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Hauts Grades

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La Préparation du Récipiendaire

12 Mai 2012 , Rédigé par Oswald Wirth (décembre 1912) Publié dans #symbolisme

 Aucun antimaçon n'ignore que, pour être admis à franchir pour la première fois le seuil d'une Loge, il faut être dépouillé de tous métaux et avoir les yeux bandés. Mais ce n'est pas tout : les anciens rituels exigent que le bras droit du récipiendaire soit mis à nu, de même que son sein gauche et son genou gauche, alors que son pied droit est mis en pantoufle et qu'une corde, avec nœud coulant, lui est passée autour du cou.

Le
Livre de l'Apprenti
fournit sur ces usages des explications qui ne coïncident pas précisément avec celles que renferment les « lectures » annexées aux rituels anglais.

D'après ces commentaires, trois motifs rendent obligatoire l'enlèvement des métaux :

Le récipiendaire ne doit rien apporter en Loge qui, au point de
vue offensif ou défensif, soit susceptible d'y troubler l'harmonie  ;

Ayant été admis dans la Franc- Maçonnerie pauvre et sans la moindre obole, le Franc- Maçon devra ensuite toujours se rappeler son devoir d'assistance envers les FF:. indigents, dans la mesure de ses moyens, de même qu'en tenant compte des besoins et plus spécialement du mérite des solliciteurs ;

Lors de l'érection du Temple de Salomon, le bruit d'aucun outil métallique ne se fit entendre, tous les matériaux ayant été apportés tout taillés, si bien qu'il n'y eut plus qu'à les mettre en place à l'aide de maillets et d'autres instruments de bois.

La Bible attache d'ailleurs une idée de souillure au contact du métal, témoin ce qui se
lit à la fin du chapitre XX de l'Exode, où Dieu ordonne à Moïse :

«
Tu me feras un autel de terre, sur lequel tu sacrifieras tes holocaustes et tes oblations de prospérités, ton menu et ton gros bétail ; en quelque lieu que ce soit que je mettrai la mémoire de mon nom, je viendrai là à toi, et je te bénirai.
Que si tu me fais un autel de pierres , ne les taille point ; car si tu fais passer le fer dessus, tu le souilleras.
Et tu ne monteras point à mon autelpar des degrés, de peur que ta nudité ne soit découverte en y montant.
»

Pour être strictement orthodoxe, le roi Salomon aurait donc dû n'employer, pour la construction du Temple, que des pierres non taillées, ce qui eût
été la négation même de la Maçonnerie. Sa sagesse lui permit de tourner la difficulté à l'aide d'un pieux subterfuge : les matériaux furent apportés à Jérusalem dans leur état définitif, sans nécessiter aucune retouche pour être mis en place.

Bien qu'une certaine liberté ait été prise en cela avec les prescriptions du Très-Haut, la Maçonnerie anglo-saxonne actuelle croit imiter la piété de Salomon en astreignant le candidat à se dépouiller de tous métaux.

Le scrupule était autrefois poussé très loin sous ce rapport. On ne laissait au récipiendaire aucun vêtement portant des boutons de métal, ou ceux-ci étaient coupés sans ménagement. Pour mettre fin à cet excès de sévérité, il ne fallut rien moins qu'une lettre, écrite en 1872 par le Grand-Secrétaire de la Grande Loge Unie d'Angleterre, alors le F:. Hervey, qui, fort de l'approbation personnelle du Grand-Maître, stipula qu'en la circonstance, « métal » doit être pris dans le sens d'objet de valeur. Outre les armes proprement dites, les couteaux de poche ou canifs, il convient de faire déposer les bijoux et le numéraire, y compris les billets de banque, qui ne sont pourtant pas métalliques. Par contre, on respectera les clous qui retiennent les talons des chaussures, et nul ne sera contraint, pour obéir au rituel, de se faire déplomber une dent.

Si les yeux sont bandés, c'est également pour un ternaire d'excellentes raisons.

Le récipiendaire pourrait, en effet, refuser de subir l'une des épreuves traditionnelles. Or, il faut que, dans cette éventualité, il puisse être conduit hors de la Loge « sans avoir découvert la forme de celle-ci ».

Il est indispensable, en outre, que son cœur s'efforce de concevoir, avant qu'il ne soit permis à ses yeux de discerner.

Ayant enfin été admis dans la Franc- Maçonnerie dans un état de ténèbres, il ne devra jamais oublier de maintenir le monde entier dans les ténèbres par rapport à nos secrets, ceux-ci ne devant être révélés qu'à ceux qui auront acquis aussi légalement que le récipiendaire lui-même le droit de les connaître.

Le bras droit est mis à nu, pour montrer que le candidat est disposé à travailler et qu'il en est capable.

Le sein gauche est découvert, afin que rien ne s'interpose entre la région du cœur et la pointe acérée qu'y appuie le F:. Expert, dès que le récipiendaire a pénétré dans la Loge. C'est aussi une garantie certaine du sexe de l'impétrant.

Le genou gauche est mis à nu en concordance avec la coutume immémoriale de l'Ordre, d'après laquelle l'Apprenti doit prêter son obligation en ployant le genou gauche posé nu sur le sol.

Quant au pied droit déchaussé, il nous reporte à des usages d'une très haute antiquité.

Nous lisons, en effet, au Livre de Ruth, IV, 7 et 8 :

«
Or, c'était une ancienne coutume en Israël, qu'au cas de droit de retrait lignager et de subrogation, pour confirmer la chose l'homme déchaussait son soulier, et le donnait à son prochain ; et c'était là un témoignage en Israël, qu'on cédait son droit.
Quand donc celui qui avait le droit de retrait lignager eut dit à Booz : « Acquiers-le pour toi », il déchaussa son soulier.
»

Le Deutéronome, XXV, 5 à 10, explique d'ailleurs à ce sujet :

«
Quand il y aura des frères demeurant ensemble, et que l'un d'entre eux viendra à mourir sans enfants, alors la femme du mort ne se mariera point dehors à un étranger ; mais son beau-frère viendra vers elle, et la prendra pour femme, et l'épousera comme étant son beau-frère.
Et le premier-né qu'elle enfantera succédera en la place du frère mort, et portera son nom, afin que son nom ne soit point effacé d'Israël.
Que s'il ne plaît point à cet homme-là de prendre sa belle-sœur, alors sa belle-sœur montera à la porte vers les anciens, et dira : « Mon beau frère refuse de relever le nom de son frère en Israël, et ne veut point m'épouser par droit de beau-frère. »
Alors, les anciens de sa ville l'appelleront et lui parleront ; et s'il demeure ferme, et qu'il dise : « Je ne veux point la prendre. »
Alors sa belle-sœur s'approchera de lui devant les anciens, et lui ôtera son soulier du pied, et lui crachera au visage ; et, prenant la parole, elle dira : « C'est ainsi qu'on fera à l'homme qui n'édifiera point la maison de son frère. »
Et son nom sera appelé, en Israël, la maison de celui à qui on a déchaussé le soulier.
»

Dès l'Exode, III, 5, nous entendons, au surplus, la voix sortant du buisson ardent crier à Moïse
« N'approche point d'ici : déchausse tes souliers de tes pieds ; car le lieu où tu te tiens est une terre sainte. »

Reste la corde passée au cou du récipiendaire en signe de soumission et d'humilité. Il est bien question dans la Bible (1er Livre des Rois, XX, 31 et 32), des serviteurs de Benhadad, qui, pour implorer la pitié du roi d'Israël, « se ceignirent de sacs autour des reins et de cordes autour de leurs têtes » ; mais ces cordes en forme de turban ne semblent pas se rapporter à la menace de pendaison qu'implique le rite maçonnique.

La mythologie grecque  donne comme point de départ à l'expédition des Argonautes la perte d'une chaussure, restée dans le lit de la rivière que Jason avait fait traverser sur ses épaules à une pauvre vieille femme, qui si fit reconnaître ensuite comme Junon la Reine du Ciel .Le jeune héros, qui, à l'exemple d'Hercule , venait d'avoir pour éducateur le centaure Chiron, poursuivit sa route sans s'inquiéter de son pied nu. Mais lorsqu'il pénétra ainsi dans Iolchos, le roi Pélias, averti par un oracle, reconnut en lui l'homme qui devait attenter à sa vie. Croyant se débarrasser à jamais de Jason, il l'envoya au loin chercher la Toison d’or, expédition considérée comme tellement périlleuse, que le retour du téméraire qui l'entreprendrait ne semblait pas à craindre.

