès était leur attitude envers leur travail. Ils ne le considéraient pas comme travail en tant que tel mais comme un moyen d'étudier les forces et les lois de la nature. C'est en cela que leur système économique différait de tous les autres. Les légumes et les fruits qu'ils produisaient étaient des résultats fortuits de leurs activités; leur vraie récompense était la connaissance, l'harmonie et la vitalité qu'ils acquéraient dans le but d'enrichir leurs vies. Le jardinage était pour eux comme un rituel; un silence grand et impressionnant régnais tandis qu'ils oeuvraient, en harmonie avec la nature, créant de véritable royaumes du ciel à l'échelle de leurs fraternités. Leur organisation économique et sociale était seulement un élément de leur système de vie et d'enseignement. Ils la considéraient comme un moyen pour une fin, pas comme une fin en soi. Il y avait ainsi une unité et une harmonie dynamiques dans toutes leurs activités, dans toutes leurs pensées, dans tous leurs sentiments et dans toutes leurs actions. Tous donnaient librement de leur temps et de leur énergie sans regarder les contributions des autres. A travers cette harmonie acquise au sein de chaque individu, l'évolution individuelle progressait de manière constante. Les Esséniens savaient que faire changer les gens, autrement dit l'humanité dans son ensemble, était une tâche qui requérait de nombreuses générations, mais ils envoyèrent dans le monde des maîtres et des guérisseurs issus de leurs fraternités, dont les vies et les actions manifesteraient les vérités qu'ils professaient, et peu à peu, aboutiraient au progrès de la connaissance humaine et du désir de vivre en accord avec la Loi. La fraternité de la Mer Morte, durant des siècles, a ainsi envoyé dans le monde des maîtres tels que Saint Jean-Baptiste, Jean le Bien-aimé et le très grand maître essénien que fut Jésus. Ces maîtres allaient avertir les hommes, à  de très nombreuses reprises, des conséquences que pouvaient avoir les déviations de l'homme, en matière économique et sociale, par rapport à la Loi. Des prophètes, l'un après l'autre, furent envoyés pour avertir des dangers que faisaient encourir les injustices sociales qui existaient autrefois comme elles existent aujourd'hui. Et ces dangers ne menaçaient pas seulement les individus et les groupes coupables de telles déviations, ils menaçaient aussi tous ceux qui aidaient ou , d'une manière ou d'une autre, collaboraient avec les déviants. La masse des hommes n'a pas écouté ces avertissements, car ils n'étaient pas disposés à lutter pour faire progresser leur compréhension de la paix sociale et économique. Seuls les quelques individus les plus évolués reçurent le message. Quelques-uns d'entre eux furent choisis pour travailler dans les fraternités comme exemples de paix et d'harmonie dans tous les aspects de l'existence. Les Esséniens savaient qu'à travers l'effet cumulatif de l'exemple et de l'enseignement, la minorité des hommes qui seraient capables de comprendre et d'obéir à la Loi grandirait à travers les générations pour se convertir, finalement dans la majorité de l'humanité. C'est alors, et seulement alors, que l'humanité connaîtrait la quatrième paix des Esséniens, la Paix avec l'Humanité.

