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spiritualite

La doctrine et la philosophie de Zoroastre

6 Novembre 2012 , Rédigé par Dr. Bahram Varza Publié dans #spiritualité

Il existe actuellement quelque 200 000 zoroastriens à travers le monde dont la plupart, soit environ 100 000, vivent en Inde où ils sont connus sous le nom de persans. La plupart d’entre eux se sont émigrés en Iran au cours du IXe siècle, suite aux persécutions qu’ils subissaient de la part des Iraniens ignorants. Aujourd’hui encore, les Iraniens ignorent les fondements et les principes du zoroastrisme et considèrent les adeptes du zoroastrisme comme des adorateurs du feu, des impurs, au même titre que les juifs et les chrétiens. ( voir le Koran Sura 9 "Al Tauba" Ayeh 5 et 29 et 123)
Les Occidentaux ignorent encore davantage le zoroastrisme et leur seule référence au Zoroastre, reste l’ouvrage de l’éminent philosophe allemand, Nietsche, et son ouvrage, Ainsi dit Zaratustra. Compte tenu de ce qui vient d’être dit, il convient de décrire cette philosophie à la quelle croyaient les ancêtres des Iraniens et qui constituait, durant des siècles, les fondements de leur système de vie et de leur culture. Ceci permettra également d’étaler la véritable essence de la philosophie et de la doctrine de Zoroastre et de rejeter les préjugés dont elles en sont victimes.

Le premier monothéisme du monde relaté par l’histoire était-il une philosophie ou une religion ?

Il est relativement facile de répondre à cette question. En effet, une simple recherche à travers la doctrine de Zoroastre permet de constater que ce penseur ne s’est jamais présenté comme un intermédiaire entre Dieu et les êtres humains. Il n’a jamais prétendu être un prophète ayant des contacts avec un Dieu dont le territoire s’étale sur 36 milliards d’années-lumière. Pour avoir une idée des dimensions de ce territoire, il faut indiquer que la vitesse de la lumière est de 300 000 km par seconde et que la lumière traverse 946 trillions de kilomètres par an. L’étendue de ces chiffres dépasse l’esprit humain. Il suffit simplement d’indiquer que pour atteindre le chiffre de 36 milliards un compteur doit fonctionner sans arrêt pendant 1000 ans. Zoroastre n’a jamais établi des préceptes détaillés pour ses adeptes, il leur a seulement fourni des directives générales, leur laissant le soin de distinguer, de par leur intelligence, la bonne action et de découvrir eux-mêmes l’existence du Créateur ayant créé la terre et le ciel. Par conséquent, si on considère un prophète comme adjoint de Dieu, Zoroastre n’en a pas été un, et sa doctrine ne peut être considérée comme une religion. En revanche, il a été un penseur qui, par son intelligence, a découvert l’existence de Dieu sans pour autant prétendre être son porte-parole.

L’époque et le lieu de vie de Zoroastre

La disparition des documents historiques, en particulier après les invasions d’Alexandre et des Arabes et la destruction des bibliothèques, a fait que nous ne possédons pas de preuves irréfutables concernant l’époque et le lieu de vie de Zoroastre. Dans le passé, certains chercheurs prétendaient qu’il vivait 6000 ans av. J.-C. Aujourd’hui on avance le chiffre de 4000 ans. Son lieu de naissance n’est pas connu même si certains chercheurs avancent l’idée qu’il vivait dans une des villes de Khorassan, Nichabour, Balkh ou Harat.
Il s’avère des Gathas, seuls vestiges des poèmes de Zoroastre, que, persécuté par les religieux de son époque, il dut quitter son lieu de naissance pour se réfugier auprès d’un des souverains de l’époque, Gashtasb, où il put convaincre ce dernier de monothéisme.

Quels ont été les raisons de la révolte de Zoroastre contre les croyances et les rites religieuses de son époque, c’est-à-dire contre le mithraïsme ?

A travers les tablettes datant de l’époque de Cyrus le Grand, imprégnée de la pensée de Zoroastre, on peut apercevoir qu’il considérait Ahuramazda comme créateur de la terre et du ciel et l’adorait. De même, selon le témoignage de Hérodote, historien grecque, les Iraniens de l’époque étaient monothéistes et critiquaient le polythéisme. Ceci constitue la raison du soulèvement de Zoroastre contre le mithraïsme, religion des Iraniens avant lui et qui n’était pas monothéiste. De même il haïssait la tradition de sacrifice des animaux, très courant dans le mithraïsme. Il condamnait également la consommation de boissons enivrantes “ Haoma ” qui empêche l’homme de réfléchir avec clarté et qui avait cours dans le mithraïsme. Pour ces raisons, muni de sa philosophie et de sa doctrine, Zoroastre se souleva contre le mithraïsme.

Les fondements de la doctrine de Zoroastre

Zoroastre a fondé sa doctrine sur la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action. Il s’était rendu compte que toute l’évolution du monde était basée sur l’action et la réaction. Car la réponse à toute attitude charitable était la bonne action. Par conséquent dans la société si les gens s’adonnent à la bonté ils ne récolteront que la bonté et s’ils se livrent à la méchanceté, ils seront envahis par le mal. Par conséquent un voleur ne doit pas s’étonner à devenir lui-même victime de vol et subir la rancune. Zoroastre n’a jamais adoré un Dieu qui aurait instauré sur terre son appareil de commerce, échangeant des parcelles du paradis avec ses créatures. Son créateur n’est pas un marchand et n’a nul besoin de l’adoration de ses créatures. Le Créateur de Zoroastre est le guide de ses créatures pour qu’ils connaissent une existence agréable, remplie de bonté. C’est pourquoi la doctrine de Zoroastre est fondée sur la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action. Et parce que dans cette doctrine toute personne munie de la bonne pensée doit choisir librement la juste voie, et que la culture et l’intelligence de l’homme constitue la partie la plus importante de la bonne pensée, par conséquent, les adeptes de cette doctrine doivent se forcer à acquérir les sciences et la culture de leur époque. Ainsi, la philosophie et la doctrine de Zoroastre resteront à jamais dynamiques et à l’abri de toute tendance rétrograde.

Fravahr

Fravahr est un des symboles de la doctrine de Zoroastre. Très succinctement, on peut indiquer que Fravahr est l’esprit de l’homme pré-existant à sa naissance et qui perdurera après sa mort. Il ne peut se substituer au Dieu ou à Ahouramazda. Certains auteurs ne veulent pas admettre que, contrairement à la plupart des religions, Zoroastre n’a pas conçu une figure ou une statue pour le Créateur. Aucune partie des Gathas ne fait allusion au visage de Ahuramazda. Dans Yasna 31, 8, il affirme :

“ Ô Mazda, lorsque je t’ai cherché avec mon intelligence et je t’ai regardé avec mon cœur, j’ai compris que tu es le début et la fin de toute chose, tu es la source de l’intelligence, tu es le créateur de la vérité et de la pureté et tu es le juge des actes de tous. ”

Pour assouvir leurs objectifs douteux, ces auteurs qualifient le zoroastrisme d’idolâtrie, utilisant pour argument les tablettes attribuées à un roi sassanide vivant mille ans après Zoroastre.

Il conviendrait que ces chercheurs se penchent sur les écrits de Hérodote, historien grec qui vivait environ 500 ans av. J.-C. Dans son Livre I, chapitre 131, Hérodote écrit :

“ La fabrication d’idoles et la construction de maisons de Dieu sont indécentes en Iran. Ceux qui contreviennent sont traités d’ignorants. À mon avis, contrairement aux Grecs, les Iraniens n’étaient pas attachés aux idoles ”.

Fravahr comportant deux portraits : Sépanta Minou, symbole du bien et Ankaré Minou, symbole du mal, certains ont cru que c’est Ahuramazada qui est en lutte contre Ankaré Minou. Il va de soi qu’un telle conception, fondement de la pensée de Zarvan ne correspond nullement à la philosophie et à la doctrine de Zoroastre et leur porte préjudice. De même certains écrivains reconnaissent Avicenne en tant que savant arabe, tandis que la plupart garde le silence sur le fait que ce fut Darius le Grand qui ordonna de creuser le Canal de Suez. Comme si la pensée iranienne dans le domaine des sciences et de la philosophie était incapable d’atteindre un tel summum.

La description de Fravahr

Il n’existe aucun document historique relatif à Fravahr à l’exception des sculptures retrouvés sur les tablettes de l’Iran antique comme celle de Takht-é-Dhamshid. Par conséquent, nous sommes obligés de nous référer aux paroles des anciens qui nous ont été transmises à travers les siècles.

1) Le visage de Fravahr ressemble à la figure humaine, ce qui est le signe de son attachement à l’être humain.
2) Il comporte deux ailes latérales chacune comportant trois rangées de plumes, symboles de “ la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action ” signes du dynamisme, de l’envol et du progrès.
3) Sa partie inférieure comporte trois éléments, symboles de “ la pensée, la parole et l’action mauvaises ” sources de la décadence de l’homme.
4) Fravahr comporte sur les deux côtés deux spires, symbole des deux forces : Sépanta Minou et Ankaré Minou. La première est dirigée vers le visage et la seconde est située derrière elle. Ceci constitue une autre référence au fait que nous devons nous avancer vers le bien et avoir le dos tourné au mal.
5) Au milieu de Fravahr est tracé un cercle, symbole de l’éternité de l’esprit.
6) Une main de Fravahr est dirigé vers le haut, symbole de l’effort pour atteindre le sublime.
7) Dans son autre main, il détient un anneau dont certains pensent qu’elle exprime l’importance accordée dans cette philosophie à l’alliance et à la fidélité en elle.
Dans la doctrine de Zoroastre, Fravahr ou l’esprit de l’homme comporte deux symboles du bien et du mal. Chacun doit s’efforcer de renforcer la puissance de son Sépanta Minou au détriment de Ankaré Minou. C’est à travers cette lutte que l’esprit humain pourra trouver sa perfection. Par ailleurs, le cercle étant symbole de l’éternité de l’esprit, on peut en conclure que plus les hommes s’efforcent de perfectionner leur esprit, plus celui-ci se trouvera à un niveau élevé dans un autre monde. C’est sur la base de ce précepte, que les Iraniens antiques rejetaient l’idée de deuil, de pleurs et de tristesse pour la disparition de leurs proches. En effet, si on admet que Fravahr ou l’esprit de nos proches entrent dans un monde supérieur après avoir quitté celui que nous connaissons, il faut s’en réjouir même si cette disparition reste amère pour les survivants. Ainsi, dans la doctrine de Zoroastre, chaque personne répond de ses actes en vertu de la nature de son Fravahr. C’est en vertu de cette pensée sublime que Cyrus le Grand ou la plupart des souverains de l’Iran antique, et l’histoire en témoigne, n’ont pas voulu admettre par la force la pensée de Zoroastre aux peuples. Au contraire, ils ont laissé aux peuples le libre choix de leur foi et l’ont respecté. C’est sur la base de cette doctrine que la Charte des droits de l’homme de Cyrus le Grand lors de la conquête de Babylone stipulait : “ Je n’ai autorisé personne à malmener le peuple et détruire la ville. J’ai ordonné que toute maison reste indemne, que les biens de personne ne soient pillés. J’ai ordonné que quiconque reste libre dans l’adoration de ses dieux. J’ai ordonné que chacun est libre dans sa pensée, son lieu de résidence, sa religion et ses déplacements, que personne ne doit persécuté autrui. ”

L’immortalité de Zoroastre

Comme nous l’avons indiqué, le fondement de la doctrine de Zoroastre est constitué par la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action.

À propos de la sincérité chez les Iraniens antiques, on peut lire dans le chapitre 136 du Livre I de Hérodote :

“ Entre l’âge de 5 ans et jusqu’à 20 ans, leurs fils apprennent trois choses, la cavalerie, le tir et la sincérité. ”

De même dans le chapitre 138 :

“ Ils ne prononcent jamais de paroles grossières et ne considèrent rien pire que le mensonge ; après le mensonge, c’est le prêt qu’ils détestent, car ils pensent que ceux qui empruntent seront obligés parfois de mentir ”.

Etant donné que dans la doctrine de Zoroastre toute personne doit répondre de ses actes par la bonne pensée, et que la bonne pensée est directement liée à la culture, par conséquent les adeptes de cette doctrine doivent se soustraire à mettre en œuvre une parole quelconque de Zoroastre qui ne correspondrait pas à la science moderne. Cela constitue un autre aspect des points forts de la pensée de Zoroastre. Cependant, comme le témoignent l’histoire et les spécialistes de cette doctrine, la plupart des préceptes de Zoroastre sur la morale collective et les liens qui attachent les hommes restent encore aujourd’hui d’actualité, alors que la plupart des religions ne leur pas accordé d’importance. Par exemple :
1) L’égalité des hommes et des femmes a été soulignée à maintes reprises dans les Gathas et réalisée dans l’histoire de l’Iran antique par l’avènement au pouvoir de femmes telle que Pourandokht. Il est utile de signaler qu’en 1994, lors de la dernière réunion des pays membres de l’Organisation des Nations-Unies, autour du thème de la “ surpopulation ”, “ l’égalité entre les hommes et les femmes ” a été relevée en tant qu’un des moyens pour enrayer ce danger.
2) Préserver la pureté de l’eau, de la terre, de l’air et du feu est un autre précepte des adeptes de cette doctrine. Dans le chapitre 138 du Livre I, Hérodote souligne le souci des Iraniens à préserver la pureté de l’eau.
3) L’esclavage et la soumission de l’être humain, parfois présents dans d’autres religions, sont complètement rejetés dans la doctrine de Zoroastre.
4) Cette doctrine met l’accent sur l’importance de la récolte. Elle rejette toute idée de la paresse comme il a été souligné dans de nombreux Gathas. La paresse, vivre au crochet d’autrui, vol le bien d’autrui sont fortement condamnés. Quiconque contreviendrait ce précepte serait considéré comme oppresseur et tout le monde a pour devoir de résister face à ces oppresseurs et à lutter pour libérer l’oppressé des mains de l’oppresseurs. Chacun doit vivre suivant ses efforts et bénéficier de sa propre récolte.
5) L’idolâtrie, l’adoration de la pierre ou tout autre lieu construit, sont prohibées dans la pensée de Zoroastre. La maison de Dieu n’est pas celle construite par l’homme mais le cœur et l’esprit de ce dernier.
6) La doctrine de Zoroastre n’admet aucune oppression à l’égard des hommes, elle prêche même qu’il faudrait se soulever pour l’éliminer. De même elle n’accepte pas celle commise à l’égard des animaux et considère leur sacrifice comme un crime des hommes à l’égard des animaux.

L’importance de la lumière et du feu dans la doctrine de Zoroastre

Dans cette doctrine, la lumière et le feu, l’élément le plus pur sur la terre et qui ne peut être sali d’aucune manière, est choisi comme le symbole d’Ahuramazda. C’est ainsi que certains, par ignorance ou par supercherie ont intitulé la doctrine de Zoroastre en tant que celle de l’adoration du feu afin de passer sous silence son aspect monothéiste. Il convient de souligner que ces mêmes ignorants qui veulent limiter la doctrine de Zoroastre en une adoration du feu, admettent eux-mêmes l’importance de la lumière et du feu et allument des bougies dans “ la maison de leur Dieu ”, de même que leur Livre relate la perspicacité du choix de la lumière et du feu.

Le miracle

Le miracle, c’est-à-dire la supercherie, est le fondement de nombreuses religions, propagés par les marchands de religion en vue d’attirer les peuples vers leur commerce. La propagation de l’idée du miracle à travers le temps est un facteur qui finit par ôter toute possibilité de réflexion aux adeptes de ces religions. Il est étonnant de constater que certaines personnes qui, par ailleurs, dans des domaines scientifiques occupent des rangs élevés, et relèvent avec facilité et perspicacité les supercheries des autres religions, sont souvent incapables d’étudier profondément leurs propres croyances religieuses et d’y déceler les vérités. Le lavage de cerveau qu’elles ont subi par les marchands de religion a fait qu’ils admettent dans le domaine de leurs croyances religieuses, des pensées erronées, sans valeur et superstitieuses qui n’ont aucun lien avec la connaissance et la culture. Quant à la question du “ miracle ” dans la doctrine de Zoroastre, il faut souligner que certains adeptes de cette pensée ont cru bon de lui attribuer un miracle et de le nommer “ prophète ” afin de diminuer oppression des musulmans intégristes. Or cela a porté un grave préjudice à cette doctrine. En effet, non seulement, cette action a terni l’image de cette pensée, mais elle n’a pas pu épargner ses adeptes des massacres subis pendant plusieurs siècles de la part des Arabes musulmans. Les Gathas, les seuls survivants des préceptes de Zoroastre, témoignent du fait qu’il ne s’est jamais prétendu être un prophète et que de ce fait il n’avait nul besoin de miracle pour tromper ses adeptes. Ceux qui ont étudié les Gathas et les écrits des historiens antiques, savent bien que le miracle n’a aucune place dans la doctrine de Zoroastre.

Pourquoi la philosophie de Zoroastre a été peu à peu oubliée ?

Il est facile de répondre à cette question. Zoroastre était opposé au commerce avec Dieu pour se pourvoir une place élevée et il rejetait le sacrifice des animaux qui constituait une source de revenus pour les dirigeants religieux. Par ailleurs, dans sa philosophie, il met l’accent sur le fait que chaque être humain poursuit sa perfection uniquement par le biais de la bonne pensée, la bonne parole et la bonne pensée. Il n’a laissé, par conséquent, contrairement à d’autres religions, aucune place aux dirigeants religions de se porter en intermédiaire entre Dieu et les hommes, de leur promettre le paradis et de leur menacer de l’enfer, et de rassembler, au passage, des sommes colossales. Selon Hérodote, Zoroastre enleva à ces marchands de religions, les temples et les maisons de Dieu qui étaient en réalité leurs propres maisons. Aussi, il ne leur restait plus aucun moyen de s’enrichir en profitant de l’ignorance des peuples, ce qui les incita à une intense animosité contre cette doctrine. Après la disparition de Zoroastre, les religieux de l’époque s’efforcèrent d’introduire de nouveaux les anciennes croyances dans sa doctrine afin d’ouvrir le chemin à l’exploitation de leurs adeptes. Ainsi, quelque temps après la mort de Zoroastre, la doctrine de Mithra et d’Anahita resurgit en Iran, de sorte que Xerxès adorait non seulement Ahuramazda mais également Mithra et Anahita et contrairement aux principes de Cyrus et de Darius le Grand, après avoir conquis les Grecs, il ordonna la destruction des temps d’Athènes, ce qui conduisit Alexandre le Macédonien, après la défaite des Acéménides, à ordonner d’incendier Takht-é-Djamshid et les bibliothèques de l’Iran, pensant ainsi détruire la pensée sublime de l’Iran. Par ailleurs, désirant faire profiter les Grecs de la science et de la philosophie des Iraniens, il ordonna de traduire, avant de les faire détruire, un nombre important de traités se trouvant dans les bibliothèques. Ces traités ont constitué une partie des fondements de la science et de la philosophie occidentale.
Les Arabes ont fait de même après l’invasion de l’Iran et la défaite des Sassanides. Partout où ils ont trouvé un traité ou un écrit, ils l’ont détruit par le feu ou par l’eau. Ils ont empêché les Iraniens de parler en farsi afin de les éloigner de leur racine culturelle pour qu’ils leur soit asservis à jamais comme les peuples de l’Egypte et de la Syrie. Or, avant qu’elle soit éteinte, la langue farsi fut ressuscitée par Ferdowsi Toussi. De même, pour assurer leur domination absolue sur les Iraniens, leurs Arabes leur imposèrent l’Islam et, dans ce contexte, ont massacré les Zoroastriens, sous prétexte qu’ils étaient adorateurs du feu. Malheureusement, l’œuvre des Arabes se poursuivit longtemps par les musulmans intégristes. Ce n’est qu’à l’époque de Réza Chah Pahlawie le Grand que fut mis fin à l’oppression contre les Zoroastriens et les adeptes des minorités religieuses en Iran. La parole et la philosophie de Zoroastre retransmis oralement pendant plusieurs siècles, ont été infiltrées des pensées et des préceptes qui n’ont aucun lieu avec les principes fondamentaux de l’enseignement de Zoroastre. Ceci fut principalement l’œuvre des marchands de religion qui recherchaient leurs propres intérêts. Ainsi certaines rites et philosophies des religions de Mithra, Anahita et Zarvan ont été introduites dans cette doctrine et lui ont porté préjudice. Aujourd’hui, les études linguistiques démontrent que de nombreux vestiges d’Avesta n’ont aucun lien avec les préceptes de Zoroastre et qui ont été ajouté à travers le temps. Sans doute, les spécialistes des Gathas et les liturgies de Zoroastre sont parfaitement conscients que les rajouts des ennemis de Zoroastre et des marchands de religion à cette philosophie comme le “ Vendidâd ” ne sont pas admis par les zoroastriens. On percevra la véritable nature de la philosophie de Zoroastre lorsque les linguistes et les chercheurs de la doctrine de Zoroastre purifieront ses liturgies et exploiteront les tablettes des époques de Cyrus et de Darius restées à l’abri des ennemis de l’Iran.

Pourquoi la doctrine de Zoroastre retrouvera sa magnificence ?

Sans doute, avec le développement de la science, de la culture et de l’intelligence, les êtres humains formuleront des questions qui dévoileront les supercheries des marchands de religion. Omar Khayyam, mathématicien, philosophe et poète iranien écrivait :
Sur mon passage, Tu as mis d’innombrables pièges
Tu dis que je te prends dans tes bras dès que j’y mets les pieds
Rien n’échappe à Ta volonté dans ce monde
Tout vient de Toi et Tu m’accuses d’être pécheur
Ou :
On dit qu’au jour du Jugement Dernier il y aura enquête
Et que le Créateur sera sévère
Mais de la Bonté absolue on n’attend que du bien
Ne t’en fais pas la fin sera heureuse
Il répond ainsi aux spéculations des marchands de religion. C’est alors que les esprits intelligents demandent : pourquoi les religieux dans les différentes religions prétendent être les seuls entremetteurs du paradis et avoir été mandatés par Dieu pour vendre des parts de celui-ci aux humains en échange d’une participation pécuniaire. Pourquoi les chefs de file d’une religion prétendent que ceux des autres religions sont des égarés destinés à l’enfer. De même, ces esprits clairvoyants se demandent : pourquoi, Dieu, créateur d’un univers si vaste que l’esprit humain est incapable de délimiter, aurait-il eu besoin de représentant pour guider quelques milliers ou quelques millions d’êtres humains. Sans doute, si nous utilisons notre intellect et notre conscience pour nous libérer des marchands des religions, un terme sera mis aux guerres sanglantes des religions à travers le monde. Car, comme l’affirme le philosophe et le poète iranien, Hafez :
Ne prends pas en considération les conflits intestinaux des sectes
Car, n’ayant pas trouver la vérité, elles se sont dirigées vers la fabulation
Les tenants des différentes religions ont toujours essayé de profiter de nos forces intérieures en vue de prouver la véracité de leur religion. Par exemple, l’effet d’Androphine (un produit équivalent à la morphine) produit par le cerveau et qui conduit l’être dans un état d’extase, l’autosuggestion, le lavage de cerveau ou l’effet du Placebo (substance inactive utilisée dans la guérison des malades) découvert par la médecine depuis plusieurs années, sont autant de moyens utilisés par les chefs de files des différentes religions pour attirer leurs adeptes. Il est à souligner que dans les religions toute question relative à la nature et aux fondements des préceptes est expressément prohibée, métamorphosant ainsi l’homme en un animal sans intelligence et sans capacité de réflexion. Etant donné que, parallèlement au développement de la science et de la culture, de plus en plus seront nombreux ceux qui se libéreront des chaînes de croyance aveugle des religions et que les plus clairvoyants s’avanceront vers la doctrine de Zoroastre par le biais de la bonne pensée, la bonne parole et la bonne action, celle-ci retrouvera sa magnificence d’antan. Alors, peu importe le nom que sera donné à la nouvelle doctrine.

Source : http://www.zoroaster.net/france.htm

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Mithra un dieu des Francs-Maçons

6 Novembre 2012 , Rédigé par René P. Bacqué de Balagué Publié dans #spiritualité

Mithra, un dieu franc-maçon ?

Dans le panthéon universel, Mitra (que nous réserverons au Dieu védique), orthographié aussi Mithra (que nous utiliserons plus systématiquement dans cet exposé), occupe une place singulière. Dieu indo-européen (arien pour être précis), son existence est prouvée déjà 2'000 ans avant l’ère chrétienne et il existe encore de nos jours en Inde et en Iran un certain nombre de ses fidèles. Les aspects de ce dieu et la pratique de son culte ont varié au cours de cette longue période qui s’étend sur plus de 4'000 ans. D’autre part, le taureau, symbole de la force virile, que Mithra sacrifie est apparu dans l’iconographie sacrée entre 10’000 et 9’000 ans avant notre ère. Il est associé à la déesse Ishtar à Çatal Huyük, village d’origine néolithique du plateau turc. Mithra le Tauroctone est parfois appelé :
“Mithra le Dieu franc-maçon de l’Antiquité”

Cette apposition, caricaturale, parue notamment dans le titre de l’article : “Sacrifié par Mithra, le dieu franc-maçon de l'Antiquité” dans la revue : “Allez savoir” (numéro 20 - juillet 2001) de l’Université de Lausanne - est-elle vraiment justifiée ? Ne relève-t-elle pas de préjugés dont le milieu universitaire est souvent perclus ? Y a-t-il un Dieu Franc-maçon ou un Dieu des Francs-maçons ? C’est ce que cette étude se propose d’élucider.

De quoi s’agit-il ? Les sources écrites en langue française sur Mithra sont assez restreintes et proviennent essentiellement des ouvrages du Professeur F. Cumont :"Les religions orientales dans le paganisme romain” ; du Professeur G. Dumézil “Mitra-Varuna, mythes et dieux des INDO-EUROPÉENS” ; du Professeur Robert Turcan “Mitra et le Mithraïsme - les cultes orientaux dans le monde romain”. Il convient de mentionner aussi les cours de langues et de civilisations indo-européennes, par le Professeur Louis Charles Prat de l’Université de Rennes II (Haute Bretagne), qui m’a fait l’amitié de me confier les notes et son livre : “Il y a 6'000 ans nos ancêtres” (mœurs, civilisation et idéologie des Indo-européens). Les sources anglaises sont plus abondantes et de nombreux colloques se sont tenus sur Mithra en cette langue. Les lecteurs intéressés par cet article sont invités à se reporter aux ouvrages précités dont les références complètes figurent dans la bibliographie.

Qui est Mithra ? De Mitra à Mithra

La réponse est apportée par l’étude linguistique du Professeur Louis Charles Prat qui est diplômé d’études indiennes (option védique), licencié en Sanskrit, spécialiste des Védas, agrégé de grammaire, docteur en lettres, un des trois spécialistes français de linguistique comparée et d’études indo-européennes. Pour lui, l’origine du mot Mitra ou Mithra est indo-européenne ; le dieu, en revanche, est sans aucun doute aryen. Les Aryens (les Seigneurs), nom qui vient du radical indo-européen "Ari" et qui exprime l’excellence vouaient un culte à Mitra déjà 2'000 ans avant notre ère. La langue sacrée des Indo-européens (le Sanskrit de Samskrita - achevé parfait) est une langue artificielle, menée à la perfection et fixée par des savants linguistes à une époque située 2'000 ans avant notre ère. Dans cette langue, Mit(h)ra a valeur d’un nom neutre pourvu du suffixe instrumental Tro, latin : Ara Trum, grec apo Tpov : charrue, instrument agraire aratoire. Mit(h)ra serait ainsi un dérivé neutre, au “degré zéro”, d’une racine mi / moi que l’on retrouve dans toutes les langues indo-européennes avec l’idée d’échange.

En Sanskrit, Mitra, nom commun, signifie au masculin : “l’ami”, et au neutre : “le contrat, l’alliance, l’amitié”, un sens voisin de celui du dieu “lieur” celte. Dans les écrits en sanskrit védique (Rig Veda/Veda des hymnes III.59), on ne trouve Mitra qu’une seule fois. La raison de cette unique inscription est que Mitra est le surnom du dieu Brahmâ. Dans les textes, Mitra apparaît avec un autre dieu : Varuna. Depuis des temps très reculés, ils forment le couple de dieux majeurs, appelé par exemple à garantir un traité hittite mitanien hourrite du XIVe siècle avant notre ère. Dans la tradition ariano-indo-européenne védique, Mitra est le souverain sous son aspect raisonnant, clair, calme, bienveillant, sacerdotal, tandis que Varuna est le souverain sous son aspect assaillant, sombre, inspiré, violent, terrible, guerrier (se reporter à l’ouvrage de G. Dumézil : Mitra-Varuna). Les deux dieux majeurs, Varuna et Mitra, représentent ainsi les deux faces de la souveraineté sacerdotale royale, magico-scientifique et juridique. Lors d’une migration d’une des branches du peuple arien, une des tribus occupera le pays qui deviendra l’Iran. Elle amènera avec elle les croyances de ses origines. Cependant, au contact des populations autochtones, elles connaîtront quelques variations : le Mitra védique deviendra le Mithra avestique.

Le Mithra avestique

Les avatars de Mithra seront dus essentiellement à la réforme zoroastrienne. Dans les Gatha qui expriment la doctrine de Zoroastre, nous voyons apparaître un " uni théisme " moral : seul reste Ahura Mazda entouré de 6 archanges. Les deux premiers Vohu Manah “la bonne pensée” et Asha “l’ordre” laissant transparaître en filigrane le duo primitif Mitra-Varuna. Dans des textes plus récents apparaissent les “ anges ” Yazata, l’un de ceux-ci ayant pour nom Mithra. Un glissement se produit alors et nous voyons se recréer le couple antithétique primitif sous une forme mitigée, Ahura-Mazda étant le dieu suprême, Mithra lui étant subordonné et assumant une fonction guerrière du type de la deuxième fonction du système indo-européen.

Au Ve siècle avant notre ère, le couple antithétique Ahura Mazda / Mithra est rétabli, faisant de Mithra le deuxième dieu majeur, l’égal d’Ahura Mazda qui, bien qu’étant son créateur, fait de lui son clone. Strophe 1 : “Je le créai aussi digne du sacrifice et des prières que moi Ahura Mazda.” Mithra est décrit comme le dieu qui accroît, qui épand les eaux faisant pousser les plantes et donnant la vie. Mithra devient alors le lien entre les différents niveaux de la société ; comme le Mithra védique, il est le garant de l’ordre, le protecteur des éleveurs, dirige aussi ceux qui défendent le territoire. Il lève les armes, met en train la bataille, brise les bataillons rangés. Il est le plus fort des plus forts. Ahura-Mazda l’établi pour garder le monde et veiller sur lui. C’est le justicier, le dieu de l’aurore, le dieu sauveur et solaire, prémices de ce qu’il deviendra dans le monde Gréco-Romain : le deus invictus, le dieu invaincu.

Le Mithra gréco-romain et hellénistique

Le cheminement de la religion, mithriastique, de l’Orient vers l’Occident, suit les cours du soleil. En Asie mineure, de nombreux rois d’origine iranienne ont transmis à l’Occident un Mithriacisme hellénisé. Mithridate ou Mitradates “don de Mithra”, un nom théophore, est souvent porté par des rois du Pont, d’Arménie, de Comagène, signe de leur vénération pour Mithra qu’ils considèrent comme le garant divin de leur autorité. On ne doit pas oublier que le monde asiatique proche de la Grèce a été hellénisé sous l’influence des dynasties issues d’Alexandre le Grand, favorisant un retour du culte de Mithra. Les correspondances existantes avec les religions à mystères ont aussi joué de concert pour restaurer celui de Mithra. Hermès était le “ protecteur des êtres ”, Apollon celui des choses. Un exemple fameux est constitué par l’inscription qu’Antiochus 1er, roi de Comagène, fit graver dans la ville de Nimrud dagh en Turquie :

Mithra en Italie

Une datation nous est fournie par Plutarque pour qui ce culte s’est installé en Italie en l’an 67 avant J-C. Il aurait été “ importé ” par des pirates siliciens, anciens alliés du roi du Pont Mithridate VI Europator, empoisonné par les Romains dans un camp en Italie. Nous pensons, suivant Posidonus, que ces pirates, vaincus par Pompée, étaient conduits par des officiers de Mithridate qui auraient créé des cellules para militaires secrètes qui constitueront la base du futur système des initiations propres au culte de Mithra. Toutefois, une autre origine issue de la tradition littéraire hellénistique, liant le culte de Mithra aux Mages zoroastriens, est aussi concevable. La possible influence des Mages expliquerait le glissement vers la religion à mystère du culte de Mithra. Ce dont on est sûr est que le culte était réservé aux hommes avec un mode d’organisation militaire, ce qui a favorisé dans un premier temps son développement dans les garnisons. Le Mithra romain va évoluer et parvenir à une religion messianique, rivale du Christianisme.

L’iconographie mithriaque

Le Mithriacisme nous est connu essentiellement par son iconographie. L’étude des monuments de l’époque, tous abondamment décorés, est essentielle pour la compréhension du culte gréco-romain de Mithra. Les représentations symbolisent une crypte ; ainsi peut-on parler de “ religion de la crypte ” lorsqu’on parle du culte de Mithra. L’iconographie ne représente pas des divinités mazdéennes, mais leurs correspondances romaines. Les bas-reliefs sont disposés de la manière suivante :

Partie basse :
Le chaos dominé par un dieu cosmique : l’antique Saturne, assimilable à Ahura Mazda, lumineux et scientifique, il agit par son action sur le chaos, le mettant en ordre (ordo ab chaos).

Sur le côté :
Le ciel et la terre, portés par Atlas, lumineux et juriste. Les 3 Parques représentent la triple déesse Anahita, sagesse, force et beauté, symbolisant le destin. Saturne, Ahura-Mazda crée son "clone" : Jupiter -Mithra - qu’il dote de l’arme absolue : la foudre.

Atlas a pour fonction de terrasser les géants anguipèdes, cavaliers soutenus par un personnage monstrueux à corps humain aux extrémités bifides, souvent en forme de serpent, les démons qui, sous les ordres d’Arhiman, la puissance maléfique, dominent la création : le ciel et la terre.

Dans l’iconographie romaine, Mithra n’est plus le second dieu majeur ; il devient un dieu secondaire, un archange que l’on peut identifier à Spenta Maïniu, le dieu bénin, envoyé sur terre pour sauver les créatures de l’emprise du dieu Malin, Angra Maïniu Arhiman, créateur de la matière. Mithra va prendre en charge la création pour la sauver d’Arhiman, son créateur qui a voulu se faire l’égal du Père. Mithra sort miraculeusement d’un rocher comme un estoc que l’on dégaine, il est le Sauveur, le fils du Père, envoyé par lui sur la terre pour sauver l’humanité.

Mithra tauroctone(grec tauro ktomos, qui tue le taureau)

Ce mythe est représenté sur de nombreuses stèles trouvées sur les lieux consacrés au culte de Mithra ; un bel exemple est visible au musée archéologique de Strasbourg, elle fut exhumée à Roenigshoffen. On remarque sur ces stèles que Mithra doit fournir l’humidité fécondant le monde. Le taureau est l’animal qui la possède ; dans sa poursuite de la bête, Mithra l’oblige à sortir d’une maison où elle s’est réfugiée et, pour l’obliger à fuir, il incendie son refuge. Mithra se saisit alors de la bête, la maîtrise pour la chevaucher comme s’il s’agissait d’un cheval dompté ou la porte généralement sur son dos, la tête en bas ou la tirant par les pattes arrière.

Mithra taurophore accomplit alors l’épreuve du “passage du Dieu” : le transitus dei, comme tout mithriaste le fera, portant son propre fardeau. Puis Mithra, dieu vainqueur, se rend dans une grotte pour y sacrifier le taureau, obéissant ainsi à l’ordre des dieux transmis par le corbeau, messager du Soleil, ce corbeau se transformera, plus tard, en blanche colombe. Mithra immobilise l’animal d’une main, le tient par le naseau, et appuie un pied sur son paturon ; de l’autre main, il enfonce son couteau au défaut de l’épaule. Dès que le sang jaillit de la plaie, un serpent et un chien viennent le boire ; au même moment un scorpion, parfois un crabe, attaque les parties génitales de la victime. Des épis de céréales sortent également de la blessure et de la queue. Souvent un lion vient près du vase dans lequel s’est écoulé le sang. Tout autour de la scène des arbres croissent et se ramifient.
Il peut être intéressant à rapprocher ces pratiques rituelles anciennes de celles auxquelles on assiste de nos jours dans la tauromachie. Le torero revêt un "habit de Lumière" ; il est en l’occurrence le messager du Soleil. La mort de l’animal est l’épreuve du "passage du dieu". L’initiation de celui qui porte cet habit de lumière est réalisée par la substitution de "l’humidité fécondant le monde" (la semence). Le torero tue le taureau avec une épée (flamboyante ?) en l’enfonçant au défaut de l’épaule. Il est l’homme transcendé par l’acte - resterait, bien entendu, à expliquer le symbolisme de l’offrande des oreilles et de la queue.

Le Mithra cosmique ou Sol invictus

Très souvent, au-dessus de la scène principale de la tauroctonie, on peut voir des scènes secondaires où Mithra devient héliodromus, “courrier du soleil”, et l’on peut lire la dédicace de “sol invictus”.
Examinons aussi les images qui entourent la tauroctonie ; nous voyons un soleil à droite, côté sud, qui est le pendant, à gauche, côté nord, d’une lune, ronde, indo-européenne - en Orient elle a la forme d’un croissant - d’où s’écoule le "Principe humide ” émanant du taureau. Aux quatre angles du panneau, nous découvrons les 4 grands vents : Eurus à l’Orient, Zephir à l’Occident, Notus au Midi et Borei au Septentrion ; ils représentent les “ 4 Hermès ”, les “4 vents de l’Esprit” qui viennent des 4 Orients qui soufflent sur l’animus, en grec le “nous“ qui rend parfait.