Cette entreprise difficile et hasardeuse correspond au Grand-Œuvre, dont Jason est l'artisan. Pour entrer dans la ville où sa carrière initiatique devait se déterminer, il lui fallut se présenter chaussé d'un seul pied.

Si nous consultons à ce sujet Eliphas Lévi, il nous apprendra, dans son
Rituel de la Haute-Magie, page 58, que « les anciens, dans leurs symboles et dans leurs opérations magiques, multipliaient les signes du binaire, pour n'en pas oublier la loi, qui est celle de l'équilibre. Dans leurs évocations, ils construisaient toujours deux autels différents et immolaient deux victimes, une blanche et une noire ; l'opérateur ou l'opératrice, tenant d'une main l'épée et de l'autre la baguette, devait avoir un pied chaussé et l'autre nu. » Plus loin, il est recommandé à l'opérateur de n'avoir sur soi aucun métal. Mais Eliphas s'est-il inspiré de la Maçonnerie, ou nos rites se rattachent-ils à la Magie cérémonielle du moyen âge et de l'antiquité classique ?

Source : www.boutiquefs.com

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La Chaîne d'Union

12 Mai 2012 , Rédigé par Oswald Wirth Publié dans #symbolisme

 En Allemagne, les travaux maç:. se terminent in­variablement par la formation de la Chaîne d'Union, symbole de concorde et d'amour fraternel. Nul Maçon présent ne saurait être exclu de cette Chaîne, qui a pour objet de rendre sensible l'idée de l'universalité de notre Ordre et de la solidarité qui relie tous ses Membres.

Dans ces conditions, un F:. allemand a été doulou­reusement surpris d'être invité à se retirer au moment ou les Membres d'une Loge de Paris
s'apprêtaient à for­mer la Chaîne. Il s'est cru repoussé en sa qualité d'é­tranger, et, comme il relève d'une Grande Loge en rela­tions officielles avec le Grand Orient de France, il a fait demander à ce sujet des explications aux autorités de son Obédience.

Se doutant bien qu'il ne pouvait s'agir que d'un mal­entendu, le G:. M:. adjoint de la G:. L:. en ques­tion m'a demandé de lui fournir officieusement les éclaircissements nécessaires.

Il m'a été très facile de lui donner satisfaction, en lui expliquant que la Chaîne d'Union ne se forme, chez nous, que deux fois par an, en vue
de la communica­tion du mot du semestre, auquel n'ont droit que les Membres actifs de l'Atelier. Tous les FF:. visiteurs, indistinctement, qu'ils soient étrangers ou nationaux, se trouvent ainsi écartés de cette Chaîne, qui n'a plus rien de la signification qu'on lui attribue en Alle­magne.

La morale de cet incident, qui se trouve clos par l'entrefilet explicatif paru dans la Bauhütte du 24 août dernier, c'est que nous devrions mieux connaître la Maçonnerie. Nous ne pratiquons pas partout identique­ment les mêmes rites,
 ce qui est regrettable, mais fatal, l'uniformité absolue étant d'une réalisation à peu près impossible. La diversité répond, d'ailleurs, à des néces­sités d'adaptation et d'évolution. Mais, pour qu'elle ne soit pas préjudiciable, il faut qu'elle ne dépasse pas certaines limites, et qu'elle ait comme correctif une connaissance suffisante des usages maçonniques parti­culiers aux différents pays.

Nous profiterons de toutes les circonstances qui se présenteront pour éclairer nos FF:. à ce sujet.

Il est, d'ailleurs, une Loge, au moins, à Paris, dont les Membres ne se séparent jamais sans avoir formé la Chaîne d'Union. C'est la L:. N°137, Travail et Vrais Amis Fidèles, Atelier qui s'est fait une spécialité de l'é­tude de nos rites et de nos traditions. Cette étude lui a fait envisager la Chaîne d'Union comme un rite
obligatoire, moins en raison de sa signi­fication symbolique, qu'en vertu de son efficacité agissante.

Tout Atelier, en effet, doit viser à l'action ; la contem­plation stérile serait indigue d'un Ouvrier-Maçon, constructeur d'une Société humaine meilleure, et, par suite, agent
transformateur du monde.

Donc, il faut travailler, et cela maçonniquement, avec les outils spirituels dont le maniement nous est ensei­gné par l'initiation. Cela veut dire qu'il faut savoir mettre en œuvre les énergies psychiques, non seule­ment individuelles, mais encore collectives.

Un homme qui, isolément, sait concentrer sa pensée et discipliner sa volonté, devient une personnalité puissante, dont l'influence
 s'exerce immanquablement sur son entourage. Supposons, maintenant, que des hommes entraînés à penser et à vouloir, s'associent étroitement pour synthétiser leurs énergies, pour les fusionner en un faisceau unique. Quelle sera l'influen­ce occulteou télépathique susceptible d'être exercée par une pareille association d'Initiés ?

Dans ces conditions, la Chaîne d'Union est un ma­gnifique symbole, sans doute ; mais elle est, en plus, un moyen de réalisation. Si la Maçonnerie est puissante, c'est que les Maçons font la chaîne, même inconsciem­ment. Qu'obtiendrons-nous donc quand nous possède­rons pleinement un Art que nous pratiquerons en pleine connaissance de toutes ses règles et de toutes ses ressources ?

source ; www.boutiquefs.com

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La bordure dentelée

12 Mai 2012 , Rédigé par Oswald Wirth (mars 1913) Publié dans #symbolisme


La Maçonnerie ne disposait pas, à l'origine, de locaux uniquement réservés à ses réunions. Celles-ci se tenaient dans une salle quelconque, pourvu qu'elle puisse être rigoureusement close, en sorte de préserver les mystères de toute indiscrétion profane. Se mettre à couvert était donc le premier soin des initiés qui s'apprêtaient à ouvrir leurs Travaux. Ils s'assuraient ensuite de leur qualification au Travail : tous les assistants avaient-ils bien réellement le droit de participer aux mystères ? Aucun doute ne subsistant plus à cet égard, il était procédé à la transformation du local, jusqu'ici profane, en Temple sacré. Cette métamorphose s'effectuait par la vertu d'un tracé fait à la craie sur le plancher de la salle, tracé qui était soigneusement effacé avec une éponge lors de la fermeture des travaux.

Bien qu'affectant la forme d'un carré long, ce tracé n'en correspondait pratiquement pas moins aux
cercles magiques. Les initiés venaient de procéder à une évocation : ils avaient appelé au milieu d'eux l'esprit maçonnique. Désormais ils cessaient d'être ce qu'ils étaient encore peu d'instants auparavant : une émotion particulière les saisissait, et ils se sentaient entrés en communion avec ce qui est au-dessus des individus, dans le domaine des pensées larges et des aspirations noblement humanitaires. Quelques lignes et quelques figures, plus ou moins gauchement tracées, suffisaient à réaliser cette merveille.

Par la suite, lorsque les Loges eurent leur domicile fixe, on s'offusqua des imperfections d'un dessin rapidement exécuté à la craie, et l'on crut génial de substituer au tracé chaque fois renouvelé un tableau permanent, peint sur toile. Les symboles
essentiels de la Franc-Maçonnerie y furent représentés. Chaque grade eut ainsi son ensemble caractéristique, sorte de pentacle complexe, dont l'explication plus ou moins approfondie constituait le plus clair de l'instruction initiatique.

Ces tableaux se terminaient d'ordinaire par une bordure dentelée, composée de triangles
équilatéraux, les uns noirs et les autres blancs. Parfois, les triangles de la rangée extérieure étaient noirs, comme dans le tableau mystique reproduit page 110 du

source ; www.boutiquefs.com

Livre du Compagnon. Les triangles blancs indiquaient alors une émanation lumineuse, partie du centre du tableau, où brille l'Etoile flamboyante.