V- LA PAIX AVEC LA CULTURE

La Paix avec la Culture se rapporte à l'utilisation des chefs-d'œuvre de la sagesse de tous les âges, y compris de l'âge présent. Les Esséniens soutenaient que l'homme n'est capable de prendre la place qui lui revient dans l'univers que s'il absorbe le plus possible de connaissances relatives aux grands enseignements, c'est-à-dire les enseignements qui ont été dispensés par des maîtres de sagesse. Conformément à leurs traditions, ces chefs d'oeuvres représentaient un tiers de la somme totale des connaissances. Ils considéraient qu'il y avait trois voix d'accès à la vérité. La première est la voix de l'intuition, celle qu'ont suivie les mystiques et les prophètes. Une autre voix d'accès est celle de la nature, celle choisie par les scientifiques. La troisième est la voix de la culture, celles des chef-d'œuvres de la littérature et des arts. Les Esséniens conservaient dans leurs communautés un grand nombre de précieux manuscrits qu'ils étudiaient sans cesse, selon une méthode qui n'a rien à voir avec celles dont on trouve trace dans les autres écoles de pensée de l'antiquité. Cette méthode d'étude se fondait en effet sur les deux premières voix d'accès à la vérité: l'intuition et la nature. Par intuition, ils s'efforçaient d'appréhender l'intuition originale du maître et ainsi, d'élever leur propre degré de conscience. Par l'observation de la nature, dont les grands maîtres avaient tirés des comparaisons pour communiquer leurs connaissances intuitives aux masses, les Esséniens reliaient leurs propres intuitions aux enseignements des maîtres. C'est par cette comparaison continuelle entre la nature, leurs propres intuitions et les grands chefs-d'œuvre  de la culture que les Esséniens parvenaient à garantir leur propre évolution individuelle. Ils considéraient aussi qu'il était du devoir de tout homme de faire sienne la sagesse contenue dans ces chefs-d'œuvre, de sorte que l'expérience, la connaissance et la sagesse déjà accumulées par les générations précédentes puissent être réutilisées. Sans ces enseignements, le progrès et l'évolution de l'humanité seraient ralentis de beaucoup, puisque chaque génération aurait à repartir de zéro. En termes de culture universelle, à chaque génération l'homme ajoutait quelque chose de neuf à la planète et devenait de la sorte un créateur, un co-créateur avec Dieu. Ainsi, il remplissait sa fonction sur la planète en continuant le travail de la création. La culture universelle revêt une grande valeur pour l'humanité pour deux raisons. D'abord elle représente les idéaux les plus élevés que l'humanité se soit jamais fixé. En second lieux, elle représente une espèce de synthèse intégrale des connaissances que l'homme a pu rassembler sur les problèmes de la vie, et sur les solutions qu'on peut y apporter. Cette somme de connaissance a été créée par des individus hautement évolués, des maîtres qui avaient trouvé en eux la puissance nécessaire pour entrer en contact avec les sources universelles de la connaissance, de l'énergie et de l'harmonie qui existent dans l'océan cosmique de la pensée. On voudra pour preuve de ce contact le fait que les Esséniens étaient parvenus à guider les forces de la nature de manière consciente et selon des modalités que l'on qualifierait aujourd'hui de miracles. Ces manifestations de leur puissance attirèrent à leurs côtés un certain nombre de disciples qui étaient assez avancés dans leur propre évolution pour comprendre la signification profonde de l'enseignement des maîtres. Ces disciples ont essayé de préserver les vérités enseignées en recueillant les paroles de leurs maîtres. C'est là que se trouve l'origine de tous les grands chefs-d'œuvre de la littérature universelle. Les vérités contenues dans ces chefs-d'œuvre sont éternelles. Leur validité est établie une fois pour toutes. Elles proviennent de la source unique, inchangée, éternelle, de toute la connaissance. Les lois cosmiques et naturelles, la nature, la conscience intérieure de l'homme sont identiques aujourd'hui à ce qu'elles étaient il y a deux ou dix mille ans. De tels enseignements n'appartiennent pas à une école de pensée ou à une religion unique. Les Esséniens croyaient qu'il était du devoir de l'homme d'étudier tous les livres sacrés de l'humanité, toutes les grandes contributions à la culture, car ils savaient que tous enseignent la même sagesse sans âge et que les contradictions apparentes s'expliquent par le caractère univoque des commentaires rajoutés postérieurement. Le but de l'étude, pour eux, n'était pas de rajouter