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Hauts Grades

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L'Alchimie de l'Âme

22 Septembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #symbolisme

Les Maçons des Loges de Perfection connaissent en leurs degrés ultimes deux états successifs : l’exaltation des Chevaliers de Royal-Arche contemplant le Triangle Sacré et le Nom Ineffable, puis la paix des GEPSM dans l’alliance avec la Vertu et les hommes vertueux. Ils se manifestent et évoluent en deux espaces temps différents : l’immédiateté et le secret bien gardé du cœur illuminé au 13èmedegré, et le temps des œuvres des Grands Elus au 14ème degré, et génèrent deux états d’être et entre eux une douce tension, le souffle de l’être vertueux soufflant sur le feu de la nostalgie du Nom Ineffable. Cette nostalgie rappelle au 15ème degré, Chevalier d’Orient et de l’Epée, celle des Hébreux en captivité à Babylone, la douleur de l’exil et la mélancolie préludant à leur libération par Cyrus et à la joie de leur retour à Jérusalem.

Dans la gravure de Dürer « Mélancolia I», l’ange a déposé autour de lui les instruments d’une recherche ésotérique, pensée qui conçoit l’existence comme une énigme dont serait déchiffrable un sens. « Il s’est tenu à la pointe du désir de sens, a multiplié les procédures de l’esprit, mais n’a trouvé à chaque fois que l’imminence d’une signification ultime. Par différence avec la nostalgie, qui se comprend comme un manque, la mélancolie est à chaque fois une plénitude dans cette imminence. Elle se tient entre le sens et la vérité, où sens et absolu sont disjoints, et a rapport au sentiment d’une idée, en deçà de la certitude d’une vérité. » (Maël Renouard) Il y a, en même temps, plénitude et absence du dernier mot, du sens ultime, la Parole I.N.R.I. qui s’épelle et ne se prononce pas.

 

Cette humeur accompagne sous des formes diverses le cheminement initiatique en ces degrés où est omniprésent le roi Salomon, et avec lui le sceau de Salomon  , hiéroglyphe du Lapis alchimique qui réunit les symboles de la Terre  et de  l’Air  et conjugue en lui les éléments fixes et volatils d’une alchimie intérieure. Il symbolise le travail de la psyché, un travail dans le temps sacré des Maçons qui transforme le temps profane en véritable genèse. C’est ainsi que les alchimistes comparent leur « prima materia » à un chaos où cette genèse, traduite par « Ordo ab Chao » (devise figurant à l’Occident des Loges), opère tout d’abord par dissolution.

 

La période de dissolution, dit Fulcanelli dans « Les Demeures philosophales », est « la clé du Magistère cachée sous l’axiome énigmatique « solve et coagula » : dissous (le corps) et coagule (l’esprit) … Par la volatilisation régulière du fixe et sa combinaison avec le volatil, le corps se spiritualise et l’esprit, abandonnant son vêtement souillé, en revêt un autre de plus grand prix, auquel les anciens maîtres donnèrent le nom de mercure philosophique … Ce mercure est exprimé par deux V entrelacés de la pointe, signe alchimique connu de l’alambic … Les philosophes ont traduit l’union du fixe et du volatil, du corps et de l’esprit, par la figure du serpent qui dévore sa queue. L’Ouroboros des alchimistes grecs, réduit à sa plus simple expression, prend ainsi la forme circulaire, tracé symbolique de l’infini et de l’éternité, comme aussi de la perfection. » Cet Ouroboros figure à l’Orient des Temples, au-dessus du plateau du Très Sage, et les deux V entrelacés ne sont pas sans rappeler l’Equerre et le Compas placés sur l’autel des serments des premiers degrés du Rite.

 

La mélancolie est la marque de la gestation de l’âme et le fruit du travail intérieur des Maçons devenus Adeptes, durant lequel les principes élémentaires dissous (Soleil Lune) , présents à l’Orient des Temples aux degrés symboliques, se transforment en principes principiés (Soufre Mercure) . La conjonction des principes  induit aussi la constitution d'un corps mixte, c'est-à-dire d'un Sel  médiateur et tiers-agent nécessaire pour lier les extrémités du « vaisseau de nature » des alchimistes en sorte de provoquer une attraction « par amitié » et « sans discorde » pour reprendre les termes d'Empédocle.

 

Sous l’action du feu des Adeptes, l’œuvre consiste à domestiquer les pulsions du corps d’une part, et de l’âme dans son état primitif de Soufre  d’autre part. Alors que le corps est incombustible et stable (symbole de la salamandre), l'âme demande à être modelée car elle vient à peine de sortir de terre, de la « materia prima ». L'âme primitive, de nature ignée et de forme éthérée, est issue en droite ligne du Chaos et son état tient encore du serpent puisqu'on n’y trouve pas encore d'esprit qui y soit mêlé. Aussi cette âme est-elle comme folle et incontrôlée : c'est à l'Artiste d'y insuffler le logos régulateur, c'est-à-dire le Mercure.

 

« Fulcanelli a montré que le Soufre et le Mercure  ne forment, au fond, qu'une seule et même substance, selon la forme qu'elle emprunte. Il en est de même de ce pouvoir relationnel antagoniste ou agoniste que subissent ces principes. Sont-ils élémentaires ? Alors, ils s'affrontent. Sont-ils principiés ? Alors, ils s'attirent. » (Hervé Delboy). C’est pourquoi la dissolution est à la fois considérée comme « une humeur sombre et mélancolique qui évoque la mort et la tombe », mais aussi comme la nuit spirituelle de l'âme, « un état absolument positif, dans lequel la lumière divine, invisible... pénètre l'âme et la purifie. » (Saint Jean de la Croix ) et rappelle la Passion du Christ, la « Passio » dans « Les racines de la conscience » de Jung.

 

« Après l’élévation des principes purs du composé  philosophique, le résidu est prêt à fournir le Sel mercuriel ( ), auquel de vieux auteurs ont souvent donné l’épithète de Dragon babylonien. … le Sel des Philosophes (est) ce Roi couronné de gloire, qui prend naissance dans le feu afin, dit Hermès, que les choses occultes deviennent manifestes. » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales). En Chapitre, deux rois, Cyrus et Darius, succèdent à Salomon aux 15ème et 16èmedegrés du REAA pour illustrer cette autre phase du « labeur » où les trois principes Mercure, Soufre et Sel sont à l’œuvre. Une fois les Hébreux libérés, « projetés » hors de Babylone, ces deux Rois demeurent en puissance leurs protecteurs. Ne pouvant être menacés par le feu des combats sur la route de Jérusalem, ils symbolisent le Corps incombustible, le Sel  dont s’éloigne le Soufre  l’Âme en route vers son Royaume Jérusalem, symbolisée par le peuple hébreux guidé et inspiré par l’Esprit, son Mercure Zorobabel.

 

La génération du couple à partir des principes élémentaires  est illustrée dans les degrés de Perfection par le passage de l’opposition Bien/Mal à la conjugaison de la réflexion et du sentiment, de la Raison et du Cœur, l'antinomie du sens et du sentiment n'existant pas. C'est bien plutôt d'une dualité complémentaire qu'il faut parler, à la façon de l'aspect dual onde/particule que revêt un corpuscule lorsqu'on le soumet à la mesure. Cette dualité se retrouve dans les fonctions alternatives et complémentaires dans la conscience des « projections » et des « transferts » dans la psychologie jungienne, illustrés dans les légendes des grades du REAA par le symbolisme du mouvement et de l’union de principes emblématiques dans la psyché.

 

Comme les archétypes, les principes Mercure, Soufre et Sel qui  transparaissent dans les rituels sont susceptibles de se manifester dans la psyché lors de circonstances critiques, soit à la suite d'événements extérieurs illustrés au 15ème degré par la fin de la captivité des Hébreux à Babylone et les combats préalables au passage du fleuve Starbuzanaï, soit du fait de quelque modification intérieure[] comme le refus des Samaritains au 16ème degré d’œuvrer pleinement à la reconstruction de Temple à Jérusalem. Pour Jung et ses continuateurs, les archétypes sont vivants au sein de l'âme psychique, ils sont par ailleurs la clé du développement de l'individu.

 

Plus précisément au 16èmedegré, l’apparition des Samaritains, Soufre « déviant » par leur refus de « substituer » à leurs dieux païens multiples un Dieu unique, peut s’apparenter à celle d’une « ombre » jungienne, phénomène psychique à l’origine notamment de la peur de l’autre, et surtout du « Tout Autre » : Dieu. Afin d’intégrer cette crainte de Dieu à leur psyché, les Hébreux     délèguent au 16ème degré une ambassade  auprès de Darius à Babylone, autrement dit « projettent » sur lui leur « défaut résistant », permettant à leur conscience de prendre du recul. Puis l’ambassade revient triomphalement à Jérusalem, les Hébreux effectuant un « retrait de projection », afin de repolariser l’énergie psychique non au-dehors mais en eux-mêmes par un travail de conscience.

 

Le retour des Samaritains dans l’esprit du Soufre « initial » illustre la « réincrudation », terme de technique hermétique qui signifie rendre cru, c'est-à-dire remettre dans un état antérieur ou « rétrograder ». Les alchimistes accomplissent cette opération en vue de réanimer les corporifications, c'est-à-dire de rendre vivants les métaux morts. Ce « retour » à l'Âme ( ) par la médiation de l'Esprit exprime un mouvement spirituel dynamique et traduit le feu de la passion, l’ardeur d'un sentiment symbolisés par la joie partagée du peuple hébreu au retour triomphant des ambassadeurs.

 

Le feu du cœur est essentiel dans ces « projections » et « retraits de projections », d’où la place centrale qu’il occupe dans les rituels capitulaires vécus collectivement dans l’« émulation », et des prises de conscience individuelles des Chevaliers. « Ceux qui ne se rendent pas compte de la tonalité affective particulière de l'archétype ne se retrouveront qu'avec un amas de concepts mythologiques, que l'on peut sans doute assembler de façon à montrer que tout a un sens, mais aussi que rien n'en a. Les cadavres sont tous chimiquement identiques, mais les individus vivants ne le sont pas. Les archétypes ne se mettent à vivre que lorsqu'on s'efforce patiemment de découvrir pourquoi et comment ils ont un sens pour tel individu vivant. » (Jung) C’est là tout le sens de l’étude des symboles et rituels maçonniques depuis le premier degré du Rite.

 

La réincrudation est l’équivalent du concept d’« individuation » sur lequel Yung a forgé tout son système.  La réincrudation ou albedo, purification, fait bien suite à la nigredo ou dissolution dans l’Œuvre alchimique, et précède la rubedo ou coagulation et accrétion du Soufre illustrée au 18ème degré du Rite. Ces trois phases, l’Œuvre  au noir, l’Œuvre  au blanc, l’Œuvre  au rouge, correspondent régulièrement aux couleurs dominantes des degrés du Rite.

 

La couleur « aurore » des bandeaux des Princes de Jérusalem au 16ème degré est celle de « l'Auro hora », l’heure d’or, l’aurore de l'Œuvre. L’aurore brille d’une double couleur, jaune et rouge, et luit entre la nuit (nigredo) et le jour (albedo). Cette heure où « les malades sont soulagés de toutes les infirmités nocturnes et se reposent », est semblable à l’aurore alchimique où « toutes les odeurs et vapeurs mauvaises attaquant l’esprit de l’opérateur s’évanouissent et disparaissent, selon la parole du psaume : Le soir dureront les pleurs et au matin ce sera la joie. » ( Aurora Consurgens, p210, Marie-Louise Von Franz)

 

« La variante « aurea hora » est aussi essentielle chez les mystiques du haut Moyen Age, et dans la parole de Saint Bernard extraite de son commentaire du Cantique « rara hora et parva mora » (heure rare et court instant). Cette expression désigne « l’heure rare » ou l’heure d’or et le « court instant » où la connaissance humaine est en contact direct avec la sagesse de Dieu, c’est-à-dire avec Dieu lui-même, et la goûte dans l’extase. Ainsi le « lever de l’aurore » (dans l’ouvrage « Aurora Consurgens » attribué à Saint Thomas d’Aquin) est-il en réalité l’instant de l’union mystique avec Dieu » (idem p212).

source : http://www.patrick-carre-poesie.net/

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Explication de texte : Le nombre 90

19 Septembre 2012 , Rédigé par Steve Desrosiers Publié dans #symbolisme

Symbolisme

·    C'est la solidarité cosmique non plus en principe, mais réalisée dans l'Univers, selon R. Allendy.

·    Un compas ouvert à quatre‑vingt‑dix degrés indique un équilibre entre les forces de l'esprit et de la matière.

·    Selon Thibaut De Langres, ce nombre symbolise les anges, 2+4+6+8+10+12+14+16+18 = 90, en rapport avec la femme que Jésus guérie, tenue courbée par satan pendant 18 ans, ce qui a pour effet de la met en compagnie des anges.

·    Symbole de gestation spirituelle.

·    Symbolise la perfection du créé.

·    Symbole de l’achèvement féminin.

·    Ce nombre correspond à la lettre hébraïque tsadé, c, et au 18e arcane du Tarot: la lune. 

Général

·    La Vierge Marie resta 90 jours auprès d'Élisabeth pour la naissance de Jean le Baptiste.

·    Contrairement aux Rites maçonniques écossais et français, qui comptent chacun 33 degrés, le Rite maçonnique de Misraïm, d'Égypte, est de 90 grades divisés en 33 grades symboliques, 33 grades philosophiques, 11 grades mystiques et enfin 13 grades cabalistiques.

   En Elide, pays de la Grèce ancienne, il y avait 90 sénateurs.

·    Au VIe siècle, le poète latin Ausone a écrit sur le nombre 3 un poème de 90 vers ‑ 90 = 3x3 + 3x3x3x3.

·    Le nombre de degrés dans un angle droit. 

Occurrence

·    Le nombre 90 est employé 5 fois dans la Bible.

·    Le livre des Nombres de l'AT utilise au total 90 nombres différents, dont le plus grand est 675000 (Nb 31,32).

·    En 90 endroits dans le NT toutes les prières et toutes les actions de grâce sont adressées au Père. Les mots crime, malade, Esprit-Saint et le verbe châtier sont employés 90 fois dans la Bible.

 

 Source : les nombres symbolisme et propriété (Steve Desrosiers)

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La lune

16 Septembre 2012 , Rédigé par Y. H.M. Publié dans #symbolisme

La lune est avec le soleil le deuxième luminaire de la maçonnerie. À la différence de celui-ci la lune n'apparaît ni dans le manuscrit Sloane (vers 1700), ni dans le Dumfries n° 4 (vers 1710), ni dans le manuscrit de Trinity College (vers 1711). Lune et soleil sont cités, en quatrième et cinquième positions au sein de douze « lumières » dans le manuscrit Graham (1726): « Pour ce qui est de la Sainte Trinité, elle donne la sagesse. En ce qui concerne le soleil, il procure la lumière jour et nuit. Quant à la lune, c'est un corps obscur issu de l'eau, elle reçoit sa lumière du soleil et est également reine des eaux qui sont le meilleur des niveaux. »
Il en était déjà de même dans The Whole Institution of Masonry (1724):
« Combien de lumières dans une loge ?
–Douze.
–Quelles sont-elles ?
–Père, Fils, Saint-Esprit, soleil, lune, Maître maçon, équerre, règle, plomb, ligne, maillet et ciseau. »
Dans le manuscrit Wilkinson (vers 1727), la triade soleil-lune-maître de la loge est clairement définie: « Le soleil pour présider au jour la lune à la nuit, et le maître maçon à la loge.»
Il en est de même dans Samuel Prichard's Masonry Dissected (1730):
" Y a-t-il des lumières dans votre loge ?
–Oui, trois.
–Que représentent-elles ?
–Le soleil, la lune et le maître maçon.
[N.B. Ces lumières sont trois chandelles posées sur de grands chandeliers.]
–Pourquoi cela?
–Le soleil pour présider au jour, la lune à la nuit, et le maître maçon à sa loge. »
Ces expressions vont se retrouver dans les Rites des Modernes . Ainsi le manuscrit du Rite Français (1786) dit:
« Qu'avez-vous vu lorsqu'on vous a donné la Lumière ?
–J'ai vu le soleil la lune et le maître de la Loge.
–Quel rapport peut-il y avoir entre ces astres et le maître de la Loge ?
– Comme le soleil préside au jour et la lune à la nuit de même le maître préside à la loge pour l'éclairer.»
Il en est de même au Régime Rectifié comme le montre le Rituel pour le travail en loge d'apprenti (version de 1778, revue pour La Triple Union de Marseille en 1802) . On retiendra que pour les Modernes le soleil, la lune et le Maître de la Loge constituent les seules Grandes Lumières, alors que le Volume de la Loi sacrée, l'équerre et le compas sont classés dans le mobilier de la loge comme l'indiquent déjà le Wilkinson et Masonry Dissected.
Inversement, pour les Anciens, on trouve deux catégories de Lumières, les « Grandes » et les « secondaires » (soleil, lune, Maître de la Loge) même si le Guide des maçons écossais (vers 1804) précise que ces trois lumières sont « sublimes ». Les usages des Anciens nous sont connus par la divulgation dite The Three Distinct Knocks (1760).

Le Rite Émulation  se situe dans cette veine. Lors d'une réception le néophyte, après avoir prêté son obligation et s'être relevé écoute le vénérable lui dire: « Vous êtes maintenant en mesure de découvrir les trois Petites Lumières; elles sont placées à l'est, au sud et a l'ouest, et elles représentent le soleil, la lune et le maître de la loge le soleil pour gouverner le jour la lune pour gouverner la nuit, et le maître pour gouverner et diriger sa loge. »

Quoi qu'il en soit, la lune est. associée avec la colonne J chez les Modernes et avec la colonne B chez les Anciens. On retrouve cette place sur les tableaux d'apprenti et de compagnon , et sur certains tabliers . Le symbolisme traduit toujours deux caractéristiques de notre satellite: d'une part, la lune est éclairée directement par le soleil (ou par la lumière solaire réfléchie par la terre) d'autre part elle change de forme apparente pour l'observateur terrestre.

Les phases correspondent à l'éclairement du soleil vu de la terre. La lunaison (ou révolution synodique) est donc le temps moyen mis par la lune pour revenir à la même phase, soit 29,5 jours. La lune exprime le temps qui passe les rythmes biologiques, ou l es variations périodiques naturelles Elle apparaît comme la première mesure de la durée et l'universelle épiphanie du temps. Elle est liée à la nuit et à la mort. Par isomorphisme, de nombreuses figures lunaires comme Perséphone ou l'immortel génie russe Kotschei, sont chthoniennes.

Peut on voir, comme le suggère Jules Boucher, dans les « larmes d'argent » des grades de maître une image lunaire ?
La lune évoque également l'imagination, le subconscient, la lumière reçue ou réfléchie, la passivité, la réceptivité et la fécondité.
A. H. Krappe a montré que le folklore universel associe lune et menstrues. La lune est à la fois le froid, le nord, l'hiver et l'eau. La plupart des mythologies confondent les eaux et la lune dans une même divinité. Son bestiaire est riche et varié: dragon, escargot, araignée, écrevisse, crabe, grenouille, serpent. Ours, agneau ou lièvre.

Gilbert Durand explique que « la plupart des auteurs qui se sont intéressés aux théophanies lunaires ont été frappés par la polyvalence des représentations de la lune: astre à la fois propice et néfaste, dont la combinaison triadique d'Artémis de Sélène et d'Hécate est l'archétype ». La lune maçonnique entre dans ce modèle archétypal. Ainsi elle est très présente au grade de Noachite ou Chevalier Prussien (21ème degré du Rite Écossais Ancien et Accepté). La loge doit se tenir les nuits de pleine lune car seul ce luminaire doit donner de la lumière. La principale assemblée a lieu à la lune de mars.
Le bijou  porté à la boutonnière est une lune d'argent qui apparaît également dans l'armoirie ou le tableau du grade.

Notons également que
dans la Maçonnerie des Dames, existe un grade de Chevalière de la Lune.

source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/Maconnieke

 

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Les Secrets du Grade de Maître

22 Août 2012 , Rédigé par Jean Mallinger Publié dans #symbolisme

Si le grade de Maître est le plus beau et le plus enrichissant de nos divers degrés symboliques, il est, malheureusement, souvent mal compris, mal donné et ne réserve pas à ses néophytes les lumières qu’ils sont en droit d’en attendre.

Historiquement, il y a lieu d’observer : que dans la Maçonnerie « opérative », il n’existait traditionnellement que deux degrés – celui d’apprenti, où le débutant apprenait à tailler la pierre brute, avait le droit d’être admis dès l’âge de 14 ans et se formait pendant sept années – et ensuite celui de Compagnon, où les secrets du métier étaient approfondis, spécialement en matière d’arpentage, de géométrie, de sculpture et d’architecture, un seul mot de passe, un seul signe de reconnaissance y étaient enseignés et le mythe d’Hiram y était inconnu. Quant au « Maître », c’était à ce moment soit le seul chef de chantier, soit le patron lui-même, établi pour son compte. Puis, la crise économique appauvrit les communes libres de l’époque ; le métier décline ; on ne bâtit plus de cathédrales ni d’hôtels de ville ; pour sauver la profession, les tailleurs de pierre élisent des « membres d’honneur » ; ce seront leurs protecteurs, ils leur confieront l’édification de châteaux et de maisons de maître, puis, peu à peu, les « spéculatifs » remplaceront les « opératifs » ; déjà en 1663, une loge pouvait comporter un seul homme de métier et quatre « maçons libres et acceptés » ; à Aberdeen, en 1670, une loge de 40 maçons ne comportait déjà plus que 8 maçons de métier.