La dispositioninverse serait cependant plus correcte, d'après le F:. J. Eigenhuis, le savant rédacteur du Vrijmetselaar, organe de l'Association maçonnique hollandaise pour l'étude des symboles et des rituels. Se basant sur les recherches érudites du F:. Dr Ludwig Keller, de Berlin, le F:. Eigenhuis ne voit, en effet, dans la bordure dentelée rien moins qu'un souvenir des catacombes. Cela nous ramène en droite ligne au Fossoyeur Diogène, dont nous avons fait mention à propos du Pasteur d'Hermas, page 25 de notre premier fascicule.

Ce personnage a bien pu être membre d'un « Portique », c'est-à-dire d'une « Loge », car le grec Stoa, le latin Porticus et l'italien Loggia désignent un parvis ou péristyle, constructions formant un abri ouvert d'un côté.

Or, les inscriptions des catacombes nous révèlent que les mots Stoa et Porticus avaient pour les premiers chrétiens un sens conventionnel particulier. Ils considéraient, en effet, leurs lieux de réunion, non comme des sanctuaires proprement dits, mais comme des parvis, convenables aux délibérations. Ainsi s'expliquerait l'origine du mot Loge, qui n'a jamais été
fixée avec certitude.

Le portique, tel qu'il était alors conçu, comportait deux colonnes, rappelant à la fois celles du temple de Salomon et celles d'Hercule
, destinées à marquer les confins du monde sensible. Trois marches y conduisaient à un pavé composé de dalles carrées, alternativement blanches et noires. Au fond, s'ouvrait une porte surmontée d'un fronton, au-dessus duquel étaient pratiquées trois lucarnes, dites lumina. Les deux colonnes étaient enfin rejointes par une sorte de voûte formant toit et représentant intérieurement un ciel  avec cinq étoiles, la lune et le soleil. Le tout était donc bien un symbole de l'univers visible.

Mais, comme nous le montre une ancienne gravure que nous reproduisons ici, cet ensemble était sculpté dans le roc, lequel, dans ce qui restait à l'état brut, figurait l'immense domaine de l'inconnu, situé en dehors des limites de nos perceptions. Ce domaine du mystère enveloppait le portique, image du monde connu ; il formait même à celui-ci un cadre de brisures du roc, que rappellerait la bordure dentelée des Tableaux mystiques de la Franc-Maçonnerie moderne.

S'il en est réellement ainsi, ce sont les triangles de la rangée extérieure qui doivent être blancs, pour indiquer l'influenceilluminative exercée sur nous par l'immensité ambiante que nous ignorons. En ce cas, les triangles noirs exprimeront, de la part des initiés, un effort de compréhension réceptive, alors que les triangles blancs, dont la pointe serait tournée vers l'extérieur, comme dans le tableau mystique du
Livre du Compagnon, dénoteraient une sorte d'offensive prise contre le mystère par l'esprit humain, fort des principes de lumière puisés dans la Gnose. Les deux systèmes peuvent donc se soutenir ; mais le premier suppose qu'aucune clarté n'émane du portique, alors que le second fait prédominer la lumière intérieure ou sulfureuse sur celle qui prend sa source dans l'extérieur, d'où elle pénètre toutes choses, en vertu de ce que les hermétistes appellent l'action mercurielle .Hâtons-nous d'ajouter que la lumière est une dans son essence vérité dont le Maître se rendra pleinement compte quand il discernera la provenance de tout ce qui sortira de lui. Il transmettra une lumière qu'il aura su attirer de l'extérieur et condenser en lui. Aurait-il dès lors droit aux triangles blancs tournés vers l'extérieur, ou, passif et actif tour à tour, devrait-il disposer d'une bordure dentelée à renversement ? Fort heureusement, la question ne passionnera personne, et nous ne risquons pas de voir les Maçons se diviser et s'excommunier réciproquement, à propos de triangles blancs ou noirs. Il est bon cependant que chacun sache désormais, grâce au F:. Eigenhuis, à quoi rime la bordure dentelée.

 

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La Branche d'Acacia

12 Mai 2012 , Rédigé par Ernest E. Murray (juin 1933) Publié dans #symbolisme

Considérons la branche d'acacia comme le symbole de ce qui reste dans le monde et fleurit après la mort du corps tout en s'élevant de ce corps qui lui donne naissance.

La primitive légende égyptienne nous raconte que le corps d'Osiris, après le meurtre de celui-ci par Typhon symbole de la cupidité, de la sensualité, du désir de puissance, fut lavé sur les rives du Nil, et qu'en l'espace d'une nuit, un tamarin (arbuste de même famille que l'acacia) s'éleva du cadavre. Osiris était mort ; cependant, ce qu'il avait créé pendant sa vie ne périssait pas, mais au contraire prospérait et s'étendait.

Shakespeare a raison de dire : « Le mal que font les hommes vit après eux. » Le bien agit de même, mais le mal se concentre et s'épand plus facilement que le bien. Quand un acte est accompli, ses conséquences peuvent vivre à tout jamais. Les morts gouvernent les vivants, car ceux-ri récoltent les fruits des actes de ceux-là, en bien et en mal. Notre destinée, pour une large part, dépend de ceux qui nous ont précédés. Nos habitudes, nos vices, nos passions affectent non seulement notre propre destin mais aussi celui de la génération qui nous suit, petit-être celui de plusieurs générations.

Il s'ensuit que nous devons nous connaître sans fards, nous chercher nous-mêmes, arracher les vices et passions symbolisés par les métaux. Durant notre vie, par une conduite droite, par le précepte et l'exemple, nous plantons en nous la graine de l'acacia. Il germera et croîtra longtemps après notre départ pour le Grand Au-Delà. Agissons de telle sorte que grandisse un arbre de bonté, rendant ainsi le monde un peu meilleur par suite de notre séjour ici-bas. Et prions, avec Tiny Tim : « Seigneur, faites que ma mémoire reste verte ! »

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Lettre à un jeune Maître Maçon