Les Dadophores(Les porteurs de torches)

Dans ces représentations, Mithra est souvent représenté, flanqué de deux personnages, tout comme lui habillés comme un Perse : tunique courte, retroussée et ceinture, la tête coiffée du bonnet phrygien. L'un lève sa torche, l’autre l’abaisse ; ce sont les porteurs de torches, les dadophores : cautes qui tient la torche levée et cautopates qui tient la torche abaissée, soleil montant minuit - midi, soleil descendant midi - minuit. Parfois les dadophores tiennent dans leurs mains l'un une tête de taureau l’autre une tête de scorpion ; il s’agit des signes du zodiaque qui marquent l’entrée, le premier dans la saison chaude, le second dans la saison froide.

Le temps Léontocéphale(personnage à tête de lion)

Au palais Barberini, on distingue sur la fresque mithraïste située au-dessus de la tauroctonie, un dieu ailé, enlacé par un serpent qui s’enroule dans un mouvement sinistrogyre, c’est le temps cosmique (grec : Aion). Dans d’autres représentations, on trouve une statue, surmontée d’une tête de lion. Parfois ce lion crache du feu, tient dans ses mains deux torches, deux clefs ou un sceptre, les deux pieds posés sur un globe armillaire, assemblage de cercles représentant le ciel et le mouvement des astres et au centre desquels un globe figure la terre.

Les cryptes, où se déroulait le culte de Mithra, nous révèlent une iconographie abondante dont la symbolique est conforme au mouvement gnostique de ce début de l’ère vulgaire. Nous sommes à une époque favorable aux mouvements messianiques. Mithra incarne l'un de ceux-ci ; il est représenté comme "Dieu, le Fils”, délégué sur terre par "Notre Père". Il est le "Sauveur" qui vient nous arracher à la matière et au mal pour nous abreuver à la fontaine de l’esprit. Mithra est le "soleil invincible", le pater patrum, le "Père des Pères" qui nous guide jusqu’à l’initiation suprême.

Le culte

Le culte de Mithra était celui d’un ordre initiatique fermé, sélectif, élitaire, où les divers degrés d’initiation comportaient la révélation de secrets inconnus des membres des degrés inférieurs. Il se distinguait des religions de masse du type oriental où tout pouvait être transmis à tous. La loi du silence était la règle - silence et secret si bien gardés que l’on est aujourd’hui obligé de gloser sur des documents peu nombreux et souvent obscurs. Pour comprendre la religion de Mithra, il faut se remémorer les courants gnostiques qui pratiquaient une pensée symbolique orientée vers l’éternité.
Servir Mithra obligeait l’initié à aider non seulement la communauté des croyants mais l’humanité tout entière pour la conduire sur la voie du salut et du bien. Culte secret, réservé à une élite, il conduisait à la lumière. Tous ne pouvaient être initiés, ce qui reste valable de nos jours pour les organisations initiatiques. Les Mithraea locaux consacrés au culte de Mithra ont un élément particulier. On peut les trouver aussi bien à la campagne, dans un lieu reculé, que dans un recoin secret d’une ville ; ce qui prévalait pour le choix du lieu était vraisemblablement la possibilité de le garder le plus secret possible.

Description d’un Mithraeum

Généralement il avait l’aspect d’une “grotte” ou d’une “crypt”. Il était recouvert d’une voûte percée de trois ouvertures rectangulaires constellées d’étoile avec un zodiaque de 12 maisons identiques. À l’Orient, fond du Temple, se trouvait une grande pierre cubique derrière laquelle se tenait l’officiant. Proche de cette pierre, de taille plus modeste, une autre pierre tenait lieu d’autel, là où les mystes venaient prendre leur engagement. Au centre, une volumineuse pierre cubique sculptée représentait Mithra tauroctone. Sur ou à côté de cette pierre centrale, des bases de pierres recevaient 3 colonnettes en triangle, rappel de celles des chapitres avestiques trouvés en Egypte : signification symbolique des 3 colonnes Sagesse, Force et Beauté, soutenant le Temple. Sur les côtés, on pouvait voir deux rangées de pierres surélevées, pouvant servir de bancs ou de lits aux initiés prenant leur repas commun, à demi couchés. Ces agapes étaient rituelles et rappelaient celle du dieu avec le soleil. Au fond de la crypte brillait, dans une alcôve toujours illuminée une statue, en pied ou en buste, ou bien un portrait de Mithra coiffé du bonnet phrygien, ou encore son symbole solaire encadré d’un soleil et d’une lune.

Dans les Mithraeum les plus ornés, nous trouvons des fresques ou des reliefs représentant Mithra saxigenus “né de la pierre”, sortant du rocher. À l’Occident, encadrant l’accès à la nef, une porte à deux battants, deux statues, celle de cautes et de cautopates. Avant d’entrer dans la nef, sur le parvis, les initiés se purifiaient à l’eau bénite et revêtaient les décors rituels correspondant au degré d’initiation auquel se déroulait la cérémonie. Les Mithraeum sont généralement petits, faits pour recevoir 15 à 30 mystes. Toutefois, certains pouvaient accueillir jusqu’à 100 adeptes. Nous sommes en présence d’une pratique ésotérique d’une religion, un culte pour de petits groupes d’initiés, unis par leur degré d’initiation. Les lieux de culte sont nombreux ; cette prolifération est due vraisemblablement à des essaimages fréquents et à la dispersion des lieux de garnison des légions.

Les degrés d’initiation

Pour intégrer un groupe de croyants il fallait être coopté, présenté au groupe et accepté ; il fallait effectuer un apprentissage du culte et subir les épreuves de l’initiation. La hiérarchie initiatique comportait 7 degrés :

1er : corax (corbeau) ; 2e : Nymphus (Promis) ; 3e : Miles (soldat) ; 4e : Leo (Lion) ; 5e : Persa (Perse) ; 6ème Heliodromus (Courrier du Soleil) et 7ème : Pater (Père).

Chacun de ces degrés était placé sous la protection d’une planète : Mercure pour le Corax, Vénus pour le Nymphus ; Mars pour le Miles; Jupiter pour le Leo ; Lune pour le Persa ; Soleil pour l’Héliodromus ; Saturne pour le Pater.

Corax

Le grade de Corax marque l’entrée dans le monde de l’initiation et du sacré. Le corbeau est présent dans de nombreuses religions : Druidisme, Judaïsme. L’oiseau n’est pas naturellement doté de la parole, mais il peut apprendre ; il peut également se métamorphoser en oiseau blanc, la colombe. Il est le médiateur, il mènera le myste du monde profane à celui du divin.

Dans le mythe de Mithra, c’est un corbeau qui est le courrier du soleil ; il vient avertir Mithra qu’il doit mettre à mort le taureau dans un acte sacrificiel. Sur certaines fresques ou bas-reliefs, on voit le myste se présenter “ semi nudus ”, à demi nu, les yeux couverts d’un voile pour être créé, constitué par le Pater, qui le reçoit à l’aide d’une l’épée flamboyante. Le myste est agenouillé, genou droit à terre, le genou gauche relevé, vêtu d’une courte tunique blanche à bande rouge. Sur d’autres représentations, l’on peut voir le “don de la Lumière”, moment où l’officiant ôte le bandeau au futur Corax. Le nouvel initié peut voir la représentation d’un meurtre fictif ; le mort, tête à l’Occident, corps taché de sang est surmonté d’un glaive ensanglanté, tenu par un Miles (soldat, 3e grade).

Nymphus

Le candidat au grade de Nymphus est introduit dans le temple, enveloppé d’un voile épais dont on le débarrasse au cours du rituel pour le faire reconnaître des participants ; ce grade consiste en un mariage entre le dieu et l’initié.

Miles

À ce grade, il est procédé au tatouage d’un motif à l’aide d’un fer rouge au centre du front ; c’est le symbole de l’escarbouche, le 3e œil sur le front d’un être devenu parfait. Dans le cours de la cérémonie, une couronne lui est présentée à la pointe de l’épée ; il doit la faire dévier sur son épaule tout en prononçant la phrase rituelle : “ Mithra est ma vraie couronne ”. Refusant d’être couronné, le myste devient alors soldat de Mithra. Le mythe lui-même constitue une épreuve : menace de mort, suivie de résurrection, symboles très communs des rituels initiatiques. Le “ Miles ” reçoit également un sac qui était posé sur son épaule.

Léo

Cette cérémonie est dominée par le feu. Les mains du récipiendaire sont lavées avec du miel pour ne pas utiliser de l’eau, contraire au feu. Du miel est aussi déposé sur sa langue pour le purifier de tout péché. Le feu symbolise le feu sacré qui anime les Êtres, qui les rend différents des autres créatures. Les "Léo" entretiennent les feux dans les Mithraeum et subissent des épreuves par le feu. Ils sont souvent représentés avec une pelle à feu, arme de foudre jovien.

Persa

L’officiant purifie les mains des "Persa" à l’aide de miel. Toutefois, au nom d’un autre symbolisme, le myste reçoit le miel en tant que " gardien des fruits ". Le miel est le sucre conservateur ; il va de la Lune à la semence du taureau ; il fait pousser les plantes et les arbres portant des fruits par le sang répandu. Le "Persa"tient souvent des épis dans ses mains.

Héliodromus

Il a les attributs du Soleil : flambeau, couronne radiée et fouet. Il porte un vêtement rouge vif et tient un globe de couleur bleue. Il tient un rôle solaire. Celui qui reçoit ce grade ne devient pas Hélios ; il est rattaché à Hélios. Sur des tablettes magiques, on trouve Héliodromos ; cela s’applique à celui qui fait la course du soleil. Le courrier solaire est subordonné au Pater ; tout comme le soleil, c’est à Mithra, le véritable Sol invictus.

Pater

Il porte une mitre de type bonnet phrygien à trois étages symbolisant les “tria loca”, les “trois mondes”. Cette coiffe, œuvre d’art faite de perles, très élaborée, l’identifie à Mithra. Ses signes distinctifs sont : la serpe de Saturne. Il tient un objet que l’on compare souvent à une coupe de libation. Dans l’autre main, il brandit une baguette, insigne du magister qui peut changer en or tout ce qu’elle touche. Un “Pater” était élevé à ce grade par un autre Pater ou par le Pater Patrum, le “Père des Pères”, sorte de métropolitain. Détenteur de la coupe de libation, il était le responsable de la piété, le Pater sacrorum, le Père des rites.

Cette initiation à plusieurs degrés invitait vraisemblablement l’initié à étudier les symboles proposés qui lui signifiaient sa place dans le monde créé. Aucun d’entre eux n’était prêtre à “temps complet” : ils étaient immergés dans le monde profane, y travaillaient, pouvaient se marier et avoir une famille. La cérémonie du repas communautaire, héritage de la cène pythagoricienne, réunissait les mystes et les faisait participer à un acte sacré.

Dans cet acte, ils étaient aussi les fidèles héritiers de Zarathushtra qui assemblait ses disciples à midi et les renvoyait à minuit après un repas, pris en commun, et qui se terminait après avoir juré à Mithra de respecter la loi du silence sur tout ce qu’ils avaient vu, entendu et fait.

Dans la crypte, les fresques, les images, les représentations symboliques donnaient à ces hommes (les femmes n’étant pas admises à la célébration des mystères) des exemples, conformes à l’enseignement oral qu’ils recevaient et qui faisaient d’eux des initiés animés d’un idéal. Ils étaient sauvés par le "sang éternel”, arrachés par leur deuxième naissance au monde des créatures.

Idéologie et eschatologie du culte de Mithra

Une erreur est commune à de nombreux exégètes : le mythe de Mithra tauroctone reproduit une version des origines. Pour ces savants, les Zoroastriens attribuent à Arhiman, entité mauvaise, le sacrifice sanglant qu’ils réprouvent. Franz Cumont, grand spécialiste de Mithra, les conforte dans leur conviction qui veut que la mort du taureau soit primitivement provoquée par Arhiman, puis, ultérieurement, par le Mithra du Yash X, où ce dernier fait croître vie et prospérité. Mithra apparaît alors comme dieu sauveur de la création du monde matériel. Pour commettre une telle erreur d’interprétation il faut être conditionné par l’une des religions bibliques pour qui le monde matériel dans lequel nous vivons est l’œuvre d’un dieu unique.

Mais si l’on examine sans préjugés le Mazdéisme, on constate que l’on a affaire, comme pour la “gnose” indo-européenne primitive, à un dualisme. Il y a primitivement deux mondes. Les latins leur donnaient le nom de natura rerum - nature des choses matérielles, et de natura deorum - la nature des êtres ou des dieux. Il y a coexistence entre deux entités séparées, l’Esprit et la Matière, respectivement le bien et le mal, le blanc et le noir. Pour le Mazdéisme et les tenants de la “gnose” indo-européenne primitive, le monde de l’esprit est éternel, incréé, domaine du Bien et de l’Amour. Le monde matériel, créé par une divinité mauvaise, le démiurge, est transitoire, provisoire, destiné à périr à la fin des temps. Pour rendre ce modèle compréhensible aux profanes, le Mazdéisme imagine, en suivant ainsi la tradition indo-européenne, deux dieux majeurs : Ahura-Mazda, dieu cosmique qui règne sur le monde de l’Esprit où vivent les Êtres, ainsi que son "clone", ou jumeau, Mithra qui veille sur la nature des choses, le monde matériel qu’il ordonne et sépare du dieu mauvais qui l’a créé. Ce deuxième dieu : le rex mundi, le Père des bons esprits, est aussi celui que nous appelons Pater noster ; il est aussi Sator "le semeur", Soter "le sauveur". Il est aidé par deux archanges. Arhiman ou Angra Mainiu et Spenta Maina.

Mais Arhiman commet le péché d’orgueil : il dit "Je", se prenant pour l’égal d’un dieu, il crée la matière en se matérialisant, entraînant Daeva dans sa chute. Spenta Maïnu est resté fidèle, il a accepté de naître de la pierre pour mettre de l’ordre dans les choses créées par Angra Maïniu, il fait que l’Amour règne parmi les hommes, les aidant à sortir du monde de la matière pour revenir à celui de l’Esprit. Ainsi, pour le Mazdéisme la création n’est pas le fait d’un dieu mais d’un sous-dieu révolté contre son créateur. L’enfer, c’est le monde créé : nos corps ne sont que des " casaques de peau ", nos prisons charnelles. Dans ce cadre, l’homme est - comme plus tard pour les Cathares - un Eon incarné, l’initié est un tiers homme et deux tiers dieu, un corps neutre et mortel (corpus) une âme féminine (anima) et un esprit masculin (animus). En lui existe le numen neutre appelé par le grec pneuma, énergie sacrée dont nos esprits sont une parcelle provisoirement individualisée. Nous trouvons chez Platon dans le banquet une description de cet état.

L’aide du gnosticisme.

Pour comprendre le sens de l’iconographie et des écrits mithriaques, on doit aussi étudier les textes gnostiques, très voisins de cette religion. Dans la religion mithriaque, la tauroctonie est un acte de salut ; c’est par le sang répandu par Mithra que le myste est guidé vers la vraie vie éternelle. Dans le Mithraeum de Santa Prisca, on peut lire cette phrase : "Et nous, tu nous as sauvé en répandant le sang éternel". Dans les cryptes, l’on voit représentées des figurations du zodiaque qui donnent au sacrifice une grandeur cosmique et qui symbolisent la victoire de l’esprit sur la matière. Le Mithriacisme implique une véritable théo-cosmogonie et une doctrine de l’âme très voisine de celle de l’école philosophique du Portique, mais, à la différence du Stoïcisme, la gnose est présentée par un mythe porteur de symboles. Fidèle à ses origines indo-européennes, le Mithriacisme se représente la fin du monde matériel sous la forme d’un embrasement universel dans un flamboiement égal à la lumière de 100'000 soleils, thème commun au stoïcisme.

Dans le mythe de Mithra, ce dernier, après avoir immolé le taureau, monte sur le char du soleil. À la fin des temps, il renouvelle ce geste et purifie la création par le feu, libérant la matière qui retourne au néant primitif. Elle se fond dans l’Aïon, le temps léontocéphale, qui absorbe la création après l’avoir guidé vers le bien.

Conclusions

Comme presque toutes les religions issues de la source indo-européenne, le culte de Mithra est un culte fermé dont l’accès est réservé aux hommes, nés vraisemblablement libres et de bonnes mœurs, respectant le mos maiorum, “la coutume des anciens”. Mithra est un culte qui se développe dans les garnisons de Rome, un culte de guerriers, de soldats ; nous retrouvons en Maçonnerie une tendance comparable dans les loges militaires. Le dieu Mithra a été escamoté par la réforme Zoroastrienne, puis il est apparu à nouveau comme second dieu majeur, enfin, il est le seul dieu honoré à l’époque de l’Empire romain, au début de l’ère vulgaire. Il est ainsi en opposition sérieuse avec le Christianisme qui a une position forte auprès de certains milieux. Après la victoire de Constantin sur Maxence par le fer, le feu et la torture, ce fut le triomphe du Christianisme, victoire militaire et politique qui n’empêcha toutefois pas l’essence de la gnose de se transmettre jusqu’à nos jours grâce à des sociétés initiatiques. Il y a toujours des hommes qui, sous la conduite d’un Maître, se réunissent pour travailler à se perfectionner de midi à minuit, et qui se séparent après un banquet fraternel semblable à celui auquel le soleil et Mithra conviaient le paraclet Ahura-Mazda.

Le culte du dieu Mithra est un des plus anciens du panthéon des divinités adorées par les hommes. Il a commencé plus de 2'000 ans avant notre ère. Actuellement en 2004 on trouve encore plus de 200'000 Parsis et Guèbres qui pratiquent le mazdéisme officiel en Iran, en Inde et au Pakistan, religion dans laquelle Mithra occupe une place centrale. Fabuleux destin pour ce dieu Indo-Européen qui, malgré l’épreuve du temps, perdure encore.
Peut-on dès lors considérer Mithra comme le-un dieu franc-maçon de l’Antiquité ainsi que le publiait le magazine "Allez savoir", titre qui fût vraisemblablement suggéré à son auteur par l’ouvrage du Professeur Robert Turcan "Les cultes orientaux dans le monde romain" ? À la page 241, dernière phrase de la partie de ce livre intitulé "sous les rocs de l’antre persique", le professeur qualifie en effet le culte de Mithra d’espèce de Franc-maçonnerie, un vocable des plus large…

Le Mithraïsme était, certes, une religion à mystère qui comportait les principales caractéristiques de ces cultes, une hiérarchie sacerdotale à degrés où l’initié recevait, à chaque passage de grade, une révélation partielle de la connaissance. Le culte se déroulait dans un lieu fermé sous une voûte étoilée, percée de trois ouvertures. Les mystes, lors des agapes, sont étendus sur les banquettes, tête vers l’Orient d’où Mithra le lumineux éclaire l’assemblée. De nombreuses analogies du culte et du temple de Mithra avec le temple maçonnique et avec l’initiation de notre ordre peuvent être envisagées au terme de cette étude. Ces caractéristiques troublantes, ajoutées au système de fratrie qui unit les mystes et aux pratiques rituelles suffisent-elles au culte de Mithra à constituer une sorte de Franc-maçonnerie et à suggérer qu’il existe un Dieu pour les Francs-maçons ?

La réponse est dépendante de l’image que l’on se fait de la Franc-maçonnerie, mais rien n’est moins sûr. Un dieu, défini par le Petit Robert comme principe d’explication de l’existence du monde et conçu comme un être personnel selon des modalités particulières aux croyances, aux religions, peut-il être “franc-maçon” ?

La réponse varie selon que l’on s’adresse à la Franc-maçonnerie anglo-saxonne ou continentale. Pour la première, il n’y a pas de Dieu spécifique des Francs-maçons puisque le Dieu est celui d’une des religions révélées, même si l’on y envisage plus spécifiquement son rôle créateur.

Dans la Franc-maçonnerie continentale, le symbole du Grand Architecte de l’Univers permet de très amples et parfois divergentes interprétations, ce qui fait que le terme de Dieu des Francs-maçons fait plutôt sourire.
Par ailleurs, les attributs de Mithra, le contenu de son culte et sa signification sont très éloignés des aspirations de la Franc-maçonnerie. Celle-ci ne propose aucune rédemption au sens que ce terme a dans le Christianisme. Quant aux degrés de l’initiation maçonnique, ils se présentent plutôt comme la suite de symboles et mythes conduits à stimuler la réflexion ou à fonctionner comme exercices spirituels que comme étapes vers une libération de type métaphysique. En ce sens, les deux premiers degrés de la maçonnerie sont plus proches d’une figuration allégorique et symbolique de la philosophie - non restreinte à la morale - que de celle, eschatologique et cosmique, des Mystères antiques. La Maçonnerie peut être ainsi perçue comme une sorte de recueil graphique s’inspirant de grandes leçons de la philosophie, notamment celle de l’Antiquité, qui cherchait avant tout à transformer l’Homme par une voie individuelle.

Ainsi, la signification profonde du culte de Mithra, même si l’on n’en connaît pas encore tous les arcanes, n’évoque aucune résonance profonde chez le Maçon. Le dualisme du bien et du mal, qui est celui du gnosticisme, est largement remplacé dans notre ordre par le couple ignorance, erreurs et préjugés d’une part, connaissance rationnelle et vérité d’autre part.

Mais ne concluons pas définitivement et laissons au lecteur la liberté de se faire lui-même son opinion.

Source : http://www.masonica-gra.ch/18_mithra.html

 

Apollon Mithras Helios Hermes
Qui doit se lire
Apollon est à Mithra ce qu’Hélios est à Hermés

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Symbolisme bouddhiste et symbolisme maçonnique

5 Novembre 2012 , Rédigé par Jean-François Gantois Publié dans #spiritualité

Le symbolisme est très important en tant que véhicule d’une voie progressive intérieure, c’est-à-dire initiatique

Je vais tenter, après mes illustres prédécesseurs, de vous parler des convergences et des différences entre ces deux traditions spirituelles et initiatiques que sont le bouddhisme et la franc-maçonnerie avec le risque de redire moins bien ce qui a été dit précédemment.

La franc-maçonnerie et le bouddhisme sont des traditions spirituelles initiatiques.

Dans l’une comme dans l’autre, l’initiation et le symbolisme jouent des rôles importants quoique différents. Nous allons tenter de relever les convergences et les divergences sur ces deux aspects étroitement liés que sont l’initiation et le symbolisme.

Dans le bouddhisme tantrique, l’initiation (ouang) signifie transmission de pouvoir au sein d’une lignée ininterrompue depuis le Bouddha Sakyamouni. Cette initiation consiste en une cérémonie au cours de laquelle le disciple reçoit personnellement l’influence spirituelle du Maître mais à condition qu’il s’y prépare intérieurement pour entrer dans le mandala (un symbole sur lequel nous reviendrons), c’est-à-dire l’univers ou l’environnement d’un yidam. Un yidam est la représentation d’une qualité particulière de la nature de Bouddha. Mais il n’est pas une simple figure symbolique dans la mesure où, d’un être ayant parfait ce yidam, on dit qu’il en devient indifférencié, ce qui ne signifie pas évidemment qu’il a quatre, six ou mille bras ! Un yidam est au-delà de la notion de l’être ou du non-être.

Le disciple doit aussi suivre la visualisation décrite par le maître initiant, lequel touchera des points particuliers de son corps, chakras ou mains en général, avec des objets symboliques, attributs du yidam, eux-mêmes chargés de bénédictions.

La transmission est comme une graine placée dans l’esprit du disciple. A lui de préparer le terrain en éliminant les mauvaises herbes ou émotions conflictuelles. Quelques précision sont ici nécessaires. Dans le bouddhisme, deux types de méthodes sont utilisés. Celles qui s’attaquent aux conséquences de l’ignorance, les émotions conflictuelles et les voiles de l’esprit, et celles qui s’attaquent aux causes mêmes de l’ignorance en s’appuyant sur la nature de Bouddha que possède potentiellement tout être.

Les pratiques méditatives tantriques sur les yidams relèvent du second type en faisant appel à la clarté-luminosité (sambhogakaya) dans la phase de création du yidam et de son mandala et à la vacuité (dhannakaya) dans la phase de dissolution. Le monde lui-même, ainsi que le méditant, est finalement une simple projection de l’esprit, ordinairement impure car fondée sur l’ego avec tout son cortège de désir/attachement, haine/aversion et stupidité. La méditation substitue à ces projections égotiques une création pure, émanation de notre nature potentielle de Bouddha, transmise sous cette forme par le Bouddha Sakyamouni ou des maîtres éveillés. Toutefois, la graine étant semée dans un terrain favorable, il faudra encore l’entourer de soins, l’arroser, la protéger dans sa croissance jusqu’à ce qu’elle soit un arbre si solide qu’aucune tempête ne la puisse plus déraciner. Une pratique complète doit être accomplie 111.111 fois pour offrir une certaine garantie d’efficacité. Encore, faut-il ajouter que, si chacune de ces pratiques peut mener à l’éveil, à elle seule, et en une seule vie, ce n’est que sous la condition qu’elle ait été accomplie parfaitement depuis sa préparation jusqu’à son achèvement. C’est pourquoi, il est recommandé de refaire ces pratiques complètes encore et encore. Il faut enfin signaler que la pratique formelle d’un yidam doit s’accompagner d’une attitude conforme dans sa vie quotidienne, sans relâche.

Il est toutefois admis qu’un disciple puisse recevoir une initiation d’un grand maître sans s’engager à en faire la pratique complète, comme une sorte de bénédiction, une influence spirituelle positive, ou simplement une bonne connexion qui pourra s’épanouir ultérieurement, en cette existence ou en une suivante.

La symbolique du yidam a été transmise par les tantras. Emanant du Bouddha Sakyamouni, elle part d’une lettre tibétaine (ou sanscrite à l’origine) jusqu’au développement de tout un univers. Chaque couleur, attitude, rayonnement, objet a une signification précise. Ces visualisations, parfois complexes, font intervenir plusieurs yidams, eux-mêmes tenant de nombreux objets symboliques. Le méditant se visualise comme étant lui-même le yidam, -parfois double, en yab youm, ou union sexuelle, ce qui heurte notre habitude prise depuis des temps sans commencement de nous identifier à notre corps unique. Le mandala représente tout l’univers indissociable de lui-même, ou lui-même étant au-delà des limites que lui imposent son identification égotique. Il y a donc implicitement une notion de macrocosme-microcosme. Quant aux éléments symboliques : couleurs, rayonnements, objets, etc., leur sens précis n’est souvent qu’évoqué lors de l’indispensable instruction précédant la pratique. Leur sens est enrichi par leurs associations ( dorjé + cloche = union de la méthode ou moyens habiles et de la sagesse ; aux 5 chakras et aux 5 sagesses correspondent 5 couleurs ; etc. ) et ils obéissent à des canons bien définis que l’on peut voir dans les thankas, supports et aide-mémoire de la méditation.

Les symboles ne sont pas l’objet de spéculations intellectuelles, l’important étant de les mettre en oeuvre en soi-même pour amener la transformation interne souhaitée.

Les textes disent et redisent : l’étude, la réflexion et la méditation. L’étude du Dharma est supposée commencée pour être admis à recevoir une initiation. Un enseignement est toutefois requis avant n’importe quelle initiation, évoquant à la fois son origine, sa transmission, les succès qu’elle a permis et ses détails techniques indispensables. Suit nécessairement une certaine réflexion qui se poursuivra tout au long de la pratique complète. Mais la méditation est, de loin, la phase la plus importante, même si les deux précédentes sont indispensables. Il s’agit aussi d’une sorte de transmutation alchimique, c’est-à-dire spirituelle, de l’énergie engagée dans une émotion perturbatrice en une énergie de sagesse.

Une initiation tantrique ne peut avoir d’efficacité que si l’initiant l’a pleinement réalisée, car on ne peut transmettre que ce que l’on a. On peut observer d’ailleurs que n’importe quel lama n’est pas habilité à transmettre n’importe quelle initiation. Remarquons enfin que l’initiation tantrique n’est pas une cérémonie magique transformant le récipiendaire par sa seule vertu mais que l’effort personnel est indispensable. Le pouvoir transmis n’est que celui de pratiquer le yidam.

L’initiation maçonnique présente des similitudes et des différences importantes. D’abord les similitudes.

Il s’agit aussi d’un point de départ (initium signifie, en latin, commencement) et non une opération magique mais d’une sorte d’introduction dans le monde symbolique et spirituel révélé graduellement au fil des années et des cérémonies à ceux qui ont prouvé par leur travaux et leur comportement qu’ils avaient assimilé les connaissances requises et étaient donc aptes à recevoir de nouveaux enseignements symboliques. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », a énoncé notre ancêtre Rabelais.

L’effort personnel est aussi exigé. Il passe par l’étude des symboles, principes et maximes de chaque grade et leur intégration spirituelle, autant qu’il puisse en être jugé dans la mesure où ils s’apprécient à la fois dans l’évolution du comportement et dans la capacité de chacun à l’exprimer non comme une simple retransmission d’un savoir objectif, extérieur à soi-même, mais comme intégré dans sa vie. Toutefois, ce degré d’exigence est évidemment proportionnel à la qualité des membres de la loge.

Avant chaque cérémonie initiatique, le récipiendaire est invité à se recueillir –aussi, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, avant d’entrer en loge- à faire retour sur lui-même et donc à préparer le terrain avant de recevoir la graine, pour poursuivre la métaphore végétale.

Dans les deux cas, bouddhisme et franc-maçonnerie, la méthode est très importante. Il n’y a pas de dogme mais une quête vers la réalisation des qualités potentielles de l’esprit.

Il n’est pas requis de croyance particulière mais plutôt une foi fondée sur la confiance en la validité de la méthode et confirmée par l’expérience, ainsi qu’une foi profonde, dans la maçonnerie traditionnelle, en la transcendance. (Les Constitutions d’Anderson, texte historique de base de la franc-maçonnerie spéculative de 1723, stipule que « le franc-maçon, de par sa tenure et s’i1 connaît bien l’art, ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux »).

Dans les deux cas, le symbolisme est très important en tant que véhicule d’une voie progressive intérieure, c’est-à-dire initiatique. Mais là s’arrêtent sans doute les convergences car l’usage même du symbolisme dans nos deux traditions est différent.

Voyons donc les différences.

La transmission tantrique est effectuée par un maître, éventuellement assisté par d’autres maîtres qu’il a lui-même formés et éventuellement, mais éventuellement seulement, même si c’est pratiquement toujours le cas en Occident, au cours d’une cérémonie dans un temple. Mais l’histoire rapporte des transmissions directes, dans la nature, d’un maître à un disciple, surtout pour les plus grands : de Marpa à Milarepa, de Milarepa à Gampopa, de Tilopa à Naropa, etc. Ce qui est impensable en franc-maçonnerie qui exige un cadre rituel, même si celui-ci peut être mobile et provisoire. Cela souligne l’importance et la qualité du Maître.

Un maître tantrique est un être réalisé dont la sagesse lui évitera toute erreur quant à l’opportunité de la transmission à tel ou tel disciple.

Le Vénérable Maître, comme tous ses frères (et/ou soeurs dans les loges mixtes ou féminines) sauf exception que mon absence de sagesse ne me permettrait même pas de discerner, n’est qu’un initié virtuel, élu généralement pour trois ans à une charge que la plupart seront amenés à exercer au cours de leur vie maçonnique. D’ailleurs, pour lui ramener les pieds sur terre, c’est-à-dire dans sa condition impermanente et interdépendante, dans la plupart des rites et plus particulièrement dans le rite le plus répandu (le REAA), le Vénérable Maître descendant de charge est amené à occuper l’office le plus humble : celui de couvreur.

C’est pour cette raison que l’absence vraisemblable de réalisation spirituelle du maître de loge exige de multiples précautions : cadre rituel précis, élection par ses frères et engagement de respecter les lois maçonniques, contre-pouvoir d’un officier appelé orateur en cas de transgression, formalités pour l’examen du candidat, le tout étant plus ou moins collectif.

En outre, si les deux traditions spirituelles ont en commun de n’être pas dogmatiques mais de comporter une méthode progressive dans le but de développer le progrès intérieur, la franc-maçonnerie ne s’appuie que sur quelques principes alors que le bouddhisme se fonde sur une doctrine très structurée et élaborée, même s’il importe de ne pas y adhérer sans expérience intime, sur la seule autorité de maîtres. La franc-maçonnerie dit, de son côté, par Oswald Wirth : « En initiation, rien ne compte hors ce qui s’accomplit intérieurement. » Mais elle n’a que des principes. Tels que l’homme est perfectible : sans cela, comment espérer progresser ? Ou la vertu. Et, du moins dans la franc-maçonnerie traditionnelle : la foi en la transcendance. En raison de ses origines judéo-chrétiennes, la franc-rnaçonnerie exigeait la croyance en un Dieu créateur et en l’immortalité de l’âme. Mais la franc-maçonnerie traditionnelle, sous ses différentes formes obédentielles, accepte en son sein des bouddhistes, comme vous pouvez le constater, et même au R.E.R. qui est un rite spécifiquement chrétien. Il faut d’ailleurs considérer que la franc-maçonnerie, d’origine plus ancienne que le christianisme, puisqu’elle remonte aux collèges de constructeurs romains, comme l’a démontré Paul Naudon, historien de la franc-maçonnerie, a été christianisée. Il est confonne à sa vocation qu’elle s’ouvre aux grandes spiritualités de son temps et de sa géographie qui est aujourd’hui pratiquement mondiale.

Enfin, parmi les grands principes maçonniques : la bienfaisance, parfois malheureusement abaissée en solidarité, qui implique réciprocité, alors que la bienfaisance, comme le don bouddhiste (la première pararnita), est gratuite, sans attente de retour. Notre frère Henri Dunant, par application de ce principe et par compassion envers les blessés des champs de bataille, fonda la Croix Rouge. Bienfaisance, comme don, est un premier pas vers la sagesse.

La méthode maçonnique est, certes, une méthode de progrès spirituel, mais elle ne définit pas le but. Elle fait appel à l’étude et à la réflexion ainsi qu’à la pratique de la vertu, bien que, sur ce point, elle n’ait pas de remède particulier pour combattre chaque vice, comme le bouddhisme pour les émotions conflictuelles. Disons qu’elle s’en remet à la pratique religieuse (ou philosophique) de ses membres. Elle n’a pas non plus de méditation, au sens oriental du tenne. Tout juste peut-on évoquer que le récipiendaire est invité à penser à la mort et à l’impermanence et à faire un retour sur lui-même dans le cabinet de réflexion (ou chambre de préparation, au RER, où l’on retourne à chaque augmentation de salaire).

Ou encore que la très grande discipline de la loge exige l’immobilité de celui qui à été autorisé à parler, les signes d’ordre évoquant les lieux de certains chakras ou même les gestes que l’on retrouve dans la représentation de certains yidams. Ou enfin, le silence de l’apprenti pour lui apprendre à faire taire son petit moi jacasseur et à s’ouvrir à la transmission initiatique.

Il y a en, franc-maçonnerie, quelques éléments de la méditation, mais rien de comparable ni à chiné, ni à chiné-lhaktong, ni aux méditations sur les yidams. Il n’existe aucune visualisation en franc-rnaçonnerie. Mais la mise en scène des réceptions, ouvertures et fermetures des travaux, peut s’apparenter -d’assez loin parce qu’elle n’est pas intériorisée- à une certaine forme de visualisation avec ténèbres, lumière plus ou moins dense, batteries, invocations et prières, dans des temples qui évoquent le macrocosme avec leur voûte ou dais étoilé et, dans certains rites, la représentation du Soleil et de la Lune.

On peut donc dire que la franc-rnaçonnerie prépare ou incite à l’éveil (ou au salut) mais n’est pas suffisante pour y mener et ne le prétend d’ailleurs pas. Elle se situe plutôt en complément d’une voie spirituelle, lui apportant éventuellement, comme cela fut si souvent nécessaire dans notre dans notre Occident ou Proche-Orient monothéiste, la tolérance, la liberté dans la recherche de la vérité, la relativité des croyances et des rites par rapport à l’ultime, le respect des diverses formes

spirituelles et religieuses.

Je voudrais relever un point commun dans les débuts du bouddhisme et de la franc-maçonnerie : le Bouddha Sakyamouni a admis dans la sangha des disciples de toutes castes et des hors-castes. De même, la franc-maçonnerie d’Ancien Régime a admis en son sein et, sur un pied d’égalité, des sujets des trois Ordres : noblesse, clergé et tiers-état. Ce qui implique leur universalité et leur bienveillance profonde envers tous les humains.

Après ces aperçus sur l’initiation tantrique et maçonnique (mais rassurez-vous, je ne me prends pas pour René Guénon), je voudrais évoquer l’usage si fondamental, mais différent du symbolisme dans les deux traditions.

Le symbole le plus emblématique de la franc-maçonnerie est la construction du temple, soit de Salomon, soit de l’humanité, selon les rites. Dans cette construction, le franc-maçon est, à la fois, la pierre d’abord brute et inutilisable en l’état qu’il doit tailler grâce aux outils qui lui ont été confiés, et le temple lui-même. Il s’agit de s’améliorer soi-même pour améliorer ensuite la société. La franc-maçonnerie est donc un chantier aux dimensions infinies et de caractère spirituel et social, à la fois microcosme et macrocosme. Le compagnon opératif est d’ailleurs appelé à exécuter son chef d’oeuvre en soumettant sa volonté égotique à celle du Créateur, atteignant ainsi l’hannonie parfaite, à l’image de la création divine.

N’est-il pas lui-même créature et créateur ?