Initialement : c’est bien autre chose que le grade de Maître nous apporte ! Il est d’une incroyable richesse ; encore est-il nécessaire de le rappeler !

a) Le cadre rituel d’abord : le passage du 2° au 3° degré est une grande « opération » et non un simple jeu de théâtre.

C’est le passage de l’ordre psychique à l’ordre spirituel ; une évolution importante ; une nouvelle étape de compréhension.

Pour comprendre ce mûrissement, il faut se rappeler encore la nature de l’être humain, que toutes les traditions initiatiques nous ont confirmée, de l’Égypte antique à la Grèce, de celle-ci à Rome et au judéo-christianisme.

L’homme est une matière unie à l’esprit par un médiateur psychique ; il est à la fois force, sagesse et beauté émotive ; un rituel psychomoteur doit donc frapper à la fois ces trois états de l’être.

— Comment le cadre rituel du grade résoud-t-il [sic] ce programme ? II le fait en trois stades :

Premier stade : Préparation du psycho-drame ; deuil et tristesse. C’est l’épreuve du seuil. On interroge le néophyte, on le suspecte, on le vérifie. L’enquête se termine par la reconnaissance de son innocence dans le meurtre du Maître.

Deuxième stade : Épreuve de l’abandon, de l’errance, de la recherche. Nous sommes tous orphelins ; le Maître est mort et on ignore même où se cachent ses pauvres restes.

Troisième stade : Épreuve suprême : voyage par l’élément TERRE et jaillissement du germe de VIE. La mort sera vaincue ! HIRAM sort des ténèbres de la mort, des profondeurs de la terre ; il re-naît dans le néophyte ; la Vie a triomphé à jamais de la mort.

Le RITUEL le montre, l’enseigne :

LA MARCHE DU MAÎTRE triomphe trois fois de la mort car on enjambe trois fois le douloureux emblème qu’est le Cénotaphe.

L’homme étant un être TRIPLE, doit donc triompher trois fois de la mort (sinon un seul enjambement suffirait !)

La lumière rouge est symbole de chaleur vivifiante ; 1’infrarouge annonce la lumière intégrale et mûrit le germe de vie par sa bienfaisante radiation.

Les 5 POINTS DE PERFECTION complètent cette renaissance de la vie : si à l’origine on fixait sur le sol un piquet à chacun des quatre angles de la construction future, puis un cinquième au centre, point de rencontre des diagonales du Temple à construire, on retrouve ces « cinq landmarks » essentiels dans l’initiation au grade de Maître, où le néophyte doit, lui aussi, devenir un TEMPLE VIVANT à construire par sa revivification.

La jonction des pieds, l’inflexion des genoux, la jonction des mains, le serrement de la main gauche sur l’épaule droite et finalement le Baiser de Paix infusent dans le récipiendaire toutes les vertus de son nouvel état de conscience : l’amour fraternel, le dévouement affectueux, la confiance totale, la collaboration éclairée, la douce union initiatique – points sacrés unissant à la fois les cœurs, les pensées, les volontés dans un idéal partagé. Oui, désormais nous ne faisons plus qu’un, car nous nous comprenons, nous nous entendons ; être Maître, c’est atteindre un palier nouveau.

Mais attention cependant : il ne suffit pas de re-lever le candidat par les cinq points de la Maçonnerie pour que d’office il soit devenu HIRAM lui-même !

On ne devient pas Maître en un seul instant. Un enfant, mis au jour, doit encore grandir. Un nouveau Maître doit se rendre compte :

1) Qu’il a sans doute « 7 ans et plus », c’est surtout « et plus » qui comptent ici, c’est-à-dire le temps de la maturation.

2) De ce que la Parole est « perdue » et doit être retrouvée un jour, c’est toute une évolution, tout un programme ; tout un travail intérieur !

Le Maître devra mûrir pour donner un jour tout son fruit.

L’ACACIA symbolise cette bataille pour la Vérité ; son bois est dur et solide car un Maître doit être stable et robuste ; mais il est hérissé d’épines, car il est apotropaïque : le pouvoir des pointes qu’il recèle ainsi rejette au loin les forces des ténèbres.

« L’acacia m’est connu » : je suis en mesure de me défendre et de rejeter au loin tout préjugé, toute erreur, toute sujétion à des images préfabriquées par une société imparfaite.

QUANT AUX SIGNES DU MAÎTRE et des deux premiers degrés, combien ils ont été mal compris ! Ils sont tous les précurseurs de « l’acacia m’est connu », car l’initiation est une bataille continuelle et progressive contre les puissances des ténèbres.

L’Apprenti se coupe la gorge ; celle-ci est à la fois le véhicule de la nourriture et l’organe de la parole. L’Apprenti enlève ainsi en lui l’esclavage des appétits physiques et l’imprudence des vaines paroles ; il apprend les vertus du silence, de la retenue, de la prudence verbale.

Le Compagnon s’arrache le cœur, en ce sens qu’il se défait des excès du sentiment et des liaisons sentimentales qui peuvent annihiler sa volonté ; il se libère de l’esclavage charnel et sentimental, si entaché d’égoïsme effréné ; il bride ainsi ses passions et atteint un équilibre rationnel.

Le Maître enfin se coupe le ventre. PLATON enseignait que tout est hiérarchie dans l’être humain ; la tête doit dominer le cœur et celui-ci doit dominer le ventre, symbole de tous les appétits terrestres et de toutes les passions inférieures. Etre sans désir est le grand secret du Maître, qui peut par la puissance de sa volonté, triompher de toutes les faiblesses. Un Maître se domine entièrement et sans effort.

Il a triomphé de ses derniers sursauts d’égoïsme. Ainsi libéré de lui-même, il pourra remplir son devoir social et libérer les autres.

Le Maître agit. Se placer à l’ordre de Maître, c’est dire : « Me voici. Je suis prêt à agir ». Le Maître est toujours en alerte, prêt à l’action

Quelle action ? Celle qui est sa raison d’être, la raison d’être de notre Ordre. La libération de l’humanité de son état d’indignité et de méchanceté, Le signe d’horreur le révèle. Le monde est rempli de haine, d’iniquités ; le meurtre d’HIRAM en est l’affreuse image ; il révolte notre conscience ; il provoque notre juste courroux. On se réfugie alors dans le Temple des mystères, on s’écrie : « Ah ! Seigneur, mon Dieu ! » pour signifier qu’on appelle à soi toutes les puissances bénéfiques de la Nature, toutes les vertus de bonté humaine, tous les ressorts de la générosité, pour mettre fin au règne des ténèbres, qui égare et asservit les hommes.

b) Après ce « Cadre rituel », sachons trouver le symbole vivant de la Maîtrise, dont tout l’enseignement, tout le suc initiatique est condensé en un seul geste : la précieuse « GRIFFE DE MAÎTRE » qui est généralement si mal enseignée, si mal pratiquée et si mal comprise, au point qu’elle est en fait dépourvue de ce qui fait l’essence même de sa révélation.

Sans doute, la Griffe de Maître nous rappelle que chaque Maître est pour les autres un MAILLON de la Chaîne des Maîtres.

Elle est un signe d’ALLIANCE éternelle, dans un but élevé commun. « Nous nous comprenons, nous nous aimons ». Mais, bien, pratiquée, elle est bien plus que cela ; elle est te secret de lu. Maîtrise elle-même !

Car, quel est le secret essentiel du Grade ? La renaissance du Maître HIRAM en chacun des Maîtres.

Pour venir au jour, pour naître, il faut inévitablement et préalablement être conçu !

Pour être conçu, il faut qu’un générateur dépose la semence de vie dans un milieu favorable et réceptif ; la Mère a en elle une « Chambre du Milieu » où cette précieuse opération de création de la Vie pourra se faire.

Il faut donc que le néophyte ferme sa main en griffe pour symboliser la cavité réceptive du germe de vie et que l’Initiateur pousse son doigt médius au sein de cette cavité au moment où il ferme sa main en griffe sur la main du néophyte Cela signifie : « Je te crée Maître ».

Et ceci perçu, le néophyte à son tour pousse son médius dans le creux de la main de son Initiateur en disant mentalement : « Oui, je viens de naître. Me voici ! »

Il y a donc deux temps dans cette action :

1) Création, fécondation.

2) Naissance et manifestation.

Le Maître Initiateur doit donc émettre une flamme spirituelle, qui favorisera la naissance du néophyte à un nouvel état supérieur de conscience et de spiritualité.

La paternité est un échange de vitalité.

Initier, c’est éveiller en autrui une sorte de « courant induit » volontairement bénéfique et qui le rend meilleur pour l’avenir, de façon indélébile.

On conçoit dès lors combien est émouvante la GRIFFE DE MAÎTRE que l’on échange de façon soignée : elle rappelle ces deux grands moments de l’initiation de l’HIRAM nouveau :

« Je t’ai créé Je suis ton fils ? »

Notons au passage que la Griffe était connue des Anciens et que les Orphiques et les Gnostiques, le pratiquant couramment, ont été de ce fait, l’objet des attaques perfides des Pères de l’Église, sophistes ayant toujours la bave aux lèvres, voulant attaquer la « griffe initiatique » où l’on se « chatouille le creux de la main », les polémistes chrétiens y voyaient un mariage avec les démons. Les mots « chatouiller le creux de la main » montrent bien que la Griffe n’étaient pas simplement le fait de se donner la main comme le font les profanes, niais un moyen rituel de se faire reconnaître par des actes précis que l’on échangeait à cette occasion.

Tel est le résumé suggestif et vivace de ce degré sublime.

Les anciens Grecs enseignaient que tout est immortel et impérissable dans l’Univers, dans le Kosmos vivant. La mort physique n’est pour eux qu’un passage naturel d’un état à un autre ; aucun de nos atomes ne peut se perdre ou s’anéantir ; tout vit à jamais, c’est là l’image d’une Maîtrise éternelle. Puisse chacun de nos FF s’en souvenir, le jour où son corps périssable sera livré au froid, aux ténèbres et au silence du sépulcre ; alors que comme Hiram, il verra « sa chair quitter les os » (MAC BENAC). Mais Hiram, c’est lui ; comme lui, il est impérissable et il sera toujours vivant, chargé d’une immortelle Espérance.

Source : http://www.esoblogs.net

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Le temple maçonnique symbolisme et initiation

17 Août 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #symbolisme

On peut aborder l'étude de la Franc-Maçonnerie de plusieurs points de vue. On peut partir de l'histoire, rechercher les origines de la Franc-Maçonnerie ; considérer son devenir et décrire sa situa­tion actuelle. On peut aussi, comme nous l'avons fait l'année der­nière, étudier "La Règle et les Principes de la Franc-Maçonnerie tra­ditionnelle" et dégager leur philosophie. On peut aussi, et c'est cela que nous voudrions faire aujourd'hui, procéder selon une méthode que je nommerai "phénoménologique", c'est-à-dire en partant de la description du Temple maçonnique lui-même, tel qu'il se présente à un regard qui le considérerait d'abord en dehors de toute concep­tion historique et philosophique posée a priori, pour en tirer ensuite la ou les significations et montrer que cette apparence contient son essence et sa finalité, en liant l'idée du Temple lui-même à l'idée de l'initiation et du symbolisme, enfin à l'idée de l'homme dans sa situation existentielle et sa destination spirituelle.

Le Temple maçonnique, semblable en cela à ceux de toutes les religions du monde, représente symboliquement l'univers. Il est, selon l'expression que l'on trouvait sur le fronton du Temple de Ramsès Il, "semblable au ciel dans toutes ses parties". En effet, si nous entrons dans un Temple maçonnique, ce qui nous frappe au premier abord c'est qu'il figure la voûte étoilée, que le soleil et la lune sont symboliquement représentés à l'Orient, qu'il va de l'Orient à l'Occident et du Zénith au Nadir, et qu'est également symbolisée l'alternance du jour et de la nuit, ou si l'on préfère, des ténèbres et de la lumière. Et l'ouverture rituelle des travaux d'une Loge juste et régulière consiste justement à faire passer ce lieu des ténèbres à la lumière en l'illuminant progressivement. Le Temple maçonnique symbolise donc l'univers, c'est-à-dire une totalité, un ensemble, mais un ensemble qui a une structure, qui manifeste un ordre, c'est-à-dire un "cosmos". Et les historiens nous rappellent que ce serait Pythagore qui aurait donné ce nom de "cosmos" à l'univers à cause de l'ordre qui y règne. Le Temple apparaît donc comme un ensemble structuré et ordonné. De plus, il circonscrit un espace qui est sacré. L'étymologiste nous indique que le mot "Temple" viendrait du mot grec "Temnô" qui veut dire "découper", "séparer", "couper en séparant", et que le "Temenos" est une portion sacrée de l'espace cosmique..

Le Temple maçonnique est un carré long, nous disent nos vieux rituels. Or, nous savons que dans les anciennes cosmogonies, le carré représente la terre par rapport au ciel qui, lui, est représenté par le cercle. Et si l'on nous objecte que le ciel lui aussi fait partie de l'univers, ce qui est exact, il faut ajouter que le Temple visible symbolise l'univers créé par rapport à ce qui est incréé, le Temple invisible ou, en dernière limite, au créateur lui-même.

Ajoutons que dans les philosophies traditionnelles, il y a le plus souvent analogie entre le cosmos et l'homme qui est à son tour considéré comme un temple, car il y a relation étroite entre le macro­cosme (l'univers) et le microcosme (l'homme lui-même). Le poète grec Pindare remarque que "l'homme a quelque rapport avec le cos­mos et les dieux par son corps et par son esprit". Et dans le Moyen-­Age chrétien, à l'église carrée "ad quadratum" correspond "l'homme carré", c'est-à-dire l'homme bras étendus et pieds liés.

Le Temple maçonnique, entre autres, nous présente l'image d'un carré surmonté par un cercle. Cette superposition du cercle au carré montre la relation entre le ciel et la terre, le transcendant et l'immanent, elle est "l'image dialectique entre le terrestre où l'homme se situe et le céleste transcendant auquel il aspire".

Or, cet ensemble cosmique, structuré, ordonné, orienté, est, pour les anciens, un modèle, un archétype, que l'homme doit s'ef­forcer d'imiter. Sophocle nous le rappelle, dans sa tragédie "Ajax" : "L'ordre du cosmos peut être pour l'âme, un modèle", et Socrate nous dit que "l'âme aussi doit être bien ordonnée (Kosmos Ekousa), car l'ordre du monde est beau et pour cela objet de contemplation, d'admiration esthétique, et l'ordre du monde est juste et pour cela objet de vénération".

Pour comprendre ces conceptions et ces idées, qui étaient cel­les des maçons opératifs et qui sont souvent celles des maçons spé­culatifs, il faut sans doute nous défaire de la conception du monde que la science moderne a façonnée en nous et selon laquelle l'univers n'est que la conséquence d'une nécessité causale et pure­ment matérielle. Pour beaucoup de grecs, en particulier pour les pythagoriciens et pour Platon, l'univers lui-même est le fruit d'une justice. Celle-ci, en effet, est placée au centre du monde comme une puissance qui le dirige et le maintient et à laquelle. tout doit obéissance. Paul Valéry, dans son poème "Le cimetière marin", retrouve, semble-t-il, cette idée quand il écrit : "Midi le juste y com­pose de feux..." ici le soleil immobile au milieu du ciel suggère l'idée de la Souveraine Puissance ordonnant l'univers tout entier et ses différents éléments. Prolongeant sa méditation il affirme aussi :
"Midi là-haut, midi sans mouvement
"En soi se pense et convient à soi-même,
"Tête parfaite et parfait diadème"
l'univers donnant ainsi l'image de la perfection.

Aussi l'ordre humain, dans la Cité comme chez l'individu, doit donc se calquer sans doute sur l'ordre cosmique, mais celui-ci n'est que la traduction d'un autre ordre : celui de la justice elle-même. De même qu'il y a une Loi qui règle l'ordre et les mouvements du ciel, de même il doit y avoir une Loi qui règle les rapports entre les hommes dans la Cité, et une Loi Morale, fruit de la sageSse qui doit ordonner l'individu lui-même.

Cette Loi est définie par les justes proportions entre les élé­ments constitutifs de chaque être, de chaque ensemble, que ce soit l'organisme vivant, l'homme, la Cité, ou même l'oeuvre d'art. Et ces justes proportions s'expriment par le nombre, le nombre d'or. Le nombre d'or, ou divine proportion, traduit l'idée selon laquelle il y a une "commensurabilité", c'est-à-dire qu'il y a commune mesure, une correspondance, une analogie entre les parties composant un Tout et entre les parties et le Tout lui-même.
"Filles des nombres d'or
"Fortes des lois du ciel
"Sur nous tombe et s'endort
"Un dieu couleur de miel.
(Paul Valéry - Cantique des Colonnes).

A l'origine de ce rapport, de cette proportion, de cette harmo­nie, nous trouvons ce que les sages nomment "l'arété", "la vertu", "la vertu de chaque être qui ne vient pas du hasard mais est consti­tuée par l'ordre que lui donne une structure et une belle ordon­nance". - Platon (Georgias 504 A). Ainsi, ceux qui construisent des vaisseaux s'efforcent de mettre en ordre les divers matériaux dont ils disposent. Les architectes agissent de même. Ainsi, dans la Cité, "l'ordre et la règle" s'appellent légalité, respect des lois, et c'est le respect de la loi qui fait les hommes justes et réglés. Enfin, pour l'homme, "son âme sera dite bonne quand elle sera réglée et ordonnée".

Et peu à peu se dégage, se dessine le portrait du sage disons de l'initié, celui d'un homme qui s'efforce de faire régner la justice dans la Cité et dans l'âme de ses concitoyens, d'y faire germer la tempérance sans laquelle il ne saurait y avoir d'harmonie dans la Cité comme dans l'homme. Socrate résume admirablement cette philosophie quand il réplique à Calliclès : "Les sages disent que le ciel et la terre, les dieux et les hommes sont unis ensemble par la tempérance, la règle, l'amitié et la justice, et c'est pour cela qu'ils donnent à cet univers le nom d'ordre (le cosmos) et non de désor­dre et de dérèglement".

* * *

Nous disions, au début de notre propos, que le Temple maçon­nique, symbole du cosmos, constituait un ensemble ordonné, et nous avons montré la signification de cet ordre cosmique pour l'or­dre de l'homme. Ajoutons ici que ce Temple est orienté symboli­quement à l'Est, "ad orientem", c'est-à-dire vers la lumière, Nous ajou­terions que s'il est ordonné c'est parce qu'il est orienté, c'est-à-dire que cet ordre représente, signifie une finalité. La lumière est à la fois ordonnancement du chaos initial et illumination ; elle précède le désordre et les ténèbres même si l'homme, lui, va du chaos à l'or­dre et des ténèbres à la lumière.

Ainsi, la Franc-Maçonnerie nous apparaît à travers l'image symbolique du Temple, comme une vision et une affirmation d'un monde ordonné et orienté. Mais il y a à l'origine de ce cosmos, de cet ordre, un Principe, au sens étymologique du terme, c'est ce que tous les francs-maçons du monde ont nommé "le Grand Architecte de l'Univers". Et, faut-il une fois encore le rappeler, les francs- maçons de la Grande Loge de France ouvrent et ferment leurs tra­vaux rituels par l'invocation au Grand Architecte de l'Univers. Les représentations que les maçons opératifs du Moyen-Age ont laissé du Grand Architecte de l'Univers et de ses outils sont multiples, aussi bien dans la pierre que sur les vitraux. Car les outils étaient nécessaires à la construction de la cathédrale comme de tout édi­fice, et ceux-ci occupent une place très importante dans l'iconogra­phie du Moyen-Age. Or, ces outils, la règle, l'équerre, le compas, le maillet, le niveau... se retrouvent aujourd'hui dans le Temple maçonnique et sont au cœur de la philosophie maçonnique elle- même. Pourquoi ? Sans doute parce que les francs-maçons moder­nes, dits spéculatifs, veulent témoigner leur fidélité aux maçons du Moyen-Age dont ils se disent les descendants et les continuateurs. Mais sans doute aussi parce que les francs-maçons modernes veu­lent voir dans l'outil le signe de l'homme lui-même, ce qui manifeste parmi tous les êtres de la nature le signe de "l'humanité", disons plus simplement son caractère intrinsèquement humain.

Le Temple maçonnique est un univers peuplé d'outils et la réflexion sur les outils fait partie de la réflexion maçonnique ; les serments que prêtent les francs-maçons le sont sur l'équerre et le compas et sur le Livre Sacré qui, à certains égards, peut, lui aussi, être considéré comme un outil, un instrument traditionnel et spiri­tuel, un instrument de connaissance (et pour certains de salut).