5 Mai 2012 , Rédigé par Jean Reyor Publié dans #symbolisme

 Mon Cher Ami,

Votre lettre m'attriste et me déçoit quelque peu. Vous y faites le "bilan" de votre "expérience maçonnique", et celui-ci se traduit pour vous par l'amère conviction que vous avez perdu votre temps au cours de ces dernières années, et qu'en somme vous avez été illusionné par le mirage d'une "Maçonnerie de rêve", mirage provoqué par les écrits de René Guénon et par ceux de Jean Reyor.
Vous n'avez trouvé en Loge, dites-vous, ni une atmosphère vraiment spirituelle ni un vestige de "technique de réalisation". Vous vous plaignez aussi de ce que le milieu maçonnique, dans son
immense majorité, se montre réfractaire à la vérité traditionnelle et ne s'intéresse guère qu'à des spéculations philosophico-scientifiques, quand ce n'est pas aux simples contingences sociales. La curiosité que semblent éveiller chez vos Frères les exposés de questions purement initiatiques ne porte pas de fruits en ce sens que leur vie n'en paraît pas changée. Tout cela est probablement vrai. Ce n´est pas inattendu.
Si vous le permettez, je ne m'occuperai pas de vos Frères qui ne m'ont jamais demandé aucun conseil, et qui furent peut-être sages, car ce que je puis dire est dur à entendre pour les hommes de ce temps. Je ne m'occuperai que de vous, en fonction de ce que vous dites vous-même.
Seriez-vous par hasard une incarnation du Grand Architecte pour vous permettre de dresser le bilan d´une existence ou d'une tranche de cette existence, fût-ce la vôtre ? Comment pouvez-vous savoir ce que représentent et ce que valent les années dont vous parlez dans le cycle de votre existence humaine et à plus forte raison dans votre destinée totale à travers les cycles des états multiples de l'être ? Que savez-vous si cette initiation maçonnique que vous avez reçue n'est pas un germe
qui fructifiera dans d'autres états d'existence, qui fructifiera peut-être aussi demain, dans dix ans, dans vingt ?
Toutefois, si cette éventualité favorable – je parle de la dernière – doit se réaliser, il faut que vous cessiez de considérer votre initiation comme une "expérience", car expérience implique dualité
. Il faut que vous vous identifiez à votre qualité de Maçon et non pas que vous vous regardiez jouer le rôle d'un Maçon avec l'idée que demain peut-être, vous quitterez ce rôle pour en choisir un autre. Comment voulez-vous que l'Esprit recteur de l'initiation maçonnique fasse élection d'un support aussi peu sûr ? Car, en Maçonnerie comme ailleurs, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus.
Nul, que je sache, ne vous avait promis, ni même laissé croire, que vous trouveriez dans la Maçonnerie actuelle des "techniques de réalisation", encoure qu'il soit peut-être téméraire de dire qu'on n'en retrouve plus aucun vestige. Votre Loge a, je crois, conservé l'ancienne acclamation écossaise qui est un appel à l'attribut divin de Force.
Chaque organisation initiatique reflète, en effet, un attribut divin plus spécialement. Il est certain que la Maçonnerie n'est pas sous le signe de l'attribut de sainteté, par exemple ; elle reflète, comme vous l'apprennent les trois grands "piliers" de la Loge, les attributs de Sagesse, de Force et de Beauté, avec un accent particulier sur la Force que je traduirais en disant que l'influence spirituelle propre à la Maçonnerie est une puissance connaissante et génératrice d'harmonie.Lorsque vous dites que vous ne trouvez pas en Loge une atmosphère vraiment spirituelle, je me demande si vous ne traduisez pas simplement le sentiment de l'absence d'un élément "dévotionnel" qui peut bien trouver sa place – je dirais même qui devrait trouver sa place – dans la vie quotidienne de chaque Maçon, mais qui n'appartient pas au domaine propre de l'initiation maçonnique. Je pense ici à l'atmosphère dans laquelle se déroulent le rituel d´ouverture et de fermeture des travaux, et non aux discours et aux discussions qui meublent l'intervalle entre l'une et l'autre. Mais ce qui importe, c'est évidemment le rituel, de même que ce qui importe, à l'église, c'est le sacrifice de la messe, beaucoup plus que le sermon du prêtre, qui peut être de qualité fort variable, et que les annonces des réunions des dames patronnesses.
Encore faut-il participer à ce rituel le plus souvent possible et ne pas se dispenser de l'assiduité aux tenues sous le prétexte que les travaux oratoires ne sont pas du genre ou du niveau que vous souhaiteriez, légitimement peut-être. Je suis convaincu, comme vous, que la Maçonnerie moderne, de quelque Obédience que ce soit, est fort loin de représenter intégralement ce que doit être une organisation initiatique, mais elle a à mes yeux un mérite immense : elle existe. Notre Maître Salomon nous en a prévenus : un chien
 vivant vaut mieux qu'unlion mort. Il affirmait ainsi, avec vigueur, le réalisme qui caractérise toute attitude vraiment traditionnelle.
Permettez-moi de vous le dire, mon cher ami, c'est vous qui rêvez et, dans l'espoir de vous tirer de votre rêve, je vais vous confier le grand secret de l'attitude initiatique, un secret que j'ai mis bien des années à découvrir. Il consiste en ceci : il faut savoir ce qu'on veut et, à chaque moment, faire ce qu'on peut – mais tout ce qu'on peut – avec les moyens dont on dispose dans ce moment. Le secret est bien banal, n'est-ce pas ? Tous les grands secrets sont simples... à énoncer. Réfléchissez-y et demandez-vous, sans ruser avec vous-même, si vous le mettez en pratique.
Il faut savoir ce quon veut. Que voulez-vous ? Rénover la maçonnerie ? Quand vous êtes venu me trouver, parce que l'étude de l'œuvre de Guénon vous avait donné le désir de la réalisation spirituelle, vous ne m'avez pas dit que vous étiez "missionné" par une autorité traditionnelle pour une entreprise de ce genre ; vous ne m'avez pas dit que des dignitaires d'une Obédience quelconque étaient venus solliciter vos lumières. A lors de quoi vous préoccupez-vous ? Je vais vous confier un autre secret : vous ne rénoverez pas la Maçonnerie, ni vous ni un autre. Sera-t-elle rénovée ou ne le sera-t-elle pas ? Je l'ignore tout à fait. Si elle est rénovée, elle le sera par le Grand Architecte qui, peut-être vous prendra avec six autres, ou avec mille autres, ou bien, vous, ne vous prendra pas, comme un instrument, comme un outil inerte, passif, pour cette reconstruction. S'il vous prend, ce ne pourra être que quand vous aurez abandonné toute volonté propre, quand vous aurez quitté tout désir de rénover quoi que ce soit, tout désir de faire aucune chose particulière, quand vous serez, vis-à-vis de Lui – mais de Lui, et non d'une organisation humaine – « comme le cadavre entre les mains du laveur des morts » ou « comme le bâton entre les mains du vieillard ».
Mais je veux croire qu'une telle ambition ne représente pas ce que vous voulez vraiment. Je veux croire que vous aspirez vraiment à cette réalisation spirituelle dont l'initiation est la condition sine qua non et dont le moyen est précisément l'extinction de la volonté propre, l'identification de votre volonté individuelle et de la volonté du Grand Architecte, qui vous est connue par les règles traditionnelles exotériques
et ésotériques et qui vous est connue aussi par les contraintes auxquelles vous plie le monde extérieur. De ce point de vue, vous vous plaignez de l'absence de techniques de réalisation dans la Maçonnerie. Je ne veux pas sous-estimer le rôle de semblables techniques qu'on retrouve dans l'Hindouisme, le Lamaïsme, l'Islam, l'Hésychiasme, pour ne parler que de choses actuelles et connues dans le monde extérieur. Mais, comme j'ai eu l'occasion de le dire ailleurs
[Note : Les Aperçus sur l'initiation (VIII), étude sur l'ouvrage de René Guénon, dans Etudes Traditionnelles de juillet-août 1950.], ces techniques ne représentent tout de même qu'un élément secondaire de la méthode, l'élément principal étant l'attitude intérieure de l'être, son état de soumission vis-à-vis du Principe, l'intensité de sa ferveur, sa capacité de se dégager de tout ce qui n'est pas l'Unique Chose nécessaire. Les techniques peuvent accentuer, faciliter, cette attitude interne de l'être ; elles ne peuvent pas la créer, et elles ne doivent normalement être confiées qu'à ceux qui ont fait préalablement la preuve qu'ils étaient capables de remplir les obligations communes à tous les croyants exotériques et de remplir aussi les obligations les plus élémentaires d'une organisation initiatique, à commencer par l'assiduité aux travaux.
Que la Maçonnerie possède aujourd'hui des techniques de réalisation ou n'en possède pas, me paraît tout à fait dépourvu d'importance pour vous, d'après ce que vous dites vous-même. Comme raison complémentaire de votre non-assiduité aux Tenues, vous me dites que vos aoccupations professionnelles et vos obligations familiales vous empêchent assez fréquemment d'y assister. Vous êtes, d'autre part, un fidèle d'une des religions révélées mais vous reconnaissez que la fatigue, l'ambiance familiale, vous amènent à écourter ou à omettre certaines obligations rituelles. Je connais trop bien les conditions matérielles et psychiques de notre époque pour être tenté de vous adresser le moindre reproche à ce sujet, mais enfin il ne faut pas rêver. Si vous êtes incapable de remplir convenablement des obligations de caractère préparatoire, comment voudriez-vous mettre en œuvre une technique de réalisation impliquant une stricte discipline quotidienne et qui demanderait chaque jour
un temps dont, semble-t-il, vous ne disposez pas ? – Votre cas n'est pas unique. J'ai connu des gens qui recherchaient l'initiation islamique, mais qui se révélaient incapables d'accomplir les cinq prières journalières et d'observer le jeûne du mois de Ramadan. j'en ai connu d'autres qui recherchaient l'initiation chrétienne et, comme on leur conseillait, à titre de préparation, d'entreprendre une étude sérieuse de l'Ancien et du Nouveau testament, j'en ai entendu répondre que « c'était bien gros et qu'ils n'avaient pas le temps ». Est-ce bien sérieux ? Encore une fois, il ne s'agit de blâmer personne, mais enfin il n'y a pas de loi sur le territoire de la IVe République qui oblige les gens à rechercher l'initiation quand ils n'ont pas la possibilité de poursuivre une carrière spirituelle. On peut, n'est-ce pas, être honnête homme et faire son salut sans cela.
Marius Lepage, dans son article du numéro de novembre 1952-janvier 1953, écrivait que le problème des qualifications – tant physiques que spirituelles – est un des plus obscurs qui soient. Il est sûr qu'en l'absence de sciences traditionnelles précises, il est bien difficile de déterminer les qualifications foncières d'un individu, car il ne nous est guère parvenu à cet égard qu'une liste de disqualifications corporelles. Mais nous pouvons plus aisément déterminer les qualifications "actuelles" pour entreprendre un travail de réalisation spirituelle et là, les conditions d'existence d'un être, les possibilités de liberté
[Note : Cf. l'article Libre et de bonnes mœurs dans Etudes Traditionnelles d'octobre 1952]que lui laissent les nécessités matérielles de la vie et son entourage familial, fournissent des indications qu'on ne peut pas négliger. Et qu'on ne crie pas à l'injustice. Qu'on ne me dise pas que tel individu est doué mais que seules les contingences l'empêchent de se livrer à sa vocation spirituelle, car l'homme et son destinsont inséparables, le second traduisant nécessairement la nature interne du premier. Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'être considéré n'est pas actuellement prêt, étant entendu que, dans ce monde de la mutation et du changement, tout change à chaque moment d'une façon ou d'une autre.
Cette lettre, je le crains, vous semblera d'abord bien dure et bien décourageante. Il n'en est rien cependant. Si vous avez véritablement une vocation spirituelle, vous pourrez, jour après jour
travailler à rectifier et votre attitude interne et vos conditions externes d'existence, étant entendu que cette dernière modification ne peut s'accomplir légitimement que dans la stricte observance des obligations, familiales et autres, prescrites par toutes les traditions et en conformité avec les vertus de justice et de charité. L'aide du Grand Architecte, à laquelle vous avez droit par votre initiation dans la mesure où vous voulez vraiment ne faire que Sa volonté, l'aide du Grand Architecte ne vous fera sûrement pas défaut. Et le temps qui accomplira en vous et autour de vous des modifications, qui les amènera peut-être aussi pour d´autres que vous, amènera peut-être également et par cela même, la rénovation de la Maçonnerie.
Mais, direz-vous, si malgré mes efforts, ma destinée n'est pas d'atteindre en cette vie un degré quelconque de réalisation spirituelle, à quoi cela m'aura-t-il servi ? Je pourrais vous répondre, comme je le disais au début, que le germe fructifiera peut-être dans un autre état d'existence. Mais je veux vous donner une réponse valable dès cette vie et qui est à peu près celle que Pascal appliquait, non au domaine de la connaissance initiatique, mais au domaine de la foi : si vous faites ces efforts, vos avez peut-être tout à gagner et vous n'avez rien à perdre. Car vous me permettrez bien d'appeler "rien" tout ce que vous pourriez acquérir dans des chemins qui ne seraient ni ceux de la Connaissance ni ceux de la Foi.