tel ou tel fait supplémentaire au stock de connaissances qu'un individu peut déjà posséder. Il s'agit de donner accès aux sources de la vérité universelle. Ils considéraient que, quand un homme lisait un grand livre sacré, les symboles des lettres et des mots eux-mêmes créaient dans le corps pensant de puissantes vibrations et de véritables courants de pensée. Ces vibrations et ces courants de pensée mettaient l'individu en contact avec le corps pensant du grand maître qui avait fait la découverte de telle ou telle vérité. Tout cela mettait à disposition de l'individu une source de connaissance, d'harmonie et d'action qui aurait été inaccessible autrement. Voila quelle est la grande valeur, la signification interne, de la cinquième paix des Esséniens. Ces grands chefs-d'œuvre sont apparus dans des périodes de l'histoire où l'humanité se trouvait plongée dans un grand chaos. Les constantes déviations de l'humanité par rapport à la Loi ont pu sembler aboutir par moments à la confusion et à la rupture, menacer ou provoquer complètement la désintégration de l'ordre, de la société et du mode de vie. C'est dans de telles périodes que sont apparus de grands maîtres, dont la première vertu était de montrer la voie à suivre à leurs peuples. Des maîtres tels que Zoroastre, Bouddha, Moïse, Jésus, ont ouvert de nouveaux horizons et apportés de nouveaux espoirs à l'humanité. Ils ont dispensés leurs enseignements sous deux formes. Le premier enseignement consistait en paraboles tirées de la nature, des images qui pouvaient être comprises par tout à chacun. Le deuxième enseignement, qui n'était dispensé qu'à une petite minorité de disciples évolués, était transmis directement de la conscience du maître à la conscience du disciple. Le premier enseignement était contenu dans les livres exotériques et les historiens s'en réfèrent comme aux traditions écrites. L'autre enseignement était dit "tradition non écrite", et correspondait à l'enseignement ésotérique consigné par les disciples pour eux-mêmes, non pour la masse du peuple. Mais même les disciples non pas toujours bien compris la sagesse des maîtres et ne l'ont pas toujours interprétée correctement. Très peu, ce qui s'appelle très peu de livre contemporains recueillent les enseignements exactement tels que les maîtres les ont dispensés. Des milliers de personnes écrivent des livres aujourd'hui et des milliers de milliers de livres sont édités tous les ans. Avec une telle production de pages, il est inévitable que la grande majorité de ces publications soit de qualité médiocre, même les meilleures de celles qui proclament de pseudo "profondes vérités". En même temps, l'homme moderne consacre de moins en moins de temps à la lecture, et ce temps est surtout consacré à un matériel imprimé éphémère et généralement sans valeur, tandis que les chefs-d'œuvre accumulés au cours de l'histoire se remplissent de poussière sur les étagères des bibliothèques. Avant l'invention de l'imprimerie, seuls les manuscrits auxquels on reconnaissait une grande valeur intrinsèque étaient préservés. Seuls les livres extraordinaires étaient publiés. L'homme moyen ne savait ni lire ni écrire.  Les difficultés que l'on rencontrait alors pour acquérir des connaissances étaient énormes. Les déplacements vers les centres d'apprentissage comportaient de grands dangers, en raison de la situation politique instable dans la plupart des pays et du caractère primitif des conditions de transport. Les étudiants devaient effectuer de nombreuses années d'apprentissage avant d'être considérés comme dignes d'acquérir des connaissances, et ils devaient ensuite consacrer d'autres longues années à l'acquisition de ces connaissances. Les difficultés matérielles qu'il fallait vaincre pour publier un manuscrit étaient également très grandes. Du fait de ces obstacles, seules quelques œuvres, dues à de vrais génies, étaient mises à disposition des générations futures, et celles qui survivaient à cette espèce de sélection naturelle représentaient véritablement des échantillons d'une sagesse extrême. Les Esséniens soutenaient que la culture de l'humanité ainsi définie représentait le tiers de toute la sagesse disponible; ils considéraient qu'elle était nécessaire à l'évolution de l'homme. C'était la seule manière d'acquérir une intelligence intégrale des lois de la vie, par le contact avec l'océan cosmique de la pensée. Ce contact, à travers le corps pensant éternel de tel ou tel grand maître, constitue le but sacré et le privilège inestimable de la paix et de l'harmonie avec la culture.