Les historiens et les philosophes ont fait remarquer que les pre­mières apparitions de l'homme sur la terre coïncident avec la pré­sence d'outils et que l'acte spécifiquement humain est d'abord celui qui témoigne d'une faculté de fabrication. "L'intelligence, a écrit Bergson, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en parti­culier des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication". - (L'évo­lution créatrice) - L'homo sapiens a d'abord été homo faber. Le Tem­ple maçonnique n'est pas un espace vide : il est habité par l'homme et ce sont les outils qui signifient sa présence, ajoutons que ces outils témoignent de la dimension intellectuelle et spirituelle de l'homme.

L'idée de l'outil, de l'instrument, nous serions tentés de dire l'idée d'instrumentalité, débouche nécessairement sur l'idée de tra­vail. L'homme est l'être qui travaille et qui, par son travail, a su, peu à peu, maîtriser la nature elle-même. "Le travail t'oblige d'épouser le monde", dit Saint Exupéry. Mais, dans le même temps où il per­met de maîtriser la nature, le travail permet à l'homme de se maîtri­ser lui-même ; il s'agit, selon une expression d'Auguste Comte, "de rendre l'homme aussi régulier que le ciel". Et il est vrai que la disci­pline que nous impose le travail nous permet de mieux nous domi­ner et de mieux nous construire. Aussi bien le franc-maçon qui symboliquement taille et sculpte la pierre brute afin de la rendre cubique en exerçant ses pouvoirs et son savoir sur la matière, l'exerce en même temps sur lui-même. Le travail permet de former l'objet travaillé et, en même temps, le sujet travaillant, tel l'archi­tecte, Eupalinos, cher à Paul Valéry, qui dit "qu'à force de construire, il s'est construit lui-même". Ainsi, le but ultime du travail est peut- être moins de faire des objets que de faire des hommes et on peut comprendre pourquoi les francs-maçons ont voulu toujours l'hono­rer et le placer parmi les vertus essentielles du franc-maçon et de l'homme. Il est une fois encore instrument de maîtrise, de conquête de soi, de régulation et d'ordre et, en même temps, de libération et de liberté.

L'homme au travail s'efforce de bâtir un édifice, de faire une oeuvre qui réponde aux lois de l'équilibre et de l'harmonie. Nous retrouvons donc dans la philosophie maçonnique ces idées d'ordre, d'harmonie, que nous avions signalées au début de notre propos. Mais avec une différence importante. C'est que l'ordre cosmique est donné, il est "déjà là", il est "fait", il est un ordre que je peux m'efforcer de connaître et d'imiter, alors que l'ordre humain, l'or­dre de l'homme, n'est pas donné, n'est pas fait, il est à faire, il est à bâtir, il est à conquérir et à créer, soit par une imitation de l'ordre cosmique lui-même, soit par une véritable invention de notre cons­cience. Tel l'acte de l'architecte, tel l'art royal qui a permis de créer et de bâtir l'oeuvre.

L'architecture est caractérisée, a t-on dit, par cette lutte entre la pesanteur qui vient de la matière et l'élan qui vient de l'esprit et qui la porte vers la lumière ; en ce sens, on peut dire que l'architec­ture s'oppose à la nature et participe à la vie de l'esprit, de même l'homme qui, à chaque instant, est obligé et tenu de lutter contre les forces des ténèbres pour s'efforcer d'aller vers la lumière et de la faire triompher sur les ténèbres. Or, le franc-maçon se veut, au sens symbolique, architecte, c'est-à-dire constructeur de son pro­pre moi et de sa propre destinée et aussi de celle de ses frères et de celle de tous les hommes, de son élévation, de son perfection­nement. Et le Temple maçonnique est ce lieu qui, en principe et par définition, doit ou devrait permettre à l'homme, au franc-maçon, de passer du désordre à l'ordre, du chaos à l'harmonie, de la servitude à la liberté, des ténèbres à la lumière.

Passer du chaos à l'harmonie, passer des ténèbres à la lumière. Soit, mais comment ? Par l'initiation, car c'est l'initiation qui fait de nous un franc-maçon. "La Franc-Maçonnerie est une institution d'ini­tiation spirituelle au moyen de symboles". Qu'entend-t-on par ini­tiation ? Qu'est-ce que l'initiation ? C'est, a dit excellement Mircéa Eliade, "un ensemble de rites et d'enseignements qui veulent entraî­ner la modification culturelle,
spirituelle et
existentielle de l'homme", ou, d'une manière plus savante, qui veulent provoquer "la modification ontologique du régime existentiel". Par quel pro­cessus ? Toute initiation implique d'abord la mort symbolique du sujet .à initier mais pour préparer une nouvelle naissance. Il s'agit de tuer en nous le vieil homme afin de faire naître l'homme nouveau. Mais l'homme ne saurait devenir un homme véritable, c'est-à-dire accéder à une existence libre et responsable, qu'après avoir sur­monté un certain nombre d'épreuves, après avoir affronté un cer­tain nombre d'obstacles. Aussi, l'initiation maçonnique, comme d'autres initiations, comprend une série d'épreuves rituelles et symboliques, épreuves de la terre, de l'eau, de l'air et du feu, subies par le sujet à initier, au cours de voyages symboliques eux-mêmes. La fonction de ces épreuves est de susciter une réflexion et une action qui doivent permettre à celui qui les subit de se dépouiller de ses préventions et de ses préjugés, de lui permettre, par une sorte de conversion de son intelligence, de son âme tout entière, de con­sidérer "autrement" le monde, de changer la nature de son "regard" sur le monde, sur les autres, sur nous-mêmes. C'est une expérience existentielle fondamentale qui permet à l'homme de transformer sa manière de penser et d'exister et de l'assumer.

Ces épreuves signifient que l'homme ne peut se perfectionner qu'en se mesurant à des obstacles et en apprenant à les surmon­ter, que l'homme, une fois encore, ne peut se faire qu'en faisant. La vérité de l'homme est son action, la vérité de l'homme, c'est d'abord l'histoire de l'homme en train de se faire et de se conqué­rir. "Faire et non pas devenir", a pu écrire le philosophe Jules Lequier, "faire et en faisant se faire". Les épreuves de l'initiation sont affrontées au cours de voyages, voyages certes symboliques, qui nous suggèrent l'importance de la durée, du temps dans l'ac­complissement de l'être humain. Le thème même du voyage occupe, dans la littérature, une place prépondérante. Que l'on songe aux voyages d'Ulysse dans l'Odyssée, à ceux de Pantagruel, aux voya­ges de Télémaque de Fénelon, au thème du voyage dans la littérature romantique, au roman de Goethe, "Les années d'apprentissage de Wilhelm Meister" qui nous montre son héros aux prises avec la vie et ne se découvrant et ne se réalisant que peu à peu, au contact d'expériences douloureuses, montrant que la vie est un long itiné­raire, un difficile apprentissage.

En passant de l’œuvre romanesque à l’œuvre philosophique, nous pouvons dire que dans son livre abstrait et difficile, "La phé­noménologie de l'esprit", Hegel veut nous décrire à son tour une sorte d'odyssée de la conscience humaine qui cherche dramatique­ment à se reconnaître comme esprit pour atteindre enfin le savoir, la connaissance, passant peu à peu et par étapes de la nuit à la lumière.

On pourrait évoquer aussi "Le banquet" de Platon. A la fin du dialogue, Socrate raconte qu'il est allé interroger Diotime de Manti­née. Celle-ci cherche à lui faire comprendre que l'amour lui-même est initiatique. Cette initiation se présente comme une sorte d'iti­néraire, une ascension qui conduit l'homme par degrés de la consi­dération et de la contemplation des beaux corps à celles des belles âmes, puis à celles des belles sciences, pour aboutir à la contem­plation, à la connaissance du Beau lui-même, de ce qui est "Beau pour soi seul". Comme l'a écrit René Nelli, "L'amour platonicien représente un effort dialectique pour passer du monde sensible au monde des Idées, au monde Idéal".

Aussi, comme l'a si justement écrit Marcel Brion, "Tout voyage, qu'il opère dans le temps ou dans l'espace, qu'il ramène l'individu au plus profond de lui-même ou qu'il joue des dépaysements les plus éclatants, est une initiation", et il ajoute, "le progrès de la vie, le progrès du pélerin qui instruit l'homme de la nature de l'univers et de sa propre nature, qui le conduit au centre de son être ou le projette à tous les points circonférenciels de son devenir, additionne connaissance et expérience, modifie et matémorphose". Nous pou­vons mieux comprendre l'importance des épreuves et des voyages symboliques que le franc-maçon est tenu d'effectuer dans le Tem­ple avant de découvrir la Lumière.
Enfin, cette initiation se déroule dans un lieu sacré, dans un Temple, un lieu secret, clos, séparé du reste du monde par le rite. Elle implique la participation active de chaque individu car c'est à nous seuls, à nous seuls sans doute mais aidés et soutenus par nos Frères de la Loge, selon notre propre effort, notre patience, notre courage, notre volonté, notre intelligence et notre sensibilité, qu'il appartient de découvrir la vérité et la sagesse, de passer de "l'ini­tiation virtuelle" à "l'initiation réelle'.

* * *

Cependant, comme l'a écrit notre Frère Jean Verdun : "A la dif­férence des autres voyages, le voyage initiatique ne vise pas à révéler le déjà révélé mais à exercer l'intelligence du caché". Il s'agit, en effet, d'aller du manifesté au non manifesté, du visible à l'invisible, du créé à l'incréé, au-delà des "ombres de la caverne", au-delà "du miroir", comme l'Alice chère à Lewis Carrol. Et plus modestement, de nous faire comprendre que la réalité tout entière n'est pas abso­lument présente dans la réalité manifestée, dans le visible et le sen­sible, dans ce que l'on a toujours nommé "le monde de l'apparence".

On pourrait ici se souvenir de ce qu'écrivait un illustre maçon, illuministe du XVIlle siècle, Joseph de Maistre : "Tout sè rapporte, dans ce monde que nous voyons, à un autre monde que nous ne voyons pas. Nous vivons dans un système de choses invisibles manifestées visiblement". Et cela est vrai du monde de la nature et du monde de l'homme, de la réalité naturelle et de la réalité humaine. Car peut-être la nature et surtout l'homme sont doubles. L'initiation veut nous restituer le sens de cette dualité, entre le créé et l'incréé, entre l'apparence et l'être et, dans l'homme, entre ce qui est nature et nécessité et ce qui est esprit et liberté. Oui, nous res­tituer un certain sens du caché et du mystère de l'homme lui-même (le plus grand mystère de l'homme étant sa liberté) et la dimension spirituelle de sa conscience ordonnée à ce qui le dépasse.

Or, cela même n'est-il pas aussi contenu dans l'idée de symbole et dans l'idée symbolique en général, ce symbolisme qui fait partie de la philosophie maçonnique ? Or, le symbole est justement "ce qui représente autre chose en vertu d'une correspondance analogi­que", "il est un signe concret évoquant quelque chose d'absent ou d'impossible à percevoir". Nous savons que dans tout symbole il y a deux parts, ou deux parties, le signifiant, ce que je vois et que je touche, par exemple cette équerre et ce compas, et le signifié, la signification à laquelle renvoie le signifiant. Un symbole est "le signe visible de l'invisible". Il permet à l'initié d'atteindre un plan qui est inaccessible aussi bien à la sensation qu'à la raison scienti­fique ou conceptuelle. Il offre un double enseignement : celui de rappeler le sens d'une réalité et d'indiquer les moyens pour y par­venir (Davy). Il est à la fois le signe d'une présence et le signe d'une absence et, en ce sens, il est semblable à la conscience humaine elle-même qui est en même temps conscience d'une présence et conscience d'une absence, "La présence de ce qu'elle saisit étant liée à la pensée de ce qui lui échappe". Ainsi, le présent est pensé par opposition au passé et au futur ; le regret, la rêverie, le rêve, sont le témoignage que notre conscience ne saurait se satisfaire de la réalité et qu'elle la dépasse ; qu'elle cherche un "ailleurs", un autre lieu, un autre temps, une autre façon d'exister, d'être, de vivre. "La pensée de l'absence est le signe que notre esprit est supérieur à tout donné et qu'il touche à l'infini" - (Alquié).

De même dans le symbole, nous trouvons toujours un être frag­mentaire qui est renvoi à un être complémentaire ; les êtres finis que nous sommes n'existent pas seuls, dans une sorte de solitude radicale, mais n'existent qu'avec les autres et par les autres. Ils n'existent qu'en relation avec l'humanité, qu'en relation avec le monde, avec le cosmos et avec la nature, qu'en relation avec ce qui est à l'origine de l'univers et des hommes. Nous sommes, nous hom­mes, des êtres symboliquement fragmentaires, des êtres finis et séparés, ("Quelle solitude que ces corps humains" dit un héros de Musset), mais, en même temps, reliés au coeur de cette séparation et au-delà de cette séparation à ce qui nous dépasse, dans l'espace et dans le temps.

Le symbolisme nous fait comprendre que le donné, le perçu, le visible, n'ont de sens que par cela qui n'est pas donné, par cela qui n'est pas perçu, par l'invisible lui-même. Et, en ce sens, il nous permet de mieux comprendre la véritable situation de l'homme, sa dimension "métaphysique". Il permet de comprendre qu'il y a une double dimension des choses ("Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?" dit le poète) et des êtres ; que la réalité ne se réduit pas à ce qui est manifesté ; qu'il y a un être invisible et secret derrière les choses et à l'inté­rieur des hommes. Elle nous restitue le sens de l'être que la pen­sée technicienne nous a fait perdre.

L'idée d'initiation et l'idée du symbolisme sont complémentai­res en ce sens que le symbole veut suggérer ce qui ne peut être positivement représenté, qu'il est l'image visible de l'invisible, donc postule une certaine réalité de l'invisible. Quant à l'initiation, elle est justement ce mouvement de l'âme tout entière qui doit l'amener à reconnaître la réalité de l'invisible, de ce qui est infor­mulé parce qu'informulable mais qui cependant est.
* * *
Au-delà, au cœur de la réalité, n'y a-t-il pas une "surréalité" ? Et cette surréalité, ne serait-ce pas à la poésie, à l'art lui-même de nous la faire découvrir ? "La poésie et l'art garderont toujours un faible pour tout ce qui transfigure l'homme dans cette sommation désespérée, irréductible que, de loin en loin, il prend la chance dérisoire de faire à la vie" - Breton - Arcane 17.

Lorsque les francs-maçons ouvrent rituellement leurs travaux, une de leurs invocations est consacrée à la Beauté ; "Que la Beauté l'orne". (Ici, je voudrais faire une remarque importante à mes yeux : j'ai toujours pensé que ce mot "orner" était trop pauvre car trop "extérieur", car la Beauté fait partie intégrante de l'oeuvre elle-même, de sa substance, de son être, et je crois que le verbe "illuminer" traduirait mieux ce que signifie notre rituel). Pourquoi cette invoca­tion à la Beauté qui pourrait paraître insolite ? Sans doute, là encore, parce que ces francs-maçons modernes se veulent les continuateurs des bâtisseurs du Moyen-Age et que ceux-ci ont toujours oeuvré avec le souci d'édifier une oeuvre qui soit belle.

Mais n'est-ce pas aussi parce que, au-delà de l'histoire et de la tradition, la beauté nous apparaît comme la médiatrice entre nous et l'absolu ? ... N'est-ce pas parce que l'art, dont la fonction est de nous faire découvrir, de nous révéler. le Beau, apparaît, selon l'ex­pression de Schopenhauer, comme "le clair miroir de l'être et du monde" ?

Notons ici que l'enseignement de la Bible rejoint celui des phi­losophes païens. En effet, il est dit, dans la Genèse, que lorsque Dieu créa le monde et qu'il le regarda, il le jugea parfait. L’œuvre des six jours était belle, le ciel et la terre et tout ce qui l'ornait. Et dans "Le Timée", Platon exprime la même idée quand il nous dit : "Si le monde est beau, c'est qu'il est imité d'un modèle éternel... Ce monde est la plus belle des choses devenues, c'est-à-dire que le démiurge a fabriqué le monde afin d'en faire une oeuvre qui soit belle".

Dans le "Phèdre", Platon montre que la beauté incarnée annonce un retour, une réminiscence de ce que l'âme humaine avait contemplé quand elle suivait le cortège des Dieux, c'est-à-dire la Beauté absolue. Et, plus près de nous, Hegel estime que "l'art est ce qui révèle à la conscience la vérité sous une forme sensible". Aussi, l'art participe à la recherche de la vérité, il est connaissance et pas seulement divertissement. "C'est également en présence de ce qui est beau que l'homme peut éprouver l'intuition de son huma­nité totale et par la beauté qu'il s'achemine à l'existence libre, par la beauté qu'il découvre les chemins de la liberté" (Schillér - "Let­tres sur l'esthétique"). Un éminent théologien, Karl Barth, voulant souligner l'importance qu'il accordait à l'art, disait, dans une bou­tade apparente : "Si je devais aller au ciel, je m'informerais d'abord de Mozart et après seulement, de Saint Augustin, de Saint Thomas, de Luther et de Calvin". Oui, car la musique (comme la poésie, comme l'art) est irremplaçable, et sans doute aussi importante pour l'homme et pour la vie de l'âme et de l'esprit que les thèses des théo­logiens et les systèmes des idéologues.

Ainsi l'art, qui s'efforce de traduire la beauté, ne saurait être considéré seulement comme un passe temps, un divertissement, une sorte de jeu, mais comme activité essentielle. Et comme l'a admirablement écrit Ferdinand Alquié, "il se charge de l'espoir et apparaît, avec l'amour, comme le messager de l'attente de l'homme". Il nous restitue le sens de notre destinée et apparaît comme le moment suprême et la manifestation de l'esprit, le signe même de l'homme. (Philosophie du surréalisme).

* * *

"Qui vive ? Est-ce vous, Nadja ?" questionne le poète. "Est-il vrai que l'au-delà, tout l'au-delà soit dans cette vie ?". Est-il vrai, serions- nous tentés d'ajouter, que notre vie, toute notre vie, notre vie totale soit seulement dans cette vie ?

Ne faut-il pas dire, comme Rimbaud, que "la vraie vie est absente", ou, comme Breton, que "l'existence est ailleurs" ? Et ne faudrait-il pas ajouter, comme un écho, "que la vraie vie est à créer (J. Bousquet) ? Et quel sens donner à ces paroles mystérieuses ? Quel sens le franc-maçon d'aujourd'hui peut-il 'donner à cette interrogation ?

Le Temple maçonnique, dans sa structure et son organisation, obéit à la loi de l'ordre, de l'harmonie et de la beauté. Il est orienté vers la lumière. Il est le lieu où l'homme. par l'initiation et la consi­dération des symboles, s'efforce d'aller vers la vérité, vers la lumière. Il y a correspondance, analogie entre le Temple maçonnique dans son apparence, sa structure et sa finalité, et l'homme lui-même dans sa démarche, son itinéraire. dans sa situation existentielle 'et sa des­tination spirituelle. Le Temple a été pour les hommes. modèle, archétype, symbole. L'est-il encore et peut-il l'être pour l'homme du XXe siècle ?

Nos sociétés modernes ont certainement changé sous bien des aspects mais ne sont-elles pas encore trop souvent la proie de la violence et de la guerre. de la barbarie ? Et l'homme du XXe siècle, notre contemporain, ne ressemble-t-il pas à l'horrime de tous les temps, à l'homme de toujours ? N'est-il pas encore ce prisonnier de la Caverne que Platon évoque et décrit dans son mythe célèbre ? Et celui-ci ne nous interpelle-t-il pas encore ? Socrate, en effet, dans "La République", nous demande d'imaginer des hommes enchaî­nés au fond d'une caverne obscure et tournant le dos à la lumière. "Représente-toi des homme-s qui 'vivent dans une caverne souter­raine...". Ces hommes sont semblables à nous. Ces prisonniers sont nos frères et, comme eux, nous sommes prisonniers du monde dans lequel nous vivons, prisonniers du chaos et de la nuit, de nos pas­sions, de notre aveuglement et de notre ignorance, prisonniers de notre situation et de notre condition. Certes, nous vivons au sein de civilisations qui ont changé sous bien des aspects. Nous pro­duisons plus de blé et plus de viande, plus de charbon et plus d'acier ; nous allons de plus en plus vite èt de plus en plus loin. Nous avons multiplié par cent et par mille les productions humaines, et décuplé, centuplé notre savoir et notre pouvoir, nous sommes même allés sur la lune... Mais, aujourd'hui encore, des hommes meurent de faim, sont victimes de la guerre et de la violence, sont encore torturés, massacrés, privés de toutes les libertés. Et par un para­doxe étrange, cette civilisation scientifique et technique a donné des armes à la barbarie, l'a rendue plus impitoyable, plus meurtrière, plus terrible. Souvenons-nous qu'une civilisation "a la même fragi­lité qu'une vie", qu'elle est toujours en danger et qu'elle ne saurait se maintenir que par un effort de conscience et de volonté toujours renouvelé, par "une conquête continue de l'homme sur lui-même" (Caillois). Oui, ne rêvons pas d'une "civilisation qui se ferait sans nous", n'oublions pas que "chaque matin il faut remonter l'homme", car "le vrai de l'homme, il faut le porter à bras" - (Alain).