source : www.boutiquefs.com

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Symbolisme de l'essaim (Marius Lepage)

30 Avril 2012 , Rédigé par Marius Lepage Publié dans #symbolisme

Le 25 janvier 1961.

Mon cher Frère B....,

Vous avez bien voulu solliciter mon avis sur un cas de conscience qui vous trouble actuellement en ce qui concerne votre vie Maçonnique.

En raison de la prédominance accordée dans votre Atelier aux questions sociales et économiques, vous estimez que ce n'est pas là l'objet de la quête qui vous a poussé à demander l'entrée au sein de la Franc-Maçonnerie
.

En bref, vous vous trouvez devant l'alternative suivante :
ou bien vous continuez d'être très exactement assidu aux Tenues de votre Loge, et vous perdez votre temps,
ou bien vous n'assistez plus qu'aux réunions où vous pensez trouver l'enseignement que vous cherchez, et vous tombez dans le péché d'inassuidité, qui est bien le plus grave dont un Maçon sincère puisse se rendre coupable.

Selon une règle de conduite dont je ne me dépars jamais, je me refuse à vous donner un « conseil » qui serait susceptible de déterminer votre conduite. Chacun doit trouver en lui-même « sa » propre vérité, et il ne m'appartient pas de substituer ma volonté ou mon enseignement à votre méditation et à votre décision.

Mais, c'est bien volontiers que, d'une manière générale, je vous livrerai mon sentiment en cette matière. Sentiment
fruit d'une activité Maçonnique ininterrompue de plus de trente-cinq années, appuyé en même temps sur la connaissance de la vie historique de l'Ordre depuis deux cents ans.

Toutes autres questions mises à part, quel doit être l'effectif normal d'un Atelier pour que chacun des membres qui en font partie puisse à la fois apporter sa pierre au travail commun, et bénéficier du travail de ses Frères ?

Dans la pratique, et pour que chacun travaille, il me paraît que la présence de quinze à vingt
Frèressur les Colonnes est le chiffre idéal. Jusqu'à une trentaine de présents, on peut encore envisager de travailler Maçonniquement. Au-dessus de trente présents, la Loge tourne à l'Université Populaire, ou à la Sorbonne. Un Frère parle, les autres l'écoutent, ou dorment. Mais, dans la plupart des cas, un seul a travaillé effectivement : celui qui a préparé son exposé. Or, il est absolument nécessaire, puisque « travaux » il y a, que chacun des Frères présents non seulement suive la pensée de celui qui a la parole, mais qu'ensuite il soit amené – c'est le rôle du Vénérable en Chaire – à confronter sa pensée avec celles qui sont exprimées autour de lui. C'est par de telles confrontations qu'il pourra réellement « dégrossir sa Pierre ».

Il existe des Ateliers florissants, comptant plus de cent membres à leur Tableau-matricule. De tels Ateliers sont de véritables hérésies Maçonniques.

Il est un vieux symbole
 Maçonnique que connaissaient bien nos Frères du XVIIIème siècle, et qui est souvent reproduit sur les diplômes et Tabliers de l'époque : celui de la Ruche.

En plus de son sens ésotérique
il avait pour eux un sens exotérique qu'ils mettaient toujours en pratique. Lorsqu'un Atelier devenait trop important, il s'en formait un autre, par essaimage. Mais, l'essaim demeurait toujours attaché à la ruche par des liens affectueux. C'est le modèle dont, actuellement, nous devrions nous inspirer.
Je n'ignore nullement les dangers que courent les Loges lorsqu'au sein de celles-ci s'établissent des spécialisations trop marquées, que celles-ci soient professionnelles, politiques ou philosophiques. L'Atelier devient alors rapidement une sorte de petite chapelle, où l'on vénère exclusivement un
dieu particulier, que l'on estime naturellement supérieur aux autres.

Par contre, il m'a été
souvent donné d'apprécier les bienfaits de la spécialisation des travaux, selon les goûts prédominant dans l'Atelier.

Or, ces goûts sont, par essence
souvent à l'opposé les uns des autres. Si votre goût vous porte vers les questions sociales et politiques – ce dernier mot étant pris dans son sens le plus noble – l'étude du symbolismeet des valeurs proprement initiatiques ne présentera que peu d'intérêt pour vous. Par contre, si vous êtes naturellement porté vers ces derniers travaux, les questions sociales et politiques vous sembleront ressortir à des occupations de caractère profane.

Dans l'un et l'autre cas, germera bientôt, au sein de la Loge, un ferment
de désaffection qui éloignera un certain nombre de Frères.

C'est bien pourquoi les Ateliers à trop fort effectif, s'ils veulent contribuer à la prospérité morale de l'Ordre auront intérêt à laisser des essaims s'envoler vers une nouvelle ruche.

En ce cas, il existe des règles que, du point de vue
sentimental, il convient de respecter.

Tout d'abord, il faut éviter de donner à la Loge-Mère le sentiment d'une scission provoquée par un désaccord. Ainsi que je vous l'écrivais quelques lignes plus haut, il faut absolument que tout se passe dans la plus grande clarté
et que l'essaim soit considéré non comme un groupe de déserteurs, mais comme une compagnie de hardis compagnonspartant à la découverte des terres inconnues qu'il faudra défricher.

Il ne doit pas se poser de problèmes matériels, les Temples demeurant communs. L'intercommunication entre les Loges doit être totale. Tel sujet social peut, un jour
intéresser vivement un symboliste, et tel sujet symbolique intéresser un Maçon normalement incliné vers le social.

Il faut, de temps à autre, organiser des Tenues collectives, présidées à tour de rôle par les Vénérables en Chaire des différents Ateliers travaillant dans un même Orient.

De même, les Fêtes solsticiales
gagneront à être organisées en commun, dans les mêmes conditions.