Le but général de la franc-maçonnerie, évoqué par ce symbole central, suscite un rapprochement fondamental avec le bouddhisme : la construction d’un mandala. Le mandala ou cercle représente un univers pur selon la vision de l’éveil. Créer un mandala, c’est se mettre en harmonie avec l’univers, dépasser la saisie dualiste. Etre introduit dans le mandala d’un yidam, lors d’une initiation tantrique, c’est substituer sa propre saisie d’un moi illusoire à l’environnement harmonieux et pur du yidam afin d’en acquérir les qualités. En effet, il existe trois aspects dans l’élaboration d’un mandala : le mandala extérieur, le mandala intérieur et le mandala secret. Ces trois mandalas font référence à la vision du monde, du corps et de l’esprit du constructeur. Ils sont fondés sur les cinq éléments : terre, air, eau, feu et espace qui composent à la fois le monde, le corps et l’esprit. La notion de centre est fondamentale dans les deux traditions. En maçonnerie, il est dit qu’il faut rassembler ce qui est épars, ce qui s’entend. à la fois sur le plan social, sur celui de la maçonnerie où doivent être réunis les hommes de haute valeur morale qui, sans elle, s’ignoreraient, et enfin sur le plan intérieur, trouver son propre centre qui est sa nature ultime, son essence, sa potentielle bouddhéité. Les enseignements comparent d’ailleurs souvent cette nature potentielle à l’huile qui est présente dans la graine mais qui n’apparaît pas tant que celle-ci n’a pas été pressée. En maçonnerie, on évoque parfois Dieu comme étant un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Ce qui souligne à quel point le rapprochement est riche avec le mandala ou cercle avec une importante notion de centre qui est aussi le centre du méditant. Enfin, dans les initiations maçonniques, la purification par les quatre éléments est omniprésente. Le cinquième élément, jamais nommé mais suggéré, n’est-il pas ce centre, Dieu en nous, dont le centre est partout et la circonférence nulle part ?

Dans les deux cas, il s’agit bien d’un chantier, avec son caractère impermanent et interdépendant, car les corps de métiers sont solidaires de l’oeuvre. Il est dit aussi que ce temple n’est jamais achevé. Il est en perpétuel devenir jusqu’à l’avènement de la Jérusalem céleste, tout comme le méditant tantrique se met à l’oeuvre pour vider le samsara. Hiram et Tchenrézi, même combat ! Au sujet de ce symbolisme de la pierre et du temple, on peut dire aussi que, comme lorsque l’état de

Bouddha est atteint, le un et le multiple sont transcendés.

De nombreux éléments appelleraient une analyse comparative :

le cube, symbolisant la matière ou le monde, notamment dans le tableau du premier degré du rite Emulation, et la forme cubique de l’étage inférieur des stoupas évoquant le corps d’émanation des Bouddhas ;

l’équerre et le compas avec la cloche et le dorjé ;

le sens de circulation dextrocentrique autour des temples et des stoupas comme autour du pavé mosaïque ; le centre très présent dans la réception du RER et dans plusieurs degrés de perfection du REAA, associé à la lumière et la nature de Bouddha potentielle de tout être ;

l’épée aux significations diverses en maçonnerie mais évoquant, notamment, les potentialités spirituelles de chacun et l’épée avec laquelle les yidams coupent la saisie de l’ego, etc.

Ces innombrables rapprochements ne doivent pas surprendre. Le symbolisme maçonnique est issu de la tradition judéo-chrétienne et l’ultime qu’il suggère ne peut évidemment être différent de l’éveil. Car il ne peut y avoir qu’un ultime, par définition, seules les méthodes pour l’atteindre étant différentes.

Les outils symboliques du maçon méritent aussi d’être rapprochées des moyens habiles que sont les vertus. Le symbolisme maçonnique accorde d’ailleurs une valeur morale aux outils, même si leur hiérarchie diffère. Toutefois, le don, la générosité, première vertu transcendante (paramita) en ce qu’elle attaque la saisie égotique, n’est pas sans rapport avec les outils de l’apprenti : le ciseau et le maillet qui sacrifient la pierre brute à la réalisation du grand oeuvre. Dans cette idée de chantier, enfin, est aussi contenue implicitement cette notion de vacuité, courant continu dépourvu d’existence propre. Le chantier maçonnique est donc marqué par les trois sceaux du bouddhisme -impermanence, interdépendance et vacuité-, que l’on peut rapprocher des trois temples ou des trois degrés de la construction spirituelle maçonnique : la pierre brute à tailler, le temple où l’on travaille qui est orienté, analogue au temple de Salomon et la Jérusalem céleste, temple spirituel dont les dimensions infinies le rendent semblable à l’espace où règne la vraie lumière, association remarquable de l’espace et de la clarté-luminosité des deux premiers kayas.

Dans le bouddhisme, le symbolisme s’exprime sur les thankas (supports de méditation), sur les yidams, la statuaire, les monuments. Les objets rituels que tiennent les yidams, leurs couleurs, les lettres racines, leur développement, leur mandalas, font appel à. des notions bien définies, doctrinales, qui sont ainsi appelées à. être mises en oeuvre en soi, intégrées au lieu d’être simplement saisies par le mental. Elles dépassent le mental, expression dans son agitation ordinaire de la clarté-luminosité de l’esprit en tant que nature de Bouddha en essence. La méditation sur les yidams est un exercice spirituel qui, sous diverses formes, vise à. vaincre l’illusion de l’ego. La connaissance du sens de chaque symbole, des points doctrinaux auxquels ils font référence, sont d’une grande utilité mais moins importante que leur intégration.

Le symbolisme monumental est plus proche dans les deux traditions. Le nombre d’étage, de marches, les formes des différents éléments des temples et des stoupas, leur orientation, ont sensiblement la même valeur dans le bouddhisme et en franc-maçonnerie. Ils font référence, l’un à l’enseignement ou à la vie du Bienheureux, l’autre à des principes de construction analogues du temple spirituel de l’humanité libérée et du temple intérieur du maçon. Ils se rapprochent sans se confondre, justement parce que les monuments bouddhistes ne sont pas des bases de méditation. Ils sont plutôt des sources de bénédiction, des supports matériels de l’influence spirituelle, comme les stoupas, les bannières et les moulins à prière, des rappels et des invitations à la pratique. Ils sont aussi sacrés.

Quant aux temples maçonniques, à l’origine, ils sont simplement nos cathédrales, où leurs constructeurs tenaient leur grandes cérémonies lorsque l’avancement des travaux le permettait. La loge, ou baraque de chantier, où se tenaient les réunions ordinaires, était le lieu de la transmission d’un savoir technique intimement lié à des valeurs spirituelles et morales graduellement enseignées à qui avait fait ses preuves, professionnellement, intellectuenement et spirituellement. La construction des édifices religieux était la méditation en action des francs-maçons opératifs. Ceux-ci étaient, en outre, étroitement associés à des ordres religieux, donc à une doctrine, chrétienne en l’occurrence.

La franc-maçonnerie est devenue spéculative par le nombre grandissant d’acceptés, bourgeois, nobles ou clercs et la disparition des opératifs, soit en raison de l’achèvement d’un chantier, soit, plus généralement, par la régression du nombre d’ouvriers initiés à cause de la raréfaction des commandes d’ouvrage sacrés, voire de chefs d’oeuvre profane, par l’évolution des techniques et du goût, le développement de la production de masse. La franc-maçonnerie spéculative est apparue en France à partir de la fin du XVIle siècle. Il a fallu remplacer les moyens de reconnaissance liés à la pratique du métier par un symbolisme coupé de son exécution matérielle, donc, beaucoup plus mental. Tant que la maçonnerie est restée fidèle à ses sources religieuses, ce symbolisme demeura lié à une pratique spirituelle et conserva une grande valeur, donnant à la religion une dimension d’ouverture et de tolérance, ignorée ailleurs. Elle a très tôt, partout où elle s’est répandue en Europe, réuni catholiques et protestants, même au plus fort des tensions interreligieuses. Il semble que les juifs aient été acceptés en Grande-Bretagne au XVIIIe siècle. Au XIXesiècle, en tout cas, à partir d’Abdel Kader au moins, les musulmans furent initiés à leur tour. La franc-maçonnerie se répandit ainsi dans certains pays musulmans, Afrique du Nord et Proche-Orient. Au XIXe siècle, en Inde, les loges britanniques reçurent aussi des hindouistes et des sikhs. Des bouddhistes, je ne sais ? L’enseignement du Bienheureux avait presque disparu de l’Inde à l’époque. Actuellement, on n’y compte que six millions de disciples, soit une proportion inférieure à celle de la France !

Je ne sais si les premiers bouddhistes franc-maçons datent de cette seconde moitié du XXe siècle, ils sont relativement nombreux, appartenant aux diverses écoles et à l’origine de la fondation de grands centres autour de maîtres spirituels de premier plan.

Les symboles maçonniques suggèrent mais ne commandent pas. Ils demeurent, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, liés à des valeurs spirituelles, ailleurs parfois seulement morales, de caractère humaniste. Mais ils échappent à tout dogmatisme, ne mettant personne en contradiction avec sa propre orthodoxie confessionnelle, en tout cas au plan des principes, mais n’exigeant pas non plus ce genre de fidélité. Ils font appel à une intégration intime, à une compréhension qui, partant de l’étude et de la réflexion, doit si possible être mise en oeuvre dans son comportement et sa vie intérieure.

Toutefois, il est évident que ce symbolisme maçonnique, quoique d’une extrême richesse qui est finalement celle de notre civilisation, n’a pas de méthode d’une efficacité comparable à celle que l’on trouve dans le bouddhisme. N’oublions pas toutefois que la cathédrale gothique était un athanor alchimique où transmuer le vil plomb (l’esprit non maîtrisé, l’être du samsara) en or pur (l’éveil). Il y a donc un rapprochement essentiel, mais dans le cas de la franc-maçonnerie, les méthodes sont devenues théoriques et l’initiation, virtuelle.

Un symbolisme est comme une sorte de miroir de l’esprit. Chacun y voit ce qu’il est capable d’y voir, en fonction de sa culture et de son niveau spirituel. La longue fréquentation des loges ne mène sans doute pas à l’éveil, mais elle apporte, au moins, un autre regard sur soi et sur la société où l’illusion de l’ego n’est sans doute pas vaincue, mais apparaît tout de même comme l’ennemi à vaincre pour qui comprend bien l’art royal.

Le symbolisme maçonnique et sa mise en oeuvre sont remarquablement plastiques. Ils permettent de comprendre, au-delà des mots connotés confessionnenement, et de rapprocher les frères, de dépasser les clivages, de développer tolérance et respect d’autrui sans lesquels toute pratique spirituelle se sclérose.

Le symbolisme maçonnique est surtout celui de outils de construction auxquels sont accordés des valeurs morales et spirituelles mais jamais réductibles à un simple concept. Ils obéissent au principe de la loi d’analogie : se construire soi-même, c’est construire le temple spirituel de l’humanité, la Jérusalem céleste, selon le principe hermétique, « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur. » Partant de là, la voie maçonnique est tout à fait en harmonie avec toutes les grandes voies spirituelles dans ce qu’elles ont d’essentiel. On y trouve aussi, comme dans nos cathédrales, des symboles d’origine alchimique, kabbalistique et rosicrucienne.

Cette approche des symboles se fait soit en loge, collectivement, par la lecture d’une planche d’instruction ou par l’exposé d’un débutant sur ce qu’il commence à intégrer, soit de maître à apprenti ou compagnon, hors de la loge. Intérieurement, elle se fait par la réception de ces enseignements maçonniques, des lectures, la réflexion et la mise en oeuvre par les cérémonies.

Dans celles-ci, la loge représente l’univers. Les officiers y sont placés avec des différences selon les rites, mais de telle sorte qu’ils représentent le fonctionnement de cette grande horlogerie. Le Vénérable Maître représente le Soleil et siège à l’Orient où il se lève, etc. Les divers officiers, aux charges transitoires et électives, réservées aux maîtres, portent les insignes de leur fonction sur leur sautoir : un instrument de construction ou de travail.

Le secret est avant tout l’apprentissage du silence intérieur et le contrôle de la parole, accessoirement la protection contre les indiscrétions et, dans ce cas, il n’a pas plus de valeur que le mot de passe de la sentinelle.

A souligner une autre forte et étonnante parenté entre les deux traditions sur un terrain fondamental. Les trois sceaux du bouddhisme sont que tous les êtres et phénomènes sont impermanents, interdépendants et vacuité. Malgré la recherche explicite de permanence et les notions de base de Dieu créateur et d’âme immortelle, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, notions apparemment opposées à la doctrine bouddhiste, la franc-maçonnerie véhicule, peut-être à son insu, et depuis plusieurs siècles, un enseignement ésotérique et rituel en concordance avec de Dharma, en particulier avec la méditation sur les yidams. En effet, la franc-maçonnerie fait vivre et met en oeuvre un monde symbolique créé par ses membres, avec ses rythmes, ses heures, son fonctionnement propre, entièrement chargé de sens à découvrir et cohérent jusque dans ses moindres détails, créant un autre temps et un autre espace.

Aussi l’ouverture des travaux présente-t-elle une certaine analogie avec la phase de création de la méditation, le déroulement des cérémonies avec la phase de développement et la clôture avec la phase de dissolution. Beaucoup d’éléments rituels et symboliques évoquent 1’impermanence, soit sous forme de mort, soit sous forme de changement constant, ininterrompu. Le temple est toujours à construire, seul le chantier est permanent. Mais qu’y a-t-il de plus changeant qu’un chantier ? Les heures rythment une vie éphémère qui ne s’arrête pas à sa manifestation présente dans la répétition infinie de cette chaîne faite de maillons imperrnanents sans cesse renouvelés.

La différence entre les deux est que, dans le Dharma, la transmission se fait individuellement, de Maître à disciple, même lors de cérémonies collectives, alors qu’en franc-maçonnerie, elle ne peut être s’exercer que collectivement avec un nombre minimal requis de membres pour que le rite puisse être accompli.

J’ai évoqué plus haut cet aspect, soulignant que ce cadre rituel était une sorte d’ersatz pour pallier (en partie seulement) l’absence de réalisation spirituelle, puisqu’en franc-maçonnerie on demeure dans le virtuel. D’ailleurs, en ce cas de réalisation authentique, qui la reconnaîtrait ? Les Maîtres bouddhistes se reconnaissent les uns les autres et chacun sait où il en est, alors qu’en franc-maçonnerie, on n’est franc-maçon que parce que ses frères vous reconnaissent comme tel. La toute petite sagesse d’hommes de bonne volonté et chercheurs sincères de vérité vient se substituer à l’autorité fondée sur une réalisation spirituelle authentique. Quel autre moyen concevoir sans la présence d’un Maître réalisé ?

L’initiation maçonnique est virtuelle par rapport au métier des opératifs et à la réalisation spirituelle. Elle ne peut donc que prévoir des garde-fou, ou des bornes dont la pratique de la vertu -base de toute spiritualité-, la reconnaissance réciproque et une transmission aussi horizontale : échange de témoignages, d’expériences personnelles et enfin la pratique complémentaire d’une religion. Ce dernier point n’est pas vraiment exigé formellement mais, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, elle est sans cesse suggérée. Elle allait d’ailleurs de soi jusqu’au XVIIIe siècle. La franc-maçonnerie apparaît donc comme une tradition spirituelle de complément, la transmission verticale étant supposée obtenue dans le cadre religieux avec une autre transmission verticale plus modeste, disons d’ouvrier expérimenté à débutant, et horizontale d’échanges entre pairs. La franc-maçonnerie n’est pas une religion, sans quoi sa vocation à réunir tous les hommes de haute valeur morale appartenant à diverses religions serait absurde. Elle a surtout l’immense mérite d’avoir, à notre époque matérialiste, maintenu dans ses rituels quelques fondements de la spiritualité dans ce qu’elle a d’essentiel, écrin ayant gardé la trace de la splendeur de tel joyau primitif. Malgré ses sources chrétiennes, du moins dans sa partie historique que nous connaissons à peu près, la franc-maçonnerie n’est pas une, pas plus que le message religieux. Elle en rappelle toutefois l’essence et sa mise en pratique dans la vie de métier. Elle n’est pas une voie contemplative mais unit la contemplation et le travail. Elle facilite donc son intégration dans le monde occidental ou tout simplement moderne.

Et j’ajouterai aussi, par expérience, que même les loges les plus éloignées de leurs sources véhiculent une certaine incitation à une quête spirituelle et à une incontestable générosité. Chaque loge, finalement, transmet ce qu’il y a de meilleur en chacun de ses membres et le plus exigeant va souvent chercher ailleurs ce qu’il n’a pas trouvé dans sa loge mère, sans pour autant la renier. Un fort courant, depuis une trentaine d’années, traverse toutes les obédiences, dans le sens d’un retour aux sources et à la redécouverte de la vocation spirituelle de l’ordre qui est la transformation intérieure de l’individu et non la transformation politique, sociale ou économique de la société. Bien évidemment, ce courant est très variable en intensité et en profondeur, mais il est général.

Cette quête commune de vérité, reconnaissant l’ultime, par la religion, mais acceptant de vivre dans la relativité du chantier, chantier du progrès spirituel, de l’échange, de l’amour fraternel, de la communication authentique, voire de la communion spirituelle, c’est la franc-maçonnerie. Telles sont ses limites évidentes mais aussi sa grandeur, sa véritable bienfaisance largement prônée par son histoire et toujours en vigueur, sa profonde utilité.

Son ouverture et sa tolérance ont permis à cette tradition d’inspiration judéo-chrétienne de s’ouvrir aux bonddhistes. Nombreux sont les frères et les soeurs parmi les disciples, les bienfaiteurs du Dharma, voire parmi ceux qui ont aidé à la fondation de grands centres bouddhistes. Il est patent qu’il y a une affinité profonde entre bouddhisme et franc.maçonnerie, ne serait-ce que dans cette quête non dogmatique mais qui respecte aussi les dogmes des uns et des autres. La double appartenance au bouddhisme et à la franc-maçonnerie permet aussi, probablement, à chacun de nous, de continuer à développer sa spiritualité bouddhiste dans un cadre occidental, en accord avec sa culture et sa tradition. Pour Edgard Morin : « L’Occident s’est fait en refoulant son propre Orient, pensée analogique, traditions mystiques, fondées sur le symbole. » Je pense, qu’en large part, les contacts du bouddhisme et de la franc-maçonnerie sont des retrouvailles permettant, sous une forme apparemment nouvelle, de réconcilier conscient et inconscient, raison et intuition, sur un cheminement universel. Cette relation du bouddhisme et de la franc-maçonnerie me semble pleine d’avenir.

Puissé-je, en évoquant l’un et l’autre, malgré mon absence de sagesse et mon faible discernement, n’en avoir trahi aucun mais au contraire avoir contribuer au bien des êtres !

Source : http://www.buddhaline.net/

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Bouddhisme et franc-maçonnerie : présentation et historique de deux traditions et de leur mode de transmission

5 Novembre 2012 , Rédigé par Lama Denys Publié dans #spiritualité

Le terme bouddhisme est apparu vers 1825. C’est ce que nous apprend Roger-Paul Doit dans un de ses derniers livres. Bouddhisme est un néologisme qui n’est pas très heureux pour rendre justice à la tradition du Bouddha. Donc, nous parlerons plutôt de Dharma ou de tradition du Bouddha, entendu qu’il n’est pas plus juste, de notre point de vue, de parler de bouddhisme qu’il ne le serait de parler de franc-maçonnisme avec tout ce que "bouddhisme" implique de théories, de doctrines.

La voie du Bouddha

Il faut s’imaginer, à son origine, le Bouddha, vingt-cinq siècles auparavant, au centre de l’Inde à Bodhgaya, sous l’arbre de la Bodhi. Il enseigna à partir d’une expérience -l’éveil-, un important canon qui se diffusa vers le Sud, jusqu’à l’océan, Ceylan, Sumatra, Bornéo, et vers le Nord, au Tibet, puis par la route de la soie en Chine, au Japon, en Corée et vers l’Ouest jusqu’aux confins du monde grec. L’enseignement du Bouddha, le Dharma, est, d’une certaine façon, le fond commun de la vision traditionnelle de l’Orient. En tout cas il est largement son dénominateur commun.

Le thème de notre rencontre est tradition/transmission. Depuis le Bouddha, depuis vingt-cinq siècles, une filiation s’est perpétuée. Elle nous a transmis... Que nous a -t-elle transmis ? Tout d’abord, au centre du Dharma, il y a une expérience : l’expérience de l’éveil. En termes de transmission, l’accent est mis sur l’expérience. C’est le vécu qui est ici très important. Il ne s’agit pas d’une philosophie, ni d’une métaphysique, encore moins d’une théologie, ni d’une vérité écrite, inscrite de façon définitive, même s’il y a un corpus énorme de textes d’enseignements. Le coeur de la transmission du Bouddha est une expérience : l’expérience de l’éveil, l’expérience du Bouddha, l’expérience de la nature de Bouddha. Elle peut se nommer aussi expérience de l’intelligence en soi, expérience de la claire lumière, expérience immédiate, directe, de l’état de présence. C’est cet état de présence direct, immédiat, non dualiste, qui a inspiré l’enseignement du Bouddha, le Dharma comme moyen offert - pour ceux qui le souhaitent - de découvrir cet état, cette expérience fondamentale et la réintégrer. Car elle est notre nature la plus profonde, la plus intime. Cette expérience se nomme en sanscrit. "bouddhayana", l’intelligence immédiate d’un Bouddha. Il y a donc dans la transmission un aspect central, fondamental, qui est de l’ordre du vécu, puis un enseignement qui rend compte de ce vécu et sert de tremplin, d’accès, à la réalisation de celui-ci. On présente traditionnellement le Dharma en trois points : sa vision, son ou ses points de vue, ensuite la méditation ou la qualité d’expérience dans la vie, puis, la discipline. La vision du Bouddha est d’abord celle du non-soi. La découverte que ce que nous sommes et que ce que nous vivons n’est pas une expérience solide, monolithique, statique, ou une réalité en soi, inhérente, comme nous avons tendance à le percevoir. Cette vision du non-soi se traduit aussi comme la vision de l’interdépendance, dans la mesure où il n’est rien qui n’existe en soi et par soi. Toute chose, tout ce que nous vivons, tout ce que nous sommes, tout ce que nous expérimentons, existe et n’existe qu’en tant qu’événements interdépendants. Tout ce qui est inter-est n’est (naît) que dans l’inter-être, dans l’inter-relation, dans l’interdépendance. C’est cette vision qui est connue comme celle de la vacuité. Vacuité et interdépendance sont à entendre comme synonymes. Cette vision débouche aussi sur cette expérience que nous avons appelée "état de présence". Lorsque la conscience habituelle se dégage de ses illusions, de ses fixations, elle s’ouvre à une expérience de clarté, de lucidité qui se comprend, s’expérimente en elle-même et c’est cette lucidité auto connaissante en soi, cette intelligence en soi qui est nommée expérience d’éveil, nature de Bouddha, ou plénitude de l’expérience de vacuité. Voici, très schématiquement, quelques aspects de la vision du Dharma. Sa pratique est, extérieurement, une discipline d’action fondée sur la compassion et, intérieurement, une qualité d’expérience que l’on nomme habituellement méditation. Le terme de méditation est assez impropre au sens où ce dont il s’agit est une expérience d’ouverture, de lucidité, une expérience de présence, de vigilance, d’attention : une présence attentive, vigile dans une qualité d’expérience ouverte, dégagée, claire. Il est différentes façons de découvrir et de cultiver cette expérience. La méditation assise le permet dans les maintes formes des différentes traditions selon leurs aspects, leurs lignées. Puis, il s’agit surtout d’intégrer cette qualité de présence, d’ouverture vigile et lucide, dans les faits et gestes de la vie quotidienne. Il est ensuite une relation entre cette qualité d’expérience et l’action : c’est ce que l’on entend par discipline. Extérieurement, l’éthique du Dharma, ou discipline, est fondée sur la compassion entendue comme un état de non-agression, de non-violence. Nous entendons par compassion cette attitude ouverte, cette intelligence du coeur qui est à la fois réceptivité, disponibilité au-delà des blocages. C’est cette qualité de compassion, de non-violence, qui est le fondement, le coeur de l’éthique du Dharma. Cette éthique peut être dite universelle. Elle recoupe très largement une éthique que l’on pourrait dire monothéiste, chrétienne, à cette différence près qu’il y a dans la perspective bouddhiste une vision beaucoup plus médicale, fondée sur l’harmonie et sur la compassion plutôt qu’une perspective plus juridique fondée sur les commandements et des arguments d’autorité.

Présentation de la franc-maçonnerie : Alain Lorand

A la différence de Lama Denys, qui est un maître dans le bouddhisme, je n’ai de leçon de franc-maçonnerie à donner à personne. Ma présentation de la franc-maçonnerie sera la plus large, la plus exhaustive possible, et, bien sûr, reflètera la façon, qu’à titre personnel, je vois la franc-maçonnerie. Cette présentation est à l’attention des non-maçons. Les maçons n’apprendront certainement rien de nouveau. Comme nous sommes dans le thème tradition et transmission, je tiens à vous faire part de ma petite transmission à moi. Je voudrais rappeler trois frères qui sont passés à l’Orient éternel et qui ont été mes maîtres, en quelque sorte : les frères Gaston Chazette, Francis Viaud et N’Guyen Tanh Khiet. C’est ma petite lignée personnelle, à laquelle je tenais à rendre hommage parce que, si ces frères n’avaient pas été là, je ne serais pas là non plus en train de vous parler de la franc-maçonnerie ! Il y a un rattachement qui ne remonte pas à vingt-cinq siècles mais qui est néanmoins existant car eux-mêmes se rattachaient à ..., qui se rattachaient à..., etc.

Donc, très respectable Lama Denys, frères et soeurs de la congrégation, frères et soeurs en vos grades et qualités, chers amis, pour cette présentation de la franc-maçonnerie, je ne vais pas reprendre le travail fourni par le frère Jean-Pierre Schnetzler lors du premier colloque et qui figure in extenso dans le livre que l’on vous a présenté. Je vais décrire l’historique, la genèse, de la franc-maçonnerie moderne. J’insisterai sur ce qui l’anime, sur l’esprit maçonnique et ce qui fait son originalité. Pour définir la franc-maçonnerie, je vais reprendre les termes du programme du colloque. La franc-maçonnerie est un ordre initiatique, traditionnel, d’origine artisanale, fondée sur le symbolisme de la construction et ayant son origine dans les initiations antiques des constructeurs développées en milieu judéo-chrétien. Sa vocation est universelle. La franc-maçonnerie a pour objet de construire le temple intérieur fm de réaliser le temple extérieur, c’est-à-dire une société fraternelle. En 1723, en Angleterre, le pasteur Désaguliers dédicace au duc de Montaigu la Constitution comprenant l’histoire, lois, obligations, ordonnances, règlements et usages de la respectable confrérie des francs-maçons. C’est de ce document fondamental que naît la franc-maçonnerie d’origine anglaise, chrétienne et protestante. Tout phénomène ayant une cause, que se passait-il donc, à cette époqne et en ce lieu ? En 1710, Georges 1er de Hanovre, donc allemand, monte sur le trône d’Angleterre et s’adresse à ses sujets lors de son discours inaugural, en latin et en français, car il ne connaissait pas l’Anglais. Traumatisés par les luttes entre les stuartistes, les papistes, les Hanovriens, et j’en passe, une élite à dominante protestante cherche à se rassembler, à réunir ce qui est épars, en trouvant un dénominateur commun, un élément de croyances minimales sur lequel s’entendraient les hommes d’honneur. En 1723, en Angleterre, l’individu qui se proclamait athée ne pouvait être qu’un stupide complet ou un libertin notoirement corrompu par oubli ou, plus, par mépris des lois de son Créateur. Tout porte à croire que les fondateurs, en 1723, n’avaient aucunement l’intention de fonder une nouvelle religion ou une secte. Ils avaient le désir de rassembler le plus grand nombre possible de gentlemen en laissant les querelles religieuses au vestiaire et en déposant les métaux, comme l’on dit, à la porte du temple. Leur but était de se rassembler, autour d’un idéal spirituel, d’un besoin de solidarité et de fraternité, dans le secret et la liberté de la loge, hors des Eglises et des corps constitués. Cet idéal est resté le même aujourd’hui. Mais d’où vient le terme franc-maçon ? Les francs-maçons sont des constructeurs, donc des maçons. Au moyen-âge, l’apprenti, le compagnon et le maître d’une corporation médiévale donnaient à leur labeur un caractère sacré. La cité humaine était une ébauche de la cité divine. Le travail fait avec amour devenait une prière. Il avait un caractère sacré s’il était exécuté avec un état d’esprit se référant à la tradition. Au moyen-âge, maçon signifiait tout à la fois ouvrier, conducteur de travaux et architecte. On distinguait les maçons ordinaires ou rough-masons et les maçons instruits ou free-masons. Ces free-masons étaient groupés en corporations puissantes dans toute la chrétienté. Nous leur devons les chefs-d’oeuvre du roman et de l’ogival. Ils circulaient librement d’un royaume à l’autre, au gré des chantiers. Ils jouissaient de privilèges matériels et d’une certaine liberté de pensée. Fiers d’être une élite, ils se protégeaient par des barrières de secrets traditionnels et se recrutaient par cooptation. Ils se réunissaient dans un lieu clos, à l’écart des autres, dans un local nommé loge. Ils formaient des apprentis cooptés à une discipline sévère en veillant à leur instruction technique et sur leur valeur morale. En effet, une grande oeuvre n’est réalisée que si l’on garde le coeur pur. Pour se distinguer des rough-masons et autres manoeuvres, les free-masons échangeaient entre eux des signes, mots et gestes qui leur servaient de passeport et de reconnaissance dans leurs déplacements. Eux seuls savaient manier certains outils, appliquaient des règles de mécanique, de projection, de trigonométrie leur permettant de tracer les plans et de dégrossir une pierre brute jusqu’à ce qu’elle devienne une clef de voûte. Il n’y avait pas de livre imprimés, donc beaucoup d’analphabètes dans leurs rangs. L’enseignement se transmettait oralement, dans le secret des loges, en utilisant largement les symboles. Lorsque l’âge des cathédrales déclina, on cessa d’utiliser les maillets et les ciseaux pour construire. Vint alors, l’ère des outils symboliques pour tailler les esprits et bâtir les cathédrales spirituelles : les temples intérieurs. Telle fut la naissance de la franc-maçonnerie moderne dite spéculative (du latin speculare qui signifie qui observe) qui a pour objet l’étude des faits de conscience. Il est remarquable de constater que les sociétés recrutant par cooptation et se protégeant par des secrets fonctionnent sur un modèle standard. Ce type de sociétés date de l’aube de la civilisation. Elles s’imposent pour mission essentielle d’être gardiennes d’une forme élaborée de la vérité qui serait inassimilable voire dangereuse pour le tout-venant et d’initier leurs membres par transmission directe, les chaînons se prolongeant d’un côté vers le lointain passé et l’autre vers l’avenir selon ce que les hermétistes appelaient la chaîne d’or d’Homère. A l’origine de chaque société, est une proclamation du ou des fondateurs qui, en quelque sorte, s’auto-initient. Le fait de résister à l’usure du temps et de perdurer sanctifie toute institution qui tend à faire reculer le plus loin possible son origine en perdant celle-ci dans le passé le plus lointain. Ce qui en augmente considérablement le mystère. L’initiation en général et maçonnique en particulier se confère par des rituels obéissant à la thématique suivante, commune à toutes les sociétés qui fonctionnent par cooptation et initiation :

1) choix et consécration d’un lieu sacré, templum, temporaire ou définitif ;

2) éloignement des profanes, ou de ceux qui n’ont pas atteint le degré où s’ouvre la cérémonie ;

3) ouverture des travaux par un personnage qualifié qui consacre l’espace et le temps ;

4) introduction, mort et résurrection symbolique du candidat ;

5) épreuves sous formes de voyages et purification, le plus souvent, par les quatre éléments alchimiques, terre, feu, air et eau ;

6) psychodrame évoquant la vie d’un personnage archétypique, à l’origine de la société ;

7) prestation par le néophyte d’un serment solennel qui le lie ad vitam à l’association et à ses frères ;

8) marques d’une personnalité nouvelle, nom mystique, âge symbolique ; vêture particulière, tablier du franc-maçon, épée et éperon du chevalier, canne du compagnon ;

9) transmission dles moyens de reconnaissance, signes, mots, gestes, attouchements, marches ;

l0) il lui est dévoilé, directement ou allusivement, les idéaux de la société ;

11) retour au monde devenu profane (du latin pro, en avant et fanum, temple), marqué par une libation, un repas cérémoniel, voire une orgie (Est-ce au programme ? Lama Denys confirme. Rires).

Ces rites de retour ne font pas perdre les qualités d’initié qui sont gardées pour l’éternité.

La rituélie met en oeuvre des symboles s’adressant aux cinq sens car seule la forme permet d’accéder à la non-forme, à l’informel. Tout ce squelette, cette carrosserie symbolique, fonctionne remarquablement. Mais tout va dépendre de ce qui l’anime et du pilote qui orientera vers le bien ou le mal, le noir ou le blanc, le bien des êtres ou leur asservissement. Les forces de la contre-initiation dont parle René Guénon sont aussi à l’oeuvre. Très proches de nous, les nazis ont largement utilisé ces procédés jusqu’à l’emploi de la croix gammée, notamment. Donc, il faut se méfier. Qu’est-ce donc qui anime l’ordre maçonnique ? Quels sont les buts qu’il se propose d’atteindre ? Quels moyens met-i1 à disposition ? En entrant en franc-maçonnerie, il n’y a pas à adhérer à un programme prédéfini, à croire les enseignements d’un fondateur éclairé. On devient franc-maçon petit à petit, au fil du temps, par imprégnation, par osmose. Par le travail en loge. C’est en maçonnant que l’on devient franc-maçon. Pour gravir les échelons, il est une sorte une vérification des connaissances. Ce qui sous-tend le tout, c’est une foi, une foi dans le sens de confiance, une foi inaltérable dans l’individu et sa perfectibilité incessante. Le franc-maçon, femme ou homme, se veut libre autant que faire ce peut et désir améliorer, élever les hommes, ses frères, et améliorer la société humaine en la rendant fraternelle. La micro-société de la loge doit servir de modèle, de maquette à la société en générale. Ce qui se traduit "par répandre en dehors du temple les vérités qu’il y aura acquises". C’est par le dialogue, la non-violence, en ayant laissé les certitudes politiques religieuses ou autres, dans un esprit d’ouverture et de tolérance, que le franc-maçon souhaite contribuer à l’apaisement des conflits jusqu’à ce qu’enfin la lumière chasse les ténèbres et que l’ordre se substitue au chaos. Comment procéder pour que des honunes et des femmes venant d’horizons très différents finissent par se reconnaître comme frères et soeurs, par développer une réelle fraternité où le sens de l’entraide naîtra spontanément ? C’est toujours et uniquement par la pratique, la pratique du travail en loge, dans un cadre rituel, avec l’aide de symboles, que l’on finit par se sentir franc-maçon et que l’on est reconnu comme tel par la communauté fraternelle. Juste avant de procéder à l’initiation du profane, celui-ci descend dans une cave éclairée d’une bougie, rappel de la graine que l’on enfouit en terre et qui doit mourir pour devenir épi. Au mur, une inscription reprenant les premières lettres d’une formule alchimique V.I.T.R.I.O.L., signifiant : "visite l’intérieur de la terre et tu y trouveras la pierre cachée". C’est donc, avant même le départ, une invitation pressante à cultiver le regard intérieur, à se connaître soi-même. C’est une invitation au "connais-toi toi-même", au "gnôthi seauton" maxime écrite au fronton du temple de Delphes et adoptée par Socrate. N’est-ce pas là une injonction à la méditation, à calmer et à voir le fond de l’esprit ? Cette recommandation n’est, hélas, complétée par aucune instruction technique sur le comment faire, ni par aucune disposition pour en réaliser le suivi. C’est là le point fondamental qui, à mon sens manque, et où l’enseignement du Bouddha peut apporte une aide inestimable. Néanmoins au fil des ans, en loge, par la pratique de l’écoute fraternelle et compatissante, le franc-maçon viendra à penser par lui-même, à construire ses propres vérités, à être son propre flambeau. Cette qualité de pensée libre lui attirera les foudres de tous les totalitarismes, politiques et autres, de tout dogmatisme sans exception. S’il est difficile de cerner avec précision les contenus de l’esprit maçonnique, il est en revanche facile d’en définir les adversaires. Ce sont les mêmes qui ont détruit les universités bouddhistes en Inde, qui ont incendié la bibliothèque d’Alexandrie, les synagogues, allumé les bûchers de l’Inquisition, exterminé les cathares et, en islam, exterminés les babis, édifié les camps de la mort etc., le catalogue serait sans fin. Les trois mauvais compagnons : l’ignorance, le fanatisme et le mensonge, rôdent toujours. Ils sont actifs et réveillent sans cesse les forces obscures tapies au fond de nos esprits.

A la veille du XXIe siècle, dans deux ans, les forces de lumière et de tolérance doivent contribuer à prendre conscience, à faire prendre conscience à l’humanité, que seule la paix intérieure permettra de réaliser la paix extérieure. J’ai un peu étudié l’enseignement du Bouddha. Deux points, en tant que franc-maçon, m’ont interpellé. Le premier est : "Ne croyez pas ce que je dis, mais en pratiquant mon enseignement, voyez et observez les résultats. Le second est : "Ne jetez pas le trouble dans les croyances d’autrui, toutes les spiritualités sont respectables."En conclusion, qui mieux que la poésie pourrait tenter de cerner la subtilité, le parfum, l’essence de l’esprit maçonnique. Voici quelques extraits d’un poème écrit en 1896 par le frère Rudyard Kipling de retour en Angleterre après un séjour en Inde. Il s’intitule La Loge mère.

"II y avait Rundle, le chef de station,

Beazeley, des voies et travaux,

Ackmam, de l’intendance,

Dankin, de la prison,

Et Blacke, le sergent instructeur,

Qui fut deux fois notre Vénérable,

Et aussi le vieux Franjee Eduljee

Qui tenait le magasin « Aux denrées européennes ».

Dehors, on se disait : « Sergent, monsieur, salut, salam. »

Dedans c’était : "Mon Frère", et c’était très bien ainsi.

Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.

Moi, j’étais second diacre dans ma loge-mère, là-bas.

Comme nous nous en revenions à cheval,

Mahomet, Dieu et Shiva

Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Combien je voudrais les revoir tous

Ceux de ma loge-mère, là-bas !

Dehors, on se disait : « Sergent, monsieur, salut, salam. »

Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.

Comme je voudrais les revoir,

Mes frères noirs et bruns,

Et me retrouver parfait maçon,

Une fois encore, dans ma loge d’autrefois. »

Que l’esprit de tolérance, d’amour et de fraternité éclaire et dirige les travaux de ce deuxième colloque franc—maçonnerie et bouddhisme.