Oui, nous sommes sans doute plus savants et plus puissants, mais sommes-nous plus libres, plus justes, plus sages et plus heu­reux ? Les guerres civiles et celles qui opposaient royaumes à royau­mes, nations à nations, les guerres religieuses, ont entraîné des mal­heurs considérables et fait des milliers de victimes. Mais que pen­ser de nos guerres modernes provoquées par les fanatismes idéo­logiques du XXe siècle et qui oht entraîné encore plus de ruines et encore plus de morts ?

Quant à l'homme lui-même, sur le plan individuel, s'est-il telle­ment amélioré, a-t-il tellement changé ? N'est-il pas resté le même prisonnier de ses passions et de ses intérêts, de son désir de richesse et de puissance ? Ils sont encore légion aujourd'hui ceux qui ne veulent et ne savent ordonner leur vie qu'aux seuls biens matériels, et veulent avant tout devenir plus riches et plus puissants. Expliquons-nous. Il ne s'agit pas, pour nous, de tomber dans l'an­gélisme. Nous savons, de plus, que celui qui veut faire l'ange fait la bête. Et il faut reconnaître la légitimité d'un mieux vivre. Nul ne peut le contester. Mais il s'agit ici de se demander si l'homme doit et peut vivre uniquement sur un seul plan, celui de la richesse et de la puissance, celui de ce qu'on a appelé "l'avoir".

Est-ce que l'on ne doit pas organiser sa vie, la sienne et celle des autres, en tenant compte d'autre chose et en l'ordonnant à d'au­tres valeurs, aux valeurs spirituelles, celles que nous proposent l'art, la musique, la poésie, les grandes religions du monde, les systè­mes philosophiques, celles que propose aujourd'hui encore la Franc- Maçonnerie ? Ne faut-il pas apprendre à l'homme de notre temps à retrouver ces valeurs de l'esprit et à les reconquérir ? Et n'est-ce pas là le moyen qui lui permettrait de donner un autre sens à sa vie ?

* * *

Nietzche, dans son "Zarathoustra" s'interroge et, en même temps, nous interroge : "Où est ma demeure ? C'est d'elle que je m'enquiers, c'est elle que je cherche, que j'ai cherchée, que je n'ai pas trouvée ...".

Il semble que l'homme du XXe siècle n'a plus, lui aussi, de demeure et qu'il a perdu le souvenir d'un chemin qui pourrait l'y con­duire. Il n'est plus qu'un voyageur sans but et sans espérance, sans âme. qu'un vagabond. Ne faudrait-il pas qu'il sache devenir un 16 pélerin, c'est-à-dire qu'il apprenne àdécouvrir un sens à son chemin, une fin à sa vie et à inventer une espérance.

Cet homme du XXe siècle, notre contemporain, notre frère, est comme le prisonnier de la Caverne platonicienne, tournant le dos à la Lumière et ne voulant pas, ne sachant pas se retourner vers Elle, la refusant et massacrant celui — le philosophe — qui s'efforce de l'éclairer et de l'illuminer. Comme le dit Jean dans son Evangile — et ce rapprochement entre la pensée de Platon et celle de l'évangé­liste n'est pas fortuit — : "La lumière luit dans les ténèbres mais les ténèbres l'ont repoussée (ou ne l'ont pas connue)". Oui, l'homme de notre temps, notre contemporain et notre frère, est cet étrange ani­mal qui refuse la Lumière, qui refuse d'aller vers la Connaissance et l'Amour et de reconnaître la Vérité, la Beauté et le Bien.

Oui, où est notre demeure et où retrouver une demeure ? Pour le franc-maçon de la Grande Loge de France, cette demeure est le Temple maçonnique, le Temple maçonnique réel, image souvent voi­lée et parfois déformée du Temple maçonnique idéal. Cette demeure idéale n'est-elle pas la Loge visible, symbole de'la Loge invisible ? Et cette Loge ne peut-elle devenir aussi la demeure pour l'homme du XXe siècle, le lieu idéal et l'outil qui lui permettrait d'aller vers la vraie vie, celle qui se définit en termes de Beauté et d'Harmonie, d'Amour et de Connaissance, de Sagesse ?
Ordo ab chao
Fiat lux

Ces devises. sans appartenir en propre à la seule Maçonnerie écossaise, sont au cœur de sa philosophie et définissent son esprit. Elles traduisent la pensée des francs-maçons ; elles traduisent aussi leur espérance. Car pour eux, la Loge juste et régulière la Loge visi­ble. image de la Loge invisible, le Temple maçonnique idéal est ce lieu merveilleux situé dans l'espace et dans le temps et à la fois hors de notre espace et de notre temps, où l'homme peut et doit renaître à une nouvelle vie, où le franc-maçon, par la recherche initiatique et la réflexion symbolique, peut et doit apprendre à passer du chaos à l'ordre, des ténèbres à la Lumière et à découvrir ce qui est à l'origine de l'ordre et de la Lumière. le Grand Architecte de l'Univers.

Conférence du Grand Maître de la Grande Loge de France
HENRI TORT-NOUGUES 16 mars 1985

source : www.ledifice.net

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Le Secret Maçonnique

8 Août 2012 , Rédigé par Guy Piau Publié dans #symbolisme

La question du secret maçonnique est sans conteste celle qui est la plus souvent avancée pour diaboliser la franc-maçonnerie.

La mise en cause de la franc-maçonnerie, en raison du « secret » dont elle se pare n’est pas une nouveauté. Si au 18ème siècle, la franc-maçonnerie est plutôt tournée en dérision par des divulgations fantaisistes et des caricatures humoristiques, elle ne rencontre pas de franche hostilité. Un anti-maçonnisme populaire s’exprime en Angleterre comme en France, qualifiant les loges de repaires d’ivrognes et de libertins.

Paradoxalement, l’ancienne maçonnerie qui gardait jalousement cachées ses pratiques, ne fut jamais interpellée à cause de ses secrets, mais seulement condamnée par l’Eglise catholique apostolique et romaine, à différentes reprises pour les mêmes raisons que celles exposées dans le Décret du Concile d’Avignon, en date du 18 Juin 1326, qui commence ainsi « Dans certains cantons de nos provinces, il y a des gens, le plus souvent des nobles, parfois des roturiers qui organisent des ligues des sociétés, des coalitions interdites, tant par le droit ecclésiastique que par le droit civil. » Cette interdiction, régulièrement rappelée, ne lui est pas réservée mais concerne l’ensemble des associations qui n’ont pas été autorisées par l’Eglise elle-même.

A peine s’est-elle manifestée officiellement, la franc-maçonnerie moderne, dont les statuts ou constitutions sont publiées en 1723, donne lieu à des présentations de ses pratiques, rites ou symboles que l’on peut qualifier de divulgations.
Je n’en citerai que quelques unes :

En 1723, à Londres, est publié dans un Journal « The Flying Post » un texte dénommé depuis « Examen d’un maçon » qui nous renseigne sur les mots, signes, attouchements des francs-maçons et la cérémonie de réception d’un profane .

Puis en 1730, Samuel Prichard, un franc-maçon, membre en exercice ou démissionnaire de la loge « La Tête d’Henry VIII » à Londres, publie, sous le titre « la maçonnerie disséquée » un rituel pratiqué au sein de la Grande Loge de Londres qui comporte pour chacun des grades la description de la cérémonie d’initiation.

En France, le lieutenant de police Hérault rend public les secrets des maçons dès 1737. En 1742, de la Tierce publie « Histoire. Obligations et statut de la très vénérable confraternité des francs-maçons ». Deux autres ouvrages, celui de Louis Travenol, « Catéchisme des francs-maçons », en 1744 et celui du baron Tschoudy « L’Etoile flamboyante ou la société des francs-maçons », en 1766, dévoilent très précisément les règles et pratiques des loges maçonniques.

L’anti-maçonnisme s’exprime dans le libelle de l’abbé Pérau : « L’ordre des francs-maçons trahi et ses secrets révélés » (1742).

Depuis lors, la parution d’ouvrages traitant des rites, symboles et pratiques maçonniques, a été constante.

De même, après la Révolution Française, dont très tôt, furent rendus responsables « les réseaux maçonniques », tant dans ses principes que dans ses outrances, l’anti-maçonnisme s’est exprimé d’une manière constante et brutale.

Les termes pour diaboliser la franc-maçonnerie ont changé ; hier, il s’agissait de la maçonnerie dévoyée, de la maçonnerie luciférienne, du complot judéo-maçonnique, des forces occultes ; aujourd’hui, il s’agit des frères invisibles, des réseaux affairistes.

Le ton des attaques a aussi changé. Autrefois, ce n’était que dérision, injures, menaces, désormais le détracteur se pare de la conscience du juste et procède par allusion, amalgame. Il transforme en informations vraies ce qui n’est que ragots et basses vengeances.

Hier, les francs-maçons étaient les déstabilisateurs d’un ordre social harmonieux, les destructeurs des références morales établies de toute éternité ; aujourd’hui, les voici devenus les pires conservateurs qui puissent exister et les acteurs des affaires les plus louches.

Tout ceci serait dérisoire et pourrait être traité par le mépris si, quelles que soient l’époque et l’expression, le même esprit n’animait les pourfendeurs de la franc-maçonnerie. Il ne s’agit pas seulement de régler ses comptes avec une institution qui vous a refusé l’admission ou vous a exclu ; pas seulement non plus de se construire une notoriété ; mais de s’opposer, par de basses attaques et au besoin par la violence, à un ordre qui plus que tout autre est porteur et missionnaire de l’idéologie de la liberté de conscience et de libération des individus. Il s’agit bien de la manifestation, consciente ou non, du plus pur esprit totalitaire.

Il n’est pas inutile d’indiquer quelques aspects de l’anti-maçonnisme tel qu’il s’est exprimé, par des comités, dans des livres et des revues, à la fin du 19ème siècle et dans la première année du 20ème siècle.

En 1897, se manifeste un Comité anti-maçonnique de Paris qui deviendra l’Association anti-maçonnique de France en 1904, et publiera « La Franc-maçonnerie démasquée » qui paraîtra jusqu’en 1924.

En 1900, un comité dénommé le Groupe des Amis de « A bas les tyrans » devient l’Union française anti-maçonnique, puis la Ligue de défense nationale contre la franc-maçonnerie qui publie « A bas les tyrans » et « La Bastille ».

En 1907, Jean Bidegain, radié du Grand Orient de France, publie « Magistrature et justice maçonnique ». On y trouve des propos de la même veine que ceux exprimés aujourd’hui et que l’avocat Bernard Mery, développe dans « Justice, Franc-maçonnerie, Corruption », à savoir, notamment, qu’un juge franc-maçon ne peut rendre une justice totalement impartiale ni équitable, du fait de son serment.

En 1913, s’établit un Institut anti-maçonnique qui aura une existence éphémère.

En 1926, une revue « Les Cahiers de l’Ordre » qui fera une campagne active aux élections de 1928, voue aux gémonies les francs-maçons qu’elle associe dans la même opprobre aux juifs et aux communistes, initiant l’idée du complot judéo-bolchevique-maçonnique qui deviendra le thème obsessionnel des groupes et groupuscules fascistes.

Il y eut aussi la Revue Internationale des Sociétés Secrètes qui de, 1920 à 1939, s’acharna sur les idées maçonniques et se fit un devoir de dénoncer les réseaux maçonniques.

Je pourrai poursuivre cette énumération des expressions anti-maçonniques de la première moitié du siècle. Peut-on penser qu’aujourd’hui les choses ont changé ? Non, il y eut certes une période d’accalmie mais, depuis quelques temps, l’anti-maçonnisme ressurgit. Il n’est plus besoin désormais d’officines spécialisées, puisque la presse dite d’opinion ouvre largement ses colonnes à tous ceux qui prétendent faire des révélations ou avoir effectué des enquêtes sérieuses dans le monde des francs-maçons.

Bien que depuis ses origines et aujourd’hui plus qu’avant, la franc-maçonnerie ait « pignon sur rue », qu’elle extériorise son action par des rencontres et des colloques ouverts à tous, qu’elle se soit placée sous le régime légal des associations déclarées et que ses rites, pratiques et symboles, soient exposés et commentés dans des centaines d’ouvrages les mettant à la portée et les livrant à la curiosité de tous, des contempteurs de l’ordre maçonnique continuent à prendre pour prétexte les secrets et le serment maçonniques pour diaboliser les francs-maçons.

Au risque de répéter ce qui a déjà été dit et bien dit, je souhaite revenir sur ce sujet . De quels secrets s’agit-il , :le secret d’appartenance, le secret de nos travaux ou le secret initiatique, lorsque les francs-maçons font serment de garder le secret des mystères de la franc-maçonnerie ?

•Le secret d’appartenance

Contrairement à ce qui est dit et répété ici et là, nul maçon n’est tenu de taire son appartenance à la franc-maçonnerie. Il lui est seulement demandé d’être discret et de ne pas dévoiler ou révéler l’appartenance d’un autre que lui-même. Cette double obligation découle de la morale et de la philosophie maçonniques qui sont le respect d’autrui dans ses propres convictions et sa liberté de conscience.

Ce sont le même souci de respect de la libre indépendance de chacun, les mêmes règles éthiques, qui font devoir aux obédiences maçonniques de ne dresser aucun annuaire de l’ensemble de leurs membres qui serait diffusé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’ordre.

Des clubs-services, Rotary International, Lions’Club le font, des associations d’anciens élèves de grandes écoles également. Mais nombre d’organisations : partis politiques, religions établies ou groupes culturels s’en dispensent et il ne vient à l’idée de personne – et cela est le signe d’un véritable esprit de tolérance démocratique – de demander à un protestant, un musulman, un catholique, un adhérent de tel ou tel parti politique, même si celui-ci s’affiche officiellement, voire à un membre de l’Opus Dei, de déclarer son appartenance lorsqu’il postule à tel ou tel emploi public ou exerce une autorité soit comme fonctionnaire, soit comme magistrat. Or, à nouveau, sous les fallacieux prétextes du secret d’appartenance et du serment maçonnique , un procès d’intention est fait à l’encontre de l’ensemble des francs-maçons. Ceux-ci ne pourraient assumer des charges de hauts fonctionnaires ou de magistrats s’ils ne déclaraient pas leur appartenance.

Des journaux en quête de lecteurs et de prétendus écrivains recherchant la notoriété reprennent la vieille antienne du complot maçonnique, confondant les agissements de quelques affairistes avec l’ordre maçonnique lui-même, et donnant la voix aux faux maçons, anti-maçons et radiés de la franc-maçonnerie.

La méthode n’est pas nouvelle et marque une résurgence des sentiments d’exclusion au sein d’une société qui se déstabilise et perd une partie de ses références démocratiques.

Certains soi-disant spécialistes de la franc-maçonnerie, en mal de règlement de compte ou de reconnaissance, ne manquent pas de trouver en l’ordre maçonnique le bouc émissaire idéal lorsque la communauté nationale manifeste, sous quelque forme que ce soit, son mal être.

Il en fut ainsi dans les années 1935/1940. Au cours de cette période, qui fut sinistre à bien des égards, les partisans d’un ordre nouveau et les nostalgiques de toutes les formes de conservatisme, s’acharnèrent sur les francs-maçons. Il y eut d’abord les accusations lancées contre tel ou tel, appartenant à la fraternité, pour de prétendues complicités ou crimes politiques liés aux scandales financiers des années 1930. Puis,
vint la parution de listes de personnalités, membres ou supposées telles de l’ordre maçonnique. On y trouve les noms aussi bien de hauts dignitaires ecclésiastiques tels les cardinaux Verdier, Dubois et Liénart que de personnages appartenant à la haute administration, ou acteurs de la vie politique, économique et sociale.

Compte tenu de ces révélations sur l’appartenance à la franc-maçonnerie, les nazis crurent même pendant un temps que le Maréchal Pétain avait appartenu à la fraternité, lui qui dès sa prise de pouvoir en juillet 1940, désigna la franc-maçonnerie comme l’une des causes principales de la défaite.

Sous le régime de l’Etat français dont la devise « Travail, Famille Patrie » fut substituée à celle de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » l’anti-maçonnisme s’installe et il se manifeste officiellement.

Bernard Fay, dont la revue « Les documents maçonniques » publie, avec un art de l’amalgame saisissant, à côté d’études remarquables sur la maçonnerie du moyen âge, des témoignages émanant de personnes prétendant avoir été ruinées ou empêchées de réussir dans leurs entreprises et leurs fonctions par des francs-maçons, prend la direction du service créé par l'Etat vichyssois pour assumer les basses œuvres de la lutte contre la « pieuvre » maçonnique. Ce service a pour mission de recenser tous ceux qui ont appartenu à la fraternité. Il met « en fiches » soixante mille personnes et le Journal Officiel de l’Etat Français peut publier quinze mille noms de maçons, fonctionnaires, militaires, magistrats, enseignants, dignitaires des obédiences et anciens vénérables de loges. L’occupant, dont l’idéologie nationale-socialiste s’abreuvait des ragots d’un complot judéo-maçonnique, dont les membres étaient les agents de l’impérialisme anglo-saxon, n’eut qu’à puiser dans ces listes pour diligenter des perquisitions, effectuer des arrestations et déporter ceux parmi les francs-maçons qui lui paraissaient dangereux.

C’était le temps des « forces occultes », celui d’une franc-maçonnerie comploteuse et affairiste qu’il convenait d’abattre.

Dans le années 1960, brodant sur le thème « ils sont partout où s’exerce le pouvoir », Roger Peyrefitte, avec le goût de la provocation qu’il cultiva toute sa vie et la finesse de son écriture, publia une histoire romancée de la franc-maçonnerie en son état des soixante premières années du siècle. Si ses propos n’échappent pas à la facilité des révélations sensationnelles destinées à attirer les faux naïfs, le fond demeure bien documenté et les personnalités supposées avoir transmis des informations à l’auteur sont généralement sérieuses.

En outre, Roger Peyrefitte a l’élégance de gratifier les francs-maçons du nom que nous nous donnons nous-mêmes , « les fils de la lumière ».

En notre temps, les francs-maçons, désormais qualifiés de « frères invisibles », sont crédités de nouveaux pêchés. L’époque n’admet plus les anathèmes trop excessifs mais se satisfait de la diffusion subtile de rumeurs et de messages mensongers. De hardis défenseurs d’une morale de la transparence – mais sont-ils eux-mêmes transparents ; qu’en est-il de leurs engagements présents ou anciens dans les domaines politiques, religieux ou philosophiques – découvrent et racontent une franc-maçonnerie qui, du fait de son action secrète, de ses réseaux organisés, est une menace pour la démocratie ainsi que des francs-maçons toujours affairistes mais aussi piètres conservateurs. Roger Peyrefitte, plus sensé que ces nouvelles autorités de la geste anti-maçonnique, avait eu l’intelligence de faire dire à l’un des personnages de son inventaire de la franc-maçonnerie, discutant au sujet des forces occultes : « vous avez vu le film « forces occultes », déclara-t-il. Mais il y a de vraies « forces occultes », elles s’appellent la synarchie ».

Sans doute, il en est de même en notre époque. Il existe des « forces occultes » revanchardes, liberticides, qui se dissimulent sous la parure du juste et qui, par l’intermédiaire de ces nouveaux croisés de la vertu autoproclamée, s’acharnent contre la franc-maçonnerie, lieu d’expression de la libre conscience et du libre arbitre. Ils nous ramènent, consciemment ou non, aux pires époques de l’inquisition, des procès en sorcellerie et des persécutions

Aucune obédience maçonnique n’exige de ses membres qu’ils taisent leur appartenance à la fraternité et la franc-maçonnerie aurait tout à gagner d’inviter ses adeptes à s’afficher comme maçons.

• Le secret des travaux.

Parmi les critiques émises à l’encontre de la franc-maçonnerie, les reproches qui lui sont adressés, figure en bonne place l’impossibilité pour toute personne n’appartenant pas à la fraternité d’être admise aux travaux de loge, de connaître le contenu des délibérations, discussions et échanges qui ont lieu pendant les tenues.

Contrairement à ce qui est dit à ce sujet, la règle du secret des travaux, le devoir de garder le secret est d’ordre général ; elle s’applique à l’égard de tous, jusque et y compris les membres de la loge absents lors de la tenue, quels que soient leurs grades et l’office qu’ils peuvent occuper. Un résumé des travaux du jour fait l’objet d’un compte rendu écrit, dénommé « la planche tracée des travaux » qui est lu lors de la réunion suivante et soumis à l’approbation des frères ou sœurs présents mais ne donne lieu à aucune diffusion.

Il est nécessaire de rappeler que la loge maçonnique est une communauté initiatique. Les évolutions de la conception du rôle et de la place de l’institution maçonnique, ayant abouti à la diversité obédientielle, n’ont pas ôté le caractère initiatique de l’admission et du travail en loge. Il s’ensuit que seules les personnes qui ont été initiées et qui dès lors connaissent les symboles et les pratiques présidant au déroulement des travaux en loge, peuvent participer à ceux-ci. Il ne s’agit pas d’un quelconque principe d’exclusion mais seulement du respect d’une règle traditionnelle qui n’est pas particulière à la franc-maçonnerie, mais est aussi commune à toutes les institutions qui s’inspirent d’une doctrine ou d’un enseignement spiritualiste qu’ils soient d’essence religieuse ou gnostique.