VI- LA PAIX AVEC LE ROYAUME DE LA MERE TERRESTRE

La sixième paix enseigne l'harmonie avec les lois de la nature terrestre, autrement dit, le royaume de la Mère Terrestre. L'unité de l'homme et de la nature est le principe de base de la science Essénienne de la vie. L'homme est une partie intégrale de la nature. Il est gouverné par les lois et les forces de la nature. Sa santé, sa vitalité et son bien-être dépendent de son degré d'harmonie avec les forces de la terre; et le degré d'harmonie de chaque individu, de chaque nation et de l'ensemble de l'humanité sera toujours en rapport direct avec l'observation par les hommes des lois terrestres. L'histoire universelle prouve que c'est en suivant la grande loi de l'unité entre l'homme et la nature que chaque nation à atteint son point le plus haut développement. Le moment d'épanouissement de la vitalité et de la prospérité des nations a toujours coïncidé avec le moment où les peuples ont mené une vie vouée simplement à la coopération avec la nature. Mais quand la nation ou la civilisation dévie de l'unité, elle se désagrège et disparaît inévitablement. Cette unité de l'homme et de la nature n'a jamais été aussi fortement transgressée qu'aujourd'hui. Les cités bâties par l'homme moderne sont en désaccord complet avec la nature. Les murs de pierre et de béton des villes sont des symboles de  la séparation de l'homme d'avec la nature, de son mode de vie agressif, avec son besoin de subjuguer les autres ou d'établir avec eux une relation de compétition constante. Sa vie actuelle, qui est centralisée, technique et mécanisée, crée un abîme qui le sépare de la nature, un abîme qui n'a jamais été aussi large et aussi profond. L'unité avec la nature est la base de l'existence de l'homme sur la planète. C'est le fondement de tous les systèmes économiques, de tous les rapports sociaux entre les groupes de personnes. Sans elle, la civilisation actuelle comme celles du passé, est condamnée à aller vers le déclin et l'affaiblissement. Les Esséniens tenaient cette loi de l'unité comme la norme de la vie quotidienne de l'homme dans l'univers matériel. L'humanité avait déjà la connaissance de cette grande loi dans les temps précédant le cataclysme du pléistocène. Selon les traditions basées sur des hiéroglyphes sumériens inscrits il y a environ dix mille ans, la vie de l'homme antédiluvien se déroulait principalement dans les forêts, et était inséparable de la vie de la forêt. Cet homme est appelé par les scientifiques "homo sapiens sylvanus". Les arbres géants de cette époque, haut de plusieurs centaines de pieds, non seulement fournissaient aux hommes des abris mais régulaient aussi la température et l'humidité de l'atmosphère. Ils fournissaient à l'homme sa nourriture sous forme de fruits produits en abondance. L'occupation principale de l'homme était les arbres. Non seulement il les cultivait et en prenait soin, mais il créait de nouvelles variétés produisant de nouvelles sortes de fruits. Il était un grand arboriculteur qui vivait en harmonie avec toutes les forces de la nature. Il collaborait avec elle de toutes sortes de manières, à la fois en étendant les surfaces boisées et en s'abstenant de nuire aux arbres. Cet homme antédiluvien, de l'âge de la forêt, dépourvu de toute technique, était une démonstration presque parfaite de la grande loi de l'unité et de l'harmonie entre l'homme et la nature. Dans la philosophie de tous les enseignements anciens (sic), l'unité de l'homme avec les forêts était une caractéristique de base. L'idée de l'unité de l'homme et la nature a inspiré de grands penseurs, de grands philosophes et des systèmes entiers de pensée Zoroastre a fondé sur cette idée une grande partie de son enseignement, contenu dans le Zend Avesta. Il cherchait à renouveler les anciennes traditions et à ramener l'homme à ce mode de vie harmonieux, fondé sur la collaboration avec la nature terrestre. Il enseignait à ses disciples qu'il était de leur devoir de maintenir en l'état les terrains fertiles, d'étudier l'art du jardinage et toutes les lois de la nature, de collaborer avec ses forces pour améliorer l'ensemble