J’ai dit.

Source : http://www.buddhaline.net/

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Le Bouddhisme et le Franc-Maçon

5 Novembre 2012 , Rédigé par Matthieu Belier Publié dans #spiritualité

« Le bouddhisme est athée en ce sens qu'il ne reconnaît pas un dieu créateur ; il s'appuie sur l'auto- création, considérant que nos actions modèlent chaque action de notre vie ; de ce point de vue, le bouddhisme n'est pas une religion mais une science de l'esprit ». Dalaï- Lama

"Aussi longtemps que les êtres vivront, aussi longtemps que l'espace perdurera, je resterai afin de servir et d'apporter ma modeste contribution au bien-être d'autrui."
Shantideva.

INTRODUCTION

Les débuts de la philosophie en Inde sont consignés dans les Véda (savoir ).
Les Véda sont un ensemble d'écrits volumineux réservés à l'usage culturel des prêtres ; ils rassemblent les savoirs mythologique et religieux des 1ers temps de la civilisation. Les parties les plus anciennes remonteraient à + / - 1500 avantJC.
Les Véda comprennent 4 parties :
- Rigvéda (hymne de louange )
- Sâmavéda (chants )
- Ayurvéda (formules sacrificielles )
- Altharvadéva ( formules magiques )
Leurs ont été adjoints les textes explicatifs suivants :
- les Brahmana : expliquent le sens et la finalité des sacrifices et le bon emploi des formules
- les Upanishad, philosophiquement les plus importants ,ils contiennent les textes fondamentaux de la philosophie indienne : la doctrine de Karma et de la réincarnation, la pensée unifiante de l'identification d'Atman et Brahman.
A partir d'environ 500 av JC commence l'époque des systèmes philosophiques classiques. A la différence de la sphère de pensée plutôt fermée de la période védique, apparaissent des écoles de pensée diverses.
Toutes se rejoignent derrière le fait que la personne s'efface derrière l'œuvre et que les dates historiques n'aient pas une grande importance.
Progressivement, la philosophie échappe aux prêtres (les brahmanes ) et entre dans d'autres couches de la population.
On distingue :
- les systèmes orthodoxes qui reconnaissent l'autorité des Védas comme révélation (Sâmkhya et Yoga, Nyâya et Vaisehiska, Vedânta et Mîmâmsâ
- les systèmes non orthodoxes au nombre desquels figurent le BOUDDHISME.

Outre le pays d'origine, il en existe des écoles différentes : tibétaine, vietnamienne, japonaise …

I - LES PRINCIPES GENERAUX

L'enseignement du bouddha ne se réduit ni à une philosophie, ni à une religion, ni même à un système éthique : c'est une pratique.
A la différence d'une religion, il ne fait appel ni à une croyance ni à un acte d'adoration.
Il invite au travail sur soi ; au delà d'un système éthique, il est un moyen de délivrance. C'est un moyen qui mène à l'Eveil, à la connaissance véritable des Etres et des Choses, à la délivrance radicale de la souffrance.
Bouddha a dit : " ne vous fiez point aux oui-dire, à la tradition, à l'autorité des textes religieux, aux suppositions, à la simple logique, à ce que dit l'ascète. Mais quand vous avez vu ces choses par vous-même, elles sont immorales, mauvaises, blâmées par les sages ; exécutées, elles conduisent à la ruine et à la souffrance ; alors vous les repoussez.
Quand vous avez vu par vous-même, elles sont louées par les sages, morales, non blamables, conduisent au bien être et au bonheur, c'est alors que vous les pratiquez ".
Le dalaî lama affirme : les mêmes idéaux d'amour sont à la racine des principales religions de ce monde. Bouddha, Christ, Confucius, Zoroastre …enseignent avant tout l'Amour.
Hindouisme, Islam, Jaïnisme, Judaïsme, Loi sikh, Taoïsme …ont un but identique.
Toutes les pratiques spirituelles visent la progression bénéfique de l'humanité.

I1 - le fondateur du bouddhisme

Siddhârta du clan des Gautama était un jeune prince avant de devenir Bouddha c.a.d l'Eveillé.
Il appartenait à la caste des guerriers et vivait au 6ème ou 5ème siècle avant JC dans la sécurité d'un palais sis au nord de l'Inde proche de l'actuel Népal. A 16 ans, il épouse Yasodhara qui lui donne un garçon.
4 rencontres bousculent sa vie: avec un vieillard, avec un malade, avec un cadavre et enfin avec un moine errant.
Renonçant aux plaisirs , il devient ascète en quête d'une solution aux souffrances de l'humanité
Pendant 6 ans, il rencontre des religieux célèbres, se soumet à des pratiques rigoureuses et austères qui ne le satisfont pas : il rejette les extrêmes du plaisir et de la mortification.
Il décide de vivre sous un arbre jusqu'à l'extrême compréhension des choses de la vie. Il connaît l'éveil à 35 ans ; pendant les 45 années suivantes, il se consacre à faire connaître la voie qui permet de sortir de la souffrance.

I2 - le texte fondateur

Reconnu par tous , il s'agit du sermon des 4 NOBLES VERITES. Bouddha agit en médecin :
Les quatre vérités sont la base même du bouddhisme, les fondements de la doctrine révélée par Bouddha après être parvenu à l'éveil. Comprendre les quatre nobles vérités c'est comprendre le sens et la profondeur du message de Bouddha.

1ère vérité, il pose le constat de la maladie
Pour Bouddha, toute la vie : de la naissance à la mort, des liens aux séparations, peut devenir source de frustration. La souffrance est partout.
L'originalité de la philosophie bouddhiste est de considérer que chaque Etre ou chaque " moi " est une combinaison de forces physiques et mental en perpétuel changement.
Cette combinaison dynamique peut être divisée en 5 groupes : la matière, les sensations, les perceptions, les formations mentales, la conscience.
Pour le bouddhiste, il n'y a pas d'esprit permanent appelé " soi " ou " âme ". Le " JE " source de tous les attachements et de toutes les aversions n'a pas d'identité véritable
Dans cette vérité, Bouddha montre que la souffrance (dukkha) est universelle. Tous les êtres sont touchés par la souffrance, qui est partout dans ce monde. Elle peut être physique (maladie, vieillesse... comme lors des quatre rencontres de Siddartha) ou encore morale. Elle peut être causée aussi par l'insuffisance, l'imperfection, l'impermanence de toute chose et l'insatisfaction perpétuelle de l'homme.
Bouddha affirme que :
"La naissance est dukkha, la maladie est dukkha, la mort est dukkha. La tristesse, les lamentations, la douleur, le chagrin et le désespoir sont dukkha. Etre en contact avec ce que l'on aime pas est dukkha, être séparé de ce que l'on aime est dukkha, ne pas obtenir ce que l'on désire est dukkha. Les cinq agrégats d'attachement sont dukkha." Cette citation résume bien le fait que la souffrance est universelle.

2ème vérité, Samudaya : il donne son diagnostic
La cause de la souffrance est cette soif ou convoitise, d'appropriation, de possession ; elle produit la ré-existence et le re-devenir liés à une avidité passionnée trouvant une nouvelle jouissance ici ou là dans le plaisir des sens, de l'existence, du devenir, de la non-existence (auto-annihiliation ). Elle vient de l'ignorance qui fait croire qu'un " Soi " existe et que des possessions rendent heureux. Tant que l'Homme est esclave de son attachement, de son aversion, d'une affirmation de lui-même, d'une volonté d'anéantissement, il continue à transmigrer d'une existence à l'autre.
Cette souffrance universelle à une cause, le désir. Le désir de posséder les choses ou les êtres, d'idéal, du pouvoir. Le désir ne meurt jamais car il renaît à mesure qu'on le satisfait. Les êtres sont enchaînés au désir et c'est l'origine de la souffrance. L'attachement est une cause de souffrance, ainsi que l'ignorance ou le refus de la connaissance (ou en être privé). La souffrance n'est pas une fatalité, elle est due à la volonté d'obtenir toujours plus, de pouvoir satisfaire toujours tous ses désirs.

3ème vérité,niroda, il propose un remède
Il faut mettre fin à cette soif. Il faut la délaisser, y renoncer, s'en libérer, s'en détacher.
La force du bouddhisme réside dans l'affirmation qu'une libération de la souffrance est possible par l'extinction de la soif, de tout attachement ; cette extinction de la convoitise, de la haine, de l'illusion, c'est le Nirvâna : c'est la Liberté, la Félicité, l'Ultime non conditionné.
L'or de cet éveil est dans le sol de notre esprit mais si nous ne le creusons pas, il reste caché.
Elle nous explique qu'il existe un état de cessation de la souffrance, le nirvana. C'est l'état de Bouddha, l'unique but du bouddhisme. C'est à dire qu'il est possible d'atteindre le nirvana. Il ne s'agit pas de s'isoler du monde mais d'éviter la souffrance en utilisant la connaissance des causes de celle-ci. C'est une connaissance de soi et de ses facteurs perturbateurs qu'il faut effectuer.
Bouddha présente ainsi le nirvana :
"Voici, moines, la Noble Vérité de la cessation de la souffrance : c'est la cessation totale, sans attachement, de ce désir même, y renoncer, l'abandonner, en être libéré."

4ème vérité, magga, il précise l'application de ce remède
Dans sa quatrième vérité, Bouddha décrit le chemin à parcourir pour atteindre le nirvana dont il vient de montrer l'existence. Il faut suivre la voie de l'Octuple Sentier. Il montre le chemin et la conduite à adopter pour pouvoir atteindre l'état de cessation de la souffrance. La voie est dite du "milieu" car ni dans l'extrême de vie des plaisirs, ni dans l'extrême de vie de privations et d'ascétisme.

L'Octuple Sentier :
Il se compose de huit moyens à utiliser pour atteindre le nirvana.
la compréhension juste :
Prendre conscience des quatre nobles vérités et de leur réalité et comprendre que l'homme par son comportement est le seul responsable de sa souffrance. Ce sont ses actes nuisibles qui augmentent son mauvais karma.
la pensée juste :
Examiner la signification profonde du monde et des quatre nobles vérités et si possible l'expliquer aux autres.
la parole juste :
Utiliser la parole et l'enseignement pour montrer aux autres la réalité du monde et les amener à la vue juste du monde. La parole est dépourvue de supercherie. Les paroles blessantes, humiliantes, vulgaires ou insultantes sont à éviter.
la conduite juste :
Adopter une conduite pure et morale qui puisse convaincre les autres que nos activités sont en accord avec la doctrine et sont en harmonie avec une éthique pure.
les moyens d'existence justes :
Convaincre les autres que nos moyens d'existence sont convenables, non contaminés par les fruits empoisonnés de moyens d'existence impropres et dépourvus d'éthique.
l'effort juste :
Méditer encore et encore sur la signification de la réalité afin d'être protégé contre les facteurs perturbateurs de l'esprit. C'est un travail à accomplir sur soir pour mettre en pratique l'Octuple Sentier.
la mémoire juste :
Maintenir le calme mental et l'application des quatre nobles vérités et de ne pas les oublier.
la concentration juste :
Référence à la méditation et à la stabilisation méditative libérées du laxisme ou de l'excitation qui empêchent la méditation. Ainsi la compréhension juste (ou vision juste) marque la rupture avec une mauvaise vision du monde, la pensée juste est le signe indicateur, la parole juste, les moyens d'existence justes et la conduite juste sont trois façons de convaincre les autres, tandis que l'effort juste, la mémoire juste et la concentration juste sont des antidotes contre les facteurs perturbateurs de l'esprit et du chemin à accomplir.
Ces 8 éléments peuvent être regroupés en 3 ordres
- ceux qui relèvent de la sagesse : vue et pensées justes
- de l'éthique : parole et moyens d'existence justes
- de la méditation : attention et concentration juste

La connaissance vraie, le comportement correct, la méditation adéquate sont inséparables dans la vie d'un bouddhiste.
La connaissance vraie consiste à saisir que ni le " soi " ni les " phénomènes " ne sont autonomes ou éternels. Tout subsiste en interdépendance, tout est donc impermanent, :
Dès l'instant où ils viennent à l'existence, tous les phénomènes sont éphémères par nature et ne perdurent pas même un moment. Cette fugacité résulte de la cause elle- même, sans implication d'aucun autre facteur. Tout ce qui est composé de parties ou déterminé par des causes et conditions est impermanent et passager. Rien de demeure dans l'éternité, tout se désintègre continuellement : c'est l'impermanence ; tout se fait ou se défait, tout est " vide " d'une existence indépendante ou définitive.
Parmi les 4 notions bouddhistes fondamentales (les 3 autres étant l'impermanence, l'interdépendance et la souffrance ), le vide (sunyata ) est certainement la plus mystèrieuse et la plus difficile à saisir. Le vide est une notion scientifiques ; nous sommes vides : la matière qui nous compose est vide ; la doctrine du vide n'affirme pas ou n'explique pas la non existence de toute chose. La signification du vide réside dans la nature interdépendante de la réalité. Le vide signifie qu'aucun phénomène ne peut avoir une existence inhérente ; en comprenant cela nous pouvons comprendre la nature illusoire de tous les phénomènes.
S'attacher aux éléments du monde est aussi vain que d'identifier la lune à son reflet.
Le comportement correct c'est s'abstenir du mensonge, de toute parole blessante, ou vaine se conduire de manière honorable et pacifique, exercer une profession qui ne puisse pas nuire.
Dans le bouddhisme mahâyâna, " le Grand Véhicule " ne se contente pas d'une libération individuelle mais vise le bonheur de tous, la compassion pour tous les " êtres " ignorants de leurs vraies natures et esclaves de leurs pulsions.
La méditation adéquate consiste en une discipline qui apaise les états mentaux perturbateurs. Les moyens proposés sont variés ; il faut simplement pratiquer la voie choisie avec assiduité. Le bouddha Shâkyamuni laisse, après sa mort, une Loi : le Dharma, doctrine qui pénètre l'ordre du monde. C'est un état d'esprit, la vraie nature de chaque être (la bouddhéité ).
L'esprit de chacun d'entre nous est bouddha ; ceux qui recherchent la vérité prennent conscience qu'il n'y a rien à chercher ; il n'y a pas de bouddha mais l'esprit ; il n'y a d'esprit que bouddha ; ceux qui recherche la voie ne doivent rien chercher.

CONSEILS DU DALAÏ-LAMA POUR MENER VOTRE VIE :

1. Tenez compte du fait que le grand amour et les grandes réussites impliquent de grands risques.
2. Lorsque vous perdez, ne perdez pas la leçon.
3. Suivez les trois R : Respect de soi-même, Respect des autres, Responsabilité de tous vos actes.
4. Souvenez vous que ne pas obtenir ce que vous voulez est parfois un merveilleux coup de chance.
5. Apprenez les règles pour savoir comment les transgresser correctement.
6. Ne laissez pas une petite dispute meurtrir une grande amitié.
7. Lorsque vous réalisez que vous avez commis une erreur, prenez immédiatement des mesures pour la corriger.
8. Passez un peu de temps seul chaque jour.
9. Ouvrez vos bras au changement, mais ne laissez pas vos valeurs s'envoler.
10. Rappelez vous que le silence est parfois la meilleure des réponses.
11. Vivez votre vie d'une façon bonne et honorable. Ainsi, lorsque vous vieillirez et que vous regarderez en arrière, vous en profiterez une deuxième fois.
12. Un foyer aimant est la fondation de votre vie.
13. Dans les désaccords que vous avez avec ceux que vous aimez, ne vous occupez que de la situation actuelle. Ne réveillez pas le passé.
14. Partagez votre savoir. C'est une manière d'atteindre l'immortalité.
15. Soyez tendre avec la terre.
16. Une fois par an, allez quelque part où vous n'êtes jamais allé auparavant.
17. Souvenez-vous que la meilleure des relations est celle dans laquelle l'amour que chacun porte à l'autre dépasse le besoin que vous avez de l'autre.
18. Jugez vos succès d'après ce que vous avez dû sacrifier pour les obtenir.
19. Approchez l'amour et la cuisine avec un abandon insouciant.

I3 - Les concepts fondamentaux

Le samsara :
Il désigne le cycle infini des renaissances. Les hommes naissent, meurent et renaissent sans cesse dans un cycle infini : le samsara. Enchaîné au samsara, auquel il ne peut s'échapper, l'homme souffre en vain. Assis sous l'arbre de l'éveil Bouddha se remémore ses vies antérieures et prend conscience du samsara.
L'objectif du bouddhisme est la cessation de la souffrance ; la pratique doit mener à un état de cessation de cette souffrance universelle, le nirvana. C'est uniquement lorsque l'on a atteint le nirvana que l'on peut se libérer du samsara.
La réincarnation (renaissance) n'est pas un but. La condition dans laquelle on renaît dépend de nos vies passées et de nos actes présents, avec le phénomène du karma. Cette condition peut varier de la condition d'humain à animal ou vice versa selon le karma.
Le karma :
C'est une loi de cause à effet. Cela signifie que les actions passées (causes) déterminent les vies futures (effet sur la condition de renaissance). Ce sont nos actes qui déterminent notre condition à venir, d'où la nécessité d'une conduite morale pour avoir un bon karma et renaître dans une condition supérieure ou atteindre le nirvana, si l'on s'est dépouillé de tout mauvais karma. L'homme a donc un libre arbitre sur son destin, qu'il construit tous les jours par ses actes bons ou mauvais. Ainsi l'on peut espérer avoir une meilleure condition dans ses vies futures en accomplissant de bonnes actions et en s'évitant un mauvais karma.
Le nirvana :
Mot d'origine sanskrite, il désigne l'état de cessation de la souffrance. C'est le but ultime de la pratique du bouddhisme. Atteindre le nirvana signifie aussi la sortie du cycle des renaissances.
Les personnes qui ont atteint le nirvana sont appelées des bouddhas, elles ont éliminé tout mauvais karma et ont donc obtenu l'illumination qui mène au nirvana. Lorsqu'un bouddha meurt, il reste dans le nirvana et ne renaît plus, il s'est libéré du samsara.
Il ne faut pas confondre le nirvana et le paradis céleste des chrétiens, le nirvana est un état que l'on atteint une fois nos souffrances éliminées et tout désir anéanti, ce n'est pas un lieu où l'on va après la mort. C'est un état d'esprit (ou psychique) paisible dans lequel on reste une fois l'illumination atteinte. Ainsi à sa mort, le Bouddha historique (Siddartha Gautama) est resté au nirvana et ne s'est pas réincarné.
Les douze maillons :
Ces douze maillons sont un enseignement de Bouddha concernant la vie humaine. Ils sont chacun liés entre eux par une causalité (chaque maillon implique le suivant). Ils sont ignorance, concept, conscience, nom et forme, sens, contact, sensation, désir, attachement, existence, naissance, douleurs. Si l'on peut lutter contre notre ignorance, on se libère des autres maillons et donc de la souffrance (les douleurs).

L'impermanence :
C'est l'enseignement de Bouddha qui montre que le monde est impermanent. Rien n'est immuable, éternel. S'attacher à toute chose de ce monde est donc une cause de souffrance puisque cette chose tend à disparaître. Par exemple, les joies ne durent pas, ni les peines, à la nuit succède le jour et vice-versa, à la vie la mort.

I4 - Les autres concepts

Les cinq agrégats :
Dans la doctrine bouddhiste, l'être n'est en fait qu'une combinaison de forces et d'énergies physiques et mentales en changement constant. Ce sont les cinq agrégats, ils sont aussi liés à la première des quatre vérités de Bouddha puisqu'ils sont les causes mêmes de l'attachement et du désir.
la forme (ou matière) :
Elle comprend les quatre éléments fondamentaux (terre, eau, air, feu), leur différents états et leurs dérivés. Les dérivés sont les appareils sensoriels (vue, odorat, toucher,...) et leur correspondance dans le monde (formes visibles, audibles, odeurs...) ainsi que les formes non révélées (pensées...).
les sensations :
Les sensations plaisantes, douloureuses ou neutres forment cet agrégat, qui sont de six catégories (sensorielles et pensées).
l'identification :
Identification conceptuelle ou non conceptuelle des sensations, de façon faible, étendue ou incommensurable.
les facteurs composants :
Cet agrégat comprend les activités mentales telles le désir, l'ignorance, la vanité, l'égocentrisme... (52 facteurs dénombrés) et les actes qui répondent à la volonté et qui entrent dans le contexte du karma.
la conscience :
Les états de la conscience ayant pour origine les facultés sensorielles et l'organe mental (pensées) et ayant pour objets les formes du monde physique (sons, odeurs...). Cela met en évidence qu'il ne faut simplement observer et non pas rajouter des jugements aux faits que l'on perçoit. Constatant l'impermanence de toute chose, ces composantes de la conscience sont aussi source de souffrance (première vérité).

Les trois corbeilles :
L'enseignement de Bouddha est réparti en trois Corbeilles.
la Corbeille des Discours :
Elle définit de façon claire les agrégats, la production conditionnée, les quatre vérités...Elle comprend la partie théorique, et permet de lutter contre le doute qui perturbe notre esprit et nous écarte de la voie du milieu. Elle permet la stabilisation méditative (concentration juste) et donc de pouvoir rester sur l'Octuple Sentier.
la Corbeille de la Discipline :
Elle interdit de s'impliquer dans des actions proscrites (inconduite morale, sexuelle, l'attachement). Elle permet ainsi d'éviter les facteurs perturbateurs de l'esprit. Cependant ce n'est pas une restriction aveugle et idiote, en effet si l'on parvient à réduire la force de l'attachement aux choses, on peut utiliser des objets matériels tels beaux vêtements..., voire vivre avec un minimum de confort. En revanche celui qui même avec aucun confort (guenilles...) est soumis à un certain attachement aura effectué une faute proscrite par Bouddha. C'est ainsi qu'on évite de tomber dans les extrêmes (luxure totale, ascétisme total). Cette restriction ou permission a pour unique but de diminuer les facteurs perturbateurs tels l'attachement, le désir...
la Corbeille de la Connaissance :
Elle explique les caractéristiques des phénomènes comme l'impermanence, la souffrance ou le désir. Ainsi écouter et appliquer les enseignements permettra de corriger les idées et vues fausses et la conception erronée de son propre point de vue. Cela en vue de lutter contre la croyance en la supériorité de son propre point de vue.

I5 - Les orientations du bouddhisme

Le petit véhicule ou Hinayana ou Theravada
Le bouddhisme du petit Véhicule est considéré comme la branche orthodoxe du bouddhisme. C'est le bouddhisme des anciens, qualifié par ses pratiquants de plus proche de l'enseignement de Bouddha.
Ce courant met en avant que seuls les moines qui pratiquent seuls et sans aide peuvent atteindre le nirvana. Ce mouvement privilégie en fait la délivrance personnelle.
L'idéal de l'accomplissement personnel du mouvement Theravada est l'arhat, celui qui est parvenu à atteindre le nirvana, libéré du samsara et qui a donc achevé son cheminement spirituel et obtenu la parfaite santé mentale.
L'arhat à développé les sept facteurs d'illumination qui sont l'attention, l'investigation du dharma, l'énergie, la joie, la tranquillité, la concentration et l'équanimité. Son esprit est imperturbable à tel point que même menacé de mort, le mental de l'arhat reste calme car il sait que la mort ne serait qu'un changement de ses composantes, ne faisant que confirmer l'impermanence de toute chose. C'est ainsi que l'arhat Adhimutta, par son calme imperturbable déstabilisa un bandit qui était prêt à l'agresser. Le bandit impressionné devint alors un de ses disciples.
La sphère d'influence du Theravada est constituée principalement de la Thaïlande, le Cambodge, la Birmanie, le Sri Lanka.

le Grand véhicule ou Mahayana
Le grand Véhicule est le mouvement réformé du bouddhisme. Il fut proclamé au 3ème siècle après J.C. car non en accord avec l'écart grandissant entre les moines et les laïcs (influence du Petit Véhicule). En effet, le Mahayana prône le fait que l'on peut recevoir de l'aide pour éveiller le Bouddha qui est en nous. On n'est donc pas forcé de chercher seul l'illumination. Tout le monde peut recevoir l'illumination quelque soit sa condition.
Cette idée de permettre le salut (atteindre l'éveil) à tous les êtres vivant est vécue par le phénomène puissant de la compassion envers les autres et l'idéal du bodhisattva, qui aide les autres à atteindre l'illumination, en refusant leur propre libération et restant ainsi dans le cycle des renaissances (compassion).
On comprend mieux ainsi la citation du bodhisattva Shantideva présentée sur la page d'accueil de ce site. Cette citation résume bien la volonté d'aider les autres et la compassion qui anime les bodhisattvas.
Ce courant est surtout répandu dans des pays comme la Chine et le Japon (forme Zen), la Corée et le Tibet.

le Véhicule tantrique ou Tantrayana ou Vajrayana
Le Véhicule tantrique est une forme de Mahayana fondée sur les tantras. Ce Véhicule repose sur la pratique de rituels et de méditations, de pratiques "magiques" Il est très riche en symbolisme. La pratique des rituels fait aussi appel à des mantras. Le but de ces pratiques et de ces rites est d'arriver à réaliser de profondes expériences spirituelles qui peuvent amener à la bouddhéité plus rapidement qu'en suivant la voie très longue du bodhisattva.
Les textes tantriques se sont surtout répandu vers le 6ème siècle, leur compréhension nécessite les explications d'un maître spirituel (guru en Inde ou lama au Tibet). Comme pour d'autres mouvements bouddhistes, le Véhicule tantrique s'est enrichi des croyances locales des pays concernés (ici c'est surtout le bouddhisme du Nord) tels des divinités hindoues ou autres divinités et certaines pratiques locales.
Dans ce Véhicule, partant des concepts clés du Mahayana, chaque objet peut servir de moyen d'accès à la réalité ultime, en utilisant des méthodes et motifs justes. En effet, les rites peuvent ainsi servir à maîtriser les forces perturbatrices de l'esprit comme la passion ou la haine et les transmuter "magiquement" en leur opposé. Ce Véhicule apporte alors un nouveau moyen d'atteindre l'éveil.
Ce nouveau courant tantrique (Tantrayana) est aussi nommé le Véhicule du Diamant (Vajrayana). Le Vajra qui est un sceptre est un symbole représentant la puissance invincible de l'esprit illuminé contre les facteurs perturbateurs, dure comme le diamant. Le Vajra symbolise l'illumination. Le sceptre et la cloche de Vajra, liés représentent les moyens habiles et la sagesse qui unis permettent l'illumination.
Ce Véhicule est développé particulièrement dans les pays du "Bouddhisme du Nord" (Népal, Tibet, Mongolie, Bhoutan...).
Une ancienne tradition du Vajrayana (antérieur a padmasambhava) est le Shingon. Cette tradition introduite au japon au début du 8ème siècle a notamment beaucoup influencé la culture japonaise. Elle est toujours vivante car pratiquée par environ 12 millions de personnes dans le monde.
Le bouddhisme tibétain fait partie de ce Véhicule avec en plus une hiérarchie de la communauté bouddhique du Tibet. Le Dalaï-Lama ("océan de sagesse", actuellement Tenzin Gyatso, 14ème Dalaï-Lama, prix Nobel de la paix) est considéré comme la réincarnation du bodhisattva de la compassion. Il représente l'autorité religieuse et politique du Tibet. Le Panchen-Lama ("joyau de sagesse") est le chef spirituel.

Le Bouddhisme zen ou Zen ou Chan
Le Zen est un courant développé par Bodhidharma, un moine indien du 6ème siècle qui s'est rendu en Chine pour y transmettre le Chan (équivalent chinois du mot japonais Zen).
Ce courant fait partie du Grand Véhicule et met l'accent sur la pratique de la méditation pour obtenir l'illumination.
Bodhidharma, selon la légende serait resté en méditation pendant neuf années devant un mur dans une caverne (près de Shaolin en Chine). Le bouddhisme Chan met l'étude et la dévotion au second plan et renie l'attachement aux textes sacrés ou aux objets de cultes. Il favorise plutôt une transmission directe de la connaissance de l'esprit du maître à celui du disciple. Bodhidharma affirma en effet :
"Transmission spéciale hors de Ecritures,
Indépendante des mots et des lettres,
Indiquant directement l'esprit humain,
En voyant la nature innée, on devient un Bouddha."
Au Japon, le Chan est appelé Zen. Lors de l'implantation du bouddhisme Chan au Japon, ce mouvement séduit alors en particulier les samouraïs par son éthique et son indifférence devant la mort. Plus tard, grâce à Dogen, le Zen se répandit dans le peuple ("Zen des paysans") et une première communauté se forma. L'accent est mis sur la méditation assise, dite ZaZen. Cette posture est en fait un retour au vrai bouddhisme du Bouddha historique qui avait obtenu l'illumination assis en contemplation sous l'arbre de l'éveil. Lorsque le pratiquant est en ZaZen, il oubli le soi et épanouit son potentiel de nature du Bouddha en atteignant des états mentaux élevés. Pour pouvoir méditer correctement, il faut parvenir à la non-pensée et pratiquer la méditation libéré de tout objectif, simplement avec la foi en la nature de Bouddha intérieure. C'est ainsi que l'on épanouit progressivement sa nature de Bouddha innée. Le Chan ou Zen est donc un courant principalement développé en Chine et au Japon.

La terre pure
L'essence du Bouddhisme de la Terre Pure est la dévotion à Amitabha, l'invocation du Bouddha. Cela consiste en la répétition (souvent en chinois ou en japonais) de "Hommage au Bouddha Amitabha".
L'objectif est d'arriver à répéter un minimum nécessaire de dix invocations avec une concentration parfaite. Afin de purifier l'esprit des facteurs perturbateurs grâce à la concentration fixée sur Amitabha et l'illumination réalisable dans sa Terre Pure. Lorsque que la pratique est pure on peut obtenir l'état mental attendu.
C'est Shan-Tao (613-681,Chine) qui rendit primordiale l'invocation dans le mouvement de la Terre Pure. Il existe cependant des pratiques secondaires telles le chant de sutras de la Terre Pure, la visualisation d'Amitabha et la résolution d'y renaître, le développement de la générosité et de la compassion par l'aide aux nécessiteux et par le végétarisme. Il est à noter qu'on retrouve encore le principe de la compassion, présent dans chaque pratique bouddhique.
Dans le bouddhisme de la Terre Pure, on pratique aussi des méthodes de méditation contemplative, sortes de "visualisations". Il y en existe cinq types, qui permettent d'éveiller une foi absolue en Amithaba. Les trois premiers sont des formes de purification du calme mental, comme par exemple se prosterner devant Amitabha en méditant sur ses pouvoirs extraordinaires, l'invoquer ou être déterminé à renaître dans sa Terre Pure. La quatrième attention vigilante est la visualisation d'une image d'Amitabha jusqu'à ce qu'on puisse la percevoir en détail les yeux fermés. La cinquième est une série de seize méditations sur la Terre Pure (visualiser le monde de la Terre Pure, images mentales des éléments). Cela apporte à celui qui médite une meilleure perception du monde et lui assure de renaître dans Sukhavati (la Terre Pure).
Le bouddhisme de la Terre Pure est principalement pratiqué en Chine et au Japon (école Jodo-Shin).

I6 - L'idéal à atteindre

L'idéal pour suivre et mettre en pratique l'enseignement de Bouddha est bien sûr la vie de moine bouddhiste, avec un comportement exemplaire en tant que tel, membre de la Sangha. Pour la discipline des moines, il y a quatre grands interdits qui sont le mensonge, le vol, le meurtre et les relations sexuelles. Pour suivre cette voie, il est possible de s'y prendre très tôt et de consacrer sa vie à la doctrine. A partir de l'adolescence, le jeune fidèle reçoit la première ordination après des années d'apprentissage avec son maître. Le fidèle devient alors un membre de la Sangha, prend refuge dans les Trois Joyaux du bouddhisme : Bouddha, la doctrine, la Sangha (communauté).
On peut tout aussi bien rester un "fidèle laïc", être en accord avec la doctrine et en comprendre le sens au travers de la culture (lectures...) sans devenir moine et tout abandonner. D'ailleurs, les fidèles laïcs constituent les donateurs envers la Sangha et apportent donc leur contribution au mouvement bouddhiste en ce monde. Le plus important, comme le pense le Mahayana est que chacun peut pratiquer seul ou avec l'aide d'un Bouddha et obtenir l'illumination puis aider les autres à l'atteindre (idéal du bodhisattva).
A chacun sa pratique, l'important est de comprendre au plus haut niveau la doctrine et de pratiquer les enseignements de Bouddha, et si possible d'éclairer les autres sur cette voie du milieu.
On pratiquera aussi la compassion, le respect et la non-violence, le comportement moral étant primordial. La vertu morale est le fondement de la voie spirituelle.
L'éthique du bouddhisme comprend effectivement la générosité : donner, partager le mérite des autres, rendre service, respecter autrui, enseigner la doctrine. Ainsi que plusieurs préceptes tels que la résolution de ne pas tuer ou blesser aucun être vivant, le pacifisme étant une force du bouddhisme. On peut trouver dans un sutra : "La victoire engendre la haine; les vaincus vivent dans la douleur; les pacifiques vivent heureux, délaissant victoire et défaite".

I7 - Les rites et les symboles

Les cultes :
Bien que le bouddhisme ne soit pas une simple religion mais aussi une philosophie et une approche du monde véritable, il comprend quelques rites et coutumes.
le culte des statues :
Importance de la présence des statues dans les temples bouddhistes. Les fidèles ont une grande admiration pour cet art bouddhiste, qui représente un peu un idéal à atteindre pour le pratiquant (les statues sont toujours d'une indicible beauté), ainsi qu'une sorte de présence de Bouddha qui fait que les fidèle les vénèrent.
le culte des reliques :
Les ossements restants de l'incinération de Bouddha ayant été conservées sous forme de reliques dans les stupas (monuments funéraires), les reliques des saints bouddhiques conservées dans les stupas suscitent aussi une grande ferveur des fidèles qui les vénèrent tout comme les statues. Par exemple, la grande stupa de Rangoon ( 112 mètres de haut) contiendrait quelques cheveux de Bouddha et des reliques de trois Bouddhas antérieurs.

Les offrandes :
Les offrandes font partie de la dévotion des fidèles envers les Bouddhas ou les Bodhisattvas. Elles sont souvent accompagnées de prosternations ou inclinations devant des statues ou dans les temples, en respect des Bouddhas représentés et de leur pureté. On dépose des offrandes sur les autels des temples ou dans les stupas, tout comme on peut faire des dons aux monastères. Les offrandes sont de l'encens, qui symbolise le parfum émanant de Bouddha ou encore des petites lampes ou bougies qui rappelle que les bouddhas sont des êtres "illuminés" qui répandent leur lumière par leurs enseignements. On peu déposer sept sortes d'offrandes devant une statue dans placées dans sept bols. Ces offrandes sont de l'eau qui symbolise l'hospitalité, de l'encens, du parfum ou de la nourriture qui représentent les cinq sens et montrent que le fidèle se voue de tout son être au développement spirituel.
Les offrandes sont accompagnées de gestes rituels (mudras), de chants ( mantras ).

Le chapelet :
C'est le fameux collier constitué de 108 perles, qui permet au pratiquant de compter le nombre de fois qu'il prononce les mantras. Les mantras pouvant être imprimés sur des moulins à prière.

La roue :
Est le véritable emblème du bouddhisme. Tout être se situe dans cette roue, appelée aussi roue de la loi. Elle contient huit rayons qui correspondent au chemin menant à l'éveil.

L'arbre :
Est un symbole du bouddhisme puisque l'on parle souvent de l'arbre de l'éveil sous lequel Bouddha obtint l'illumination. De plus à la mort de Bouddha, l'arbre au pied duquel il est allongé se met à frémir, c'est pourquoi c'est devenu l'emblème de l'illumination. On trouve pour cela beaucoup d' oeuvres représentant l'arbre de Bodhi (de l'illumination).

Le lotus:
Le lotus est le symbole de la pureté. Tout comme le lotus prend racine dans le limon et s'épanouit au soleil, tout être humain peut accéder à l'éveil quelque soit sa condition initiale. Les bodhisattvas et Bouddha sont souvent représentés assis sur un lotus, qui symbolise l'atteinte de l'illumination.

II - BOUDDHISME ET FRANC- MACONNERIE

II1 - GENERALITES

Les deux ont des points communs comme la tradition, la transmission, la connaissance de soi, l'initiation et la recherche de la vérité dans une approche non dogmatique. Les deux traditions insistent sur la perfectibilité de l'homme. Le bouddhisme dit qu'intérieurement l'homme a la nature de bouddha et qu'il peut la réaliser en la débarrassant de ses différents voiles, en se libérant progressivement de l'illusion. La franc-maçonnerie fait référence à une pierre brute qu'il convient de dégrossir, de travailler afin de la rendre cubique ou parfaite. Pour Lama Denys, l'enseignement du Bouddha se caractérise par sa qualité thérapeutique, de même que l'est une certaine approche de la franc-maçonnerie : soigner la maladie de l'ignorance ou de l'illusion propre à la nature de notre esprit, ce que nous sommes au plus profond de nous-même. Le Bouddha- Dharma est une quête expérimentale et une pratique pour trouver la solution à la question de Socrate, "Connais-toi toi-même".
Il s'agit des fondements d'une spiritualité universelle partagée par l'ensemble des humains, comme personnes dotées d'un esprit.
Dans les 2, il y a quête de la lumière. Dans le Dharma, la nature fondamentale de l'esprit est dite "claire lumière" et a pour qualités la clarté et la lucidité. La démarche du Dharma, non dogmatique et expérimentale, permet de révéler la réalité de notre être et de notre vie. Elle tend à éveiller notre nature véritable à travers une voie médiane entre les approches théiste et athéiste.. L'approche du Dharma est agnostique et ne repose sur aucune notion conceptuelle présentée comme LA vérité. Elle considère comme relatif tout exposé, énoncé, texte ou représentation. La démarche du Dharma est à la fois rationnelle et mystique elle concilie la raison et la logique avec une rigueur extrêmement poussée qui perçoit le caractère relatif des formations intellectuelles. Et de cette intelligence peut naître une percée a-conceptuelle, une expérience d'immédiateté et de participation non dualiste, qui est de l'ordre de l'expérience de la claire lumière.