Il convient aussi d’observer que la tradition maçonnique demeure fondamentalement celle d’une transmission orale et que le travail en loge joue à cet égard un rôle essentiel qui ne peut être partagé qu’entre les adeptes de la fraternité. Cette transmission que l’on peut assimiler au « solve et coagula » de l’œuvre alchimique ne peut s’exporter par l’écrit ni être vécu par quiconque n’a pas effectué en lui le passage du temps profane au temps sacré ; passage qui n’est pas donné par l’initiation, mais que l’initiation rend opératoire.

Cependant, la franc-maçonnerie n’est pas un univers clos, une ou des institutions fermées sur elles-mêmes. Quiconque peut visiter un temple maçonnique comme un non catholique peut pénétrer dans une église. Les obédiences, les loges organisent des conférences, des rencontres, des tenues auxquelles sont conviées des personnes non maçonnes. Seuls, les travaux en tenues de loges sont réservées aux adeptes, de même qu’un non musulman ne saurait être admis à l’office de la prière.

• Le serment maçonnique

Le serment maçonnique prêté par toute personne au moment de sa réception au grade d’apprenti et qu’elle est amenée à renouveler lorsqu’elle est reçue aux degrés suivants, est ce qui alimente les incantations des professionnels de l’anti-maçonnisme depuis toujours.

Prenant corps sur une formulation archaïque qui trouve son origine dans les pratiques des anciennes loges et que plusieurs rites ont conservé, nos ennemis s’en donnent à cœur joie.

Il est vrai que les obédiences et les loges qui ont conservé la formulation ancienne devraient en retirer la partie qui fait dire au postulant, sous cette forme ou une autre du même acabit : « je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d’aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d’avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d’être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d’appartenir à la franc-maçonnerie ».

Ce serment qui donne prise à toutes sortes d’interprétation malveillante et justifie les accusations portées à l’encontre des francs-maçons, n’a aucune valeur pratique dès lors qu’il n’est pas dans les usages des institutions maçonniques de faire subir un quelconque châtiment ou d’exercer une vengeance envers ceux qui ont renié leur engagement maçonnique ou qui ont trahi leur idéal ou leurs frères. Il a perdu en outre la force symbolique qu’il pouvait exprimer dans un cadre social différent de celui qui est désormais établi, fondé sur la tolérance et l’idéal démocratique.

Cependant, nous pouvons encore lire des déclarations comme celles-ci, relevées récemment dans un journal qui cherche sa clientèle . « Tout cela n’est que poudre aux yeux. Un maçon, lors de son intronisation, prête serment à la vie, à la mort, de fidélité à sa loge. Ce serment oblige celui qui s’y prête à le préférer à tout autre serment. Rapporté au rang de juge, ce n’est pas concevable, car il y a nécessairement conflit, confrontation entre deux serments, celui que prête le juge à l’Etat républicain et celui que l’individu prête à sa loge. Le second dominera le premier si l’adepte veut encore espérer obtenir un meilleur avancement. Son intérêt lui interdira d’aller contre celui de l’un de ses frères. Qu’il soit justiciable ou juge, il s’interdira de condamner le frère, ou lui accordera ce qu’il réclamera ».

Si je cite ici ce texte, extrait du n° 1 de « Liberté d’Expression », c’est qu’il est très représentatif d’un courant de pensée anti-maçonnique qui tend à faire croire que les francs-maçons, en général, ne pourraient être des citoyens comme les autres.

Or, si l’on excepte le contenu de la phrase que j’ai rappelée ci-dessus, quelle est l’obligation prêtée par le récipiendaire. Avec quelques nuances de style, selon le rite pratiqué, elle est ainsi énoncée : « de ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, de ne jamais révéler aucun des secrets de la franc-maçonnerie à qui n’a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver, sculpter ou de les reproduire autrement. Je jure d’observer consciencieusement les principes de l’ordre maçonnique, de travailler à la prospérité de ma respectable loge, d’en suivre régulièrement les travaux, d’aimer mes frères et de les aider par mes conseils, et mes actions ».

En outre, il est constamment rappelé aux membres des loges, qu’ils doivent être fidèles aux lois de la République, les respecter et s’ils ont une quelconque fonction publique, les appliquer, suivant en cela la prescription énoncée dans les Constitutions d’Anderson « Le maçon est un paisible sujet vis-à-vis des pouvoirs civils, en quelque endroit qu’il réside ou travaille, et ne doit jamais se mêler aux complots et conspirations contre la paix ou le bien-être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs ».

Mais, le franc-maçon a le devoir de désobéissance, lorsque le gouvernement est exercé par un pouvoir illégal ou que le droit est détourné de son objet par telle ou telle autorité politique. Ce devoir est aussi proclamé par la Constitution de la République et concerne l’ensemble des citoyens.

Le serment du maçon doit être ramené aux justes dimensions de l’engagement d’un homme ou d’une femme libre, auxquels la société maçonnique laisse sa liberté de conscience et sa liberté d’agir, en toutes circonstances mais qui a pris la décision d’appartenir à une institution qui est une communauté initiatique et une société philanthropique et d’en respecter les règles internes qui lui font devoir de travailler à son accomplissement moral, de faire œuvre de solidarité et de conserver en lui-même les secrets de la franc-maçonnerie.

Mais de quels secrets s’agit-il donc ?

• Le secret maçonnique.

Il existe bien un secret maçonnique mais ce secret n’est pas là où les commentateurs mal intentionnés ou mal informés le situent. Ainsi que le note Pierre Simon, dans son essai intitulé « La franc-maçonnerie » : « le secret relève du sacré, qui selon, Mircea Eliade, n’et pas seulement un stade de l’histoire de la conscience humaine, mais est un élément constitutif de la structure de cette conscience »

Le secret maçonnique se réfère à une tradition ésotérique.

Lorsque les francs-maçons sont réunis en loge, que les travaux sont ouverts selon un rituel d’ouverture, l’espace que constitue le temple est devenu sacré. Il se met alors en action une démarche communautaire de nature spirituelle qui se prolonge à l’intérieur de chacun des adeptes et s’y épanouit.

La connaissance que le franc-maçon vient quérir dans la loge, ne peut être placée sur le même niveau que l’ensemble du savoir auquel il peut accéder dans les institutions du monde profane. Si la loge devait fonctionner comme n’importe quel lieu de réunion, d’éducation, d’enseignement et de prise de parole, elle ne serait qu’un cadre de la vie sociale, certes favorable à l’épanouissement de l’homme mais sans singularité, ni caractère initiatique. La loge ne peut se comprendre et n’a de légitimité que dans la mesure où elle est l’espace dans lequel tout individu, homme ou femme, trouve les processus et les outils d’un véritable voyage initiatique.

En cela, le travail en loge établit une pénétration sensible à l’intérieur de chaque adepte qui participe ainsi aux mystères d’un ordre initiatique. Ces mystères, au sens antique du terme, que les francs-maçons nomment aussi les secrets de la franc-maçonnerie et qui se trouvent évoqués lors de la cérémonie d’initiation, notamment lorsqu’il y est dit « … qui demande à être admis aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie » puis ensuite : « au cours de ce voyage, à l’instar des anciens mystères » sont incommunicables puisqu’ils n’existent, ne se manifestent qu’à l’intérieur de chacun et qu’ils sont constitutifs de l’invitation permanente faite au maçon de se connaître soi-même.

L’évocation d’un secret maçonnique, le rappel constant d’un secret qu’il convient de garder en soi, de protéger, de ne pas exposer à l’extérieur, ne sont en fait que l’exaltation de la nécessaire quête à laquelle est convié l’initié et hors laquelle l’initiation n’a pas de sens.

Cette mise en relation avec des mystères n’est pas propre à la franc-maçonnerie qui a su cependant conserver par le symbolisme qu’elle développe un sens réel et profond à l’initiation et faire en sorte que la connaissance initiatique ne soit pas un faux semblant.

Ainsi que Goethe l’a exprimé : « la symbolique transforme le phénomène en idée, l’idée en image, de telle sorte que l’idée reste toujours infiniment active et inaccessible dans l’image et que même dite dans toutes les langes, elle reste indicible ».

Le secret maçonnique réside dans cette particularité propre aux sociétés initiatiques et que la franc-maçonnerie a hérité de l’ensemble des communautés hermétiques et opératives qui l’ont fécondée, à savoir qu’ils ne peut y avoir ni transmission de la connaissance initiatique, ni développement de la quête spirituelle à qui n’a pas reçu pas à pas, mot à mot, lettre à lettre, symbole après symbole, les secrets de l’autre regard sur le monde que celui communément donné à l’homme par l’éducation profane. C’est ce que traduit le « je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler » qu’enseignent les rituels maçonniques et que Casanova expose clairement dans ses « Mémoires » lorsqu’il note : « le secret de la maçonnerie est inviolable par sa propre nature puisque le maçon qui le sait ne le sait que pour l’avoir deviné. Il l’a découvert à force d’aller en loge, d’observer, de raisonner et de déduire ».

Toute expérience spirituelle ne peut être qu’intime et se situe dans les profondeurs de l’être.. Elle est à la fois transmissible et incommunicable : transmissibles sont les éléments qui la portent et que nous nommons les symboles ; incommunicable est le rapport sensible qui s’établit entre le symbole et le moi profond de l’adepte. La franc-maçonnerie, comme toutes les sociétés spiritualistes, fournit à ses adeptes des outils et des clés d’accès à la connaissance des mondes ; ces outils et ces clés sont mis en action par l’exposition de symboles. Cependant, les symboles ne s’imposent pas d’eux-mêmes. Ils n’affichent ni ne dictent une quelconque vérité cosmologique, morale ou spirituelle. Il appartient à chaque maçon de les identifier, les reconnaître, les interpréter et de se les approprier.

Le symbole maçonnique n’est ni enseigné ni appris, mais il est seulement présenté et exposé. Chaque adepte doit l’intégrer dans son propre vécu, le faire sien. Mais le symbole ne lui appartient pas et détient la fonction de relier son vécu personnel aux vécus de tous les membres de la communauté. Le symbole n’et pas un agent de communication, il est un instrument de communion et un signe de reconnaissance et d’approfondissement initiatiques. Il existe bien là un domaine qui n’est pas accessible à ceux qui n’appartiennent pas à la franc-maçonnerie et quelles que puissent être les diffusions des rites, des symboles, des légendes et des mystères qui constituent le corps de la tradition maçonnique, leur lecture n’apportera rien à celui qui ne s’est pas conditionné pour être en communion avec l’esprit de la tradition et les secrets restent le secret car il est le secret pour celui qui, selon la parole célèbre, n’a pas les oreilles pour l’entendre.

Guy PIAU
Extrait de son livre "Francs maçons, militants de l'humain" et avec son aimable autorisation.

Source : www. ledifice.net

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Interprétation du grade d'Elu

10 Juillet 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #symbolisme

Nous avons vu, dans les séances précédentes, que les mystères maçonniques n'étaient que la représentation des phénomènes de la nature, animée par le génie symbolique de l'antiquité, qui consistait à personnifier tous les êtres inanimés et moraux, et à présenter, comme des récits d'événements passés, les instructions que l'on voulait donner aux hommes. C'est ainsi que :

 

Les Egyptiens figuraient l'année par un palmier, et le mois par un rameau, parce que, chaque mois, le palmier pousse une branche.

 

Ils peignaient l'inondation par un lion, parce que celle du Nil arrivait sous ce signe; de là l'usage des figures .de lion vomissant de l'eau à la porte des édifices (PLUT.)

 

Si on s'en tenait au sens historique, l'antiquité serait un chaos effroyable, et tous ses sages des insensés; il en serait de même de la Maçonnerie et de ses instituteurs; mais, en expliquant les allégories, elles cessent d'être des fables absurdes ou des faits purement nationaux, et deviennent des instructions consacrées à l'humanité entière. On ne doute plus, en les étudiant, que tous les peuples n'aient puisé dans une source commune ; on voit que la peinture du ciel était le but de leur coopération, et qu'ils considéraient le soleil, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, comme le principal agent de la nature, et comme le directeur de toutes choses, tant sur la terre, qu'il échauffe de sa brûlante haleine, qu'au ciel qu'il colore, et dans lequel il promène ses immenses rayons.

 

Dans le grade d'élu , qui forme en ce moment l'objet de nos travaux, nous allons voir que la description du lieu où se retira Adon-Hiram est une suite du roman céleste , si mystérieusement écrit dans le grade de maître.

 

Adon-Hiram est composé de deux mots : Adon qui signifie dieu, et hiram, élevé : dieu élevé, qualification sous laquelle on peut considérer le soleil.

 

La caverne d'Adon-Hiram est une peinture des signes inférieurs dans lesquels le soleil se retire après le solstice d'été, lorsqu'il prend son domicile dans le Scorpion, signe dans lequel il était censé périr ; si donc on examine l'état du ciel, à l'époque de l'invention de ce roman mythologique, lorsque le soleil est à sa plus haute exaltation dans le signe du Scorpion , on verra paraître à l'orient le grand fleuve, ou la fontaine jaillissante; au midi paraîtra Sirius, ou le Grand Chien, et, au couchant, le buisson qui prend le caractère de buisson ardent, parce qu'il se couche héliaquement, c'est-à-dire avec le soleil.

 

Par la même raison, la Grande Ourse, le Lion et le Tigre de Bacchus, ou le Loup céleste, dont il est question dans les rites anciens, marchant de concert à l'occident avec le soleil, ou le Scorpion, sont censés garder l'entrée de la caverne, puisqu'ils bordent encore l'horizon lorsqu'on ne voit plus le soleil.

 

Nous avons prouvé, dans la maîtrise, l'identité à'Hiram avec le soleil; en partant de ce principe incontestable, il nous sera facile de trouver, dans tous les accessoires du grade d'élu, un thème astronomique parfait, qui nous fera connaître l'époque de l'année à laquelle il se rapporte, et nous donnera par là l'intelligence des vérités utiles.

 

Nous avons fait remarquer que les trois assassins correspondent aux trois signes d'automne, qui causent la mort de l'astre du jour. Le nom Abi Balah (meurtrier du père), que porte le plus coupable, désigne suffisamment le Sagittaire, constellation qui donne en effet la mort au soleil, père de toutes choses ( rerum omnium pater). Suivons la même route, elle nous mènera à l'interprétation de toute l'allégorie.

 

Les coupables, après leur crime, se retirent sur le bord de la mer, près de Joppé , ville située à l'ouest de Jérusalem. Or, on sait que la mer occidentale fut regardée, de tous temps et chez tons les peuples, comme la partie basse du ciel, celle dans laquelle les astres vont terminer leur course , et disparaître à nos yeux. Cette caverne ou carrière est nommée Benacar, séjour de la stérilité , parce que la partie occidentale du ciel, qui paraît comme un abîme où vont se précipiter les astres, fut autrefois regardée comme le séjour de la mort, le lieu de la stérilité. C'était ainsi que, chez les Egyptiens et chez les Grecs, Serapis et Pluton régnaient en Occident, et que, chez les Gaulois, nos ancêtres, la Bretagne, et par suite l'île de Sain , placée à l'occident de la péninsule Armorique, était réputée l'asile de la mort et le séjour des ombres.

 

Un « inconnu » joue un rôle important dans cette histoire. Mais, tons les personnages étant astronomiques, celui-là l'est également; ce ne peut donc être qu'une étoile qui, comme celle mystérieuse des Mages, cause ici, par son apparition , la mort ou le coucher des meurtriers d'Hiram, comme elle annonce ailleurs la naissance ou le lever du dieu-sauveur. Or, si nous cherchons l'étoile remarquable qui paraît à l'orient de l'horizon, au moment où le Sagittaire va disparaître à l'occident, nous verrons s'élever Aldebaran, l'une des plus belles étoiles du ciel, et la plus remarquable de la constellation du Taureau céleste.

 

L’inconnu était un gardien de troupeaux , et Aldebaran est entouré des Hyades, qui forment un groupe autour de lui, tandis que les Pléiades, placées sur le cou du Taureau céleste, forment à ses côtés un second troupeau.

 

Neuf maîtres sont élus pour aller à la recherche des meurtriers ; j'ai déjà fait observer que ces neuf maîtres correspondent précisément aux neuf signes de l'hiver, du printemps et de l'été; car, quoiqu'il se trouve dans ce nombre trois signes inférieurs, ils ne sont point considérés comme funestes, attendu qu'ils n'occasionnent pas , comme ceux d'automne, la mort du soleil. Christ, mort, ne passa également que trois jours dans le tombeau, c'est-à-dire dans le séjour de la mort, dans les enfers (lieux inférieurs), et ces trois jours correspondent encore aux trois assassins, aux trois signes d'automne.

 

Les neuf élus, guidés par l’inconnu, vont à la recherche des coupables , en marchant à travers des détours, par des sentiers peu fréquentés. Celte route rappelle celle du Zodiaque, telle qu'elle est peinte dans Ovide. Ne semble-t-il pas en effet qu'Aldebaran, la plus brillante des étoiles qui se trouvent alors sous l'horizon, entraîne les constellations zodiacales à la poursuite de la Balance et du Scorpion, qui ont disparu dès que le Bélier s'est montré à l'orient, et du Sagittaire, qui meurt à l'apparition du Taureau.

 

Qui dirige Johaben dans cette route périlleuse? un chien ; ici, l'interprétation astronomique est encore parfaite ; car, au moment où le Sagittaire disparaît, Phocion, ou le Petit-Chien, paraît à l'horizon, en opposition avec la constellation qui se couche; tandis que l'Eridan occupe la partie méridionale du ciel. Nous voyons en effet Johaben, après la mort d’Abibalc, aller se rafraîchir à une fontaine qui coulait près de là.

 

Ainsi, mes frères, le grade d’élu, d'après tous ses symboles, se rapporte au ciel du printemps, à cette époque où le roi de la nature, après avoir succombé sous les coups de ses ennemis, c'est-à-dire être descendu au plus bas point de sa course, et avoir disparu même entièrement aux yeux de plusieurs peuples, après être né de nouveau pour recommencer sa carrière renaissante, figurée ici par les honneurs que Salomon fait rendre à la mémoire d'Hiram, est enfin vengé de ses assassins ; il s'élève en triomphateur dans le ciel , tandis que ceux-ci sont précipités dans l'abîme. C'est Osiris, mort par la trahison de son frère, descendu aux enfers, ressuscitant et triomphant à son tour de Typhon, chef des ténèbres et génie de l'automne , dont le siége principal est le Scorpion; c'est Horus, né, mort et ressuscité comme son père ; c'est Hercule, descendant aux enfers, et en ramenant Cerbère; c'est Christ, descendant également aux enfers, et en sortant vainqueur de Satan et de la mort, à l'époque de la Pâque, c'est-à-dire du passage de l'astre du jour, des signes inférieurs aux supérieurs.

 

Tout sert ici à compléter l'allégorie : le lieu dans lequel nous sommes, par sa sombre tristesse, rappelle l'hiver, auquel nous touchons encore.

 

Neuf semaines se passèrent avant la punition du crime; ce n'est en effet qu'au commencement du troisième mois, lorsque le Bélier, l'agneau céleste, commence à paraître à l'orient, que la vengeance commence; la Balance et le Scorpion passent presque en même temps sous l'horizon, sur lequel domine encore Abibalc ou le Sagittaire, qui ne disparait qu'à l'approche du Taureau.

 

Ici, neuf lumières frappent vos yeux ; huit sont groupées; et la neuvième, séparée des autres, répand un éclat beaucoup plus vif. Ce sont les neuf constellations zodiacales; la plus grande domine celle dans laquelle habite le soleil ; c'est Johaben, vainqueur d'Hiram.

 

Les huit étoiles, précédées de l'étoile du matin , ont la même interprétation, et sont encore les neuf élus.

 

Dans le grade d’élu s'échappe le premier cri de vengeance; cette vengeance est celle qu'Horus, fils du soleil , exerça contre les meurtriers de son père; Jupiter contre Saturne. Ce permanent système de vengeance remonte aux temps les plus reculés; on en trouve l'interprétation dans les opérations de la nature, qui présentent une suite de combats ou de réactions entre le principe générateur et le principe destructeur; car le résultat de la fécondation est la fermentation, la putréfaction des principes séminaux, cet état de ténèbres, de désordre, de confusion, que les anciens désignaient par le mot chaos, qui précède le développement et l'apparition du germe régénérateur; le chaos, que nous regardons comme l'aurore des siècles, le précurseur de la création du monde, n'était, pour les sages de l'antiquité, qu'une hypothèse, ou plutôt qu'une induction qu'ils tirèrent de la génération des êtres.