du royaume végétal et de l'étendre sur la surface de la terre tout entière. Il invitait ses disciple à participer activement au développement de tous les aspects de la nature terrestre: les plantes, les arbres et tous leurs produits dérivés. C'est dans ce but qu'il encourageait tous les pères à planter un arbre fruitier à chaque anniversaire de leurs enfants, et à l'occasion de leur vingt-et-unième anniversaire, à faire aux jeunes adultes le don de vingt et un arbres fruitiers en même temps que de la parcelle sur laquelle ils avaient grandi. Cela devait être l'héritage de chaque enfant. Le père était aussi tenu d'enseigner à ses enfants toutes les lois du jardinage et de la collaboration pratique avec la nature, de sorte qu'ils puissent satisfaire à tous leurs propres besoins futurs. L'existence idéale pour l'homme, selon Zoroastre, est celle du jardinier qui est constamment en contact avec le sol, l'air, le soleil et la pluie, c'est-à-dire avec les forces de la nature, et qui peuvent en étudier les lois. Zoroastre considérait que l'étude du grand livre qu'est le livre de la nature constituait le premier pas à faire pour créer la paix et l'harmonie dans le royaume de la mère terrestre.L'enseignement de cette unité entre l'homme et la nature est apparu en Inde juste après le Zend Avesta, dans la philosophie védique du brahmanisme, dans les Upanisads, et plus tard dans l'enseignement de Bouddha. La loi brahmanique de l'Un, "Tu ES Cela" (Tat Tvam Asi) exprimait l'unité de tout ce qui existe, de l'univers, de l'homme, de la nature. Les sages de l'Inde étaient des hommes de la forêt, vivant en harmonie complète avec toute la création. Berosus, le prêtre chaldéen, a bien décrit cette vie naturelle dans la forêt. Mais c'est le deuxième chapitre de l'Evangile Essénien de Jean qui contient l'expression la plus complète et la plus poétique de l'unité entre l'homme et la nature; là Jésus emprunte l'ensemble de son vocabulaire au champ sémantique de la nature pour montrer que l'homme fait intégralement partie de cette nature. C'est Jésus qui a lancé le dernier avertissement concernant cette unité entre l'homme et de la nature et la nécessité qu'il y a d'y revenir. L'homme antédiluvien, l'homme Zoroastrien, le brahmane, le bouddhiste, les Esséniens, tous considèrent que la forêt et la nature sont l'ami et le protecteur de l'homme, la mère satisfaisant tous ses besoins terrestres. Ils ne la considèrent jamais comme une force étrangère à combattre et à conquérir, comme le fait l'homme moderne. Les deux symboles, la forêt et le mur en pierre, résument la différence radicale qui sépare les conceptions antiques et modernes de la nature, entre la coopération harmonieuse et paisible d'une part, et d'autre part les murs de pierre des villes, la destruction de la flore, du sol et du climat. L'homme doit aujourd'hui, plus qu'à aucun autre moment de son histoire, apprendre à vivre en harmonie et en paix avec la nature. Dans d'énormes régions de la terre, son action détériore la couverture végétale jusqu'à la faire disparaître. Jamais auparavant les forêts n'avaient subi une telle déprédation, non seulement dans un ou deux pays mais sur les cinq continents. Par suite de ce manque de coopération avec la nature, les surfaces désertiques augmentent dans le monde, la sécheresse est de plus en plus fréquente, les inondations inondent périodiquement la terre ferme. Il y a une détérioration indubitable du climat; des périodes de froid excessif, puis de canicule, des hordes croissantes d'insectes parasites ruinent les récoltes dans le monde entier. Au lieu de suivre la noble tradition des Esséniens, l'homme contemporain méconnaît la grande loi de l'unité et de la coopération avec la nature, et semble condamné à détériorer son héritage, car il refuse de lire le grand livre ouvert de la nature qui recèle toutes les lois de la vie et montre à l'homme la voie du bonheur croissant. Les enseignements esséniens contiennent la seule manière d'organiser la vie de l'homme sur cette planète, le seul fondement possible pour une humanité saine, pour la paix dans le royaume de la Mère Terrestre.