Une éthique universelle

Se constitue une éthique, religieuse, traditionnelle ou humaniste, qui a l'avantage de ne pas être dogmatique et d'ouvrir sur une éthique globale et universelle. Elle s'appuie sur une aspiration commune : tous les humains souhaitent éviter le malheur et la souffrance. Dès lors, tous se rejoignent dans le principe de la non-violence et dans celui de ne pas faire subir à l'autre la violence que l'on ne veut pas connaître soi-même. Cette règle d'or, présente dans toutes les traditions et religions, est le fondement de l'éthique du Dharma.

Entre religion et philosophie

Selon le lama Denys, "Il s'agit de savoir si la franc-maçonnerie est une voie spirituelle complète, c'est-à-dire susceptible de conduire à une pleine et authentique réalisation spirituelle. Elle est en tout cas une excellente dynamique de quête non dogmatique et fraternelle, dans le contexte occidental. Elle est donc un complément au Dharma, mais n'est ni obligatoire ni nécessaire. La pratique du Dharma se suffirait à elle-même. Ce choix relève de chacun et de sa recherche."

Dharma et franc-maçonnerie

I- Les conditions d'admission
Aujourd'hui, n'importe qui peut prendre refuge; sans formalité. Il suffit de le demander, où presque. Il en va naturellement autrement pour être ordonné. L'ordination est généralement laissée à l'appréciation du maître du candidat. Mais encore de nos jours, au Japon, le postulant doit attendre à la porte du monastère, toute une nuit, voire plusieurs jours, admission à l'ordination n'étant accordée qu'après la troisième requête. Du temps du Bouddha des conditions d'admission étaient requises, pour les moines comme pour les laïcs.
En ce qui concerne les laïcs, un certain nombre d'exclusions existaient d du temps du Bouddha pour être admis comme disciple. Les moyens d'existence non justes, c.a.d non conformes à la cinquième étape de l'octuple sentier : vivre du trafic des êtres (y compris des animaux), les tuer ou les maltraiter,(pêcheur ou boucher), vendre de la viande ou des poissons, de l'alcool ou des armes. A rapprocher avec le moderne d'être libre et de bonnes mœurs maçonnique.. En revanche, notre morale sociale admet les professions de boucher, éleveur pour la viande, pêcheur …. Cette différence est notable. Il faut comprendre que la franc-maçonnerie est empreinte de judéo-christianisme et que celui-ci n'a pas condamné la chasse ni la pêche. La grande différence d'approche est que, dans les monothéismes, les êtres n'ont qu'une seule vie et que seuls les humains ont une âme leur permettant d'accéder au salut. Les animaux sont des créatures inférieures de Dieu dont l'homme peut disposer, avec cette limite que leur maltraitance est un péché.
Pour être admis comme disciple du Bouddha, la première qualité était la vue juste (premier pas sur le Noble Octuple Sentier) : l'acceptation de la loi du karma et du caractère insatisfaisant et illusoire du samsara, de l'omniprésence de duhkkha que l'on traduit souvent, d'une façon assez réductrice, par souffrance. Cela correspond à l'exigence, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, de croire en un Dieu révélé et en l'immortalité de l'âme. Au début du XIXe siècle, la Grande Loge Unie d'Angleterre a décrété que les bouddhistes étaient initiables parce qu'ils ont une conception impersonnelle et apophatique de l'absolu, et admettent de surcroît l'ordonnancement général du cosmos par la loi universelle (Dharma) qui régit les modalités de la délivrance, ce qui leur permet de devenir maçons;
Dans la franc-maçonnerie dite libérale, la différence est plus grande. Il ne s'agit plus, pour tous ses adeptes, d'une voie spirituelle, mais plutôt d'un humanisme pratique, d'une société de pensée et de réflexion (un laboratoire d'idées) au service du progrès humain, indépendamment des options spirituelles, philosophiques ou religieuses de chacun de ses membres. Il s'agit d'un autre type d'engagement, dont la compatibilité ou l'incompatibilité avec le bouddhisme ne se pose même pas, puisqu'il s'agit d'un engagement d'une autre nature. Etre disciple du Bouddha répond à l'exigence des Constitutions d'Anderson d'être à fidèle une religion de son pays. : ";Un maçon est obligé, en vertu de son titre, d'obéir à la loi morale ; et, s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin sans religion "
Aujourd'hui, laissant à eux-mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus à propos de les obliger seulement à suivre la religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord. Elle consiste à être bons, sincères et gens d'honneur, par quelque dénomination ou croyance particulière qu'on puisse être distingué d'où il s'ensuit que la maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi les personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles.
Les francs-maçons étaient obligés de professer la religion catholique ; depuis quelque temps on n'examine pas sur cela leurs sentiments particuliers pourvu toutefois qu'ils soient croyants, fidèles à leur promesse et gens d'honneur et de probité.
A rapprocher des déclarations du Dalaï Lama selon lesquelles il ne faut pas abandonner sa religion mais bien peser les avantages que peut apporter la pratique du bouddhisme. En revanche, la porte est grande ouverte à ceux qui n'ont plus aucune attache religieuse..
Cette condamnation implicite du prosélytisme concorde avec l'interdiction des polémiques religieuses en loge et est dans le droit fil de l'enseignement du Bouddha.
Cet aspect correspond, dans la franc-maçonnerie traditionnelle, au fait de ne pas renier sa religion. Ainsi, dans la cérémonie de réception au premier degré du rite écossais rectifié, le vénérable maître dit au candidat, lors du deuxième voyage : Celui qui rougit de la religion, de la vertu et de ses frères est indigne de l'estime et de l'amitié des maçons.

L'ordination monastique.
D'abord, il fallait la vouloir vraiment, avec une intention pure et désintéressée, et ne pas la solliciter pour des motifs mercenaires, comme il est dit au rectifié.
L'histoire du médecin Jivaka est significative. Ce médecin attitré du roi Bimbisara, très réputé en son temps, avait été placé au service du Sangha du Bouddha par son souverain. Il suggéra au Bouddha de ne plus admettre dans l'ordre ceux qui souffraient de lèpre, eczéma, tuberculose ou épilepsie afin d'empêcher ceux qui étaient atteints par ces maladies d'entrer dans la communauté pour s'y faire soigner gratuitement par Jivaka. Etaient aussi exclus de l'ordination les soldats en service actif pour le roi, les condamnés en fuite … Les femmes mariées devaient avoir la permission de leur époux et les enfants de leurs parents. En revanche, l'ex-épouse d'un moine ,la veuve d'un moine n'avait pas à donner la permission à son époux mais le Sangha prenait en charge cette veuve et ses éventuels enfants.
Le rapprochement s'impose avec le devoir du maçon de secourir la veuve en déposant une obole dans le tronc qui porte son nom dans certains rites (au rectifié : le tronc aux aumônes). Le Bouddha n'accordait aucune importance à l'origine sociale de ses disciples, instaurant la hiérarchie à l'ancienneté pour casser le système des castes. De même admit-il les femmes dans le Sangha,
Position courageuse du Bouddha, concernant les militaires, puisque lui-même était de la caste des nobles et guerriers (les kshatrias). On s'aperçoit que la naissance n'avait pas d'importance en tant qu'origine sociale mais en avait sous l'aspect de la liberté qu'elle conférait ou refusait. Par rapport aux femmes, enfants, esclaves, militaires, fonctionnaires, appartenant au roi, etc., qui, ne jouissaient pas de liberté ni d'autonomie, le Bouddha tint compte de leur situation de naissance, pour ne pas troubler l'ordre public et permettre au Sangha de se développer harmonieusement dans la société de son temps.
Les Constitutions d'Anderson précisent aussi que les maçons doivent être hommes de bien et loyaux, nés libres, d'âge mûr et circonspects, ni serfs ni femmes. Selon la tradition, les esclaves, les eunuques, et ceux affligés des trois B : boiteux, borgnes et bossus étaient exclus de l'initiation, en tant que mineurs civils, ou parce que leur imperfection physique traduisait une dysharmonie spirituelle. Cette triple exclusion relevant de l'opératif, ceux qui en étaient atteints étant inaptes au métier. On trouve ces mêmes interdictions en ce qui concerne l'ordination des prêtres .
Dans la franc-maçonnerie du XVIIIe, il y eut beaucoup d'aristocrates, donc de militaires, et aussi de nombreuses loges militaires. La franc-maçonnerie prétend permettre à ses adeptes de se libérer et d'aller à la lumière, sans que ces notions soient précisées afin d'être compatibles avec les différentes fois religieuses. De même le Bouddha ne prétendit-il pas pouvoir délivrer le monde entier mais soutenait que seuls pouvaient s'émanciper ceux qui, par une disposition karmique favorable, avaient des oreilles pour entendre ... comme dans l'Evangile !
La franc-maçonnerie essaie de déterminer qui est initiable en tenant compte de ses mœurs de son mode de vie et de ses moyens d'existence. Autre aspect: le candidat à l'ordination devait avoir un certain âge, était soumis à enquête et interrogé., devait aussi avoir un parrain. Un temps de probation était exigé. Pour recevoir l'ordination supérieure, il fallait être reconnu par un conseil composé d'au moins dix membres et dont ne pouvaient faire partie que des anciens. Le candidat devait promettre d'aimer ses compagnons, etc. Profane sous le maillet. Une période de probation de quatre mois était exigée des candidats venant d'une autre école religieuse, sauf celle des jatilas (les ascètes aux cheveux tressés) ou appartenant au clan des Sakyas. Durant la période de probation, les membres du Sangha observaient si le candidat convenait.

Apprenti : La cérémonie d'un novice était simple. Après s'être rasé la tête, il devait répéter trois fois : " Je prends refuge en le Bouddha, je prends refuge en le Dharma, je prends refuge en le Sangha "comme aujourd'hui encore pour devenir disciple laïc. Au début, le novice devait s'engager à respecter dix règles négatives.

Compagnon; La pleine ordination, qui conférait les droits d'un vrai moine, exigeait la présence d'au moins dix moines ordonnés depuis au moins dix ans. En cas de force majeure, cinq moines anciens suffisaient. Le novice devait avoir trouvé parmi les anciens un précepteur qui accepte de le proposer à l'ordination majeure. Le candidat s'agenouillait en joignant les mains et disait, par trois fois " Vénérables, je demande au Sangha l'ordination, puisse le Sangha m'élever jusqu'à lui par compassion ! "
Le consentement se faisait tacitement. Aucune objection n'ayant été formulée, un des anciens disait " Vénérables, que le Sangha m'entende ! " X demande l'ordination au Vénérable X (président du conseil), il demande l'ordination par l'intermédiaire du Vénérable Y (précepteur). Si cela paraît juste au Sangha, que le Sangha ordonne Untel par l'intermédiaire du précepteur Y. Telle est ma requête13) Après quelque temps, la cérémonie d'ordination fut étendue de telle sorte que le novice, qui avait déjà été questionné auparavant en privé devait confirmer son aptitude à l'ordination en répondant publiquement à des questions. Le président lui demandait
Es-tu un homme (c'est-à-dire pas un eunuque) et un être humain (c'est-à-dire pas un naga -sorte de serpent- sous forme humaine) ?
Es-tu un homme libre ?
Es-tu libre de dettes ?
Es-tu hors du service du roi ?
Es-tu pleinement âgé de vingt ans ?
As-tu un bol à aumônes et les robes de moine ?
Quel est ton nom ?
Quel est le nom de ton précepteur ?
Si le novice répondait à toutes ces questions de manière satisfaisante, son ordination était confirmée. Les moines sont encore ordonnés de cette façon de nos jours.
Les novices devaient suivre la direction de leur précepteur durant au moins cinq ans, mais dix ans en règle générale. Les moins doués pouvaient rester sous la coupe de leur précepteur toute leur vie.

Maître : Dix ans après son ordination majeure, le moine devenait un ancien (thera) et pouvait à son tour prendre en charge des novices en tant que précepteur et faire partie du conseil de l'ordre.
Passé maître :. Au bout de vingt ans, il devenait un grand ancien (mahathera).
Démission et réintégration : Pour quitter le Sangha, il suffisait de quitter la robe jaune et cela n'entraînait aucune disgrâce sociale.
L'ex-moine pouvait réintégrer l'ordre, mais à condition de recevoir une nouvelle ordination et de ne pas s'être engagé dans une autre école. Le moine Citta quitta et réintégra quatre fois le Sangha et cela ne l'empêcha pas de devenir un arhat.
Engagement : A noter que chaque engagement était pris trois fois. Le Bouddha enseigna sept conditions de bonheur pour le Sangha. Aussi longtemps que les moines tiendront des assemblées fréquentes et suivies par nombre d'entre eux, le Sangha prospérera et ne déclinera pas.
Aussi longtemps qu';ils se rencontreront en harmonie, prendront des décisions en harmonie et assumeront leurs fonctions en harmonie...
Aussi longtemps qu'ils n'autoriseront pas d'innovations et n'aboliront pas ce qui fut autorisé, mais procéderont selon la règle et la discipline...
Aussi longtemps qu'ils honoreront, respecteront et écouteront les aînés de grande expérience, ordonnés depuis longtemps, les pères et les instructeurs de l'ordre...
Aussi longtemps qu'ils ne tomberont pas en proie aux désirs qui conduisent à la renaissance...
Aussi longtemps qu'ils préféreront les habitations de la forêt...
Aussi longtemps qu'ils apprécieront que des compagnons du même esprit viennent à eux...
Aussi longtemps que les moines se tiendront à ces sept conditions, le Sangha prospérera et ne déclinera pas. On trouve dans ces prescription les principales règles maçonniques : aimer ses frères (et/ou ses soeurs), obéir aux règlements généraux et aux supérieurs de l'ordre, ne jamais innover mais suivre scrupuleusement les rituels et les règles, accomplir ses charges avec régularité et ponctualité, demeurer dans la vertu et la frugalité, être prêt à accueillir de nouveaux membres dans le respect de la tradition, etc.
Le Bouddha prêcha aussi la solidarité. Découvrant un moine atteint de dysenterie et laissé sans soin, il admonesta ses voisins : " Moines, vous n'avez ni père ni mère pour s'occuper de vous. Si vous ne prenez soin les uns des autres, qui, je vous le demande, le fera ? Moines, quiconque d'entre vous prendrait soin de moi si j'étais malade doit prendre soin de son camarade moine malade Cette solidarité était d'ailleurs plus : la compassion.
La référence suprême du maçon est le Grand Architecte de l'Univers, formule assez souple pour être acceptable par les fidèles de toutes les religions, soit comme Dieu soit comme bouddhéité, puis, les règles traditionnelles. Ce n'est certes pas le Grand Maître, lui-même occupant une fonction à titre transitoire et soumis aux règles qu'il promet de respecter. Les dernières paroles du Bouddha furent de refuser de désigner un successeur autre que le Dharma ! On observera aussi une hiérarchie devant être respectée dans le but de maintenir l'harmonie, fondée sur le mérité et l'ancienneté ; le refus de recevoir les eunuques ou ceux atteints de certaines difformités ; le contrôle de l'identité du postulant et un ensemble de critères d'aptitude, comme il en existe pour être initiable ; la qualité de membre du Sangha par reconnaissance des anciens et de ses pairs. La volonté propre du candidat. La nécessité de tenir des assemblées fréquemment et régulièrement. L'exigence d'une certaine ancienneté dans la maîtrise pour pouvoir initier à son tour, etc.
Enfin, le Bouddha accorda une grande place à l'amitié entre les moines pour qu'ils puissent vivre en harmonie et progresser vers l'éveil : " Vraiment, cette vie religieuse consiste en l'amitié de ceux qui aiment le bien, en leur compagnonnage, en leur camaraderie. Un moine qui est un ami du bien, un compagnon et un camarade, doit certainement développer et cultiver ce Noble Octuple Sentier (pour la libération de son compagnon comme pour la sienne propre).
A rapprocher la méthode du Bouddha pour régler les conflits, à base de consensus, afin que l'harmonie de la communauté ne soit pas troublée, et l'exigence pour le récipiendaire de désigner tout frère de l'assistance avec qui il aurait un conflit et de faire la paix avec lui. Cette exigence vaut implicitement pour toute tenue de la loge.
Enfin, à plusieurs reprises, le Bouddha insista sur le fait que la véritable noblesse (un vrai brahmane) ne relevait pas de la naissance mais des qualités de cœur ce qui est à la base des degrés blancs du RER, où le chevalier novice doit, pour devenir chevalier bienfaisant de la cité sainte, se constituer un blason, avec une devise.
De ces rapprochements, il découle que, pour entrer dans la voie du Bouddha, il fallait déjà la vue juste, qui est suggérée dans les Quatre Nobles Vérités : un constat du caractère insatisfaisant du samsara et une perspective de salut, ou de libération. De même, pour être initiable en franc-maçonnerie, du moins la franc-maçonnerie traditionnelle, il faut accepter la perspective d'une transcendance et avoir confiance en la possibilité de salut. Telle est la première condition.
Tel qui fut refusé dans le premier Sangha des moines pour cause de maladie pouvait y être admis une fois guéri. On encore pour une question d'âge. Un âge minimum était requis, mais les vieillards ne pouvaient non plus être admis. Il y a un temps pour tout. Et des heures, en franc-maçonnerie...
Dans les deux traditions, des structures régulières et des conditions particulières sont requises, conditions minimales pour un disciple laïc, plus exigeantes pour un moine ou une nonne. Ces conditions ont été rendues nécessaires, dans le premier Sangha, dès qu'il

a connu un certain développement et que le Bouddha lui-même ne put plus tout accomplir en personne, et a fortiori après son parinirvana. Les rites maçonniques se sont fixés au fil d'une longue histoire ;ils répondent à des nécessités vérifiées expérimentalement plus que fondées sur des sources historiques bien établies, dont René Guenon disait qu'elles étaient d'origine non humaine.
Quant au but, il demeure une réalisation spirituelle dont la mise sur la voie ne peut se faire que dans le cadre prescrit, comprenant obéissance aux lois et à la hiérarchie traditionnelle mais qui doivent aussi être dépassées, voire abandonnées pour atteindre l'ultime. La réalisation est indépendante de la position du disciple dans la hiérarchie : du temps du Bouddha, sont recensés vingt et un laïcs ayant obtenu l'état d'arhat, liste qui n'est pas exhaustive, et il est fait allusion aussi à quelques laïcs dont les noms ne sont pas mentionnés.
L'ultime ne dépend pas d'une quelconque hiérarchie (en grec : le pouvoir de la sainteté) pourtant nécesaire, à la fois comme référence et comme guide. Le Bouddha a comparé son enseignement à une barque nécessaire pour traverser le fleuve du samsara mais devenue inutile ensuite. Et ses dernières paroles ont été : " Soyez à vous-même votre propre lumière "

De la pratique du geste et de l'arrêt du geste dans les deux traditions

" Avec notre corps, tout notre corps et en restant immobile, trouver la vraie lumière. "
" Nous pouvons voir la vraie lumière quand nous ouvrons nos yeux dans la nuit et que nous écoutons de nos oreilles le vent qui ne souffle pas.
Quand notre corps, tout notre corps, a sa tension profonde en restant immobile, nous pouvons trouver la véritable illumination. "
Ces aphorismes ont pour auteur un député, conseiller d'Etat, philosophe à ses heures, mort à Paris en 1824, un certain Marie-François-Pierre Gonthier de Biran dit Maine de Biran.
Deux phrases peuvent résumer, l'attitude juste du corps et de l'esprit dans toutes formes de pratiques spirituelles.
" Avec notre corps, tout notre corps et en restant immobile, trouver la vraie lumière. " Ces quelques mots ont éclairé d'un jour très différent, l'esprit et le sens de la transmission dans une tradition authentique, ce qui est le cas, bien entendu, du bouddhisme et de la franc-maçonnerie.
La franc-maçonnerie est, un lieu privilégié d'expérience, de pratique où nous pouvons accéder à la vraie lumière, non par l'intellect, par les pensées discursives ou par des spéculations métaphysiques mais avec notre corps, avec la pensée du corps, révélée, réveillée par les effets du rite.
Nietzsche, qui écrit dans ses Fragments : " Il est admis que tout l'organisme pense, que toutes les formations organiques participent au penser, au sentir " (Fragments, 40).
Engagé sur une voie initiatique, il y a urgence à mettre un terme au bavardage. Ce peut être un préalable essentiel au déconditionnement de l'esprit qui nécessite bien plus que le temps de silence imposé sur la colonne d'apprenti, sur la colonne du septentrion, pour que, selon une formule de Swami Prajnanpad "que nos pensées ne soient pas des citations, nos émotions des imitations et nos actions des caricatures " ?
Pour aboutir à ce déconditionnement, pour pallier les insuffisances du langage des mots, la franc-maçonnerie dispose des outils remarquables que sont les symboles de l'Art Royal complétés ou inspirés des symboles fondamentaux de la science traditionnelle antique.
Ces outils nous ont été transmis avec le mode d'emploi : le rite. C'est l'accomplissement du rite dans ce qu'il a de gestuel qui est le véhicule véritable de la transmission et assure la pérennité de la tradition.
C'est le geste rituel qui rend le symbole agissant .Le rite n'est pas uniquement une cérémonie de mots mais une succession de gestes strictement réglementés qu'il importe de pratiquer de façon rigoureuse, exactement. L'étymologie du mot rite est " action correcte "
C'est la rigueur de la pratique qui en garantit les effets par un conditionnement gestuel avec notre corps, tout notre corps. Ce conditionnement a la particularité de déconditionner.
Deshimaru invité en tenu a été intéressé, par la rigueur de la cérémonie, la méthode, le comportement des maçons en loge, la vigilance qui préside aux travaux.
Le bouddhisme accorde une importance toute particulière à la notion de vigilance. L'une des dernières paroles du Bouddha n'est-elle pas : " Ô moines, soyez vigilants, soyez vigilants ! " Le temple maçonnique et le temple bouddhiste sont avant tout des lieux de vigilance et de silence. Le silence, le seul temple, selon Maeterlinck. La recherche de la vérité, l'objet si souvent défini de nos travaux maçonniques Deshimaru en donnait la solution : " Ne cherchez pas la vérité, ne coupez pas les illusions, simplement, laissez passer les pensées sans rien vouloir fuir, sans rien vouloir saisir, concentré sur la posture de méditation, la posture juste, parce que c'est l'attitude juste du corps qui détermine l'attitude juste de l'esprit. "
C'est le rite qui met le symbole en action dans le silence de la loge où le corps participe selon des règles de conduite qu'il importe de vivre correctement.
L'expérience du Zen auprès de Taïsen Deshimaru, peut confirmer qu'est bien là l'essentiel de la méthode maçonnique.
Les traditions ont en commun un certain nombre de principes dominants. Elles enseignent que , pour aboutir à la connaissance, à l'éveil, au satori, à la lumière c'est un itinéraire du dedans. C'est à l'intérieur et qu'il faut procéder par simple décantation, dans l'immobilité et le silence. D'ailleurs le Bouddha aurait dit à ce sujet : "Dans ce corps de six pieds de long se situe le monde, l'origine et la fin du monde, et le chemin qui conduit à l'éveil. " Donc, vous voyez, rien de mystérieux, rien de surnaturel, mais, bien au contraire, le retour aux conditions normales, originelles, dans l'unité du corps et de l'esprit. Et parce qu'il n'y a de connaissance que de l'être entier, les gestes, et surtout l'arrêt du geste, la méditation, auront un rôle capital dans la pratique d'une tradition. Arrêter le geste revient en quelque sorte à tarir le foyer d'origine où s'alimente la chaîne de réflexes qui construit notre mental et à laquelle nous identifions notre ego.
Pour le monde de plus en plus, c'est le Bouddha Sakyamouni, Bouddha historique tel qu'il est représenté depuis des siècles, qui symbolise la perfection de la pratique de la méditation, de la paix intérieure et de la sagesse. La vraie sagesse est une sagesse du corps.
Notre culture, la culture religieuse méditerranéenne, n'a pas toujours négligé le comportement du corps sans pour autant s'asseoir à même le sol en pliant les jambes comme une grenouille. Notre frère Louis Pauwels, disait : " S'il suffisait de s'asseoir en pliant les jambes pour avoir le satori, toutes les grenouilles auraient le satori. " Un jour, on lui demandait : " Comment sais-tu que les grenouilles n'ont pas le satori ? " Il a répondu : " Ca m'est égal, je ne veux pas être une grenouille ! "
Les pharaons des temples de l'Egypte ancienne sont sculptés bien droits sur leur siège, jambes pendantes, légèrement écartées, les pieds reposant sur le sol comme d'ailleurs le Bouddha du futur, le Bouddha Maitreya, qui est souvent représenté assis sur un siège, à l'européenne.
On peut méditer debout, couché, assis sur une chaise, sur un tabouret tout siège qui permet d'avoir une bonne bascule du bassin. Dans le temple maçonnique comme dans le temple bouddhique, c'est mieux ensemble, fondus comme le miel dans le lait, fondus comme l'immobilité dans le silence, " l'ego s'y dissout comme un morceau de sucre ", disait Ramana Maharshi, ce sage de l'Inde.
Il s'agit de se libérer par son corps, par une meilleure présence à soi-même dans le sensible vigilant.. Les gestes et l'arrêt du geste développent, plus encore dans un contexte moderne agité, une éducation physique du spirituel. Sensei disait : j'éduque, il ne disait pas j'enseigne. Eduquer,est un mot qui prends un sens très noble dans un contexte initiatique traditionnel. L'étymologie du mot éduquer est i : éducateur, educare, ducere, conduire.
La franc-maçonnerie est une forme d'éducation que les tendances de notre formation qui accorde un intérêt excessif aux arabesques de la pensée, transforment trop souvent en babillage.
Dans la tradition bouddhiste comme dans la tradition maçonnique, les gestes et l'arrêt du geste transmis exactement auront un rôle essentiel pour que soient réunies les conditions les plus favorables de l'aventure intérieure.

II2 - L'OCTUPLE SENTIER ET LES CATHECHISMES MACONNIQUES:

la compréhension juste :
Un maçon est un homme libre et de bonnes mœurs ami du riche comme du pauvre si ils sont vertueux ; un maçon doit évaluer la valeur doit s'évaluer sur des qualités morales ; l'estime ne doit se mesurer que selon la constance et l'énergie que l'Homme apporte à la réalisation du bien.
Un maçon doit se rappeler qu'il ne suffit pas à l'Homme d'être mis en présence de la vérité pour qu'elle lui soit intelligible ; la lumière n'éclaire l'esprit humain que lorsque rien ne s'oppose à son rayonnement. Tant que les illusions et les préjugés nous aveuglent, l'obscurité règne en nous et nous rends insensible à la valeur du vrai.

la pensée juste :
Un maçon doit se défier de lui-même et craindre de porter un jugement avant d'avoir fait appel aux lumières de ses frères

la parole juste :
Le maçon doit se rappeler de ses 3 paroles :
- frappez et on vous ouvrira (la porte du temple )
- cherchez et vous trouverez (la vérité )
-demandez et vous recevrez (la lumière )

la conduite juste :
Vaincre mes passions, soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès (dans la maçonnerie )
Un maçon doit pratiquer la vertu en préférant à toute chose la justice et la vérité, la rectitude et la justice envers ses semblables

les moyens d'existence justes :
Un maçon se reconnaît à sa façon d'agir, toujours équitable et franche, à son langage loyale et sincère, à la sollicitude fraternelle qu'il manifeste pour tout ceux à qui il est rattaché par des liens de solidarité

l'effort juste :
Il se traduit par les 3 degrés du maçon mais également par les 3 voyages qui lui montrent les chemins qui mènent à la vérité.
la mémoire juste :
Le maçon doit se rappeler le dénuement de l'enfant qui vient au monde, qu'il a promis sincérité et franchise, humilité, désintéressement pour apprendre à se priver sans regret de tout ce qui peut nuire à son perfectionnement

la concentration juste :
En atelier, le maçon prends un temps de recueillement pour laisser les difficultés sur le parvis ; il doit être dans l'Ici et Maintenant pour être tout à ce qu'il fait et le faire bien juste comme il faut sans excès de zèle.

J'ai dit

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/

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Rig Veda : hymne des origines et Prologue de St Jean

4 Novembre 2012 , Rédigé par Rig Veda et Prologue de St Jean Publié dans #spiritualité

Nâsadya sukta -Rig Veda X, 129

Il n'y avait alors ni le non-être ni l'être.
Il n'y avait ni espace physique ni espace subtil.
Qu'est-ce qui voilait Cela, qu'est-ce qui l'abritait?
Qu'était l'Eau sans fond et impénétrable?
Il n'y avait ni mort ni même immortalité,
Il n'y avait alors aucune manifestation de la nuit et du jour.
Ce Un respirait sans souffle, mû de soi-même.
Qu'y avait-il d'autre que Cela? Quel délice supplémentaire pouvait-il y avoir?
Au tout début, des ténèbres recouvraient les ténèbres.
Cette Étendue indistincte était tout.
En ce temps, ce Non-né vacant, ce Un tout-puissant,
Émergeant, apparu par le pouvoir de l'Ardeur.
Au début, se développa une sorte de Désir,
Qui fut le tout premier germe de la pensée.
Cherchant avec sagesse au plus profond d'eux-mêmes,
Les visionnaires découvrirent le lien entre le manifeste et le non manifeste.
Leur cordeau était tendu à l'horizontal.
Quel était le dessous, quel était le dessus?
Il y eut des porteurs de semence et de puissantes forces;
En bas était l'Instinct, en haut la Grâce.
Qui sait en vérité? Qui saurait annoncer ici
D'où est apparue cette création, d'où elle a été lancée?
Même les dieux sont en deçà de cette émergence.
Qui peut dire d'où elle émane?
Cette création, d'où elle émane,
Si elle est tenue ou si elle ne l'est pas,
Celui qui l'imprègne dans l'espace le plus subtil
Le sait sans doute, ou peut-être ne le sait-il pas…

Prologue de St Jean

1 - Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.
2 - Elle était au commencement avec Dieu.
3 - Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.
4 - En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes.
5 - La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point reçue.
6 - Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean.
7 - Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui.
8 - Il n'était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière.
9 - Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme.
10 - Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l'a point connue.
11 - Elle est venue chez les siens, et les siens ne l'ont point reçue.
12 - Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, lesquels sont nés,
13 - non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu.
14 - Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père

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Le Martinisme de l'origine

26 Octobre 2012 , Rédigé par Iacobus S.I + M.I de Saint Melchisedech Publié dans #spiritualité

Témoignage d’un Frère porteur de l’Esprit

D’abord je voudrais remercier notre Philosophe Inconnu de la Société des Indépendants qui est pour moi une étoile de lumière par les vertus qu’il propose, les messages qu’il transmet et les connaissances qu’il porte. Qu’il en soit remercié et qu’il sache qu’il peut compter sur mon indéfectible amitié et fidélité sincère dans les vertus chrétiennes que nous partageons. Ce témoignage issu d’une expérience progressive dans le chemin spirituel proposé par Louis Claude de Saint Martin n’a pas la volonté de convaincre nos Frères ou Sœurs dans le doute, mais plutôt expliquer le sens du mot vécu de l’intérieur avec une grande sincérité.Je précise que pour être Martiniste, il n’est point obligatoire d’être un Maçon Chrétien, un croyant vertueux en Christ peut suffire. Mais il se trouve que je suis Maçon Rectifié et chrétien sur l’Evangile de Saint Jean et donc le Verbe manifesté, chaque voie à ses vertus mais aussi ses difficultés. Mais pour la voie que je pratique depuis 30 ans, je peux témoigner que la doctrine du Régime Ecossais Rectifié proposée par Jean Baptiste WILLERMOZ et ses Frères de Lyon est une étape importante pour prendre conscience de l’effort à faire pour progressivement polir l’écorce de l’initié afin que la lumière divine de son Temple Intérieur puisse rejoindre le corps de lumière du Christ. Un passage purificateur est nécessaire et sous l’extrême réserve comme je l’ai écrit dans l’Esprit du Régime Ecossais Rectifié de s’assurer que l’enseignement reçu est digne de son fondateur afin de se mettre en état de recevoir et de s’engager dans la voie du véritable Cherchant, Persévérant et Souffrant.Je suis de ceux qui pensent après une longue étude de la pratique du Rite Ecossais Rectifié et là je ne parle que de la classe symbolique, que chaque réception est une réédification primitive et progressive à chaque étape des 4 degrés pour « devenir » et « être » de nouveau dans le sillon de la réintégration. Ce qui suppose que les symboles présentés soient parfaitement explicités à celui qui les reçoit. Sinon, le profane ne peut s’extraire progressivement de la matière ténébreuse où la prévarication du 1er Adam la conduit par la chute. Si toutes les conditions sont remplies, l’esprit peut alors par le Martinisme recouvrir au-delà des symboles intégrés, le chemin du cœur, nouveau Temple inscrit dans la genèse de l’homme Dieu selon l’Image et Ressemblance. La Maçonnerie rectifiée doit dans ses instructions montrer à ces fils, comment l’homme-Dieu devenu ADAM prévaricateur va devoir comprendre toutes les opérations qui se sont réalisés pour que Christ notre divin réparateur soit envoyé par DIEU le père pour nous montrer sa miséricorde. Ne pas le dire est une forme d’iniquité volontaire qu’il faut dénoncer.

Epitre aux Hébreux – chapitre 11

Or la foi est une ferme assurance des choses qu'on espère, une démonstration de celles qu'on ne voit pas. Pour l'avoir possédée, les anciens ont obtenu un témoignage favorable. C'est par la foi que nous reconnaissons que le monde a été formé par la parole de Dieu, en sorte que ce qu'on voit n'a pas été fait de choses visibles. C'est par la foi qu'Abel offrit à Dieu un sacrifice plus excellent que celui de Caïn ; c'est par elle qu'il fut déclaré juste, Dieu approuvant ses offrandes ; et c'est par elle qu'il parle encore, quoique mort. C'est par la foi qu'Énoch fut enlevé pour qu'il ne vît point la mort, et qu'il ne parut plus parce Dieu l'avait enlevé ; car, avant son enlèvement, il avait reçu le témoignage qu'il était agréable à Dieu. Or sans la foi il est impossible de lui être agréable ; car il faut que celui qui s'approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu'il est le rémunérateur de ceux qui le cherchent. C'est par la foi que Noé, divinement averti des choses qu'on ne voyait pas encore, et saisi d'une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille ; c'est par elle qu'il condamna le monde, et devint héritier de la justice qui s'obtient par la foi. C'est par la foi qu'Abraham, lors de sa vocation, obéit et partit pour un lieu qu'il devait recevoir en héritage, et qu'il partit sans savoir où il allait. C'est par la foi qu'il vint s'établir dans la terre promise comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu'Isaac et Jacob, les cohéritiers de la même promesse. Car il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur. C'est par la foi que Sara elle-même, malgré son âge avancé, fut rendue capable d'avoir une postérité, parce qu'elle crut à la fidélité de celui qui avait fait la promesse. C'est pourquoi d'un seul homme, déjà usé de corps, naquit une postérité nombreuse comme les étoiles du ciel, comme le sable qui est sur le bord de la mer et qu'on ne peut compter. C'est dans la foi qu'ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Ceux qui parlent ainsi montrent qu'ils cherchent une patrie. S'ils avaient eu en vue celle d'où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d'y retourner. Mais maintenant ils en désirent une meilleure, c'est-à-dire une céleste. C'est pourquoi Dieu n'a pas honte d'être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité. C'est par la foi qu'Abraham offrit Isaac, lorsqu'il fut mis à l'épreuve, et qu'il offrit son fils unique, lui qui avait reçu les promesses, et à qui il avait été dit : En Isaac sera nommée pour toi une postérité. Il pensait que Dieu est puissant, même pour ressusciter les morts ; aussi le recouvra-t-il par une sorte de résurrection. C'est par la foi qu'Isaac bénit Jacob et Ésaü, en vue des choses à venir. C'est par la foi que Jacob mourant bénit chacun des fils de Joseph, et qu'il adora, appuyé sur l'extrémité de son bâton. C'est par la foi que Joseph mourant fit mention de la sortie des fils d'Israël, et qu'il donna des ordres au sujet de ses os. C'est par la foi que Moïse, à sa naissance, fut caché pendant trois mois par ses parents, parce qu'ils virent que l'enfant était beau, et qu'ils ne craignirent pas l'ordre du roi. C'est par la foi que Moïse, devenu grand, refusa d'être appelé fils de la fille de Pharaon, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que d'avoir pour un temps la jouissance du péché, regardant l'opprobre de Christ comme une richesse plus grande que les trésors de l'Égypte, car il avait les yeux fixés sur la rémunération. C'est par la foi qu'il quitta l'Égypte, sans être effrayé de la colère du roi ; car il se montra ferme, comme voyant celui qui est invisible. C'est par la foi qu'il fit la Pâque et l'aspersion du sang, afin que l'exterminateur ne touchât pas aux premiers-nés des Israélites. C'est par la foi qu'ils traversèrent la mer Rouge comme un lieu sec, tandis que les Égyptiens qui en firent la tentative furent engloutis. C'est par la foi que les murailles de Jéricho tombèrent, après qu'on en eut fait le tour pendant sept jours. C'est par la foi que Rahab la prostituée ne périt pas avec les rebelles, parce qu'elle avait reçu les espions avec bienveillance. Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait pour parler de Gédéon, de Barak, de Samson, de Jephthé, de David, de Samuel, et des prophètes, qui, par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions, éteignirent la puissance du feu, échappèrent au tranchant de l'épée, guérirent de leurs maladies, furent vaillants à la guerre, mirent en fuite des armées étrangères. Des femmes recouvrèrent leurs morts par la résurrection ; d'autres furent livrés aux tourments, et n'acceptèrent point de délivrance, afin d'obtenir une meilleure résurrection ; d'autres subirent les moqueries et le fouet, les chaînes et la prison ; ils furent lapidés, sciés, torturés, ils moururent tués par l'épée, ils allèrent çà et là vêtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dénués de tout, persécutés, maltraités, eux dont le monde n'était pas digne, errants dans les déserts et les montagnes, dans les cavernes et les antres de la terre. Tous ceux-là, à la foi desquels il a été rendu témoignage, n'ont pas obtenu ce qui leur était promis, Dieu ayant en vue quelque chose de meilleur pour nous, afin qu'ils ne parvinssent pas sans nous à la perfection.Instruit de l’essentiel, laissant les symboles, les décorations profanes, les honneurs reçus par des hommes qui n’ont aucun caractère sacré car seul le véritable « Elu » à vocation à transmettre le sacrement divin, le Frère ou la Sœur Martiniste peut alors par la méditation et la prière espérer ré-ouvrir la porte de son Cœur afin d’y allumer l’autel des parfums et essences spiritueuses pour purifier son Ame.Pour mesurer la densité de l’esprit philosophique et spirituel proposé par le Martinisme de l’Origine, les Frères et Sœurs se réunissent d’abord dans l’antichambre appelée « Cercle » afin de se réadapter à la lumière proposée et étudier comme le faisait les Moines dans le silence et la paix.Progressivement, le groupe ou les groupes constitués de Frères et de Sœurs et choisis par le Maître Inconnu du Chapitre, ceci pour expliquer que 12 Membres par groupe sont un maximum pour communier, le M.I peut fédérer 2 groupes séparés à des jours différents.La cohésion sacerdotale est indispensable pour que les Membres profitent pleinement de l’enseignement martiniste, et le Cercle est le lien qui doit permettre de se mettre en état de recevoir et de partager, ce qui explique que la sélection est nécessaire pour l’harmonie du Groupe..