 

Pour ne laisser aucune obscurité sur leur doctrine, à cet égard, et pour rendre plus sensible, en même temps, la justesse de leurs allégories, choisissons pour exemple, parmi tous les corps de la nature, le grain de blé. Ce corps est tout à la fois cause et résultat; car, produit d'un grain semblable à lui, il doit à son tour en produire d'autres. Il sera donc allégoriquement considéré, tantôt comme pèr , tantôt comme fils. De là, l'idendité parfaite d'Horus et d'Osiris. Ce grain renferme en lui la semence, nouvelle identité; il est déposé dans le sein de la terre. La terre, qui fut sa mère, devient sa femme, puisqu'ils accomplissent ensemble l'acte de la génération. Vous voyez avec quelle facilité s'expliquent les allégories des anciens, lorsque, dans ce dédale apparent, on peut saisir le fil d'Ariane.

 

Les deux puissances génératrices ne sont pas plutôt en contact, que le grain enfle et s'amollit. Bientôt il fermente, noircit, et se décompose. Les éléments qui le constituent sont dans un véritable état de guerre, dont il faut que le germe ou le principe générateur sorte victorieux ou succombe; de là cette devise, qui orne le cordon d'élu : « Vincere aut mori » (vaincre ou mourir). Un combat terrible s'engage donc entre la vie et la mort ; celle-ci triomphe ; toute aggrégation est rompue; le grain tombe en putréfaction, consummatum est.

 

La destruction du corps opérée par la putréfaction est symbolisée par la faulx de Saturne. Le bijou d'élu n'en est que l'allégorie, et rappelle à notre mémoire le poignard mithriaque, dont nous parlerons dans un grade plus élevé. C'est cette même destruction qui a fait dire que l'époux de Rhée dévorait ses enfants. Le seul Jupiter (le germe fécondant) échappe à la mort. Et, comme la dissolution des mixtes rompt leur aggrégation, absorbe leurs principes constituants, anéantit, pour ainsi dire, leur faculté génératrice, on a supposé que Saturne avait privé son père des organes de la génération. Il reçoit ensuite le même traitement de son fils, ce qui signifie que la chaleur vivifiante se dégage du cloaque de la putréfaction, l'absorbe, s'en alimente, et donne bientôt la vie à un nouvel être.

 

Cet être est le germe que son étroite enveloppe dérobait aux yeux , et semblait condamner à une prison perpétuelle. Il se dégage, s'élance , perce le sein de la terre. Il paraît, et sa naissance coûte la vie à son père.

 

Tel est le phénomène important, le mystère ineffable, vraie clé de la nature, qu'avaient su pénétrer les anciens sages, et dont ils firent un des fondements de leur doctrine, et le sujet de leurs légendes sacrées. Cette prédilection de leur part fut bien naturelle. En effet, tout dans l'univers n'est-il pas soumis aux lois qui viennent d'être exposées ? Tout ne retrace-t-il pas la lutte éternelle des deux grands agents de la nature, et leurs victoires alternatives ? On ne saurait trop la répéter : La vie et la mort se partagent le monde. Toutes deux en sont le terme; l'une ne peut exister sans l'autre, et toutes deux émanent d'une seule et même puissance.

 

D'après cet exposé, nous devons convenir que les atrocités qui peuvent révolter dans Saturne, dieu du temps; dans Phèdre, incestueuse, etc., ne sont que des énigmes intéressantes, qui contiennent des faits dignes de nous avoir été transmis, et dans lesquelles il nous serait facile de démontrer que l'agriculture, cette base des richesses et des empires, dont la connaissance était particulièrement développée dans les mystères de Cérès, a, dans la Maçonnerie, des allégories qui lui sont propres.

 

C'est donc encore ici le lieu de réitérer l'éloge que nous avons fait de la Maçonnerie française, qui, après les trois grades symboliques, a voulu nous développer, dans ses quatre ordres, d'autres mystères, sous le voile ingénieux des quatre éléments des anciens. Dans ce grade, la caverne d'Adon-Hiram nous représente le premier élément, ou la terre dans l'absence du soleil.

 

Je pense avoir suffisamment prouvé que le mot « vengeance » ne doit être pris , en Maçonnerie, qu'allégoriquement ; et je crois avoir aussi démontré qu'il n'y a rien de déraisonnable dans l'historique interprété du grade d'élu. Pourquoi des chapitres craignent-ils de travailler ce grade ? Serait-ce parce que la plupart des Maçons qui le professent, quoique désignés par leurs Frères pour les instruire, ne se donnent pas la peine de pénétrer les anciens mystères, et d'étudier la nature, qui en forme la base ?

 

Le bijou de ce grade rentre dans le symbole mithriaque que je viens de décrire; et lui donner une autre interprétation serait défigurer et calomnier la Maçonnerie, que nous faisons gloire de professer, car le poignard est une arme vile qui n'est point faite pour la main d'un Maçon.

 

Frère nouvellement initié, rappelez-vous bien la vérité de cette maxime :

 

Multi vocati, pauci verb electi.

 

Cette sentence religieuse reçoit parfaitement son application dans la Maçonnerie, où se trouvent en effet beaucoup d'appelés , et peu d'élus; c'est-à-dire, peu de Frères qui s'attachent à l'intelligence de nos emblèmes, à leur interprétation philosophique.

 

Mais le soin avec lequel vous vous appliquez à comprendre nos symboles, la manière dont vous répondez aux questions qui vous sont adressées, nous prouvent vos bonnes dispositions à faire de nouveaux progrès dans l'institution. Espérons qu'un jour vous ferez partie de ces élus, si peu nombreux, malgré le grand nombre des Maçons qui possèdent ce grade philosophique et moral, consacré à l'extinction des penchants coupables, et à la répression des passions.

 

Mon frère, vous aurez souvent l'occasion de remarquer que, dans les réceptions maçonniques, on ne dévoile ordinairement rien ou peu de chose du grade conféré, dans le but, dit-on, « de laisser au néophyte la satisfaction de découvrir ce qui paraît caché, et de le conduire , par la réflexion, à l'habitude de ne rien adopter aveuglément, et sans s'en être rendu compte. » Cette marche, toute bonne ou excusable qu'elle paraît être, me semble imparfaite, et ne devoir convenir qu'a l'ignorance de quelques présidents d'ateliers. Nous pensons que les symboles d'un grade chapitral doivent être expliqués à chaque récipiendaire, qui n'aurait ensuite droit à monter un nouveau degré qu'en joignant à sa demande un discours où seraient déposées les preuves qu'il conçoit le dernier grade obtenu. Celte marche facile à suivre, surtout quand on sait faire de bons choix, serait le seul moyen de ne peupler les chapitres que de l'élite des Maçons.

 

Profitez, mon frère, de ce conseil. Il me resterait sans doute encore beaucoup à vous dévoiler sur ce degré, le premier d'une série quaternaire, comme l'apprenti auquel il se rapporte, est le premier de la série ternaire. Dans ces deux grades, se trouvent les clefs de la science antique, et le premier des éléments. Mais laissons à votre sagacité quelque chose à faire, et n'anticipons pas sur les interprétations à venir. Une nouvelle carrière vous est ouverte; déjà vous y faites avec succès le premier pas; que votre courage se soutienne jusqu'à la fin. Le prix qui vous attend est digne de vos efforts.

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Vengeance et Justice

9 Juillet 2012 , Rédigé par R.L.Seynave Publié dans #symbolisme

Introduction

Dans toutes les cultures les plus anciennes du Moyen Orient et de la Grèce, il est entendu que la vengeance ne saurait appartenir qu’à la divinité. Il s’agit de la colère divine quand les humains se comportent d’une manière orgueilleuse, sans mesure, et menacent ainsi ce que les auteurs de textes antiques considèrent être le propre du seul pouvoir divin. Dans la mythologie grecque, c’est la Némésis, fille de Zeus, qui est chargée de rabattre les hommes qui croiraient avoir atteint pouvoir ou bonheur suprême et devenir intouchables. C’est l’hubris qui est puni par la vengeance divine. Chez les Hébreux, l’idée est clairement double : Jéhovah exerce sa vengeance soit à l’égard de son peuple s’il a fauté en ne respectant pas les lois qu’il lui impose, soit au contraire, contre les ennemis de ce peuple à qui il assurera la victoire. Dans ces temps d’origine, les notions sont très proches puisque vengeance et justice appartiennent à la seule divinité, mais aussi, évidemment, aux hommes qui s’instaurent les seuls interprètes indiscutables de la pensée de Dieu. Déjà, dans la Genèse, après l’assassinat de son frère Abel il ajustera la peine réservée à Caïn qui de plus lui ment en feignant d’abord d’ignorer où est son frère. Il pardonne devant le repentir de Caïn alors même que son sang répandu « crie vengeance ». Chez Sophocle, la justice, « lente et boiteuse », doit bien finir par arriver, par bienfait de Dieu ou par volonté humaine (Tragédies d’Antigone et d’Electre). Enfin, l’évangile selon Mathieu évoque aussi la justice mais le texte de la Vulgate pose une problème de traduction dans la qualification de « ceux qui ont faim et soif de justice.

On va donc se limiter à étudier comment la Justice, comme progrès moral, va dans les sociétés humaines progressivement l’emporter sur la vengeance. Le Franc-maçon puise lui aussi ses racines et sa transcendance dans des légendes qui constituent son cheminement initiatique jusqu’au Chevalier KDS . On verra ensuite dans un passage au monde profane, la place de la vengeance puis de la Justice), sans méconnaître leurs dangers, leurs défaillances ou leurs faiblesses.

 

Première partie : vengeance et Justice dans le cheminement initiatique du Franc-maçon.

 

Dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté, la Vengeance apparaît avant la Justice en tant qu’allégories et symboles. Leur assimilation joue un rôle capital dans le cheminement initiatique du Maçon.

 

11. L’idée de vengeance jusqu’au 29e grade.

 

11 .1 Les grades de vengeance

 

Dans le rituel de l’exaltation à la Maîtrise, il n’est pas question de vengeance. On sait seulement que le corps du maître Architecte a été retrouvé. Certes, c’est terrible que la Parole ait été perdue, mais puisque le Maître Architecte vient de renaître dans le nouveau Maître, nul doute que sa recherche finira par produire ses effets. Du reste, avant même les idées de Sigmund Freud, ne fallait-il pas symboliquement « tuer » le père pour que le destin du nouveau Maître, son disciple, puisse s’accomplir ?

Ce n’est qu’au 9e grade qu’apparaît le mot de vengeance. Il reviendra au 10e, d’où le nom de grades de vengeance qu’on donne parfois à ces deux grades. Le Roi Salomon a réuni les maîtres pour répartir le travail de reconstruction du Temple. L’avenir de cette tâche étant assurée, il convient de se saisir des coupables de l’assassinat d’Hiram. Présidant une assemblée des Maîtres, il apprend que la cachette des trois mauvais compagnons est connue. Il fait choisir par le sort parmi les 90 maîtres présents, les 9 qui iront capturer les coupables, d’où le nom du grade : « Maître Elu des Neuf ». L’un d’eux, Jaoben, pris d’un grand zèle avance plus vite et arrive avant les autres à la caverne où se réfugient les assassins. Il poignarde l’un d’eux, nommé Ab-Hiram qui meurt en criant « Nekam », qui veut dire vengeance Les autres Elus, voyant cela, lui firent remarquer qu’il avait transgressé les ordres du Roi. Au retour, Salomon lui fit les reproches appropriés. Il lui pardonna cependant, l’horreur du crime excusant le besoin de vengeance tant la perte du Maître Architecte Hiram était lourde de conséquences.

La suite se déroule au 10e grade. Les deux autres compagnons, encore vivants, s’étaient enfuis. Le Roi va envoyer 15 Elus les prendre en charge chez le roi de Garh, qui lui était tributaire. D’où le nom de ce grade, « Maître Elu des Quinze ». Les meurtriers furent traduits en jugement devant un tribunal, condamnés, puis décapités. Les têtes de trois compagnons seront exposées aux portes des points cardinaux, sauf le nord.

Il faut noter enfin qu’au grade suivant, le11e, « Elu des Douze ou Sublime Chevalier Elu », c’est la première fois dans son cheminement initiatique que le maçon est appelé Chevalier.

 

11.2 La réapparition de la vengeance aux grades ultérieurs ;

 

La justice l’emporte sur la vengeance, même si on ne sait de quelle forme de justice il s’est agi. La seule appréciation du Roi ? Les coupables ont-ils eu droit à un défenseur ? La vengeance elle-même a paru excusable par réaction impulsive légitimée par le caractère inouï du crime.

Au 23e grade, la tenue figure l’exercice d’un sacrifice offert à Jéhovah. Son enseignement est que les élites doivent lutter contre la superstition des masses avec patience et habilité. En fin de tenue, le sacrifie est clos en « l’offrant au souvenir de la vengeance prise sur les assassins d’Hiram ».

Le 25e grade est celui de « Chevalier du Serpent d’airain ». Il y aurait beaucoup à dire sur l’importance de ce symbole que saint Jean utilise pour rapprocher le Christ de Moïse. Le postulant s’engage à « venger la patrie ».

Le 30e enfin est-il réellement un grade de vengeance, au sens accordé à ce classement pour les 9e et 10e grades ?

Pour répondre à cette question qui paraît évidente à première vue, puisqu’il s’agit de la tradition des Templiers, et de la vengeance contre ceux qui en ont injustement condamné le grand Maître. Jacques de Molay aurait maudit les Abominables que le KDS aurait pour devoir de venger. Mais une étude historique et, d’autre part, l’articulation avec les bases du 29e , Grand Ecossais de Saint André sont susceptibles de relativiser l’idée de vengeance et de la rapprocher de celle de Justice,

 

11.3 Le 29e grade, Grand Ecossais de Saint André

 

Il faut donc en revenir au 29e : « Grand Ecossais de Saint André d’Ecosse, Patriarche des Croisades, grand Maître des Lumières ». On connaît l’origine classique de la maçonnerie, avec le passage des ouvriers bâtisseurs des cathédrales, de l’opératif au spéculatif. Il en est une autre, que développe le Chevalier Ramsay, inspirateur de la maçonnerie écossaise, c’est l’Ordre de Chevalerie créé au temps des croisades. Son objet était d’implanter, d’entretenir, de reconstituer les communautés, de reconstruire et de protéger les églises chrétiennes reconquises sur les musulmans. Tel est le fondement du 29e degré, reconnu lors de son intégration dans le R.E.A.A. , en 1786, en tant que préparation au 30e.

Cet ordre mythique sera vite confondu avec l’Ordre des Templiers. Le mot sacré du 29e est Nekam, (vengeance), déjà rencontré au 9e. Selon l’une des diverses versions après l’explosion de l’Ordre des Templiers en France, des Chevaliers français se seraient établis en Ecosse ou auraient rejoint dans ce pays un Ordre de Chevalerie, qui serait devenu la Loge Mère de Kilwinning.

On peut cependant douter que ce grade soit un nouveau grade de vengeance, si on se réfère aux quatre devoirs que le rituel impose au Grand Ecossais de Saint André, pour le préparer à devenir le Chevalier KDS : vénérer la raison pure, servir la vérité, privilégier la vertu, combattre pour le droit.

Ces termes datent d’une époque où la pensée prenait, du fait de la tradition religieuse très prégnante, une forme dogmatique. En langage plus moderne, on va mieux percevoir à quel point la notion de vengeance est surmontée. On a donc : donné à la raison la maîtrise finale, mais sans l’idolâtrer, car on sait maintenant que toute idolâtrie, fût-ce de la Raison conduit aux mêmes atrocités que les autres dogmatismes impératifs, servit la vérité, non comme un absolu acquis une fois pour toutes, mais par la recherche, d’où la reconnaissance des vérités multiples, pas toujours faciles à concilier dans le monde réel, protégé la vertu, ce sera donner l’exemple d’agir en fonction des valeurs humaines, défendu l’état de droit dans une société, c’est une façon d’institutionnaliser le respect de l’Autre, à travers la règle du jeu établie et admise par la grande majorité des personnes, tant qu’on n’a pas jugé nécessaire de la changer, si bien que même ceux qui ne l’approuvent pas peuvent la respecter tout en la combattant pour la modifier.

 

1.2 Le dépassement de la vengeance par la justice

 

12.1 Le 30e grade et l’affaire des Templiers.

 

Le mythe qui semble le plus fortement rattacher le 30e grade est l’affaire des Templiers.

Pour la resituer dans l’histoire, il faut repartir du 10e siècle. La papauté vit une crise terrible. Le siège romain est disputé par des familles, convoitant les revenus qu’assure la position. La corruption et tous les genres d’immoralité règnent. La renaissance se fera à partir de la foi du peuple et des moines qui défrichent et développent les cultures au profit des monastères et des paysans. Au cours du 11e siècle, ce sera la Renaissance romane, qu’on peut appeler ainsi car elle est marquée par l’édification d’un grand nombre d’Eglises de style roman à travers toute l’Europe occidentale. Sous une pression à la fois spirituelle et matérielle, un trop plein d’énergie est disponible A la fin du siècle et au début du suivant, elle sera détournée vers la délivrance des lieux saints du Christianisme, tombés aux mains des musulmans. Non seulement, la première croisade sera un succès, mais un royaume de Jérusalem est créé sous l’autorité d’un prince chrétien. En 1118, un Ordre du Temple sera fondé, dont le nom se réfère à l’Ancien Testament. D’abord les Templiers se consacrent à la protection des pèlerins. Parce que le transport de l’argent est très dangereux, ils se feront vite leurs agents de change. Comme tous les banquiers de tous les temps, ils sont en mesure d’accumuler des richesses, d’autant qu’ils seront donataires de nombreux domaines en France et en Espagne. La richesse de l’Ordre suscite d’âpres convoitises. Quand Philippe le Bel eut besoin d’argent, il n’aura de cesse que de confisquer les biens du Temple après avoir été le premier souverain de France à opérer une dévaluation en diminuant la quantité de métal précieux des pièces de monnaie. L’ancien archevêque de Bordeaux, Bertrand de Got, devenu Pape sous le nom de Clément V qui est aussi le premier à résider à Avignon, va condamner pour hérésie le dernier Grand Maître de l’Ordre du Temple. Abandonné au bras séculier, Jacques de Molay sera livré au bûcher, en 1314. A partir de là, la légende s’empare de des Chevaliers du Temple.

Longtemps et suite à la confiscation du trésor par le Roi et à l’imprécation du Grand Maître à son encontre, les chevaliers sont commis à la vengeance du Grand Maître injustement traité. On appelle abominables le Roi et son homme lige, le Pape, dont les Chevaliers du Temple, réfugiés en Espagne et en Ecosse ont la charge de tirer vengeance.

Les créateurs du 30e grade se saisiront de la légende pour en étayer la symbolique sur le fondement des vertus de la Chevalerie. Mais les symboles du grade recourent à des sources syncrétiques, car d’autres symboles interfèrent. L’aigle bicéphale, noir et blanc, symbole de l’esprit de même que, à certains égards, le Dieu de la double devise : Deus meumque jus (Dieu et mon droit) et Ordo ab chao (l’ordre hors du chaos). L’achèvement de l’œuvre créatrice de l’Eternel est confié à l’homme. Le chevalier, par ses vertus est chargé de mener les peuples vers la Lumière.

 

12.2 Origine et philosophie du 30e grade

 

Quelle trace reste-t-elle de la vengeance à assurer pour le mal fait à l’Ordre des Templiers ? Selon Paul Naudon, le premier des 7 échelons de la double échelle mystérieuse est Tsedakah qui signifie « Justice », ce qui montre qu’aucune progression ne peut se fonder que sur elle. L’amour du prochain, peu compatible avec la vengeance, est rappelé sur un des montants.

L’histoire du grade est complexe.

Rattaché à la construction du Temple par son Architecte légendaire, Hiram, injustement assassiné par trois mauvais compagnons, le Franc-maçon transpose et sublime la vengeance qui existait dans les 9e et 10e grades dans cette action de réparation que doivent accomplir les Chevaliers dans la tradition templière. C’est du moins ce que pensent certains Grands Maîtres au 18e siècle. Ils renouvellent le passage du compagnonnage opératif des bâtisseurs de Cathédrales à la Maçonnerie spéculative en faisant à un niveau plus élevé dans le cheminement initiatique, la même transition de la vengeance d’Hiram à celle de Jacques de Molay. Cela peut paraître simpliste, mais Naudon a peut-être raison de supposer que le seul mot de temple ait pu servir de fil conducteur.

C’est l’époque où un Grand Commandeur appelle l’attention du nouveau Chevalier sur le fait qu’il a juré de « porter une haine implacable aux Chevaliers de Malte ». Pourquoi ? On ne l’indique pas. Il est probable que c’est parce qu’ils ont recueilli la succession de l’Ordre du Temple, avec l’accord des abominables. Entré dans le R.E.A.A. au début du 19e siècle, d’abord comme 29e grade, puis très vite, comme 30e, le Chevalier Kadosch sera longtemps suspect. Son rituel connaîtra de nombreuses réécritures. Actuellement, les mots suivants guident la philosophie du grade : « connaissance, sagesse éclairée, science, conscience, vérité, refus…de tout asservissement de la personne, de la pensée, réparation des maux issus des excès de pouvoir ».