En bref, il faut éviter une compétition – qui revêt toujours, qu'on le veuille ou non, un caractère agressif – mais il faut, dans chaque Atelier, être animé d'un esprit
d'émulation, propre à augmenter le rayonnement de l'Ordre et la valeur individuelle de chaque Maçon.

Si cet esprit réellement fraternel imprègne toutes vos actions, chaque Frère pourra amener ses facultés intellectuelles et spirituelles à leur plein épanouissementt, dans l'Atelier le plus propre à les développer. L'harmonie
règnera au sein de la Loge, et, toutes les Loges, l'Ordre en son entier en recueilleront les fruits.

Voilà, mon cher B..., le fruit
de mes réflexions sur un sujet extrêmement délicat. Il exige, pour être convenablement traité, que les responsables d'un Atelier comprennent que ce n'est pas le nombre qui fait la grandeur d'une Loge, mais la valeur individuelle de chacun de membres, et que celle-ci ne se développera pas si la masse des Frères ne permet pas à l'individu d'exercer normalement ses facultés.

L'essaimage ainsi compris est dans la nature même de la Franc-Maçonnerie. Pratiqué dans un esprit
d'affection et de confiance réciproques, il préviendra l'inassuidité, la désaffection, voire la rupture brutale. Tout Vénérable conscient de sa mission doit comprendre que la multiplication raisonnable des Loges contribue à augmenter la gloire et la puissance de l'Ordre tout entier.

C'est dans cet esprit sincèrement traditionnel que je vous ai écrit ces quelques lignes, et que je vous assure de la sincérité de mes sentiments affectueusement fraternels.

 Source : www.boutiquefs.com

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De la Croix

29 Avril 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #symbolisme

Les grades de Rose-Croix comprenant, dans les emblèmes de leurs formules religieuses, la découverte de la CROIX, la connaissance de son culte et l'apologie de ce signe divin, nous devons, avant d'aller plus loin, expliquer cet emblème.


 La CROIX est de toute antiquité et d'une antiquité inaccessible aux traditions [Note de l'auteur : Tandis qu'au milieu du dernier siècle, deux villes, grecques d'origine devenues romaines par la conquête, sortirent des cendres du Vésuve, pour présenter à l'Europe les détails les plus ignorés de la civilisation païenne et l'art délicat de la Grèce ; dans un autre hémisphère et par un hasard non moins heureux, deux villes aussi importantes que Pompeia et Herculanum, pour l'histoire des nations, puisqu'elles témoignent de l'antiquité d'un monde nouveau pour nous : Palenque, la ville du désert, et Mirla, la ville des morts, situées dans le Incalan, présentèrent aux regards de quelques voyageurs égarés les ruines de leurs édifices immenses, production d'un art original et entièrement inconnu, éparses sur une surface de plusieurs miles : celles de Palenque a dix-huit lieues d'étendue. Là, des temples, des palais, de vastes tombeaux ornés de tout luxe de la sculpture, vinrent témoigner de la puissance d'une nation dont les annalesnous manquent, et présenter, à la pensée, toute la civilisation d'un grand peuple.
Trente ans après la découverte de ce fait immense pour l'étude, le gouvernement espagnol prépara une exploration de ces villes, dont les ruines colossales offraient, dans les récits, quelque chose de fabuleux.
Dans les ruines de Palenque, les bas-reliefs fixés aux édifices et postérieurs à la sculpture des divinités, présentent plus d'intérêt, en raison de leur travail plus régulier et des détails qu'une meilleure exécution permet d'y reconnaître.
Les caractères anthropologiques des personnages offrent une race d'hommes chez lesquels l'angle facial est tellement aigu, qu'ils n'ont, pour ainsi dire, point de front. La similitude que présentent toutes ces figures doit y faire reconnaître un type national exprimé avec vérité. On peut se convaincre de ces faits importants sur le bas-relief au trait, dessiné dans le Recueil du Musée des familles, et, qui par sa composition complète, est un des morceaux les plus curieux. Il représente une homme et une femme faisant l'offrande de leur enfant à une divinité dont l'emblème est un oiseau posé sur la branche verticale d'une CROIX sculptée avec soin. Il est inutile de rapporter toutes les conjectures sur la présence d'une croix (non encore expliquée) au milieu de ce monument singulier. « Je dirai seulement, dit M. Albert Lenoir, à qui nous empruntons ce passage, que le nom de Palenque était ignoré jusqu'à la fin du siècle dernier (1800), qu'aucune des relations antérieures ne fait mention de ce nom, et que 330 lieues séparent les ruines de cette ville de la capitale de Montézuma, et, par conséquent, de l'habitation principale des conquérants chrétiens. »]
Elle était, chez les anciens, un symbolede la jonction cruciale que forme l'écliptique avec l'équateur aux points du ciel qui répondent d'un côté, entre les Poissons et le Bélier, et de l'autre, un centre de la Vierge ; voilà pourquoi la crux ansata ou le thau sacré des Egyptiens, en forme de croix ornée d'une anse, qu'on voit dans la sphère au-dessus de la fontaine jaillissante, est devenue la clef du Nil, le ciel la présentant sous cette forme. Elle est aussi devenue l'attribut d'Isis ou de la Vierge, puisque ce point traverse cette constellation ; ce qui a fait dire qu'isis ouvrait les écluses du Nil, et faisait refluer les eaux sur les plaines riveraines, lorsque le soleil couvrait de ses feux la constellation de la Vierge, après son repos solsticial (Albert Lenoir)


La CROIX, devenue un objet d'adoration, n'était, pour les initiés, qu'une image des équinoxes, lorsque le soleil, dans sa course annuelle, couvre successivement ces deux points. Cette figure céleste est donc, suivant qu'elle désigne le printemps ou l'automne, un symbole de vie ou de mort, de régénération ou de destruction : la croix devait donc appartenir à la légende qui a le soleilpour objet.
La croix des pammilies égyptiennes que portaient les prêtres aux fête d'osiris, comme le symbole du principe fécondant, était un triple phallus offert à la vénération des peuples. Il désignait aussi les trois éléments, terre, air, feu, regardés comme étant sortis de l'Eau, élément primitif qui aurait été l'origine des choses. Cette idée cosmologique était celle de l'auteur de la Genèse, puisque avant toutes choses il plaça l'existence de l'eau Ce ne fut qu'en 680 qu'il fut ordonné, par le sixième synode de Constantinople (canon 82), qu'à la place de cet ancien symbole, on représenterait un homme attaché à une croix [Note de l'auteur : Ce symbole automnal, image de la fin prochaine des choses, caractérise la religion triste du Christ. Sur la sphère, on voit, à cette époque, le Bootès (le bouvier), l'homme des constellations, figurer à côté de la jonction cruciale de l'écliptique avec l'équateur. Homme, en grec, se nomme Andros, qu'on a traduit par André, et au lieu de le laisser à côté, on l'a mis sur la croix qui a pris le nom de Croix de Saint-André. – Voilà pourquoi les Ecossais de Saint-André célèbrent leurs fêtes aux équinoxes au lieu des solstices dont ils renversent les colonnes, antiques symboles de ce deux points du ciel que le soleil, l'Hercule céleste, n'a jamais dépassés.
On a été surpris de voir que l'orateur d'un CONSEIL de Paris, à la fête équinoxiale d'hiver (le 30 novembre 1859), au lieu d'entretenir son auditoire de ce fait astronomique où le bootès, ayant à la main le rameau de l'automne, semble, en descendant les signes inférieurs, entraîner, séduire (seducere, mener avec soi) la Vierge, qui, dans cette descente, doit écraser la tête du serpent, emblème de l'hiver ; au lieu de ce tableau paradisiaque, exhuma des anciennes légendes, celle de Saint-André, patron de l'Ecosse, étranger à la maçonnerie. Il est vrai que la maçonnerie des Ecossais de Saint-André est une maçonnerie à part, qui a signalé sa dissemblance avec la véritable, par le renversement des colonnes solsticiales.
Une croix apparut, dans l'air, à Constantin, et il triompha ; ce prodige est ainsi expliqué par quelques auteurs : « Des légions romaines où le christianisme s'était propagé, séduites et commandées par leurs évêques, qui s'étaient entendus avec Constantin, arborèrent l'étendard de la croix, passèrent dans les rangs de cet heureux compétiteur, et causèrent les désastres de Maxence.]
; ce qui fut confirmé par le pape Adrien 1er, et les femmes substituèrent une croix au petit phallus d'or qu'elles portaient au cou.
C'est à l'époque de la résurrection annuelle de la nature que les chev:. rose-croix immolaient l'Agneaupascal, emblème qui représente le soleil printanier, lorsqu'à son passage dans le signe du Bélier, il devient symboliquement l'Agneauréparateur des malheurs du monde, c'est-à-dire qu'il vient effacer le mal introduit sur la terre pendant l'hiver.