Epitre aux Hébreux – chapitre 12

Nous donc aussi, puisque nous sommes environnés d'une si grande nuée de témoins, rejetons tout fardeau, et le péché qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persévérance dans la carrière qui nous est ouverte, ayant les regards sur Jésus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui était réservée, a souffert la croix, méprisé l'ignominie, et s'est assis à la droite du trône de Dieu. Considérez, en effet, celui qui a supporté contre sa personne une telle opposition de la part des pécheurs, afin que vous ne vous lassiez point, l'âme découragée. Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang, en luttant contre le péché. Et vous avez oubliez l'exhortation qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne méprise pas le châtiment du Seigneur, Et ne perds pas courage lorsqu'il te reprend ; Car le Seigneur châtie celui qu'il aime, Et il frappe de la verge tous ceux qu'il reconnaît pour ses fils. Supportez le châtiment : c'est comme des fils que Dieu vous traite ; car quel est le fils qu'un père ne châtie pas ? Mais si vous êtes exempts du châtiment auquel tous ont part, vous êtes donc des enfants illégitimes, et non des fils. D'ailleurs, puisque nos pères selon la chair nous ont châtiés, et que nous les avons respectés, ne devons nous pas à bien plus forte raison nous soumettre au Père des esprits, pour avoir la vie ? Nos pères nous châtiaient pour peu de jours, comme ils le trouvaient bon ; mais Dieu nous châtie pour notre bien, afin que nous participions à sa sainteté. Il est vrai que tout châtiment semble d'abord un sujet de tristesse, et non de joie ; mais il produit plus tard pour ceux qui ont été ainsi exercés un fruit paisible de justice. Fortifiez donc vos mains languissantes Et vos genoux affaiblis ; et suivez avec vos pieds des voies droites, afin que ce qui est boiteux ne dévie pas, mais plutôt se raffermisse. Recherchez la paix avec tous, et la sanctification, sans laquelle personne ne verra le Seigneur. Veillez à ce que nul ne se prive de la grâce de Dieu ; à ce qu'aucune racine d'amertume, poussant des rejetons, ne produise du trouble, et que plusieurs n'en soient infectés ; à ce qu'il n'y ait ni impudique, ni profane comme Ésaü, qui pour un mets vendit son droit d'aînesse. Vous savez que, plus tard, voulant obtenir la bénédiction, il fut rejeté, quoiqu'il la sollicitât avec larmes ; car son repentir ne put avoir aucun effet. Vous ne vous êtes pas approchés d'une montagne qu'on pouvait toucher et qui était embrasée par le feu, ni de la nuée, ni des ténèbres, ni de la tempête, ni du retentissement de la trompette, ni du bruit des paroles, tel que ceux qui l'entendirent demandèrent qu'il ne leur en fût adressé aucune de plus, car ils ne supportaient pas cette déclaration : Si même une bête touche la montagne, elle sera lapidée. Et ce spectacle était si terrible que Moïse dit : Je suis épouvanté et tout tremblant ! Mais vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, des myriades qui forment le cœur des anges, de l'assemblé des premiers-nés inscrits dans les cieux, du juge qui est le Dieu de tous, des esprits des justes parvenus à la perfection, de Jésus qui est le médiateur de la nouvelle alliance, et du sang de l'aspersion qui parle mieux que celui d'Abel. Gardez-vous de refuser d'entendre celui qui parle ; car si ceux-là n'ont pas échappé qui refusèrent d'entendre celui qui publiait les oracles sur la terre, combien moins échapperons-nous, si nous nous détournons de celui qui parle du haut des cieux, lui, dont la voix alors ébranla la terre, et qui maintenant a fait cette promesse : Une fois encore j'ébranlerai non seulement la terre, mais aussi le ciel. Ces mots : Une fois encore, indiquent le changement des choses ébranlées, comme étant faites pour un temps, afin que les choses inébranlables subsistent. C'est pourquoi, recevant un royaume inébranlable, montrons notre reconnaissance en rendant à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec piété et avec crainte, car notre Dieu est aussi un feu dévorant. Le Rituel de Cercle donc permet de se purifier ensemble pour communier sur les différents textes à l’étude et partager son interprétation et sa compréhension.Chacun peut avoir une impression, explication différente car elle doit émaner de son ressenti intérieur et donc de sa propre Foi, Espérance et Charité. Dès lors, que les Membres du Cercle partagent la même conviction en Christ, rien ne peut les opposer car ils vont tous au même endroit. Après l’étude, l’agape réunit comme une famille chez l’habitant pour le rituel du pain et du vin selon l’Ordre de MELCHISEDECH, les chrétiens unis.Après cette période indispensable de partage, d’échange, de transparence spirituelle offerte à ses Frères et Sœurs dans le Cercle sur des textes choisis et commentés, alors l’Initiation Martiniste peut s’envisager et l’enfant de Dieu ayant combattu toutes les scories de son Corps, de son Ame et de son Esprit peut rejoindre le cénacle vertueux du Chapitre pour parfaire son acte de transformation qui ne sera plus « matière » mais « spirituel » au sens sacré du sens donné.Et cet état est une véritable bénédiction de l’esprit au sens eucharistique du terme, car se mettre en état de renouer le dialogue par son Bon Compagnon(Ange) pour établir la communion divine avec le grand réparateur est un sentiment très fort, une forme d’extase philosophique épurée de toutes les scories de la vie profane.Ensuite la vision de la vie profane est toute autre, les épreuves et les souffrances sont moins dures ou pénibles, les considérations profanes n’ont plus leur place, les perversions profanes n’ont plus de prise sur le Martiniste purifié et à l’écoute. Alors mes Frères et Sœurs, il nous reste à prier.

(Extrait de la Philocalie)

Il y a trois modes de l'attention et de la prière, par lesquels l'âme, ou bien s'élève et progresse, ou bien tombe et se perd. Si elle use de ces trois modes en temps opportun et comme il faut, elle progresse. Mais si elle en use inconsidérément et à contretemps, elle tombe. L'attention doit donc être inséparablement liée à la prière, comme le corps est inséparablement lié à l'âme. L'une ne peut tenir sans l'autre. L'attention doit aller devant et guetter les ennemis, comme un veilleur. C'est elle qui la première doit connaître le péché et s'opposer aux pensées mauvaises qui entrent dans l'âme. Alors vient la prière, qui détruit et fait périr sur le champ toutes ces pensées mauvaises, contre lesquelles en premier lieu a lutté l'attention. Car celle-ci ne peut, à elle seule, les faire périr. Or c'est de ce combat de l'attention et de la prière que dépendent la vie et la mort de l'âme. Car si, par l'attention, nous gardons pure la prière, nous progressons. Mais si nous négligeons de garder pure la prière, si nous ne veillons pas sur elle, si nous la laissons souiller par les pensées mauvaises, nous sommes inutiles et nous ne progressons pas. Il y a donc trois modes de l'attention et de la prière. Et il nous faut dire quelles sont les propriétés de chacun. Ainsi celui qui aime son salut pourra choisir le meilleur, et non le pire.

Du premier mode de l'attention et de la prière ˜

Telles sont les propriétés du premier mode. Quand quelqu'un se tient en prière, il lève vers le ciel ses mains, ses yeux et son intelligence. Il se représente les pensées divines, les biens du ciel, les ordres des anges et les demeures des saints. Il rassemble brièvement et recueille en son intelligence tout ce qu'il a entendu dans les divines Écritures. Il porte ainsi son âme à désirer et à aimer Dieu. Il lui arrive parfois d'exulter, et de pleurer. Mais alors son cœur s'enorgueillit, sans qu'il le comprenne. Il lui semble que ce qu'il fait vient de la grâce divine, pour le consoler, et il demande à Dieu de le rendre toujours digne d'agir comme il le fait. C'est là une marque de l'erreur. Car le bien n'est pas bien quand il ne se fait pas sur la bonne voie et comme il faut. Quand bien même il vivrait dans une extrême hésykhia, il est impossible qu'un tel homme ne perde pas son bon sens et ne devienne pas fou. Mais même s'il n'en arrivait pas là, il ne saurait parvenir à la connaissance, ni maintenir en lui les vertus de l'impassibilité. C'est ainsi que se sont égarés ceux qui ont vu une lumière et un flamboiement avec les yeux de leur corps, qui ont senti un parfum avec leur propre odorat, et qui ont entendu des voix avec leurs propres oreilles, ou qui ont éprouvé des choses du même ordre. Les uns ont été possédés par le démon, et sont allés de lieu en lieu, hors d'eux-mêmes. D'autres ont reçu en eux les contrefaçons du démon: il leur est apparu comme un ange de lumière, et ils se sont fourvoyés, ils ne se sont jamais corrigés, ils n'ont jamais voulu écouter le conseil d'aucun frère. D'autres encore ont été poussés par le diable à se tuer : ils se sont jetés dans des précipices, ils se sont pendus. Qui pourrait décrire toutes les illusions par lesquelles le diable les égare ? Ce n'est guère possible. Mais après ce que nous venons de dire, tout homme sensé peut comprendre, à quels dommages expose ce présent mode de l'attention et de la prière. De même, s'il arrive que l'un de ceux qui usent de ce mode n'en reçoive aucun mal, dès lors qu'il se trouve en compagnie d'autres frères (car ce sont surtout les anachorètes qui connaissent un tel mal), cependant, toute sa vie durant, il ne progressera pas.

Du deuxième mode ˜

Tel est le deuxième mode de l'attention et de la prière. Quand quelqu'un recueille son intelligence en lui-même, en la détachant du sensible, quand il garde ses sens et rassemble toutes ses pensées pour qu'elles ne s'en aillent pas dans les choses vaines de ce monde, quand tantôt il examine sa conscience et tantôt il est attentif aux paroles de sa prière, quand à tel moment il court derrière ses pensées que le diable a capturées et qui l'entraînent dans le mal et la vanité, quand à tel autre moment, après avoir été dominé et vaincu par la passion, il revient à lui-même, il est impossible que cet homme, qui a en lui un tel combat, soit jamais en paix, ni qu'il trouve le' temps de travailler aux vertus et reçoive la couronne de la justice'. Car il est semblable à celui qui combat ses ennemis la nuit, dans les ténèbres. Il entend leurs voix et reçoit leurs coups. Mais il ne peut pas voir clairement qui ils sont, d'où ils viennent, comment et pourquoi ils le blessent, dès lors que le dévastent les ténèbres de son intelligence et les tourments de ses pensées. Il lui est impossible de se délivrer de ses ennemis, les démons qui le brisent. Le malheureux peine en vain, car il perd son salaire, dominé qu'il est par la vanité. Il ne comprend pas. Il lui semble qu'il est attentif. Souvent, dans son orgueil, il méprise et accuse les autres. Il s'imagine qu'il peut les conduire, et qu'il est digne de devenir leur pasteur. Il est semblable à cet aveugle qui s'engage à conduire d'autres aveugles. Il est nécessaire que quiconque veut être sauvé sache le dommage que peut causer à l'âme ce deuxième mode, et qu'il fasse bien attention. Cependant ce deuxième mode est meilleur que le premier, comme la nuit où brille la lune est meilleur que la nuit noire.

Du troisième mode ˜

Le troisième mode est vraiment chose paradoxale et difficile à expliquer. Non seulement ceux qui ne le connaissent pas ont du mal à le comprendre, mais il leur paraît presque incroyable. Ils ne croient pas qu'une telle chose puisse exister, dès lors que, de nos jours, ce mode n'est pas vécu par beaucoup, mais par fort peu. Un pareil bien, je pense, nous a quittés en même temps que l'obéissance. Car c'est l'obéissance au père spirituel qui permet à chacun de ne plus se soucier de rien, dès lors qu'il remet ses soucis à son père, qu'il est loin désormais des tendances de ce monde, et qu'il est un ouvrier tout à fait zélé et diligent de ce mode. Encore lui faut-il trouver un maître et un père spirituel véritable, dégagé de toute erreur. Car celui qui, par une vraie obéissance, s'est consacré à Dieu et à son père spirituel, qui ne vit plus sa propre vie et ne fait plus sa propre volonté, mais est mort à toutes les tendances du monde et à son propre corps, par quelle chose passagère peut-il être vaincu ou asservi ? Ou quelle 'inquiétude et quels soucis peut avoir un tel homme ? C'est donc par ce mode, et par l'obéissance, que se dissipent et disparaissent tous les artifices des démons et toutes les ruses qu'ils trament pour entraîner l'intelligence dans toutes sortes de pensées. Alors l'intelligence de cet homme est délivrée de tout. C'est avec une grande liberté qu'elle examine les pensées que lui apportent les démons. C'est avec une réelle aptitude qu'elle les chasse. Et c'est avec un cœur pur qu'elle offre ses prières à Dieu. Tel est le commencement de la vraie voie. Ceux qui ne se consacrent pas à ce commencement peinent en vain, et ils ne le savent pas. Or le commencement de ce troisième mode n'est pas de regarder vers le haut, d'élever les mains, d'avoir l'intelligence dans les cieux, et alors d'implorer le secours. Ce sont là, nous l'avons dit, les marques du premier mode : le propre de l'illusion. Ce n'est pas non plus de faire garder les sens par l'intelligence, de n'être attentif qu'à cela, de ne pas voir dans l'âme la guerre que lui font les ennemis et de ne pas y prêter attention. Car ce sont là les marques du deuxième mode. Celui qui les porte est blessé par les démons, mais il ne les blesse pas. Il est meurtri, et il ne le sait pas. Il est réduit en esclavage, il est asservi, et il ne peut pas se venger de ceux qui font de lui un esclave, mais les ennemis ne cessent de le combattre ouvertement et secrètement, et le rendent vaniteux et orgueilleux. Mais toi, bien-aimé, si tu veux ton salut, il te faut désormais te consacrer au commencement de ce troisième mode. Après la parfaite obéissance que tu dois, comme nous l'avons dit, à ton père spirituel, il est nécessaire de faire tout ce que tu fais avec une conscience pure, comme si tu étais devant la face de Dieu. Car sans obéissance, jamais la conscience ne saurait être pure. Et tu dois la garder pure pou trois causes. Premièrement, pour Dieu. Deuxièmement, pour ton père spirituel. Troisièmement, pour les autres hommes et pour les choses du monde. Tu dois garder ta conscience pure. Pour Dieu, c'est-à-dire ne pas faire ce que tu sais ne pas reposer Dieu et ne pas lui plaire. Pour ton père spirituel : faire tout ce qu'il te demande, ne pas en faire plus, et ne pas en faire moins, mais marcher selon son intention et selon sa volonté. Pour les autres hommes : ne pas leur faire ce que tu as en aversion et ce que tu ne veux pas qu'ils te fassent. Pour les choses du monde : te garder de l'abus, autrement dit user de tout comme il faut, de la nourriture, de la boisson, des vêtements. En un mot, tu dois tout faire comme si tu étais devant Dieu, afin que ta conscience n'ait rien à te reprocher, quoi que tu fasses, et qu'elle n'ait pas à t'aiguillonner pour ce que tu n'as pas fait de bien. Suis ainsi la voie véridique et sûre du troisième mode de l'attention et de la prière, que voici. Que l'intelligence garde le cœur au moment où elle prie. Qu'elle ne cesse de tourner dans le cœur. Et que du fond du cœur, elle adresse à Dieu ses prières. Dès lors qu'elle aura goûté là que le Seigneur est bon, et qu'elle aura été comblée de douceur, elle ne s'éloignera plus du lieu du cœur, et elle dira les paroles mêmes de l'apôtre Pierre : "Il est bon d'être ici". Elle n'arrêtera plus de veiller sur le cœur et de tourner en lui, poussant et chassant toutes les pensées qu'y sème l'ennemi, le diable. À ceux qui n'en ont aucune idée et qui ne la connaissent pas, cette œuvre salutaire paraît pénible et incommode. Mais ceux qui ont goûté sa douceur et ont joui du plaisir qu'elle leur donne au fond du cœur disent, avec le divin Paul: "Qui nous séparera de l'amour du Christ ?" Car nos Pères, entendant le Seigneur dire dans le saint Évangile que c'est du cœur que sortent les mauvaises pensées, les meurtres, les prostitutions, les adultères, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes, et que c'est là ce qui souille l'homme, entendant aussi l'Évangile nous demander de purifier l'intérieur de la coupe, pour que l'extérieur également devienne pur, ont laissé toute autre œuvre spirituelle et se sont totalement adonnés à ce combat, c'est-à-dire à la garde du cœur persuadés que, par cette œuvre, ils pourraient aisément acquérir toute autre vertu, dès lors qu'il n'est pas possible qu'aucune vertu perdure autrement. Cette œuvre, certains parmi nos Pères l'ont appelée hésykhia du cœur, d'autres l'ont nommée attention, d'autres sobriété et vigilance, et réfutation, d'autres examen des pensées et garde de l'intelligence. C'est à cela que tous ont travaillé, et c'est par là que tous ont été rendus dignes des charismes divins. C'est pourquoi l'Écclésiaste dit : "Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, et marche sur les voies de ton cœur intègre et pur, et éloigne de ton cœur les pensées." L'auteur des Proverbes dit la même chose : Si la suggestion du diable t'assaille, "ne le laisse pas entrer dans ton lieu". Par lieu, il entend le cœur Et notre Seigneur dit dans le saint Évangile : "Ne vous laissez pas entraîner", c'est-à-dire ne dispersez pas votre intelligence ici et là. Il dit ailleurs : "Bienheureux les pauvres en esprit", c'est-à-dire : Bienheureux ceux qui n'ont dans leur cœur aucune idée de ce monde, et qui sont pauvres, dénués de toute pensée mondaine. Tous nos Pères ont beaucoup écrit là-dessus. Quiconque le veut peut lire ce que disent Marc l'Ascète, Jean Climaque, Hésychius et Philothée le Sinaïte, l'Abbé Isaie, le grand Barsanuphe, et bien d'autres. En un mot, celui qui n'est pas attentif à garder son intelligence ne peut pas devenir pure en son cœur, pour être jugé digne de voir Dieu. Celui qui n'est pas attentif ne peut pas devenir pauvre en esprit. Il ne peut pas non plus être affligé et pleurer, ni devenir doux et paisible, ni avoir faim et soif de la justice. Pour tout dire, il n'est pas possible d'acquérir les autres vertus autrement que par cette attention. C'est donc à elle que tu dois t'appliquer avant tout, afin de comprendre par l'expérience ce dont je t'ai parlé. Et si tu veux savoir comment faire, je te le dis ici, autant qu'il est possible. Sois bien attentif. Il te faut avant tout garder trois choses. D'abord ne te soucier de rien, tant de ce qui est raisonnable que de ce qui est déraisonnable et vain, c'est-à-dire mourir à tout. Deuxièmement, avoir une conscience pure : que ta conscience n'ait rien à te reprocher. Troisièmement, n'avoir aucun penchant: que ta pensée ne se porte vers rien de ce qui est du monde. Alors assieds-toi dans un lieu retiré, demeure au calme, seul, ferme la porte, recueille ton intelligence loin de toute chose passagère et vaine. Pose ton menton sur ta poitrine, sois attentif à toi-même avec ton intelligence et tes yeux sensibles. Retiens un moment ta respiration, le temps que ton intelligence trouve le lieu du cœur et qu'elle y demeure tout entière. Au début, tout te paraîtra ténébreux et très dur. Mais quand tu auras travaillé sans relâche, nuit et jour, à cette œuvre de l'attention, ce miracle, tu découvriras en toi une joie continuelle. Car l'intelligence qui mène le combat trouvera le lieu du cœur. Alors elle voit au-dedans ce qu'elle n'avait jamais vu et qu'elle ignorait. Elle voit cet espace qui est à l'intérieur du cœur et elle se voit elle-même tout entière lumineuse, pleine de toute sagesse et de discernement. Désormais, de quelque côté qu'apparaisse une pensée, avant même que celle-ci entre, soit conçue et se forme, l'intelligence la chasse et la fait disparaître au nom de Jésus, c'est-à-dire avec l'invocation "Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi". C'est alors qu'elle commence à avoir les démons en aversion, qu'elle mène contre eux un combat sans relâche, qu'elle leur oppose l'ardeur naturelle, qu'elle les chasse, qu'elle les frappe, qu'elle les force à disparaître. Ce qui advient ensuite, avec l'aide de Dieu, tu l'apprendras seul, par l'expérience, grâce à l'attention de l'intelligence, et en gardant dans ton cœur Jésus, c'est-à-dire sa prière "Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi". Un Père dit en effet : "Demeure dans ta cellule, et elle t'apprendra tout".

Source : http://martinisme33.webnode.fr/rituels-et-textes/

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Un conflit peut-il engendrer la Fraternité?

20 Octobre 2012 , Rédigé par Louis Peye Publié dans #spiritualité

La Bulle « IN EMINENTI » du Pape Clément XII, en 1738, excommunie les premiers Francs-maçons. «Condamnation de la Société appelée – Liberi Muratori – ou – Francs-Maçons – sous peine d’excommunication encourue par le seul fait dont l’absolution est réservée au Souverain Pontife, si ce n’est l’article de la mort.»

« En raison du secret de leurs assemblées et pour d’autres motifs justes et raisonnables de nous connus. »

Benoit XIV avec celle de « PROVIDAS » la complète, en 1751, tout comme Pie VI, en 1776, en raison de la philosophie des Lumières.

Léon XIII, en 1884, dans son Encyclique « HUMANUM GENUS » reproche à son tour, l’anticléricalisme, le positivisme et le rationalisme du G.*.O.*.D.*.F.*.

En 1915, Benoit XV réaffirme l’excommunication des Francs-Maçons par le fait même de leur adhésion à une « Secte Maçonnique ».

Un fait nouveau apparaît en 1961 avec la réception du Jésuite, le R.P. RIQUET qui provoque la démission de son V.*.M.*. Marius LEPAGE de sa R.*. L.*. du G.*.O.*.D.*.F.*. En 1961 se prépare le concile œcuménique de Vatican II. Marius LEPAGE organise à Laval une conférence en Loge, une Tenue Blanche fermée, au cours de laquelle le Révérend Père Riquet vient présenter son point de vue en tant que catholique sur l’athéisme. Cette TBF reçoit l’accord de l’évêque de Laval ainsi que celui du G.*.O.*.D.*.F.*. comme il se doit. Toutefois, l’Obédience n’avait pas anticipé l’émotion suscitée dans ses rangs et que la presse nationale de l’époque reprend. Or devant l’ampleur de l’écho, le G.*.O.*.D.*.F.*. affirme que la conférence a pris la forme d’une simple réunion à caractère privé et qu’il n’y a eu aucun cérémonial maçonnique…. Ce qui soulèvera des réactions vives de nombreuses Loges de l’Obédience et en particulier dans le Sud-ouest. Cela aboutit à une suspension du Vénérable Maître organisateur, devant les instances disciplinaires de G.*.O.*.D.*.F.*. Marius LEPAGE sera acquitté par ces mêmes instances le 23 septembre 1961 ; et malgré l’Appel interjeté par le Conseil de l’Ordre. Il sera définitivement blanchi le 18 décembre 1961.

Ainsi, l’opposition est consommée mais change de camp. En 1974, le Canon 2335, ne vise plus que les Chrétiens agissant contre l’Eglise, ce qui n’est pas le cas de la Maçonnerie anglaise ni de la G.*.L.*.N.*.F.*. Dès lors les ecclésiastiques peuvent recevoir l’Initiation, après dispense de leur évêque dans les Loges dites Régulières où la croyance en un Dieu créateur est affirmée, en principe.

En 1983, le nouveau code 1184 ne mentionne plus les F.*.M.*. et ne maintient de ce fait plus leur excommunication ainsi :

« Seuls doivent être punis d’une juste peine, ceux qui donnent leurs noms à une association qui se livre à des complots contre l’Eglise. Les promoteurs ou dirigeants d’une telle association seront punis de l’interdit. »

Si le code de 1917 prévoyait 42 cas d’excommunication, le nouveau Code n’en reconnaît désormais plus que 7 : hérésie, apostasie, schisme avortement, sacrilège contre l’Eucharistie, violence physique contre le Pape, absolution du complice pour péché charnel et avortement, consécration illicite d’un évêque, violation du secret de la confession.

Chacun appréciera à sa juste valeur les nouveaux cas d’excommunication. Ces sept nouveaux cas mériteraient un large débat, j’en suis conscient. Cependant il faut noter qu’il n’est plus fait mention des Francs-maçons. Pourtant les Pères – haut placés dans la hiérarchie du Vatican - par l’intermédiaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, rappellent que les catholiques qui s’inscrivent dans une Loge sont : « en état de péché grave et ne peuvent, de ce fait, accéder à la communion ». Ce qui explique les difficultés pour certaine Obédience d’ériger une Loge sur le territoire monégasque.

La conclusion, pour l’Ecossais reconnu comme tel par ses FF et SS, sera l’affaire de l’excommunication. Elle sera donc réglée dans le secret de son âme et conscience (que Rome lui reproche). Avec tolérance et fraternité. Le F.*. Ecossais demande au G.*.A.*.D.*.L.*.U.*. de pardonner ceux-là mêmes qui jettent des anathèmes parce qu’ils ne savent pas toujours ce qu’ils font. Cet Ecossais invite surtout les FF et les SS à participer aux Tenues – à la condition qu’ils se sentent des Hommes libres dans des Loges Libres. – Peut-on, aujourd’hui, l’affirmer lorsque certaine Obédience jette l’anathème sur des FF .*. dont la ligne de conduite n’est pas celle préconisée par le Grand Maître ? A certains, reste le choix entre se soumettre ou se démettre - Ceci afin d’asseoir leur propre opinion et ne point prendre les mots des représentants d’une foi, qu’ils soient enrubannés ou calottés, pour la Réalité révélée. Le premier devoir d’un homme adulte est le doute : soyons tolérant face à la croyance en… La vie n’est que perpétuels changement, transformation et la vérité d’hier n’éclaire plus le scientifique d’aujourd’hui. La vie n’est qu’une suite de catharsis, d’abréactions d’eurêka, de découvertes où la vérité se montre différente selon l’angle sous lequel on la découvre.

Que nous disent les Bulles papales ?

Les Bulles d’exclusions contre la Franc-maçonnerie sont nombreuses. Le sujet est traité dans différents média écrits ou audio-visuels. Le sujet fait « vendre » et recueille toujours autant d’intérêt. Ce fameux secret reste secret malgré les Tenues Blanches Ouvertes, les actualités qui sourdent des Obédiences comme celles qui transpirent soit à la G.*.L.*.N.*.F.*. ou au G.*.O.*.D.*.F.*.….. et malgré que toutes les Obédiences aient traité ce sujet.

Combien de Francs-maçons, de Sœurs, de Frères qui appartiennent à un Rite, à un courant chrétien sont concernés par l’excommunication ?

Certains ne se sont jamais posé la question. En effet qu’est-ce que l’Excommunication ? C'est-à-dire « la privation des sacrements ». Autrement dit la suppression pour un F.*. ou une S.*., ou une Loge, une Obédience, ayant entre autres, la fonction de maintenir les Hommes, en bonne communication « les uns avec les autres ».

Ces groupes de FF.*. de toutes croyances autour de « Rites secrets », font référence à un Grand Architecte De l’Univers, entre autres. Chacun ici, mettant dans ces termes ce qu’il entend.

Respect Député.*. Maître.*. et mes B.*.A.*.F.*., je vous fais grâce d’une litanie longue et fastidieuse de ces autres dates et chiffres dont parfois les FF.*. sont si friands.

Permettez-moi de vous parler d’une période de référence où est née et s’est développée notre maçonnerie, dite «Ancienne et Moderne» : suite à la Maçonnerie Opérative.

Sept Papes essentiellement de 1738 à 1984 se sont efforcés d’actualiser l’excommunication en argumentant les motifs et en ajoutant des accusations de plus en plus graves contre la Maçonnerie.

Le premier pape condamnant l’Ordre maçonnique est le Pape Clément XII avec sa bulle de 1738. Le premier grief invoqué concerne le serment sur la Bible. Cette dernière souvent ouverte (pas toujours), à la page de l’Evangile selon Saint Jean, dans les Loges travaillant au REAA.

Je vous rappelle que dans toutes les Obédiences ou presque, des FF.*. travaillent dans des Loges dites de St Jean. Or St Jean était compagnon du Christ. Ses écrits font partie du Nouveau Testament et l’ésotérisme selon St Jean ne pouvait être QUE chrétien, Alors, pourquoi cette vindicte papale ?

Il existe 7 millions de FF.*. et SS.*. Maçons dans le monde. Combien de FF.*. ne prêtent pas serment, sur la Bible ou autres livres sacrés ? On peut considérer que sur 7 millions de Maçons, environ 6 millions appartiennent à des Loges dites Régulières – ie reconnues par la Maçonnerie Anglaise au sein de l’U.G.L.E.

Si ces 6 millions appartiennent à des Loges Régulières, elles devraient être Théistes – qui admettent l’existence d’un Dieu – en dehors de toute révélation, et les Déistes, - qui croit en Dieu sans dépendre d’une religion révélée -, hors des organisations religieuses administrées - alors combien sont-ils ?

Dans les fondements les plus anciens en Occident, la Foi est d’incidence Chrétienne.

Les Constitutions d’Anderson en expriment pour la 1ère fois (en 1723) les grands principes. Nous trouverons des traces, en 1750, de la formulation géniale des R.*.E.*.R.*. qui apparaît comme une sorte de réaction chrétienne.

Gardons à l’esprit qu’il y a actuellement 1 milliard de chrétiens ou catholiques dans le monde.

C’est à la fin du Convent de Wilhelmsbad en 1782 que le Rite Ecossais Rectifié est constitué, que le Serment spirituel et chevaleresque de l’Ordre des Chevaliers bienfaisants de la Cité Sainte est solidement établi sur des bases renouvelées.

Resp.*. D.*.M.*., il existe plusieurs sortes d’actes pontificaux : les décrets, les lettres, les Bulles (scellées avec du plomb), les Brefs (scellés avec de la cire)

Les Bulles sont des actes très importants :

    canonisation – élection

    convocation de concile

    suppression – condamnation

En fait Bulle, également appelée Bulla veut dire (sceau de plomb). Toutes ces Bulles sont notées dans le code du Droit Canon, enregistrées, numérotées, paraphées.

Dans le nouveau code du Droit Canon, il n’y a que 1752 articles. Cela veut dire que le Canon n° 2235, se trouve dans l’ancien Code du droit canon.

Stupéfiante Bulle !

Stupéfiant article que l’article 2235 de LEON XIII, promulgué en 1917. Publié officiellement et qui condamne toute la Maçonnerie en ces termes. Je cite :

« Ceux qui adhèrent à la Secte maçonnique ou autres associations du même genre, du même style qui complotent conte l’Eglise encourent l’excommunication».

Le Pape Benoit XIV successeur de Clément XII, confirme l’excommunication dans sa constitution apostolique sous forme de Bulle –« Providas romano-rum ponificum »- du 18 mai 1751.

Au moment où le Vatican condamne la F.*.M.*., n’oublions pas les Jésuites qui combattent les Protestants. Aujourd’hui il existe 360 millions de Protestants, dont environ 115 millions en Europe.

L’idéal Andersonnien est parfaitement vécu. Les Francs-maçons en général, les F.*.F.*. de différentes confessions et les FF.*..*. chrétiens ou autres fréquentent de plus en plus de Loges.

Ils s’appellent tous ‘Frère’ ou ‘Sœur’ entre eux !

Ce qui ne plait guère aux Papes et les condamnations pleuvent. Les Vénérables Maîtres donnent de plus en plus la lumière et chaque Pape en ajoute un peu plus.

Mes Très Chers Frères, combien de Papes nous condamnent et bien évidement je ne peux tous les énumérer. Il faut ajouter les lettres Encycliques, les lettres apostoliques, le Dictionnaire d’Apolgétique, l’Allocution consistoriale, la Constitution du 12 août 1869, l’Instruction de la Congrégation du Saint office, etc.

Mes B.*. A.*. F.*., il ne faut pas s’illusionner. Ce Pape Clément XII qui jette l’interdit sur notre Ordre est bien renseigné et sait, connait le danger que nous représentons, nous les Francs Maçons, ces libres penseurs. Il est le « berger » du « troupeau » de catholiques de par le monde. Dans ces deux termes, tout est dit. Un mouton, une vache, un cochon ont-ils une raison, une intelligence ? Heureusement, l’homme a un berger (le pape) qui le garde de ses ennemis et de lui-même.

Et dans le monde profane, les théistes, les déistes, les athées, les libres penseurs… ne sont pas tous d’accord entre eux. Cela fait beaucoup de monde et certains, parmi eux, sont influents.

Il est vrai que d’aucuns concourent merveilleusement bien à diviser et à entretenir cette division. Certains FF, certaines Obédiences, certains partis politiques, certaines « chapelles » y trouvent bon compte, évidement. Ils ont des Offices, des Charges, des Plateaux de respectabilité. Ils ont même des discussions hiérarchiques.

Comme si la hiérarchie ecclésiastique n’existait pas ?

« Savamment organisés, plusieurs types d’ordres, plusieurs degrés, plusieurs couleurs, avec des grades, ayant parfois une discipline sévère. Ces FF.*. seraient soumis à une JUSTICE maçonnique effroyable.

Lors de leurs cérémonies, ils permettent, ils doivent faire le serment de ne jamais révéler, à aucun moment, n’y d’aucune manière, le nom, le prénom de leurs « associés », de leur F.*. de leurs supérieurs. Voilà ce que disent les Papes. »

Société secrète et celle-ci s’appelle la F.*.M.*.

On projette ce que l’on est, vous dit le psychologue !

Mais ils ont des réunions clandestines… dans des Temples par exemple. Ne dit-on pas que certains ont droit au « Chapitre » - expression qui remonte au Moyen Age et fait allusion à la réunion des moines et chanoines. Celui qui avait droit au chapitre était celui qui participait à la prise de décisions et avait une voix de délibération comme les évêques-

    Qui sont-ils ?

    Que font-ils ?

    Que pensent-ils ?

    Que convoitent-ils ?

    Qu’est-ce qui est si important, de si secret que le commun des moines – ou des mortels - ne doit pas savoir ?

Heureusement que nous sommes loin de la loi sur la contraception, de celle sur l’adoption de l’Interruption Volontaire de Grossesse qui est accordé à la Femme. Chacun d’entre nous connaît la place de la Femme dans l’Ordre Catholique. Je n’évoque pas la Vierge Marie, non, mais bien celle qui influence l’homme commun de si mauvaise manière… affirme le Clergé.

La tolérance maçonnique est l’admission du dialogue, l’acceptation de la vision de l’Autre.

Laissons au Pape, laissons aux religieux, laissons aux hommes politiques la notion d’intolérance, la notion d’apostasie, les méfaits du groupe.

Quel dommage que certains FF placent la notion de religion, ou celle de l’Obédience, au niveau que nous connaissons aujourd’hui. Par manque de connaissance ou peur. Par des propos maladroits. Peu importe leur obédience ou leur pratique du rituel. Peu importe leur degré dans leur loge ou leur croyance.

Religion : qui relie les hommes entre eux, nous informe le dictionnaire.

Pour les FF.*. pratiquant le RER… Maitre Ecossais de St André, je pense que la problématique, de la Foi ou de la religion chrétienne ne se situe pas au niveau de l’Institution mais bien à celui de l’Individu, ou de la personne ou du Frère. C’est bien à chacun de choisir sa manière de croire en…, d’en parler, s’il le souhaite, de choisir ses actions, de les mener comme il l’entend, mais avec beaucoup de prudence : le Maçon est un être qui doute par essence.

Le 4éme degré nous garantit la matûrité des F.*. qui le composent. Bien que je me demande parfois, si la Force qui l’anime est proportionnelle à la TEMPERANCE, qu’instituaient nos guides, peut-être puisaient-ils celles-ci – prudence et tempérance – dans la Foi

    Foi chrétienne pour les uns

    Foi maçonnique pour les autres

    Foi en l’Homme pour certains

Il me semble que j’ai employé le mot « GUIDE » tout à l’heure ?

Il est vrai que j’aurais pu le remplacer par le terme « ANCIEN » - ancien et Moderne – cela vous rappelle des souvenirs n’est-ce pas ! Aux Anciens de 1730, entre autres… d’avoir supprimé les prières… et bien d’autres reproches bien-sûr : l’Epée, et les vertus cardinales Tempérance/Force – Justice/Prudence.

Rappelez-vous également ces querelles d’Anciens et des Modernes :

ó Pas sur le fait d’être Croyant, Déiste, Théiste ou Athée

mais seulement sur ce qu’ils n’avaient pas encore appris ou compris : la Justice, la Tolérance : ils n’avaient pas encore appris à se tolérer les uns et les autres.