On peut encore voir dans cette dernière recommandation une suite de l’affaire des Templiers, mais l’ensemble fait bien voir une marche vers la Justice. Au reste, écoutons le rituel. Les officiers qui surveillent les colonnes ne se nomment-ils pas Grands Juges ? Au moment de l’allumage des flambeaux, le 1er Grand Juge n’appelle-t-il pas à combattre l’injustice ? Lors de la clôture des travaux, le 1er Grand Juge ne recommande-t-il pas de rechercher de justes lois pour la société humaine et de réparer les injustices ? Le lieu des tenues au 30e grade ne s’appelle-t-il pas Aréopage, lieu éminent où se rend la Justice ?

Et pourtant, on doit noter aussi que le mot sacré du grade (Nekam Adonaï) se réfère au Dieu Vengeur, et le mot de passe est encore Nekam, qui veut dire vengeance. Tant il est vrai qu’au niveau symbolique aussi, la résistance de l’idée de vengeance persiste encore dans la notion de justice, quels que soient les progrès faits ou à faire.

Le Chevalier KDS est bien un soldat. Il est armé de vertus chevaleresques, pour combattre l’injustice. Mais il n’est plus orienté vers la vengeance. Car il est passé par le 18e grade, celui de l’amour « agapê ». Il doit défendre la justice au nom du bon droit, et de la protection des faibles.

 

12.3 La Flûte enchantée, réponses de Zarastro.

 

Même si «Die Zauberflöte » n’est pas une démarque de la maçonnerie, elle s’en inspire largement. Ce conte montre les vertus que l’initié doit acquérir. Au moment où Pamino va être intégré au monde des initiés, quelqu’un dit, voyant son courage et sa prestance : « C’est un Prince ». Zarastro, le Mage, qui préside la cérémonie, rétorque : « Non, c’est un homme ». Ainsi en va du Chevalier KDS. Il est un homme en société, solidaire de tous les autres, mais unique et, du même coup, il est paré des vertus auxquelles il s’efforce d’accéder, ce qui fait de lui un Prince. Tout Etre humain a vocation à être un Prince. Tous ont le même droit à la Justice[15]  , ce qui exclut la vengeance.

Zarastro va plus loin encore. Quand on lui demande comment il va se venger de la Reine de la nuit, qui a armé le bras qui devait le tuer, le Sage répond : « vous allez voir comment je vais me venger ».

C’est l’amour qui va unir les ennemis. La fille de la Reine de la nuit épouse celui qu’elle aime, disciple de Zarastro. Pamina et Pamino sont réunis. Papagéno, qui n’a pas su se taire comme on le lui avait ordonné, va quand même trouver l’amour d’une « belle » à quoi il aspirait. Papagéna de petite vieille se transforme en une jeune et jolie compagne. Le symbole est magnifique. Il signifie que tout être aimé est beau, précisément parce qu’il suffit pour cela qu’il soit regardé avec amour.

Il est venu le temps de transférer dans le monde profane la Lumière reçue dans le Temple. Que voit le Chevalier KDS, armé et prêt à accomplir son devoir, en regardant ce qui se passe dans le monde profane?

 

Deuxième Partie :La vengeance, comme sentiment de justice réalisée

 

S’il existe un besoin si fort de faire subir une peine à celui qui a .causé une première violence, c’est que la vengeance apparaît comme une justice à peu de frais, nécessaire et immédiatement réalisée. Mais cela ne semble pas mener à l’apaisement.

 

2.1 La souffrance des offensés

 

Riche ou pauvre, érudit ou dépourvu de références culturelles, chevalier aux nobles vertus ou vil roturier, tous les humains s’avèrent des apprentis désorientés devant les coups du sort. Il est impossible de ne pas ressentir l’injustice de la perte d’un être aimé et, en même temps, une culpabilité, violente et diffuse. Il faut la rapporter à quelque chose et, mieux encore, à quelqu’un. Le soulagement d’un transfert va se produire dans le subconscient, qui sera vite rationalisé. Un ancien de la guerre d’Algérie raconte comment des objecteurs de conscience avaient été en quelques heures transformés en combattants sauvages. On les avait envoyé faire un transport de vivres pour des civils au travers d’une zone connue par leurs chefs comme étant sous le feu des rebelles. Ils n’étaient pas armés et faisaient œuvre de service. Sur dix, deux furent tués. Les huit survivants devinrent d’impitoyables soldats. Il faut beaucoup d’héroïsme pour résister au besoin de vengeance, sous le coup de la piqûre de l’offense faite aux valeurs les plus sacrées

Quelle vengeance ?

C’est une peine infligée à l’individu ou à la collectivité, qu’on a définie comme auteur ou responsable de la douleur ou même de la souffrancereçue par soi ou par celles ou ceux de son cercle de sympathie ou d’empathie. Aspirer à exercer une vengeance, c’est imaginer que celle-ci apaisera la souffrance et contribuera à dissiper le sentiment de culpabilité diffuse qui est tapie au fond de cette souffrance.

 

2.2 Le travail de deuil

 

L’idée est récente si la chose ne l’est pas. Sénèque l’évoque dans ses « Consolations », admettant qu’il faut d’abord accorder un aliment à la peine avant de tenter de l’atténuer ou de la rendre supportable. Car à ce moment, les paroles ne servent à rien, mais la vengeance, dans ses divers degrés, donne l’illusion d’adoucir la peine. Comme le dit un personnage d’une comédie célèbre de Michel Audiard, « Je sais pas si c’est juste, mais ça soulage ».

Le travail de deuil va consister à donner au temps, la capacité d’adoucir, ou du moins d’assumer sinon d’accepter l’insupportable peine de l’irrémédiable. Temps de douleur où l’individu doit s’efforcer de résister à l’attirance du vide.

Certes, c’est un vrai travail, au sens étymologique du terme. Mais cela ne justifie pas de le déguiser en exigence de découverte d’un coupable, d’un procès et de préférence d’une condamnation sévère pour que les proches de la victime puissent commencer leur prétendu travail de deuil. Quel est le vrai rapport entre une évolution si personnelle, si intime et la démarche sociale de justice ? Il s’agit plutôt de déguiser en une forme plus décente, plus correcte, en apparence plus civilisée, un banal désir de vengeance, ancestral et inscrit dans une culture millénaire. La chose se prête bien aux dramatisations de nos sociétés à la recherche du spectacle dans le quotidien. On la comprend moins facilement que la vengeance immédiate, exercée sous le coup d’une intense émotion et d’un instinct que la raison n’a pas eu le temps de maîtriser. C’est beaucoup plus difficile à intégrer dans une société où tout est fait depuis la nuit des temps pour apaiser les conflits et faire retour à la paix sociale, indispensable ciment du groupe.

 

2.3 Les remèdes sociétaux à la vengeance.

 

Les modèles n’en ont pas manqué dans l’histoire de l’humanité. Mais il faut éviter les anachronismes.

Tel est les cas de la fameuse « Loi dite du Talion », qui existait de longue date dans tout le Moyen Orient mais qu’on a coutume de référer à la Bible élohiste : « S’il y a accident, tu paieras âme pour âme, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, plaie pour plaie ». Cette règle juridique, placée pour avoir plus de force sous l’égide de la divinité comme cela se faisait toujours en ces temps anciens, appelle deux remarques. D’une part, elle se dispense des circonstances de l’accident, volontaire ou non, le préjudice s’est produit du fait de quelqu’un, celui-ci doit réparation par un préjudice équivalent. D’autre part, la règle peut nous paraître barbare, mais il faut voir qu’elle apportait un progrès par rapport aux vengeances excessives qui se prolongeaient indéfiniment. Elle ne saurait justifier de nos jours des sanctions militaires où le nombre des victimes est dans la proportion de un à cent en raison d’une disproportion des moyens militaires.

Le second exemple de remède collectif au besoin de vengeance est le Bouc émissaire. Le peuple hébreu ne se conduit pas toujours bien devant Yahvé. Une cérémonie expiatoire aura lieu chaque année. Le Grand Prêtre posera ses mains sur la tête d’un bouc qui sera ensuite lâché (émissaire emportant les péchés) dans le désert. Les péchés sont tout autant ceux des individus que ceux commis par la collectivité à l’égard des autres collectivités voisines. . Beaucoup d’autres civilisations ont fait porter la responsabilité des catastrophes, qu’on croyait dues à des fautes commises eu égard aux règles divines. En Chine, c’était l’Empereur lui-même qui s’entretenait une fois par an avec le Ciel. Toute catastrophe climatique entraînant une famine pouvait lui coûter la vie si on estimait qu’il avait mal correspondu et était le fautif tout désigné.

Le professeur René Girard s’est rendu célèbre en publiant, en 1972, la thèse selon laquelle le bouc émissaire était, de tous temps, le passage nécessaire pour résoudre dans les sociétés et entre les différentes sociétés les tensions susceptibles de provoquer une violence réciproque. Autour de la victime sacrifiée, se résout la violence de tous contre tous en une violence de tous contre un seul. Il est objectif de constater que l’apaisement vient après l’accumulation des horreurs. Mais il est permis de considérer que cette thèse légitime une négation de tout progrès de civilisation. Ce « réalisme », s’il est trop facilement accepté, ne correspond-t-il pas à une régression et à un relâchement dans l’éducation que chaque génération doit aux suivantes ? Il est vrai que jusqu’à présent, les améliorations du comportement des humains a été précédé par des violences terribles.

 

2.4 La vengeance collective.

 

C’est peut-être parce qu’elle est la pire de toutes que Girard cherche à légitimer la permanence du bouc émissaire, comme remède contre la vengeance collective. Mais un moindre mal n’en est pas moins un mal. La vengeance collective consiste à monter un peuple, une foule contre un groupe humain, autre, étranger, mal connu, réputé par définition coupable du malheur survenu. Dans l’Europe occidentale, pendant des siècles, les juifs ont, joué ce triste rôle, ce qui a justifié aux yeux de populations fanatisées et aveuglées, nombre de pogroms, lors de épidémies de peste par exemple. Plus un groupe humain croit posséder une Vérité absolue, et plus il risque de sombrer dans ce type de vengeance, comme en témoigne la pratique du lynchage chez les colons puritains d’Amérique.

Pourtant, le modèle vient de Très Haut et c’est à l’honneur de l’esprit humain de l’avoir contesté dès la Genèse. Abraham n’hésite pas à marchander avec Yahvé la punition terrible que celui-ci entend infliger à Sodome, en raison de ses péchés. Finalement, même s’il n’existe qu’un seul juste, est-il convenable de le châtier, avec les autres, dans une vengeance collective ? Et Abraham de conclure par cette sentence terrible de l’Homme face à Dieu : « Est-ce que celui qui juge toute la terre ne pratiquerait pas la justice ? ».

La vengeance collective prend la forme la plus odieuse qui soit puisqu’elle aboutit à frapper des innocents. La pulsion irrationnelle n’excuse pas tout, car l’être humain, parce qu’il est doté de raison, doit finir par maîtriser ses instincts animaux, si tant est que cela lui soit difficile, quand il se trouve sous le coup de l’émotion.

Le désir de vengeance est un obstacle à la Justice. Mais le besoin de justice ne porte-t-il pas encore des relents de vengeance ?

 

Troisième Partie : L’avènement de la Justice et ses limites

 

Selon Aristote, l’homme est un animal qui ne se conçoit qu’en société. Aussi pour aborder la justice, il préfère définir l’homme injuste comme celui qui est cupide et inéquitable.Ce qui est juste, ce serait donc ce qui est conforme aux normes sociétales. Mais encore faut-il savoir pourquoi des normes et si elles suffisent à assurer la justice, objet de combat des chevaliers qui se vouent à son règne.

 

3.1 Encadrer et maîtriser la colère.

 

Le cheminement initiatique, et, pour les croyants, leur formation dogmatique et théologique montrent que le désir de justice est inspiré par un souci moral. En témoigne cet extrait de la règle de la communauté essénienne : « Je ne rendrai à personne la rétribution du mal »[   . Il s’agit de juguler les méfaits de la colère qui provoque le besoin impérieux de se faire justice soi-même, qui est la vengeance.

Le milieu sociétal n’agit pas toujours par l’énoncé de normes, mais par ola pression, puis par le jeu des règles coutumières. Le Kanoun est dans la tradition albanaise. Selon cette coutume, qui s’imposait encore au moins au 20e siècle, celui qui a tué, parfois pour accomplir une vengeance très ancienne, parfois par accident ou suite à une bagarre banale, dispose de 24 heures pour rendre visite à la famille de la victime. Il ne lui sera fait aucun mal. Mais ensuite, il devient un gibier chassé par celui que ladite famille a désigné pour le tuer, dans un jour, dans un an, dans dix ans, il n’y a jamais de prescription. Les choses se répètent ainsi indéfiniment puisque ce meurtre enclenche à nouveau le processus. Courage et honneur imposent l’exécution. Le Kanoun, décrit par Ismaïl Kadaré, est déjà une mise en ordre de la vengeance qui autrement serait sauvage et se traduirait en guerres de clans.

Déjà Sénèque conseillait de ne pas céder à la colère devant les offenses : « …avec votre égal, la lutte est douteuse, avec votre supérieur, une folie, avec votre inférieur, une lâcheté ». Le rapport avec la vengeance est établi par Diderot, qui traduit ira, colère, par vengeance, alors que ce mot ne prend un tel sens qu’au pluriel. La sémantique revêt ici un sens profond. Elle souligne la différence entre la violence immédiate et la vengeance mûrement préméditée. La première est instinctive et brutale. La seconde vient plus lentement, par accumulation de frustrations et de mépris, quand les souffrances développent des colères croissantes.

La clémence du Prince se prendrait comme un progrès vers la justice. Mais ce serait à tort car elle remet la punition entre les mains d’un seul et se fonde sur l’incontrôlé[35]  . Machiavel nous a mis en garde. La clémence du Prince s’accommode aisément de la cruauté du Maître qui en joue comme d’une ruse. Pourtant, l’idée est très ancienne. Dès le 7e siècle avant l’ère commune, Pittacos, législateur de Mytilène, mettait le pardon au dessus de la vengeance[36]  . Ce n’était pas par ruse pourtant, semble-t-il, que l’Empereur Julien aimait à répéter cet adage, lui qui toléra tous les cultes, vingt ans avant que les chrétiens, maîtres de l’Empire avec Théodose, ne détruisent les temples du « Sol Invictus » et ne tourmentent les fidèles du culte de Mithra. Il est vrai que Julien ne régna qu’à peine 4 ans. La détention du Pouvoir pourrait-elle ne pas se passer des ruses d’une institution judiciaire maîtrisée ?

 

3.2 Le sens de l’institutionnalisation

  

L’Etat moderne se dégage progressivement depuis le 16e siècle. Le prince doit garder la haute main sur la justice quand elle s’exerce à l’égard des tenants des pouvoirs politiques et économique.  Mais pour se montrer à l’occasion, « sévère mais juste », il déléguera, la justice ordinaire à des techniciens relativement autonomes. Les philosophes libérateurs des Lumières vont montrer que c’est en devenant citoyen que tout homme devient vraiment humain. L’Etat qui a pris à son compte l’exercice légitime de la violence va, en principe, devoir le faire au nom et dans l’intérêt de tous les citoyens. Du coup, il n’est plus seulement question des violences physiques mais aussi des atteintes aux droits des individus, commerçants, travailleurs, paysans, ce qui va recréer des corporatismes. Mais en même temps, surgit un individualisme croissant jusqu’à l’hypertrophie, ce qui induit le risque d’un retour du désir de se faire justice soi même.

Contre ces déviances, la justice devient une institution à qui est attribué le monopole de l’acte de juger, qui devient une démarche destinée, non plus seulement, à assurer la sûreté des citoyens mais surtout la paix sociale. Il est donc de première importance que cette institution soit équivalente pour tous les membres du groupe sociétal. A défaut le ciment qui unit une société se délite, mettant sa survie en cause. Les citoyens aspirent à une reconnaissance réelle. S’ils ont le sentiment que des règles différentes vont s’appliquer, ils se rebellent, car ils ne sont plus aptes à le supporter comme au temps de Machiavel. Une institution judiciaire abîmée, ligotée, perd son aptitude à assurer la paix sociale ;

Tant il est vrai, les exemples historiques abondent, qu’une société malade, en lent effondrement, ne peut plus fournir aux citoyens une Ecole et une Justice qui échappent au mal généralisé.

Mais l’histoire ne se répète pas car les conditions environnementales, en partie créées par l’homme lui-même, ont changé. Les choses deviennent de plus en plus complexes au moment même où les gens ont de plus en plus de moyens pour s’informer. Comme lors des avancées techniques précédentes, à chaque fois décriées par les conservateurs,[38]   il leur manque la formation nécessaire pour dominer le nouveau moyen technique. La justice formelle, qui était corrigée par l’espérance, et même autrefois la certitude d’une régulation d’abord divine, puis naturelle, est désormais confrontée à la justice humaine. Celle-ci résulte de l’application de principes qui se contredisent, avec une même légitimité. Entre ces principes, il faut trancher dans la réalité. La propriété des biens devra se concilier avec le respect des individus, donc des travailleurs.

Des auteurs vont chercher à préciser les linéaments de la justice moderne.

Pour John Rawls (1971), la justice est la première vertu des institutions sociales. Elle doit donc être présente dans tous les domaines de la vie en société. Il ne peut y avoir de paix sociale sans justice et sans égalité. Mais cette égalité n’est pas « arithmétique » comme la nommait Aristote lui-même, c’est une égalité fondée sur la coopération de chacun dans l’intérêt de tous, et non la domination de tous par et au profit de quelques uns.

Robert Walzer (1983), à contre courant de la pensée néolibérale issue de Hayek et mise en forme par Milton Friedman, insiste sur le caractère distributif d’une vraie justice sociale Mais elle sera vite retournée par le procédé des miettes distribuées, accompagnées d’une communication habile tendant à faire croire qu’elle est maximale et efficace.

La toute récente (2009), celle d’Amartya Sen, tente de faire une synthèse fondée sur un minimum de rationalité équilibrée des conditions de vie concrète entre les peuples et au sein des peuples entre les individus

 

3.3 Les déceptions de la Justice institutionnelle.

 

Les avancées morales d’une justice qui éloignerait la vengeance sont incontestables dans un examen sur le très long terme. Les progrès aiguisent l’appétit. Plus ils sont ressentis et plus les exigences s’accroissent. Or, dans les mentalités, les progrès restent lents. L’individu fut si longtemps écrasé par les impératifs du groupe. Cette discordance entre le sujet qui se veut libre de toute attache et le groupe sociétal qui définit les normes auxquelles devra se référer l’institution judiciaire, est doublement dangereuse.

D’une part, elle permet un retour de la vengeance, sous couvet d’une exigence de Justice. Le poids croissant de la priorité du souci des victimes, de légitime qu’il est, peut revêtir la forme de lois liberticides et de vengeance cruelle. La victimisation est spectaculaire car elle joue sur la compassion. Ainsi en va-t-il du désir d’appliquer la peine de mort dans le cas de crimes particulièrement odieux. Encadré certes, mais rendu officiel, ce retour du droit absolu des victimes devient aveugle et finit par conduire la Justice, comme Saturne, à dévorer ses propres enfants.

D’autre part, des individus isolés, ayant reçu une formation stéréotypée, finissent par adhérer à une idéologie exaltée par le cinéma étasunien, celle du héros solitaire et seul juge de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, de ce qu’il faut sanctionner ou non. Dès lors, il ne manquera pas de s’instituer en vengeur. Il rejoint par là les dérives des « Possédés »[44]  , des nihilistes, de tous ces minis groupes qui prétendent changer le monde par leurs seuls petits moyens.

Ces deux dangers prennent un caractère pernicieux dans la société du spectacle que répandent les médias. Dans une affaire célèbre de pédophilie, le spectacle aura servi deux fois. Il a alimenté l’indignation contre de vilains coupables de maltraitance. Puis, quand après bien des souffrances, ils furent reconnus innocents, les mêmes ont tourné leur caméras vers d’autres, jouant sur la peine de celles et ceux dont ils avaient largement répandu les prétendus méfaits et les mensonges de leurs accusateurs, trois ans plus tôt.

L’indignation est un des ressorts qui permettent à la vengeance tapie au fond des tendances individuelles à prétention collective. Dès que la société ne garantit plus de façon certaine, ou du moins ressentie comme telle, la paix sociétale, la haine et le besoin de vengeance reviennent au galop. La civilisation régresse. Le phénomène n’est pas nouveau. Le progrès moral n’avance pas de façon linéaire. Il ne monte que selon une ligne en dents de scie. Il présente des périodes de recul.

La Justice est un progrès de civilisation sur la vengeance. Mais la vengeance a des ruses qui lui offrent des occasions de ressurgir.

 

3.4 L’hubris du Juste.

 

L’indignation peut conduire à des excès de démesure et d’orgueil qui place celles et ceux qui sont épris de Justice à l’idolâtrer et à en faire un absolu. La cupidité et l’iniquité ne poussent pas les plus lourdement exclus à vouloir changer les règles sociétales. Tout au plus ils se livrent à des révoltes désespérées et sans avenir. Le changement est entrepris par des personnes qui ont les moyens en formation et en information. Ils prennent le temps de sacrifier leur confort pour passer à l’action. Ignorant la raison et la réalité, ces indignés n’interrogent que leurs sentiments pour s’instaurer en justiciers des malheurs des pauvres et des humiliés. Désabusés des religions et des idéologies qui remettent toujours à demain l’avènement de la Justice, ils sont prêts à aller jusqu’au crime pour « punir » les personnes qu’ils ont définies comme responsables des iniquités, même indirectement, puis seulement celles qui en profitent, quelle que soit l’origine de leur aisance, leur seul travail ou le profit fait sur le travail d’autrui.