Source www.boutiquefs.com

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Sur la rose

29 Avril 2012 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #symbolisme

le plus touchant, le plus gracieux des emblèmes de la Francmaçonnerie, fut de tout temps la reine des fleurs, le parfum des dieux, la parure des grâces, les délices de Cythérée, l'ornement de la terre. Elle est le symbole des sentiments les plus nobles, des choses les plus opposées : la piété en décore les temples, l'amour et la gaieté en font des couronnes, la douleur l'effeuille sur les tombeaux ; la pudeur et la charité la reçoivent comme le prix le plus glorieux ; enfin, les anciens l'appelaient la splendeur des plantes. Aussi, les prêtres, dans tous les siècles et dans tous les pays, ont-ils, à l'envi, célébré cette fleur, dont la seule présence rappelle à notre espritles idées les plus flatteuses, les comparaisons les plus riantes et les plus secrets symboles de la beauté [Note de l'auteur : Il y a, dans le rituel liturgique romain, le dimanche de la rose, qui est le quatrième dimanche de carême, ainsi appelé à cause de la bénédiction que le pape fait, ce jour-là, d'une Rose d'or, qu'il donne ou envoie à une personne de distinction. On raconte que les prêtres du royaume de Boutan, en Asie, lorsqu'ils sont appelés près d'un malade, portent avec eux de petites pyramides ornées de croix et de roses. Ils élèvent cessymboles  comme l'Ecossais élève le delta. Ils les arrosent d'une eau sacrée. Cette cérémonie a pour but la guérison du malade.]. La rose fut aussi l'emblème de la femme, et comme la croix ou le triple phallus symbolisait la virilité ou le soleil dans toute sa forcel'assemblage de ces deux emblèmes offrait un sens de plus et exprimait la réunion des deux sexes, symbole de la régénération universelle.
Quant au titre de ce grade, les maçons considèrent la croix dont les branches désignent les quatre pointscardinaux, comme un emblème de l'immortalité et de la sainteté de leur union, et la rose comme l'image de la discrétion et le symbole du silence, car l'on dit qu'on est sub rosâ, lorsqu'on n'a rien à craindre des indiscrets. Or, une rose sur une crois est donc la manière la plus simple d'écrire en hiéroglyphes : Secrets de l'immortalité, connaissance dernière et la plus secrète des anciens mystères, avec celle d'un Dieu unique.

source : www.boutiquefs.com

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Notions élémentaires de Maçonnisme. L'Enseignement des Maîtres

29 Avril 2012 , Rédigé par Oswald Wirth Publié dans #symbolisme

Résoudre des énigmes, avoir réponse à tout, n'est pas le propre du sage, qui, aussi désabusé que Socrate, sait qu'il ne sait rien. Il faut se faire illusion, pour imaginer solide ce qui s'édifie sur des arguments ou des idées. Nos représentations subjectives n'ont aucune valeur absolue, et, si nous voulons être prudents, nous ne devons pas nous laisser entraîner par nos figurations mentales à bâtir dans les nuages, en prêtant une fausse réalité à nos abstractions.

Mieux vaut s'inspirer de l'Ermite du Tarot, vieillard expérimenté, qui concentre sur le sentier de la vie toute la clarté de sa pauvre lanterne. Plutôt que de prétendre sonder les abîmes de l'infini regardons à nos pieds, afin d'avancer sans trébucher et nous diriger avec discernement. En philosophie, la plus sage ambition se borne à ne tromper personne. Soyons aussi peu fallacieux que possible et pratiquons cette scrupuleuse honnêteté qui, en tous les domaines, conduit le plus loin.

Pour enseigner honnêtement, sans être dupe d'aucune fiction, il faut craindre de parler, car toute parole tourne en mensonge, dès qu'elle est émise sous l'effigie de la vérité pure. Ce qui hante notre esprit procède du vrai, inspirateur de ce que nous aspirons à concevoir ; mais, du fait même de sa conception, l'idée conçue subit une déformation, accentuée par l'expression fatalement imparfaite. Faut-il donc se taire, pour être certain de ne pas égarer autrui ? Ce serait un extrême auquel répugne la sagesse. Il est un moyen terme entre le silence et la prolixité discursive : c'est l'enseignement indirect donnant à réfléchir, en appelant l'attention sur des images et des symboles. Jadis, les montreurs de choses sacrées, dits hiérophantes, usaient de cette méthode : ils ne prononçaient que de mystérieuses sentences, difficilement intelligibles, mais qu'illustraient des actes significatifs et tout un ensemble de graphismes muets. On s'instruisait alors, non par la mémoire ou l'assimilation passive, mais par l'effort personnel de la réflexion. Il fallait deviner et faire preuve de pénétration intellectuelle, ou se résigner à l'incompréhension profane.

De nos jours rien n'est changé en Initiation. Les seuls qui s'initient sont les actifs, capables de travailler pour se livrer aux opérations du Grand-Œuvre. Le vulgaire a pu envisager celles-ci comme poursuivant des avantages matériels, sans comprendre que la nature humaine était en cause, le plomb à transmuer en or faisant allusion à la culture éducative, qui transforme l'homme ignorant et grossier en un sage réalisant l'idéal de l'espèce Nominale. Se perfectionner soi-même, tel est l'objectif.

Deux voies opposées conduisent traditionnellement au but : l'une est dite sèche et l'autre humide.

La première se base sur le développement de l'énergie spirituelle propre à l'individu, sur la possession de soi et la maîtrise qui en découle.

A cette voie masculine ou rationnelle, s'oppose celle de l'abandon mystique, partant du renoncement à soi-même, pour viser au pur amour altruiste. C'est la voie des âmes pieuses et des saints ; elle n'est pas interdite aux esprits virils qui choisissent l'âpre sentier des sages, car, après s'être dompté intégralement, le héros se consacre au bien avec abnégation. Le binaire des voies initiatiques se ramène donc à l'unité, un même cycle pouvant être parcouru en sens contraire.

Les Constructeurs débutent par le sec, en isolant l'individu, afin qu'il apprenne à ne compter que sur lui-même. Etre soi n'est pas facile. Il faut cependant débuter en Initiation par le dépouillement de tout ce qui ne fait pas partie intégrante de soi : le premier acte du rituel exige donc une mise à nu intellectuelle, par le renoncement volontaire du récipiendaire à toute notion d'emprunt. Désapprendre est sa tâche initiale : il est convié à se refaire une mentalité vierge.

Cette opération est ardue, aussi est-elle à peine abordée dans la pratique courante, quand elle n'est pas totalement négligée. Le candidat qui conserve ses préjugés et ne se détache pas de ses opinions favorites ne saurait pourtant faire le moindre progrès en Initiation. Il ne réussira pas à se détourner du monde extérieur, pour descendre en soi et faire connaissance avec lui-même, et, s'il affronte les épreuves, elles resteront fictives. Il pourra faire ses classes, mais infructueusement, car il n'aura pas su s'appauvrir en vuede se rendre accessible aux véritables richesses. S'étant refusé à déblayer le terrain, il ne peut y bâtir qu'avec incohérence, en dépit des meilleures leçons d'architecture.

N'oublions pas qu'il s'agit pour chacun de construire un Temple qui soit le sanctuaire du vrai. Pour répondre à sa destination, cet édifice doit être construit en rigoureux équilibre sur un terrain solide. C'est une philosophie religieuse individuelle, construite selon des règles confirmées par le discernement de tout penseur judicieux. Elle ne fait pas l'objet d'un enseignement tapageur, car elle ne doit pas être acceptée sur l'autorité d'autrui ; il faut qu'elle se révèle d'elle-même à tout chercheur sincère du vrai. Pour être inculquée, elle devrait se traduire en un dogmatisme qui est en opposition absolu avec son caractère. Il en résulte que les Maitres ne peuvent enseigner que silencieusement.