Oui, mes B.*. A.*. F.*. notre Loge, dans son ensemble, est un Atelier, un laboratoire devrais-je dire, où les hommes apprennent à se connaître d’abord par la recherche de la compréhension du V.I.T.R.I.O.L. et, ensuite, à se reconnaître les uns les autres. Quel choc pour un montagnard de discuter avec un homme natif de Mimizan, d’un Lillois rencontrant un Marseillais. Nous avons tendance, par habitude, de traiter avec l’autre comme un autre soi-même, ayant vécu les mêmes aventures. Le psychologue parle de projection. Or, l’Autre est différent par nature. Nous avons, bien sûr des points communs par notre culture et chacun les interprète à sa façon. Un fait peut très bien être vécu négativement par l’un et positivement par son Frère. Cette constatation est importante. Ces diverses visions d’un fait sont l’expression d’une vérité multiple du Principe Un.

Rappelons-nous la naissance officielle de la Maçonnerie en Angleterre. Ces habitants sortaient d’une guerre où chaque parti défendait son point de vue. Que de dégâts. Des hommes de bonne volonté s’assirent autour d’une table et discutèrent, non de qui avait raison, mais du comment sortir de l’ornière et du pourquoi depuis des siècles, et du pourquoi des hommes se conduisaient uniquement à l’instar de l’instinct animal sans réflexion humaine. Certains allèrent plus loin. De notre civilisation chrétienne, ils allèrent rechercher dans la Bible les racines de notre humanité… de Jésus, ils remontèrent à Moïse, de Moïse à Joseph, de Joseph à la Civilisation Egyptienne… d’autres allant visiter la civilisation hellène, les Stoïciens. Tous avaient débordé des limites fixées par le curé de leur paroisse respective.

Un vrai Maçon ne recherche pas le Pouvoir, il l’a. Un vrai Maçon a le savoir qu’il cherche à renforcer et qu’il partage volontiers. Un vrai Maçon n’a de vouloir que d’inciter la volition chez l’autre à suivre son exemple : vivre sa vie, vivre son expérience et en tirer profit pour lui et ses semblables. Son but ultime est de rendre tout un chacun lumineux pour éclairer le chemin de l’autre en étant lui-même charismatique en toute humilité.

A la veille de la célébration du Cinquantenaire de notre Loge, tous les FF qui ont tous de la bonne volonté, qui sont toujours présents, soit sur les Colonnes soit présents parmi nous dans l’esprit, et toujours présents à l’appel, j’en suis convaincu, seront là… le moment venu.

En ce moment où quelques FF.*. semblent vaciller, chanceler, où quelques FF.*. doutent de toutes les valeurs, de l’esprit qui règne ici ou là, il est sage d’espérer.

Il faut que ces FF sachent que dans 50 ans encore, il y aura encore une fête chez nous. Ce qui est sûr c’est que ce sera grâce à

    Votre présence

    Votre participation

    Votre écoute

C’est notre F.*. A… qui disait : il faut que l’homme apprenne à écouter l’homme. C'est-à-dire s’ouvrir à l’Autre dans la générosité, la fraternité, la Bienfaisance.

Je crois qu’il est urgent, de faire passer un message d’AMOUR, de lancer un appel d’UNION à tous les FF pour que ces querelles, pour que les divisions ne soient qu’un souvenir, qu’un passage d’une ère à l’autre, d’une métamorphose, d’une compréhension pour l’acquisition de cette matûrité.

L’avenir n’appartient plus à l’excommunication, encore moins à la démission, mais bien à l’acceptation de l’autre dans toute sa différence. C’est celle-ci qui nous enrichit tous.

L’avenir nous appartient. Mais, encore une fois, faut-il se baser sur le passé ? Ce passé encore proche où, semble-t-il, les FF ont connu les conflits, les guerres. Guerres de religions, guerres mondiales, guerres civiles, conflits d’Obédiences, de Rites, avec des essaimages parfois douloureux. Oui si ce rappel nous assagit.

Quand les parents divorcent, même s’ils font semblant d’être consentants, il est indéniable que les enfants paient toujours un lourd tribut.

« Quand le corps souffre, l’esprit crie sa douleur ».

Rappelez-vous la dernière Bulle de Jean Paul II enregistré sur le nouveau code du Droit canon :

Canon 1184

« Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’église sera puni d’une juste peine, mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit »

Les Religions telles qu’elles se présentent à nous, le conflit, la non acceptation de l’Autre, peuvent-elles engendrer la Fraternité et la compréhension entre les hommes ?

J’ai dit

1984 en E.*. V.*

Source : http://louis.peye.over-blog.com/45-index.html

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Les Béatitudes

20 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

 Source : http://www.chevalerietemplieretraditionnelle.fr/

Les béatitudes sont un préambule. Elles indiquent les conditions préalables qui sont indispensables à l’acceptation de l’intelligence de la loi de salut, apportée par le Christ sur terre.

Celui qui ne commence pas par réformer ses vues sur la richesse, sur la valeur du plaisir, sur l’ambition terrestre, celui qui ne renverse pas radicalement dans son esprit l’échelle des valeurs humaines, basées sur une surestimation du temporel et un oubli étrange de Dieu, se met lui-même dans l’incapacité totale de comprendre l’esprit de l’Evangile et le message de Jésus.

Mais ce ne serait pas rendre justice à la pensée du Christ que de s’arrêter à ces premières considérations et de croire que les Béatitudes ne sont qu’une simple préface. Elles sont aussi un idéal, un but à poursuivre, tout au long de la vie chrétienne.

Nous devons certes commencer par nous détacher du monde et nous attacher aux vertus que sont la douceur, la piété, la patience, la pureté du cœur, l’esprit de paix… Mais ces vertus, il nous faudra les développer sans relâche, tout le long de notre vie. Dans la bouche du Christ, les Béatitudes sont avant tout un cri.

Enracinées dans les annonces prophétiques, elles développent en images la Bonne Nouvelle classées par Jésus : « le royaume des Cieux arrive ». Les Béatitudes résument la Bonne Nouvelle. Sans elles, le Sermon de la Montagne serait incompréhensible. Il va développer une doctrine pour des gens qui sont déjà en route. Elles exposent des exigences terribles mais elles apportent le Bonheur.

1) La première Béatitude

Elle est présentée sous deux formes un peu différentes par Saint Matthieu (« Bienheureux les pauvres en Esprit, parce que le royaume des Cieux est à vous ») et par Saint Luc (« Bienheureux vous qui êtes pauvres parce que le royaume des Cieux est à vous »). Ce qui augmenta la différence entre les deux textes, c’est que Saint Luc oppose à cette bénédiction de la pauvreté, une malédiction pour la richesse : « Mais malheur à vous les riches car vous tenez votre consolation ».

A première vue, on pourrait croire à une proclamation de la lutte des classes chère à Karl Marx. Ce serait là une erreur grave. Le sens immédiat de Saint Luc est que la richesse n’est qu’un faux bien et que celui qui s’y attache, y cherche sa propre consolation en s’assignant un idéal purement terrestre. En somme Saint Luc reprend le verset 24 du chapitre VI de l’Evangile selon Saint Matthieu : « Nul ne peut servir deux Maîtres : car ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et ne tiendra pas compte de l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent ».

La pauvreté, loin d’être une tare, une calamité, le signe d’une négligence de Dieu, doit être considérée, au contraire, comme la condition préalable de l’admission au royaume des Cieux. Cependant de toute évidence, ce n’est pas le fait d’être pauvre que le Christ béatifie. Celui qui est pauvre mais qui envie la richesse, qui la désire avec ardeur n’est pas pauvre au sens de Jésus et ne peut être qualifié de Bienheureux. Il s’agit surtout de la vertu de pauvreté et non d’une situation de fait. La pauvreté est le détachement des richesses. Elle est l’esprit de pauvreté.

Dès lors, nous ne sommes pas surpris de rencontrer dans le texte de Matthieu la variante « Bienheureux les pauvres en esprit… ». Ce que le texte de Saint Luc ne livre qu’à la méditation, celui de Saint Matthieu nous le donne immédiatement, il s’agit de la pauvreté acceptée procédant du détachement des richesses.

Il importe aussi de se souvenir des circonstances dans lesquelles Jésus a donné son enseignement, de l’auditoire auquel il s’adressait, des adversaires qu’il combattait, des préjugés qu’il voulait détruire.

Les Pharisiens identifiaient la pauvreté spirituelle et la pauvreté temporelle en ce sens qu’ils faisaient de la seconde la conséquence de la première. Pour eux, la richesse était un signe de Sainteté, de la prédilection de Dieu. Jésus montre, par contre, que pauvreté spirituelle et pauvreté temporelle ne sont pas liées.

Le sens profond de la première Béatitude est donc le suivant : « Bienheureux ceux qui ont l’esprit de pauvreté qui attachent du prix uniquement aux biens spirituels ».

Dans la mystique orthodoxe, la pauvreté est la renonciation à l’acquisition. Elle complète la pureté et l’obéissance aux lois divines pour parvenir à la prière pure. Il s’agit donc de lutter contre l’esprit de propriété, contre la passion d’acquérir. Ce renoncement est essentiel, il détache des choses matérielles, non pas dans leur utilisation mais dans l’amour que l’on peut leur porter.

Cet engagement du Chrétien imite et identifie à Dieu, en passant par le Christ dont Saint Matthieu nous dit : « Les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel des abris, mais le Fils Homme n’a pas où appuyer sa tête » (VIII.19).

L’Archimandrite Sophrony affirme que « la pauvreté contribue à libérer l’âme et l’intellect des pesantes images de la matière ».

2) La seconde Béatitude

La douceur apparaît comme le fruit du détachement des richesses car si la pauvreté est bien comprise et bien acceptée, les pauvres en esprit ne voient les choses et les êtres qu’un Dieu. Or c’est en Dieu, que la Fraternité humaine devient réalité évidente. Dans sa première Epître, Saint Jean écrit : Voici à quoi se reconnaissent les enfants de Dieu et les enfants du diable : quiconque ne pratique pas la Justice ne vient pas de Dieu, non plus celui qui n’aime pas son frère. Car voici le commandement que vous avez entendu dès le commencement : que nous nous aimions les uns les autres ».

Il n’est pas très difficile de ramener les deux premières Béatitudes aux deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain. Car si Jésus béatifie l’esprit de pauvreté, ce n’est que comme condition de l’amour de Dieu. Jésus promet aux doux la possession de la Terre. Il est clair que celle-ci n’est pas la terre matérielle mais ce que la Tradition appelle Terre Sainte, terre des Saints, terre des Bienheureux, terre d’Immortalité, la Jérusalem Céleste. Dans la pensée de Jésus, les deux premières Béatitudes posaient son enseignement en contraste frappant avec la doctrine des Pharisiens.

3) La troisième Béatitude

Saint Matthieu nous propose : « Bienheureux ceux qui sont dans l’affliction, car ils seront consolés ». Et Saint Luc : « Bienheureux vous qui pleurez maintenant car vous rirez. Et il ajoute : Malheur à vous qui riez maintenant car vous serez dans le deuil et dans les larmes ». Si on réfléchi à la forme antithétique prise par Jésus, on saisit que la grande erreur des hommes qui placent leur idéal dans la fortune et l’acquisition des Biens de ce monde, c’est qu’ils prennent à rebours la volonté divine. On dirait que Dieu prend plaisir à contrarier nos manières de voir ! Mais il serait absurde de regarder Dieu comme un contrariant.
Dieu entend avant tout nous éduquer. Et nous retrouvons la loi du Karma. Etymologiquement, KARMA veut dire acte, action. La loi du Karma, appelée aussi loi de causalité, loi de réciprocité des effets, loi de compensation, loi de choc en retour ou fonction d’échange, est la transposition dans le domaine psychique des lois de cause à effet, d’action et de réaction qui régissent les phénomènes matériels. Dans le domaine matériel, toute cause produit un effet et tout effet a une cause, toute action engendre une réaction.
Dans le domaine psychique, toute pensée, toute parole, toute action déclenche un processus semblable qui fait refluer sur nous ce que nous avons émis. Ainsi l’homme récolte ce qu’il a semé. La loi du Karma nous rend le Bien pour le Bien et le Mal pour le Mal car c’est une erreur de croire qu’elle agit uniquement dans le sens négatif. Une bonne pensée, une bonne parole, une bonne action augmente notre crédit karmique. Une mauvaise pensée, une mauvaise parole, une mauvaise action augmente notre dette karmique. Loi simple, efficace, incorruptible, la loi du Karma ne cherche pas à punir mais à éduquer. Elle nous oblige à façonner notre avenir avec notre passé et notre présent. Elle a donc pour but de nous aider à évoluer en nous faisant prendre conscience, à travers notre expérience vécue, de notre bonne ou mauvaise insertion dans l’ordre voulu par Dieu. La loi karmique, même si elle est rigoureuse, veut avant tout stimuler l’être humain sur le chemin qui conduit à Dieu. C’est donc dans la loi du Karma qu’il faut chercher l’explication des fléaux individuels (maladies, douleurs, souffrances morales, humiliations) et des fléaux collectifs (guerres, épidémies, catastrophes naturelles).

Il est aussi évident, qu’étant donné que l’homme ne peut s’élever en une seule existence, au niveau du Divin, que l’âme doit passer par un certain nombre d’incarnations pour qu’elle puisse enfin, purifiée de la dette karmique, s’unir à Dieu. Karma et réincarnation sont donc des processus étroitement liés et indissociables.

4) La quatrième Béatitude

Il faut mettre en contraste le Texte de Matthieu : « Bienheureux ceux qui sont affamés et assoiffés de Justice car ils seront rassasiés » et celui de Luc : « Bienheureux vous qui êtes maintenant affamés car vous serez rassasiés » complété par la malédiction : « Malheur à vous qui êtes repus maintenant car vous aurez faim ». Il est clair que Jésus condamne ceux qui sont repus parce qu’ils mettent leur confiance dans leurs biens matériels ! Jésus ne promet pas à ses disciples qu’ils seront rassasiés matériellement mais spirituellement. C’est pourquoi Matthieu précise en ajoutant « de Justice). Le mot justice n’a pas ici la signification : rendre à chacun ce qui lui est dû. Il ne signifie pas avantage la justice divine.
Souvent employé dans l’écriture, le substantif veut dire l’état de ceux qui sont en paix avec Dieu. Justice est donc perfection, sainteté.

Le but final de la vie mystique est de rendre à l’âme sa véritable nature spirituelle dans l’union avec Dieu. Toute progression culmine dans ce que la religion orthodoxe appelle la divinisation ou la déification. L’histoire de l’homme créée à l’image et la ressemblance de Dieu peut se schématiser en trois périodes :

- sa naissance dans l’immortalité divine

- sa mort par la faute adamique

- sa renaissance dans la lumière divine à travers la rédemption.

C’est pourquoi, Clément d’Alexandrie écrit : « Le Verbe De Dieu s’est fait homme pour que tu apprennes d’un homme comment l’homme peut devenir Dieu ». Et selon Saint Jean dans son Evangile : « Jésus leur répliqua : n’est-il pas écrit dans votre loi : Vous êtes des Dieux ? Si elle a appelé dieux ceux à qui fut adressée la parole divine – et l’écriture ne peut pas être abrogée – à moi que le père a consacré pour m’envoyer dans le monde vous dites : tu blasphèmes parce que j’ai dit : Je suis le Fils de Dieu » (X-34.35.36).

5) La cinquième Béatitude

Elle est propre au texte de Matthieu : « Bienheureux les miséricordieux car il leur sera fait miséricorde ». La miséricorde n’était pas une vertu inconnue de l’ancien testament. Mais on ne saurait dire qu’elle fut toujours en honneur chez les Juifs.

La doctrine des Pharisiens affirmait que la pauvreté était une punition divine. Pourtant la miséricorde est le fruit direct de l’amour du prochain , or l’amour du prochain et l’amour de Dieu sont inséparables.

6) La sixième Béatitude

Elle est également propre à Matthieu : « Bienheureux ceux dont le cœur est pur car ils verront Dieu ».

Il ne faut pas croire que dans cette Béatitude, il s’agit de la chasteté. D’ailleurs l’usage de donner à la chasteté, le nom pureté est récent. Dans le langage biblique la pureté du cœur est l’absence de toute cupidité mauvaise, de toute malhonnêteté, de tout crime, de toute faute et de toute attache au mal. J.V.Andrae dans les « Noces chimique de Christian Rosencreutz » donne d’ailleurs ce singulier conseil : « Examine toi, toi-même. Si tu n’est pas purifié assidûment, les Noces te feront grand dommage. Malheur à celui qui s’attarde là-bas. Que celui qui est trop léger s’abstienne ».

7) La septième Béatitude

Elle est toujours propre à Saint Matthieu : « Bienheureux les pacifiques (ou les artisans de la Paix) car ils seront appelés Fils de Dieu ». Le terme grec qui est traduit par pacifique ne se rencontre qu’une seule fois dans la Bible. Dans Saint Matthieu, il ne possède pas ce sens restreint mais signifie « ami d la Paix entre les hommes ».

Il ne s’agit donc pas uniquement de l’homme paisible qui reste chez soi en paix, mais du pacifique qui recherche la Paix et la fait régner autour de Dieu par son amour de la Justice et par son esprit de droiture. Compris de la sort, le mot qualifie le véritable disciple du Christ dont les qualités sont la droiture, la loyauté, l’esprit de Justice, l’amour de la fraternité, la recherche de la concorde.

8) La huitième Béatitude

Elle est formulé de deux façons dans Saint Matthieu : « Bienheureux ceux qui endurent des persécutions. Bienheureux serez-vous quand on vous insultera ».

Les sept Béatitudes précédentes ne considéraient que l’aspect céleste, la huitième est relative à la vie des Chrétiens ici-bas. Jésus avertit les Chrétiens qu’ils ne doivent pas s’attendre au bonheur sur la terre Il les prévient que les Béatitudes tirent tout leur valeur de l’approbation divine. Du côté humain, on ne peut espérer que blâmes, contradictions, persécutions.

9) Symbolisme du nombre huit

Les Béatitudes sont au nombre de huit. Universellement, ce nombre est celui de l’équilibre cosmique. C’est en effet le nombre des directions cardinales et collatérales de l’Espace (E-SE-S-SO-O-NO-N-NE), des rayons de la Roue celtique, des Trigrammes du Yi-King, des Sentiers de la sagesse bouddhique, des rais de l’étoile de Compostelle.

Le nombre huit est aussi le symbole du Soleil (les plus anciennes représentations solaires sont figurées par un disque d’où émanent huit rais). Par voie de conséquence, huit est le symbole de l’or. C’est aussi le nombre du Verbe et celui du Christ (le nom de Jésus en Grec a pour valeur numérique 888).

La vertu solaire passant pour guérir tous les maux, le nombre huit est celui de la guérison et de la Rédemption puisque celle-ci régénère la nature humaine. Dans l’Egypte ancienne, le dieu Thot était le Seigneur du nombre huit, de la sagesse incarnée.

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Les rose-croix ou le complot des sages

15 Octobre 2012 , Rédigé par Pierre Montloin et Jean-Pierre Bayard Publié dans #spiritualité

Les rose-croix ou le complot des sages 1

A Francfort-sur-le-Main, en 1628 parut un ouvrage intitulé Summum bonum qui fit grand bruit, par toute l’Europe, dans le monde savant. Il était signé Joachim Fizzio, pseudonyme de Robert Fludd. Quand on posa à l’auteur la question : « Etes-vous Rose-Croix ? », il répondit : « Je ne l’ai, en vérité, pas mérité, cependant cette bénédiction dépend de la grâce de dieu ». Robert Fludd, était un médecin et hermétiste anglais (1574-1637). Naudé, le bibliothécaire de Louis XIII affirma que les Rose-Croix s’engageaient notamment à exercer gratuitement la médecine, à se réunir une fois chaque année, à tenir leurs assemblée secrète. Ils confessaient que le pape est l’Antechrist. Hargrave Jennings écrivit « The Rosicrucians, their rites and mysteries » en 1870. Il affirma que les rose-croix se refusaient aux affections humaines, qu’ils considéraient les femmes comme des êtres inférieurs, ils ne recherchaient pas les honneurs, parce que aucune gloire humaine n’était convenable pour eux. Dans toutes les matières ils élargissaient à l’infini l’horizon intellectuel. Edward-George, first baronet of Bulwer Lytton (1803-1873) fut imperator de la Societas Rosicruciana in Anglia et considéra ses connaissances ésotériques dans « Zanoni ». (en réalité Bulwer Lytton se vit attribuer ce titre de façon honorifique mais il le refusa ce que Bayard ne sait pas).

L’Europe, la France et Paris en 1623

Au début du XVIIè siècle, les troubles religieux ont démontré qu’il n’y avait pas une France, mais des Frances, prêtres les unes et les autres à recouvrer leur indépendance. Par un balancement psychosociologique souvent constaté, ce qu’a perdu le christianisme profite aux sorcières, aux charlatans, escrocs. Puis arrive le cartésianisme qui reste attaché à l’Etre. Dans le tourbillon de la pensée religieuse et philosophique, le jansénisme va bientôt se manifester. Paradoxalement, il donnera naissance à un mysticisme trouble et incontrôlé. Gabriel Naudé (1600-1652) raconte ce qui s’est passé à l’été 1623. Dans son « Instruction à la France sur la vérité des frères de la rose-croix » (1623) il évoque les affiches où étaient écrit : « Nous, députés du collège principal des frères de la roze-croix, faisons séjour visible et invisible dans cette ville par la grâce du Très-Haut, vers lequel se tourne les cœurs des juste. Nous montrons et enseignons, sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues du pays où nous vouons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d’erreur de mort ». Le peuple ne sachant pas lire ne réagit point. Le clergé s’inquiéta car les affiches sentaient le huguenot. Ces derniers seuls usaient communément de l’expression biblique « Très-Haut ». D’autres affiches appelaient le intéressés à rejoindre la rose-croix. Cette « campagne d’affichage » porta fruit. Voilà les chamailleries qui reprennent entre papistes et huguenots. Gabriel Naudé enquête. Il affirme que les rose-croix ne sont sujets ni à la faim, ni à la soif, ni à la vieillesse, ni aux maladies, ni à aucune incommodité de la nature, qu’ils ont un livre dans lequel ils peuvent apprendre tout ce qui est dans les autres livres faits ou à faire, qu’ils peuvent forcer les esprits et les démons les plus puissants de se mettre à leur service et attirer à eux, par la vertu de leur chant, les perles et les pierres précieuses, que dieu les a couverts d’un nuage pour les dérober à leurs ennemis, qu’ils confessaient publiquement que le pape est l’antéchrist, qu’ils reconnaissent la 4è monarchie et l’empereur des Romains pour leur chef et celui de tous les chrétiens, que leurs trésors sont inépuisables. Ce rêve du Saint Empire, de la 4è monarchie, d’une ultime période du monde était le reflet du grand dessein de Gibelins, dont Frédéric de Hohenstaufer, Dante, Joachim de Flore avaient été les interprètes. Un seul pouvoir temporel, une seule autorité spirituelle, une Eglise soustraite au césaro-papisme. Naudé rapporte les vœux de ceux qu’on commençait de nommer les frères de l’Invisible collège ou même les Invisibles : exercer la médecine charitablement, se vêtir suivant les usages des pays où l’on se trouve, se rendre, une fois tous les ans, au lieu de leur assemblée générale, se choisir un successeur capable de tenir sa place et de le représenter, avoir le caractère de la rose-croix pour signe de reconnaissance entre eux et pour symbole de leur congrégation, prendre les précautions nécessaires pour que le lieu de leur sépulcre soit inconnu, tenir leur société secrète et cachée pendant 120 ans. Les rose-croix en prophétisant la fin du règne de l’or, posaient déjà la question sociale. Il y a dans cette malédiction des richesses temporelles, un avant-goût, du communisme, un écho des espérances anabaptistes, une condamnation implicite du luthérianisme si attaché à la bénédiction de la réussite matérielle.

Les textes fondamentaux de la rose-croix

La rose-croix venait d’Allemagne. A cette époque sévissait la guerre de Trente ans. Les origines en étaient religieuses. La paix d’Augsbourg (3/10/1655) n’avait marqué qu’une trêve précaire entre les puissances catholiques et protestantes. L’empereur Ferdinand II, en 1618 tente de restaurer le catholicisme dans es Etats. La Bohême se révolte. En 1619, le conflit allumé en Bohême embrasse le Saint Empire, puis l’Europe entière. Il faudra attendre 1659 pour que soit signée une paix précaire. Chez les protestants il y a des divisions : luthériens de stricte observance figés dans une théologie qui renchérit sur le dogmatisme de Luther puis des indépendants que leurs adversaires nomment, avec plus ou moins de dédain, mystiques et piétistes. Le terme péjoratif d’enthousiastes implique une sorte d’excommunication. Ces derniers cherchent la Vérité, au moins autant que dans la bible, dans les écrits, imprimés ou manuscrits, de Jacob Böhme et de ses continuateurs directs comme Schweigarth et Sébastien Franck. Parmi les enthousiastes se trouvaient Andreae. Ce dernier a été le créateur de la rose-croix. On retrouve dans les textes des rose-croix une psychothéologie qui les apparente singulièrement aux penseurs et poètes du XVè siècle italien, tout imprégné de néo-platonisme et dont la Divine Comédie avait été l’expression la plus pure. Les rose-croix distinguent en l’Homme trois plans : celui de la pure nature privée de la grâce divine, celui de la nature humaine par la grâce et en chemin vers le contemporain béatifique de la Trinité, celui de la nature humaine, sauvée et magnifiée par la Grâce sanctifiante dont l’expression la plus accessible est la Sagesse, telle qu’elle est évoquée dans le Livre des Proverbes : « Par la Sagesse, Yaweh a fondé la Terre et affermi les cieux… Alors qu’il n’y avait pas d’abîmes, « je » (la Sagesse) fus enfantée… Lorsqu’Il traça un cercle à la surface de l’abîme. L’homme doit être aidé par la société à devenir lui-même, c’est-à-dire atteindre le plan suprême, celui de l’homme-esprit. La doctrine de la rose-croix est une doctrine d’amour « une force magique endormie par le péché est latente dans l’homme. Elle peut être réveillée par la grâce de dieu ou par l’art royal. Nous trouverons en nous la pure et sainte connaissance si nous parvenons à nous isoler de toute influence extérieure, et à nous laisser conduire par la lumière intérieure ». C’est dans cette expectative de la lumière intérieure qu’il faut border les textes fondamentaux de la rose-croix. En Allemagne, dès 1614, avaient paru deux manifestes : Fama et Confession. La même année parut une version allemande plus abondante de 417 pages le titre en étant : « L’universelle et générale réformation du vaste monde tout entier. Avec la Fama fraternitatis de l’illustre ordre de la rose-croix, adressée à tous les savants et dirigeants de l’Europe. Avec, également, une courte réponse de M. Haselmeyer, pareillement préparée pour l’impression et la diffusion et communiquée à tous les cœurs fidèles ». Haselmeyer fut condamné aux galères pour avoir diffusé la Fama. La prose de la Fama semble maintenant redondante, voire apocalyptique, mais est caractéristique du style de l’époque. Les rose croix estiment que chaque chrétien doit être un vrai jésuite, c’est-à-dire cheminer, vivre, être, demeurer en Jésus.

Le fondateur éponyme : Christian Rosencreutz

Dans la Fama, les auteurs font l’éloge de l’empereur Justinien qui avait compilé les lois de Rome, l’aréopage signataire invite chaque sage à lui soumettre ses suggestions. Un auteur estime que tout le mal vient de l’insincérité et propose d’aménager une petite fenêtre dans la poitrine de chacun de nous : ainsi l’on verrait aussitôt nos mensonges. Un autre sage propose la redistribution des richesses, la suppression de la circulation de l’or et de l’argent. Un misanthrope demande à dieu un nouveau déluge qui exterminera, enfin, les hommes méchants et toutes les femmes. Il est tué ; l’assemblée implore le Très-Haut d’épargner le beau sexe. Et ce symposium finit dans le tumulte. Puis les auteurs écrivent la biographie de Rosencreutz. Né en 1378 sur les bords du Rhin, de parents pauvres mais nobles, Christian Rosenkreuz est placé, dès l’âge de six ans, dans une abbaye où il apprend le grec, le latin, l’hébreu et la magie. A 16 ans, il part en pèlerinage pour la Terre sainte, avec un compagnon qui meurt à Chypre. La maladie le contraint à s’arrêter à Damas où il reçoit l’enseignement secret des Sages. Ils le guérissent, lui confient les arcanes de la nature et le conduisent dans leur « cité philosophique » où il passe trois ans. Ensuite, il parcourt le Liban, la Syrie, le Maroc. Des Fassis le conduisent à la connaissance suprême ou adeptat. Désormais il sera nommé le Père. Il a reçu la mission de communiquer à la chrétienté la sagesse qu’il vient d’acquérir et de fonder une société secrète qui « aura à satiété or et pierres précieuses, et qui enseignera les monarques ». Il accomplit, dans un lieu sauvage, une retraite de cinq années. Il recrute trois fidèles compagnons, Frater G.V., Frater I.A. et Frater I.O. Il écrivent sous sa direction des écrits fondamentaux. Ils bâtissent le nouveau temple du Saint-Esprit, guérissent les malades et consolent les désespérés. Sept ans plus tard, Rosencreuz coopte d’autres étudiants et constitue ainsi « la fraternité ». Pour y être admis, il faut être célibataire et chaste. Les frères partent en mission à travers le monde et se réunissent une fois par an dans le temple du Saint Esprit. Le Père meurt en Engeland à 106 ans. I.A. meurt en Gaule narbonnaise. Les disciples du Père sont son neveu R.C., le peintre B., G.G. et P.D. L’enseignement est condensé en trois textes : Axiomata : le plus docte, Rotae Mundi : le plus subtil, Protheus : le plus utile. Quelques siècles plus tard, un successeur du père, l’imperator N.N. découvrit son mausolée qui a sept côtés et est constamment éclairé par des lampes inextinguibles. Au centre, un autel cylindrique, avec l’inscription : ACRC Hoc Universi Compendium vivi mihi sepulcrum feci (je me suis fait ce sépulcre (qui sera) pour les vivants abrégé de l’univers, avec en exergue : Jesu mihi omnia (Jésus est tout pour moi). Le corps manifié du Père tient dans sa dextre le Liber T. A ses côtés une Bible, un vocabulaire, un itinéraire, et sa biographie en caractères mystérieux. On lit aussi la devise de la fraternité : Ex Deo nascimur , in Jesu morimur, per spiritum reviviscimus (nés de dieu, morts dans Jésus, nous ressuscitons par le Saint Esprit). Le caractère myhtique de Rosenkreuz est admis pour le plupart des historiens de la rose-croix sauf pour Roesgen von Floss qui affirme en 1923 dans son « Histoire des rose-croix » que Rosenkreuz survécut au meurtre des Albigeois et s’enfuit vers l’Est. Il serait arrivé en Turquie et en Arabie où on le jugea digne de lui dévoiler les secrets de l’Ordre des rose-croix. Revenu en Europe renonça à son nom de famille et prit celui de Christian Rosencreutz.

Les énigmes des noces chymiques

Les Noces chymiques sont un « Märchen », un récit tissé sur une trame de voyage, de découvertes. Elles inspirés de « La Reine des fées » de Spenser. Les Noces chymiques sont anonymes mais la critique s’accorde à en attribuer la paternité à Jean-Valentin Andreae. Les Noces se poursuivent sur sept jours. Rosencreuz médite quand survient une tempête. Il voit une femme belle vêtue d’une robe bleue parsemée d’étoiles d’or. Elle tient une trompette d’or et un gros paquet de lettres écrites dans toutes les langues. Elle a de grandes ailes couvertes d’yeux. Elle invite Christian aux noces du roi. Christian met une robe de bure, pique quatre roses à son chapeau et croise contre sa poitrine un ruban écarlate. Il part pour la forêt et se trouve devant trois voies : un sentier court mais périlleux, une voie royale réservée à quelques prédestinés et une route aisée mais si longue qu’il lui faudrait un millénaire pour atteindre le but. Une quatrième voie est fermée aux mortels. Ne sachant quelle voie choisir, il pénètre dans la forêt où il sauve une colombe qu’un corbeau poursuivait. Ainsi il opte pour la voie royale. Il arrive à la porte d’un château au moment où on allait la clore. Il est reçu par un vieux gardien qui porte une bague magique et expie une faute. Christian retrouve la belle jeune femme qui le conduit dans une cour du palais du roi. Il franchit une porte gardée par deux statues ayant pour devise : « Donne et l’on te donnera » et se mèle aux invités. Mais tous ne sont pas purs. La vierge annonce que le lendemain, aura lieu l’épreuve qui séparera les justes des indignes. L’épreuve consiste en une pesée des vertus. Rosencreuz se révèle le plus pur. Il est reçu avec honneur alors que la plupart des autres candidats sont condamnés à l’exil. Ne restait auprès de lui que quelques justes. A ceux qui ont triomphé, on confère la Toison d’or. Les indignes sont chassés ignominieusement après avoir bu la coupe de l’oubli. Aux élus, la vierge ailée propose une énigme : son propre nom (la solution est Alchemia). Une jeune pucelle guidera les sélectionnés vers le dieu tout-puissant. LE lendemain, les élus sont présentés au roi. Il exige d’eux un serment de fidélité absolue. Une femme jeune et belle (la reine) et une vieille femme voilée sont assises près du roi. Plus loin folâtre Cupidon. La reine semble officier devant un autel où sont posés un livre relié de noir, un vase contenait un liquide rouge et une tête de mort où un serpent sort et entre par les orbites. Le nom des élus est inscrit sur le livre noir. Tous les assistants boivent dans la même coupe le breuvage du silence. La salle est ensuite tapissée de noir. On bande les yeux du roi et de la reine et de deux autres couples royaux. Un bourreau décapite les six monarques, le sang est recueilli dans un vase d’or. Les corps sont étendus dans des cercueils. Puis un assistant décapite le bourreau. Dans la nuit, les cercueils sont embarqués sur des vaisseaux qui naviguent sur un lac. Le lendemain ont lieu les simulacres d’obsèques royales. La vierge exige un nouveau serment de fidélité avant de conduire les élus à la tour Olympi située sur une île. Ils voient un édifice de sept tours imbriquées les unes dans les autres. Là, les corps des souverains et la tête du bourreau sont bouillis sous la direction d’un vieux jardinier. De la cuisson émerge une boule rouge qui est exposée au soleil. Il en sort un phénix. Ses cendres sont tissées en haut de la tour et entrent dans la préparation de deux « homonculi ». L’âme des six rois les animeront, ils seront ressuscités et formeront un couple royal archétypique. Les nouveaux monarques proclament les élus « chevaliers de l’or ». Tous sont délivrés sauf Christian qui, pendant un temps indéterminé, devra, pour expier une faute non exprimée, remplacer le gardien au seuil du château.

La première génération des rose-croix

Les Rose-croix étaient des hommes d’action et de pensée préoccupés par les grands problèmes de leur temps Johan-Valentin Andreae naît à Herrenberg le 17/08/1586 et meurt à Stuttgart le 27/61654. Son père était le 7è enfant du chancelier Jacob Andreae, abbé commandataire de Konigsbrann. Sa mère, Maria Moser, était si pieuse que son fils la compara à Sainte Monique, la mère de Saint Augustin. Après la mort de son père en 1601, sa mère alla s’établir avec ses six autres enfants à Tübingen où Valentin parfait ses études durant six ans, sous la direction de Maestlin, le maître de Kepler. En 1603, il est baccalaureus, en 1605 magister. En 1603 ; il écrit deux pièces de théâtre de style élisabéthain et à la même époque Les Noces chymiques. Il subit la crise de l’adolescence qui brise sa carrière ecclésiastique et le contraint à une vie errante. Il es professer à Lavingen mais doit fuir à cause de ses frasques. Il est accueilli comme enseignant par les jésuites de Dillingen et revient, absous, à Tübingen, où il est musicien, pédagogue, horloger. En 1610, il séjourne à Genève, il y rencontre des théologiens calvinistes. Rappelé à Tübingen, il donne des leçons particulières tout en apprenant les langues vivantes européennes ; il se passionne pour les mathématiques et l’astronomie. Il visite l’Italie et l’Autriche. Il se stabilise : mariage et poste pastoral à Vaihingen. Il publie six ouvrages qui sont des gloses de la Fama et de la Confessio. Il imagine une Société idéale obéissant à deux impératifs, l’Autorité spirituelle, incarnée dans le Pape, et le Pouvoir temporel, confié à l’Empereur. Pour Andreae, les rose-croix constituent l’autorité spirituelle, l’Eglise invisible, pauvre, pure, non administrative. Par leurs conseils, les rose-croix ramèneront le pouvoir temporel sur la bonne voie. En 1620, Andreae créa à Calw une Fondation des Teinturiers en apparence corporation de métier, en fait cercle alchimique. Le clergé luthérien s’acharnait contre Andreae. En 1634, la maison d’Andreae, fut brûlée à cause de Laguerre. Il perdit ses archives. En 1639, le duc Eberhard de Würtemberg en fit son prédicateur et son conseiller. En 1650, Andreae fut abbé de Bebenhauser. Il est haï, on le traite d’ « enthousiaste » (piétiste böhmien) mais il est soutenu par le duc Auguste de Brünswick. Il mourut le 27 juin 1654 à Stutggart. Dans quelques uns de ses écrits il avait infirmé son rôle dans les rose-croix. Il redoutait un procès d’hérésie qui l’eût conduit au bûcher.
François Bacon de Verulam (1561-1626) fit des études de droit. Il fut élu en 1593 à la Chambre des Communes. Il fut protégé par le comte d’Essex, favori de la reine. Essex fut disgracié en 1601 et Bacon se fit son accusateur. Il gagna la faveur de Jacques 1er qui le combla de titres. En 1618, il fut Grand chancelier. Ses ennemis l’accusèrent de concussion et il fut contraint de démissionner. Il consacra ses dernières années à la science et à la philosophie. Ses deux principaux ouvrages furent Novum Organum (1620) et Nova Atlantis (1624). On lui a parfois attribué la paternité des œuvres de Shakespeare. Pour J.P. Bayard, et contrairement à Paul Arnold, l’appartenance à la fraternité des rose-croix de Bacon n’est prouvée mais probable. Pourtant la rose-croix était une farce et n’a jamais existé au XVIIè siècle donc Bacon ne pouvait en faire partie. Pour Bayard, la Nouvelle Atlantide est une « utopie » rigoureusement conforme au message rosicrucien. John Heydon (1629-1667). Il écrivit plusieurs traités sur les rose-croix dont The Glory of the Rosy-Cross (1664) et the Rosie-crucian infaillible axiomata (1661). Euterpe lui enseigna les axiomes des rose-croix, les secrets des nombres et lui permit de les publier. La Belle Euterpe donna deux médailles d’un métal inconnu à Heydon et se dissipa dans l’éther naturel. Heydon découvrit des pièces d’or et un parchemin à la place d’Euterpe. Il décida de partir au pays des rose-croix. Il partit en bateau et atteint un continent peuplé de gens hostiles. Il leur remit le parchemin d’Euterpe et on le laissa en paix.