Il n’est pas niable que de nombreux affronts à l’esprit de justice, tels que les rétributions disproportionnées, les promesses trahies, les partages abusivement inégaux, sont des motifs d’indignation qui finissent par user la patience. Mais, « le mépris, la colère, la vengeance, se rapportent à la haine et sont mauvais », ce qui veut dire qu’ils font tort à tous les humains, ceux qui pratiquent et ceux qui subissent.

Des groupes se forment, peu nombreux, très actifs, animés d’une croyance forte et sourds à tout raisonnement. Par exemple, dans la période moderne, la Bande à Baader, les Brigades Rouges, ou l’Action Directe. Ils se sont lancés sur cette fausse route, poussés par l’indignation qui n’est pas toujours bonne conseillère, s’il lui manque un cadre rationnel.

Spinoza le notait déjà : « Bien que l’indignation prenne l’apparence de l’équité, on vit cependant sans loi là où il est permis à n’importe qui de juger les actes d’autrui et de venger son droit ou celui d’autrui. »

L’indignation provoque des délires dans des groupes humains, formé d’idéalistes se croyant tout permis au nom de leur cause sacrée, de jeunes dévoyés, de canailles, de manipulateurs, voire de déséquilibrés, qui cherchent des prétextes pour assouvir leur besoin d’héroïsme ou de crime gratuit.

Ce n’est pas par hasard que Camus mettra en scène une adaptation des « Possédés » de Dostoïevski. Il écrira lui-même sur ce sujet, une pièce, Les Justes , créée en 1949. Il la situe chez les étudiants révolutionnaires de 1905, préparant l’assassinat du Grand Duc Alexandre. Ils sont des justiciers atteints de l’hubris irrationnel et sans frein de la Justice, qui renie tous les autres principes humains. « Aimes-tu la justice avec tendresse ? » demande Dora à l’homme qu’elle aime, Kaliayev, qui s’est engagé à tuer ce haut personnage pour venger les malheureux qui souffrent du fait des profiteurs puissants au nombre desquels le Grand Duc appartient. La passion de posséder la vérité au nom de laquelle tout est permis aux justiciers auto proclamés vient de la certitude dont ils sont porteurs mystiques. Comme le lui dit la Grande Duchesse, quand elle le visite en prison après son forfait. : « Tous les hommes prennent la même voix pour parler de la justice ; le Grand Duc disait « cela est juste » et on devait se taire ».

Il faudrait citer toute cette œuvre dont on dit qu’elle n’est pas une grande tragédie, peut-être parce qu’elle est trop riche de pensées. « Je ne tue pas un homme, je tue le despotisme» dit l’un des terroristes, comme s’il suffisait de tuer un dirigeant pour abolir une tyrannie, dès lors que l’éducation n’a pas appris à maîtriser ses passions. Même en matière de Justice, il demeure des limites. «J’ai seulement voulu montrer que l’action elle-même avait des limites » ajoutera Camus en 1955.

Les chevaliers, défenseurs d’une cause supérieure sont en danger de ces dérapages de l’hubris de la Justice déifiée. Les diverses versions médiévales de la Légende du Graal mettent en garde les héros combattant pour leur foi. Les chevaliers qui se dévouent à une grande cause ont pour devoir de veiller à éviter cet hubris, sauf à devenir des terroristes égarés.

Camus est habité par ce thème, particulièrement à cause de son amour charnel pour sa terre natale, l’Algérie. La Justice, la plus noble des raisons de lutter, peut, comme toute chose humaine sombrer dans la démesure et l’orgueil. C’est le sens de la réponse qu’il fera à un interrupteur lors de son remerciement à la remise du Prix Nobel de littérature, en 1957, en substance, : « A cette justice là, je préfèrerai toujours ma mère ».

En passant à des excès incontrôlables, le sens de la Justice, ignorant les autres principes nobles de l’Humanité, ferait glisser, à travers une frontière imperceptible, du progrès de la civilisation, vers une régression allant jusqu’à la barbarie.

 

Conclusion

 

Comme l’avait montré le fécond symbolisme maçonnique, la Justice marque un progrès moral sur la vengeance. L’évêque anglican Desmond Tutu, soulignait, lors de la création des commissions de réconciliation en Afrique su Sud qu’il convient de « condamner le pêché parce qu’il est le Mal, et pardonner au pécheur s’il se repent ». Sans Amour, pas de Justice, mais sans justice, pas de paix et les premières victimes des hostilités, ce sont la vérité, la liberté et l’amour.

Il subsiste toujours quelque relent de vengeance chez celui qui exige la Justice. Il est clair que c’est la haine animale, instinctive, irrationnelle qui l’inspire. L’honneur des humains est de s’en dégager, de vaincre la haine par l’amour alors que la vengeance ne fait que perpétuer la haine. C’est donc qu’il faut tenir compte, dans la mise en œuvre de la Justice, d’autres principes moraux, également indispensables.

Travaillons à la force de la Justice, en sachant, qu’œuvre humaine, elle peut connaître des défaillances, la pire étant la Justice sans Amour. Car le trépied du Rite Ecossais Ancien Accepté se résume en trois verbes : connaître, aimer, agir.

Le Franc-maçon par l’itinéraire initiatique qu’il a suivi, la préparation dans le silence, les voyages, le deuil de leur Maître, le drame de la perte de la Parole, le désir de vengeance, l’amour de l’humanité, l’adoubement de Chevalier, tout montre que, devenu Chevaliers KDS, il est armé pour surpasser la vengeance, combattre l’injustice, ce qui est le capital et, avec équilibre, développer la Justice.

Source : esmp.free.fr/Bbilio.../c40/0048%20-%20vengeance_et_justice.htm

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L'Equerre

4 Juillet 2012 , Rédigé par Y. H.M. Publié dans #symbolisme

Au Moyen Âge, l'outillage individuel des corps de métiers du bâtiment est assez proche de celui qui est en usage de nos jours sur les chantiers. Parmi le matériel, l'équerre sert à tracer à construire ou à vérifier un angle droit. L'outil date de l'Antiquité. D'abord en bois, puis en fer, l'équerre du maçon est toujours de branche inégale, presque toujours dans le rapport 3/4. L'iconographie médiévale montre également des « fausses équerres » dites «sauterelles» pour mesurer des angles non droits.

Dans les Old Charges , son symbole n'est pas encore fixé. Il se précise au début du XVIIIe siècle. Dans le Sloane (vers 1700} on lit:
« Combien y a–t–il de lumières  dans votre loge ?
–Trois: le soleil le maître et l'équerre. »
Le texte précise qu'il existe des variantes:
« Combien y a–t–il de lumières dans votre loge ?
–Deux: une pour y voir en entrant et une pour y voir en travaillant.–
Par quoi avez–vous prêté serment ?
–Par Dieu et l'équerre. »

Un dialogue différent se trouve dans le manuscrit Dumfries nº 4 (vers 1710):
«Combien y a–t–il de colonnes [piliers] dans votre loge ?
–Trois.–Lesquelles ? –L'équerre, le compas  et la Bible"

Dans L 'Examen d'un maçon (1723), l'équerre est citée quatre fois, notamment comme un des quatre bijoux  précieux, avec la pierre cubique, le parpaing et la planche à tracer. Dans le manuscrit Graham {1726), l'équerre est le septième joyau et un des « six outils sans la plupart desquels un maçon ne peut accomplir un bon travail »..

Le Wilkinson (vers 1727) en fait un meuble de la loge, avec le compas et la Bible, et un des trois bijoux mobiles, avec le niveau et le fil à plomb.

Dans la Confession d'un maçon {vers 1727), on peut lire un long développement sur l'équerre, notamment à propos de la marche. On y trouve également la précision suivante:
« Combien de points y a–t–il dans l'équerre ?
–Cinq.–
Que sont ces cinq points ?
–L'équerre, notre maître soumis à Dieu en est un, le niveau est le deuxième, le fil à plomb le troisième, la règle portative le quatrième et la jauge le cinquième. »

Dans Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), l'équerre est incluse dans deux triades:
«Quels sont les autres meubles de la loge ?
–La Bible, le compas et l'équerre.–
À qui appartiennent–ils en propre ?
–La Bible à Dieu, le compas au maître et l'équerre au compagnon de métier.–
Y a–t–il des bijoux dans votre loge ?
–Oui.–
Combien ?
–Six, trois mobiles et trois immobiles.–
Quels sont les bijoux mobiles ?
–L'équerre, le niveau et le fil à plomb.–
Quel est leur usage ?
–L'équerre pour poser selon des lignes justes et d'équerre, le niveau pour vérifier toutes les horizontales et le fil à plomb pour vérifier toutes les verticales.» La symbolique de l'équerre est assez univoque: elle implique l'idée de rectitude de rigueur, de précision. Le maçon se doit ainsi « d'être à l'équerre » (ou « d'être d'équerre »), c'est–à-dire droit, rigoureux et ferme dans ses pensées, ses actes et ses paroles. Le Graham invite le maçon à ne pas faire « honte à l'équerre ». L'équerre est un des symboles les plus signifiants de la franc–maçonnerie spéculative. Déjà le Dumfries précisait:
« Qu'est-ce que la maçonnerie?
–Une oeuvre d'équerre. »

Dans presque tous les rites « l'équerre ", le « niveau  >, et la « perpendiculaire »servent de modèle et de justification à la mise à l'ordre, au(x} signets) et à la marche des grades d'apprenti et de compagnon  et dans une certaine me sure de maître.

L'équerre est le bijou  du vénérable qu'il porte suspendu au sautoir .Comme sa consoeur opérative, ses branches sont inégales, dans le rapport 3/4. Jules Boucher précise que la branche longue doit se trouver du côté droit, siège de l'activité, dominant sur le côté gauche. Dans le catéchisrne du Régime Rectifié on peut lire:
« Combien y a-t-il de bijoux dans la loge ?
-Il y en a trois.-
Quels sont-ils ?
-L'équerre, le niveau et la perpendiculaire.-
A qui sont attribués ces bijoux ?
-L'équerre au vénérable maître [...].-
Que signifie l'équerre ?
-Elle est l'emblème de la régularité et de la perfection des travaux d'une Loge, dont le vénérable maître doit diriger tous les plans. »

L'équerre joue un rôle important notamment dans le rituel de réception. Dans le Rite Écossais Ancien Accepté le récipiendaire se met sur le genou gauche dénudé ou reste debout, la main droite posée sur le volume de la Loi sacrée ou le Livre de la loi maçonnique, l'équerre et le compas. Dans sa main gauche, il tient un compas ouvert avec une pointe appuyée sur le coeur. L'expert et le maître des cérémonies forment alors au-dessus de lui une équerre avec l'épée et la canne  .

Dans le Régime Rectifié, le néophyte a le genou droit dénudé posé sur l'équerre au bas de l'autel, la main droite sur la Bible, un compas ouvert en équerre, une pointe sur le « coeur à découvert » dans la main gauche.

Au Rite Français on trouve une gestuelle assez voisine mais le serment se prête sur la Constitution (statuts et règlements généraux).

Au Rite Français Groussier après la réception de la lumière, le vénérable de la loge doit attirer « l'attention du récipiendaire sur trois des principaux symboles: le Livre de la loi, symbole des devoirs maçonniques;
l'équerre, symbole de la rectitude du jugement et de la conduite;
le compas, symbole de l'exact et de la mesure que nous devons observer à l'égard de nos semblables et en particulier des francs-maçons ».

Au 2°, l'équerre joue un rôle important, avec les autres outils, lorsque le nouveau compagnon déc,ouvre l'utilisation de l'outillage. Au Rite Écossais Ancien Accepté, le néophyte reçoit, pour le 4e voyage, une règle et une équerre, ou selon les rituels une équerre seule. Au Rite Français, le récipiendaire, toujours pour le 4e voyage, tiendra, dans sa main gauche, une équerre et une règle. Dans le Régulateur de 1801, le voyage effectué, le vénérable déclare au futur compagnon: « Mon frère, nous avons voulu vous figurer par ce voyage, la quatrième année d'un compagnon pendant laquelle il est occupé à la construction et à l'élévation des bâtiments, à en diriger l'ensemble et à vérifier l'exactitude de la pose des pierres et l'emploi des matériaux. Ceci vous offre l'emblème de la supériorité que les hommes obtiennent sur leurs semblables par le zèle, l'assiduité et l'éminence de leurs connaissances, lors même qu'ils la cherchent le mains. », Au Rite Français {Groussier, l'équerre, associée au compas, est confiée au récipiendaire lors de son 2e voyage, consacré à la découverte de l'Art. Le premier surveillant explique alors: « Dans le voyage que vous venez d'accomplir, l'équerre - qui sert à dresser régulièrement les matériaux -, et le compas - qui sert à établir les mesures exactes - étaient les emblèmes de l'Art, ils sont aussi, pour les maçons, les symboles de la Justice et de la Vérité. »

L'équerre joue également un rôle au 3°. Dans Masonzy Dissected, de Samuel Prichard, on peut déjà lire:
« Comment êtes vous parvenu à devenir (to be pass'd) maître ?
-Avec l'aide de Dieu, de l'équerre et de mon propre travail.-
Comment avez vous été fait maître ?
-De l'équerre au compas.-
Je présume que vous avez été apprenti entré.
-J'ai vu Jachim et Boaz. J'ai été fait maître maçon, c'est le plus rare, Avec le parpaing, la pierre cubique et l'équerre. »

À noter que dès les premiers tableaux  de loge au grade de maître, on voit très souvent l'équerre, du côté de l'occident à la tête du tombeau (du cercueil ou du cadavre} d'Hiram et le compas du côté de l'orient, aux pieds de la sépulture. Ainsi, lors du passage ritualisé au-dessus du cadavre de l'architecte assassiné le récipiendaire passe littéralement de l'équerre au compas.
De plus, le nouveau maître ne doit pas rester définitivement au niveau du compas seul, mais il doit se situer entre les deux. Ainsi le Régulateur de 1801 précise:
« Si un maître était perdu, où le trouveriez-vous?
- Entre l'equerre et le compas »
Cette formule, déjà suggérée par Prichard, se retrouve dans presque tous les rites, notamment d'esprit Moderne avec les mêmes justificatifs.

Équerre et compas sont intimement liés des le début du XVIIIe siècle, selon un symbolisme plus cosmogonique que rnaçonnico-opératif. L'équerre exprime la terre le compas, le ciel, y compris en Chine comme l'a montré Léon Wieger. Leur association, du côté de l'orient, et leur place sur le volume de la Sainte Loi (ou de la Loi maçonnique) indiquent et expliquent à quel grade les travaux se déroulent. Dans presque tous les rites, au grade d'apprenti, l'équerre est au-dessus du compas. Au degré suivant, les deux outils sont entrelacés (au Régime Rectifie, 11 en est toujours ainsi). Au grade de maître, le compas est posé sur l'équerre. De manière lapidaire, Jules Boucher explicite cette évolution: « Le compas symbolise [..}.l'esprit, et l'équerre la matière. Par conséquent, nous pouvons dire: au premier degré la matière domine l'esprit; au deuxième degré ces deux forces s'équilibrent; enfin, au troisième degré l'esprit survole la matière et la transcende. » L'apprenti travaille avec confiance et sincérité, le compagnon avec sincérité et discernement, le maître avec discernement et justice. .

L'équerre est plus rare dans les hauts grades. Dans l'écossisme, elle est encore très présente au 4°, sur le front du récipiendaire en particulier:
« Comment avez-vous été reçu à ce grade ?
-En passant de l'équerre au compas.-
Que signifient ces paroles ?
-Ainsi que le géomètre qui passe des lignes droites aux grandes courbes et au cercle, j'aspire à m'élever au-dessus de la surface de la terre et à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle. »

On la retrouve au 10° du Rite Écossais Ancien Accepté (Illustre Élu des Quinze), lors de la découverte des assassins d'Hiram.

Elle figure également au 12°, où elle orne parfois le tablier de Grand Maître Architecte:
« Je connais parfaitement tout ce que renferme un étui de mathématiques.
Quels objets renferme-t-il ?
- Une équerre, un compas simple, un compas à quatre pointes? une règle, un aplomb, un compas de proportion, un demi-cercle. »
Elle est encore présente dans quelques grades chevaleresques, notamment dans le 1er signe et sur le tableau de loge du 20°. Elle figure quelquefois sur celui du 24° (Prince du Tabernacle). On la retrouve parfois dans le signe d'ordre du Grand Commandeur du Temple (27°) et dans le signe de Chevalier du Soleils {28°). Elle figure « renversée " dans le bijou de Grand Écossais (29°}.

Source : http://vrijmetselaarsgilde.eu/

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Trois Grandes Lumières

3 Juillet 2012 Publié dans #symbolisme

La Pierre Fondamentale du temple se symbolise par les trois Grandes Lumières qui sont composées de la Règle, du Compas et de l’Equerre. Elles sont une des formulations du « Trois en Un », mot sacré de l’Apprenti. Tout commence par-là. Elles forment le livre de la vie qui semble se fermer à la fin d’une tenue quand elles sont séparées. Elles permettent la rigueur, la mesure et l’harmonie dans l’existence. Si elles n’étaient qu’une, elles seraient dogme, deux elles seraient doute, trois mais indissociables elles sont la vie.

En effet, elles donnent les bases fondamentales par la Règle qui sous-tend tout dans la manifestation et donne vie aux forces normatives de l’univers. Celles-ci sont manifestées par la rectitude de l’équerre qui apporte la capacité de dresser le temple, et révélées par les multiples ouvertures du compas qui permet de relier par de justes proportions toutes les parties de l’univers. Compas et équerre réunis symbolisent l’union de ce qui est en haut à ce qui est en bas et le croisement des énergies.

Dans de nombreuses loges, l’habitude est de faire supporter l’équerre et le compas par une Bible, le Coran..., c’est à dire sur une vérité révélée, écrite. Ceci est très limitatif, ramenant le Principe de création à une formulation religieuse humaine et donc exotérique. En initiation, domaine de l’ésotérisme, seul le concept permet de percer le Mystère et de vivre dans le sacré. Seule la Règle, expression du concept de l’harmonie universelle, peut soutenir les deux autres lumières et déterminer la « régularité » d’une loge.

Elles sont appelées lumières parce que la Pierre Fondamentale diffuse la lumière de l’origine, rendant toutes choses perceptibles. La dénomination de «grandes» signifie qu’il y a manifestation primordiale de la lumière. Elles éclairent et provoquent la création dans le temple, à l’image du cosmos. Elles éveillent les œuvrants, et leur permettent de communiquer avec l’invisible. Elles diffusent l’énergie du Principe en la canalisant, comme un projecteur éclaire le chemin, et permettent le tracé du tableau de loge.

On peut dire que par elles, on voit le Grand Architecte. Elles forment une écriture symbolique d’un mot, composé de trois lettres, et donnant un des noms du Grand Architecte, celui qui permet tous les tracés de la création. Principe de base de la voie occidentale de constructeurs, elles sont utilisées par l’Architecte des mondes. Pour qu’elles soient disposées, une lumière de création doit venir de l’Orient, depuis le Delta lumineux et par le regard du Vénérable Maître. On comprend donc que seul le Passé-Maître peut les manipuler, à l’abri du regard des frères qui ne peuvent qu’en contempler le résultat. Quand le Passé-Maître les dispose, il est sous l’équerre formée par la canne du Maître des Démarches et l’épée de l’Expert. Il reçoit une énergie descendant par cette équerre. Il est ainsi clair que l’homme ne peut pas se servir des Trois Grandes Lumières. Elles ne sont pas issues de la manifestation.

L’acte essentiel d’une Communauté initiatique est de les assembler alchimiquement pour rendre possible les tenues. Elles sont toujours présentes dans le temple, mais ordonnées ou non. Désordonnées, elles reposent dans l’incréé ; ordonnées rituellement, elles provoquent inéluctablement la présence du Grand Architecte dans le temple, et le phénomène de création apparaît. Elles permettent la manifestation de toute chose et se retrouvent donc sur le tableau de loge.

Leur disposition varie en fonction du grade auquel travaille la loge. Le compas change dans son ouverture et sa place avec l’équerre, mais toujours dans le respect de la Règle qui les fait naître. Cette disposition évolutive prépare les frères au travail selon leur capacité de perception. Au grade de Maître, le compas, libre sur l’équerre, donne une large latitude d’action, en connaissance de (la) Cause. En effet, sur le tableau de loge à la Maîtrise, le lit de résurrection est encadré par ces deux outils, libres, le Maître incarnant la Règle.

Elles sont placées sur l’autel des serments, devant le trône du Vénérable Maître. Tout serment initiatique se donne sur ces trois lumières, donc sur le Grand Architecte, face à l’Orient. Cet engagement ne peut donc s’assumer qu’en portant en soi ces trois concepts fondamentaux qui sont la porte vers le Mystère.

Source : http://www.hiram-rite.fr/detail

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