VII- LA PAIX AVEC LE ROYAUME DU PERE CELESTE

Cette paix, la septième, inclut tous les autres aspects de paix. Le royaume du Père Céleste est l'univers, le cosmos entier. Il est gouverné par la Loi Unique, la somme de toutes les lois. Le Père Céleste est la Loi. La Loi est partout présente. Elle est derrière tout ce qui est manifeste et tout ce qui est caché. Une pierre tombe selon la Loi, une montagne s'élève selon la Loi, les mers fluctuent selon la Loi. C'est conformément à la Loi que le système solaire est né, évolue et disparaît. Les idées, les sensations, les intuitions vont et viennent dans la conscience de l'homme, conformément à la Loi. Tout ce qui est concret ou abstrait, matériel ou immatériel, visible ou invisible, est gouverné par la Loi, par la Loi Unique. La Loi n'a pas plus de forme qu'une équation mathématique n'a de forme. Pourtant elle contient toute la connaissance, l'amour, toute la puissance. Elle manifeste éternellement toute la vérité et toute la réalité. Elle est le maître et l'ami de l'homme, elle est ce qui lui montre tout ce qu'il doit faire, tout ce qu'il doit savoir, tout ce qu'il doit être pour évoluer vers ce qu'il devra être un jour. La Loi guide l'homme vers la solution de chaque problème, elle l'aide à surmonter chaque obstacle, en lui donnant toujours la solution parfaite. La paix avec la Loi signifie la paix et l'harmonie avec l'océan cosmique de toutes les forces cosmiques présentes dans l'univers; C'est à travers cette paix que l'homme entre en contact avec tous les courants et tous les rayonnements supérieurs de toutes les planètes présentes dans l'espace cosmique. C'est à travers elle qu'il devient capable de prétendre à la réalisation de son unité avec toutes les forces présentes dans l'univers, celles présentes sur la terre et celles présentes sur toutes les autres planètes du système solaire et sur celles de tous les systèmes galactiques. C'est par cette paix qu'il peut s'unir aux valeurs les plus élevées de l'univers. C'est cette paix qui éveille l'intuition intérieure des mystiques et des prophètes. C'est par cette paix que l'homme entre en contact avec son créateur. Cette paix accomplie l'évolution de l'homme.  Elle lui apporte le bonheur total. C'est son objectif final. L'homme est une partie de la totalité de l'univers. Il forme une unité non séparé du tout. Il se pense indépendamment de l'univers parce qu'il a pris conscience de lui-même en tant qu'individu. Il est devenu conscient de lui-même et c'est centré sur lui-même, mais cela n'a rien à voir avec l'égocentrisme lié à l'instinct de conservation. Ce sentiment de séparation provoque la prise de conscience par l'homme d'un manque, d'une limitation. En pensée, il s'est mis à l'écart de l'abondance de l'univers, il s'est fermé à la Source de toutes les ressources. Or ces ressources sont matérielles et immatérielles, elles satisfont les besoins tangibles, visibles, de la vie quotidienne, elles fournissent les ressources universelles en termes d'énergie, de vitalité et de puissance, dont la plus importante reste l'amour. Les Esséniens considéraient que l'homme est pris dans un champ des forces, à la fois terrestres et planétaires, et que son évolution individuelle dépend du degré avec lequel il coopère avec ces forces. Mais il y a d'autres forces d'un ordre supérieur avec lesquelles il est encore plus important qu'il soit en harmonie. Il s'agit là des courants spirituels en œuvre dans l'océan cosmique de la conscience cosmique. Ces courants plus élevés ne se mélangent pas avec les courants terrestres et les courants planétaires. C'est par ces propres efforts, par sa volonté propre, que l'homme doit accéder à cet océan cosmique de la vie universelle. C'est ainsi et seulement ainsi qu'il peut réaliser son unité avec la Loi. Pour comprendre clairement ce que cela signifie, il faut considérer l'univers dans son ensemble et comprendre qu'il s'agit d'une totalité qui englobe toutes ses parties, tout l'amour, toute vie, toute la connaissance, toute la puissance, toute la substance. L'univers est la somme de toutes les substances, parce que c'est à partir de l'univers que toutes les choses sont formées. C'est la somme de l'amour qui est omniprésent, car l'amour est la source suprême et la force cohésive qui unit l'univers dans toutes ses parties. L'homme ne peut pas plus s'extraire de cette totalité qu'une cellule de son corps ne peut être indépendante de ce corps. Les Esséniens distinguaient trois parties dans l'homme: le corps matériel, le corps sensible et le corps pensant. Mais ils étaient conscients que ces trois parties ne recouvraient pas une division réelle car elles sont les trois parties d'un tout. Et le corps spirituel, d'une nature plus élevée, ne fait qu'un avec tout le reste de l'univers. Si l'homme n'arrive pas à comprendre ce que cela signifie, cela provoque un ensemble infiniment compliqué de limitations fallacieuses. Non seulement il se met à lui-même des obstacles pour ce qui est de la satisfaction de ses besoins, mais aussi pour ce qui est de ses capacités, de ses compétences, de ses facultés de penser, de sentir et d'agir. Il vit une vie médiocre en raison de ces limitations fallacieuses qu'il se fabrique à lui-même inutilement. La science moderne, qui a montré que l'homme n'exploite qu'une partie de ses capacités, ne fait que corroborer cet état de fait. Les enseignements Esséniens contenaient déjà cette idée que la cause  de cette situation était cette séparation dans laquelle l'homme vivait vis-à-vis de l'univers, autrement dit, le fait qu'il s'imposait à lui-même des limitations qui n'étaient qu'autant de résultantes de ses déviations par rapport à la Loi. La Paix avec le royaume du Père Céleste n'est donc possible que