Les rose-croix ou le complot II

Comenius, Descartes et quelques autres penseurs

Pour Bayard, Comenius était rose-croix à l’instar de nombre de savants de son temps. Jan Amos, Komensky avait latinisé son nom. Il naquit en Moravie le 28 mars 1592 et mourut à Naarden (Pays-Bas) le 15 novembre 1670. Sa famille appartenait à l’Eglise des Frères Moraves. Orphelin très jeune, Jan Amos est confié à des tuteurs qui s’en désintéressent. Il est envoyé à l’université de Herborn où il fait des études thologiques. Il entreprend un manuel de pédagogie et un glossaire latin-tchèque. Diplômé, il débute comme pasteur-maître d’école à Fülnek (Moravie). Pendant la guère de Trente ans, la maison de Comenius fut pillée, sa femme et ses enfants furent tués. Chassé de Bohême, il se réfugia à Leszno, en Pologne. Il instaura dans un collège une pédagogie nouvelle s’appuyant sur les idées de deux rose-croix Francis Bacon et Campanella (Bayard se trompe encore car Campanella n’était pas rose-croix). Il rédigea un « cours de langue ». Protégé par un mécène suédois, Louis de Gear, il publia un prologue à la Pansophie, doctrine tentant d’établir une méthodologie conciliatrice des divers courants religieux, ainsi que des sciences et des techniques. En 1641, il alla à Londres pour y fonder un cercle pansophique. Le projet fut abandonné à cause de la Révolution anglaise. Il partit en Suède, rencontra Descartes. En butte, à Stockholm, à l’hostilité des luthériens, il se fixa à Elbing, en Prusse et écrivit de nouveaux ouvrages de pédagogie. En 1645, il prit part à Thorn, à un colloque ecclésial, ce qui le brouilla avec les Suédois. Son dessein était : unification du savoir et universalité de sa propagation sous la haute direction d’une académie de sages, coordination politique sous la direction d’institutions internationales, arbitrant les conflits politiques, réconciliation des Eglises chrétienne et juive. Promu évêque de l’ Unité des Frères, Comenius revint à Lezno. Les Suédois pillèrent Lezno en 1656. Comenius perdit sa maison, ses archives, sa bibliothèque mais échappa à la mort. Il se réfugia à Amsterdam où il mourut le 15 novembre 1670. Pour Comenius : « la société humaine est une société d’éducation. » L’éducation fait corps avec le processus formateur qui anime tous les êtres. Il était pour l’éducation des filles ce qui était révolutionnaire à l’époque. Comenius imaginera une ébauche de synarchie : a) plan de réforme universelle dont la préparation incomba aux peuples chrétien, b) exposé des maux, et de leurs remèdes, c) exposé des réformes de la philosophie, de la politique, de la religion, d) création d’un concile internationale (parlement mondial) f) découvertes de sages, des Supérieurs inconnus. Il imagina trois tribunaux : le tribunal des lettrés ou Conseil de la Lumière, le tribunal politique ecclésiastique ou Consistoire mondial et le tribunal politique ou Cour de justice.

Robert Fludd (1574-1637)

D’après Bayard, Robert Fludd ne fit jamais mystère de son appartenance à la Rose-Croix ce que nie Paul Arnold. Fludd naquit à Milgate (Kent) en 1574 et mourut à Londres le 8 septembre 1637. Après avoir fait de sérieuses études, il voyagea par toute l’Europe durant sept années. C’est en Allemagne qu’il fut affilié aux rose-croix. De retour en Angleterre, il fut reçu docteur en médecine à Oxford. Il exerça la médecine à Londres jusqu’à sa mort. Il écrivit une Apologie des rose-croix en 1616.

René Descartes (1596-1650)

Il est certain que Renée Descartes, intriguée par les Rose-croix, a tenté d’entrer en relation avec eux. Descartes admirait Comenius et il la rencontra à plusieurs reprises. De retour en France en 1622, Descartes avoua n’avoir rien appris de certain sur les rose-croix mais son séjour en Allemagne lui valut la réputation d’être de la confrérie. Descartes dédia son ouvrage « Polybii cosmopolitani thesaurus mathematicus « aux rose-croix. Editeur des « œuvres complètes » de Descartes, Charles Adam, auteur de « Descartes », sa vie et ses œuvre, affirma que rêne Descartes fut initié à la rose-croix par le mathématicien Faulhaber (1580-1635).

Sincerus renatus et la rose-croix d’or

Après avoir brillé d’un si vif éclat, après avoir brillé d’un si vif éclat, après avoir éclairé des hommes de valeur comme Comenius et Valentin Andreae, la rose-croix primitive s’occulta. C’est seulement aux alentours de 1720 qu’un initié signant Sincerus Renatus tenta une seconde version de la rose-croix. Sincerus Renatus était un pasteur luthérien de Breslau, son nom profane était Samuel Richter. On ne sait rien de sa vie. Il a écrit et édité en 1710 et 1714 « La véridique et parfaite préparation de la pierre philosophale, de la fraternité de l’ordre de la croix et de la croix d’or… »
L’ouvrage de Sincerus Renatus était divisé en trois parties. La 1ère et la 3è sont consacrées à l’alchimie et la 2è comportait une règle sur la rose-croix en 52 articles qui la structuraient comme une société secrète. Les frères devaient rester célibataires, pratiquer l’alchimie – chaque frère, après avoir été reçu, doit changer de nom et prénom, se rajeunir avec la pierre philosophale. Si, par accident ou par imprudence, un frère était découvert par un potentat, il devrait préférer mourir à trahir son secret. La réception doit se faire dans un temple rose-croix, devant six frères, après que le néophyte a été instruit pendant trois mois. On doit donner au nouveau frère le nomen du dernier mort. Pour Bayard, la rose-croix originelle, celle de la Fama et de la Confessio, avait été un invisible collège, une Eglise intérieure, une fraternité. Sans organisation administrative, elle rassemblait dans un commun idéal des hommes prédestinés. Ils se retrouvaient rarement mais étaient unis par une mutuelle estime. Ils correspondaient selon un langage inintelligible aux profanes. Ils n’avaient pas d’organisation et d’archives ce qui permet à certains auteurs de nier l’existence de l’Invisible collège. Toute différente était l’organisation de la rose-croix d’or. C’était une société secrète et non pas une fraternité libre. Elle comportait une hiérarchie de grades, des initiations, une enquête préalable avant l’admission. La rose-croix d’or se faisait reconnaître selon des mots, signes et attouchements. Très vite, la rose-croix d’or apparut comme une franc-maçonnerie particulière. Après une période probatoire de deux années et trois mois, le néophyte est reçu dans le temple en présence de six rose-croix. On lui donne le signe de la paix (une feuille de palme) et on l’embrasse trois fois en lui ordonnant le secret absolu. Après quoi, vêtu d’un « habit pontifical » et flanqué, à droite, d’un parrain et, à gauche, d’un « directeur », le candidat s’agenouille devant l’imperator et jura le silence sur les secrets qui vont lui être révélés. Le maître lui coupe sept mèches de cheveux qu’il glisse en sept enveloppes scellées par un assistant. Ensuite ont lieu des agapes au cours desquelles on rompt le même pain et l’on boit du vin à la même coupe. Pour correspondre, les adeptes usaient d’un alphabet secret, dit Enochien. Il y avait douze grades : junior, théoricien, praticien, philosophe mineur, philosophe majeur, adepte exemplaire, magiste, mage, mage des mages, Vicaire de Salomon, roi Salomon et Elie Artiste. Les rose-croix d’or se réunissaient à date fixe dans un templum secret et consacré. Chaque cercle avait un bureau analogue au comité d’un atelier maçonnique. Cinq cercles formaient une chaine obéissant à une direction supérieure composée de trois adeptes dont un seul seul était connu des grades inférieurs. Enfin, chaque direction suprême obéissant, à un ou plusieurs supérieurs inconnus, dont nul ne savait l’identité. Ils correspondaient par des billets qu’on brûlait dès qu’on les avait lus. Certains rose-croix étaient potentats, ministres, favoris des princes d’autres d’autres étaient des charlatans. LA rose-croix d’or, se devait de rendre un culte, en esprit et en vérité, à Elie Artiste.
Paracelse avait prophétisé la venue de l’Esprit radiant de l’enseignement du rose-croix : Elie Artiste. Paracelse mourut en 1540 et la rose-croix ne se manifesta en Allemagne que vers 1610. Ou bien la Pronostication est une œuvre apocryphe ou bien, dans une stricte clandestinité, la rose-croix existait avant l’impression de la Fama. Le vade-mecum des adeptes de la rose-croix d’or, c’est l’Aurea catena Homeri qui parut à Berlin en 1781. Son auteur présumé est Herwerd von Forchenrus. Goethe rendit hommage à ce livre.

Wolfgang Goethe et Zacharias Werner

En 1768, Goethe eut une hémorragie et faillit mourir. Ses parents le confièrent au Dr Johan-Friedrich Metz qui le guérit rapidement. Metz recommanda à Goethe des ouvrages rosicruciens. Il l’introduisit dans le cercle de Susanna von Klettenberg, un cercle de la Croix d’or et de la Rose rouge. Susanna était dépositaire d’une tradition ésotérique qui remontait à Jacob Böhme où les enseignements christiques s’unissaient aux mystères de l’Art royal. Dans ce cercle on lisait l’Aurea catena Homeri qui joua un rôle essentiel dans la pensée de Goethe. De l’Aurea catena, Goethe déduisit au moins son œuvre : l’incessante métamorphose du tout en un et du un en tout ; le rythme polaire qui détermine la métamorphose universelle ; la nature, la vie universelle agit par une évolution lente, majestueuse, rythmique. Goethe fut profondément impressionné par les rose-croix qui l’avaient transmué de profane en initié. Mêlant dans une synthèse grandiose les deux individualités de Susanna von Klettenberg et du Dr Metz, il créera la personnalité de Makarie, le sage, le rose-croix, de Wilhelm Meister. Le rose-croix Makarie, c’est Goethe « tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change ».

Zacharias Werner (1768-1823) est le type même du romantique allemand. Après une jeunesse orageuse, il devient secrétaire de Schröter, ministre du roi de Prusse Frédéric-Guillaume II. Il se fait initier dans la franc-maçonnerie, fréquente les cercles piétistes et occultistes. Il fréquente le cercle de Germaine de Staël. En 1810, à Rome, il se convertit au catholicisme. Il entre au séminaire, est ordonné prêtre et manifeste alors un mysticisme exalté. Il a écrit « les fils de la vallée » (1805), « La Croix vers la Baltique ». Les deux œuvres sont profondément imprégnées de rosicrucianisme concomitant au romantisme.

Parmi les proches de la rose-croix d’or on trouvait le prince Charles de Hesse-Cassel (1744-1836). Dans son laboratoire-oratoire du château de Göttorp, il se livra à des expériences médiumniques et alchimiques. Hans-Georg Schréepfer (1730-1774) fut un étrange rose-croix d’or. Il était médium et frère servant d’une loge maçonnique de Leipzig, reliée à la rose-croix d’or. Il gravit rapidement les plus hauts-échelons de la rose-croix et de la franc-maçonnerie occultiste. Pour vivre il tenait une auberge qui devint le théâtre d’apparitions de fantômes. Il prétendit avoir un trésor et fit de larges emprunts. Il commit l’imprudence de s’adresser à de riches bourgeois qui voulurent voir son magot. Il les invita chez lui et leur fit croire qu’il leur montrerait un vivant qu’ils tiendraient pour mort. Et en effet il se suicida d’un coup de feu.

Les Réau-croix de Martines de Pasqually

Joachim Martines de Pasqually ; fut un homme essentiellement mystérieux. On ne peut fixer nettement le lieu de sa naissance et l’emplacement de son tombeau est resté inconnu. Il venait de l’Orient, selon les uns ; il était juif portugais selon d’autres. La vérité semble différente. La patente maçonnique délivrée à son père le 20 mai 1738 par le grand-maître de la loge des Stuarts, enregistra la naissance de celui-ci dans la ville d’Alicante, en 1671. Martinès de Pasqually serait donc espagnol. Son père étant venu s’installer en France, il naquit probablement aux environs de 1710 soit à Grenoble, soit dans une localité proche de cette ville. En 1769 ayant poursuivi en justice un certain de Guers, il prouva devant les juges sa catholicité, il n’était donc pas juif. Il se maria à Bordeaux à l’église de sa paroisse et fit baptiser ses enfants. Le père de Martinès, franc-maçon, initia son fils. Il lui transmit aussi la science kabbalistique. Ainsi Martinès de Pasqually, dans le cadre de la Maçonnerie Ecossaise, implanta son rite personnel, rite conçu d’après les traditions de la Kabbale et de la gnose. A partir de 1750, Martinès parcourut le sud-est de la France, et partout se fit admettre dans les loges maçonniques. Il entra à la loge la Française et en moins d’un an il la transforma et la reconstitua dans son rite propre sous le nom de La Perfection Elue et Ecossaise. Sous cette nouvelle forme, l’atelier fut reconnu par la Grande Loge de France à la date du 1er février 1765. Désormais le rite des Elus Cohens était lancé. Martinès initia les maçons les plus en vue de Paris au Rite Cohen. En 1767, il institua, à Paris, le souverain tribunal, organe directeur de l’ordre et nomma Baron de la Chevalerie son substitut. Jean-Baptiste Willermoz, enthousiasmé par Martinès, il créa un atelier à Lyon qui fut le Centre Cohen le plus actif de France. En 1772, Martinès s’embarqua pour Saint Domingue, où il devait recueillir une succession. Il écrivit « De la réintégration des êtres » mais ne l’acheva pas. Il mourut à Port-au-Prince le 20/9/1774. L’Ordre de Martinès était encore représenté en 1806, au Grand Collège des Rites du Grand Orient de France. L’ordre des Elus Coëns d l’univers (le martinésisme) était structuré selon une hiérarchie voisine de la franc-maçonnerie écossaise : Apprenti, compagnon, maître. Les grades supérieurs étaient apprenti élu Cohen, compagnon élu Cohen, maître élu Cohen. Ensuite, les grades du Temple : grand architecte, grand élu de Zorobabel et au sommet de cette pyramide, le grade supérieur de Réau-croix, terme qui évoque la rose-croix sans la nommer. Expressément.

Rose-croix et franc-maçonnerie écossaise

Dès le haut Moyen Age, la plupart des corps de métiers se groupèrent en associations professionnelles. Une profonde solidarité unissait leurs membres. Ces institutions vénérables se sont perpétuées jusqu’à nos jours dans le compagnonnage. Une de ces corporations, en déviant de son rôle primitif, a eu une fortune singulière : celle des maçons. On distinguait, au Moyen Age, les ouvriers bâtisseurs, sans qualifications particulières, dits en Angleterre rough Masons, des constructeurs qualifiés ou free massons, ce terme englobant non seulement les ouvriers, mais les tailleurs de pierre et les architectes, ou les maîtres d’œuvre. Groupés en loges, les francs-maçons se divisaient en apprentis et compagnons. Chaque loge était présidée par un maître, choisi parmi les anciens compagnons. Les réceptions et les séances obéissaient à des rituels, où les outils prenaient valeur de symboles. Ils étaient protégés par les papes et les rois. Voyageant pour bâtir les cathédrales dans le monde entier, ils étaient indépendants et, afin d’éliminer les indésirables, ils se reconnaissaient par des « signes, mots et attouchements ». Au cours des siècles, ils admirent parmi eux des chapelains, de grands seigneurs, de riches bourgeois. On discutait en loge d’alchimie, astrologie, numérologie, symbolisme. Les francs-maçons de métiers étaient les opératifs ceux du dehors, les spéculatifs. Vint un moment où les spéculatifs furent les seuls influents dans les loges. En 1717, en Angleterre, les loges se fédérèrent. Bayard prétend que les rose-croix étaient bien organisés en Angleterre au XVIIè siècle ce que Paul Arnold réfute. Bayard prétend que les rose-croix furent en butte aux suspicions des diverses Eglises et que pour œuvrer en paix ils s’insinuèrent dans les loges. Ce serait eux qui auraient créé le grade de maître et la légende d’Hiram. Parmi les érudits qui teintèrent la maçonnerie opérative de rosicrucianisme, il faut réserver une place prépondérante à Elias Ashmole, auteur et compilateur de traités hermétiques. Ashmole (1617-1692) était antiquaire. Son père appartenait à une bonne famille, qui avait beaucoup servi en Irlande. Il reçut une bonne éducation à l’école de grammaire de Lichfield, et comme choriste de la cathédrale. En 1642, il prit parti pour le roi Charles Ier dans la guerre civile. En 1644, le roi le nomma commissaire de l’excise (contributions indirectes) à Lichfield. Il se lia avec le capitaine George Wharton qui lui fit obtenir un poste dans l’artillerie royale, et lui donna cette passion de l’astrologie et de l’alchimie qui devint plus tard, avec celle des choses anciennes, le trait principal de son caractère. Il se fit inscrire au collège de Brasenose, et étudia la physique et les mathématiques. Il devint capitaine de cavalerie et contrôleur de l’artillerie.

En 1646, Ashmole revint à Londres et fréquenta les amateurs de sciences occultes, particulièrement les astrologues, se lia avec Lilly et Booker, et fut un des convives habituels de « La fête mathmatique » qui se tenait au Cerf Blanc. Il fut aussi un des premiers francs-maçons d’Angleterre, il avait été initié en 1646, ou environ. Il se remaria avec une dame qui avait vingt ans de plus que lui et avait été déjà trois fois veuve. Le 16/11/1649, il entra en possession du domaine de sa femme mais sans vivre avec elle d’une manière constante. Il mena avec passion des études d’astrologie, d’alchimie et de botanique. En 1650, il édita une œuvre alchimique de John Dee et un traité sur le même sujet, qu’il signa de l’anagramme de son nom, James Hasolle. En 1652, il publia le premier volume de son Theatrum chimicum, recueil d’anciens traités en vers sur l’alchimie. Il étudia l’hébreu, la gravure, le blason et fit preuve d’une curiosité universelle. La Restauration et le loyalisme d’Ashmole lui valurent la faveur de Charles II. Il fut nommé commissaire contrôleur et comptable général de l’excise ; il eut aussi la charge de commissaire pour la colonie de Surinam et le contrôle du White Office. Sa femme mourut en 1668, et l’année était à peine écoulée qu’il se remariait, cette fois avec la fille de son ami, le héraut Dugdale. Dès lors, il consacra tout son temps à son grand ouvrage « Institution, Lows and Ceremonies of the Order of the Garter », publié en 1672. Il se démit bientôt après de son emploi de héraut de Windsor, avec une pension de 400 livres ; il refusa par la suite la fonction de roi d’armes de la Jarretière. En 1677, il constitua un musée pour l’université d’Oxford. En 1690, Oxford lui conféra le titre de métro en théologie. Il mourut le 18/5/1692.

Les rose-croix ou le complot III

En France, le chevalier de Ramsay rédigea un « Discours » dans lequel il faisait remonter la franc-maçonnerie à l’ordre des Templiers mais ne parlait pas des rose-croix. La supposition de Ramsay influença la création de hauts-grades dans la franc-maçonnerie. Le grade de rose-croix eut un immense succès. Bayard prétend qu’il émanait d’authentiques rose-croix qui « noyautaient » les hauts-grades. A la fin du XVIIIè, des initiés mirent de l’ordre dans la franc-maçonnerie chevaleresque qu’on appelait écossisme. Il s’en dégagea deux rites parallèles, le Rite Ecossais rectifié, surtout répondu en Europe centrale, où l’influence des rose-croix d’or est indéniable et le rite écossais Ancien et Accepté pratiqué en France. Le Rite Ecossais Rectifié n’avait pourtant pas de grade rose-croix. A la fin de la Révolution se créa l’Ordre des Illuminés d’Avignon. Son animateur fut l’abbé Pernéty. Il créa un Ordre maçonnique directement inspiré par la rose-croix. Pernéty naît à Roanne le 13/2/1716. Il est le neveu d’un chanoine de Lyon. En 1732, il prononce ses vœux de bénédictin. En 1754, il traduit un énorme Traité de mathématiques et publie un Manuel bénédictin. Il rédige un dictionnaire des arts et rassemble un herbier. Il s’enthousiasme pour les doctrines hermétiques, la kabbale, l’alchimie. En 1758, paraît son dictionnaire mytho-hermétique puis les Fables égyptiennes et grecques dévoilées. Pour échapper à une probable censure, Pernéty part, en 1763, en qualité d’aumônier, avec Bougainville, pour l’expédition des Iles Malouines. Il publie le récit de ce voyage. En 1705 il quitte l’Eglise et se réfugie à Avignon. Il s’ affilie aux loges maçonniques du Comtat. En 1738, le pape Clément XII décrète l’excommunication des francs-maçons mais la bulle In Eminenti est sans effet en France. Bravant l’Inquisition, Pernéty fonde au sein des « sectateurs de la vertu », le Rite hermétique ou des Illuminés d’Avignon ou rite de Pernéty. Il comprenait les trois grades de base plus des hauts-grades inspirés des rose-croix : vrai maçon, vrai maçon de la voie droite, chevalier des Argonautes, chevalier de la Toison d’or. Bientôt la hiérarchie fut complétée par le grade des chevaliers du Soleil. Inspiré par l’alchimie. Poursuivi l’Eglise, Pernéty se réfugie en Prusse où le roi Frédéric II le nomme conservateur de la bibliothèque de Berlin, membre de l’Académie royale et lui octroie le bénéfice d’une abbaye de Thuringe. A Berlin, l’ancien bénédictin découvre l’œuvre de Swedenborg. Il traduit les Merveilles du ciel et de l’Enfer de William Blake. Frédéric II en prend ombrage et Pernéty doit quitter la Prusse en 1783. Il se fixe à Valence. En adversité avec le GODF se crée une maçonnerie inspirée des vers d’or de Pythagore : les Sublimes Maîtres de l’anneau lumineux. L’Inquisition perd son autorité. La maçonnerie est hébergée dans le Comtat. Le Rite hermétique prend un essor considérable. Le comte Thadée Lesczy Gabrianka avait rêvé de conquérir la Palestine puis de se faire élire roi de Pologne et apporta aux Illuminés d’Avignon le secret de la Sainte Parole qu’il tenait d’un mystérieux adepte connu sous le nomen mysticum d’Elie Artiste. La Sainte Parole était un moyen de communication avec les anges. D’une manière générale, les idées de Pernéty sont celles de Swedenborg. Il croit en un dieu unique enfermant en lui la divine Trinité. Il croit aux anges, esprits célestes, intermédiaires entre le ciel et l’homme, l’initiation conférant le pouvoir de communiquer directement avec les anges. Mais il différait de Swedenborg car il vouait un culte à la vierge Marie. Cela choque Gabrianka qui cré sa dissidence : le Nouvel Israël. Le Comtat fut intégré à la France en 1791. La Convention interdit les réunions maçonniques. Pernéty fut emprisonné en 1793 et mourut en 1796. Il ne reste plus du Rite hermétique que le 28 è degré, celui de chevalier du Soleil, au Rite Ecossais Ancien et Accepté.

L’ordre maçonnique des Princes de Merci

La franc-maçonnerie écossaise comporte 33 grades mais l’initié passe directement du 18è au 30è donc le 26è intitulé prince de Merci n’est plus qu’un souvenir. Les opérations du Grand Œuvre y sont évoquées en mode sensible. Ce rituel devait laisser au candidat une impression durable l’obligeant à réfléchir sur une certaine conception de l’Homme, du cosmos et du ciel. Tout en ce grade offre l’emblème de la Trinité, de la science de la chimie minérale dont Hermès fut le fondateur. Démontrer que le bien et le mal ne sont que les accords et les discordances dont la réunion fait l’Harmonie universelle est le but de ce degré. Il fait battre en brèche tout privilège, tout monopole, toute division fondée sur la naissance, la position ou la richesse pour parvenir à leur abolition, à l’égalité sociale et à la substitution de l’esprit maçonnique à l’esprit de classe. L’invocation hermétique des Princes de Merci est l’appel à la Vérité qui fut et demeure la loi suprême du sage initié. La loge, qui se nomme 3è ciel, sera tendue de vert et décorée de 9 colonnes dont une blanche et une rouge alternativement. Il y aura, à chaque colonne, un bras portant 9 étoiles, ce qui fera le nombre de 81. Le Président s’appelle Prince Excellent. Au dessus de lui se trouve un dais tricolore, vert, blanc et rouge. Devant lui, sur la table est étendu un tapis de la même couleur. Sur sa table sera une statue de femme nue représentant la vérité, une flamme sortira de sa tête, elle tiendra un miroir de sa main gauche, la droite sera élevée vers le cœur tenant un triangle d’or. La statue sera couverte d’une voile tricolore comme le tapis. Le piédestal supportant la statue sera triangulaire et creux pour qu’il contienne un tiroir dans lequel se trouvera un livre triangulaire couvert d’une enveloppe tricolore comme le tapis. Ce livre, qui est le livre de la vérité renfermera l’explication de tous les emblèmes du grade. Il y aura sur la table une flèche longue de 3 pieds. Le bois sera blanc et les ailes vertes et rouges. La pointe sera d’or. Le Président porte une tunique tricolore et une couronne entourée de 3X3 pointes de flèches d’or et il tient à la main une flèche qui lui tient lieu de maillet. L’habillement de tous les autres frères consiste en un tablier rouge, un triangle blanc et vert garnit le milieu. Chacun porte un cordon tricolore, blanc, rouge et vert en sautoir à l’extrémité duquel est suspendu un grand triangle équilatéral en or. Le Président se nomme Rince Excellent et les surveillants, 1er et 2è excellents. Tous les frères ont le titre de Très excellent. La batterie est de 15 coups. L’âge maçonnique est 81 ans. Le néophyte, ayant les yeux bandés, et étant arrivé à l’entrée du Troisième ciel, frappe à la porte cinq coups lents, trois précipités, un lent. Puis il fait neuf pas en serpentant. On fixe sur les épaules du candidat des ailes en forme de rame et on lui met dans les mains les manches de ces ailes qui se croisent devant la poitrine, de sorte qu’il puisse les faire mouvoir aisément. On avance un gradin qui doit avoir neuf marches et être au moins haut de cinq pieds et on le place entre les frères 1er et 2è excellents, les marches tournées du côté de la porte d’entrée. Quand le néophyte a monté les neuf degrés du gradin, sans quitter la manche de ses ailes, le sacrificateur le laisse seul en lui disant tout bas d’attendre l’ordre du maître. Si l’intention du néophyte est de continuer, il répond « oui » à la question de savoir s’il veut faire son 1er voyage, le Prince excellent lui donne le signal de départ, qui sera trois claquement de main. Au 3è coup le candidat doit sauter et au-dessous de lui se trouve une bonne couverture de laine tendue par six frères pour que la chute du candidat soit freinée. Après cette épreuve, on le débarrasse de ses ailes. Le Prince excellent lui dit qu’il atteint le firmament du 1er ciel. Puis le néophyte monte une échelle de trois échelons. Ainsi il atteint le 2è ciel. Il doit prononcer le nom des trois colonnes du grade de rose-croix (Foi, Espérance et Charité) en montant. Arrivé en haut d l’échelle, on approche une cire allumée de la main du néophyte pour lui faire comprendre qu’il a atteint la chaleur des étoiles. Puis on lui fait boire l’éther du 2è ciel (un verre plein de mousse de savon). Ensuite on le repose sur le plancher. Le 3è voyage consiste pour le Frère sacrificateur à saisir à saisir le néophyte par le milieu du corps, le balancer comme pour le précipiter et à le remettre sur ses pieds. Quand le néophyte a atteint le 3è ciel, le Prince excellent tire un coup de pistolet et le Frère sacrificateur enlève le bandeau du néophyte et lui fait faire trois fois le tour du Triangle emblématique. On lui explique les figures se trouvant sur le tableau de loge. Un bûcher allumé, un bras armé d’un grand coutelas, un ange dans un nuage rappelait le sacrifice d’Abraham ; une grande croix, une lance, une couronne d’épines, ces figures rappellent la Passion du christ ; une arche d’alliance, des tables de la Loi, un encensoir, ces trois figures rappellent la manifestation du Seigneur à Moise ; une figure au mercure, un réchaud surmonté d’un creuset, un lingot d’or, ces figures rappellent le principe, l’argent et le produit du Grand Œuvre ; un flambeau ardent, un globe tournant sur son axe, un triangle équilatéral d’or, ces trois figures sont l’emblème du feu central qui anime tout ce qui existe, du mouvement imprimé à l’univers et duquel résulte l’harmonie éternelle et enfin, du Créateur de toutes choses. On apprend au néophyte que les Frères du grade savent fabriquer de l’or et qu’il va apprendre. Quand la somme de trois millions est atteinte, le plus ancien des frères part avec l’or dans un pays lointain pour jouir de sa fortune. Puis le frère gardien sacré enlève le voile de la Statue et la montre au néophyte. Le Prince excellent lui demande s’il sait ce qu’elle représente. Alors le Prince excellent prend le livre triangulaire et en lit un passage au nouvel initié. Il l’informe que les princes de Merci ne passent pas leur vie à fabriquer de l’or et qu’il faut trouver la force de supporter sa destinée, le courage de se plier à sa condition, d’en être satisfait. Enfin, le Prince excellent fait approcher le candidat de l’autel, lui fait poser un genou à terre et le constitue Prince de Merci en frappant 16 coups sur sa flèche avec une autre flèche.

La rose-croix à la fin du XIXè siècle

Selon Bayard, jusqu’aux premières décades du XIXè siècle, la rose-croix brille dans toute l’Europe, particulièrement en Scandinavie et dans les Etats du Saint Empire. Puis obéissant à son destin cyclique, elle s’éclipse. Il reste quelques conventicules cachés sous des hauts grades de la franc-maçonnerie écossaise. Vers 1865, à Londres, se manifeste la Societas Rosicruciana in Anglia dont le 1er imperator connu fut le baronet Edward Bulwer Lytton (Bayard se trompe car Bulwer Lytton a été nommé imperator d’honneur mais il a refusé ce titre). Il fut le mécène du mage français Eliphas Levi. La SRIA existe toujours. Le nombre de ses membres, tous maîtres maçons est limité à 72. On affirme que maintenant, ils se bornent à des recherches historiques et délaissent les « opérations » alchimiques ou magiques. Aux alentours de 1885, en France, la rose-croix reprit, sous des formes nouvelles, force et vigueur. Guaïta prit la tête de la rose-croix en 1887. A cette époque, les matérialistes étaient au pouvoir partout et voyaient leurs idées accueillies avec frénésie par une jeunesse avide de jouissance et de pouvoir. Les spiritualistes étaient composés en majeure partie de spirites nombreux et fervents mais divisés et impossibles à discipliner. En France, il y avait la franc-maçonnerie mais la section spiritualiste était presque entièrement en sommeil par suite de tendances politiques. Du côté des Illuminés se trouvaient des groupes épars organisés par Eliphas Lévi et des fils spirituels de Jean-Baptiste Willermoz et de Swedenborg. Saint-Yves d’Alveydre avait inspiré Guaïta. D’Alveydre en insistant sur la tradition chrétienne sacrifiée à la tradition païenne, fut le maître spirituel de la génération des kabbalistes de cette époque. Issu d’une illustre lignée florentine établie en Lorraine depuis plusieurs générations, Stanislas de Guaïta vint très tôt à Paris, où il fut apprécié comme poète mineur dans quelques cénacles littéraires. Il lut le « Vice suprême » (1884) de Joséphin Péladan préfacé par Barbey d’Aurevilly. Cette approche de la tradition ésotérique lui fut une révélation. Il lut les classiques de l’occultisme dont ceux de la rose-croix. Il fut aidé par Oswald Wirth. L’essentiel du message ésotérique, rosicrucien, de Stanislas de Guaïta est exprimé dans les trois tomes des « Essais de sciences maudites » : d’abord « Le Temple de Satan », étude de la magie noire, considérée comme la mise en œuvre, par et pour le Mal, de forces mystérieuses de la nature. Ensuite, dans la « Clef de la magie noire », Guaïta étudia la puissance de l’action des forces dont Satan dispute la maîtrise au Seigeur de Lumière. « Le Problème du mal » est une œuvre inachevée. En 1888, il fonda l’Ordre Kabbalistique de la rose-croix, dirigé par un Suprême conseil composé de douze membres ; six restant rigoureusement inconnus, et six autres seulement étant connus : Papus, Baret, Péladan, Paul Adam, Gabal, Thoron, Guaïta président. Plus tard ce suprême conseil comprit Mac Haven, l’abbé Alta, Paul Sédir, Augustin Chaboseau. Le signe distinctif des membres du suprême conseil est la lettre hébraïque Aleph. Outre ce degré supérieur, il en existe deux autres où est donnée l’initiation. La Kabbale et l’occultisme sont enseignés. L’ordre kabbalistique de la rose-croix conférait des grades d’université libre. Il décerna aussi quelques titres de docteur. LE 1er examen était sanctionné par le titre de « bachelier en Kabbale » ; le 2è, par celui de « licencié en Kabbale ». Enfin, un 3è examen était sanctionné par une soutenance de thèse de doctorat. Le 1er examen portait sur l’histoire générale de la tradition occidentale, particulièrement sur la rose-croix, sur la connaissance des lettres hébraïques, de leur forme, de leur nom et de leur symbolisme. Le 2è examen avait trait à : l’histoire générale de la tradition religieuse au cours des âges, en insistant particulièrement sur l’unité du dogme à travers la multiplicité des symboles, la connaissance des mots hébraïques quant à leur constitution.

Paul Adam fut l’auteur d’œuvres naturalistes comme « chair molle » (1885) ou « Les demoiselles Goubert » (1886) et d’œuvres d’anticipation qui avaient ouvert la voie de la science-fiction comme « La Force » (1889) ou « Le soleil de juillet » (1903). Paul Sédir, de son vrai nom Yvon Le Loup, naquit à Dinan, le 2/1/1871. Il fut employé à la Banque de France. Il fit connaissance de Papus et de Guaïta. Il publia de nombreux opuscules et des articles puis il se convertit au catholicisme et fit des conférences. Il créa un mouvement chrétien indépendant, « Les Amitiés spirituelles ».

Papus est le pseudonyme du docteur Gérard Encausse (1865-1916). Il fut le fondateur de l’Ordre martiniste et écrivit de nombreux ouvrages consacrés aux hautes sciences dont le « Traité méthodique de science occulte ». Il fut le conseiller du tsar Nicolas II qu’il initia au martinisme. Il fut disciple de Monsieur Philippe, le mage de Lyon. L’Ordre kabbalistique de la rose-croix mena simultanément une action occulte en vue de préserver la civilisation judéo-chrétienne, et une action diffusante au cœur d’un public de profanes, mais curieux de sciences occultes. Grâce à la revue L’Initiation, la rose-croix kabbalistique réédita et analysa des classiques de l’art royal : Eliphas Lévi, Fabre d’Olivet, Swedenborg, Martinès de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin pour ne citer que les principaux.

Joséphin Peladan (1859-1918) avait été un des fondateurs de l’ordre de la rose-croix de Guaïta. Il se retourna contre Guaïta. Il s’attribua le hiéronyme de Sâr Merodak qu’il avait tenu par consécration « astrale » des mages de Chaldée. Il a laissé une abondante série de romans et d’essais groupés dans un Amphitéâtre des sciences mortes. Il quitta la rose-croix de Guaïta pour créer en 1890 la rose-croix esthétique. Parmi les dirigeants de ce nouvel ordre se trouvaient Elémit Bourges (1853-1915) et St Pol Roux. Bourges était membre fondateur de l’Académie Goncourt. Il avait publié La Nef qu’il mit 34 ans à écrire/ Saint Pol Roux, dit le Magnifique était l’auteur du livret de Louise que Charpentier mit en musique. Il fut proclamé par les surréalistes comme un de leur précurseurs. La Dame à la faux est son œuvre maîtresse.

Erik Satie fut disciple de Peladan. Peladan organisa, à la galerie Durand-Ruel, le Salon de la Rose-Croix qui fut un événement bien parisien. Après le schisme de Péladan, la rose-croix de Guaïta excommunia Péladan le 5/8/1891.

Bayard évoque l’ordre peu connu de la Fraternité hermétique de Louxor qui apparut à Boston vers 1880 et entra en lutte avec les groupes spirites se réclamant d’Allan Kardec puis avec les dirigeants de la Société Théosophique. Association très secrète, la Fraternité hermétique de Louxor existe toujours, compte peu d’adeptes et son état major réside actuellement à Zurich. Elle est puissamment hiérarchisée. Son enseignement oral ou par correspondance, est donné par degrés, et exige un intense travail personnel. La lecture et la méditation d’ouvrages recommandés constituent une propédeutique. Il y avait notamment Ghostland de Hardinge Britten traduit en français sous le titre « Au pays des esprits ». La Fraternité hermétique assurait son recrutement par l’astrologie. Le premier secrétaire général en fut l’Ecossais T.H. Bugoyne et le grand maître visible, un Etats-unien, Peter Davidson, que Papus nomme « l’un des plus remarquables parmi les adeptes occidentaux. Papus fut l’un des agents de cette société.

The Golden Dawn (l’Aube d’or) Pauwels et Bergier, dans le Matin des magiciens, ont révélé le rôle joué par la Golden Dawn. Ils démontrent que ce groupe ésotérique fut le « laboratoire où s’élaborèrent certaines des mutations essen

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