Comment cela est-il possible ?

D'une part, en usant de discrétion, grâce à l'emploi d'images suggestives, de symboles et d'allégories ; mais, en plus, par un procédé plus mystérieux, qui tient à la fois de la suggestion mentale des hypnotiseurs et d'une transmission analogue à celle des ondes de la T. S. F.

Supposons des Supérieurs Inconnus, unis en une action de penser intensivement, en vue d'émettre une pensée juste, susceptible de se communiquer à tous les appareils réceptifs, que représentent les cerveaux entrés en harmonie vibratoire avec la justesse de la pensée émise. Est-il possible de concevoir un pouvoir spirituel plus effectif et plus légitime ?

Qui pense juste dispose d'une irrésistible puissance, en raison de la supériorité fatale du vrai sur le faux. Tôt ou tard, l'erreur est reconnue ; en travaillant à la dissiper, nous nous associons à une victoire finale certaine. Mais la lutte est longue ; il y faut une patience douce, car la violence ne ferait accomplir aucun progrès. Inaccessible à la passion combattive, le sage s'efforce d'éclairer avec bienveillance et compréhension. Il n'entre pas en discussion et laisse à chacun sa façon de penser, toujours attentif à rechercher le fond de vrai qui motive les opinions humaines.

C'est en écoutant autrui, pour rectifier sans cesse notre propre manière de voir, qu'il nous devient possible de penser de plus en plus juste. Cette indispensable rectification est recommandée par la formule : Visita Interiora Terræ, Rectificando Invenies Occultum Lapidem  Elle implique une descente méditative en soi-même (visite des entrailles de la Terre), en vued'une mise au point qui fait découvrir la Pierre cachée des Sages. Quelle est cette Pierre mystérieuse, sinon le pouvoir de discernement qui transmue l'erreur en vérité ? Pour celui qui la possède, tout devient rectificativement vrai ; tous les hommes de bonne foi ont raison, mais, faute de pénétration d'esprit, ils manquent trop souvent de compréhension réciproque.

Si nous détenons la symboliquePierre philosophale, qui fournit la très significative Poudre de projection, il nous appartient de projeter celle-ci sur le métal vulgaire en fusion dans les entendements inquiets. Le plomb intellectuel se transmue alors en un or plus précieux que celui des changeurs. Les Alchimistes n'ont trompé que les incompréhensifs qui se trompaient eux-mêmes.

Sachons comprendre et nous mettre au travail. Nul n'est abandonné à lui-même, s'il est persévérant en sa bonne volonté. Nous débutons les yeux bandés, mais un guide invisible ne manque jamais de nous diriger vers la lumière, si nous aspirons à celle-ci de tout notre cœur.

Ce mystagogue effectif n'est pas tenu de s'incarner en F:. Terrible ; il répond à l'appel sincère de tout réel initiable, car la pure Initiation est indépendante des associations initiatiques. Les vrais Maîtres sont ceux qui enseignent spirituellement.

Source : http://www.boutiquefs.com/

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Les deux saint Jean

21 Décembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #symbolisme

Il ne semble pas y avoir de rapport historique entre les deux Jean des évangiles. Vivant à quelques années, à peu près à la même époque, il est possible qu’ils ne se soient pas rencontrés, ni même connus.

En revanche, les deux personnages ont un rapport symbolique polaire très fort, l’un comme l’autre encadrant le ministère du Christ.
Le Baptiste biblique est cité dans tous les évangiles. C’est le prophète annonciateur de la Lumière, nommément évoqué dans le Prologue de l’autre Jean, l’Évangéliste.

L’évangile de Jean dépasse l’aspect de la relation événementielle de la vie du Christ relatée dans les autres trois synoptiques. Le Baptiste est implicitement présent dans son texte même : « Celui qui vient après moi m’a précédé, car il était avant moi » (Jean 1 ; 15).

Donc, le fils de Zacharie et d’Élisabeth, annoncé par l’ange Gabriel (Luc 1 ; 5-17), celui « revêtu de peau de chameau et nourri de sauterelles et de miel sauvage » (Matthieu 3 ; 4) est l’annonciateur du message salvateur et le proclamateur au monde de l’énergie divine.
Jean l’Évangéliste, lui, est l’homme de l’annonce de la résurrection de l’homme nouveau qui renaîtra du vieil homme. Le texte de l’évangile qui porte son nom ne commence pas à la naissance de Jésus, mais à la naissance du monde ; il est très comparable aux premières lignes de la Genèse : En reichit, au commencement. C’est un message fort qui porte l’espoir laissé à chacun de créer soi-même sa propre éternité.
L’essentiel du message nous suggère qu’une petite flamme puisse s’allumer un jour chez chacun d’entre-nous et nous rendre vivants, car utiles et féconds dans l’éternité. Et cela, seul le réveil, la renaissance, la « connaissance » peuvent le produire. C’est dans ce laps de temps qui nous est imparti que l’on gagne son éternité ou son néant.

C’est le fond même de la renaissance initiatique.

Le rapport direct avec le Janus romain au deux visages n’est pas démontré. Nous devons être prudents. Cependant la similitude est troublante. Janus, du latin janua « la porte d’une maison » - L’Évangéliste dit : « je suis la porte » - est le dieu qui préside à la transformation, au passage d’un état à un autre. Il est le dieu du matin (Le Baptiste biblique), adoré au premier jour des calendes. À Rome, le collège des Patriciens célébrait les deux fêtes solsticiales en l’honneur de Janus, aux dates auxquelles sont célébrées aujourd’hui la Saint-Jean d’été et la Saint-Jean d’hiver.

Il est remarquable que des pratiques païennes soient projetées sur des pratiques chrétiennes assurant ainsi une continuité métaphysique sans distinction confessionnelle.

Janus est aussi celui qui veille au passage de l’état du néant à la vie (L’Évangéliste <apocalypse>). Le visage double de Janus semble difficilement dissociable de l’aigle bicéphale du REAA. Le symbolisme de l’Aigle est présent aussi dans l’Apocalypse.
Nous avons extrait des rituels officiels du REAA, utilisés lors des deux tenues de Saint-Jean quelques phrases, chacune forte d’un symbolisme que je propose à vos réflexions :

 

SAINT JEAN D’HIVER
- Le V.M. : Sachez en ce jour que, selon la Tradition, le Solstice d’Hiver ouvre la voix des Dieux.
- L’Orateur : Agrippe-toi au rayon de lumière et monte jusqu’aux créneaux du trône.
- Le V.M.P.I. (ancien vénérable) : Là, sous la couronne de gloire, entre Moïse et Élie, siège du Roi de Justice. Ainsi, Le M… de la Loge se tient entre le Secrét… et l’Orat… ; entre le passé qui n’est plus et le futur qui n’est pas encore. Là où est le Troisième visage de Jean, à l’éternel Midi.

Du Roi de Justice, il est dit encore : « Tu ouvres et plus personne ne peut plus fermer, et quand tu fermes, plus personne en peut ouvrir».

- Le V.M. : F… 1er Surv… où est votre place en Loge ?
- Le 1er Surv. : À l’Occ…, V…M… près de la Porte qui s’ouvre sur le Monde des Ténèbres. La porte du Nord est celle des dieux ; celui qui l’emprunte ne doit plus jamais sortir. Celui qui l’ouvre est Jean l’Évangéliste, dont nous célébrons la fête ce Midi. Il a dit : « Je suis la Porte… » Celui qui a franchi cette porte sait que lorsque le Soleil est au plus bas sur l’horizon du Monde, il est au plus haut sur l’horizon mystique de l’Esprit. Ce qui est en haut est comme ce qui en bas.
Les premiers seront les derniers.

 

SAINT JEAN D’ÉTÉ
- L’Orat… À travers les symboles de notre tradition, nous fêtons l’amorce d’une plénitude et la promesse d’un déclin. Notre tradition en effet, modelant son langage sur des formes venues du fond des âges, célèbre aujourd’hui dans cette loge l’apparition de Jean le Baptiste et l’effacement de Jean l’Évangéliste. Devant la croissance du blé, nous fêtons l’épi d’or en gloire et le grain ignoré dans le flanc noir de la terre.

 

source : Groupe de Recherche Alpina

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