dans la mesure où l'homme élimine ces déviations et apprend à coopérer avec la Loi, et établit la paix et l'harmonie avec chacun des aspects de la Paix aux Sept Chemins, avec les corps agissant, pensant et sensible, avec la famille, l'humanité, la culture et  la nature. Ce n'est qu'ainsi qu'il peut connaître la septième paix, la paix totale. Les Esséniens prêchaient cette paix aux hommes afin qu'ils puissent surmonter toutes les limitations et entrer en contact avec leur Source universelle, la même source à laquelle les grands maîtres, tout au long de l'histoire, ont uni leur conscience, en délivrant leurs messages intuitifs, en montrant aux hommes comment devenir conscient de la loi, comment comprendre, comment travailler avec elle, et comment la manifester dans l'action. L'histoire entière de l'humanité est l'histoire des limitations que l'homme s'impose à lui-même et des efforts qu'il a fournis pour les surmonter. Ces efforts ont été le fait d'individus, de groupes, de nations, et cela, même à un niveau planétaire. Mais ils ont presque toujours été fournis de manière négative, discordante, aboutissant à des conflits et à d'autres déviations par rapport à la loi. Et en conséquences, ces efforts ont fini par précipiter l'homme dans de nouvelles limitations, de nouvelles discordances et de nouvelles césures mentales d'avec la Source. Le royaume du Père Céleste est toujours ouvert à l'homme. Son retour à la conscience universelle, à la source universelle, est toujours possible. Une fois qu'il prend la décision d'effectuer ce retour et de s'y consacrer avec opiniâtreté, il peut toujours revenir à la Source, au Père Céleste, dont il est issu et dont il n'a jamais été en réalité séparé. La grande paix des Esséniens enseigne à l'homme comment revenir en arrière, comment faire le dernier pas pour s'unir à l'océan cosmique dans lequel sont venus se fondre les rayonnements supérieurs de l'univers entier, et comment réaliser une union complète avec le Père Céleste, avec la totalité de la Loi, la Loi Unique.Tel était le but dernier des Esséniens, telle était la paix qui gouvernait chacune de leurs pensées, chacun de leurs sentiments et chacune de leurs actions. Tel est le but dernier que l'humanité entière, un jour, atteindra.

LE VŒU AUX SEPT CHEMINS

Le vœu que les néophytes devaient prononcer avant de recevoir les paroles des Communions était divisé en sept parties, conformément au caractère sacré du chiffre sept chez les Esséniens. Ce vœu était le suivant:

1. Je veux faire de mon mieux et je ferai de mon mieux pour vivre comme l'Arbre de Vie, planté par les grands maîtres de notre Fraternité, aux côtés de mon Père Céleste qui a planté le jardin Eternel de l'Univers et qui m'a donné mon esprit; aux côtés de ma Mère Terrestre qui a planté le Grand Jardin de la Terre et qui m'a donné mon corps; aux côtés de mes frères qui oeuvrent dans le Jardin de notre Fraternité.

2. Je veux faire de mon mieux et je ferai de mon mieux pour célébrer chaque matin mes Communions avec les anges de la Mère Terrestre, et chaque soir avec les anges du Père Céleste, comme l'ont établi les grands maîtres de notre Fraternité.

3. Je veux faire de mon mieux et je ferai de mon mieux pour suivre la voie de la Paix aux Sept Chemins.

4. Je veux faire de mon mieux et je ferai de mon mieux pour perfectionner mon Corps agissant, mon Corps sensible et mon Corps pensant, conformément aux enseignements des grands maîtres de notre Fraternité.

5. J'obéirai toujours et partout, avec respect, à mon Maître, qui me donne la lumière des Grands Maîtres de tous les temps.

6. Je me soumettrai à mon Maître et j'accepterai sa décision quant aux différends et aux plaintes que je pourrai avoir à l'encontre de l'un ou de l'autre de mes frères qui oeuvrent dans le jardin de notre Fraternité; et je ne me plaindrai jamais contre un de mes frères dans le monde extérieur.

7. Je garderais toujours et partout le secret sur les traditions de notre fraternité telles que mon Maître me les aura enseignées; et je ne révélerai jamais à personne ces secrets sans la permission de mon Maître. Je ne réclamerai jamais comme mienne la connaissance que j'aurai reçue de mon Maître et je lui accorderai toujours le crédit de toute cette connaissance. Je n'emploierais jamais la connaissance et la puissance que j'aurai acquises au contact de mon Maître pour des buts matériels ou égoïstes. 

Au lever du jour

J'embrasse ma Mère,

A la tombée de la nuit,

Je rejoins mon Père,

Et à l'occasion de chaque soir et de chaque matin,

Je respirerai Leur Loi,

Et je me garderai d'interrompre ces Communions

Jusqu'à la fin des temps. 

Tiré du Manuel de Discipline des Manuscrits de la Mer Morte 

Source : l’Enseignement des Esséniens, d’Hénoch aux manuscrits de la Mer Morte. Textes Hébreux et Araméen

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